RESURRECTION DE LA CHAIR
récit des actes porte qu'après sa mort, le martyr apparut aux fidèles. « Il fallait, lisons-nous, que la mort et la résurrection du saint devinssent un témoignage de la vérité des promesses faites par sa bouche au nom du Seigneur. Le juge païen vit de même ses victimes. Revêtues de la robe des bienheureux elles lui reprochèrent sa cruauté. « Tes fureurs ont été inutiles, lui « dirent-elles, ceux dont tu as voulu détruire les dé- « pouilles en ce monde sont vivants dans la gloire de « Dieu l. »
Ceux qui écrivaient le récit de ces prouesses héroïques auraient cru manquer à leur devoir en taisant ces affirmations. On les voit insister avec complaisance sur les manifestations d'une intervention surnaturelle, destinée, dans leur pensée, à convaincre les fidèles que Dieu lui-même a rendu témoignage de la résurrection de ses saints. C'est ainsi que le corps de Pionius aurait été retrouvé sur le bûcher intact, ni les cheveux ni la barbe n'avaient été touchés par la flamme, les membres eux-mêmes paraissaient rafraîchis, la chair semblait plus rose. Même prodige à Héraclée où le corps du vieil évêque Philippe et de son compagnon Hermès étaient étendus parmi les cendres comme régénérés et éclatants de jeunesse '.
Il va sans dire que ces exemples sont tirés de textes authentiques ; à mentionner les autres on ne finirait pas.
II. La réaction chrétienne. — Le christianisme dut lutter longtemps pour réformer ce préjugé, dissiper les craintes ridicules du Styx infranchissable, des rigueurs du nocher Charon dont les esprits cultivés s'amusaient depuis longtemps mais qui conservaient des partisans crédules parmi les foules. Celles-ci passaient au christianisme tout en frissonnant à la pensée que la destruction du corps pourrait bien réduire à néant l'espoir de la récompense promise. Certains en étaient, nonobstant leur conversion, à appréhender que la présence d'un cercueil par-dessus le leur les emp chat de ressusciter, car si le corps ne sortait du tombeau, l'âme ne pouvait recevoir la rémunération éternelle. On ne songe pas assez à ces difficultés que souleva l'instruction des foules et on peut en prendre une idée lorsqu'on lit ce passage chez l'apologiste Lactance : « Si le Seigneur Jésus a accepté le supplice de la mise en croix, c'est que son corps devait rester entier et que la mort, sous cette forme, ne mettait pas obstacle à sa résurrection : ut inlegrum corpus ejus conservarctur quum die tertio resurgere ab inferis oportebal3. Comment de simples chrétiens auraient-ils eu la prétention d'échapper à la loi qu'avait dû subir le Christ? On voit où on en était au commencement du ive siècle, mais au siècle suivant, saint Augustin était encore obligé d'instruire et de réconforter les fidèles après le sac de Rome par Alaric, en 410 : « Combien de chrétiens, me dira-t-on, n'ont pu dans cette tourmente, être mis au tombeau? C'est là ce qu'une foi pieuse ne saurait guère redouter, car il est écrit que pas un cheveu de notre tête ne périra, et les bêtes qui dévorent un cadavre ne sauraient l'empêcher de ressusciter... Les gentils ne peuvent insulter aux chrétiens demeurés sans sépulture, car il nous est promis que non seulement la terre, mais tous les éléments dans le sein desquels le corps serait confondu, le rendront à la vie éternelle, quand viendra le jour fixé par le Très- Haut 4. » Les païens croyaient embarrasser les fidèles en leur posant de bizarres interrogations : « Les en-
1 Acta S. Fructuosi, c. iii-vii. — * Passio S. Pbilippi Hcraclcensis, c. XXII. — 3 Lactance, Insdt. divin., 1. IV, c. xxvi. — 4 S. Augustin, De civitale Dei, 1. I, c. xn;De cura pro mortuis gerenda, 1. II, c. vi. - - 5 S. Augustin, Decivitate Dei, 1. XXII, c. xu. — ■ * Toi t ni lien, Apologetieum, c. xvm. — ' S. Grégoire, Homil. in Euang., 1. II, c. xxvi, n. 12. — 8 S. Jean Chrysostonie, Homil. IV in epist. I ad Corinth.,
fants non venus à terme, disaient-ils, renaîtront-ils comme les autres? Sera-t-on tous de même taille, tous également maigres ou obèses? Reviendra-t-on pour la vie éternelle avec ses imperfections physiques, ses cicatrices, comme le Christ sortit du tombeau avec les marques de ses plaies? A qui appartiendra la chair d'un homme qu'un autre homme aura mangé? Ressuscitera-t-on avec tous ses cheveux puisqu'il est dit : Capillus capilis vestri non peribit ? 6 »
C'étaient là des objections qu'avaient formulées un Tertullien : Hsec et nos risimus aliquanclo », ou encore un saint Grégoire le Grand : Multi enim de resurrectione dubitant, sicut et nos aliquando fuimus 7.
Ce n'était pas chose exceptionnelle d'entendre mettre en doute la possibilité de reconstituer les éléments d'un corps évanoui 8. Grégoire de Tours avait rencontré un prêtre gaulois infecté de l'hérésie saducéenne, qui lui demanda comment « des os réduits en poudre pouvaient reprendre l'existence et former un être vivant 9? ». L'évèque avait pu lui citer ce texte de saint Jean : « La mer rendra les morts ensevelis sous les eaux 10 », et cette parole a trouvé une curieuse interprétation archéologique dans une ancienne mosaïque de Torcello, près de Venise. On y voit la résurrection et le jugement dernier. Au centre se trouve un ange sonnant de la trompette. A droite la mer représentée par une Amphitrite entourée de monstres marins dont chacun rend par la bouche un cadavre; à la gauche, des lions et des fauves rejetant aussi des cadavres.
Un témoignage épigraphique nous montre que, même parmi les chrétiens de Rome, on admettait que le défaut de sépulture entraînait la privation de la résurrection u :
INSEPVL
TVS IACEAT NON RE SVRGEAT...
Une autre inscription, à Côme, est plus explicite encore (voir Dictionn., t. m, col. 2349-2350), vers la fin du vie siècle12 : ...adiuro vus omnes xpiani et te custude beati Juliani per Do et per tremenda die judicii ut hune sepulcrum nunquam ullo tempore violetur sed coservet(ur) usque ad finem mundi ut posim sine impedimaito in vita redire cum venerit qui judicalurus est vioos et mortuos...
Il fallait réagir, mais en instruisant et en gardant la mesure que certains dépassèrent. On vit donc, au vie siècle, des esprits excessifs solliciter comme une grâce de ne pas être ensevelis, mais enfouis, comme des animaux, dans les champs ou dans une rivière afin de témoigner de leur robuste croyance à la résurrection, quelles que pussent être les conditions de leur sépulture u.
III. Témoignages ÉPiGRAPiiiQUEs. — On pourrait dire que les mots xoiti.7j-nfipt.ov et depositio impliquent la croyance et l'attente de la résurrection des corps. Plus évidemment encore la formule de Thessalonique :
....TOKOIMHTHPION ECOC ANACTAC€WC
Voir Dictionn., t. i, col. 339, fig. 65; celle-ci ne laisse rien à ajouter et pourrait dispenser d'autres citations, mais elles offrent toutes de l'intérêt, nous les ennuierons brièvement :
n. 6; Jonas d'Orléans, De instit. laicorum, 1. III, c. xvi. — • Grégoire de Tours, Hist. Franc, 1. X, c. xm. — " Apoc., xx, 13. — " Bosio, Iiomasotterr., 1632. p. 436. — '* Corpus inscriptionum lai inarum, t. v, n. 5415: E. Dieh], lnscriptiones latinac christianae œteres, n. 3863. — " Suint Jean Climaque, Scala paradisi, Grad. v, étiit. Paris, 1633, p. 123.
RÉSURRECTION DU SAUVEUR
Rome, entre 296 et 304, probablement en 303 :
QVOD CORPVS PACE QVIETVM