X. DROIT CANONIQUE
yXI. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFI- CALES. — I. Des origines à l'époque de Dioclétien. IL Depuis le ive jusqu'au ixc siècle. III. Du vme au xie siècle. IV. Aux xme et xive siècles et depuis. V. Les catalogues des manuscrits du Vatican. VI. Essai de classement et descriptions de manuscrits liturgiques : Reg. 316; Reg. 317 ; Reg. 257 ; Sacramentaires de Corbie, de Ratold, d'une Église du Limousin, d'Echternach; Paint. 493; Ottobon. 313; Paint, 485; Reg. 337; Reg. 567; Pal. 495; Vatic. 3548; Vatic. 3086; Palat. 494; Palal. 499; Psautier Reg. 11; Homiliaire Reg. 38. VIL Librairies byzantines à Rome.
I. TOPOGRAPHIE. — I. Topographie. — A l'est d'une boucle du Tibre, sur un sol fort accidenté où sept collines se dressent en amphithéâtre et dominent le fleuve à des distances plus ou moins rapprochées, avec à l'Ouest, sur la rive droite, un faubourg peu développé, se développa la ville de Rome. Parmi ces sept collines, celle qui occupe la position centrale porta le nom de Palatium, dont on a fait le « Palatin », dont le point culminant se trouve à 51 mètres au-dessus du niveau du Tibre, aux jardins Farnèse. Autour de cette colline, aujourd'hui isolée sur ses quatre faces, mais autrefois rattachée à l'Esquilin par une croupe rocheuse, la Velia, se développe un demi-cercle de cinq collines : au Nord, le « Capitole », formé de deux hauteurs distinctes (46 et 49 mètres) dénommées Capitolium et Arx, séparées par une dépression (36 mètres) ; au Nord-Est, le « Quirinal » (61 mètres) et le « Viminal » (56 mètres); à l'Est, 1' « Esquilin » (54, 53 et 46 mètres); au Sud, le « Caelius » (49 mètres) et 1' « Aventin » (46 et 43 mètres). Enfin, le <• Pincio » ou colline des Jardins (61 mètres d'altitude). Sur la rive droite du fleuve, le « Janicule » formant une longue crête parallèle au Tibre (85 mètres) et, plus au Nord, le « Vatican » dont le sommet atteint 146 mètres au Monte Mario.
Ces collines sont séparées du fleuve et entre elles par quelques dépressions dont les noms sont devenus familiers, ce sont : entre le Palatin et le Capitole, le « Vélabre » et le « Forum Boarium » (altitude, 11 mètres),- entre le Palatin, le Capitole et le Quirinal. c'est le « Forum » (13 mètres); entre le Quirinal, le Viminal et l'Esquilin, c'est la « Subure » (20 mètres); entre le Caelius et I'Aventin, c'est la dépression de la « Voie Appienne » (22 mètres); entre le Palatin et I'Aventin, c'est la « Vallée du Grand Cirque » (18 mètres).
En plus de ces dépressions, il faut mentionner trois
plaines qui sont au Nord, le « Champ de Mars » mesurant 2 kilomètres de longueur sur 1900 mètres de largeur, et s'étendant entre le Pincio, le Quirinal, le Capitole et le Tibre (altitude moyenne 13-15 mètres); au Sud, le « monte Testaccio », entre I'Aventin et le fleuve; à l'Ouest, le Transtévère. entre le Janicule et le Tibre (altitude 15 mètres). A raison de son éloignement de la ville, ce quartier, habité par une population minable, n'a exercé qu'un rôle secondaire.
Vers le milieu de la boucle du Tibre se trouvait une île désignée alors sous le nom d' « Ile Tibérine ». située au centre de la ville, vis-à-vis du Capitole et de la partie méridionale du Champ de Mars.
IL Légende et histoire. — La part de la légende est si grande que celle de l'histoire s'en trouve fort réduite. Romulus peut aller rejoindre son frère jumeau Remus (voir Dictionn., t. xiv, au mot Reims); on croit qu'après avoir été vagabond il devint roi de ses congé nères qu'il implanta sur la colline du Capitole. Ceux qui lui succédèrent arrondirent le domaine, si bien que celui-ci prit figure de royaume, royaume d'opérette. Les histoires relatives à ces origines territoriales, religieuses, guerrières et administratives ne dépassant guère elles-mêmes le niveau de l'historiette; ce qu'on en peut savoir de plus sûr nous vient par l'archéologie. Depuis 1870, les nécropoles du Quirinal et de l'Esquilin et dans la banlieue les fouilles d'Albe et d'Antemn;e: en 1902, l'exploration de la nécropole archaïque du Forum: en 1899, la découverte de la Pierre Noire; en 1907 et depuis les découvertes du Palatin ont permis de formuler quelques faits certains.
C'est ainsi qu'on a pu tenir pour démontrée l'origine albaine de Rome remontant vers le xe siècle avant notre ère. A cette époque un village s'établit sur la partie occidentale du Palatin et, vers le même temps, un second village s'accrocha à la croupe occidentale de l'Esquilin. Plus tard, au vnie siècle, deux colonies s'installent sur l'Oppius et le Quirinal. Successivement, pendant l'époque des rois, des groupes de population s'implantent et se fixent sur la partie orientale du Palatin. Tout cela ne s'accomplit pas sans chocs et sans heurts qui aboutissent à la formation d'une sorte de ligue ou fédération qui reçoit le vocable de Septimontium dans laquelle entrent les villages du Germalus, du Palatium, de la Velia, du Cselius, de l'Oppius, du Cispius et du Fagutal et d'où sont encore exclus le Capitole, le Quirinal et I'Aventin.
Au début du vie siècle avant notre ère. survient un événement capital. Les Étrusques s'emparent de Rome dont ils font une des bases de leur domination dans l'Italie centrale. Cette première conquête, dont l'histoire des rois Tarquin l'Ancien et Tarquin le Superbe a recueilli et déformé le souvenir, lut bien faisante à Rome qu'elle initia à l'idée d'unification. Elle devint une ville avec un centre politique et une enceinte défensive qui porta le nom de Servius Tullius. Mais tout cela ne dura même pas un siècle, le Latium s'insurgea contre l'Étrurie et chassa la royauté. Mauvais calcul. A quelques années de la. le roi de Clusium, Porsenna, rentra dans Rome dont il démantela l'enceinte et lui interdit l'usage du fer sauf pour les travaux de l'agriculture. Autre calamité, l'unité gouvernementale imposée par les rois étrusques fit place aux rivalités de colline a colline, ce qui dura jusqu'après l'invasion gauloise, au iv siècle.
III. Rome républicaine. — Quoiqu'il faille retenir de l'activité prêtée à Servius Tullius, son nom évoque une période d'acquisitions concrètes : l'unité administrative réalisée par la division de la ville en quatre régions et l'unité militaire symbolisée par la construction d'une enceinte unique et continue remplaçant les fortifications particulières des différentes colline faisant entrer dans la ville le Capitole et I'Aventin.
ROME. TOPOGRAPHIE
La division administrative distinguait quatre régions : Palatine, Esquiline, Suburane, Colline. Mais vers le dernier siècle de la République l'enceinte officielle est dépassée, elle n'est plus qu'un noyau marquant des limites trop étroites. Chacune des grandes voies qui sortent de cette enceinte est bordée de faubourgs, au Nord, le long des voies Flaminienne et Salaire; au Sud, le long des voies Appienne et d'Ostie; à l'Ouest, le long de la voie Aurélienne.
Cette expansion de la banlieue romaine se trouva facilitée par la mesure prise par Porsenna. Pendant plus d'un siècle, Rome devint une ville ouverte où les Gaulois entrèrent sans coup férir. Après leur départ, la leçon fut comprise et on décida de relever la vieille enceinte et d'utiliser à cet effet les matériaux anciens, ce qui explique comment on a retrouvé des fragments qui remontent à la fin de l'époque royale mélangés à des restaurations du ive siècle avant notre ère. Cellesci ne furent pas les dernières : à l'époque de la seconde guerre punique et au cours des guerres civiles on procéda à de nouveaux travaux, mais la muraille n'en garda pas moins le nom de Servius Tullius.
Elle se développait uniquement sur la rive gauche du Tibre, car la République ne fit pas au Transtévère l'honneur de lui élever un moyen de défense. L'enceinte se détachait du fleuve à l'extrémité septentrionale du Forum Boarium, vis-à-vis de la pointe méridionale de l'île, enfermait successivement le Capilole, le Quirinal avec son annexe le Viminal, l'Esquilin, le Crelius et l'Aventin. Le long du fleuve, entre l'Aventin et le Forum Boarium, un puissant mur de quai complétait la ligne fortifiée et fermait entièrement de ce côté l'accès de la ville. La longueur totale de l'enceinte était d'environ 11 kilomètres et demi. Elle était percée de seize portes, très étroites qui comportaient, en général, un passage unique flanqué des deux côtés par deux retours à angle droit de la muraille et défendu par une ou plusieurs tours carrées. La porte Colline a été retrouvée en 1872 mais immédiatement démolie; la porte Fontinalis, seule conservée, est encore visible actuellement sur le Quirinal.
IV. Rome impériale. — Auguste transforma la ville en lui annexant des faubourgs et en lui imposant de nouvelles divisions qui, au nombre de quatorze, furent désignées par un numéro d'ordre auquel on joignit plus tard une appellation topographique qui ne semble avoir jamais reçu un caractère officiel :
Ire région = Porta Capenu — faubourg de la Voie Appienne;
IIe région = Cœlimontium — Caelius;
IIIe région= Isis et Serapis — partie méridionale de l'Esquilin (Oppius);
IVe région= Templum Pacis — partie septentrionale de l'Esquilin (Cispius), vallées de la Subura et de l'Argiletum;
Ve région = Esquiliœ — partie orientale de l'Esquilin;
VF région = Alla Semita — Quirinal, Viminal, partie orientale du Pincio;
VIF région= Via Lata — parties orientale du Champ de Mars et occidentale du Pincio;
VIIIe région = Forum — Capitule, ensemble du Forum, Fora impériaux;
IXe région = Circus Flaminius — partie occidentale du Champ de Mars;
Xe région = Palatium — Palatin;
XIe région = C/rc us Maximus — Vélabre, Forum Boarium, vallée du Grand Cirque;
1 [J. Richmond, The city ivall o/ Impérial Rome, Oxford, 1930; G. Lugli, I Monumenti antichi di Roma e suburbio, vol. il, Rome, 1934, p. 138-261J. — * [Th. Ashby, The Aqueduets of ancient Rome, Oxford, 1935; G. Lugli, I Monumenti
XIIe région =Piscina Publica — partie méridionale de l'Aventin.
XIIIe région = Aventinus — partie septentrionale de l'Aventin et plaine du Testaccio;
XIVe région = Transliberim — Transtévère et île du Tibre.
La région était une division purement topographique; elle n'avait ni autonomie ni représentants politiques élus. A la tète était placé un magistrat tiré au sort parmi les préteurs, tribuns et édiles de l'année.
Chaque région était divisée en quartiers, vici, dont le nombre varia suivant les époques : 265, à la fin du Ier siècle de notre ère; 424, à la fin du ive siècle. Chaque vicus était le centre d'un culte local, celui des dieux Lares, auquel, à partir d'Auguste, on associa le culte de l'empereur (voir Dictionn., t. iv, col. 2730-2751).
V. L'enceinte d'Aurélien. — (Voir Dictionn., t. v, col. 1953-1960, fig. 4562-4565) >. Une tour, la seconde après la brèche moderne de la Via Romagna est la mieux conservée de toute l'enceinte. Quadrangulaire, 7 m. 60 à la base, portée sur un socle massif, elle comprend un rez-de-chaussée et un premier étage, le toit de briques est moderne.
VI. Travaux d'art. — 1° Portes. — L'enceinte d'Aurélien était percée de dix-huit portes dont quinze sur la rive gauche; elles portaient, en règle générale, le nom des grandes voies romaines auxquelles elles donnaient passage. Voici une brève énumération des portes de la rive gauche : Flaminia (auj. del Popolo), entre le Tibre et le Pincio; Pinciana, sur le Pincio; Salaria; Nomentana et ? au sud du camp prétorien sur le Quirinal; Tibartina (auj. San Lorenzo); Prœnestina; Labicana (auj. Maggiore) sur l'Esquilin; Asinaria; Metrovia; Latina, sur le Crelius; Appia (auj. San Sebastiano) dans la dépression de la voie Appienne; Ardeatina; Ostiensis (auj. San Paolo) sur l'Aventin; enfin, dans la partie de l'enceinte autrefois riveraine du Champ de Mars, la porte Aurélia (la Piazza di Ponte Sant' Angelo actuelle). Voici les trois portes de la rive droite : Fortuensis; Aurélia (auj. San Pancrazio) sur le Janicule, Septimiana. Certaines de ces portes furent reconstruites en 403; outre les portes il existait un nombre considérable de poternes, ces dernières sont généralement murées aujourd'hui.
2° Port. — Le port de Rome était fort important, il comprenait un port de commerce, emporium, situé sur la rive gauche du fleuve, au pied de l'Aventin; des entrepôts, horrea, dont les principaux étaient désignés sous les noms de leurs propriétaires Galba et Anicius; enfin un port militaire, navalia, avec des chantiers de construction, des cales, des arsenaux et des magasins.
3° Ponts. — Il y eut d'abord un seul pont : pons Sublicius, en aval de l'île Tibérine; au début de notre ère on en comptait huit et davantage sous l'empire.
4° Aqueducs. — Pendant quatre siècles, la population put se suffire avec l'eau des fontaines, citernes et puits. Par la suite il fallut recourir aux eaux de la montagne drainées par des aqueducs. On en construisit quatre sous la République. Ce fut l'Empire qui multiplia ce nombre, en sorte que Rome en arriva à compter, vers la fin de l'Empire, dix-neuf aqueducs principaux et 1352 fontaines publiques 2.
5° Égoûts. — Rome possédait un service de voirie suivant la formule de « tout à l'égoùt ». Le plus important de tous ces égoûts portait le nom de Cloaca Maxima qui traversait l'Argiletum, le Forum, le Vélabre et aboutissait au Tibre en aval du pont yEmilius. On en peut voir encore de nos jours l'embouchure
antichi di Roma e suburbio, vol. n, Rome, 1934, p. 333-402; Frontin, Les Aqueducs de la ville de Rome. Texte établi, traduit et commenté par P. Grimai, Revue de philologie, t. xix (1945), p. 162-174].
ROME. TOPOGRAPHIE
consistant en une arche de péperin, haute de 4 mètres, large de 3 m. 50 appartenant à la construction primitive.
VIL Topographie suburbaine. — La Rome impériale est issue de la Rome républicaine à laquelle Auguste a annexé des faubourgs nommés continentia. Auguste en a fait la ville aux XIV Régions. Vespasien l'a agrandie dans la partie transtibérine. Aurélien lui a ajouté des fractions du Quirinal, du Viminal et de l'Esquilin. Ce même Aurélien construit, vers le dernier quart du me siècle, une enceinte de sûreté que déborde sur bien des points la ville officielle et cette enceinte s'est conservée jusqu'à la fin de l'empire.
La Rome impériale est caractérisée 1° par l'absence de faubourgs étendus au dehors; 2° par l'entassement de la population au centre et son espacement à la périphérie. La ville aux XIV Régions comporte quelques faubourgs, mais peu considérables, c'est ce que prouvent les textes anciens et les découvertes archéologiques d'après lesquels la saillie moyenne des faubourgs par rapport à la ville se chiffre par une différence de 360 mètres environ; or le camp prétorien se trouve à moins de 400 mètres des limites de la ville. Les fouilles contemporaines depuis une soixantaine d'années environ ont multiplié les trouvailles partout les mêmes : quelques villas suburbaines, des tombes, des inscriptions funéraires, qui autorisent cette conclusion : à la périphérie de la ville pas de faubourgs surpeuplés. C'est le cas pour le campus Viminalis sub aggere, au sud du camp prétorien, entre Vagger de Servius Tullius et le mur d'Aurélien; de même pour le campus cohortium prœlorianum, entre Vagger et le camp prétorien où l'on n'a retrouvé que de chétifs sanctuaires (édicules, chapelles, autels, monuments votifs, érigés par les soldats du camp). Sur la voie Appienne, entre l'enceinte d'Aurélien et l'Almo, les constructions se limitent à la bordure de la voie ellemême. Le long de la voie Nomentane on n'a découvert que des restes de boutiques en opus reliculatum.
Les textes anciens confirment le témoignage de l'archéologie. Une loi de T. Quinctius Crispinus, consul en 9 avant J.-C, parle des sedificia qui sont continentia à la ville, et mentionne les horti, prsedia loca. Le document est antérieur à la création de la ville aux XIV Régions par Auguste. Au me siècle, Paul le jurisconsulte et Ulpien parlent des horti urbi juncti. Ces indications se trouvent confirmées par quelques autres auteurs, par exemple Tacite, Hist., 1. III, c. lxxxii, qui mentionne les noms des jardins situés hors de la ville. La conclusion qui ressort de là est l'absence d'une agglomération suburbaine importante et l'existence d'une région de jardins et de domaines à demi-ruraux aux portes de Rome l.
VIII. Démographie urbaine. — Dans une ville industrielle moderne, la population se masse à la périphérie, à proximité des usines; c'est tout le contraire à Rome qui ne possède ni industrie, ni commerce actif autre que celui de la vie courante, de sorte que la population s'agglomère au cœur de la cité, sur les pentes des collines ou dans les dépressions. L'entassement de la foule est nécessité par cette banlieue de jardins et de parcs dont on vient de parler et qui forme une sorte de barrière qui supprime les faubourgs. Ceux-ci, à supposer qu'ils existassent, ne pourraient se développer qu'à une distance moyenne de 2 ou 3 kilomètres du centre de la ville, beaucoup trop grande pour être
1 L. Homo, Topographie et démographie de la Rome impériale, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1933, p. 293-297; [P. Grimai, Les jardins romains à la fin de la République et aux deux premiers siècles de l'Empire, Paris, 1943]. — * Le phénomène se reproduit en tous lieux et à toutes les époques. Les humbles s'insinuent comme des parasites dans le palais do Dioctétien à Salone, dans
envisagée à raison des difficultés de la circulation, difficultés nées de l'engorgement des rues et de la lenteur des moyens de communication.
De cette situation résulte une grave difficulté de logement qu'entraîne le nombre excessif des édifices publics et celui non moins désordonné des palais et habitations privées. Dans la Rome impériale et plus encore dans la Rome médiévale : basiliques, oratoires, chapelles, couvents se multiplient à tel point que dans certains quartiers ils semblent tendre à se rejoindre et à évincer toute population laïque; il en allait de même dans la Rome impériale et païenne où des régions entières sont des quartiers essentiellement officiels. Sur une superficie de 270 000 mètres carrés, la Xe région (Palatin) en compte au moins 150 000 occupés par des édifices publics. Ajoutons à cela le nombre et l'importance des Domus ou habitations particulières dont beaucoup sont de grande étendue. Il en résulte pis que de l'encombrement, mais un véritable manque de place pour le logement de la plèbe qu'on refoule pour faire place à des bâtiments énormes : temples, basiliques, théâtres, cirques, amphithéâtres, thermes, marchés couverts qui envahissent tout, absorbent tout.
Pour y remédier on compense le manque de superficie par l'élévation des maisons. Auguste prescrit de ne pas dépasser 70 pieds en hauteur (20 m. 79). A la suite de l'incendie de l'an 64, Néron impose une réduction et Trajan ne permet pas de dépasser 60 pieds (17 m. 83). Mais les Romains tournent les règlements; ils s'infiltrent et s'incrustent dans les monuments publics. D'abord ils les assiègent et se tapissent dans les fentes et les recoins du dehors ainsi qu'on peut le voir sur les fragments 10 et 11 du plan de marbre de l'époque de Septime Sévère qui représentent le portique de Livie sur l'Esquilin et le pâté de maisons dont il est le centre. De là on se glisse à l'intérieur, de préférence sous la forme de boutiques qui, au moyen d'un escalier en bois, s'insinuent jusqu'à l'entresol 2.
En présence de la contradiction consistant à loger une population en lui réduisant de plus en plus l'espace, on imagine une solution : trouver cet espace indispensable soit dans la plaine du Champ de Mars, soit dans la zone périphérique des jardins et des parcs. Dès l'an 88 avant notre ère on envisagea un lotissement du Champ de Mars3; un peu plus tard, Jules César se proposa de détourner, depuis le pont Milvius, le Tibre le long des monts du Vatican, de bâtir le Champ de Mars, de faire du Champ du Vatican un nouveau Champ de Mars 4. L'exécution de ce plan fut commencée mais ne fut pas conduite à son terme: il ne fut jamais repris. Auguste l'abandonna dans ses traits essentiels et ses successeurs après lui couvrirent le Champs de Mars de monuments publics.
Le lotissement de la zone périphérique des parcs el jardins ne reçut pas même un commencement d'exécution. En 44, à sa mort, César légua au peuple romain ses jardins de la région Transtibérine; en 8 avant J.-C, Auguste hérita de Mécène ses jardins de l'Esquilin qu'il annexa à son domaine personnel. Dès lors, par héritages ou par confiscations les jardins périphériques entrèrent dans le domaine impérial et devinrent intangibles. La question de l'urbanisme romain sous l'empire se trouva résolue et l'hygiène n'y perdit rien, peut-être *.
Un texte de l'historien Zacharias, au vie siècle après
le narthex des basiliques, dans le campanile ou le clocher des cathédrales, et jusque dans la cour d'honneur du château de Versailles où se vendait la desserte du roi, le « serdeau ». — ■ Paul Orose, Hist., 1. V, c. xvm, 27. — ' Cicéron, Ad Atlicum, XIII, xxxm, 4; XIII, xx, 1; XIII, xxxv, 1. — * Dans cotte zone rurale se trouvait la villa de Phaon, où Néron se tua.
ROME. TOPOGRAPHIE
Jésus-Christ, donne pour le périmètre de la ville 21 636 pieds qui font, dit-il, 40 000 pas; calcul erroné puisque 21 636 pieds donnent 6 274 mètres et que l'enceinte d'Aurélien à elle seule compte 18 837 mètres. Mais Zacharias donne deux diamètres qui montrent que la ville avait la forme d'une ellipse dont les axes mesureraient respectivement 17 km. 650 d'Est en Ouest, et 19 km. 110 du Nord au Sud. Semblable ellipse comporterait un périmètre de 57 km. 701. Or les 40 000 pas de Zacharias représentent 58 km. 800. La coïncidence des deux chiffres résultant, le premier du calcul mathématique, le second du texte môme de Zacharias doivent être retenues. Il faut admettre pour le territoire de Rome sous l'empire, un périmètre de 58 km. avec deux diamètres respectifs de 17 km. de l'Est à l'Ouest et de 19 km. du Nord au Sud '. ' IX. Bibliographie. — Les brèves notions qui précèdent peuvent suffire, croyons-nous, d'introduction à l'étude des antiquités chrétiennes qui fait l'objet du présent travail. 11 pourra n'être pas inutile de grouper quelques brèves indications bibliographiques relatives à cette période païenne.
J. Rendel Harris, Was Rom a Twin-Town (Woodbrooke Essays, n. 8), in-80, Cambridge, 1927; A. H. Krappe, Mythologie universelle, in-8°, Paris, 1930, p. 90 sq. ; le même, Noie sur la légende de la fondation de Rome, dans Revue des études anciennes, t. xxxv, 1933, p. 146-152.
Ett. Pais, Sloria d'Italia dai tempi più antichi alla fine délie guerre punichc, 2 vol., Torino, 1898-1899. Cf. G. Bloch, dans Journal des savants, 1901, p. 748-762; 1902, p. 16-31; G. de Sanctis, Storia dei Romani, t. i et il, La conquista del primato, in-8°, Torino, 1907. Cf. Alb. Grenier, L'histoire des origines de Rome, dans Journal des savants, 1908, p. 580-592, 632-642; G. Pinza, Monumenti primitivi di Roma e del Lazio antico, 1905; G. de Sanctis, La légende historique des premiers siècles de Rome, dans Journal des savants, 1909, p. 126- 132, 205-214; 1910, p. 310-320.
Ett. Pais, Storia critica di Roma, in-8°, Roma, 1913- 1915; A. Piganiol, Essai sur les origines de Rome, in-8°, Paris, 1917; |K. -T. Beloch, Rômische Geschic.hle biszum Beginn der punischen Kriege, Leipzig-Berlin, 1926]; A. Piganiol, La conquête romaine, in-8°, Paris, 1927; [E. Pais, Storia dell' Ralia antica e délia Sicitia per l'età anteriore al dominio romano, Turin, 1933; Sloria di Roma dell'etù regia sino aile viltorie su Taranlo, Turin, 1934; E. Ciaceri, Le origini di Roma, la monarchia e la prima jase dell'età republicana, Milan, 1937; E. Pais- J. Bayet, Histoire romaine, t. i, Des origines à l'achèvement de la conquête (133 av. J.-C), dans G. Glotz, Histoire générale, IIIe part., 2e éd., Paris, 1940.]
X. Les plans de Rome. — En 1879, l'Institut archéologique célébra le cinquantième anniversaire de sa fondation dans la fête dite des Palilies et afin de « maintenir l'esprit primitif de sa fondation, en embrassant l'universalité des archéologues dans l'égale communauté du champ de l'antiquité classique, sans distinction de nationalité et de parti », il confia à Jean-Baptiste De Rossi le soin de commémorer cette solennité par un ouvrage consacré aux représentations graphiques de la ville de Rome depuis les temps les plus reculés jusqu'au xvie siècle. Le mémoire et l'atlas qu'il illustre forment un véritable monument dont la description apprend tout ce qu'il est nécessaire de savoir sur ce sujet. L'ouvrage est intitulé : Piante icnografiche e prospetliche di Roma anteriori al secolo XVI, raccolte e dichiarate da Gio-Battista De Rossi, pubblicate délia direzione centrale dell' impériale istituto archeologico germanico in Roma, nelle Palilie
1 L. Homo, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1933, p. 305; dans la note complémentaire, p. 306. — * L.
21 aprile 1879, cinquantesimo anniversario délia fondazione dell' istiluto, Roma, 1 vol. in-4°, vn-152 p., et 1 vol. pi. gr. in-folio, 1879.
Avant Auguste 2, il ne paraît pas avoir existé de plan d'ensemble de la ville éternelle; du moins il n'est resté ni un fragment, ni une description, ni un souvenir quelconque d'un ouvrage de ce genre. Cependant J.-B. De Rossi a consacré trois chapitres entiers aux représentations graphiques de la période préhistorique de l'époque royale et de l'âge républicain. Pour la période préhistorique, il a pu mettre sous les yeux du lecteur le type le plus ancien de la maison latine, suivi avec plus ou moins de fidélité dans les formes de certains sanctuaires, le tugurium Faustuli du Palatin, la casa Romuli du Capitole, le temple de Vesta, etc., et reproduit avec une entière exactitude dans les anciennes urnes funéraires en terre cuite trouvées dans la nécropole d'Albe-la-Longue.
Non content de montrer comment étaient faites les maisons romaines des temps antérieurs à l'histoire et même à la légende, De Rossi a indiqué un souvenir de leur répartition sur le sol de la Rome historique : ce sont les sanctuaires des Argei, qui s'élevaient sur l'emplacement des premiers établissements agricoles fondés dans cette partie prédestinée de la campagne latine. A ce souvenir s'en joint un autre, celui de la division du terrain et de sa délimitation, consacré par le culte des arbres-limites (arbores terminales); puis, pour les propriétés urbaines, par les dimensions et le mesurage du jardin annexé à chaque habitation (insula).
A l'époque des rois se rapportent les deux enceintes fortifiées de Romulus (la Roma quadrala du Palatin) et de Servius Tullius. De Rossi montre qu'il faut distinguer entre le pomœrium, enceinte sacrée, tracée par la charrue, consacrée par les formules augurales, marquée par des bornes de pierre et la ligne des fortifications, placée en arrière, fixe de sa nature, tandis que le pomœrium pouvait être facilement modifié, comme nous savons qu'il le fut souvent, à la suite des guerres de conquête. Nulle trace des pomœria successifs, ni des enceintes fortifiées ne se trouve dans le plan capitolin du temps de Septime Sévère. Les auteurs'classiques, qui nous ont conservé le souvenir de ces enceintes primitives, Denis d'Halicarnasse par exemple, avaient plus de peine que nous à se les représenter, car déjà, du temps d'Auguste, elles avaient entièrement disparu sous les constructions postérieures; de nos jours, au contraire, le progrès des démolitions ramène à la lumière les plus anciennes assises de la vieille cité. Tous les voyageurs contemporains ont vu le mur de Servius Tullius et celui de Romulus.
L'enceinte de Servius comprenait le Seplimontium primitif, Capitole, Quirinal, Viminal, Esquilin, Cœlius, Aven tin; elle était divisée en quatre régions où habitaient les tribus urbaines (montani), tandis que les pagani, citoyens des tribus rustiques, étaient établis en dehors des murs. Cette répartition de la population romaine nécessitait un cadastre, et un cadastre entraîne toujours l'exécution de plans géométriques; mais ces plans ne se sont pas conservés et l'on ne voit pas que les anciens auteurs les aient jamais connus. Tite-Live, cependant, en parlant de la reconstruction tumultuaire qui suivit l'occupation gauloise de 365 de Rome, remarque que les cloaques, les seules constructions qui eussent survécu à l'incendie, avaient cessé alors d'être en rapport avec le plan de la ville. Auparavant ils se développaient sous les rues et autres terrains de domaine public; depuis les Gaulois, les bâtisses des particuliers ayant empiété sur le terrain autre-
Duchesne, Les plans de Rome, dans Revue des quest. hist., t. xxvii, 1880, p. 266 sq.
romk. topographie
fois public, les conduits d'égoùts se trouvaient passer par dessous les maisons et les jardins privés. Tïte- Live avait-il tait cette observation sur d'anciens plans, antérieurs à l'invasion gauloise? Rien ne porte à le croire; mais il avait eu sous les yeux le plan d'Agrippa, indiquant les relations des conduits établis dans le sous-sol avec les édifices supérieurs.
On sait, par des témoignages certains, que les résultais des grandes opérations de géodésie et de mesurage itinéraire entreprises par César et terminées sous Auguste et Agrippa, furent consignés graphiquement dans une immense carte connue sous le nom d'Orbis pictus. Cette carte, qui avait la forme d'une sphère, fut disposée dans le portique de Polla, sœur d'Agrippa. C'est d'elle que dérive un très grand nombre de documents topo graphiques et géographiques, notamment la célèbre Table de Peutinger (voir Dictionn., t. vu, au mot Itinéraires). Par diverses raisons qui suppléent au témoignage des auteurs, J.-B. De Rossi démontre que VOrbis pictus n'est pas le seul ouvrage de ce genre qui remonte à Agrippa et à Auguste; la réorganisation de l'administration de la capitale, les grands travaux d'édilité entrepris par Auguste furent accompagnés d'un mesurage et d'une délimitation, dont un plan authentique dut être dressé, et le fut en effet . Cette forma Urbis est le premier plan de Rome dont on puisse prouver l'existence. L'enceinte de Servius, à laquelle Auguste subordonna sa division de la ville en quatorze régions, y était nécessairement indiquée; il en était de même des anciens sanctuaires argiens, des compita du septimontium et des pagi suburbains; nous en avons pour garant le zèle d'Auguste à restaurer le culte des Lares compitales.
Le plan d'Auguste ne tarda pas à se trouver en désaccord avec l'état des lieux. L'incendie de Néron en détruisant une grande partie de la ville, permit de la reconstruire avec plus de régularité. Lorsque, en 73-74, Vespasien et Titus accomplirent pour la dernière fois le cens romain, mure majorum, ce n'était plus sur la Home d'Auguste qu'ils opéraient, mais sur la Rome de Néron. Les résultats les plus importants du mesurage fait alors sont consignés dans un passage de Pline1, fort maltraité par les copistes. De Rossi le. restitue dans la mesure du possible. Il se range ensuite à une opinion proposée par H. Jordan, à savoir que Vespasien aurait fait exposer dans le forum Paris un nouveau plan de Rome, d'après les levés et mesures du cens de l'an 74. C'est au même lieu que sous Sévère et Caracalla, fut placé le fameux plan sur marbre, dit plan capitolin, dont il nous reste d'importants débris.
De Rossi passe rapidement sur le plan capitolin. 11 renvoie au splendide ouvrage de H. Jordan, Forma urbis Romœ regionum XIIII, Berlin, 1874, qui est de ceux auxquels il est difficile d'ajouter quelque chose, tant que de nouvelles découvertes n'ont pas renouvelé le sujet. De Rossi se contente de marquer le lien entre le plan de Sévère et les œuvres analogues antérieures et postérieures à lui. En ce qui concerne ces dernières, il est remarquable que la plupart des plans du Moyen Age conservent l'orientation caractéristique du plan de Sévère et placent le midi au sommet de la carte.
Si le plan sur marbre de Rome existait encore nous aurions comme un miroir de Rome pour la période du début du m1' siècle. Ce plan couvrait jadis sur une étendue considérable le mur nord-ouest du temple de la sacra urbs, devenue l'église des Saints-Cônie-et-
' Hist. nat., 1. III, c. v, n. 66. - » Huelsen, dans Bull. archeol. comm., 1893, p. 130; O. Riehler, Topographie der Stadt !<om, 2e édit., 1901, p. 309. — ' Huelsen, dans Mittheil. des archaeolog. Instituts. Roem. Abtheilung, t. iv, 1880, p. 79; A. Elter, De forma urbis liumie deque urbis antiqui facie, in-4°. Bonne, 1891. — « Le ms. Vatic. 3439
Damien (voir Dictionn., t. m, à ce nom). Du parvis du temple de Vespasien consacré à la Paix, on pouvait, en regardant ce mur, considérer le réseau des rues de Rome, apprendre à connaître les plans des monuments et lire les noms des plus importants bâtiments et palais. Le temple de la sacra urbs avait été choisi pour cet usage parce qu'il servait de dépôt aux archives censoriennes et aux plans cadastraux. Le mur et le plan embrassaient 20 mètres de large sur presque 18 de hauteur. L'échelle adoptée fut, semble-t-il, du 250e; le plan eut pour base le nouvel arpentage de la ville ordonné par Septime-Sévère 2.
La ligne d'orientation se dirigeait du nord-est au sud-est de la ville, non comme sur les plans d'aujourd'hui du Sud au Nord, ni du Nord au Sud comme ce fut l'habitude depuis Auguste et pendant le Moyen Age. Cette orientation fut probablement adoptée pour faire mieux valoir les nouvelles constructions de-Septime Sévère au Palatin 3.
Le plan de marbre survécut à l'antiquité, mais il fut détruit à une date inconnue du Moyen Age. Peut-être se délacha-t-il peu à peu pour se briser sur les dalles du Forum Pacis, recouvert par d'autres débris et enlevé avec eux. Plus tard on prit soin d'en rassembler les différents fragments. Les plus anciennement recueillis que l'on connaisse (ils sont au nombre de 92) furent, sous le pape Pie IV (1559-1565), trouvés dans une fouille pratiquée au pied du mur. En 1742, tous ceux qu'on avait retrouvés furent fixés aux murs de l'escalier du musée capitolin; les morceaux manquants furent restitués, d'après les anciennes copies. De nos jours on découvrit d'autres fragments, mais de moindre importance, en 1867, 1882, 1884 et 1888, dispersés sur différents points de la ville, où ils avaient été transportés. En 1888 on trouva près de 200 fragments derrière le palais Farnèse dans un antique mur adossé au Tibre pour lequel ils avaient servi de matériaux 4. Les fouilles de 1890 ne donnèrent rien d'appréciable5; celles de 1899 sous le palais Farnèse, donnèrent un fragment avec l'inscription LVDVS MAGNVS *. [L'ensemble des fragments retrouvés a été groupé à V Antiquario Comunale; une reconstitution est exposée sur un mur du jardin du Nouveau Musée du Capitole.]
Il est assez difficile de marquer les limites du plan capitolin ; les fragments subsistants ne jettent que peu de lumière de ce côté. Toutefois De Rossi pense que les agrandissements de Rome, en dehors des régions d'Auguste, y étaient représentés; on y voyait les exspatianta tecta qui, comme dit Pline, avaient ajouté l'étendue de plusieurs villes à l'agglomération romaine primitive. Depuis longtemps, la ville s'étendait au-delà de l'enceinte servienne, cachée par les édifices. Vers l'année 175, les empereurs Marc-Aurèle et Commode établirent une ligne d'octroi dont quelques monuments ont été retrouvés près des portes de l'en ceinte actuelle. Celle-ci qui, dans son ensemble, remonte à l'empereur Aurélien et aux environs de l'année 275 (voir Dictionn., t. v, au mot Fortifications) paraît avoir suivi à peu près le tracé de la ligne d'octroi établie cent ans auparavant, autour de l'agglomération romaine proprement dilef urbs conlinenter habilata).
Ni les barrières d'octroi du uc> siècle, ni l'enceinte aurélienne ne sont indiquées dans les textes topographiques de l'âge constantinien. Ces documents, d'ailleurs, c'est-à-dire la Sotitia et le Cwiosum urbis
contient la copie des fragments recueillis SOUS Pie 1\ . Au musée Capitolin ou a marqué d'une astérisque les fragments que l'on ue connaissait que par ces dessins. Sur
les fouilles de 1888, cf. Notizie degli scari. 18SS, p. 391. 437, 569. — ' Ibid., 1891, p. 124.—' Ibid.. 1899, p. 3-21; cf. II. Grisar, Hist. de Rome et des papes, 1906, t. i, p. 115.
ROME. TOPOGRAPHIE
Romse, dans le compte qu'ils donnent des portes, des oici, des compita Larum, se réfèrent évidemment à l'état de choses antérieur à Aurélien; la ville qu'ils décrivent est celle dont l'image était reproduite sur le plan de Sévère.
Après celui-ci, la Notitia dignitatum imperii (voir Dictioun., t. xn, à ce nom), rédigée au temps de l'empereur Honorius, nous en fournit un quatrième, ou pour parler plus exactement, quelques traces d'un nouveau plan se sont conservées dans la disposition des pièces que comprend cette collection. Honorius répara l'enceinte aurélienne : vers la fin de son règne, 1 écrivain grec Olympiodore rédigea une description de Rome en rapport avec ces restaurations. Son livre est perdu, mais Photius (Cod. LXXX) l'avait lu; on y trouvait les mesures de l'enceinte d'Honorius, exécutées par le géomètre Ammon. Parmi les ouvrages de topographie qui se sont plus ou moins inspirés des représentations graphiques de la Rome d'Honorius, il faut signaler les itinéraires des pèlerins chrétiens aux tombeaux des martyrs subur-bains, et surtout l'itinéraire d'Einsiedeln, contemporain de Gharlemagne. Ce dernier a été évidemment rédigé d'après un plan. De Rossi avait déjà proposé cette conjecture dans le tome Ier de sa Roma sotterranea; il la regardait depuis comme certaine; H. Jordan est de son avis.
On sait d'ailleurs, par un texte d'Einhard \ que Gharlemagne possédait trois tables d'argent représentant Rome, Constantinople et le monde romain tout entier. Ces plans étaient-ils des œuvres contemporaines du grand empereur? On ne saurait l'affirmer. Il y a d'autres exemples d'objets précieux exécutés au temps d'Arcadius, d'Honorius et de leurs successeurs, et qui, vers le vme et le IXe siècle, se trouvaient dans les trésors des rois francs ou dans ceux des églises de leur empire.
Du temps de Charlemagne, les études topographiques et cartographiques avaient subi une éclipse presque complète. Un seul plan de cette période est parvenu jusqu'à nous, et encore ne se rapporte-t-il pas à Rome. Nous voulons parler du plan de Saint- Gall dont le talent et la patience de notre collaborateur M. A. Riolet ont donné la meilleure reproduction qui existe (voir Dictionn., t. vi, au mot Gall). C'est un ouvrage qui rappelle les plans que les anciens, Romains gravaient sur le marbre, avec cette différence toutefois qu'il ne nous fournit pas l'indication des mesures.
Après Charlemagne, toute tradition de ces belles études se perd. Le pape Hadrien, trois siècles après l'empereur Honorius, remit en état l'enceinte de Rome. Dans le courant du ixe siècle, Léon IV et Jean VIII l'agrandirent, ou plutôt adjoignirent à l'ancienne ville deux quartiers fortifiés, la cité Léonine, bâtie autour de la basilique du Vatican et Joannipolès autour de Saint-Paul. Il n'est resté aucun plan contemporain de ces agrandissements. Les temps deviennent de moins en moins littéraires; la topographie s'en ressent comme le reste.
Rome, sans doute, ne cessa pas de voir affluer les pèlerins; mais leur curiosité ne paraît plus réclamer alors une indication exacte des monuments. Ceux-ci, désolés par la guerre, l'incendie, l'abandon prennent un aspect fantastique; l'éboulis en assiège les bases, les ronces et le lierre grimpent le long des aqueducs et des amphithéâtres; l'imagination populaire travaille autour de ces ruines et enfante les curieuses légendes des Mirabilia. Les confusions les plus bizarres, les transformations de noms les plus étranges ne cessent d'effacer ou tout au moins de brouiller les
1 Vita Karoli Magni, c. xxxix. — * Les monuments de la géographie, pi. v, 2, fig. 6. — 3 Huillard-Bréholles, dans
souvenirs antiques, le Forum devient le Campo Vaccino (Champ des vaches), le Capitule le Campidoglio (Champ d'huile); aucun plan d'ensemble, aucun dessin des monuments; il faut descendre jusqu'au xmc siècle pour trouver un plan de Rome qui continue la série interrompue depuis Charlemagne.
La table cosmographique du géographe arabe Edrisi, exécutée en 1154 pour le roi Roger, n'offre aucun intérêt pour la topographie romaine. De Rossi fait remarquer avec raison que les fables accueillies, dès le IXe siècle, par les Arabes, au sujet de Rome, étaient inconciliables avec l'idée même de la topographie. L'influence exercée par les Mirabilia ne fut pas moins pernicieuse. Toute trace de configuration de la ville a disparu. Un plan de Rome, inséré dans un exemplaire, relativement assez moderne, du Liber Guidonis (Riccardienne, xive siècle), se borne à nous montrer une porte crénelée au-dessous de laquelle passe un fleuve et, derrière cette porte, sept collines grossièrement dessinées. Sans l'inscription Roma civitas Septicollis, on aurait de la peine à deviner que l'on a devant soi une vue de Rome.
Un autre plan, non mentionné par De Rossi, dépasse peut-être encore en barbarie celui du Liber Guidonis. Nous voulons parler de la miniature reproduite dans l'ouvrage de Jomard 2, d'après un manuscrit de Mathieu Paris appartenant au xm1' siècle. Rome a ici la forme d'un rectangle dans lequel sont figurées quelques constructions représentant la basilique Saint Pol, le Domine quo vadis, Saint Jehan de Lalrane, Saint Père, la porte devers la reaume de Poille, la porte vers Lumbard(ie). Un fleuve traverse la cité; des collines, nulle trace. L'inscription qui accompagne cette grossière esquisse est ainsi conçue : La cilte de Rumme, Remus e Romulus ftz Marlis et de une luve la funderent. Ele fu faite des remasilles de Troie. Romulus l'apela Rome de sun nun.
Signalons encore le revers du sceau de Frédéric Ier. L'artiste a voulu y représenter la ville de Rome vue en perspective, mais le seul monument qui soit reconnaissable est le Colisée, lequel paraît couronné de créneaux 3.
Le plus ancien plan, vraiment digne de ce nom, est conservé dans le Codex Valic. 1960, et appartient au xme siècle. L'ouvrage d'où il a été tiré contient une chronique depuis la création jusqu'en l'an 1331, on y trouve une mappa mundi et quatre plans, ceux de Jérusalem, d'Antioche, de Ptolémaïs et de Rome. Le plan de Ptolémaïs reproduit l'état de la ville avant son abandon par les croisés (1292); celui de Rome remonte plus haut, jusqu'au temps d'Innocent III. On y trouve en marge une légende très remarquable, formée d'extraits des anciennes Notiliœ locorum urbis Romse du temps de Constantin. Cette légende est très remarquable parce que sa présence sur le plan du xme siècle explique son origine première; il paraît bien que ces petits textes topographiques avaient été constitués primitivement pour accompagner les plans officiels du temps des empereurs; cette circonstance est propre à leur donner une grande autorité. C'est à peine s'il est question d'orientation dans ce document vénérable4. Le dessin des édifices, pris isolément, ne laisse pas moins à désirer; rien de plus arbitraire que les coupes ou les élévations (ces deux systèmes de représentation sont employés concurremment) de l'artiste du Moyen Age. S'il n'avait pas pris soin d'inscrire les noms à côté des monuments, il serait vraiment impossible de reconnaître ses dessins du Colisée ou de Panthéon, pour ne citer que ceux-là. On peut dire que de l'étude de ces deux chefs-d'œuvre de l'art de
Mém. de la Soc. nat. des antiq. de France, 1862, p. 82. — 4 C'est par lui que s'ouvre l'atlas des Piante icnografiche.
ROME. TOPOGRAPHIE
bâtir, encore si bien conservés à celte époque, le dessinateur n'a retenu qu'une chose, c'est qu'ils étaient circulaires. Des colonnes, des pilastres, des arcades, nulle trace. Pour le Colisée, il n'a même pas indiqué le nombre des étages, distinction qui s'impose cependant à l'oeil le moins exercé. Par contre, il a affublé ce monument de la coupole en bronze qui n'a jamais existé que dans l'imagination des auteurs ou des lecteurs des Mirabilia. C'est une preuve de plus à ajouter à celles que nous possédons déjà de l'impuissance du Moyen Age à reproduire, même dans leurs lignes les plus élémentaires, les créations antiques.
Heureusement, le plan en question nous offre d'autres indications d'un caractère moins négatif. Il a notamment permis de démontrer l'existence, près du château Saint-Ange, d'un cirque élevé par Hadrien. On ne possédait auparavant que des indications précaires sur cette construction qui a disparu à l'époque de la Renaissance. Nous savons aujourd'hui que c'est dans ce cirque que les Goths se sont fortifiés lors du siège de Rome l, que c'est là aussi que pendant le Moyen Age, ont eu lieu les combats de fauves organisés sous les auspices du peuple romain.
La bulle d'or de Louis le Bavarois (1328) nous montre dans un espace très restreint les principaux monuments de Rome, ceux qui devaient le plus frapper l'imagination des contemporains : la basilique de Latran, la pyramide de Cestius, l'arc de Titus, le Colisée (cette fois-ci avec sa forme véritable), le Capitole, le Panthéon, Sainte-Marie au Transtévère, l'obélisque du Vatican, Saint-Pierre, le môle d'Hadrien, la colonne Trajane. Quelque imparfait que soit le dessin, le progrès est incontestable. Désormais le don de l'observation augmentera rapidement.
De Rossi est disposé à rattacher au xive siècle une vue de Rome conservée dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, le Dittamondo de Fazio degli Uberti 2. Ce manuscrit, à la vérité, a été écrit en 1447 par Andréa Morena de Lodi, mais la miniature représentant Rome paraît être la copie d'un original plus ancien remontant à l'époque de la composition du Ditlamondo (1355-1364). Si cette hypothèse est fondée, on conviendra que l'écart est grand entre la bulle de Louis le Bavarois et la miniature de Fazio. Dans cette dernière, les monuments commencent à revêtir des formes assez rapprochées de la réalité. Le Panthéon est précédé d'un portique, dont la disposition, il est vrai, rappelle plus les édifices du Moyen Age que ceux de l'antiquité classique. La statue équestre de Marc Aurèle, les dompteurs de chevaux du Quirinal témoignent également d'une étude plus approfondie. Le Colisée par contre reparaît avec sa fameuse coupole. Notons aussi le nom de colonna Adriana donné à la colonne Trajane.
Pour le xve siècle, De Rossi nous fait passer en revue les efforts tentés à Rome par les artistes et les érudits accourus de toutes les parties de l'Italie. Le but poursuivi par les novateurs qui s'étaient donné rendezvous sur les bords du Tibre était multiple. Les artistes, Brunellesco, Donatello, Ghiberti, Leo-Battista Alberti, Giuliano da San Gallo, Francesco di Giorgio Martini recherchaient avant tout les modèles. Les questions de topographie ne les interressaient qu'indirectement. Leo-Battista Alberti, le plus lettré de tous, a cependant composé une Descriptio urbis Romse dont le texte, demeuré inédit, est publié d'après un manuscrit de la Marcienne. Nous pouvons dire à ce sujet que les services rendus par Alberti à la topographie romaine
1 Procope, De bello gothico, 1. II, c. II, 1. — ' Bibl. nat., ms. ital., n. 81. — * Vespasiano, Vite di uomlni illustri, édit. Bartoli, p. 480. — * Lecoy de La Marche, Extraits des comptes et mémoriaux du roi liené, p. 249 sq. Il possédait une vue de
n'ont pas été assez appréciés jusqu'ici. L'élude des précieux commentaires de Bernard Rucellai sur le traité de Publius Victor nous prouve que l'historien florentin a eu Alberti pour compagnon de ses excursions et presque pour collaborateur. Nous apprenons par les mêmes commentaires que Rucellai avait fait dessiner un certain nombre de monuments antiques de Rome : Arc de Titus, Thermes d'Antonin.
Les érudits se mirent à l'œuvre en même temps que les artistes, ou même plus tôt, si nous tenons compte des efforts, bien isolés, il est vrai, de Cola di Rienzo à qui, selon toute vraisemblance, il faut attribuer le recueil d'inscriptions dont on avait trop longtemps fait honneur à Signorili. Dès le premier tiers du xve siècle, le Pogge publia son De varietale fortunœ, dissertation d'un intérêt capital pour la topographie de Rome antique. Puis vinrent les travaux de Cyriaque d'Ancône, de Flavio Biondo, de Pomponio Leto, de Bernard Rucellai. etc.
Les encouragements des amateurs vinrent en aide à cette renaissance des études topographiques. L'essor pris par la géographie ne devait pas tarder à profiter également à la topographie. Il n'y eut bientôt plus de cabinet de curiosités qui ne renfermât des mappemondes, des cartes de France ou d'Italie, des vues de villes. A Florence, Niccolo Niccoli possédait un bellissimo universale, dove erano tutti i siti délia terra; aveva Italia e Spagna tulle di pultura 3. On remarquait également des mappemondes dans la collection du roi René '. Philippe de Bourgogne en fil peindre une par Jean Van Eyck 6. A la cour de Mantoue, François Mantègne se vit confier, en 1494, un travail analogue6. Pie II entretenait un artiste spécialement chargé d'exécuter pour lui une mappemonde à laquelle il travailla pendant plusieurs années : c'était un Vénitien nommé messire Girolamo Bcllavista payé 5 ducats par mois'. Fn 1462, le même pape acquit une autre mappemonde 8. On ne pouvait moins attendre de l'auteur de la Cosmographia. L'inventaire dressé à la mort de Laurent le Magnifique (1492) nous montre que les collections des Médicis étaient surtout riches en documents de ce genre \
Le xve siècle est particulièrement riche avec ses deux plans qui remontent aux environs de l'année 1472; ils sont empruntés à des manuscrits de la géographie de Ptolémée, traduction latine (Vatic. l'rb. 277; Paris, lut. IS02). De Rossi établit par des arguments d'un grand poids que l'un et l'autre se rattachent à un original exécuté entre 1455 et 1464. Par leur netteté, ces deux plans sont supérieurs à celui dont nous allons parler dans lequel l'auteur a fait disparaître les mentions surannées et réalisé un plan scientifique de Rome. Vient ensuite un plan copié à Venise en 1474 par Alexandre Strozzi et conservé à la Laurent ienne de Florence. Enfin, un plan imprimé en 1493 à Nuremberg par Hartman Schedel, dans son De lemporibus mundi, et dont les gravures sont l'œuvre de Michel Wolgemut et de \Y. Pleydenwurff. Quant au second plan, il consiste en une peinture sur toile, transportée en 1868 au musée de Mantoue. Cette peinture ne saurait être postérieure à l'année 1538. lui effet, la statue équestre de .Marc Aurèle, transportée cette même année au Capitole, y figure encore dans le voisinage du Latran. Elle ne saurait, d'autre part, cire antérieure à 1531; ce qui le prouve, c'est la présence sur le pont Saint-Ange de deux statues que nous saxons de source certaine avoir été installées en cet endroit en 1534 seulement. Ajoutons que le plan de Mantoue offre une
Rome peinte sur toile. Lecoy de La Marche, Le roi René, t. n, p. 366. — ■ Kazio, De viris illustribus, 1 137, p. 46. — • Gaye, Carteggio, 1. 1, p. 326. • — : K. Muntz, dans Hcvuc critique, 1880, p. 212. — s Id., ibid., p. 212.— ' I<L, ibid., p. 212.
ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE
importance capitale pour l'étude des nombreux monuments antiques détruits depuis le xve siècle; on est à la fois étonné et navré en y constatant l'étendue des ravages faits depuis la Renaissance. Les dénominations qu'il emploie ne sont pas encore toutes exemptes de superstition; signalons notamment la torre dove stette gran tempo il spirito di Nerone.
XI. Les ITINERARIA. — (Voir Dictionn., t. vu, col. 1902-1921).
XII. Les iURABiLiA. — (Voir ibid.. col. 1921-1922). II. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE.— I. La
ville de saint Pierre. — Que n'a-t-on dit et écrit à propos de Rome, de son antiquité, de son destin, de son parfum I Ces points de vue ne relèvent pas de nos études et nous les abandonnons bien volontiers aux essayistes. Nous savons que c'est une ville assez ancienne pour inspirer aux historiens, aux archéologues et aux artistes un intérêt aussi puissant et aussi varié que d'autres villes qui s'appelèrent Thèbes et Memphis, Babylone et Ninive, Ecbatane et Tyr. Celles-ci ont succombé ainsi que les empires qui s'en enorgueillissaient et nous croyons que le même sort eût' pu échoir à Rome qui, à un moment quelconque de son existence millénaire, les eût rejoint dans l'oubli. Alors, depuis très longtemps elle ne serait plus qu'un champ de fouilles réservé à d'intermittentes missions archéologiques si, un certain jour, sous le règne de Claude ou de Néron, on l'ignore, un certain Pierre, venu de Galilée, ne s'était installé parmi ses compatriotes établis au Transtévère. Ce jour-là une chose nouvelle, et différente de celle qu'elle était destinée à remplacer, apparut, aussi indestructible que l'autre était périssable, l'idée au lieu de la force. L'Église du Christ avait élu son centre et marqué sa capitale.
Rome est, par dessus tout, la ville de saint Pierre, qui en a tellement pris possession par sa venue, par son supplice et par son tombeau qu'il l'a faite sienne à ce point que depuis près de deux mille ans ceux qui l'habitent comme ceux qui la visitent se sentent chez lui. Pierre s'est si complètement identifié à l'Église qu'Elle et lui sont indissociables; son nom, ses actes, ses paroles, ses démarches, autant que son âme et son souvenir remplissent et vivifient cette Église dont, après Dieu, il est le fondateur, se compénétrant à ce point que ceux-là mêmes qui ont nié l'existence de Jésus n'ont jamais poussé l'aberration jusqu'à douter de celle de Pierre. Et cette Église, dont il nous faut tracer ici une esquisse sommaire, semble évoquer la barque du pêcheur de poisson que la grâce divine transfigura en pêcheur d'hommes. Il nous semble impossible de ne pas rassembler les traits que l'Évangile prend soin de nous offrir. Son père s'appelait Joua et lui Simon, il habitait Capharnaùm, devant cette mer de Galilée où avec une barque et des filets, il trouvait, aidé par son frère André, les moyens de faire vivre sa famille. On se le représente volontiers robuste, hâlé, dur à l'ouvrage, le verbe haut et bref, prompt à l'action. Entre deux courses sur le lac, il n'a pas pu négliger de s'intéresser à Celui que tous entourent et écoutent, vers qui tous se sentent attirés, de qui tout le monde parle, 'tandis qu'ils réparent leurs filets, Jésus regarde Simon et André, leur adresse quelques paroles, et ajoute : « Suivez-moi... » Ils le suivent; sans rien savoir que cette chose vague : « Je vous ferai pêcheurs d'hommes. » C'est pour cela qu'ils abandonnent leur gagne-pain, celui de leur famille. Ce désintéressement sera pour eux sans repentance même lorsque Pierre dira avec l'apparence d'un calcul : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. Quelle sera donc notre récompense? » Cet élan, fait de confiance dans la claire vue d'un appel divin, deviendra la règle de conduite de Pierre du jour de sa vocation jusqu'à celui de sa dernière rencontre avec
le Maître : Domine, quo vadis? Peut-on ne pas se sentir touché par le spectacle des entraînements de cet impulsif toujours prêt à bondir, à s'élancer, même sur l'eau de ce lac dont il sait toutes les traîtrises et où la peur ne le saisit qu'après qu'il y a mis le pied, qui, déjà, s'enfonce. Son appel au secours est encore un cri du cœur : « Sauve-moi 1 » C'est une confession, angoissée par le péril, mais non moins éloquente que l'aveu solennel : «Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant. »
Que le Pils de Dieu ait aimé un caractère de cette trempe, qu'il y ait découvert les aptitudes et les dons d'un chef, et on ne s'étonne plus qu'il lui ait confié le soin de gouverner son Église en lui imposant ce nom symbolique : « Tu es Pierre et sur cette pierre... » Jeu de mots aussi expressif en araniéen qu'en latin et en français.
Cependant Jésus l'a grondé parfois avec une apparente rudesse : « Homme de peu de foi » (Math., xiv, 31); « Retire-toi de moi, Satan » (Math., xvi, 23); le mot sur l'heure où il fut prononcé aura semblé dur à entendre, mais de la part de Jésus, Pierre pouvait tout supporter car « Tu as, lui disait-il, les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru, et nous avons connu que tu es le Christ, fils de Dieu » (Joa., vi, 69-70).
La passion du Maître sera pour Pierre l'épreuve tragique et recueil de sa foi et de son dévouement. Un jour où le Sauveur découvrait à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem pour y souffrir et y être mis à mort, Pierre le tira à part et lui dit : « Ahl Seigneur, il ne t'arrivera rien de tel » (Math., xvi, 21-22). Or quand ces choses arrivèrent, Pierre fut déplorablement faible et lâche. Après la cène, il proteste de donner sa vie pour son Maître (Joa., xm, 37), cependant il s'endort au lieu de se tenir prêt à le secourir et ne se réveille qu'à l'instant où le péril ne peut plus être écarté. Il tire l'épée, frappe et, de loin, suit Jésus avec l'espoir peut-être de lui être utile. Mais on sait la suite lamentable. Pierre ne s'est pas contenté de nier Jésus trois fois, il a dit et redit avec des imprécations et des serments qu'il ne connaissait pas cet homme, cœpit detestari et jurare quia non novisset hominem.
Alors c'est le regard du Sauveur qui transperce, c'est l'accablement jusqu'au dimanche matin, la course avec Jean au sépulcre, les apparitions de Jésus en Galilée et la triple interrogation adressée à Pierre : «M'aimes-tu? »et la triple intronisation dans sa charge de chef du troupeau, de chef de l'Église, c'est la réhabilitation, le pardon et la consécration de la charge éminente : Tu es Petrus et super hanc petram œdificubo Ecclesiam meam.
La conséquence c'est la venue et le séjour de Pierre à Rome.
. IL Origines de l'Église de Rome. — Ces origines sont quelque peu obscures. Après que l'ange du Seigneur lui eut ouvert les portes de la prison, l'apôtre Pierre se rendit dans la maison de Jean-Marc et puis il alla en un autre lieu \ sans qu'on puisse le nommer de façon certaine. Après un assez long intervalle on retrouve l'apôtre à Jérusalem où il rétablit l'accord avec les chrétiens d'Antioche 2. Pendant la période intermédiaire, peut-être aura-t-il, au témoignage d'Eusèbe, prêché l'Évangile parmi ses compatriotes répandus dans le Pont, la Galatie, la Bithynie, la Cappadoce et l'Asie proconsulaire 3. On ne sait rien de plus à ce sujet et nous ne pouvons que renvoyer à ce que nous avons écrit de son apostolat antérieurement à l'époque où nous le voyons à Rome (voir Dictionn., t. xiv, au mot Pierre). Cette ville possédait une colonie juive et c'était un motif suffisant pour y attirer l'apôtre. De plus Rome pouvait compter, dès lors, le
'Act., xii, 17. — «Act., xv, 7-31.
eccles., 1. III, c. i, P. G., t. xx, col. 216.
* Eusèbe, Hist.
ROME. HISTOIRE CIVILE KT PONTIFICALE
noyau d'une communauté chrétienne. Rien ne s'oppose à ce que quelques juifs, venus de Rome * et convertis le jour de la Pentecôte par la prédication de saint Pierre, ne soient rentrés chez eux, apportant les premières lueurs de la foi chrétienne. L'analogie avec ce qui se passa ailleurs, autorise à accepter cette explication. On a invoqué en sa faveur un texte célèbre de Suétone : Judœos impulsore Chresto assidue tumultuantes Roma expulit 2. Les Actes des apôtres 3 parlent d'une expulsion des juifs sans faire la moindre allusion au christianisme et on peut croire que Suétone a fait confusion et attribué les disputes entre juifs et chrétiens à un certain Chrestos, alors qu'il s'agissait de Jésus; cette phrase, ainsi que la lettre de Claude aux Alexandrins nous aurait conservé les deux plus anciens témoignages profanes de la propagande chrétienne. Ajoutons qu'on incline à interpréter ou plutôt à corriger Suétone par Dion Cassius 4. Claude n'aurait pas expulsé les Juifs en masse, mais se serait borné à interdire leurs réunions. Ainsi la question a été rouverte et tout d'abord la question préliminaire de la date de l'intervention de Claude qu'il faudrait relever de plusieurs années afin de la placer au début de son règne, en 41 6. Dion Cassius semble favoriser cette manière de voir, ce qui est au moins discutable 6, et son texte peut et doit, selon nous, être considéré comme non daté. Pour faire accepter la date d'expulsion en 40-41, on en vient à proposer, c'est-à-dire à imaginer ' un gros effort de propagande organisé dans les villes principales de l'empire romain par le centre judéo-chrétien de Jérusalem. Cette opinion, aussi dépourvue de preuves que de vraisemblance, se heurte à l'image du développement de la propagande chrétienne imposée par les Actes et par les Épîtres de saint Paul. « Autant qu'on en peut juger, ce n'est point par l'initiative propre et directe du groupe de croyants parlant araméen qui s'était concentré à Jésusalem, que fut lancée la propagande ardente et réglée, presque méthodique, qui, en moins de trente ans, devait porter le christianisme dans les pays de la Méditerranée orientale et jusqu'à Rome9. » Que cette propagande ait atteint de bonne heure Alexandrie et Rome, on l'admet, mais encore faut-il ne pas lui faire brûler toutes les étapes et braver toutes les vraisemblances, au point d'être devenue en peu d'années une fermentation menaçante pour l'empire et < un immense complot contre l'ordre romain '' ». C'est à ce prix qu'on parvient à expliquer les mesures de répression ordonnées par Claude contre les chefs religieux et son attitude à l'égard des juifs. « Oserions-nous rappeler que Rome, à cette date, était la sentine de l'Orient, qu'on rencontrait un peu partout des confréries religieuses égyptiennes, phrygiennes, syriennes, qu'il existait des temples ou des chapelles des dieux orientaux sur l'Aventin et le Janicule, que le temple de la Magna Maler s'élevait sur le Palatin et (pue, d'autre part, le mépris des Romains pour les Orientaux et la politique de défiance vis-à-vis des associations secrètes sont beaucoup plus anciens que le christianisme? Que Claude continua simplement la politique religieuse conservatrice d'Auguste et de Tibère et qu'on ne voit pas bien comment l'arrivée à Rome de quelques juifs remuants ou l'installation de deux ou trois nouvelles confréries aurait révélé à l'empereur l'existence d'un immense complot contre l'ordre établi "' ».
11 nous parait permis d'entetrenir certains doutes
1 Act., n, 10. — 2 Suétone, Claudius, XXV, 4. — ■ Act., XVIII, 2. — ' Ilist. rom., 1. LX, c. vi. — s H. Jaune, Impulsore Chresto, dans Mélanges Bidez, t. n, 1933-1934, p. 531- 553. — • Schiirer, Geschiclite des judischen Volkes, t. m (4e éilit.), p. 62, n. 91. — ' H. .Jaune, op. cit., p. 547 sq. — 8 Loisy, Lu naissance du christianisme, in-8°, Paris, 1933, p. 149. — * H. Jaune, Impulsore Chresto, p. 553. — '• L. Gerfaux,
sur le fait que l'expulsion des juifs de Rome aurait eu pour unique motif leurs altercations avec leurs coreligionnaires dissidents chrétiens. Les autorités romaines, à cette date, n'avaient pas encore été alertées comme elles le furent après l'incendie de Rome, en 64; elles prenaient ces querelles d'Orientaux avec patience u et quelques bousculades survenues à Subure, au Transtévère ou à la porte Capène ne paraissaient pas à la police devoir entraîner une mesure aussi grave que l'expulsion en masse, pour la juiverie de Rome et celles d'Italie. Quoi qu'il en soit le châtiment ne paraît pas antérieur à l'an 49 v-, c'est la date que lui assignent Paul Orose et les Actes 13.
III. Les Juifs a Rome. — (Voir Dictionn., t. vm, col. 145-155, col. 1871-1878; t. xi, col. 2557-2608; fig. 8409-8422). [S. Collon, Remarques sur les quartiers juifs de la Rome antique, dans Mélanges d'arch. cl d'hist., lvii (1940), p. 72-94.]
IV. La communauté romaine. — Elle dut être sans doute très éprouvée par la mesure d'expulsion, mais elle survécut et dura, d'où l'on peut induire qu'elle renfermait déjà un bon nombre de fidèles venus de la gentilité. Ceux-ci auront tenu tète à l'orage, pris la direction de la communauté, vraisemblablement d'accord avec quelques juifs qui réussirent à se dissimuler et à enfreindre un décret trop rigoureux et trop général pour être strictement appliqué. Les fugitifs, comme Aquila et Priscille, savaient que leur jour viendrait et il est probable que bon nombre d'entre eux reparurent peu après l'avènement de Néron. Celui-ci leur était acquis. Dès l'an 58 il avait pour concubine une juive, Poppée, et à cette date où la distinction entre juifs et chrétiens n'était pas encore faite, les coreligionnaires de cette femme qu'ils voyaient s'acheminer vers le mariage et le trône où elle parvint en (12, pouvaient entretenir l'illusion d'une efficace protection.
Au cours des années qui suivirent l'expulsion de l'année 49, saint Paul avait lié connaissance à Corinthe, en 51, avec Aquila et Priscille et, dès lors, il ne cessa plus de s'intéresser à la communauté de Rome, d'y nouer et entretenir des relations. C'est à cette période que se rapporte l'épître aux Romains.
On ignore où elle fut écrite, probablement à Corinthe, car elle fut portée à destination [Kir Phubé ■*, diaconesse de l'Église de Cenchrées, port de Corinthe sur le golfe d'Égine, qui se rendait à Rome. Ce premier indice est confirmé par deux autres. Paul salue les Romains de la part de Gaius 15 de qui il reçoit l'hospitalité et qui parait Être le même qu'il avait baptisé à Corinthe, enfin il nomme Éraste ", «économe » de la ville, où il habitait.
On sait mieux à quelle date elle fut écrite. C'est pendant le deuxième séjour de Paul à Corinthe. avant son voyage à Jérusalem où il doit porter le produit des collectes de la Macédoine et de l'Achaïe. Au moyen de l'inscription de Delphes relative à Gallion el des calculs qu'elle autorise, la chronologie des itinéraires de l'apôtre offre aujourd'hui une certitude, relative (voir Dictionn., t. xm, au nom Paul), on ne peut se tromper beaucoup en plaçant la compositi >n de l'epi tre aux Romains dans l'hiver de l'an 56-57 ou au plus tard de l'an 57-58 après Jésus-Christ, et ainsi qu'on l'a dit : « On ne s'étonnera jamais de la forme si pleine et si ferme de la doctrine chrétienne à une époque aussi rapprochée de la Passion de Jésus-Christ i:.
dans Heu. d'hist. ecclés., t. xxx, 1931, p. 729. — " Act., xvm, 14. — u J. Carcopino, La basilique pythagoricienne, Vmi>, 1927, p. 63 sq. — " Act., XVIII, 2; P. Orose, Adversus payunos hisloriarum, 1. VU, c. M, 15. " Rom., xvi, 1.
— '« Hom., xvi, 23; I Cor., I, 14. — " Rom., xvi, 23; II Tim., iv, 20. — ,; M.-J. Lagrange, ÉpttTe aux Romains, 1916, p. XX.
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Au moment où saint Paul écrivit cette épître, nous pouvons entrevoir quelque peu l'aspect de la communauté romaine. « Elle devait être composée en majorité de chrétiens venus du paganisme, mais les chrétiens juifs d'origine y rentraient. Comme ils étaient les fondateurs de l'Église où les gentils avaient pris la direction et l'influence, on soupçonnerait aisément qu'il y eut là une situation délicate qui exigeait des deux parts beaucoup de charité; et c'est bien ce que l'épître semble indiquer. Aujourd'hui le plus grand nombre des critiques reconnaît que Paul s'adresse à une Église qui est, en droit, composée de gentils. Et cela semble bien résulter des textes.
« Dès le début, l'apôtre s'autorise de sa mission auprès des gentils pour écrire aux Romains qui en font partie1; il tient à faire des fruits spirituels auprès d'eux comme auprès des autres gentils 2. Et à la fin de l'épître il revient sur cette pensée. S'il a écrit aux Romains c'est qu'il lui incombe d'offrir les gentils à Dieu comme un véritable sacrifice3. S'il résulte bien de l'examen interne de l'Épître qu'au temps où Paul écrivit l'Église de Rome était en droit une Église de gentils, cette conclusion s'accorde avec ce que faisait pressentir l'expulsion des juifs, ses premiers fondateurs. L'épître est muette sur le rôle de saint Pierre son premier chef, et ce n'est qu'en interprétant trop ingénieusement ce silence qu'on conclut d'une part qu'elle suggérait, d'autre part qu'elle excluait la venue du prince des apôtres 4 ».
V. Tendances doctrinales. — Marcion ou un de ses disciples est l'auteur de « prologues » conservés dans les manuscrits de la Vulgate, une quinzaine d'entre eux donnent le texte suivant : Romani sunt in partions Italiœ. Hi prœventi sunt a falsis apostolis, et sub nomine Domini nostri Jesu Chrisli in legem et prophetas erant inducti. Hos revocat apostolus ad veram evangelicam fidem, scribens eis a Corinlhis. Ce peu de lignes accuse nettement les Romains d'être judaïsants et, grâce à la diffusion de ces « prologues », cette accusation s'est imposée partout comme un trait d'histoire alors que ce n'est qu'une imputation sur l'opposition entre la doctrine de Paul et l'Ancien Testament.
L'auteur anonyme connu sous le nom d'Ambrosiaster, et qui écrit vers la fin du ive siècle, insinue que les premiers chrétiens de Rome ne croyaient pas à la divinité de Jésus-Christ et il en donne cette raison que l'erreur des Romains ne dilîère pas de celle des Gâtâtes mais bien la responsabilité parce que ceux-ci ont déserté la vérité tandis que ceux-là ne l'ont jamais entendue. Cette insinuation n'a rencontré qu'un accueil discuté, c'est ainsi que dans un passage attribué à Pelage on lit ces mots : Romanorum namque plerique tam rudes erant ut non intcllegerent Dei se gratia et non suis meritis esse solvatos, et ob hoc duo inter se populi conftictarent, ainsi il ne s'agit plus de l'erreur de toute une communauté, mais seulement d'un conflit entre juifs et gentils convertis. Quant à saint Augustin, il estime qu'à Rome comme en Galatie les judaïsants étaient venus troubler cette jeune Église. Et tous ces témoignages n'apportent pas un éclaircissement décisif sur cette question : Pour quelle raison saint Paul a-t-il écrit aux Romains? Étaient-ils judaïsants?
Mieux vaut s'adresser à l'épître elle-même pour connaître l'épisode doctrinal qui l'a provoquée. « Dès le début, Paul loue la foi des Romains 5 et n'annonce nullement l'intention de la corriger ni même de la préserver contre des suggestions délétères. Ce ne sont point là simplement des procédés pour capter la bienveillance. Quel qu'ait été le désir de Paul de s'assurer
1 Rom., i, 5 sq. — ■ 2 Rom., i, 13-15. — 3 Rom., xv, 15. — * Lagrange, op. cit., p. xxm sq. — 5 Rom., i, 8. — " Rom.,
les bons offices des Romains pour son ministère, il était trop sincère pour rendre grâces à Dieu d'une foi qui, en réalité, eût risqué d'être compromise par des préjugés judaïsants. Ce qui est encore plus caractéristique que les compliments du début, c'est l'efïusion si confiante qui termine l'épître6. Les aumônes qu'il porte à Jérusalem seront-elles bien reçues des « Saints »? Il le recommande pour l'obtenir de Dieu aux prières de ses chers Romains. Après cette négociation épineuse, son séjour à Rome lui apparaît comme un délice spirituel. C'est qu'il se sent d'accord avec cette Église déjà grande et dont l'importance lui est connue. Qu'il y ait eu alors à Rome des agitateurs, nous le concédons; mais ils n'avaient [joint troublé la foi de la communauté. A ces intrigants, masqués sous des dehors édifiants Paul consacre un paragraphe sur le ton de l'épître aux Galates. C'est la meilleure preuve que l'épître aux Romains n'est point une polémique contre eux. Quand il a découvert des judaïsants et des judaïsants déguisés, il n'a pas hésité à les dénoncer. Comment aurait-il polémisé contre d'autres judaïsants sans le dire?...
« Ce qui résulte c'est que les Romains, gentils convertis en majorité, presque seuls durant quelques années, ont été tentés de quelque superbe à l'endroit des Israélites. Si c'est bien aux gentils que Paul s'adresse, et s'il devait absolument faire une leçon à ses correspondants, celle qu'il leur a faite est une leçon de modestie, d'humilité, de charité. Encore une fois tout s'explique très bien si l'on suppose que l'apôtre, dans la période où ses compatriotes rentraient à Rome, et des juifs ses amis comme Aquila et Priscille, ait appréhendé chez les Romains un peu de dédain pour ses humbles collaborateurs. C'est pour cela qu'il a écrit son épître; mais c'est la seule tendance que l'épître laisse entrevoir chez les Romains 7. »
VI. La venue de saint Pierre a Rome. — La question de la composition et des tendances de l'Église romaine importait grandement à l'avenir des rapports du judaïsme et du christianisme. Lors du conflit qui s'était élevé entre Pierre et Paul sur la place à faire aux gentils l'accord s'était fait par la ralliement de Pierre au point de vue de Paul. Celui-ci ne lui avait résisté « en face » qu'à raison de la situation éminente de Pierre dans l'Église naissante et de l'importance capitale à l'amener à ses vues, ce qu'il ne tenta pas à l'égard de Jacques, trop résolument acquis au parti judéo-chrétien. Pierre avait admis au baptême les premiers gentils et, malgré quelques hésitations, favorisait la tendance émancipatrice; on l'avait bien vu dans les débats de l'affaire d'Antioche. On a insinué que Pierre serait responsable de l'accès judaïsant survenu en Galatie; on n'en a apporté aucune preuve et on manque de toute base historique pour faire de l'épître aux Romains une mise en garde de Paul contre l'action judaïsante prévue ou possible de Pierre.
Que Pierre soit venu à Rome nous en avons donné la démonstration (voir Dictionn., t. xiv, col. 838-843) et il suffira ici d'en rappeler les principaux traits. Les textes et les monuments attestent l'antiquité de la croyance au voyage et au séjour; dès le nie et même au ne siècle les polémiques ne contestent pas l'apostolat, le martyre et la sépulture de Pierre à Rome. L'affirmation du prêtre Gaius touchant les « trophées » ou tombeaux du Vatican et de la voie d'Ostie est formelle (199-217), mais d'autres vont nous conduire jusqu'à l'époque même de l'événement. Vers 180, l'évêque Irénée de Lyon atteste la fondation de l'Eglise de Rome par les apôtres Pierre et Paul 8. En 170, l'évêque Denis de Corinthe écrit que sa propre
xv, 23 sq. — 7 M.-.J. Lagrange, op. cit., p. xxvm, xxx. — ■ ' S. Irénée, Contra hœreses, 1. III, c. m, 3.
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Église et celle de Rome ont eu les mêmes fondateurs '. Un demi-siècle plus tôt environ, Papias, évêque d'Hiérapolis rapporte que saint Marc écrivit à Rome son évangile qui condensait les prédications de saint Pierre dans cette ville2. Vers l'an 110, saint Ignace, évêque d'Antioche amené à Rome pour y souffrir le martyre, écrit aux Romains qu'il n'a pas d'ordres à leur donner comme Pierre et Paul qui étaient libres alors que lui n'est qu'un condamné s. Vers l'an 95, l'épître du pape Clément à l'Église de Corinthe mentionne la persécution subie et ces hommes [Pierre et Paul] qui « donnèrent parmi nous un magnifique exemple4 ». Enfin, c'est Pierre lui-même qui dans une lettre datée de Babylone, nom symbolique de la Rome païenne, nous apparaît résidant à Rome. Ceux qui ont contesté l'appartenance à saint Pierre ne savent que l'attribuer à Barnabe ou à un inconnu qui se présente comme Pierre lui-même et vivait à Rome entre l'an 43 et le début du 11e siècle.
Pour les monuments, voir Diclionn., t. xiv, article cité.
VII. Le séjour de saint Pierre a Rome. — Le séjour est certain, sa durée ne l'est pas. Il existe une tradition, ou prétendue telle, de vingt-cinq années d'épiscopat de saint Pierre à Rome, elle ne repose sur aucune donnée historique, tout au plus sur une confusion. La chronologie d'Hippolyte attribue aux deux premiers successeurs de l'apôtre, Lin et Anaclet la codirection de l'Église romaine du vivant même de Pierre et sous son autorité, avec douze années d'épiscopat à chacun. Clément leur succède à titre de successeur de Pierre et la donnée des vingt-cinq ans d'épiscopat de Pierre est établie (voir Diclionn., t. ix, au mot Listes épiscopales, t. xm, au mot Papes). Quelque parti qu'on adopte, il est certain que le séjour de l'apôtre ne fut pas ininterrompu car en l'an 49 il se trouvait à Jérusalem, à quelque temps de là à Antioche; avant l'an 56 ou 57 il avait fait un séjour à Corinthe, séjour suffisamment prolongé pour qu'un parti se réclamât de lui : « Moi, je suis... à Cépbas ». A l'époque où Paul écrivait aux Romains, son épître ne contenait ni mention de Pierre ni allusion à lui, pas plus que le récit des Actes sur la captivité de Paul à Rome. Rien de tout ceci ne permet d'assigner une durée certaine à l'épiscopat de Pierre; on n'est pas autorisé a en faire remonter le début vers l'an 41-42 sous prétexte d'une prétendue rencontre entre l'apôtre et l'imposteur Simon le Magicien pendant le règne de Claude. C'est saint Justin le Martyr, vers l'an 150, qui témoigne de l'existence d'une statue élevée à Simon dans l'île du Tibre et portant cette inscription : Simoni Deo sanclo, or on a retrouvé dans l'île du Tibre, un vase portant ces mots Semoni Sanco Deo, c'est le dieu étrusque Semo Sancus et Simon le Magicien n'est plus qu'une historiette qu'Lusèbe a commis la bévue de prendre à son compte.
Ainsi la date initiale de l'épiscopat romain de Pierre se dérobe. Il serait vain de songer à mettre d'accord entre eux les différents auteurs qui en parlent. Le catalogue libérien fait venir Pierre à Rome, sous Tibère, en l'an 30, et il meurt en l'an 55, c'est-à-dire neuf ans avant la persécution de Néron, ce qui est insoutenable. L'historien Eusèbe place l'épiscopat entre l'an 42 et l'an 67, ce qui paraît trop postérieur au drame de l'incendie de Rome (août 64). Ce passage de Lactance semble plus conforme aux données de l'histoire : « Ils [les apôtres] se sont dispersés par toute la terre pour
1 Eusèbe, Hist. eccles., 1. II, c. xxv, 8. — * Eusèbe, Hist. eccles., 1. III, c. xxxix, 15. — ' S. Ignace, Ad Rom., IV, 3. — « S. Clément, Ad Corinth., v-vi. — ' Lactance, De mortibus persecutorum, c. II. — • Eusèbe, Hist. eccles., 1. III, c. xxxix, 15. — ' J. Clnipman, Le témoignage de Jean le
prêcher l'Évangile, et, pendant vingt-cinq ans, jusqu'au début du règne de Néron (54-68), ils ont jeté les fondements de l'Église à travers toutes les provinces et les cités. Néron avait déjà pris le pouvoir quand saint Pierre vint à Rome 6 ». Ces derniers mots, si on les prend à la lettre, abaissent notablement la durée de l'épiscopat romain de Pierre dont la dernière période commencerait, au plus tôt, vers l'an 54.
VIII. La primitive catéchèse a Rome. — On souhaiterait connaître la prédication de saint Pierre, il faut se résoudre à ce qui s'en est conservé et ce n'est ni plus ni moins que l'évangile désigné sous le nom de saint Marc. Telle fut la catéchèse adressée aux néophytes romains, et le témoignage nous vient du « presbytre Jean » qui vécut à Éphèse dans l'entourage de l'apôtre, son homonyme et son maître. Papias, dans son Explication des paroles du Seigneur, nous apprend que « Marc, devenu interprète de Pierre, rassembla exactement, mais sans ordre, tout ce qu'il se rappelait des paroles et des actions du Christ. Car il n'entendit pas et n'accompagna pas le Seigneur; mais plus tard, comme je l'ai dit, il suivit Pierre qui faisait ses instructions, selon les besoins de l'auditoire, et non comme s'il eût voulu dresser un recueil méthodique des discours du Seigneur. Marc n'est point en faute s'il n'a écrit qu'un petit nombre de traits, tel qu'il se les rappelait; car il n'eut qu'un souci, ne rien omettre de ce qu'il avait entendu, et n'y rien laisser passer de faux * ». Ce passage appartient-il tout entier au presbytre Jean qui prend la parole au début, ou en partie à Papias lui-même? On n'en sait rien ', mais Papias consultait Jean qu'il savait très bien informé, comme un témoin oculaire ou peu s'en fallait, s'exprimant sans hésitation sur un fait qui pouvait être de notoriété publique8.
Le témoignage précédent nous apprend que Pierre était assez peu familier avec la langue grecque pour devoir recourir à un interprète capable de transmettre ce qu'il disait en langage araméen, sans s'astreindre à un certain ordre, mais en vue d'instruire « selon les besoins de son enseignement »... « sans rien omettre et rien altérer ». Marc fut un secrétaire et c'est bien ce qui donne sa grande autorité à l'évangile qui porte son nom et qui est la primitive catéchèse romaine.
Saint Justin l'apologiste, qui vécut à Rome, ne nomme même pas saint Mar,c et il est si bien persuadé qu'il s'agit de la catéchèse de Pierre qu'il attribue aux « Mémoires de Pierre » un trait qui ne se trouve que dans saint Marc '. Saint Irénée écrit qu' « après leur mort [de Pierre et de Paul] 10 Marc, disciple et interprète de Pierre, nous transmit par écrit ce qui avait été prêché par Pierre. Tertullien attribue lui aussi à Pierre ce que Marc a écrit u.
A ces témoignages de l'Asie et de l'Occident vient s'ajouter celui de Clément d'Alexandrie pour l'Egypte où on sait que saint Marc était tout spécialement honoré. « La lumière de la piété brilla si fort dans les âmes des auditeurs de Pierre, qu'ils r.e voulurent point se contenter d'une audition fugitr.e et de l'enseignement oral de la prédication divins, si bien qu'ils se mirent à supplier de toutes façons Marc, dont on possède l'évangile, et qui était compagnon de Pierre, le priant de leur laisser par écrit un monument de l'enseignement qui leur était donné de vive voix. Ils ne consentirent pas à le laisser en repos sans avoir satisfaction, si bien qu'ils furent cause que Marc écrivit l'évangile qui porte son nom. On dit que l'apô-
Presbytre au sujet de S. Marc et de S. Luc, dans Revue bénédictine, 1905, p. 357-376. — ' M.-J. LagrangB, Évangile selon saint Marc, 1911, p. xxn. — 'S. Justin, Dial. cum Tryphone, c. cvl. — lc S. Irénée, Contra hœreses, 1. III, c. i, 1. — " Tertullien, Adversus Marcionem, 1. IV, c. v.
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tre apprit ce qui se passait par une révélation de l'esprit, qu'il fut satisfait de ce zèle et qu'il confirma l'évangile de son autorité pour servir de base à l'enseignement dans les Églises. Clément expose les faits au VIe livre des Hypotyposes, et Papias, évêque d'Hiérapolis est d'accord avec lui J ».
Ce texte nous a été conservé par Eusèbe qui prend sur lui de le compléter quelque peu, mais il y revient dans un autre passage où il le serre de plus près : « Après que Pierre eût prêché publiquement à Rome, annonçant l'évangile selon l'esprit qui l'animait, des assistants, en grand nombre, demandèrent à Marc de rédiger par écrit ce qui était dit de vive voix, lui qui suivait Pierre depuis longtemps et avait conservé le souvenir de ce qui s'était dit. Marc le fit donc, et remit l'évangile à ceux qui l'en avaient prié. Pierre le sut, mais il ne voulut intervenir ni pour l'en empêcher, ni pour l'y engager a ».
Enfin voici un texte de Clément que nous ne possédons plus qu'en latin : Marais, Pétri sectator, prœdicante Petro evangelium palam Romse coram quibusdam Cœsareanis equilibus et multa Christi testimonia proferenle, petitus ab eis, ut possent quœ dicebantur mémorise commendare, scripsit ex his, quœ a Petro dicta sunt, evangelium quod secundum Marcum vocitalur s. Les trois textes s'accordent sur le point que Marc écrivit du vivant de Pierre; ils diffèrent sur ce point que Pierre approuva positivement l'évangile ou bien qu'il ne se prononça pas à ce sujet.
Origène se borne à dire que « l'évangile selon Marc, [fut] composé selon que Pierre lui avait enseigné * ».
IX. La communauté apostolique. — Le chapitre xvie par lequel se termine l'épître aux Romains nous a conservé les noms de quelques fidèles de la communauté romaine à laquelle Paul recommande la diaconesse Phœbé « pour que vous la receviez dans le Seigneur d'une manière digne des saints et que vous l'assistiez en toute chose où elle pourrait avoir besoin de vous ». Ceux que connaît l'apôtre soit personnellement soit par les rapports qu'on lui en a faits sont « Priscille et Aquila, mes collaborateurs dans le Christ Jésus, ceux qui ont exposé leur tête pour me sauver la vie, auxquels je ne suis pas seul à rendre grâces, mais toutes les Églises des gentils, et [il salue] aussi l'Église qui est dans leur maison », soit qu'ils l'eussent abandonnée à la communauté en partant pour l'exil vers l'an 49, soit qu'ils y fussent rentrés depuis et y exerçassent actuellement leur métier. L'apôtre envoyait son salut à « Épœnetos, mon aimé, les prémices de l'Asie [offertes] au Christ »; ce devait être un païen converti, le premier converti de la province d'Asie, peut-être avait-il été converti par Aquila et Priscille. Ensuite viennent Andronicos et Junia, « mes parents et mes compagnons de captivité, eux qui sont si considérés parmi les apôtres, qui même ont appartenu au Christ avant moi ». Quel degré de parenté les attachait à Paul, on l'ignore. Puis vient « Ampliatus, mon aimé dans le Seigneur », peut-être celui du cimetière de Domitille (voir Dictionn., t. i, col. 1712-1721), et encore « Urbanus, notre coopérateur dans le Christ; Stachys, mon aimé; Apelles, qui a fait ses preuves dans le Christ; ceux de [la maison] d'Aristobule; Hérodien, mon parent; ceux de [la maison] de Narcisse, qui appartiennent au Seigneur; Tryphœna et Tryphosa, qui prennent peine dans le Seigneur; Persis, l'aimée qui prit beaucoup de peine dans le Seigneur; Rufus, cet élu dans le Seigneur et sa mère qui est aussi la mienne; Asyncritos, Phlégon, Hermès, Patrobas, Hermas, et les frères qui sont avec eux; Philo-
1 Eusèbe, Hist. eccles., I. II, c. xv, 2. — * Eusèbe, Hisl. eccles., 1. VI, c. xiv, 5-7. — ' Édit. Stâhlin, t. m, p. 206 : Adumbratio in epistolam Pétri prima calholica (v, 13). —
logos et Julia, Néreus et sa sœur, et Olympas et tous les saints qui sont avec eux ».
Ces noms intéressent par eux-mêmes parce qu'ils nous font entrevoir la plus ancienne communauté romaine, mais ils nous apportent un supplément de preuve à l'authenticité de l'épître 5 mis en valeur habilement par le P. Lagrange. Recueillis dans des columbaria appartenant tous au ier siècle ces noms peuvent soulever deux objections. « La première, c'est que ce nombre d'inscriptions est considérable, et que nulle part ailleurs on n'a chance de tomber sur un pareil choix de rapprochements. Mais précisément les inscriptions sont l'image de la réalité. Si l'on en trouve plus à Rome, c'est que nulle part ailleurs la population n'était aussi dense, comprenant des personnes venues de tous les points du monde romain et d'audelà. La liste de Paul contient en effet des noms juifs comme Maria peut-être et sûrement Hérodion; des noms grecs en grand nombre, et des noms latins comme Aquila, Prisca, peut-être Maria, Junia, Ampliatus, L'rbanus, Rufus, Julia. Elle contient aussi des noms rares comme Persis, Asyncritos, Patrobas, Olympas. Où avait-on chance, ailleurs qu'à Rome, de trouver tous ces éléments réunis?
« Mais ici la seconde objection se présente. Si Paul salue ces personnes c'est qu'il les a connues. Or il n'a pu les connaître qu'en Orient; c'est là qu'elles ont pris leur nom; qu'importent les analogies romaines? Elles importent comme indice d'un confluent. D'abord rien ne prouve que Paul ne salue pas des personnes célèbres à Rome pour leurs bonnes œuvres, dont il aurait entendu parler sans les avoir encore rencontrées. C'est même le plus grand nombre, si l'on range dans cette catégorie tous ceux dont il n'indique pas les rapports avec lui. Mais supposons qu'il les a tous connus, il est tout à fait probable que ce n'est pas au même endroit. Toutes les villes évangélisées par Paul ont pu fournir ces noms, mais le problème «e pose de nouveau : est-il vraisemblable qu'ils ont été réunis dans une autre ville que Rome? "Voici à titre d'échantillon les noms que fournissent les inscriptions de Priène : 'AvSpôvixoç, 'AtcXXtjç, 'ApiaTÔëouXoç, 'E^otive-rôç, 'Ep[i.7)c, OtXâXoyoç : aucun des noms rares, aucun des noms latins. Magnésie du Méandre donne 'IouXîoc, 'Ecp(Ec?îa), E-râyuç, 'Apia-ôêouXoç, Nàpxicaoç, Tpuçwaa, 'Epfjû;ç et 'Poùcpoç, le seul nom latin d'ailleurs très commun : Stcc/dç est relativement rare. Les Inscriptiones grœcœ de l'Italie et de la Sicile (t. xiv) sont plus riches justement à cause de Rome : 'AxoXaç (Naples), Ilpeîaxa (Rome), Junia, Priscilla (Naples), 'Ettocivetôç (Taormine), Mapîa (Rome), 'AvSpovixoç, fréquent, 'Iouvîa (Rome), ' Afi,7rXlaTOÇ (Rome), 'AtcXày}ç (Sicile), 'Apia-oêouXoç (Taormine), NdtpxicrCTuç, fréquent, Tpuçaïva (Capoue), 'Poùçoç, souvent, 'Epjjirjç et 'Epji.ôcç, souvent, IIaTpô6[,oç (Rome), 'IouXla, très fréquent; 'AaùvxpiTùç, nom commun.
« Éphèse contenait assurément une population plus dense et plus mélangée que Priène ou Magnésie; mais était-elle autant que Rome apte à devenir le point de réunion de ces Grecs, de ces Latins, de ces Juifs, dont quelques-uns ont des noms rares? C'est quelque chose que de les montrer presque tous en fait à Rome à la même époque. »
Presque tous ces noms sont serviles, et si nous connaissions ceux qui sont de domo Cœsaris 6, il en serait peut-être de même. Faisons toutefois une exception pour Pomponia Grœcina, l'épouse du consulaire Aulus Plautius (voir Dictionn., t. i, col. 2846-2848).