RIDEAU — RIEZ
chaises dont on voit seulement les dossiers, sauf quatre, bien visibles où l'appui a la l'orme de poisson. Au centre, sur un piédestal, une capsa avec huit rouleaux. Tous les apôtres parlent, acclament, gesticulent, remuent. Sauf Pierre et Paul dont les types sont immuables dans l'art chrétien, il nous semble que tous sont imberbes, vêtus du pallium. C'est, à n'en pas douter, un ouvrage très ancien, sur lequel a été résolu très heureusement le problème de la perspective, travail lisse et soigné qu'on peut reporter vers le milieu du ve siècle l.
RIETI. — Saint Grégoire le Grand dit qu'au vie siècle l'église de Rieti honorait un martyr nommé Éleuthère. Il existait, en effet, à Rieti une église dédiée à ce saint où on a trouvé des inscriptions chrétiennes. Fr. Lanzoni, Le origini délie diocesi anliche d'Ilalia, 1923, p. 181, l'affirme, et renvoie au Corpus, t. ix, n. 450: il s'agit de Venosa et le texte est païen; à Rieti le Corpus ne donne pas un seul texte chrétien; quant à Boschi, Un antico cimitero reatino presso i corpi dei SS. Eleuterio ed Anzia. La basilica reatina di S. Eleuterio attraverso i secoli, dans Miscellanea di storia ecclesiastica e studi ausiliari, 1902-1903, p. 145, p. 306, nous n'avons pu l'atteindre.
H. Leclercq.
RIEZ. — I. La ville antique. II. Le baptistère. III. Liste épiscopale. IV. Mosaïque. V, Bibliographie.
I. La ville antique. — Riez a été une cité florissante avant de déchoir au rang de simple chef-lieu de canton du département des Basses-Alpes. Du moins, a-t-elle gardé de son passé des ruines remarquables moins par leurs dimensions que par leur beauté. Pline l'Ancien la mentionne parmi les oppida de la Narbonnaise, sous le nom d'Alabece Reiorum Apollinarium. Jules César en fit une colonia qui prit le nom de Colonia Julia Augusta Reiorum, Colonia Augusta Apollinaris qu'on lit sur un certain nombre d'inscriptions. Riez était reliée à la grande voie Aurélienne par des voies secondaires partant de Fréjus et d'Aix; une autre voie la mettait en communication avec Cimiez. En se rendant d'Aix à Riez, on rencontre quatre colonnes corinthiennes qui se dressent à 200 ou 300 pas de la ville, dans la direction du Sud-Ouest, dans la plaine. Les fûts posent sur des bases de marbre blanc, à demienfouies, ainsi que leur soubassement de pierre, sous la terre et le gazon. Leurs chapiteaux de marbre paraissent remonter au temps des Antonins. La hauteur des colonnes, non compris les chapiteaux, est de 5 m. 85, leur circonférence est de 2 m. 31, les entre-eolonnements mesurent 2 m. 21, 2 m. 40 et 2 m. 15. De l'entablement primitif il ne reste que l'architrave, formée de trois plates-bandes superposées, légèrement inclinées en talus et séparées par une faible saillie, sous laquelle règne un cordon de denticules. L'architrave, dans sa longueur, se compose de trois linteaux qui correspondent aux trois entre-colonnements; leur surface inférieure ou soffite a conservé les restes d'une riche ornementation sculptée. A quel monument ont appartenu ces colonnes, on l'ignore.
IL Le baptistère. — A 300 ou 400 mètres de cette colonnade, vers le Sud, on aperçoit un petit édifice de forme carrée, aux murs blancs et dépourvus de tout caractère architectural. Au centre de la toiture, seulement, couverte de tuiles courbes, s'élève une petite tour octogone, surmontée elle-même d'une petite tourelle en forme de lanternon, et sur l'un des côtés de l'enceinte apparaît un modeste campanile percé d'une simple arcature. A l'extérieur, la hauteur du mur d'enceinte est d'environ 8 mètres sur 11 m. 15 de long; le
1 H. PoirceetR. Tyler, L'arZ byzantin, t. 1, 1932, pi. cxxv. — * Bartel, op. cit., p. 154. — ■ L. Valentin, Saint Prosper
diamètre de la rotonde- centrale mesure 5 m. 60 et la largeur de la nef circulaire, en moyenne 1 m. 40. La hauteur des fûts des colonnes comprend 4 m. 12 et celle de la rotonde, du sol au dôme, 12 m. 35. De tout cet ensemble, les colonnes sont seules antiques, tout le reste a été remanié à différentes époques.
Cet édifice, qu'on appelle encore couramment le Temple, est un baptistère chrétien, nous en avons parlé déjà (voir Dictionn., t. ii, col. 466, fig. 1375, 1376; t. v, col. 2288). La piscine a été retrouvée.
Bartel, auteur de YHistorica et chronologica prœsulum sanctœ Regiensis Ecclesiœ nomenclatura, en 1636, mentionne ce baptistère à plusieurs reprises. A l'en croire, ce serait saint Prosper d'Aquitaine qui aurait fondé à Riez une basilique en l'honneur de saint Apollinaire avec le désir d'y être enseveli. Il en fut ainsi et Prosper y reposa 245 ans jusqu'à ce que l'idée lui vint d'apparaître à l'évêque Thomas et de réclamer de lui une basilique plus riche; l'évêque obtempéra et fit la translation 2. C'est là un conte mis en circulation vers 1604 par le chanoine Fabri, de Draguignan, capiscol de l'Église de Riez. Cette erreur provenait d'une mauvaise lecture de Regensis (Riez) qu'on échangea en Regiensis, lequel désignait Regium (Reggio, en Italie) et cela d'après le calcul de donner au siège de l'Église de Riez, saint Prosper, episcopus Regiensis, véritable évêque de Reggio, confondu avec Prosper d'Aquitaine, qui ne fut jamais évêque 3. Par suite, la fondation d'une église de Saint-Apollinaire, par saint Prosper, se place à Reggio d'Emilie et non à Riez en Provence. Bartel n'a pas réfléchi que l'évêque Thomas avait peu de chances d'avoir gouverné l'Église de Riez puisqu'il nous apprend qu'il opéra la translation des reliques de Prosper sous le règne de Luitprand, roi des Lombards, dont le royaume comprenait Reggio et ne comprit, jamais Riez4.
La construction du baptistère peut remonter au vevne siècle, il fut conservé intact jusque vers 1559, où il fut converti en chapelle sous le vocable de Saint-Clair. Bartel, le P. Miraillet avaient pris l'habitude de ne plus désigner le baptistère que sous le nom de Panthéon et d'en faire une description de pure fantaisie, mais, cela ne vaut pas la peine d'être conservé. Millin, dans son Voyage dans les déparlements du midi de la France donna une vue du baptistère, mais dégagé des murs extérieurs et réduit aux huit colonnes qui portent le dôme, ce dessin a été reproduit trop souvent. Alex, de Laborde, dans ses Monuments de France, publia une vue extérieure de la rotonde d'un effet très pittoresque, dans laquelle la tour centrale octogone paraît beaucoup plus élevée au-dessus de l'enceinte carrée qu'elle ne l'est réellement et se trouve, à ses angles, appuyée sur des contreforts très saillants. La prétendue restauration de 1818 fut en réalité une catastrophe qui dénatura l'édifice.
III. Liste épiscopale. — Biez aura compté des fidèles de bonne heure, comme la plupart des villes de Provence, mais on n'y constate pas la présence d'un Siège épiscipal avant la première moitié du v siècle.
Le Gallia christiana ouvre la liste épiscopale par un saint Prosper, mais en signalant qu'il ne s'agit pas de Prosper d'Aquitaine; c'est un évêque de Reggio en Emilie, comme nous venons de le dire.
1. Maximus. — Ancien abbé de Lérins, à partir de l'élévation de saint Honorât sur le siège d'Arles jusqu'en 433. On le voit alors évêque de Biez et il siège aux conciles de Biez (439), d'Orange (411). île VaisOD (442), signe les lettres arlésiennes en 450 et 451, en lin on le voit au concile de Bavcnnius, dans l'affaire de Lérins. Décédé le 27 novembre, jour où il est fêté dans le martyrologe d'Adon.
d'Aquitaine, in-8°, Paris, 1900. — • Solomé, Lettre sur le nom de Riez, dans Mercure de France, juillet 1748.