‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 35 sur 477 · POURPRE · texte numérisé non relu

POURPRE

Gilatie, la couleur d'Achaïe qu'on appelle laccha, celle de Syrie qu'on appelle rhizion l, et le coquillage de Lybie, et la coquille d'Egypte de la région maritime, q l'on appelle pinna 2 et l'isatis 3 de la région supérieure et la couleur de Syrie qu'on appelle murex. Ces couleurs ne sont pas solides, ni estimées parmi nous, excepté celle de l'isatis. »

II. Teinturiers en pourpre. — La recette qu'on vient de lire n'a pas seulement un intérêt de curiosité, elle nous permet de prendre une idée du commerce de pourpre au début de notre ère, commerce qui fut pratiqué par des chrétiens, notamment par cette Lydia, originaire de la ville de Thyatires et que nous voyons avec un groupe de pieuses femmes écouter la prédication de l's pôtre Paul à Philippes (voir Dictionn., t. ix, col. 2798-2799). Thyatires, ville du district de Lydie, dans l'Asie proconsulaire, était connue pour sa spécialité des étoffes teintes en pourpre. Une inscription grecque de cette ville mentionne une corporation de Pacpsîç, teinturiers. Thyatires était une colonie macédonienne, située entre Sartes et Pergame, ce qui peut expliquer que Lydia fût marchande ou teinturière en pourpre à Philippes. Une inscription latine de cette dernière ville vient ajouter son précieux témoignage à la présence de marchands de pourpre dans cette ville 4 :

put RPVPARI

vQn

EBATE

Nous ne pouvons savoir si ce fragment a quelque rapport avec une communauté chrétienne, mais celui que nous allons transcrire intéresse du moins le judaïsme. Il s'agit d'une inscription trouvée à Hiérapolis, en Phrygie, en 1853, dont nous avons déjà donné le texte (voir Dictionn., t. xiv, col. 271), dans laquelle on relève quelques particularités curieuses. Elle était gravé sur un sarcophage en pierre poreuse, fortement détérioré.

I~Io7rXîoo AtXlou rXoxcov[oç.... uloû IlouXtou AlXlou

[Aaluavoû toû SëXeûxou èv f) x [7]Seu6r,aovTai.] aùxèç

[xai. yovï) aÙTOÛ[....

xai Ta TEXvà aÙTcov ÉTÉpco Se oùSevi ë^euTai xtjSeu-

[0?;vai- xaxéS[co xev 8è[xa]l tt; a£[ivo-ràTT) 7rpo£8pia tcov 7ropcpupa-

[6âq>cov OT£cpa[vco 5 tixoû •/JSiaxôai.a 7rpc.ç to SiSooôai [àTcô]Tcov tôxcov

[éxàa[Ta>

v(A^] èv fîj êopTÎj tcov âÇûiMov ôfioicoç xaxéXi^ev

[xai tco auve-

Sptco tcov] xai poâa7ua[T]cov aTEçavcoTixaû/ p éxa-

[TÔV 7rEVTTjXOVTa in [o SV T7) éopTT) 7TEVT7)Xo[crT7}<;.

« [Monument] de Publius Aelius Glycon [....fils de Publius Aelius Dajmianus, fils de Séleucus, On y [déposera] ses restes ainsi que ceux de sa femme et de leurs enfants. Il ne sera permis d'y déposer les restes d'aucun autre. [Glycon] a aussi légué a la très vénérable présidence des teinturiers en pourpre, à titre d'argent pour les couronnes, la somme de 200 deniers, afin que sur les intérêts de cette somme on donne à chaque | au mois de Xanthieus], lors de la

1 Racine d'une sorte de garance. - Lacaze-Duthiers, Meiu. sur la pourpre, dans Ann.ilvs se. nat., IV" série, t. su, p. 1-84. 3 Pastel.- 4 L. I teuzey, Mission archéologique en Macédoine, in-fol., l'aiis, 187(1, p. 28; Cor/), inser. lui., t. III, 0,664.—' Corp. inscr. greec., t. in, n. 3912-3916, 3919, 3922- 3925, 3927-3931, :$93t. " Strabon, Geogr.,1. Xltl.c. rv. ' Neveu, Sur la pourpre des anciens, dans Précis analytique

fête des pains azymes. Il a de même légué au comité des fabricants de tapis, à titre d'argent pour les

couronnes, la somme de 150 deniers, dont lors

de la fête de la Pentecôte. »

Il n'est pas impossible d'assigner une date approximative à ce texte, vu le nom de Publius Aelius Glycon. Le nom d'Aelius fut porté par l'empereur Hadrien (117-138), grand voyageur, qui accorda le droit de cité à un très grand nombre de pérégrins, au nombre desquels aura pu se trouver Publius Aelius Glycon qui, comme des centaines d'autres, aura adopté le prénom et le nom de Publius Aelius Hadrianus. Ce n'est que vraisemblable, mais si on admet cette remarque, on ne peut faire remonter l'inscription avant l'année 117, qui est celle de l'avènement d'Hadrien à l'empire. Quant à indiquer une date au-dessous de laquelle on ne puisse placer l'inscription le seul indice à en retenir est l'emploi de Y il qu'on ne rencontre plus guère après la seconde moitié du ne siècle.

Publ. Ael. Glycon fait deux libéralités qui révèlent assez clairement sa croyance puisqu'il a choisi l' s fêtes de Pâques et de la Pentecôte; un païen ne s'en serait pas avisé et il est douteux qu'un chrétien se fût servi de l'expression « la fête des azymes » pour désigner la fête de Pâques; nous pouvons donc croire que ce Glycon était juif, habitant Hiérapolis (voir Dictionn., t. vi, à ce nom; t. xiv, au mot Phrygie).

La 2e ligne du texte porte les mets èv fl qui se rapportent à CTÔpco sous-entendu; le mot aôpoç est d'un emploi fréquent à Hiérapolis 5, où on rencontre également le mot x[r,SEu6if]CT0VTa(.], ainsi que xaTÉS[co]x£v et de [xa]i qui se lisent à la ûe et à la 4e lignes. Quant à cT£[i.voTâT7) appliqué à y^poueria on l'y trouve aussi.

Nous en venons à la rcpoESpta tcov 7ropcpupa6âçcov qui n'a rien de mystérieux. Strabon parle de la propriété de pétrification que possèdent les eaux d'Hiérapolis et il ajoute : 'Ecm Se xat npbç, ttjv (3acpr;v èpîcov Oauixacrrcoç ai>[xti.£Tpov tô xaTa ttjv 'i£pâ7roXt.v ûScop, coote Ta èx tcov piÇcov PaTïTÔjAEva èvâraXXa slvai toîç èx tîjç xôxxou xai Taç àXoupyéaiv 6. Or, le xoxxov est la baie du chêne coccifère et qui sert à teindre en écarlate. Les àXoupYeïç sont les étoffes teintes en pourpre à l'aide de la cochenille. Les habitants d'Hiérapolis pouvaient donc, grâce à leurs sources thermales, teindre les étoiles en écarlate et en pourpre. On sait quel cas les anciens faisaient de ces deux couleurs, et la place que tenait la pourpre dans le commerce et l'industrie'. Dès le temps de Caton le Censeur, les Romains en faisaient grand usage : Purpura viri utemur, praetextuti in magistratibus, in sacerdotiis; liberi noxtri praetextis purpura togis utentur... et quum tibi vin liceat purpura in veste stragula uti, matrem familias tuam purpureum amiculum habere non sines? et equus tuus speeiosiua instratus erit, quam UXOT veslita 8.

On retrouve ce goût de la pourpre au temps de Cicéron * et d'Horace 10. Sous Auguste une livre de pourpre coûtait cent deniers, la pourpre de Tyr valait dix fois plus cher". Le goût pour la pourpre alla toujours grandissant et il fallut que les empereurs tentassent de le réprimer. Vopiscus raconte que le Jupiter Capitolin était vêtu d'un petit manteau de pourpre dont l'éclat semblait rendre terne les vêtements de même couleur portés par l'empereur. Cette étoile venait, disait-on, de la Perse, aussi Aurélien, Probus et Dioclétien y envoyèrent d'habiles ouvriers avec

des trav. de l'acad. roi;. <les se., des belles lettres el des arts de Rouen, t. m (1761-1770), in-9». Rouen, 1817, t. m, p. 147. — " Tite-Ldve, llisi.. 1. XXXIV, c. vu. • Cicéron, Bpist., 1. II, ep. i. — '• Horace, Odes, 1. Il, c. xvi, 7. " Pline, Uist. mit., 1. IX, c. xxw i ; ef. .1. Girardin, lu pourpre de '/ tir. dans

Hall, des tnw. de lu Soc. libre d'emulu/tun. du Commerce el </<•

l'ind, de lu Seine-Inférieure, IS77. i. xxxvu, p. 91.

POURPRE — POUZZOLES ET CUMES

mission de s'en procurer de pareille, mais ils n'y réussirent pas '.

Le luxe effréné des empereurs à partir de Dioclétien fit rechercher la pourpre comme un attribut réservé à la majesté impériale; on essaya même de faire du commerce de la pourpre un monopole à leur profit : Purpurae nundinas, licel innumeris sint constitutionibus prohibilœ, recenti quoque exterminatione vetamus 2. La contrefaçon de la pourpre sacrée, c'est-à-dire de la pourpre destinée à l'empereur fut interdite sous peine de mort 3. On sait que certains empereurs reçurent le surnom de « porphyregénète », c'est-à-dire « né dans la pourpre » et le plus grand luxe pour les livres était d'être écrit en or sur parchemin pourpre.

On comprend que la ville d'Hiérapolis possédait une source inépuisable d'opulence avec ses eaux thermales qui permettaient à ses teinturiers d'obtenir avec de la garance les couleurs d'écarlate et de pourpre, sans avoir à recourir à la cuisine compliquée que nous avons transcrite. Ces teinturiers y devaient être nombreux et ils y formaient une corporation ainsi que nous l'apprenons d'une dédicace gravée sur l'architrave d'une chapelle funéraire4 :

Toûto TÔ 7)pWOV crecpavoi Y) spyaota tùv (3a<pécov

corporation qui avait à sa tête une 7rpoe8p[a tûv 7ropcpupa6â<pov5.

Lignes 4 et 7, on lit : crTeçavamxov qui se retrouve dans d'autres inscriptions de Hiérapolis et qui doit s'entendre de la pecunia sepulcris slatis temporibus coronando 6. Ligne 7, le mot xatpo8a7ua[T]G>v paraît dépendre de xoapouv terme technique propre à l'art du tisserand et qui signifie attacher la lisse, donc tisser. On ne s'étonnera pas de voir cette industrie à Hiérapolis, celle des fabricants de tapis se rattache assez naturellement à la teinturerie en pourpre '.

H. Leclercq.

POUZZOLANE. — Le sol de la campagne romaine se compose de trois espèces de roches : roches volcaniques, marines et fluviales. Quelques rares catacombes chrétiennes (Saint-Pontien, Saint-Valentin) sont creusées dans des gisements de cette nature, peu propres aux constructions et dont les architectes romains n'ont guère fait usage. Les roches volcaniques se subdivisent en tuf lithoïde qui est une véritable pierre à bâtir; en tuf granulaire qui n'offre que l'apparence de la pierre et présente peu de fermeté, enfin en tuf sablonneux ou pouzzolane qui n'est plus que la roche endettée et dégagée de toute substance étrangère propre à agglomérer les molécules. Les païens n'exploitaient que le tuf lithoïde et la pouzzolane d'où ils tiraient des moellons et du ciment. Or, les catacombes sont creusées dans le tuf granulaire dont la friabilité rendait le travail moins long et moins pénible et dont l'adhérence permettait d'obtenir des sections et des excavations suffisamment résistantes pour attendre que l'action de l'air, qui pénétrait par de larges bouches (luminaires ou lucernaires), accrût leur solidité, en sorte que les parois verticales fussent en état de soutenir, non seulement le poids et la poussée des voûtes, des galeries et des loculi, mais de l'enduit destiné à recevoir une décoration polychrome.

H. Leclercq.

POUZZOLES ET CUMES. — I. Site et commerce. IL La colonie syrienne. III. Les juifs à Pouzzoles. IV. Les apôtres à Pouzzoles. V. Liste épiscopale.

1 Vopiscus, Vita Aureliani, c. xvm, — ■ Code Justinien, I. XI, tit. ix, 1. :"). — * Ibid., 1. 3. — 4 Corpus inscriptioiium grœcarum, t. m, n. 3924. — 5 Lebas, Voyage arehéolog. en Grèce et en Asie Mineure, n. 1687b. 6 Corpus

VI. Les martyrs. VII. Églises. VIII. Fresques. IX. Épigraphie. X. Bas-reliefs. XL Pouzzoles et Gumes. XII. L'antre de la sibylle. XIII. Les églises. XIV. Basilique supérieure. XV. Épigraphie.

I. Site et commerce. — Sans remonter à l'époque où Pouzzoles, alors Dicearchia, était le port de Cumes, il nous suffit ici de l'envisager au moment où Rome entre en scène. A cette date, le mouillage d'Ostie (voir ce nom) régulièrement ensablé par les apports du Tibre, où les bateaux de quelque tonnage ne pouvaient point pénétrer, était déjà insuffisant. Les Romains, vainqueurs des Carthaginois et maîtres de l'Italie, sentirent le besoin d'un port sûr dans la région où aboutissait déjà le commerce gréco-oriental. C'est en Campanie, où se trouvaient Cumes et surtout la florissante Capoue, que les négociants avaient pris l'habitude de débarquer; c'est vers la côte campanienne qu'il était sage de tourner ses regards; Pouzzoles devint l'emporium officiel de la République. Chaque nouvelle conquête faite en Grèce, en Egypte, en Syrie, en Asie, devait, par cela seul qu'elle créait de nouveaux débouchés au commerce romain en développer la prospérité.

Mais à la même époque existait, et cela depuis longtemps, un autre centre commercial, intermédiaire entre l'Orient et l'Italie, qui empêchait des relations directes suivies de s'établir entre Pouzzoles et l'Asie, celui de Délos. Dans cette échelle célèbre les marchands de tous les pays se retrouvaient; les Italiens s'y arrêtaient avant de pousser plus loin et les Asiatiques y possédaient des comptoirs; tous les écrivains s'accordent à qualifier Délos, suivant l'expression de l'un d'entre eux, de maximum emporium toiius orbis terrarum. Pouzzoles ne pouvait être, comme port de commerce, qu'une petite Délos. Delos minor, ainsi que la nomme Lucilius. Il ne fallait rien moins que la ruine de la grande pour modifier la situation; c'est ce qui advint.

Au moment de la guerre de Mithridate, l'île fut ravagée et vingt ans plus tard, elle fut saccagée par les pirates. Elle ne s'en releva pas. Aussitôt la route du cemmerce se modifia; les négociants perdirent l'habitude de s'y arrêter et continuèrent dès lors leur route directement vers l'Italie. Pouzzoles passa sans conteste au premier rang. C'est la Pouzzoles que Cicéron nous a fait connaître dans ses discours, celle où il possédait une maison de rapport et une villa, voisine du Lucrin. Les auteurs de la fin de la république romaine et du début de l'empire en parlent comme d'un port de premier ordre où les vaisseaux affluaient de toutes les parties du monde.

Toutefois, il était bien un peu surprenant que Rome se contentât d'un emporium situé à près de 200 kilomètres et avec lequel il n'y avait de communications que par terre. L'expansion que prit la capitale au début de l'empire rendit la situation de plus en plus fausse; aussi lorsque Claude, pour assurer l'alimentation de sa population tt faciliter ses relations avec l'étranger, eut aménagé le port d'Ostie et corrigé p;.r toute une suite de travaux les obstacles naturels, le grand commerce se déplaça peu à peu. Les naviris continuèrent bien à toucher à Pouzzoles, mais non plus comme en un point terminus. Seuls les négociants qui venaient trafiquer en Campanie ou dans l'Italie centrale s'y arrêtaient encore ; les autres y faisaient escale et poursuivaient leur route par mer jusqu'à l'embouchure du Tibre. L'emporium maximum toiius orbis terrarum, c'était maintenant Ostie. Pouzzoles ne perdit point d'ailleurs, en un jour, toute son importance;

inscriptionum gra'carum, t. ni, n. 3912, 3919. — ' A. Wagener, Inscri[>lion grecque inédite, dans Revue île l'instruction publique en Belgique, 1869, nouv. sér., t. xi, p. 1-14.

POUZZOLES ET CUMES

elle jouit d'une certaine prospérité jusqu'à la fin de l'empire. Les services de l'annone, qui y fonctionnèrent pendant longtemps encore, auraient suffi, du reste, à y maintenir une grande activité.

Naturellement l'affluence des marchands de toute sorte établis dans la ville ou simplement de passage n'a pas été sans laisser de traces dans les inscriptions locales. L'Occident et l'Orient y figurent pareillement. On y rencontre des armateurs et des mariniers du Rhône et de la Saône, des marchands d'huile et de salaisons espagnols; des commerçants en blé de Carthage, de Libye et de Cyrénaïque, des négociants grecs et asiatiques de Corcyre, de Nicomédie, de Pergé, d'Éphèse; des Nabatéens, des Syriens de Beyrouth; de Tyr, d'Héliopolis et d'autres villes du Levant. Toutes les parties de l'empire romain y sont à peu près représentées. On est frappé surtout de la part prépondérante qu'y tient l'élément oriental, en particulier l'élément syrien.

II. La. colonie syrienne. — Les Syriens étaient les commerçants les plus habiles et les plus entreprenants qui fussent; ils apportaient dans les afïaires un esprit de lucre, une souplesse et une audace qui ne s'embarrassaient point de scrupules inutiles; par là, ils étaient assurés de l'emporter sur leurs concurrents. Grâce à leur initiative, ils envahirent peu à peu tous les ports, toutes les places de commerce du monde romain, concentrèrent entre leurs mains une grande partie du trafic et arrivèrent à exercer dans le monde entier une véritable influence morale et même artistique (voir Dictionn., t. m, au mot Colonies d'Orientaux).

Les inscriptions de Pouzzoles nous apprennent l'étroite solidarité qui régnait entre eux et les sacrifices pécuniaires qu'ils savaient consentir dans l'intérêt de la patrie commune. Les Syriens possédaient des slationes qui consistaient en de vastes édifices destinés à loger les marchands de leur nation et à emmagasiner les marchandises. Il faut, semble-t-il, se figurer les « stations » de Pouzzoles comme des hôtelleries pour les négociants, comme des entrepôts pour les denrées dont ils trafiquaient, et comme des centres religieux ou tous ces exilés adoraient les dieux de leur pays. Il est vrai qu'on n'a pas, jusqu'à nos jours, réalisé de trouvailles archéologiques permettant de compléter les renseignements conservés par l'épigraphie et de retrouver la moindre trace d'un établissement de cette sorte.

Que des marchands d'une même origine provinciale se soient réunis sur une terre étrangère et resserrés en associations, c'est ce qui s'est toujours vu et se présente encore partout de nos jours. Les Romains et les Ilaliens en avaient donné l'exemple dès l'époque républicaine, se répandant dans les provinces lointaines à peine conquises ou même encore indépendantes, pour y tenter la fortune. On a relevé des groupements de cette sorte dont le souvenir, s'est conservé en Sicile, en Grèce, à Délos, à Lesbos, à Cos, en Crète, en Asie Mineure, en Egypte, en Afrique, ailleurs encore. Partout, on le constate, ces Italiens ou même ces Romains, qui sont dits consistantes, negotiantes, xaTotxoûvTeç, 7ipaY|ji.0'Teu6ji.£VOt dans quelque cité ou dans quelque contrée, se hâtaient de se former en conventus, fermés à tous ceux qui n'étaient pas de leur groupe; ils mettaient à leur tête des administrateurs ou simplement un curateur, qui les représentaient soit auprès du gouverneur de la province, si elle était soumise au peuple romain, soit auprès des magistrats des cités qu'ils habitaient, qui prenaient leurs intérêts, défendaient leurs privilèges et faisaient aboutir leurs réclamations; à Rome même, ils avaient des patrons élus par eux, pour soutenir au besoin leurs revendications. Les mêmes nécessités de défense professionnelle et de

cohésion en face de l'étranger amenèrent les marchands syriens, répandus dans le monde romain, à former des associations sur le modèle de celles qui existaient à Pouzzoles.

On connaît depuis longtemps l'influence religieuse que ces marchands syriens ont exercée par leur présence seule en Italie, à Rome, dans les provinces, et la part qui leur revient dans la diffusion de leurs divinités nationales à travers l'empire. Unis durant leur vie par tant de liens matériels, moraux, religieux, tous ces négociants, disséminés sur la terre étrangère, loin des sépultures de leurs ancêtres, ne se séparaient pas non plus dans la mort. Il eût été bien imprudent de leur part de songer qu'on pourrait alors les ramener dans leur patrie; la longueur du voyage, les frais qu'il aurait entraînés, mille difficultés matérielles s'y opposaient. Le plus sage était de préparer sur place un asile assuré pour leur dépouille mortelle. Or, les associations dont ils faisaient partie possédaient un tombeau commun ou un coin de cimetière : c'est le champ de repos qui leur était destiné. Là encore Pouzzoles nous fournit un document concluant. On a trouvé au Piano di Quarto, c'est-à-dire au ive mille de la voie qui se dirigeait vers Capoue, une inscription relative au collège des marchands d'Héliopolis. Il y est fait mention d'un ager de sept arpents, enclos fermé, puisqu'il est parlé des portes qui y donnent accès et des chemins qui y sont ménagés; il comprenait une citerne et un certain nombre de tabernse (boutiques pour les vendeurs d'objets de piété funéraire, salles pour la célébration des banquets funèbres, habitations de gardiens, etc.). Le texte déclare que ceux qui de leur vivant auront violé le règlement de la corporation seront exclus de la jouissance du lieu. L'association des Héliopolitains avait donc à cet endroit sa nécropole particulière. Celle des juifs se trouvait sans doute à Marano, autre localité voisine de Pouzzoles.

III. Les juifs a Pouzzoles. — Les juifs tenaient leur grande place parmi les compatriotes syriens, là, comme sur tant d'autres points du monde romain, il y furent les fourriers du christianisme. Le fait n'est pas douteux, mais les détails font défaut, car on ne sait rien de ceux qui l'implantèrent à Pouzzoles. Ou plutôt ce qu'on en peut savoir se lit dans une compilation sans autorité et légendaire connue sous le titre d'Actus Vercellenses. On y lit que l'apôtre Pierre, venant de Césarée en Italie, débarqua à Pouzzoles. Le pilote du navire, Théon, avec qui il s'était lié d'amitié pendant le voyage et qu'il avait baptisé, se rend chez son hôte, un chrétien nommé Ariston à qui il annonce l'arrivée de Pierre. Ariston profite de la visite pour mettre Théon au courant de la chronique romaine dont il se trouve bien instruit puisqu'il en vient, «.'étant rendu à la rencontre de l'apôtre et ayant quitté la communauté en pleine division sur le fait de Simon le magicien. Théon et Ariston se rendent au navire où Ariston se jette aux pieds de Pierre et le prie de ne pas tardei à se rendre à Rome pour rétablir l'union entre les frères *.

IV. Les apôtres a Pouzzoles. — Pierre se rend à Pouzzoles, mais suit le conseil d'Ariston et se rend tout de suite à Rome. A quelques années de là, c'est au tour de saint Paul de débarquer au port et de passer sept jours dans la ville, caché dans la maison d'un disciple de Pierre. Que les deux apôtres soient venus en Italie et qu'ils aient pris terre à Pouzzoles on n'en peut douter, du moins pour Paul 2 ; quant à la venue de saint Pierre à Rome, nous croyons en avoir donne une démonstration historique suffisante (voir Die-

1 A. Lipsius, Die apokryphen ApostelgesckiclUen, t. n, 1" part., p. 177. Cf. Corp. inscr. Int., t. x. n. 1893 (VOlf Dictionn., t. viu.col. 218), n. 3303. — ' Act.. xxvm, 13-14.

POUZZOLES ET CUMES

tionn., t. xiv, au mot Pierre) et on peut seulement discuter la question insoluble s'il débarqua à Pouzzoles ou à Ostie. Qu'on tasse intervenir l'ordination du premier évêque de Naples, Aspren, lors du passage de Pierre dans cette ville, nous ne croyons pas qu'il y ait lieu d'en parler, la légende d'Aspren remonte, au plus tôt au ve siècle l (voir Dictionn., t. xn, au mot Naples, col. 695-696), lui-même a pu exister vers le milieu du me siècle.

A son passage et pendant son séjour d'une semaine, Paul trouva une communauté chrétienne : 7)kQo[izv elç I1oti6Xouç, ou eùpovxeç àSeXcpoùç 7rapexXr]0Y)[xev 7rap' aù-roïç èra.(j.eïvoa 7)|jiépaç ÉTtrâ. De Pouzzoles Paul se rendit à Rome. On ne fait qu'entrevoir cette première communauté, on ignore tout sur son compte ; la correspondance de l'Apôtre n'y fait plus aucune allusion dans la suite. Il n'y a, semble-t-il, pas lieu de retenir le nom de Patrobas, mentionné dans l'épitre aux Romains 2 et de qui la liste des 72 disciples du pseudo-Hippolyte et du pseudo-Dorothée veulent faire un évêque de Pouzzoles : IIaTpo6â<;, 00 xal aù-roû 6 ' Aitôaxokoq \ié[ivt)zM, ôç xai. sttîctxottoç èv Hoziokoïc, Y£Y0V£V- Ces l'stes sont dénuées de toute valeur (voir Dictionn., t. vin, au mot Légendes apostoliques) et de leur affirmation procède celle du Synaxaire de Constantinople s, qui n'en vaut pas plus.

Nous ne croyons pas qu'il faille retenir le nom de Celse dont on fait le premier évêque de Pouzzoles, où on célèbre sa fête et on conserve ses reliques, mais qui ne se trouve pas en meilleure posture que son pseudoprédécesseur Patrobas. On le trouve mentionné pour la première fois dans un document de 1026 qui parle d'une platea ad S. Celsum dans le castrum Putheolanum 4. Fr. Lanzoni ne consent pas plus à discuter les titres de Patrobas que ceux de Celse et de Jean6; aussi croyons-nous que c'est leur faire presque trop bonne mesure que d'accepter « qu'un certain Celse fut peut-être un des premiers chefs de la communauté chrétienne de Pouzzoles, et que, pour cette raison, son nom fut lié aux légendes relatives à saint Pierre lorsque celles-ci se constituèrent ". » On ne s'attend pas à voir discuter ici certain récit d'une messe célébrée par saint Pierre dans un oratoire appelé San Petrillo situé après le Vado di Serra, à droite de la route de Capoue '.

V. Liste épiscopale. — On vient d'en lire deux ou même trois noms qui ne comptent pas. On rencontre ensuite un certain Maximus, qui est cité dans la vie grecque de saint Janvier avec Maxence, évêque de Cumes et Cosmas, évêque de Naples 8. Ce dernier est connu par d'autres documents comme ayant vécu dans les premières années du ive siècle et il faut l'identifier avec l'évêque Zosime nommé dans la Chronique des évêques de Naples par Jean Diacre comme ayant gouverné cette Église sous le règne de Constantin, à l'époque du pape Miltiade et qui mourut sous le pape Silvestre. Il y a bien quelques difficultés chronologiques ', mais le personnage semble appartenir à l'histoire et Maximus s'en trouve un peu plus assuré.

1. Florentius. — Vers la fin du i\e siècle, mais à une date où le siège de Pouzzoles devait exister déjà, on trouve mention dans une lettre des empereurs Valentinien et Gratien au vicaire Aquilinus (vers 363) d'un évêque Florentius qui avait été cassé pour des fautes

1 Capasso, Monum. Neap. duc, t. 1, p. 150, note 1 ; p. 151, notel. — -2 Hom., xvi, 14; sa fête ne date que du xvie siècle.

— 'Synax. Constantinop., dans Acïasane/., novemb., p.19410, n. 4; 786u; Prolegomena, lxxiv. — * Capasso, op. cit., 1. 11, p. 255-256. — 6 Le origini délie diocesi antiche d'Italia, 1923, p. 141. — * Ch. Dubois, Pouzzoles antique (Histoire et topographie), in-8°, Paris, 1907, p. 169. — 7 Id., ibid., p. 169, note 3. — 8 Bibliotheca Casinensis, t. n, p. 238.

— * Ch. Dubois, op. cit., p. 170. — 10 Epistulœ imperator.

graves et qui, quinze ans plus tard, essayait de reconquérir son siège épiscopal et troublait ainsi l'Église de Pouzzoles. Cette lettre a été écrite entre le 9 août 378 et le 19 janvier 379. Florentius avait donc été évêque et cassé en 363 : Et Florentius Puteolanus post damnationem, quant ricto judicio convictus accepit ac mansuetudinem nostram inquiétant cessatus, dignum titlil improba ofjensione responsum, post quindecimum annum Ecclesiam, de qtta fuerat exlrusus, rursus conlaminare conatur, congregationes illicitas facere molitur, egentemque consilii multitudinent perditi animi persuasione dépravât... 10.

2. Theodorus, connu par son épitaphe datée de l'an 435, le 13 mai ».

HIC-REQVIESCIT-STHEODORVSEPISCOPVS

QVIDEPOSITVSEST-IIIID-MAIASCONS

THEODOSIXVET-VALENTINIANI-IIII

3. Julius. — En 449, on le voit représenter le pape Léon Ier, avec le diacre romain Hilaire, à l'assemblée qui a gardé le nom de « brigandage d'Éphèse » 12.

4. Claudius. — Il siégeait au concile tenu à Rome sous le pape Hilaire, en 465 13.

5. Aucupius. — ■ Siégea au synode romain de 490, sous le pape Symmaque M.

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