XVIII. LÉGENDE DU PLAN D'ALFARANO. Le
plan de l'ancienne basilique vaticane et de ses dépendances fut dessiné par Tiberio Alfarano et gravé sur cuivre en 1590 12. C'est un document précieux à défaut duquel les constructions élevées du ive au xvie siècle seraient pour nous presque une énigme. Ce plan a été reproduit très souvent depuis le xvne siècle, trop souvent avec négligence. La publication la plus fidèle parmi toutes celles qui nous sont passées sous les yeux est celle que J.-B. de Rossi inséra dans ses Inscriptiones christianœ urbis Romse, t. il, part, i, 1888, p. 229-234 et planche hors-texte; c'est celle-ci que la libéralité de l'éditeur du Dictionnaire, M. V. Letouzey, a consenti à faire insérer dans notre travail (fig. 10641). Comme chacun peut prendre comme point de repère l'emplacement immuable de la Confession; il a semblé superflu de compliquer les choses en indiquant les lignes maitresses de l'église moderne; ainsi on pourra suivre les annotations littérales et numériques du plan d' Alfarano. Quant aux monuments plus récents que Pierre Mallius et le xne siècle, il a paru suffisant de les mentionner brièvement.
sûrement antérieure à Innocent III, il ne faut pas songer au palais pontifical aménagé par ce pape au voisinage de Saint-Pierre ( Gesta Innocenta, c. 146), bien qu'il y ait lieu de se demander s'il n'y aurait pas quelque rapport entre l'édifice de Léon III et celui de son successeur Innocent. — 12 Cerrati, Tiberii Alpharani de basilicœ Vaticanœ antiquissima et noua structura, dans Studi e testi, Roma, 1914, p. 26; cf. J. Wilpert, Mosaiken und Malereien, t. i, p. 358-411.
ROME. LES ÉGLISKS
A-M. Les mesures de longueur embrassant l'abside avec toute la nef et de largeur avec le portique du front I, récoltées au vie ou au vne siècle, sont presque d'accord avec le plan d'Alfarano, ainsi l'étendue de l'ancienne basilique n'a pas varié jusqu'au xvie siècle. Vers la fin du vie, Grégoire de Tours eut entre les mains un Guide du visiteur de la Vaticane, qu'il ne visita, d'ailleurs, jamais, qu'il dut tenir du diacre Agiulfo, pèlerin à Rome en 589-590 '. C'est d'après ce livret qu'il écrit dans son De gloria martyrum, 1. I, c. xxvm : Sepultus est (S. Petrus) in templo, quod vocitabalur antiquitus Valicanum, quatuor ordines columnarum valde admirabilium numéro nonaginta sex habens : habet enim quatuor in altari, quse sunt simul centum, prœter illas quse ciborium sepulcri sustentant. Le plan d'Alfarano fait voir, pour chaque ordre, 22 colonnes, en tout 88 et en y ajoutant les piliers on arrive au chiffre 96; voilà bien les simul centum. Au commencement du vie siècle, le Liber ponlificalis, dans la notice du pape Silvestre, mentionne, outre les colonnes de porphyre (quatre à l'autel), alias vitineas de Grœcia placées par ordre de Constantin; à ces six colonnes on en ajouta autant au vme siècle. Ainsi les sex vitineœ existaient déjà au temps de Grégoire de Tours quoiqu'elles ne fissent pas l'objet d'une mention particulière dans le livret qu'il avait sous les yeux. Il mentionne toutefois les colonnes quse ciborium sepulcri sustentant et qui sont, dit-il, mirée elegantise, candore niveo, quattuor numéro. Elles se trouvaient aux quatre angles du réduit le plus profond.
Longtemps avant lui, en 397, S. Paulin de Noie, dans sa lettre xm à Pammachius, décrit ainsi la basilique : sub alto sui culminis, mediis ampla lacunaribus longum palet (la grande nef C), et aposlolico eminus solio coruscans ingredientium lumina stringit : sub eadem mole tectorum geminis utrimque porticibus latera difjundit (portique, c'est-à-dire les nefs latérales D, E, F, G) : prsetento nitens alrio, jusa vestibulo est (H, I, K, L, M); ubi cantharum, ministra manibus et oribus nostris fluenta ruclantem, lasligatus solido œre tholus ornât et inumbrat, non sine mystica specie quattuor columnis salientes aquas ambiens; dans la suite, on ajouta quatre colonnes.
Dans cette même lettre, Paulin décrit le repas offert par Pammachius divinœ pietatis alumnis (pauperibus) dans l'atrium amplissimœ basilicœ gloriosi Pétri; il contemple illam venerabilem regiam, c'est-àdire la porte cerula eminens fronte ridentem et pro januis atrii et pro gradibus campi spatia tantis agminibus (pauperum) coarctata. Sur cette porte royale se trouvait une image de Constantin en mosaïque avec une inscription en vers qu'une sylloge (xxiv, 1) nous a conservée; en outre le tétramorphe, quuluor animalia picta circa Chrislum, et l'inscription votive du consul de l'année 423, Marinianus. Grégoire IX restaura cette mosaïque du Christ et des quatre animaux, mais une restauration plus ancienne avait eu lieu sous le pontificat de Serge Ier, comme nous l'apprend le Liber pontificalis, et dans la notice de Grégoire IV il en est question déjà : in fronte paradisi principale musivum pingere ac reslaurare decrevit.
Le manuscrit Pal. Vat. 591 nous a conservé les inscriptions qui décoraient l'atrium (voir sylloge v).
1. Autel majeur, sur la Confession. S. Paulin parle du tombeau magnifiquement orné, que auro coruscans aula circumdabat, et d'un autel élevé de sept marches. S. Jérôme, s'adressant à Vigilance, parle aussi de cet autel où Marcelline, sœur de S. Ambroise, émit le vœu de virginité entre les mains du pape Libère, vers 352.
2. Fenestella et chambre supérieure à la Confession. Sarti, op. cit., pi. n, m, p. 21-23, en a donné
une vue, et P. Sabinus a copié les vers inscrits sur la grille.
3. Trône papal qui occupait un espace de dix pieds. Sur ce trône une inscription. Sur l'arc extérieur de l'abside, le nom de Constantin et les vestiges d'une mosaïque qui dura jusqu'au xve siècle.
4. Sièges des cardinaux sub quibus sepulcra Lini, Cleli... Victor is et Ioannis I, ainsi s'exprime Alfarano que corrige De Rossi : pure conjecture, dit-il; rien ne prouve que ces tombes trouvées au xvie siècle soient celles des premiers papes.