PRAXÈDE (BASILIQUE DE SAINTE
la couronne d'oblation. Le premier d'entre eux, le plus rapproché du Christ, se distingue par un costume assez semblable à celui qu'on vient de décrire : tunique jaune à plis rouges, manteau de couleur foncée. Derrière eux, à l'extrémité gauche, un homme imberbe, très probablement Moïse, étend vers le Christ un phylactère déplié sur lequel on lit ce mot :
A droite du spectateur, au premier plan, une sainte vêtue et parée avec richesse, robe de pourpre rehaussée d'or, collier de perles au cou, diadème sur la tête ; elle aussi lève les mains vers le Christ. Ensuite vient un saint à la barbe et aux cheveux blancs tenant une clef dorée; il est suivi de cinq autres saints portant des couronnes d'oblation. Derrière eux, à l'extrême droite, un vieillard à barbe blanche étend vers le Christ ses mains couvertes d'un pan de son manteau. A côté de lui, un ange ailé portant une verge dorée et vêtu d'une tunique rouge ornée d'un clavus en losange l.
Toutes ces figures sont nimbées; le nimbe des anges est bleu clair frangé de blanc, celui des saints est doré. Le costume est uniformément blanc, sauf les exceptions signalées plus haut.
En dehors de l'enceinte de la Jérusalem céleste, des deux côtés de l'arc, on voit, entre saint Pierre et saint Paul, plusieurs groupes d'élus s'acheminant vers la cité divine. Selon les uns ce sont les 144 000 enfants d'Israël, douze mille par tribu, marqués du sceau; selon d'autres, parmi lesquels Boldetti 2, ils représentent la translation des corps des martyrs opérée par l'ordre du pape Paschal Ier. Mais nous laissons ce point pour revenir aux dix-huit saints figurés, avec le Christ et les anges, dans la Jérusalem céleste.
L'interprétation a rebuté Ciampini qui ne sait qu'en dire 3, Bianchini n'a rien trouvé de plus ni de mieux4; Séroux d'Agincourt 6, Millier 6, Nibby 7, Platner 8, ne voient ici que des élus ou des martyrs. Barbet de Jouy pense voir de chaque côté du Christ et des anges les saintes Praxède et Pudentienne à ses pieds, leur père Pudens vers l'extrémité à gauche; Novat et Timothée, leurs frères, à l'extrémité opposée; au premier rang les élus : six à droite, sept à gauche ». D'autres ont proposé des explications auxquelles il est préférable de substituer celle d'Eug. Miinlz (voir Dictionn., t. xii, à ce nom). D'après lui, l'explication se trouve presque tout entière dans les autres parties de la mosaïque qui décore la basilique de Sainte-Praxède.
Commençons, avec lui, par les deux saintes 10. Celle de gauche, aux vêtements de deuil, à la tète voilée, est la Vierge, conçue non comme reine des cieux, mais comme mater dulorosa. Nous la retrouvons sous le même aspect sur le portail, ainsi qu'à l'intérieur de la chapelle Saint-Zénon. La couleur seule de son costume diffère, étant dans l'un des cas d'un bleu foncé, dans l'autre tout à fait noire. Deux autres mosaïques romaines, celle de Saints-Nérée-et-Achillée, exécutée sous Léon III et celle de Sancta Maria in Domnica exécutée sous le même Paschal I,r, nous montrent un type peu dissemblable.
La sainte de droite, qui lui fait pendant, offre une ressemblance parfaite, en ce qui touche la parure el
1 Ciampini, Vêlera rnonimenla, t. n p. 145, a supprimé les ailes. — * Osserua ioni sopra l ciimlen dtsi cristiml, p. 230. — ' Vetera moninwnta, t. n, p. 145. — ' Demonsl ratio historiœ ecclesiasticœ, Romic, 1752, t. n, p. 235. — » Séroux d'Agincourt, Storia dell' arte, t. rv, p. 133. — * Die bildlichen Dcwstellungen Un Sanctuarium der christl. Kirchen, Trier, 1835, p. 56; il change les couronnes en pains. — 'Nibby,
l'habillement, avec l'image des deux saintes sœurs Praxède et Pudentienne exécutée en mosaïque dans la conque de la tribune. Comme l'église est consacrée à la première d'entre elles, à sainte Praxède, il est probable que c'est elle que l'artiste a voulu placer sur l'arc triomphal, aux pieds du Christ, en face de sa mère.
Le personnage debout à côté de la Vierge serait plus difficile à reconnaître, s'il ne figurait dans la chapelle de Saint-Zénon', sous des traits et avec un costume absolument identiques — barbe et cheveux d'un châtain foncé, tunique jaune à plis rouges, manteau noir — ayant son nom écrit en lettres d'or :
C'est saint Jean-Baptiste. Quant à saint Jean l'Évangéliste, nous allons le rencontrer tout à l'heure parmi les apôtres.
La présence du Précurseur à côté de la Vierge et de la patronne de l'église n'a rien d'étonnant. Dans une mosaïque antérieure de près de deux siècles, celle de l'oratoire de Saint-Venance (639-642) (voir Dictionn., t. vin, au mot Latran), nous le voyons au milieu d'une assemblée composée, peu s'en faut, comme celle qui remplit l'enceinte de la Jérusalem céleste.
Les six figures vêtues de blanc, qui lui succèdent à notre gauche et les six qui occupent notre droite, ne peuvent être que les douze apôtres. Les deux d'entre eux qui sont le plus près du Christ, sont évidemment, à gauche saint Paul, à droite saint Pierre. Nous les rencontrons quatre fois encore sur les murs de Sainte- Praxède, à savoir : sur l'arc triomphal, en dehors de l'enceinte; puis, dans la tribune; puis sur le portail de la chapelle Saint-Zénon; enfin à l'intérieur de cette même chapelle. Dans ces différentes représentations, leur type reste invariable. Il ne peut subsister l'ombre d'un doute sur leur identité.
Quant à leurs compagnons, il suffit de les comparer l'un après l'autre aux portraits en médaillons qui sont disposés en demi-cercle des deux côtés du Christ, sur le port: il de la chapelle déjà si souvent mentionnée, pour acquérir la conviction que nous avons alîaire aux apôtres. La ressemblance est complète; seul l'ordre dans lequel ils sont rangés diffère.
Les deux personnages placés aux deux extrémités de la cité sainte, étendant les mains vers le Christ comme pour le désigner aux fidèles, sont deux prophètes, probablement Isaïe et Jérémie qui annoncèrent sa venue et que nous trouvons sur différentes mosaïques, comme à Saint-Vital de Ravenne, à Sancta Maria in Domnica, à la cathédrale de Capoue.
Les deux portes de la Jérusalem céleste sont ouvertes et chacune d'elles gardée par un ange aux ailes repliées. L'ange de droite a les mains jointes sur la poitrine, l'ange de gauche lève la main droite comme s'il voulait défendre l'entrée. Aux deux extrémités, on voit des groupes d'élus qui se pressent pour être introduits dans la Jérusalem céleste. Il se peut qu'on ait voulu figurer ici les 2 300 confesseurs et martyrs dont
Iioma nelf anno MDCCCXXXVUI, 1. 1. p. 671. — • Plâtrier et Hiinsen, Iiesclireilnimj der Stadt liom, t. m, 2" part., p. 216. — 'Barbet de Jouy, Les mosaïques clirétienties des basiliques el des églises de Rome, in-12, Rome, 1857, p. 63. — ,0 Eug. Miintz, Xoles sur les mosaïques chrétiennes de 2'KaIie. L'arc triomphal de Sainle-rraxéde, dans Revue archéologique, 1874, t. Il, p. 175-177.
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le pape Paschal ordonna le transfert des reliques des catacombes dans l'abside de Sainte-Praxède.
Le groupe de gauche se compose d'hommes et de femmes d'aspect et d'âge différents qui se diligent vers la ville sous la direction d'un ange aux ailes déployées. On y reconnaît à leurs vêtements des évoques en chasuble et des officiers portant la chlamyde pourpre ou blanche; les femmes portent le voile sur la tête. Tous portent la couronne des martyrs, les hommes sont chaussés de campagi. Le groupe de droite s'avance, précédé p.ir saint Pierre et saint Paul entre lesquels on voit l'ange de la vi'ion de saint Jean qui, de la main droite, désigne la ville et de la main gauche tient une baguette dorée (Apoc, xxi, 15). Les anges et les apôtres sont nimbés, les élus ne le seront qu'après leur introduction dans la Jérusalem céleste.
Le ciel bleu foncé est couvert de petits nuages blancs et le gazon est parsemé de fleurs.
Au-dessous de ces groupes, sur les portions inférieures de l'arc, une multitude de personnages vêtus de blanc, debout, agitent des palmes, c'est encore l'interprétation du texte de l'Apocalypse : «Après cela je regardai et voici qu'il y avait une foule innombrable de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue. Elle se tenait devant le trône et devant l'Agneau, vêtue de robes blanches et tenant des palmes en main... Alors l'un des vieillards prit la parole et me dit : « Ceux qui sont vêtus de robes blanches, qui sont- «ils et d'où sont-ils venus?... Ce sont ceux qui viennent «de la grande tribulation;ils ont lavé leurs robes et ils «les ont blanchies dans le sang de l'Agneau. C'est pour «cela qu'ils sont devant le trône de Dieu et le servent «jour et nuit dans son temple. Celui qui est assis sur le « trône dressera sa tente sur eux ; ils n'auront plus faim, «plus soif et le soleil ne les frappera point, ni aucune « chaleur. Car l'Agneau qui est au milieu du trône les « paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie «et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »
On a dit avec raison que « le contraste qui existe entre la beauté de cette composition et la grossièreté de la technique est frappante. Si l'on examine en détail les figures, on ne peut manquer de s'étonner que des mosaïstes, qui manient leur art avec tant de gaucherie, aient pu concevoir un ensemble aussi grandiose. A cette époque, l'invention était rare, on se bornait surtout à imiter. Nous avons vu que l'arc absidal et l'abside de Sainte-Praxède sont des répliques fidèles de ceux des Saints-Côme-et-Damien. Il est donc permis de se demander si la composition de l'aie triompha] n'est pas, elle aussi, la copie d'une mosaïque plus ancienne, ornant quelque basilique romaine ou ravennate et dont aucune trace n'a subsisté l. »
IV. La chapelle de Saint-Zénon. — - Saint Zenon est un mortyr honoré sur la voie Flaminienne. La chapelle qui porte son vocable s'ouvre dans la nef droite de l'église Sainte-Praxède, son entrée est décorée de colonnes supportant une architrave sur laquelle repose une urne païenne. L'inscription est ainsi conçue 2 :
+ PASCHALIS PRAESVLIS OPVS DECORfejFVLCIT IN AVLA (S
QVOD PIA OPTVLIT VOTA STVDVIT REDDERE DO : 1 : es