XVIII. DÉVELOPPEMENT DU TYPE BASILICAL A
Rome. - Le nombre et l'importance des édifices religieux à Rome pour la période qui s'étend du
entre ce pape et Ilouorius.
' M. Aiulrieu, op. cil., p. .'ii>2-
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ROME. LES EGLISES AU MOYEN AGE
ive siècle jusqu'au xve donne à l'architecture chrétienne, dans cette ville, une réelle importance. Non, certes, que la basilique puisse rivaliser comme grandeur et comme richesse, moins encore comme science architecturale avec les monuments de l'architecture dite gothique, née, grandie et glorifiée sur le sol et grâce au génie français, mais ce n'est pas de cette question qu'il s'agit; la basilique, dans sa régularité et sa pesanteur, a été interprétée maintes fois sur le sol romain, ce qui lui a valu une sorte de variété au sein de sa monotonie. Entre le ive et le ixe siècle, cette construction est demeurée le type unique et exclusif de l'église chrétienne. Rome semble avoir dressé une cloison étanche que l'architecture lombarde, pas plus que la gothique, n'ont réussi à traverser, sauf à Sainte-Marie-sur-la-Minerve. Les monuments conservés et qui permettent d'établir de façon à peu près certaine l'origine et le développement historique du style basilical romain offrent un véritable intérêt tant pour le plan que pour le parti constructif, qu'on peut arriver à ressaisir par certains détails, comme le nombre des nefs, le transept, la disposition de l'abside, l'atrium sans narthex, les colonnes, la disposition des fenêtres, les galeries surmontant les nefs latérales. Tous ces éléments de la basilique sont-ils essentiellement romains? On l'a affirmé, faute, peut-être, d'avoir institué des rapprochements assez nombreux, à moins qu'il ne faille tenir pour romain ce qui était constantinien et trouvait son expression à Byzance, en Palestine et ailleurs sous l'ingénieux effort des architectes qui s'employaient à réaliser les conditions les meilleures pour faciliter les réunions liturgiques '. N'est-ce pas trop réduire la part de l'influence orientale que de ne lui accorder que le pulvinaire, les chapitaux et les deux absides latérales? Les galeries surmontant les nefs latérales n'existent pas à Sainte-Marie in Cosmedin, mais seulement dans les basiliques cémétériales, construites à ciel ouvert au-dessus des catacombes, à Saint-Laurent-hors-les-Murs et à Sainte-Agnès sur la voie Nomentane.
La richesse mobilière de ces basiliques peut alimenter des inventaires, elle apprend peu de chose au point de vue artistique. La profusion des métaux précieux allait-elle de pair avec leur mérite artistique? On aurait bien quelques raisons d'en douter lorsque, à défaut des objets eux-mêmes que leur valeur métallique a condamnés à la fonte, on juge de cet art par les débris qui nous en sont parvenus ou par les objets de moins de valeur intrinsèque que le temps a épargnés. Quoiqu'il en soit, il faut, pensons-nous, modérer son admiration devant les récits qu'on nous donne d'une splendeur étincelante et la réserver pour quelques monuments hors de pair comme les mosaïques de Sainte-Constance et de Sainte-Pudentienne.
[Bibl. : R. Schutze, Basilika, Untersuchungen zur anliken und frùhmittelalterlichen Baukunst (Rôm.germ. Forschungen, t. n), Berlin-Leipzig, 1928; E. Kirschbaum, Der Raumcharakter der altchristlichen Basilika, dans Riv. di arch. crist., t. xm, 1936, p. 271-303; L. Kitschelt, Die fruhehristliche Basilika als Darstellung des himmlischen Jérusalem, Munich, 1938.]
XIX. Saint-Paul-hors-lesMurs. — Nous avons dit que les Actes apocryphes de S. Paul situent l'em-
1 [Sur le problème controversé des origines de la basilique chrétienne, cf. la mise au point de P. Lavedan, Histoire de l'Art, t. n (coll. Clio, t. x), Paris, 1944, p. 50- 52; (1. Picard, dans Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1945, p. 185-212.] — ' L'édit, important au point de vue topograpliique, parle de Viter vêtus, quod basilieœ [Constanti-
placemenl de son supplice ad aquas Salvias; les anciens « Itinéraires » marquent son tombeau in prœdio Lucinw; il s'agit là d'un domaine funéraire, non d'un hypogée ou d'une catacombe. A quelque parti que l'on s'arrête touchant le séjour des reliques des apôtres Pierre et Paul ad calacombas (voir Dictioun., t. xiv, au nom Piehrk), nous savons par le Liber pontiflealis, dans la notice du pape Silvestre, que l'empereur Constantin fecit basilicam sancto Paulu aposlolo cujus corpus recondidit et conclusit in arca sicut sancli Pétri. Cette basilique aura remplacé un oratoire ou marlurium jugé trop exigu, et elle-même aura disparu pour faire place, en 386, à l'édifice construit par Valentinien II. Tandis que la basilique constantinienne avait son entrée sur la voie d'Ostie, la basilique valéntinienne présentait l'orientation en sens contraire. L'édit impérial, adressé au préfet Salluste, a été conservé (386); il le chargeait de s'entendre avec l'évêque de Rome, Sirice, « avec le peuple et le Sénat », au sujet de l'édifice qui devait remplacer la petite basilique constantinienne et englober tout l'espace situé en avant, que traversait un chemin antique, embranchement de la voie Ostienne. En effet, les nouvelles constructions s'étendant par delà l'ancienne route allaient presque rejoindre avec leur atrium les bords du Tibre. Cyriades, architecte du monument, est signalé dans les lettres du sénateur Symmaque sous le titre de Mechanicus ou Professer mechanicus 2. Au temps de Constantin, l'abside ne s'ouvrait pas vers l'ouest, mais vers l'est et c'était la direction que prenait le prêtre tourné vers le peuple. On avait, cette fois encore, élargi le plan de Constantin, mais les dimensions nouvelles faisaient de la basilique de Valentinien II un édifice si vaste que sa construction se continua sous les règnes de Théodose le Grand et d'Honorius, ce qui fait qu'on lit sur la mosaïque de l'arc triomphal : Theodosius cepit, perfecit \H\onorius aulam et ceux qui avaient bonne mémoire n'oubliaient pas Valentinien et appelaient l'édifice basilica trium Dominorum nostrorum. C'est ce que nous lisons sur la plaque d'un collier de chien (de berger?) conservée au musée de Saint-Paul 3 :
A ^ 60 AD BASILICA APOS TOLI PAVLI ET DDD NNN FILICISSIMI PECOR
ad basilica(m) apostoli Pauli et trium dominorum nostrorum Felicissimi pecor(arii).
La basilique actuelle a conservé la forme et les dimensions de celle des trois empereurs, tandis que l'édifice constantinien ne devait pas dépasser l'espace qui s'étend aujourd'hui entre l'abside et le maître-autel 4.
La basilique des trois empereurs se conserva intacte durant près de quinze siècles; un incendie l'anéantit le 15 juillet 1823, c'était le dernier témoin, en Occident, d'une basilique du ive siècle (fig. 10645). Cependant le feu épargna la nef transversale, l'arc triomphal et l'abside. L'édifice fut reconstruit avec une richesse et un éclat qui font regretter la patine des siècles écoulés. Les murs ont été relevés, le caractère s'est évanoui.
Saint-Paul dépassait les dimensions de l'ancien Saint-Pierre. La nef centrale et les bas-côtés ne
nianee] prœterit dorsum \i. e. absidem] quodque ripa? Tiberini amnis adiaeet (Panvinio, De sept. eccles.,*p. 71); il a été publié de nouveau par Giintlier, Epistulœ collectionis avellanee, t. i, 1895, p. 46. — 3 De Rossi, Bull, di arch. crist., 1874, p. 63-65. — ■ 4 F.. Stevenson, L'arca di Lucina sulla via Os- I tiense, dans Nuovo bull. di arch. crist., 1898, p. 60-76.