‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 44 sur 477 · SCIT ■ IN • PACE · texte numérisé non relu

SCIT ■ IN • PACE

Pru]DENT\[us

Bibl. — F. Tedeschi, San Vincenzo in Prato e le basilichc istriane, dans Archivio stoiico lombardo, t. ix, 1882, p. 593-614, Perseveranza, 17 mars 1887; Archiv. stor. lomb., t. xiv, 1887, p. 434.

H. Leclercq.

PRAXÈDE (BASILIQUE DE SA INTE-).— I. Le titre et la basilique. IL Fresques du clocher. III. La décoration mosaïque. 1° L'abside, 2° L'arc de l'abside. 3° L'arc triomphal. IV. La chapelle de Saint-Zénon. V. Épigraphie. VI. Bibliographie.

I. Le titre et la basilique. — L'emplacement de la basilique de Sainte-Praxède nous amène sur la maison du sénateur Pudens qui fut contemporain des apôtres et passe [jour avoir été converti par saint Pierre. Comme les maisons de l'aristocratie romaine, celle-ci était très vaste. Les fouilles qui ont eu lieu à une époque récente ont mis à jour des salles nombreuses et spacieuses ainsi que des couloirs établissant la communication entre les basiliques de Sainte- Praxède et de Sainte-Pudentienne, en traversant toute la place de l'Esquilin. Nous sommes ici, en effet, dans la Ve région civile de Rome.

Il semble probable que le titre de Praxède existait dès le temps des persécutions; on le trouve mentionné sur une inscription datée de 491 (voir Dictionn., t. vi, col. 2482, n. 17) et dans les actes d'un synode romain tenu sous le pontificat de Symmaque, en 499. Sous le pontificat de saint Grégoire, le titulaire avait nom Aventius. On ne connaît pas avec précision par quelle série de catastrophes passa la basilique qui, à la fin du vme siècle, fut restaurée par les soins d'Hadrien 1er et, au commencement du siècle suivant, reconstruite et décorée par Paschal Ier, qui en avait été titulaire : In alium non longe demutans locum. Cette basilique se distingue de toutes les autres basiliques romaines parce qu'au lieu d'offrir deux files de colonnes formant trois nefs, elle présente des groupes de deux colonnes alternant avec une colonne bloquée dans la maçonnerie d'un pilastre. De ces pilastres partent deux arcades qui traversent la nef centrale. Les pilastres sont postérieurs au IXe siècle1 (voir Dictionn., t. m, col. 2311, fig. 3171).

Le pavement en marbre a été entièrement refait et la basilique attend toujours une restauration qui, tout en respectant certaines modifications faites à l'édifice primitif du ixe siècle, la libère de déplorables superstructions. Les colonnes et l'architrave semblent bien occuper leur place primitive, et on peul croire (pic Paschal Ier se contenta de modifier la position respective de la porte et de l'abside.

1 A. Mufioz, Slutlii salle basilichc romane di s. Sabina e ili S. Prassede, dans Dissertazioni délia pontifleia accademia romana <li areheologia, II* série, t. xm, 1918, p. 126-128.

" F. (Irossi-tiondi. l.n cclcbrc iscrizionc aijimjrafiea délia

Il ne s'en tint pas là, il décora l'église de mosaïques : Absidam vero cjusdem ecclesiae musivo opère exornatn variis decenler coloribus decoravit. Simili modo et arcum triumphalem et oratorium sancti Zenonis. Il fit bâtir un oratoire dédié à sainte Agnès dans le monastère contigu à la basilique et qu'habitaient des moines grecs chassés par la persécution iconoclaste; les moines de Vallombreuse leur succédèrent.

L'entrée de la basilique se trouve sur l'ancien clivus Suburanus. Dans la nef centrale, non loin de l'entrée, on montre un puits qu'on dit être celui dans lequel sainte Praxède recueillait le sang des martyrs; même récit à Sainte-Pudentienne, sans plus de fond historique. A gauche de la porte principale, on montre une plaque de marbre sur laquelle aurait reposé le corps de sainte Praxède; elle tire son plus grand intérêt du fait qu'elle se trouve avec les colonnes de l'ancien ciborium de l'autel.

Sur la face latérale d'un pilastre à droite de l'autel on voit une inscription sur marbre offrant le catalogue des reliques que le pape Paschal Ier transféra des catacombes dans cette basilique, le 20 juillet 818 2. Cette translation fut un événement considérable. « Le pape avait fait préparer sous l'autel un souterrain rappelant les catacombes; c'est ce qui a donné lieu à l'erreur du Moyen Age nommant cimetières cette confession et plusieurs autres, et leur attribuant une étendue fantastique. La crypte n'est pas très grande, il était bien impossible d'y déposer 2300 corps, d'autant plus qu'à cette époque, on ne partageait pas encore les ossements. Il est donc permis de penser que Sainte- Praxède fut en quelque sorte un dépôt provisoire d'où on envoya des reliques à d'autres églises. De fait, plusieurs des saints nommés ici sont depuis fort longtemps vénérés ailleurs. A Sainte-Praxède une tradition veut que beaucoup de ces ossements soient sous le pavement de la chapelle de Saint-Zénon où reposait la mère du pape qualifiée du titre d'episcopa 3. »

IL Fresques du clocher. — ■ Dans le très ancien clocher de Sainte-Praxède, sur l'Esquilin, Cancellieri avait pensé reconnaître sur des fresques quelques scènes de la vie de sainte Agnès. Ces peintures, en très mauvais état et peu apparentes ont attiré l'attention de Mariano Armellini qui put déchiffrer les inscriptions demeurées à peu près lisibles pour des yeux exercés. Ces légendes nous apprennent que les figures représentaient des faits relatifs aux Aria si connus des martyrs Celse. Julien, Chrysanthe, Daria, Hilaria, Jason et Maurus. Écrites en blanc sur fond rouge, ces lignes nous donnent les mots suivants :

HIC VBI SANCTVS IVLIANVS FVSTIBVS CEDITVR HIC VBI PVER CELSIVS SANCT0 IVLIAN0....

HIC VBI CELSIVS CREDIDIT DOMINO SANCT0 IVLIAN0.... HIC VBI SANCTVS IVLIANVS IN ICNEM ASSVS EST HIC VBI NVMERIANVS IMPERATOR IVSSIT SANCTVM CHRV [SANTVM IN CATAXTA EXPONI HIC VBI NVMERIANVS IMPERATOR ARENAM IVSSIT PRAECI

[PITARI HIC VBI SANCTA DARIA SEPELIVIT TRASI0N ET MAVRVS HIC VBI SANCTA DARIA CONPRENSA EST |FILIIS SVIS

Ensevelis dans la catacombe de la via Salaria velus. comme le montrent les anciens Itinéraires, les saints dont nous venons de lire les noms ont été transportés dans l'intérieur de la ville au IX" siècle. Les peintures qui datent du même temps, et ont été sans doute exécutées à l'occasion de cette translation, sont superpo-

basilica di Sajila Prassede a Roma, dans Cioiltà callclica, 1916, t. i, p. 443-456. ' Orazio Mamcchi. Éléments <r<irchéologie chrétienne, in°-8, Paris, t. m, Les églises de Rome,

PRAXÊDE (BASILIQUE DE SAINTE-j

sées sur trois rangs au deuxième étage du clocher de Sainte-Praxède l.

III. La décoration mosaïque. — C'est l'œuvre voulue par Paschal Ier; elle a été étudiée par Davanzati, par Ciampini, par J.-B. De Rossi et, plus récemment, par Van Berchem et Clouzot. Malgré la grossièreté de l'exécution et tous les symptômes de décadence, l'ensemble offert par le grand arc de triomphe, l'arc de l'abside et l'abside ne manque pas de grandeur, bien que la couleur soit pauvre et sale, les personnages raidis et leurs regards exorbités. On s'est inspiré de la décoration de l'église des Saints-Côme-et-Damien mais avec une technique déchue et le résultat est amoindri.

1° L'abside. — La conque absidale nous montre le Christ debout sur les nuées; il est figuré de grande taille, tenant le volumen de la main gauche et levant la main droite. Il porte une tunique d'un jaune éteint et un manteau du même ton, frangé; ses pieds sont chaussés de sandales. La tète se détache sur un nimbe crucifère or et azur. A ses côtés se tiennent saint Paul et saint Pierre qui passent le bras autour de femmes qu'ils semblent attirer vers le Christ. Suivant De Rossi, Praxède est aux côtés de Pierre et Pudentienne se rapproche de Paul; toutes deux richement vêtues, tenant la couronne du martyre posée sur un voile gemmé. Les têtes ceintes d'un diadème se détachent sur un nimbe d'or.

A côté de sainte Praxède on voit un personnage vêtu d'une dalmatique blanche à larges manches et portant sur la poitrine une croix de Malte; on ignore qui il peut être. A côté de sainte Pudentienne est représenté le pape Paschal Ier vêtu d'une tunique, de la chasuble et du pallium; il porte dans un pli de son manteau le modèle de la basilique; les pieds sont chaussés de campagi et le nimbe est carré.

Toute cette scène se développe entre deux palmiers, sur l'un desquels, celui de gauche, est perché le phénix symbolique, au nimbe irradié de dix rayons. Au-dessus du Christ, le ciel s'ouvre pour laisser la main de Dieu, qui tient une couronne de lauriers ; aux pieds du Sauveur on lit ce mot : + IORDANES, lequel surmonte l'agneau divin debout sur le monticule d'où s'échappent les quatre fleuves. A droite et à gauche se rangent douze brebis, blanches sur fond d'or, sortant des villes de Jérusalem, à droite, et de Bethléem, à gauche. Dans le haut de l'abside, une guirlande de fleurs coupée par le monogramme du pape :

CAL Au bas de l'abside cette inscription en lettres d'or sur fond bleu disposée en deux groupes de trois lignes :

+ EMICAT AVLA PIAE VARIIS DECORATA METALLIS PONTIFICIS SVMMI STVDIO PASCHALIS ALVMNI PLVRIMA SCORVM SVBTER HAEC MOENIA PONIT

+ PRAXEDIS DNO SVPER AETHRA PLACENTIS HONORE SEDIS APOSTOLICAE PASSIM QVI CORPORA CONDENS FRETVS VT HIS LIMEN MEREATVR ADIRE POLORVM

« Cette demeure pieuse brille de l'éclat des métaux variés par les soins du souverain pontife Paschal; il place sous ces murs les corps de nombreux saints, celui de Praxède, aimée du Seigneur dans les cieux; pour la gloire du Siège apostolique, il leur donne la sépulture avec confiance de mériter par eux l'accès du séjour céleste. »

2° L'arc de l'abside. - — La décoration de l'arc inler-

1 Edmond Le Blant, Lettre du 29 avril 188-1, dans Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belleslettres, 1884, p. 237-238. ■- * Apocalypse, xxi, 18 sq.

prête les visions de saint Jean à Patmos: «Je fus, dit-il, ravi en esprit. Et voici il y avait un trône dans le ciel... Autour du trône, je vis vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs et sur la tête des couronnes d'or... Devant le trône brûlent sept lampes ardentes qui sont les sept esprits de Dieu... Autour du trône il y a quatre êtres vivants... Le premier être vivant est semblable à un lion, le second est semblable à un veau, le troisième a la face d'un homme et le quatrième est semblable à un aigle qui vole. Les quatre être vivants ont chacun >ix ailes... Ils ne cessent de dire jour et nuit : « Saint, saint, saint est le Seigneur «Dieu, Tout-Puissant qui était, qui est et qui sera...» Et l'un des vieillards nie dit : « Ne pleure point, voici que «le rejeton de David a vaincu pour ouvrir le livre et ses «sept sceaux.» Et je vis au milieu du trône et des quatre être vivants et au milieu des vieillards un agneau qui était là comme immolé... Quand il eut pris le livre, les quatre êtres vivants et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l'Agneau... Je regardai et j'entendis la voix de beaucoup d'anges autour du trône et des êtres vivants et des vieillards... Les vingt-quatre vieillards se prosternent devant celui qui est assis sur le trône, et ils jettent leurs couronnes devant le trône en disant : Tu es digne, notre Seigneur et notre « Dieu, de recevoir la gloire et l'honneur et la puissance, «car tu as créé toutes choses et c'est par ta volonté «qu'elles existent... »

Au sommet de l'arc, on voit l'agneau couché sur un trône, une croix sur le dos, dans un médaillon bleu. Trois candélabres d'un côté du trône, quatre de l'autre. Sous le trône, le livre scellé de sept sceaux. Des anges et les quatre êtres vivants, symboles des évangélistes, puis les vingt-quatre vieillards par deux groupes de douze complètent la vision. Les quatre anges sont debout sur les nues, figurées par de petits nuages rouges et bleus ; ils sont nimbés de même que les quatre êtres symboliques, les vieillards ne le sont pas, mais ceux-ci, vêtus de blanc, élèvent vers le Christ leurs bras voilés portant la couronne. Tous ces personnages sont d'une exécution maladroite, les visages sont insignifiants, les gestes rigides, les membres disproportionnés. Les couronnes sont présentées de champ, plusieurs ont été refaites.

La composition se détache sur un fond d'or, elle est tncadrée dans la bordure habituelle aux mosaïques de cette époque : chaîne de rectangles alternant avec des oves et des points.

3° L'arc triomphal. — Les compositions de cette partie de la basilique ont donné lieu aux systèmes les plus contradictoires. La Jérusalem céleste, exécutée comme les autres parties de la mosaïque sous le pape Paschal (817-824), occupe le milieu de l'arc. C'est une enceinte irrégulière, percée de deux portes et formée de blocs d'or et de pierres précieuses suivant la description de l'Apocalypse : Erat autem structura mûri ejus ex jaspide; ipsa vero civitas aurum purum similis vitro puro. Et fundamenta muri urbis ornai lapide pretioso ornato 2. Dans cette enceinte se tiennent vingt et un personnages. D'abord, au centre, dominant tous ses voisins, le Christ, la droite levée comme pour bénir 3; il est vêtu d'une tunique rouge brochée d'or, porte le nimbe crucifère, deux anges à ses côtés. A gauche du spectateur, au premier plan, on voit une sainte et sept saints, tous debout, le bas du corps caché par le mur. La sainte lève les mains vers le Christ; elle est vêtue d'une robe d'étofïe jaunâtre, un manteau noir lui couvre la tête comme ferait un capuchon. Ses voisins portent sur leurs mains voilées

— 3 On a conservé au Vatican, lat. 5407, fol. 10, un dessin où le Christ bénit à la latine, mais l'exactitude est douteuse.

Page 1