RE MIRE MONT
xO m.' 21. Écriture sur 2 colonnes, pour la plupart avec encadrement. Tout espace libre a été criblé denoms propres et de mentions tracées entre le ixe et le xiie siècle, il y a là plus de 11 500 noms propres, qui sont, en somme, des diptyques pour les vivants et pour les défunts. Le manuscrit comprend un Liber vitx et trois nécrologes qui insèrent d'un seul tenant, dans leur registre, le contenu des diptyques antérieurs depuis la fondation du monastère. Il nous faut savoir l'époque à laquelle commença la rédaction du Liber vitse et des trois nécrologes. Le Liber vitae fut entrepris à deux reprises et chaque fois par l'abbesse Thieuthilde; chaque rédaction est précédée d'une introduction qui peut se lire, la première au fol. 1 b du manuscrit A. 2. 10, la deuxième au fol. 19 a. Celle-ci donne la septième année du règne de Louis le Débonnaire, soit 821 ou 822, mais l'écriture du manuscrit semble postérieure au règne de ce prince et reporte vers la fin du ixe siècle; en outre les noms de princes qui s'y trouvent insérés présentent celui d'Ermentrude, femme de Charles le Chauve, mariée en 843.
On peut admettre que Thieuthilde, au début de son abbatiat, adopta un usage qui commençait alors à se répandre : elle établit un mémorial des vivants et réserva un calendrier destiné aux mentions nécrologiques. Cette partie se distingue assez facilement dans le quaternion 7e, du fol. 32 au fol. 47, à l'exception des fol. 37 à 41 et du fol. 44, qui ont été postérieurement intercalés. La première et la dernière page de ce quaternion portent les traces d'un frottement prolongé d'où l'on peut inférer qu'il a servi seul pendant une certaine période de temps \
Vers les dernières années de son abbatiat, Thieuthilde put constater l'insuffisance de ce registre et commença un autre registre d'association confraternelle avec nécrologe et diptyque pour les bienfaiteurs. Les pages de ce registre sont encadrées d'un filet de couleur, l'aspect en est plus riche, les marges portent une numérotation : Q\ua]T\ernio] I, fol. 1-4; QT II, fol. 5, 10-16; QT III. fol. 17-22; QT IIII, fol. 23-26 2. C'est le deuxième Liber vit/e dont nous cherchons à préciser la date.
Or, au fol. 22 b, la main du ixe siècle a écrit les noms de deux évêques à la suite du pape Nicolas Ier, ce sont Radoald et Jean qu'on doit identifier avec Radoald, évêque de Porto et Jean, évêque de Ficoclea, légats de ce pape en Lorraine à l'automne de l'année 862 et condamnés pour crime de prévarication au synode de Latran (octobre 863). Dans cet intervalle d'une année environ leurs noms furent consignés au Liber vilse. Ceci entraîne comme conséquence un abbatiat de quarante années pour Thieuthilde (822-862), ce qui n'a rien d'extraordinaire puisque Dorothée- Marie de Salm, dont nous reparlerons, fut abbesse du 30 juin 1661 au 13 novembre 1702, quarante et un ans.
III. La « lettre » sur Remiremont. — Après la vive alerte donnée aux chanoinesses de Remiremont dès l'an 1613, par leur abbesse, Catherine III de Lorraine, qui voulut réformer la maison et y rétablir la règle bénédictine, les chanoinesses avaient pensé avoir partie gagnée et apprirent que l'abbesse Dorothée de
1 A. Ebner, op. cit., p. 53. — * Cet ensemble est composé des quaternions 1, 3, 4, 5; tous les autres sont des additions postéiieuies, dont les unes gardent encore une certaine régularité (p. ex. x, fol. 58-64), et les autres se ressentent plus ou moins de la décadence des temps; ainsi les quaternions il (toi. 6-9), vin (fol. 48-54, entre lesquels 51 et 52 sont les plus récents) et ix (fol. 55-57). Bientôt on ne mit plus aucun oidre dans ces inscriptions, jetées au hasard des espaces libres, accompagnées ou non de prières et d'invocations, et présentant, dans leur enchevêtrement désordonné, une image de la triste condition du monastère en cette première moitié du x* siècle. ■ — 3 P.-G.-L. Di-
Salm projetait les mêmes plans.» Mais rien que le mot de réforme enflammait les esprits et jetait la discorde dans le chapitre. Mme de La Rourdonnaye prit ne main la cause des dames chanoinesses, et fit imprimer un Écrit préliminaire pour s'opposer aux projets de Mme l'abbesse. Dom Charles Georges défendit celle-ci et publia un Mémoire contenant VHisloire monastique de Remiremont siècle par siècle3. La IIIe partie de ce Mémoire est une réfutation des dix-neuf articles de V Écrit préliminaire. Le chanoine Rodolphe Thierry de Saint-Dié, composa un autre pamphlet en faveur des chanoinesses quand Mabillon entra en ligne.
On lisait dans Y Écrit préliminaire : « Il est donc vrai que Remiremont, dans sa fondation n'est point de l'ordre de Saint-Beuoist; si le P. Mabillon qu'on a pressé de le dire ne l'a jamais voulu, et il n'y a qu'à lire son ouvrage De re diplomatica pour voir son sentiment là-dessus '. » Mabillon, se voyant cité à faux ou, peut-être, sollicité par l'abbesse de Remiremont, à ce que disent les chanoinesses dans un second factum b, répondit par la Lettre de dom Jean Mabillon à un de ses amis touchant le premier institut de l'abbaye de Remiremont 6, où il citait ses propres paroles que « les religieuses de Remiremont qui anciennement étoient soumises à la règle de Saint-Benoist étoient devenues depuis chanoinesses séculières sans être astreintes par aucun vœu 7. » Les dames soutinrent que la Lettre avait été travaillée sur des mémoires fournis par l'abbesse qui les avait produits contre le chapitre.
Mabillon prétendait faire voir : « 1° que l'abbaye de Remiremont n'a pas été fondée d'abord pour des chanoinesses, mais pour des religieuses; 2° que la règle de Saint-Benoît y a été gardée de tems immémorial; 3° que ce n'a été que bien long-tems après la fondation de cette abbaye que les religieuses de ce lieu ont été changées en chanoinesses régulières 8» . L'argumentation est, à la fois, solide et courtoise. La bénédiction s'autorise de la Vie de saint Euslaise, deuxième abbé de Luxeuil, écrite par Jonas de Bobbio, pour dire que les saints Amé et Romary fondèrent Remiremont, en l'année 620 ', in eremo, dans le domaine de Habundi castrum. Le monastère était pauvre car Romary ne s'était réservé que unam tantummodo villam ad bonum opus profuturum. Romary établit deux communautés : une de moines, une de filles et celles-ci sont appelées « dans les anciens monumens de ce tems là sanctimoniales, sanctœ virgines, congregalio sanclarum virginum, puellœ, sorores ». Dans la Vie de saint Amé on lit que, avec Romary, sub magna sanctitate algue summse perjectionis inlenlione monasterium pucllarum condunt; aussi Mabillon tient celles-ci pour religieuses parce que Romary et Amé étaient moines et qu'elles habitaient dans « une solitude et un désert ». En outre, dit-il, « leur pauvreté étoit grande au commencement, et enfin elles faisoient profession d'une perfection consommée. Tout cela, d'après lui, ne convient guères bien à un établissement de chanoinesses purement séculières 10».
Ces arguments ne sont pas irréfutables, mais ensuite il fait valoir qu'il n'y avait alors nulle part en Gaule des chanoinesses, ce qui est vrai (voir Diclionn., t. m,
delot, Remiremont. Les saints, le chapitre, la révolution, in-12, Nancy, 1887, p. 207-208. — 4 Écrit préliminaire, p. 2. — ' Mémoire, in-4°, p. 2. — ■ In-4°, Paris, J.-B. Coignard, 1687, 21 pages; réimprimé dans Ouvrages posthumes de dom Jean Mabillon et de dom Thierry Ruinart, in-4°, Paris, t. il (1724), p. 70-91. — ' Dere diplomatica, p. 321 : Porro Romaricenœ sanctimoniales, quœ pridem monasticis sancli Benedicti reyulis eranl addictœ, postmodum in seeculares canonicas, nullis constrictas votis seu repagulis, evaserunt. — 8 Ouvrages posthumes, t. n, p. 71. — ■ ' Voir Dictionnaire, t. ix, col. 2713. — 10 J. Mabillon - Th. Ruinait, Ouvrages posthumes, t. il, p. 72-73.