RODEZ — ROGATIONS
Quant à l'autel portant l'inscription : Deusdedil eps indignus fieri jussit hanc aram il n'appartient pas à nos études. Le siège de Rodez n'a jamais été occupé par un évêque de ce nom avant le xe siècle. Edm. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. il, p. 348-349, a eu le tort de ne pas l'éliminer assez résolument; quant à ce qu'en peut dire V. Davin, cela ne compte pour rien.
H. Leclercq.
ROGATIONS. — Nous avons traité déjà des litaniœ majores, mieux connues en France sous le nom de « procession de Saint-Marc » (voir Dictionn., t. x, col. 1740-1741) ou de « litanie romaine »; il nous faut dire quelque chose des litaniœ minores ou « litanie gallicane » dont on sait au moins le nom de « Rogations » quoique certains catholiques n'en sachent que ce que leur en a appris un chapitre de Chateaubriand et un tableau de Jules Breton. L'institution de cette solennité liturgique remonte à l'évêque de Vienne, saint Mamert, vers l'an 474. On vivait alors sous la menace et la réalisation d'événements tragiques; pour relever les courages, l'évêque imposa à son peuple un jeûne et des processions chantées pendant les trois journées qui précèdent la fête de l'Ascension. Nous sommes ici en pleine histoire et il est superflu de chercher l'origine de ce rite dans des ambarvalia ou des lustrationes. C'est le propre successeur de saint Mamert, l'évêque Avit, qui a pris soin déconsigner le souvenir que nous venons de rapporter ' et qui a été recueilli et consigné par Grégoire de Tours 2, de même que par Sidoine Apollinaire 3 qui écrit que « dans les litanies que Mamert a instituées, on jeûne, on prie, on psalmodie, on pleure ». D'un autre passage de cet auteur qui parle de litaniœ vagie, tepenles, infrequentes ac oscitabundœ, on s'est cru en droit de soutenir que saint Mamert n'avait fait qu'organiser une pratique plus ancienne 4; c'est confondre les processions et les Rogations. Cellesci, on vient de le dire, ont une origine bien fixée et ont gardé leur but bien déterminé consistant à écarter les calamités. Enfin on a pensé découvrir dans un sermon de saint Augustin (t 430) 6 une attestation antérieure à saint Mamert, mais il faut restituer ledit sermon à saint Césaire d'Arles (t 542) 6, ainsi l'opinion traditionnelle conserve toute sa valeur. L'introduction de trois jours de jeûne pendant le temps pascal était, en 474, une innovation et on ne faisait rien de semblable au temps de saint Augustin '.
L'Église tint à honneur de maintenir l'institution de saint Mamert qui, de Vienne, se répandit aux alentours. Sidoine Apollinaire, ami personnel de Mamert, établit les Rogations dans son Église de Clermont ' et saint Césaire les trouva implantées à Arles 9 quand il vint en occuper le siège. A l'origine, on adopta des époques différentes, ensuite l'uniformité s'imposa et, dès la fin du vie siècle, l'accord s'était fait sur les trois jours précédant l'Ascension10. Le concile d'Orléans, en 51 1, ceux de Tours et de Lyon, en 5ti7, ordonnaient de les célébrer11. Le lectionnaire de Luxeuil (voir Dictionn., t. ix, col. 2748 sq.) prend soin de mentionner les Lecliones quœ legendœ sint in Rogalionis primo die (...die secundo, ...die tertia) et le Alissale gullicanum vêtus 12.
Non seulement le jeûne était prescrit, mais les serviteurs étaient dispensés du travail afin de prendre part à la procession. Venance Fortunat cite le cas
1 S. Avit, Homilia de Rogalionibus, P L., t. lix, col. 289- 294. ■ — ' Grégoire de Tours, Ilistoria Francorum, 1. II, c. xxxiv, P. L., t. lxxi, col. 231-232. — 3 Sidoine Apollinaire, Epistol., 1. V, epist. xiv, P. L., t. LVIII, col. 544. —
* Binterim, Denkwiirdigkeiten, 1. IV, i, p. 573; J.-A. Martigny, Dictionn. des antiq. chrét., p. 428. ■ — 5 S. Auguslin, Serm. clxxui de l'Appendix, P. L., I. xxxix, col. 2076. —
• S. Caesarii op. om/i., éd. Morin, Serm., clx, a t. i, 2, p. 622. — ' S. Augustin, Epist. exix, Ad Januarium. —
d'une femme que la cécité seule empêcha de se joindre au peuple; guérie par saint Germain elle put se joindre à la procession du troisième jour 13. Le nom de litaniœ donné à cette procession vient-il de l'invocation des noms des saints, c'est assez probable; en tout cas nous savons que lorsque le pape Grégoire I" institua une procession à Rome contre la peste per plateas Urbis on chantait le Kyrie eleison qui est demeuré le début du chant des litanies 14.
On ne se bornait pas au chant des litanies et nous venons de voir que le lectionnaire de Luxeuil prévoit et prescrit de longues lectures tirées de l'Écriture sainte, usage qui s'était conservé dans l'Église de Milan ainsi qu'en témoigne un livre intitulé : Litaniœ majores et triduanœ sollemnes ritu Ambrosiano, a sancto Carolo Cardinale lit. sanclœ Praxedis archiep. editœ, nunc denuo recognitœ. Mediolani anno MDCLXVII; et voici en quoi consistait cette litanie 15. Le lundi qui précède l'Ascension, en présence du clergé et du peuple assemblés dans la cathédrale, l'archevêque ou le pénitencier bénissait la cendre provenant des rameaux d'olivier et l'imposait sur la tête de chacun avec ces mots : Mémento homo quia cinis es et in cinerem reverleris. Le récipiendaire répondait : Memor ero. On se rendait de là à la basilique de saint Simplicien où on récitait les litanies et l'oraison, suivis de Dominas vobiscum. Cela fait, le lecteur secondicier récitait la leçon de Joël : Hœc dicit Dominus Deus. Converlimini ad me in toto corde veslro, etc. Le premier notaire chantait le répons et le premier diacre, après le Dominus vobiscum, récitait l'évangile de saint Matthieu : Nolite putare quoniam veni solvere legem, etc. Ce qui se renouvelait dans douze églises.
Le mardi, semblable procession dans neuf églises et chacune d'elles entendait deux lectures, une de l'Ancien Testament, une autre de l'Évangile. Dans la septième église, Saint-Nazaire, le diacre criait à haute voix : Parcite fabulis. Le gardien disait : Silentium habete et quelqu'un répondait : Habele silentium; après quoi on lisait saint Luc : Accessit ad Dominum Jesum quidam princeps et inlerrogavit eum dicens : Magister bone, quid jaciens vilam œternam possidebo, etc.
Le mercredi, la procession se rendait dans onze églises, et dans la cinquième, Saint-Laurent, après les mêmes cérémonies que la veille, on lisait saint Luc : Homo quidam habuil duos filios et Mabillon ajoute cette remarque : Hœc non parum conducunt ad illustrandum lectionarium nostrum gallicanum.
Faut-il entendre des Rogations ce que dit Gennade de l'évêque Honorât de Marseille : Litanias ad inclinandam Dei etementiam cum plèbe sibi crédita pro viribus agit. En tout cas saint Avit de Vienne prêcha chajour des Rogations et nous possédons un de ces sermons en entier, deux fragments des autres .
Hors de France, les Rogations sont constatées par le concile de Girone (517) 16, celui de Tolède (G3G)17 et celui de Braga (572)18. Dans les adnuntialiones feslivitatum de la liturgie mozarabe ■ — qui les reporte après l'Ascension — on trouve la mention de ces trois jours de jeûne des Rogations : Illo Illo et Illo [die] omnes jejunemus, ad exorandum Dominum nostrum Hiesum Christian pro peccatis nostris, sive ut Dominus iram suam a nobis aujcral : ac pro pace inpetranda, vel pro sacris leclionibus audiendis, ecclesiam Domini jugiter fre-
8 Sidoine, op. cit.. 1. VII, epist. i, P. L., t. lviii, col. 563.
— • P. L., t. uxvn, col. 2076. — 10 Grégoire de Tours, op. cit., 1. II, c. xxxiv, P. L., t. lxxi, col. 231-232. — 11 Hardouin, Concilia, t. n, col. 1011-1012; t. m, col. 355.
— '■ Mabillon, De liturgia gallicana, 1685, p. 149-152, 377.
— u Fortunat, \'ita S. Germani Parisiensis, c. xxxm. — " Grégoire de Tours, Hist. Eranc, 1. X, c. i. — " M:ibillou, op. cit., p. 153. - '" Hardouin. Concilia, t. u, col. 1043. — " Id., ibid., t. m, col. 598. — " Id., ibid., t. III, col. 383.