ROI TRÈS CHRÉTIEN
quentemus. Cette dernière formule est suivie de l'évangile des Rogations, le même que celui du missel romain l.
A Rome, ce fut le pape Léon III (795-816) qui régla les Rogations de la manière suivante : le lundi, le pape et tout le clergé de Sainte-Marie-Majeure se rendaient à la basilique du Sauveur; le mardi, de Sainte-Sabine à Saint-Paul-hors-les-murs, le mercredi, de Sainte-Croix en Jérusalem à Saint-Laurent-hors-les-murs. Cependant les anciens sacramentaires romains ne font pas mention des Rogations, pas plus que les Ordines du chanoine Benoît et de Cencius, ni l'antiphonaire de Tomasi; mais on les rencontre dans VOrdo Romanus XIII 2 probablement et dans VOrdo Romanus XIV*.
H. Leclercq.
ROHAULT DE FLEURY (Georges). — Né à Paris le 23 décembre 1835 dans une famille où le goût des arts avait presque la gravité d'un culte. Son père, Charles, architecte du Jardin des Plantes, très en vue sous le gouvernement de Juillet et le second Empire, se consacra lui-même, vers la fin de sa vie, à l'archéologie chrétienne. De bonne heure, il avait initié son fils à ses travaux et l'avait fait entrer à l'École des Beaux-Arts où il remporta ses premiers succès. Mais une santé particulièrement délicate l'attira en Italie où il fit un premier séjour (1858-1859), se fixa à Pise et parcourut la Toscane. A son retour en France, il publia Les monuments de Pise au Moyen Age,
1 vol. in-8° et atlas in-folio, 1862, et plus tard : Lettres sur la Toscane en 1400, 2 vol. in-8°, Paris, 1874; La Toscane au Moyen Age. Architecture civile et militaire,
2 vol. in-fol., Paris, 1874; Le Latran au Moyen Age, 1 vol. in-8° avec atlas in-folio, Paris, 1874; ce dernier travail lui valut la lre médaille à l'exposition des Beaux-Arts de 1874. En même temps, le fils collaborait aux travaux du père et gravait les planches de son Mémoire sur les instruments de la Passion de N.-S. J.-C, in-4°, Paris, 1869, et se passionnait à son tour pour ces études. Charles Rohault mourut le 1 1 août 1875 et Georges poursuivit les travaux commencés. Successivement il fit paraître, avec son père : L'Évangile. Études iconographiques et archéologiques, 2 vol. in-4°, Tours, 1873, ensuite seul : La sainte Vierge. Études arch. et icon., 2 vol. in-4°, Paris, 1878; La Messe. Études archéologiques sur ses monuments, 8 vol. in-4°, Paris, 1883-1889, et Les saints de la messe et leurs monuments, 10 vol. in-4°, Paris, 1893-1900. Non content d'écrire, de dessiner et de graver, l'auteur publiait ses livres à ses frais. Sa dernière œuvre, Gallia dominicana. Les couvents de Saint-Dominique au Moyen Age, 2 vol. in-fol., Paris, 1903, restait inachevée lorsque mourut l'auteur le 12 novembre 1904, à Paris, dans son hôtel de la rue d'Aguesseau.
Le 5 novembre seulement la maladie l'avait contraint à poser la plume et à cesser un travail qui l'absorbait parfois quatorze heures par jour et dont il faisait honneur à la mémoire et au nom de son père quoique la part principale fût bien sienne. C'est qu'il était passionnément modeste. Fuyant les honneurs, étranger aux distinctions auxquelles son mérite lui donnait tant de droits, il vivait solitaire, absorbé par son œuvre dont il savait l'utilité sans pouvoir en sentir les quelques points faibles, surtout au point de vue de l'information textuelle et de la critique historique. Néanmoins la richesse documentaire demeure solide et forme un ensemble utile à consulter. Ceux qui entrevirent cet homme, qui connurent son immense labeur, son exquise bonté, sa modestie sincère, sa science très étendue et qui reçurent son sourire ne peuvent l'oublier.
H. Leclercq.
1 M. Férotin, Le Liber ordinum, 1904, p. 522-523. — 1 Ordo Romanus XIII, n. 25, P. L., t. lxxviii, col. 1119- 1120. — 3 Ordo Romanus XIV, n. 49, 52, P. L., t. lxxviii,
. ROI TRÈS CHRETIEN. — Il a été longtemps admis que le titre de « Roi très chrétien » fut attribué à Clovis dès le temps de son baptême; quand on regarda aux preuves on s'aperçut qu'elles manquaient et, au xvne siècle, le P. Daniel, auteur d'une Histoire de France, proposa de faire attribuer ce titre, pour la première fois, à Louis XL Là-dessus, un certain abbé de Camps prit feu et flamme et déversa sa prose dans le Mercure de France (janvier, juin, novembre 1720) pour rétablir Clovis dans ses droits. Suivant un usage qui ne s'est pas complètement perdu, il accusa son contradicteur de n'écrire que « pour déshonorer l'histoire de sa patrie » et le P. Daniel lui tint tête (lbid., avril, août 1720) pendant que Claude du Moulinet insinuait que ce titre pourrait remonter aux règnes de Louis VII, de Philippe-Auguste ou de saint Louis. Quelques années se passèrent et, en 1755, le P. GritTet proposa de s'en tenir à Charles V; làdessus, Bonamy, en 1760, parla de Louis le Jeune, et l'intérêt de la question paraissant épuisé on n'en parla plus.
On ne se fit certes pas faute de décerner à des princes francs des épithètes louangeuses, parmi lesquelles se lit christianissimus, mais cela n'entraîne pas à conséquence et il ne s'agit, en aucun cas, d'un titre héréditaire, mais tout au plus d'une formule de politesse, d'un hommage individuel. Rois et reines du peuple franc n'en avaient aucunement le privilège, puisqu'ils partageaient cette appellation avec leurs collègues byzantins et wisigoths. Quand les rois mérovingiens ne furent plus que des ombres, le titre passa aux maires du palais austrasiens et les papes ne se privèrent d'en décorer Charles Martel par deux fois, lorsqu'il fallut le décider à venir au secours de Grégoire III et de l'Église romaine. L'habitude était prise et les premiers Carolingiens s'accommodèrent à merveille de l'épithète de christianissimus qu'ils lisaient dans les lettres que leur adressaient un Zacharie, un Etienne II, un Paul Ier, un Etienne III. Pépin le Bref trouvait fort bon qu'on le traitât de « très aimé, très excellent et très chrétien », bien mieux il voulait être « le plus orthodoxe et le plus chrétien »; quant à Charlemagne il trouvait le titre si fort à sa convenance qu'il se le décernait à lui-même dans un capitulaire de l'an 802. Désormais cela allait comme de soi, le rédacteur du Liber ponlificalis en prenait son parti et accolait ce titre aux noms des fondateurs de la dynastie carolingienne, mais non à toute leur lignée, aussi la chancellerie continuait à le décerner à l'occasion, non seulement aux empereurs byzantins, mais encore aux rois des Bulgares.
A cette époque le titre de « très-chrétien » conserve sa valeur de récompense individuelle pour services rendus, promis ou espérés, les papes n'en ont pas aliéné la possession à une famille à l'exclusion de toutes autres. Ainsi, pendant les xeet xie siècles, les rois de France n'y ont aucun droit qu'à titre individuel. Mais lorsque survint la querelle des Investitures, la politique rapprocha la papauté de la royauté capétienne. Louis le Jeune ne ménagea pas au pape Alexandre III les témoignages de sympathie et la chancellerie pontificale se laissa toucher, elle fit reparaître cet éloge de « prince » ou de « roi très chrétien » vers l'année 1163, dans les pièces dont la rédaction émanait d'elle, et cela non pas une fois de loin en loin, mais constamment avec une régularité voulue. L'éloge fut adopté par les clercs et nul, alors, n'en fit un plus fréquent usage que saint Thomas Becket, alors exilé et réfugié en France.
col. 1154 sq. Dans saint Maxime de Turin, l'homilia lxxx porte le titre très douteux : In letaniis seu de rogationibus, P. L., t. lxvii, col. 458.