‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 29 sur 477 · P0TER1K · texte numérisé non relu

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romaines, c'est un cartouche dentelé sur les bords, sans inscription. Les animaux ne diffèrent pas de ceux que l'on observe sur les lampes païennes et que l'on retrouvera sur les lampes chrétiennes. Ce sont le bélier, le bœuf, le cerf, le cheval, le chien, le coq, le lévrier, le lièvre, le lion, le sanglier. Les personnages sont plus significatifs, c'est d'abord toute une série d'amours... c'est Bacchus avec le thyrse et une grappe de raisin, Diane tirant de l'arc, Hélios radié, Léda et le cygne...; on trouve même une trace curieuse du paganisme survivant : un bœuf porte, gravé sur la cuisse, un swastika1. Est-ce un simple motif décoratif? Est-ce pour lui donner un caractère sacré? La quantité des bœufs sculptés sur les stèles et destinés au sacrifice nous ferait plutôt accepter cette dernière solution, sans qu'on puisse rien affirmer dans ces questions de survivance. Ce sont surtout des sujets païens qui ornent les lampes de Henchir-es-Srira. Cependant elles ont bien des rapports avec les lampes chrétiennes. D'abord la religion nouvelle à ses débuts n'a pas chassé complètement les représentations anciennes : il y a au musée du Bardo une lampe chrétienne où se voient un satyre et une bacchante peu édifiants; une autre semble porter un Hélios radié. Mais il y a des rapports plus étroits : les signatures à l'époque chrétienne deviennent très rares et se réduisent le plus souvent, lorsqu'elles existent, à une simple initiale ou à un ornement. C'est ce que nous rencontrons à Henchir-es- Srira; nous voyons M, N, V, Y, un trèfle à trois feuilles, un autre à quatre feuilles, des palmettes — sans doute on en connaît des exemples sur des lampes païennes du Bardo, mais ils sont plus fréquents sur les lampes chrétiennes; nous trouvons plusieurs fois une croix, tantôt seule, tantôt cantonnée de points, tantôt en relief sur une palmette et enfin sur le revers d'une des lampes on a : A B C 2. » On s'est demandé la signification de ce groupe. Il est bon de se souvenir qu'on lit sur un vase de Carthage ces mêmes lettres (voir Dietionn., 1. 1, col. 55, flg. 20; t. n, col. 2230, fig. 2117). Ce vase en terre cuite est à rapprocher d'un autre de même matière (voir Dietionn., t. n, col. 760, flg. 1506). Ces lettres, croyons-nous, indiquaient le rudiment spirituel et n'étaient en aucune façon l'équivalent de A GO. Leur présence sur un vase servant à verser l'eau du baptême a le même sens que sur les lampes; elles signifient l'illumination de la vie spirituelle. On trouve parfois la lettre S ou T et il est probable que c'est la première lettre de la signature du potier. Sur une lampe chrétienne trouvée à Thala, en Byzacène, on voit une étoile à huit pointes entre deux branches de lauriers et au-dessous, en relief la signature du potier chrétien : +CO il SMA3 (fig. 10498).

Nous ne revenons pas sur les carreaux de terre cuite estampés (voir Dietionn.. t. il, col. 2178 et t. vi, au mot Hadjeb-el-Aioum) et sur les lampes (voir Dietionn., t. vin, à ce mot); nous avons récemment énuméré un certain nombre de plats (voir Dietionn., t. xiv, à ce mot) décorés de figures symboliques : croix, colombes, agneau, poisson, orante, pêcheur; ces divers objets servaient de vaisselle domestique et n'avaient pas une destination spécialement religieuse, comme les deux vases dont nous venons de parler.

On s'est demandé si tous ces produits de la fabrication céramique déterrés à Carthage étaient d'origine et de fabrication locales. La réponse à cette question reste indécise car les noms des potiers ne se lisent que sur les lampes, les amphores, vases et plats des trois premiers siècles. Sur beaucoup de poteries se lisent des noms grecs; la colonie hellénique était nombreuse à

1 Une lampe chrétienne du musée du Bardo représente encore un cheval harnaché avec un swastika sur la cuisse et un autre sur l'épaule. — 2 Hautçcçeur, op. cit., p. 387-

Carthage, mais on peut douter qu'elle ait compté tant de coroplastes, aussi incline-t-on à voir là des objets d'importation. Quant à ceux qui portent des noms latins, l'affirmation est permise puisqu'on a pu signaler sur dix briques des estampilles relatives à la gens Domitia et, par conséquent, cuites en Italie. Il en est d'autres sur lesquelles on lit les noms de C. Clodius Successus et de C. Oppius Restitutus qu'on pourrait croire particulières à l'Afrique. Si on tient compte des noms des fabricants, durant les trois premiers siècles,

10 198. — Lampe de Thala.

D'après Huit, de ta soc. des antiquaires de France, 1895,

les poteries étaient dans une large mesure importées en Afrique. La similitude fréquente des lampes avec celles de Gaule et d'Italie confirme cette opinion. De sûrs indices ont montré que la plupart des types de la collection Marchant provenaient d'Alexandrie, quelques autres de la côte de Syrie. Enfin le P. Delattre a noté qu'un fragment conservé au musée Lavigerie sortait du même moule qu'une lampe trouvée sur le Palatin en 1866.

« A partir du ve siècle, l'industrie céramique fut plus spécialement indigène. A défaut des signatures qui ne paraissent plus au revers, le style et la technique si étranges des statuettes, les larges bords surchargés d'ornements des lampes, décèlent un travail africain. Une preuve encore plus forte, ce sont les cinq moules, un de lampe, un de médaillon, deux de figurines, un de vase, qu'on possède à Saint-Louis et au Bardo. N'y en eût-il qu'un seul, c'en serait assez pour conclure à l'existence d'une fabrication locale. L'argile plastique était à proximité, à Sidi-Bou-Saïd, au djebel Djeloud; on l'extrait encore aujourd'hui en abondance de ce monticule proche de Tunis, à deux cents mètres à l'ouest de l'hôpital du Belvédère. Le docteur Carton en a retiré par dizaines des fragments de vases puniques, quelques-uns même présentent des lettres qui paraissent grecques et latines. Les potiers de la seconde Carthage, comme ceux de la première, ont dû exploiter ces gisements4. »

De Carthage, nous ne pouvons nous éloigner sans dire quelque chose d'un monument sur lequel on a depuis peu attiré l'attention; il s'agit d'un gros dolium (voir ce mot) sur la lèvre duquel on lit une inscription

388. — 3 Héron de Villefosse, dans Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1895, p. 313. — * A. Audollent, Carthage romaine, in-8°, Paris, 1901, p. 673-674.

POTERIE

latine. On sait peu de chose sur ses origines; il viendrait, paraît-il, de Tigava, non loin d'Orléansville et, après une étape dans la cour de l'archevêché d'Alger, il vint finir sa carrière, espérons-le, dans la cour intérieure du couvent des Pères Blancs à Garthage. Ce qui fait l'intérêt du dolium c'est son inscription (ftg. 10499) signalée en 1882 par R. de La Blanchère et admise au Corpus qui lui accorda les honneurs d'un fac-similé d'ailleurs médiocre et à peu près indéchiffrable 1. En 1905, M. P. Monceaux lui accorda ses soins et un commentaire. Le texte soumis à M. H. Omont aurait été celui-ci : Ora pro qui fecit quia ad magistrum non

10499. — Inscription du dolium de Tigava. D'après Revue archéologique, 1934, t. I, p. 206.

amnavitei (l)ubenter fecit ora pro istis(?) parcionem ( ? ) sic (h)abetis Deum pro. Em. Châtelain proposa ceci : Ora pro qui fecit quia ad magistru(m) non amnavit et bene (?) fecit ora pro iscriptorem (?) sic (h)abebis. Deum pro (lectorem); et M. P. Monceaux opina que « le sens général ne paraît pas douteux. En achevant de mouler son dolium, l'ouvrier, sans doute un esclave, se félicite d'avoir mené à bien son travail. Il demande qu'on prie pour lui, qu'on le récompense ainsi d'avoir exactement rempli la tâche fixée par le maître potier; sur ceux qui prieront pour lui, il appelle la bénédiction divine. » Muni d'un estampage, M. W. Seston proposa une nouvelle lecture, que voici : Ora pro qui fecit quia ad magis erunos iam novit et benefecit ora pro iscriptorem sic abes dm pro; il ajoute : peut-être doit-on lire sic (h)abes dom qu'il faudrait alors développer en dom(inum).

Sans doute, le texte est fautif, mais ad magis n'est pas plus surprenant que ad nunc, ad longe qu'on rencontre ailleurs ; le mot erunos s'entend sans peine pour aerumnos.

La croix qui marque le début du texte est précédée de pro dont on ne sait trop que faire, à moins qu'on consente à y lire p(etr), r(oga), o(ra), ce qu'on pourra trouver un peu arbitraire. Quant à la date proposée : le v« siècle, elle a beaucoup de chances de n'être pas contredite.

Nous avons rencontré trop souvent des objets sur lesquels se lit une invocation pour que celui-ci nous surprenne, c'était une habitude si répandue que Jules l'Africain conseillait d'écrire sur les dolia un verset de psaume dont la vertu empêchait le vin de tourner; de même un fabricant du v<> siècle traçait ces mots sur un récipient : Cum Deo rogare dolia, si prosuntur. Le

potier de Tigava était un homme pieux qui songeait à provoquer des prières pour le salut de son âme, mais a-t-il pu de bonne foi se flatter que les passants sauraient lire son écriture? Il rappelle le bien qu'il a fait aux malheureux, c'est assez l'usage, et il escompte les prières que lui vaudra sa charité de la part de ceux qu'il a secourus. A supposer qu'ils s'en souvinssent, il faut supposer que le dolium était exposé à leurs regards, ce qui est possible, et qu'ils liraient et comprendraient son appel, ce qui est douteux.

Bibl. — De La Blanchère, dans Bull, de corresp. afric, 1882, p. 23.; Corpus inscr. lat., t. vin, n. 10946, 21497; S. Gsell, Atlas archéol. de l'Algérie, carte 13, n. 34; Monum. antiques de l'Algérie, t. n, p. 216-217; P. Monceaux, dans Bull, de la Soc. nat. des antiq. de France, 1905, p. 127-128; \V. Seston, Sur deux inscriptions doliaires de l'Afrique chrétienne, dans Revue archéol., 1934, t. i, p. 204-214.

Le Supplément au Catalogue du musée Alaoui à Tunis, mentionne, en 1910 et en 1922, les poteries chrétiennes suivantes :

1 (912). Fragment de poterie en terre rouge. Le Christ vêtu d'une longue tunique et portant la croix. A côté le poisson (Carthage, 1905).

2 (913). Fragment de poterie en terre rouge. Le Christ nimbé portant la croix (Carthage, Dermech, 1902).

3 (914). Fragment de poterie en terre rouge. Partie inférieure du corps d'un personnage vêtu d'une longue tunique (Carthage, Dermech, 1903).

4 (915). Fragment de poterie en terre rouge. Un personnage vêtu d'une tunique tombant jusqu'aux pieds, un oiseau, au-dessous une palme (Carthage, Dermech, 1908).

5 (916). Fragments de poterie en terre rouge décorés de colombes, d'agneaux, de vaches, du calice, du monogramme et de la croix, flanqués ou non de colombes, de carrés, de rosaces, de cœurs (Carthage, 1900 sq.).

6 (917). Fragment de poterie. Au centre, inscrit dans un cercle, le monogramme du Christ bouclé vers la droite et répété une deuxième fois du côté du cercle (Althiburos = Medeina : fouilles de 1908).

7 (918). Fragment de grand plat. Jonas avalé par la baleine : un homme lève les bras au ciel. Terre rouge, le dessus est formé d'une série de petits cailloux noirs incrustés.

8 (1270). Ampoule à eulogie. Saint Menas nimbé, les bras étendus, entre deux chameaux qui se prosternent ; au revers, cercle coupé par deux barres qui s'entrecroisent; anses brisées (Carthage, 1903). Cf. A. Merlin, dans Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1910,

p. CLXXXIV-CLXXXV.

9 (1271). Ampoule à eulogie. Sur chaque face saint Menas, en orant, la tête accostée de deux croix, debout entre deux chameaux prosternés, au pourtour des perles (provenance inconnue). Cf. A. Merlin, dans ibid., 1913, p. ccxmi.

10 (1272). Fragment de poterie en terre rouge. Buste de femme de profil à gauche (Carthage, colline de Junon).

11 (1273). Fragment de grande jarre portant une inscription tracée à la pointe avant cuisson et qui offre un mélange de capitales et de cursives : In ispe Dei. Pascas\i]. En tête une croix monogrammatique avec 00 et A (trouvé à Khanguet el Hadjaj) (flg. 10500).

Cf. P. Monceaux, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1914, p. 25 sq.; J. Renault, dans Revue tunisienne, 1916, p. 26 sq., flg.; p. 32-33, flg. 6; Bull. arch. du Comité, 1916, p. 61.

Les poteries qui suivent proviennent de l'église du

1 D'autant plus indéchiffrable que nous n'avons pas réussi à le découvrir.

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