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POUILLÉ

dessin ci-contre dispense d'une plus ample description (fig. 10502). Un serpent enroulé sur le tronc d'un arbre qui semble vouloir figurer un palmier (voir Dietionn., t. xiii, à ce mot), entre deux croix d'un type peu commun à cause de leur médaillon central. Ces croix pourvues d'une fiche paraissent être de celles crue nous avons décrites et classées sous le nom de « croix de bénédiction » (voir Dietionn., t. m, col. 3107). Pierre dure, de provenance locale, technique assez bonne et qui semble encore d'époque gallo-romaine, sculpture en méplat. Pareille représentation du serpent est unique dans l'archéologie chrétienne en Occident, et

10502. — Sculpture de Pouillé (Vienne).

D'après Bull. arch. du Comité, 1925, p. 205.

on peut se demander s'il s'agit de la tentation de nos premiers parents ou du serpent d'airain; c'est vers ce dernier que nous inclinerions plus volontiers. Quant à faire du palmier un symbole de la résurrection, ce serait chose assez imprévue, car c'est une essence qui ne dépouille pas sa verdure avec l'hiver. Ce débris a-t-il appartenu à une auge de sarcophage, on ne sait et sa destination primitive est douteuse. Le symbolisme et l'exécution peuvent reporter au vie siècle l.

H. Leclercq.

2. POUILLÉ. — ■ « Pouillé » est la prononciation française, relativement récente, du mot latin d'origine grecque polyptychum qui a pris, au cours du temps, un sens plus étroit. Sous l'empire romain et dans le haut Moyen Age, polyptychum sert à désigner les registres du cens et il en est synonyme; en général il s'entend des impôts directs payés à l'État. Ce terme apparaît avec la signification que nous venons de dire dès le ive siècle de l'ère chrétienne, chez Yégèce, au livre II, c. xxvi de ses Instituta rei mUitaris, dédiés à l'empereur Valentinien II (370-392) et dans une constitution promulguée en 400 par les empereurs Arcadius et Honorius 2. Elle se retrouve avec le même sens en 122 dans une constitution des empereurs Honorius et Théodose II3. Après la chute de l'empire romain d'Occident, l'expression et le sens persistent ; l"dans un édit émané du roi wisigoth Sisebut (612-620), et conservé par la compilation dite Lex Wisigothorum, 1. XII, tit. ii, § 13*. où la notation est tn polipticis public is; 2° dans la Clironique dite de Frédégaire, écrite au

'.I.Salvini, Une sculpture mérovingienne à Pouillé ( Vienne), dans Huit, archéol. du Comité des Iran, hist., 1925, p. 203-206. 'Code Théodosien, 1. XI, tit. xxvi, I. 2, édit. Haenel, col. 1118 — 'Coiîf Théodosien, 1. XI, tit. xxvui, lex 13, édit. Haenel, col. 1 126. — * K. Zeiimer, Leges Visigothorum antiquiores, in-8°, 1894, p. 306; le même, Leges Visigothorum, dans Monum. Germ. hist., 1902, p. 419, ligne 5. — * Br. Kruscli, dans Script, rer. meroving., t. il, p. 1 15, lignes 6-7. — * K. Zeumer, [•'ormulae meroving. cl karol. aevi, 1 886, p. 96, lin. 1 ; cf. E. de Hozière, Recueil générale des formules.

vne siècle, et où, 1. III, n. 80, parlant d'événements arrivés en 579, l'auteur appelle les rôles d'impôts : 1 à l'accusatif pluriel poieplicus, lisez polyptychos; 2. au nominatif pluriel poleptici 5. Vers le temps où écrivait le soi-disant Frédégaire, la même orthographe in poleptico publico avec la variante puletico se trouve dans la formule 19 du livre Ier des Formulae de Marculfe6. Dans la période carolingienne une orthographe plus savante, quoique pas encore parfaite, apparaît en 864, au c. xix de l'édit de Pitres, où il est question de registres dans lesquels sont inventoriés les biens du domaine royal, on se sert des mots in polypiieis '. Mais c'est de la notation puletico chez Marculfe, dans le manuscrit de Paris lat. 4629, que vient le français « pouillé » 8.

Aux siècles suivants du Moyen Age, ce terme polyptychum, polepticum, polelicus, puletius, «pouillé » n'est plus employé lorsqu'il s'agit de la nomenclature des revenus de l'État; ce mot sert à désigner les registres qui donnent une base à l'établissement des revenus du haut clergé et des abbayes. Déjà le mot polyptycha désigne les registres des revenus de l'Église de Rome dans une lettre écrite par le pape Grégoire le Grand (590-604), la neuvième année de son pontificat *. Le diacre Jean, qui, en 872 ou 873, écrivait une vie de ce pape, y parle, 1. II, c. xxiv, d'extraits que Grégoire aurait faits du polyptyque du pape Gélase : ex Gelasiano polyptycho 10. Gélase a occupé le siège de Rome de 491 à 496 et aurait donc eu déjà un polyptyque ou pouillé, qui subsistait un siècle après lui. En 868, l'abbaye de Lobbes, aujourd'hui en Belgique, eut un polepticum11. Au même siècle, l'auteur des Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium, après avoir reproduit les noms de treize villae données à l'Église cathédrale du Mans par un certain Alanus au temps de l'évêque Hadoind (623-654) ajoute que le même bienfaiteur a donné aussi à la même Église d'autres villae plus petites dont on trouve la liste dans les pouillés, in pollegiticis 12.

Les pouillés des diocèses ne sont pas des nomenclatures de propriétés immobilières. Ce sont des nomenclatures de bénéfices ecclésiastiques dressées pour donner une base à l'assiette des décimes payées par le clergé quelquefois au pap?, plus souvent au roi. Cet impôt qui, en France, apparaît à la fin du xne siècle, en 1 1 88, se rencontre de temps en temps au xme siècle ; à partir du xiv, il devient très fréquent 1S, surtout depuis le concordat de 1516, et en 1557 il était devenu une charge annuelle ordinaire. Le plus ancien pouillé de diocèse que nous connaissions remonte au xnr siècle. On n'en trouve même de cette date que pour six diocèses : Lyon (1225), Tours, Nantes, Chartres (1272), Rouen (Ï240), Paris (1205). A une date plus ancienne on trouve trois fragments de pouillés du xie siècle concernant les diocèses d'Autun, de Sens et d'Orléans. Enfin, Grégoire de Tours, dans son Historia Francorum, nous a conservé, sur les paroisses du diocèse de Tours au commencement du tv siècle et en finissant au vie, des indications précieuses que Longnon a reproduites. Les Gcsta pontificum Cenomannensium et les Gesta episcoporum Autissiodorensium ont été utilisés de la même façon pour les diocèses du Mans et d'Auxerre. Divers comptes, notamment des

t. ii tisoi). p. f»9(). : \. Boretius et V. Krause, Capitularia regum francorum, 1897, t. n, p. :<2:î, ligne 1. - * H. d'Arbois do Jubalnville, dans Journal des savants, 1903, p. 550-551. — 'S. Grégoire, Regtstrum, 1. IX, ep. xi., /'. /... t. lxxvii, col. 971. — ,0 P. /.., t. i xxv. col. 97. " Chronicon Lobbiense, dan-- Martène, Thésaurus anecdotorum, t. m, col. 1 114; Monum. Germ. hist.. Script., t. IV, col. 11. — " Mablllon, Vêlera analecta, in-S°. t. m, p. 149, 13 1'. Viollet. Il ist. des inst. polittq. etadministr.de lu France, t. il, p. 102-406; t. m, p. 178-480.

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comptes de décimes conservés aux archives du Vatican, ont procuré d'utiles compléments aux renseignements tardifs fournis par les pouillés locaux ».

Au xvie siècle, poletus, polerium, polearium, polliarium, pullare, latinisations du mot « pouillé », s'appliquent exclusivement au dénombrement des bénéfices d'une abbaye ou de tout un diocèse. Antérieurement au xvie siècle, ce n'est guère le mot « pouillé » qui sert d'intitulé aux listes de bénéfices mais des dénominations sans précision variant d'un diocèse à un autre : prothocollus, pancharta, informatio, repertorium, carthellus, inventarium, manifestum, norma, ou plus souvent encore : Sequuntur nomina beneficiorum... Si le mot « pouillé » se rencontre avant le xvie siècle, au sens de liste de bénéfices, ce n'est qu'exceptionnellement — le plus ancien exemple rencontré date de 1423 2 — et son emploi ne s'est vraiment généralisé qu'aux xvne et xvm« siècles, grâce aux circulaires de l'Agence générale du clergé. C'est à partir du xvme siècle surtout que la signification s'est précisée. A cette époque, le terme s'applique à des recueils très complets donnant non seulement le nom du bénéfice, mais aussi celui du titulaire, celui du patron, qui dispose du bénéfice, et l'indication des revenus et des charges. Au xixe siècle, les érudits ont généralement considéré que la présence des noms des patrons formait la caractéristique des pouillés 3.

Dès le xvne siècle, plusieurs libraires eurent l'idée de publier des pouillés généraux. En 162f>, Gervais Alliot édite le Grand pouillié des bénéfices de la France et se borne à quatre provinces; en 1G48, le même éditeur publie un Pouillié général plus large, mais encore incomplet et des plus fautifs *. Vient ensuite, en 1C92, un Recueil général des bénéfices de France, par J. Le Peletier, qui se limite aux abbayes et ce n'est qu'en 1726 qu'on trouve un pouillé général vraiment digne de ce nom. « A cette date, l'Assemblée du clergé prit une délibération ordonnant que « les bénéficiers, corail munautés ecclésiastiques et autres contribuables aux « impositions du clergé » fissent déclaration de leurs biens et revenus (12 décembre). En conséquence, les agents du clergé présentèrent une requête au roi pour l'homologation de la délibération, obtinrent le 3 mai 1727, un arrêt du Conseil d'état du roi, suivi le 15 juin de lettres patentes, lesquelles furent enregistrées le 4 septembre pour être exécutées en leur forme et teneur.

« Dès le 11 du même mois, les agents envoyèrent dans les diocèses la délibération, l'arrêt du Conseil et lettres patentes, en même temps que les modèles, arrêtés par l'Assemblée, des déclarations à fournir. Partout les pouillés furent dressés et trois ans plus tard les agents déclarent dans leur rapport quinquennal : « Nous n'avons reçu, jusqu'à présent, Messeigneurs, « les déclarations et les pouillés que de quatre-vingts « diocèses, mais il y a lieu d'espérer que, dans le cou-

1 Sur la question des décimes, cf. Et. Clouzot, dans Journal îles savants, 1914, p. 114-126. — 2 Columbi, Upuscula varia, in-fol., Lugduni, 1668, p. 159, 161. — 3 Aug. Longnon, Pouillé du diocèse de Caliors, in-4", Paris, 1874, p. 16; Jos. Roman, Les prétendus pouillés des diocèses de Gap et d'Embrun, in-8°, Grenoble, 1888; Ch. de Beaurepaire, Compte rendu îles pouillés de la province de Rouen, dans Dibl. de l'École des Chartes, 1903, t. xliv, p, 596. — ' Pouillé général contenimt les bénéfices de l'archevêché de Paris et des diocèses de Chartres, Orléans et Meaux, avec aussi les abbayes, prieurés, doyennez... leurs dépendances, patrons et collateurs, Paris, Gervais Alliot, 1648, in-4°; — Bourges et diocèses d'Alby, Cahors, Cleimont, Limoges, Mende, Le Puy, Rodez, Saint-Flour, Tulles, Paris, Alliot, 1648, in-4° ; — Bordeaux et diocèses d'Agen, Condom, Engoulesmes, Luçon, Péiigueux, Saintes, Poictiers, Sarlat, Paris, 1648, in-4°; — Rouen et diocèses d'Avranches, Bayeux, Coutance, Évreux, Lisieux, Séez, Paris, 1648, in-4°;

« rant de la présente année, toutes les déclarations et « tous les pouillés auront été fournis 6. »

« Que sont devenus ces pouillés si minutieusement préparés dont les minutes se retrouvent dans les archives d'un grand nombre de diocèses? Il semblerait que l'on dût rencontrer dans les registres de l'Agence, une belle série de volumes au chiffre de l'Assemblée. Mais les agents du clergé se sont contentés de former une collection d'extraits et ont restitué dans les trois ans aux bureaux diocésains les divers pouillés dont ils avaient eu communication6. En 1755, en 1790, de nouvelles déclarations furent encore réclamées aux bénéficiaires, sans aboutir à une centralisation plus rigoureuse. Des éditeurs, des érudits ne se firent pas faute de reprendre le projet à titre privé, mais ils semblent s'être promptement découragés. L'abbé Lebeuf (voir ce nom), entre autres, avait proposé au clergé de France une nouvelle rédaction du pouillé d'Alliot « où fussent comprises les sept ou huit pro- « vinces méridionales dont le pouillé n'a jamais été « donné ». Mais deux libraires consultés lui répondirent « que par expérience ils ont appris que ces livres ne se « vendent point ' ». Il appartenait à l'Institut de France (voir Dictionn., t. vu, à ce mot) de réaliser, dans le seul intérêt de l'histoire, ce que les trésoreries, pour un objet administratif, ou les éditeurs pour un lucre illusoire, avaient vainement tenté 8. »

Ce fut sur l'initiative d'Aug. Longnon que fut entreprise la collection des pouillés, rattachée au Recueil des historiens de la France. Les volumes ont paru dans l'ordre suivant : T. i. Pouillés de la province de Lyon (1904), liii-324 p. ■ — T. il. Pouillés de la province de Rouen (1903), lxxv-602 p. — T. m. Pouillés de la province de Tours (1903), ci-607 sq. — T. iv. Pouillés de la province de Sens (1904), lxxxv-797 sq. — T. v. Pouillés de la province de Trêves (1915), lxviii-600 p. (par A. Longnon et V. Carrière, préface de M. Prou). ■ — ■ T. VI. Pouillés de la province de Reims (1908), civ- 1066 p. — T. vu. Province de Besançon, presque entièrement achevé (en 1935). « M. Clouzot va liquider la situation e. »

Chacun des volumes se compose de trois parties : 1° une introduction paginée en chiffres romains; 2° les textes; 3° la table. Les introductions ont été rédigées par MM. Longnon, Noël Thiollier, Léon Mirot, Victor Carrière, Maurice Prou, Et. Clouzot. L'introduction de chaque volume se divise en autant de sections que la province ecclésiastique contient de diocèses, et chacune de ces sections se partage en trois subdivisions : la première donne la liste et la provenance des documents qui, concernant les bénéfices ecclésiastiques de ce diocèse, ont été publiés par Aug. Longnon dans la seconde partie du volume; la seconde subdivision comprend l'état des documents analogues qui n'ont pas été admis dans la présente publication; dans la troisième subdivision, Longnon étudie l'histoire des

— Rheims et diocèses de Chaalons, Senlis, Soissons, Noyon, Laon, Beauvais, Amiens, Boulogne et Arras, Paris, Alliot, 1648, in-4°; — Lyon et diocèses d'Autun, Challon-sur- Saône, Langres et Maçon, Paris, 1648, in-4°; — Tours et diocèses d'Angers, Dol, Kimper, Mans, Nantes, Rennes, St- Brieu, St-Malo, St-Pol, Treguier, Vannes, Paris, Alliot, 1648, in-4°; — Pouillé royal contenant les bénéfices appartenans à la nomination ou collation du Boy, Paiis, Alliot, 1648, in-4°; — Cf. de Beaurepaire, op. cit., p. 599. — 6 Rapport de l'Agence..., par l'abbé de Maugiron et l'abbé de Valras, in-fol., Paris, 1731, p. 158. — 6 96 pouillés ont été ainsi déposés, puis restitués. Arch. nat., G. 48. — ■ ' Cf. Lettres de l'abbé Lebeuf publiées par la Soc. des se. hist. et nat. de l'Yonne, par MM. Quant in et Cherest, in-8°, Auxene, 1867, t. n, p. 270-274, 300, 312, 313, 521-561. —

* Et. Clouzot, dans Journal des savants, 1914, p. 78-79. —

* Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belleslettres, 1935, p. 348.

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circonscriptions géographiques, archiprêtrés, archidiaconés, doyennés, comprises dans le diocèse et, s'il y a lieu, les variations des limites de ce diocèse.

Quand la publication des pouillés sera terminée, celui qui voudra entreprendre un dictionnaire historique de la géographie de la France aura entre les mains une œuvre fondamentale indispensable. Le territoire de la commune rurale moderne est habituellement identique à celui de la paroisse du Moyen Age ou bien il est le résultat soit du morcellement d'une paroisse, soit de la réunion de plusieurs paroisses en une seule unité administrative. Il faut partir de l'étude des circonscriptions diocésaines du Moyen Age pour arriver à déterminer les limites de la cité romaine, et c'est par l'étude géographique des cités romaines qu'on parvient à déterminer, autant qu'il est possible, quel territoire occupait chaque peuple gaulois avant la conquête romaine.

On peut ainsi s'expliquer la raison qui nous a fait entrer dans ces détails sur des documents qui, à première vue, paraissent postérieurs à la période de nos études. C'est ce qu'a montré H. d'Arbois de Jubainville : l'identité des diocèses du vie siècle avec le territoire des cités romaines du ve est établie par les quelques mots de titre ajoutés dès le vie siècle en tête de la Notitia provinciarum et civitutum Galliae du manuscrit Paris, lat. 12097, fol. 141 : Ineipit séries episcoporum. Nous en avons la preuve pour la province ecclésiastique de Rouen, ancienne Lugdunensis secunda qui se composait de sept diocèses, correspondant chacun à une cité romaine, si ce n'est que le diocèse de Lisieux avait été agrandi aux dépens de celui de Sées *. La civitas Rotomagensium, devenue diocèse de Rouen, se composait du territoire de deux peuples gaulois, les Veliocasses et les Caleti 2. Le diocèse d'Avranches était la civitas Abrincatum, correspondant au territoire des Abrincatui. Le diocèse de Bayeux réunissait les territoires des Bodiocasses et des Viducasses, formant, au ve siècle, la civitas Baiocassium. Le diocèse de Coutances était identique à la civitas Constantia, qui occupait le territoire des Unelli. Le diocèse d'Évreux était l'ancienne civitas Ebroicorum, qui comprenait le territoire des Auberci Eburovices, moins la civitas Sagiorum ou mieux Saiorum 3, démembrement de ce territoire. Le diocèse de Lisieux correspondait à la civitas Lexoviorum, ancien territoire des Lexovii, agrandi dans le courant du Moyen Age aux dépens de celui de Sées. Le diocèse de Sées, qui s'appela Uxomensis à l'époque mérovingienne *, correspondait à la civitas Saiorum, moins la partie annexée au diocèse de Lisieux, et cette civitas était un démembrement du territoire des Auberci Eburovices, comme nous venons de le dire 6.

H. Leclercq.

POULE. — Notre-Seigneur s'est comparé à la poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes (Matth., xxiii, 37); c'était là quelque chose comme des lettres de noblesse conférées à ce volatile et on est un peu surpris que la symbolique chrétienne primitive n'y ail fait aucune attention. Il est vrai qu'un dessinateur imagina de représenter deux poules sur une fresque des catacombes (voir Dictionn., t. m, col. 2806, fig. 3264), mais c'est là pure invention. Occasionnellement la poule apparaît sur quelques objets chrétiens mais simplement à titre ornemental.

Sur une mosaïque trouvée dans une chapelle de martyrs à Thabraca on voit un notaire ecclésiastique assis à son bureau, occupé à écrire la vie d'un MAFUyr (voir

1 A. Longnon, Atlas historique de la France, p. vi. — • Ici., ibid.. p. 97. — ■ 3 Holder, Altccltischer Sprachschatz, t. n, col. 1962, 1297; le g de Sagiorum date du Moyen Age. — 4 A. Longnon, Allas historique de la France, p. 19, 97-101.

Dictionn., t. xn, col. 1630, fig. 8947). Au-dessous du scribe apparaît une orante, les yeux levés au ciel. C'est une femme âgée, à la physionomie ascétique, aux cheveux blancs, au visage amaigri, vêtue d'une stola strisciala verte, avec des clavi noirs, qui tombe jusqu'aux pieds chaussés de souliers fermés bruns. La tête est à demi recouverte d'un grand voile blanc qui descend sur la nuque et s'enroule ensuite autour des épaules, emprisonnant le buste entier comme une guimpe. En bas, à gauche de l'orante, brûle un grand cierge bariolé de rouge, de jaune et de blanc, tandis qu'à droite sont plantés de deux côtés deux rosiers : l'un d'eux sépare deux oiseaux affrontés, des poules de Carthage, à plumage sombre et crête rouge.

10503. — Encensoir de Furnos Majus.

D'après Revue archéologique, 1928, p. 68, fig. 1.

Nous retrouvons les poules de Carthage sur un encensoir trouvé à Furnos Majus (Henchir Aïn-Fourna ) dans le haut bassin de l'Oued-el-Kébir. Il s'agit d'un bol sans pied, légèrement renflé, estampé dans une feuille très mince de métal jaune or, recouvert d'une patine brunâtre, due au contact de l'objet avec des eaux passant à travers des matières organiques. Hauteur : 0 m. 065, diamètre à l'ouverture : 0 m. 11, à la base : 0 m. 06; poids : 125 grammes. Au rebord supérieur sont fixés trois grands anneaux de suspension (haut. : 0 m. 01) et un décor d'exécution très soigné recouvre toute la surface (fig. 10503).

A la partie supérieure, entre un filet et une ligne de petits rectangles on lit cette inscription :

+ KATeY0YN0ITOeiTTPOCeYXIMOYGûC0YMIAMAE NOniONCOYKÊ

K<xT£u6uv0(r))To (f,) Ttpoaeuy^) jxou wç 0u[aîoc(zoc èv(cô)7Uov trou K(ûpt)e

C'est un emprunt au psaume cxl : Dirigatur oratio mea sicut incensum in conspectu tuo.

Sur le bandeau central se déroule une tige d'acanthe formant des médaillons au nombre de huit dessinés par les volutes. Deux de ces médaillons nous font \<>ir des poules de Carthage, deux pies? deux pintades et deux perdrix; les volatiles étant dans chaque couple affrontés. Au-dessous de ce bandeau, un rang de grosses perles rondes, une ligne d'olives mélangées de pois, enfin un bourrelet formant socle, de 0 m. 005 de hauteur, et au fond une marguerite à huit [létales inscrite au centre d'une étoile à huit pointes faite de deux carrés qui s'entrecroisent.

Ouvrage du vie siècle 6.

— * H. d'Arbois de Jubainville, dans Journal des sapants, 1903, p. 554. — • ' L. Poinssot et H. Luntier, Trois objets chrétiens du musée du liardo, dans Reo. archéol., 19128, t. i, p. 67-68.

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