‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 34 sur 477 · FELICI TER · texte numérisé non relu

FELICI TER

H. Leclercq.

POURBOIRE. ■ — Un sermon de saint Augustin conservé dans un manuscrit liturgique de Silos, missel du xie siècle, acquis par le British Muséum (cod. add. 30844) contient le passage suivant : Loquebaiur cum discipulis suis ascensurus. Videamus qualia illis reliquit, sicul dici solet, Itoria. Humanee conditionis est quod dico, ut quando ab amicis amici deducunlur, quando ille qui deducitur discedere cœperit, quia necesse est ut relinquat in animo diligentium se nonnullam tristitiam, dat eis aliquid pecuniœ, unde illis eadem dies, sicut dicitur, bene sit, id est, unde convivent, simul Ixtentur et jucundentur. Et hace quantulacumque pecunia quse datur, hilari numine Itoria nuncupatur. Quid dimisit Dominus Ihesus discipulis suis? Eiate, adtendite, quia Itoria illa non solum illos inebriavit, sed ad nos usque manebil. Et un peu plus loin : Eritis mihi lestes in Jérusalem. Primo ibi, ubi sum occisus, ibi ero gloriosus. In Jérusalem. Et in totem Judaeam et Samariam. Et adhuc parum est. Et usque in totam terram. O Itoria 1 Bibite, ructate...

Ce mot itoria avait passé inaperçu et voici que dans un sermon adressé à ses ouailles saint Augustin leur

1 W. Froehner, Les musées de France. Recueil de monuments antiques, in-fol., Paris, 1873, pi. xv, n. 4, p. 66. — ' G. Morin, Itoria, Un nouveau mot latin, dans Revue bénédictine, 1892, t. ix, p. 173-177, cf. The journal of theolog. Studies, t. xix, p. 73-78. — * Plinianee exercitaliones, 1689, p. 805-817 et à la suite : De homonymis hyles iatricse,De cocto

rappelle les circonstances historiques de l'Ascension : « Voyons, dit-il, quels itoria, comme on dit, il a laissés [à ses disciples]. Ce à quoi je fais ici allusion est d'un usage fréquent dans le commerce habituel de la vie. Quand des amis donnent un pas de conduite à un ami, comme le départ de celui qu'on a ainsi accompagné ne peut manquer de laisser une certaine impression de tristesse dans les cœurs qui l'aiment, il leur donne de l'argent pour que ce jour-là, comme on dit. aille bien pour eux, c'est-à-dire qu'ils se régalent et se réjouissent ensemble. Et cette petite somme d'argent qu'on donne ainsi, s'appelle d'un nom joyeux, itoria. »

Et le Sauveur Jésus quittant ses apôtres, leur laissa pour les consoler une itoria non seulement pour eux mais encore pour nous. C'est la promesse que son Église s'étendra de Jérusalem à la Judée, à Samarie, à toute la terre. « O la magnifique itoria! Buvez et exhalez ce que vous avez bu! 2 »

H. Leclercq.

POURPRE. — I. Fabrication. II. Teinturiers en pourpre.

I. Fabrication. — Les anciens connaissaient la pourpre végétale. Pline, Dioscoride et Pausanias parlent de la cochenille produite par un ilex et mentionnent l'insecte qui la secrète. Vitruve cite la racine de garance. On trouvera tous les passages des auteurs anciens réunis et discutés dans les œuvres de Saumaise 3 qui a utilisé un passage d'un fragment ancien resté inédit jusqu'à nos jours où il fut traduit et publié par Marcellin Berthelot '. Ce fragment est purement technique et se trouve en tête d'un petit traité intitulé Physica et mustica, attribué à Démocrite d'Abdère. Voici ce passage :

« Mettant dans une livre de pourpre... posez sur le feu jusqu'à ébullition, puis, enlevant du feu la décoction, mettez le tout dans un vase, et, retirant la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez tremper une nuit et un jour. Puis, prenant 4 livres de lichen marin 5, versez de l'eau de façon qu'il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d'eau, et qu'il puisse devenir épais; filtrez alors, faites chauffer et versez sur la laine. Mettez avec ce qui est le moins compact de façon à atteindre le jus au fond et laissez deux nuits et deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l'ombre, versez le jus, puis prenez le jus lui-même et dans deux livres de ce jus mettez de l'eau, de façon à reproduire la première quantité. Faites de même jusqu'à ce qu'il devienne épais, puis, l'ayant filtré, mettez la laine comme tout d'abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite et rincez dans l'urine, puis séchez à l'ombre ; prenez de l'orcanète *, mettez 4 livres d'oseille et faites bouillir avec de l'urine jusqu'à ce que l'oseille soit réduite, et ayant clarifié l'eau mettez l'orcanète, faites cuire jusqu'à ce qu'elle soit épaissie et, ayant filtré à nouveau l'orcanète, mettez la laine, puis lavez de nouveau avec l'urine et après cela avec de l'eau. Faites sécher de même à l'ombre, exposez aux vapeurs des algues marines trempées dans l'urine pendant deux jours...

« Voici ce qui entre dans la préparation de la pourpre : l'algue qu'on appelle fausse pourpre, le coccus ', la couleur marine9, le crismos (graminée?), l'orcanète8, la garance d'Italie, le phyllanthion des plongeurs l", le ver de pourpre ", la rose d'Italie; ces couleurs sont estimées par nos prédécesseurs. Il y en a qu'il faut éviter et qui sont de nulle valeur : la ochenille de

tinciorio, p. 93. — * M. Berthelot, La teinture en pourpre des anciens, dans Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1883, t. xcvn, p. 1111-1115. — » Orseille. • — • Laccha. Orcanète est une traduction commune pour laccha et anchusa. — ' Sorte de cochenille. — * Orseille. — ' Anchusa. — ,0 Probablement une sorte de fucus. — " Autre variété de cochenille.

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