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RIDE A U

Fuscien. I. 'enfant Just a eu le temps de gagner Saint- Just-en-Chaussée où on le tue.

Rictiovarus s'est contenté de regagner Soissons d'où il fait poursuivre Crépir) et Crépinien, mais il meurt avant leur supplice.

III. La personnalité de Rictiovarus. — Le groupe de passions qu'on vient de parcourir emploie invariablement le titre de prsefectus en parlant de Rictiovarus; il ne s'ensuit pas qu'il ait été préfet du prétoire à Trêves, charge considérable pour la décerner à un magistrat rabatteur de chrétiens.

Son nom n'apprend rien sur son compte. On l'a dénaturé du mieux qu'on a pu, et sans résultat : Rictiovarus, Riciovarus, Rictiomarus, Reciofarus, Rictius Varus, enfin C. Ceionius Rufus Varus; mieux vaut s'en tenir à l'orthographe admise.

Ce qu'il y a de plus simple et, peut-être, de plus sage vu son champ d'activité sur les routes qui joignent Reims à Amiens, c'est de voir en ce personnage un préfet militaire à la tête d'un détachement de barbares cantonnés inler Remos et Ambianos, comme s'exprime la Notitia dignitatum. Nous savons qu'il y eut là des corps de Sarmates dont la présence est attestée par des noms de campements tels que Sermoise en Soissonnais (ancien Sarmaticum) et Sermaize près Noyon.

Ce Rictiovarus répandait la terreur autour de lui et n'étant pas magistrat, mais préfet militaire, avait-il le pouvoir de poursuivre et de mettre à mort les chrétiens? Sans rien dire des abus de pouvoir qui sont de toutes les époques et des « conventionnels en mission », on rappellera que Lactance dénonce Galère pour avoir confié la charge de persécuter à des juges militaires, sans assesseurs ordinaires : judices militares, humanitatis litterarum rudes, sine assessoribus in provincias immissi '.

On ne peut proposer une date, car la préfecture militaire d'Amiens n'est pas connue avant la fin du ive siècle, mais Maximien, en lutte contre lesBagaudes, peut avoir créé un secteur militaire de Reims à Amiens.

IV. L'autorité de la tradition. — Un homme qui tue sans se cacher ni s'excuser se rend redoutable; f t-il un brigand, on voit en lui un maître et un agent officiel du gouvernement. Celui-ci loin de s'en cacher se réclamait du pouvoir impérial et sa violence s'exerçant sur des chrétiens, leurs coreligionnaires y virent une persécution et des martyrs.

Persécution limitée à une contrée et dans cette contrée à une secte qui n'était encore ni très nombreuse ni fort riche, mais dont les affiliés, pour cette raison même, n'oubliaient rien de ce qu'ils avaient souffert. Toutes ces brutalités s'étaient exercées vers les derniers temps du ive siècle et deux dizaines d'années plus tard, lorsqu'on sut que ces violences étaient à tout jamais finies, on rassembla les souvenirs et, non sans les déformer un peu parfois, on prit soin de les consigner comme des gloires locales. En effet, c'était Soissons et le pays qui l'environne qui avaient été la proie de Rictiovarus et ce fut le Soissonnais qu'on exalta, ce fut à Soissons que le persécuteur succomba et que la tradition s'empara de Rictiovarus pour le rendre odieux. Mais ce qu'on nomme tradition ou légende n'a pas le droit de s'affranchir de l'histoire ou de la déformer impudemment. Parmi ces martyrs ruraux il s'en trouvait un plus célèbre, plus vénéré, dont on ne pouvait déposséder sa ville, cependant déchue alors de son titre de chef-lieu de cité, Augusta Veromanduorum, pour attirer saint Quentin à Soissons, et ainsi la tradition respectait les droits de l'histoire. Tout le merveilleux, tout l'invraisemblable n'y pouvaient rien changer; il reste difficile de faire la part exacte d'un empereur, d'un préfet, d'un groupe de chrétiens jetés au loin et comme perdus dans une con-

DICT. D'ARCH. CHRÉT

trée mal connue, il n'est pas possible de les faire passer de l'histoire dans la légende '' .

H. Leolerco.

RIDEAU. — On a dit (pie les édifices chrétiens étaient mis en communication avec l'extérieur par des baies de dimensions variables fermées par des portes (voir Dictionn., t. xiv, à ce mot). Celles-ci pouvaient être fabriquées en métal, en bois et, dans certaines régions, en pierre. A l'heure des réunions liturgiques ces portes étaient ouvertes ou même enlevées et remplacées par un voile soutenu par une tringle avec des anneaux. Ces rideaux occupaient toute la largeur de la baie, ils étaient d'une seule pièce ou en deux pièces et relevés vers leur milieu par un nœud. On employait

10626. — Ivoire du musée de Dijon.

D'après H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. i, pi. cxxv.

à cet usage des tissus ou des tapisseries et sur une multitude de monuments figurés du IV au ixe siècle nous en avons tant et tant d'exemples qu'il paraît inutile d'en donner ici quelques représentations; il suffira de renvoyer à Dictionn., t. il, col. 575, fig. 1438; col. 593, fig. 1449; t. vin, col. 521, fig. 6423, etc.

Un feuillet d'ivoire conservé au musée de Dijon va nous offrir un bel exemple de l'emploi des rideaux pour donner l'impression d'un lieu sacré (fig. 10626). L'exécution en est remarquable et retient l'attention par son accent hellénistique. Le Christ imberbe, portant le nimbe crucifère, est assis sur un siège dont on n'aperçoit que le dossier et ses pieds sont posés sur l'escabeau; il fait le geste qui accompagne la parole et tient le rouleau de l'évangile; à ses côtés le collège des douze apôtres parmi lesquels saint Paul, très reconnaissable. 'fous de moindre taille que le Sauveur et assis sur des

1 Lactance, De morlibus persecutorum, c. xxn, P. L., t. x, col. 231. — a Cf. C. Jullian, Notes gallo-romaines, dans Revue des études anciennes, t. xxv, 1923, p. 366-378.

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