Cathédrale Saint-Pierre. — 2. Ancien Hôtel de Ville
— 3. Système défensif de la porte Mordelaise, transformé au Moyen Age. — 4. Rue Rallier-du-Baty. — 5. Mairie et Place. — 6. Palais de Justice. — 7. Quai Duguay-Trouin.
— 8. La Vilaine. — 9. Canal d'Ule-et- Vilaine. — 10. Muraille postérieure à l'enceinte romaine.
II. Position. — César place Rennes au nombre des marilimas civitates, quse Oceanum attingunt. La Notice des Gaules et la Notice des dignités^aituent la ville dans le IIIe Lugdunaise. La position de cette ville au confluent des deux rivières l'Ille et la Vilaine lui avait valu naturellement chez les Gaulois le nom de Condate qu'on lit dans Ptolémée, dans l'Itinéraire d'Antonin et dans la Table de Peutinger. Sur les milliaires, depuis l'empereur Maximin, on trouve c(ii'itas) R(edonum) 8.
III. Pagi. — Il y avait trois pagi, le Carnutenus qui ne différait pas de Cornutio dont parle Grégoire de Tours : Hrilanni regionem Rhedonicam vaslaverunt... qui usque Cornulium vicum debellandum progressi suni 9 (aujourd'hui Corps-Nuds, mot qui est une déformation de Cornus 10; en outre Matans ou Matantes n et Sextanmanduus 12.
IV. Topographie. — « Le mur d'enceinte, en prenant pour point de départ la place de la Mission, cou-
1 De bello gallico, 1. II. c. xxxiv; 1. VII, c. i.xxv. — s Édit. Ai mit Ki use li, index, p. 905. — 3 Vita sancti Paterni, c. x.
— 4 Ibi(l.,c. xvii. — * Kdit. F. Maassen.p. 234. — " M. Prou, Numism. mérov., p. 231. — ' M. Prou, Numism. carol., p. 619 sq. — 8 E. Espérandieu, Les milliaires de tiennes, 1892, p. 36 sq. — ' Grégoire de Touis, Ilisl. Franc., 1. V, c. XXIX. — 10 A. Longnon, Géoqraphie de la Gaule au VIe siècle, p. 308; M. Ihm, dans Rhein. Mus., t. lu, p. 460. — 11 Corp. inscr. lai., t. XIII, n. 3148. — " Corp. inscr. lat., t. xiii, n. 3150. — u Cf. sur cette disposition, Congrès scienli/ique de France, xvie session, à Rennes, en 1849, t. u, p. 176.
— " H. Vatar, dans llull. arcliéol., Association bretonne, t.i, 1819, p. 128. Cf. Le Baud, Bouchard et d'Argentré, dans A. de Lu Borderie, Histoire de Bretagne, t. i, 1896, p. 134, note 2. — u Paul Banéat, Le vieux Rennes, dans Bu/1, et mém. de la Soc. archéol. d' Ille-ct-Vilaine, t. xxxm, 1904, p. 49; A.
pait d'abord obliquement cette place du Sud-Est au Nord-Ouest en passant derrière la croix, puis longeait les cours des maisons est de la rue Nantaise, gagnait la porte Mordelaise, suivant le côté sud de la place des Lices et rejoignait le bazar Parisien et l'hôtel de la Rivière (n° 5 et 7, rue Rallier-du-Baty). Tournant alors vers le Sud, il suivait la ligne des maisons orientales de la rue Châteaurenault, passait sous le Présidial (aile septentrionale de l'Hôtel de Ville), longeait la rue de l'Horloge et le côté occidental de la rue de Rohan, puis, se dirigeant vers l'Ouest, il gagnait le quai Duguay-Trouin, entre la rue de Rohan et l'escalier de Carthage et passait sous les maisons du quai jusqu'à la place de la Mission.
« L'enceinte figurait un pentagone irrégulier à angles arrondis, d'une contenance approximative de
9 hectares, avec un périmètre de 1200 mètres environ (fig. 10620). '
« Les fondations dans le sol sont formées d'une masse de blocs de schiste placés sans ordre et liés par un mortier jaune fort dur, sur une hauteur de 2 m. 40. Audessus une couche de blocs de granit, placés les uns sur les autres, constitue la base apparente de la muraille, haute de près d'un mètre, formée en quelques endroits de blocs taillés et moulurés, de chapiteaux et de fûts de colonnes, provenant d'édifices. Au-dessus s'élève un massif haut de 2 mètres et composé de grandes briques rouges liées par un ciment rougeàtre très compact. La muraille en petit appareil cubique régulier s'élève encore au-dessus, formée de zones alternatives de pierre et brique de même hauteur; de telle sorte qu'à trois assises de pierre en petit appareil succèdent trois assises de brique, puis une triple assise de pierre surmontée d'une triple assise de brique, et ainsi de suite jusqu'en haut15.
« L'enceinte de Rennes contenait ainsi des cordons de briques, plus importants que ceux des autres enceintes romaines, et les pierres elles-mêmes étaient liées entre elles par un ciment rougeàtre. Ces faits expliquent le nom de « ville rouge », urbs rubra, donné à Rennes par plusieurs chroniqueurs anciens u.
« Les fragments les plus importants de la muraille étaient, vers le milieu du xixe siècle, derrière la Croix de la Mission I6, puis à l'est de la rue des Trois- Journées, et dans l'écurie de M. Chapdelaine (rue Nantaise) u. On en voit quelques parties dans les cours des maisons au sud de la place des Lices 17. Cette enceinte a rendu peu de fragments de sculpture. Mais, en mars 1890, au cours de la construction du Bazar Parisien, on découvrit le reste d'une poterne antique où une couche de mortier et de pierre recouvrait cinq bornes milliaires, puis d'autres bornes, engagées longitudinalement dans les murs de la poterne et entremêlées, dans l'épaisseur du mur de la ville, avec des blocs de granit et de calcaire d'assez grande dimension. Enfin, on reconnut dans une partie de la muraille cinq nouvelles bornes ou fragments mêlés à des blocs semblables ".
de La Borderie, op. cit., t. i, p. 133, 134; cet auteur dit que le périmètre a pu être déterminé avec certitude d'après le Rapport au maire de Rennes par Hipp. Vatar (en 1846). Cf. A. de La Borderie, dans Hippolijte Vatar, 1874, p. 60, 63; L. Decombe, dans Bull. Soc. archéol. d'1 Ile-et-Vilaine, t. xv, 1882, p. 319, pi. i. — " Toulmouclie, De la ville gallo-romaine de Condate, dans Congrès scientifique de France, xvi* session, a Rennes, en 1849, t. il, p. 172-176. — u Le mur marqué sur notre plan, à l'intérieur de l'enceinte romaine, est postériour. Mais on peut se demander s'il n'a pas été élevé lui-même sur les soubassements d'une muraille antique, car l'enceinte a pu être modifiée dans les premiers temps. —
10 L. Decombe et li. Espérandieu, Les milliaires de Rennes, dans Bull, de la Soc. archéol. d'Ille-et-Vilaine, t. xxi, 1891, p. 81,82, 84, pi.; ces pierres inilliaires ont ete déposées au musée de Rennes.
RENNES
« On a proposé plusieurs hypothèses au sujet de la date de l'emploi de ces matériaux de construction l. Celle d'après laquelle les bornes n'auraient été employées que par les constructeurs du ixc siècle ne me paraît pas judicieuse. A. de La Borderie, prenant un moyen terme, supposait que les milliaires de la rue Rallier provenaient bien de la muraille antique, mais avaient été employés au ixe siècle pour consolider la poterne 2. Assurément, les murs de Rennes ont été remaniés à diverses reprises, car ils furent rasés en 824 par Louis le Débonnaire, relevés ensuite, rasés encore en 850 par Noménoé 3, et relevés en 1084, sans parler des modifications consécutives des sièges postérieurs. Et nous savons que les premières restaurations bretonnes imitèrent l'appareil romain. Plus tard, les constructeurs employèrent une disposition en feuille de fougère passablement négligée. 4
« L'enceinte devait avoir quatre portes, bien que les documents anciens ne mentionnent que la deuxième et la quatrième de la liste suivante : Porte Mordelaise (route de Vannes, Carhaix et Corseul). Porte Chaste- Hère (n° 5, rue Rallier-du-Baty. Route de Valognes et d'Avranches). Porte Baudrière ou Baudraère (vers l'est de la rue Beaumanoir. Route de Lisieux, du Mans et d'Angers). Porte Aivière (porta Aquaria, au sud de la rue le Bouteiller. Route de Nantes) 6. »
V. Christianisme. — Rennes est déshéritée de toute tradition dite apostolique; on ne lui en fera pas un reproche. Il faut attendre le ive siècle pour lui découvrir une communauté chrétienne; néanmoins il est permis de supposer, si on y tient — comme l'a suggéré A. de La Borderie 6 — que la célèbre patère dite de Rennes, trouvée le 26 mars 1774, contre une maison appartenant au chapitre de la cathédrale, avec tout un riche trésor d'orfèvrerie, a dû appartenir à un temple local de Bacchus. Quand Théodose et son fils, Honorius, portèrent les derniers coups aux temples païens, firent briser les idoles, enlever leurs trésors, transférer leurs biens aux églises voisines 7, l'Église de Bennes alors de fondation récente a pu envisager cette désaffectation comme une bonne aubaine, d'autant mieux venue, qu'elle n'était pas riche.
De leur côté, les prêtres païens s'ingénièrent à soustraire leurs richesses aux mains de leurs rivaux triomphants et ils les enfouirent avec soin dans l'espoir de les retrouver un jour. Du soin apporté à l'enfouissement on a pu juger en 1774. Il n'y avait aucune sûreté à garder à domicile les trésors suspects, le prêtre choisit donc à peu de distance « une aire ou plafond de plus de 30 pieds de long et environ 30 de large, composé d'une couche de ciment de chaux mêlée avec du gros sable, recouverte de carreaux de terre cuite de différentes grandeurs 8 » et le trésor y fut déposé. Tout ceci, on le reconnaîtra sans peine, nous instruit fort peu sur les premiers temps de l'Église de Rennes.
VI. Cimetière. — On n'en sait pas beaucoup plus sur son cimetière. « Ce cimetière était situé sur la colline qui domine la ville du côté du Sud-Est et que couronne aujourd'hui la promenade du Thabor. Il occupait la partie de cette promenade dite actuellement le carré Du Guesclin où s'élevait avant 1789
1 La pierre d'une bornede Postumedoit provenir do Saint- Marc-le-Blanc (Ille-et-Vilaine); la matière des bornes de Victorin peut provenir de Mégrit ou Languédias (Côtes-du- Nord). — * A. de La Borderie, op. cit., 1. 1, p. 135. ■ — 3 Anno 850. Nomenoius Redonas et Nonnetas capiens, partem murorum portasque earum destruxit, dans Bouquet, Rec. hist. France, t. vu, p. 223. — * A. de La Borderie, op. cit., t. i, p. 134; Toulmouche avait considéré à tort comme romain le pan de mur, près de la Vilaine, au bas de la rue de Cartilage, qui fut certainement refait au ixe siècle, Hist. archéol. de Rennes, 1847, p. 205-211, pi. xm; rectifiée par H. Vatar, Rapport an maire de Rennes, p. 73-74. — • A.
l'église paroissiale de Saint- Jean, et en outre la place Saint-Melaine et le jardin de la Préfecture ». Les déblaiements exécutés en 1881 ont mis hors de doute l'existence en ce lieu d'un cimetière antique considérable, que les documents historiques permettent ou plutôt obligent d'étendre à tout le terrain ci-dessus indiqué. Les fouilles pratiquées sur un espace restreint ont fait rencontrer des inhumations et des incinérations, quatre sarcophages orientés à l'Est ce qui indique très vraisemblablement des tombes chrétiennes. L'indice est à retenir, mais la présence dans le voisinage d'un trésor de monnaies s'arrêtant à Probus (276 ou 277) ne suffit pas à dater les sépultures chrétiennes de la fin du me plutôt que du ive ou du ve siècle, et l'on n'en peut tirer aucun renseignement sur la date de l'introduction du christianisme à Rennes 9. VII. Liste épiscopale. — 1, L'Église de Rennes ne semble pas avoir possédé un ancien catalogue de ses évêques. On doit peut-être lui attribuer un des quatre évêques Sarmatio, Charialo, Rumoridus, Vinentius qui siégeaient en 453 dans la province de Tours 10.
2. Athenius. — Il assiste, en 461, au concile de Tours et, postérieurement, au concile de Vannes.
S, Amandus. Fêté à Rennes, le 13 novembre. « A cette date, écrit L.Duchesne, le martyrologe hiéronymien marque la fête de saint Amandus ou Amantius de Rodez. Cette coïncidence de nom et de date est déjà propre à exciter la défiance. D'autre part, le saint Amand de Rennes n'a d'autre document que la Vie interpolée de saint Melaine (Acta sancl., 6 janvier), ce qui n'est pas rassurant. Il est donc possible que saint Amand de Rennes ne soit pas différent de saint Amand de Rodez. Cependant jene veux rien définir» ll.