Nunc coelo est similis, vere nunc inclita
[Roma, Cujus claustra docent, intus inesse Deum. Non hic (allacem lusit pictura decorem, Sed Domini populos urbs iitulata probat.
3. Ianitor ante fores fixit sacraria Petrus, Quis neget has arces instar habere poli?
Parte alia Pauli circumdant alria muros, Hos inter Roma est : hic sedel ergo Deus.
4. Admitti ad coelos mortalia corpora credas Sub pedibus Domini duni pia porta patet.
Sic oculis hominum Chrisli praestalur imago, Nam verum sola cernere mente licet
5. Letior occubuit Paulus cervice secanda, Cui caput est Christus despicit ipse suum.
Cette porta sancti Pétri fut restaurée à l'occasion des grands travaux entrepris par Léon IV qui entoura de murs la basilique vaticane et les terrains adjacents, ce qui forma la cité léonine. Sous ce pontificat, on plaça sur la face de la porte en question qui regarde la ville l'inscription suivante 2 :
I I "S. Romanus, Francus Bardusque vialor et omnis, Hoc qui intendit opus, cantica digna canant. Quod bonus autistes quarlus Léo rite novavit Pro patriae ac plebis ecce salute suae. 5 Principe cum summo gaudens [haec cuncta]
[ Holotharo Perfecil, cujus emicat allus honor.
Quos veneranda fides nimio devinxit umore, Hos Deus omnipotens pcrfcral arce poli.
Et au-dessous :
Civitas Leonina vocatur.
Sur la rive gauche du Tibre, s'élevait l'arc de Gratien, Valentinien et Théodose, au point extrême de la déclivité qui commence aujourd'hui à l'église de S.-Celse. Sur la face principale de l'arc, on lisait cette inscription posée par les susdits empereurs 3 :
Imperatores caesares domini nostri Gralianus, Valenlinianus et Theodosius, pii, felices, semper augusti, arcum ad concludendum opus omne porticuum maximarum aeterni nominis sui pecunia propria fleri ornarique jusserunt.
De cet arc partaient les portiques formant la voie parcourue par les pèlerins, dont le souvenir s'est con-
servé jusqu'à nos jours dans la via del pellegrino et l'église S.-Ambroise in Maxima.
Près de l'église de S. -Laurent in Damaso, les portiques passaient devant un grand édifice destiné à recevoir les archives de l'Église romaine. A l'entrée, on lisait les vers du pape Damase qu'on a trouvés plus haut sous le numéro :?î) (voir aussi Dictionn., t. iv, col. 191, n. 57). L'archive pontificale fut bientôt transférée dans la résidence papale du Latran. Au delà de la maison du pape Damase, les portiques s'étendaient dans la direction du théâtre de Pompée qui se voyait à gauche. Une inscription d'époque chrétienne avertissait des restaurations faites à ce théâtre et portait les noms d'Arcadius et d'Honorius 4. Une autre inscription, rappelant celle du pape Damase, se lisait sur les parois de la bibliothèque du pape Agapet sur le Clivus Scauri, englobée plus tard dans le monastère de S. -André et S. -Grégoire 5 :
115. Sanctorum veneranda cohors sedel ordine (longo). Divinae legis myslica dicla docens.
Hos inter residens Agapetus jure sacerdos Codicibus pulchrum condtdit arle locum.
5 Gratia par cunctis, sanctus labor omnibus unus; Dissona verba quidem, sed tamen una fides.
La sanctorum veneranda cohors était bien probablement une allusion à une série de peintures représentant les Pères et docteurs de l'Église.
Près de la porte d'Ostie, qu'on appelait alors porta sancli Pauli, les pèlerins rencontraient la pyramide de Cestius que le vulgaire appelait au Moyen Age le tombeau de Remus et qui correspondait au tombeau de Romulus, voisin de la porta sancli Pétri. Les anciens collecteurs d'inscriptions dédaignèrent celle de la pyramide de Cestius, il fallut attendre jusqu'à Cola di Rienzo,
De là le portique se poursuivait dans la direction de S. Paul, couvert d'inscriptions latines et grecques sur une longueur de deux milles romains. Avant (l'arriver à l'église de S-Paul-hors-les-Murs, on rencontrait celle de S. -Menas l'Égyptien qui, suivant L. Duchesne, appartenait à une corporation d'Alexandrins résidant à Rome. Ceci devait intéresser assez peu les pèlerins qui prêtaient sans doute plus d'attention à une inscription en vers de médiocre facture placée vers l'entrée du château appelé Johannipolis, et ceci nous conduit aux dernières années du ix' siècle, lorsque Jean VIII (t 882) entoura la basilique d'Ostie d'une puissante muraille. ° :
110. Hic murus salvator adest invictaque porta, Quae reprobos arcet, suscipit alque pios, ilanc proceres inlrale, senes juvenesque togali f'Iebs sacrata Dei, limina sancla petens. 5 Quum praesul Domini pulravit rite Johannes, Qui nitidus fulsit moribus ac meritis.
Praesulis octavi de nomine facta Johannis Ecce Johannipolis urbs veneranda cluit.
l'n fragment de cette inscription est encore conservé au monastère de S. -Paul.
Près d'arriver au terme de leur course, les pèlerins rencontraient encore une inscription en prose qui détaillait les travaux exécutés par un certain Eusèbe, dévot à S. Paul, pour la restauration du cimetière (voir plus haut, col. 2924-292G, fig. 10650).
On sait que les principales basiliques possédaient des bains pour les clercs et pour les pèlerins. Ceux-ci,
1 De Rossi, Inscr., t. n, 1'" part., p. 458. Cette inscription se lit déjà dans la ive partie de la sylloge de Lorsch, par conséquent vers le vu" siècle. Les distiques imprimés en italique se trouvaient à droite des autres distiques imprimés en romain; le 5e distique était isolé. — 3 Id., ibid., n,
V part., p. 324. — 3 Id., ibid., n, 1" part., p. 22, 38. — 1 Id., ibid., n, 1" part., p. 28. — 5 Id., ibid., n, Ve part., p. 16, 28; [Diehl, 1898; H.-I. Marrou, dans Mélanges d'arch. et d'hist., t. xlviii, 1931, p. 125 sq.]. — 6 De Rossi, ibid., Il, ïre part., p. 326, 327.
ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES 3100
qui venaient de suivre un chemin long et pénible, n'étaient sans doute pas mécontents de lire cette promesse * (voir Dictionn., t. n, col. 104-105) : 117. Balnea quae frayilis suspendunl corporis aestum et reparant vires, quas labor afficerit, quae conslricta gelu validis aul solibus usla admixlo latici membra [liquore] levant, 5 [ut]amur causa propri[ae suadente] salutis.
[at cave ne mala mots? sit me]dicina homini : lubrica ne sensus rapiat lurpetque boluptas,
efjera ne mentem luxuries stimulet.
ebria neu vino, dapibus neu viscera crud[a] 10 dissolbat fluxo corde lab[anle gula?],
sobria sed caslo foveant [tibi membra labacro]
et quaesi[ta salus sit sine damno animae].
haec [tibi, si quis amor vitae] le tangit h[onestae],
[quicumque es homi]num, dicta fuisse [putes]\
15 \tu tam]en ista magis cautus servare me[mento],
grex sacrale do corpore men[te flde],
cui bellum cum carne subesl, quae et vicia [resur-
[gui
quam cohibere iubat, si ref obère p[aras]
clau[ s]aluti [ . . . ]
20 vulnere [ne doleas], quod medeare iterum. [. . . . in]veni bene parla remédia carn[is]
\non noslris] nocet officiis nec culpa labacri quod sibimel générât, lubrica vita malum est.
Fragments qui se trouvaient à S.-Martin-des-Monts, dans le pavement, lus jadis par Doni et par Suarès; la plupart ont péri, ce qui subsiste est conservé au musée du Latran.
Bibl. : De Rossi, Bull, di arch. crist., 1877, p. 15 sq ; O. Marucchi, Monumenli, pi. xlv; A. Silvagni, Inscr. christ., t. i, n. 1485.
X. DROIT CANONIQUE. — Ceci n'appartient pas au présent Dictionnaire, mais à une publication parallèle sur le domaine de laquelle nous ne voulons pas empiéter; néanmoins, nous croyons utile de rappeler ici que nous avons énuméré les conciles romains tenus entre les années 251 et 800 dans Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, tome i à m inclus. Voici pour chaque volume une énumération sommaire comportant la tomaison, la pagination et la date du concile. celle-ci en caractères gras :
T. i, p. 7, note 2, et p. 169, ann. 251 ; p. 194, 342, ann. 260; p. 272, ann. 313; p. 699, ann. 340; p. 980, 985, ann. 369; p. 981, ann. 374; p. 862, ann. 375; p. 984, ann. 376; p. 985, ann. 380.
T. n, p. 29, 30, ann. 369; p. 5, note 1, p. 29, ann. 380; p. 55, ann. 382; p. 68, ann. 387; p. 78, ann. 390; p. 136, ann. 402; p. 187, ann. 417; p. 260, ann. 430; p. 625, ann. 439; p. 476, ann. 444; p. 489, ann. 447; p. 883, ann. 458; p. 900, ann. 462; p. 925, ann. 478; p. 924, ann. 484; p. 925, ann. 485; p. 934, ann. 487; p. 935, ann. 488; p. 940, ann. 494; p. 944, ann. 495; p. 941, ann. 496; p. 1349, ann. 498; p. 945, 947 sq., 958, ann. 499; p. 949, ann. 500; p. 958, ann. 500; p. 960, ann. 501 ; p. 962, ann. 501 ; p. 964, ann. 501 ; p. 959, ann. 502; p. 969, ann. 503; p. 970, ann. 504; p. 1046, ann. 519; p. 212, 1117, ann. 531; p. 111.-). ann. 532.
T. ni, p. 235, ann. 595; p. 238, ann. 600; p. 238, ann. 601 ; p. 247, ann. 607; p. 247, ann. 610; p. 392, ann. 640; p. 393, ann. 641 ; p. 430, ann. 647?; p. 435- 451, ann. 649; p. 306, ann. 677; p. 316, ann. 679; p. 476-477, 539, ann. 680; p. 592, ann. 704; p. 597, ann. 721 ; p. 598, ann. 724; p. 676, ann. 727; p. 677, note 1, ann. 731 ; p. 677-678, ann. 731 ; p. 681-685, ann. 732; p. 850, 1248, ann. 743; p. 883-884, 12 10. ann. 745; p. 924, ann. 753; p. 944, ann. 757; p. 950, 1251,
ann. 761; p. 730-737, 1251, ann. 769; p. 974, ann. 774; p. 982, ann. 780; p. 1097, ann. 798; p. 1040-1041, ann. 799; p. 1114, 1115, ann. 800; p. 1132, 1263, ann. 810.
Pour la question des appels à Rome, on pourra consulter : P. Bernardakis, Les appels au pape dans l'Église grecque jusqu'à Photius, dans Échos d'Orient, t. vi, 1903, p. 30-42, 118-125, 249-257; Dom H. Leclercq, Notes pour l'histoire du droil d'appel, dans Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. n, 1908, p. 1238- 1259; P. BatilToI, Les recours à Rome en Orient avant le concile de Chalcédoine, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. xxi, 1926, p. 5-32.
XI. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFI- CALES -. — I. Des origines a l'époque de Dioclétien. — L'empire romain possédait des bibliothèques publiques dont nous avons esquissé l'histoire au point de vue chrétien (voir Dictionn., t. n, au mot Bibliothèques). La plupart d'entre elles avaient été fondées soit par les villes, soit par de riches citoyens. Les splendides constructions entourant à Pergame le temple de Minerve Poliade paraissent avoir servi de type aux édifices destinés à contenir les collections de livres. Devant et derrière le temple s'étendaient de longs portiques : les parois du fond donnaient accès à des chambres garnies d'armoires dont les rayons supportaient les volumes. Ceux-ci à Pergame atteignirent au nombre de 200 000. On sait quels trésors renfermait la bibliothèque d'Alexandrie (voir Dictionn., t. i, à ce nom). L'ornementation intérieure de ces dépôts de livres était fort riche. Des statues ou des portraits d'écrivains décoraient le vestibule et les salles : souvent les catalogues se lisaient sur la base des statues ou le long des cippes surmontés de bustes. Les textes ou les inscriptions concernant la fondation d'une bibliothèque ne manquent pas de dire que le bienfaiteur auquel on la doit y plaça des statues en même temps que des livres. En parcourant ceux-ci les anciens se plaisaient à contempler les traits réels ou supposés de leurs auteurs. Plusieurs fois on a découvert à Rome et en Afrique les ruines d'édifices à usage de bibliothèque; la trace des armoires se reconnaît contre les murailles et même certaines parties de la décoration tels que médaillons de plâtre, imagines clypeatae, portant le portrait quelque peu conventionnel d'un auteur accompagné de son nom.
I.es bibliothèques chrétiennes ne le cédaient pas aux autres en magnificence. Jean-Baptiste de Rossi à qui aucun domaine de l'antiquité ne semblait devoir demeurer étranger traça une première esquisse de La biblioteca délia sede apostolica ed i catalogi dei suoi manoscritti. — / gabinetli di oggetli di scienze naturali, d'arli e d'archcologia annessi alla bibliolheca valicana, dans Studi e dominent i di sloria e diritlo, 1884. Il y revint peu de temps après et raconta l'histoire De origine, historia, indicibus scrinii et bibliolhecae Sedis apostolieuf. in-8°, Romae, 1886.
Les Assemani (voir Dictionn., I. i, à ce nom) font remonter les origines de la bibliothèque Yaticane à l'évangile composé par S. Marc d'après la prédication de Pierre et donné par lui à l'Église romaine et, pour ne pas descendre de cette antiquité, aux livres que S. Paul, prisonnier à Home, réclame de la complaisance de Timothée ( 1 1 Tim., iv, 13). C'est peut-être aller un peu haut; quoiqu'il en soit, on peut citer un passage d'une lettre de S. Ignace d'Antioche aux Philadelphiens qui contient ces mots : èàv u.7; èv toïç àpxefoiç eûpw, èv tcT) eùayYeXtco, où mazewo , nisi in
1 o. Marucchi, / monumenli <lel museo Pio Loteroneitse, 1>I. xxv;[Dlehl, 1901 1. — ■ [E. Tisserant, Bibliothèques pontificales, dans Dictionnaire de Sociologie, t. m. col. 766 sq.].
ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES
archivis, id est in evangeliu, invenero, non credam. Et le même saint dit encore : è\ioï Se àp/eïa èotiv 'Irjaoûç XptaTÔç, xà àôixra àp/eïa ô crraupôç ocùtoù xaî ô 6àva-roç xoù 7) àvâaTaaiç aÙTOÛ xoà rj Tria-n.ç 7) oYaôtoû, archiva esse Christum Jesum, illibata archiva crucem cjus et morlem et resurrectionem et fidem in eum '. Pour bien entendre ceci il faut se souvenir que chaque cité grecque possédait son àp/siov 2. Il dut en être de même de très bonne heure pour les Églises de ces cités et à plus forte raison pour Rome qui, suivant l'expression du même Ignace, présidait à l'ensemble des Églises : 7tpoxa6y;(jtiv7)v rîjç àyâ7tYjç.
Au vie siècle, le Liber pontificalis attribue à S. Clément la répartition de Rome en sept régions nolariis fidelibus ecclesiae, qui gestas marlyrum sollicite et curiose. unusquisqiie per regionem suam diligenter perquirerel3; voilà encore un indice qui n'est pas négligeable et dans le murtyrium démentis, pièce peu sûre, mais qui remonte au moins au ive siècle, on lit que ce pape aurait fait tenir à jour une matricule des pauvres de Rome : xocO'sxoeaTov psyscova xa-r' ôvojjwc sïysM YeYpoqjLiiivj'jç, secundum sihgulas regiones et singulorum nom i nu inscribendos curavit 4. On ne peut douter, en tout cas, que ces sortes de matricules n'existassent dans les archives de l'Église romaine au ne et au ine siècles.
Un autre témoin de l'existence d'une bibliothèque se trouve dans le canon de Muratori (voir Dictionn., t. xn, au mot Muratorianum), dont l'auteur est romain ou peu s'en faut et a vécu au ne siècle. C'est dans cette même bibliothèque qu'aura dû prendre place le Pasteur d'Hermas qui vécut et écrivit nuperrime temporibus nostris, sedenle cathedra urbis Romae Pio episcopo jratre ejus.
Au cours du me siècle, l'auteur des Philosophumena, Hippolyte (voir Dictionn., t. vi, à ce nom), aura dû faire grand usage des livres que l'Église romaine mettait à sa disposition, auxquels il ajouta ceux que lui-même écrivit et dont la liste fut gravée sur le piédestal de sa propre statue (voir Dictionn., t. vi, col. 2422-2426, fig. 5729).
Nous ne pouvons dresser la liste des bibliothèques ecclésiastiques dont les documents contemporains des persécutions conservent le souvenir. Parmi les plus renommées était celle de Jérusalem, fondée par le saint évêque Alexandre, celle de Césarée commencée probablement par Origène, enrichie par Pamphile, et renfermant à la fin du m1* siècle, environ 30 000 volumes. On connaît celles de Cirta, de Carthage dont les administrateurs déjouèrent les recherches des agents de Dioclétien qui avait donné l'ordre de les détruire. La plus considérable, sans nul doute, fut celle de Rome. Moins favorisée que plusieurs autres, elle ne put échapper à la destruction et disparut tout entière. Aucun document précis ne permet de la reconstituer; mais on peut donner des renseignements de quelque étendue sur les archives de l'Église romaine, distinctes de la bibliothèque, bien que, à cette époque, l'administration n'en fût peut-être pas encore séparée.
« Plus' on étudie de près les origines et les antiquités chrétiennes, plus on se convainc que chaque Église, et en particulier celle de Rome, obligée d'assurer l'exercice de l'autorité qui lui est propre, a dû imiter dans son gouvernement l'État et les municipes, en
1 S. Ignace, Ad Philadelph., vm, 2, édit. F.-X. Funk, 1881, t. i, p. 230. — 2 Dareste, Le /f.sojtpv/.axt'ov dans les villes grecques, dans Bull, de corresp. hellén., t. vi, 1882, p. 241-245. — ' Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 123. — 4 Opéra palrum apostol., édit. Funk, 1881, t. Il, p. 30. — 6 De Rossl, De origine, p. xxn. — e Eusèbe, Hist. eccl., 1. IV, c. xxm; 1. VII, c. v; S. Basile, Epist., lxx. — ' Tertullien, Adv. Praxeam, c. i; S. Jérôme,
vertu d'un droit analogue à celui dont jouissaient les corporations, et conserver soigneusement tous ses actes écrits 6.
« Ces pièces, comme les intérêts auxquels elles correspondaient, furent à Rome de deux sortes. Les unes avaient trait à cette sollicitudo omnium Ecclesiarum comme parle S. Paul, qui était le dev*oir et le privilège du Siège apostolique. Les autres regardaient l'administration particulière de la communauté chrétienne, dès lors très considérable, existant à Rome. Le premier diacre, chargé de cette administration, au point de vue temporel, fut probablement aussi le directeur et le gardien des archives.
« Les documents de la première catégorie consistaient principalement dans la correspondance des papes avec les évêques du monde entier. De l'aveu de tous les érudits, on forma de très bonne heure les recueils (regesta) des lettres des pontifes romains : les archives de l'Église primitive se modelèrent vraisemblablement sur celles de la chancellerie impériale. Dans cette correspondance figuraient les lettres échangées avec les Églises étrangères visitées par la maladie, la famine, la guerre, ou quelque autre fléau, et auxquelles le siège de Rome envoyait des secours : comme l'Église de Corinthe au temps du pape Soter, celles de Syrie et d'Arabie sous le pape Etienne, de Cappadoce sous le pape Denys, beaucoup d'autres pendant le règne de Dioclétien 6. A la même catégorie d'archives appartiennent les pièces relatives aux controverses doctrinales que l'évêque de Rome tranchait en vertu de son autorité suprême. C'est ainsi que les explications ou rétractations adressées par Praxéas au pape Zéphyrin, et une lettre analogue d'Origène au pape Fabien, se conservèrent dans le scrinium de l'Église romaine : Tertullien le dit formellement pour le premier de ces documents '.
« Parmi ceux de la seconde catégorie, concernant l'administration locale, durent figurer les Actes des martyrs. Bien que les textes du Liber pontificalis qui y font allusion soient d'une exactitude douteuse 8, et que les documents vraiment anciens et authentiques sur des martyrs de Rome aient presque tous péri, on a la preuve que l'Église de cette ville gardait avec soin le souvenir de ses membres, surtout de ses chefs, morts pour le Christ : ainsi le martyre des papes S. Fabien et S. Sixte II fut officiellement annoncé par le clergé de Rome à celui de Carthage 9. L'une des principales pièces des archives romaines était le registre où l'on immatriculait, probablement par régions, les clercs, les confesseurs, les veuves, les pauvres, dont la caisse ecclésiastique, alimentée à l'instar de celles des collèges par des cotisations périodiques et des dons volontaires, assurait l'entretien 10 : au milieu du me siècle, ces pensionnaires de la charité chrétienne atteignaient à Rome le nombre de quinze cents ". On conservait aussi la liste des fidèles condamnés pour la foi à l'exil ou aux travaux des mines : quand Marcia obtint de Commode la grâce des forçats chrétiens détenus en Sardaigne, il suffit au pape Victor de consulter les archives de l'Église pour en donner immédiatement les noms 12. Les archives possédaient encore les pièces relatives à l'administration des biens ecclésiastiques, particulièrement des cimetières 13; elles gardaient aussi les dossiers de nombreuses affaires contentieuses que les chrétiens,
Epist., lxxxiv; Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. xxxvi. — ■ s Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. xcv-xcvi. —
9 S. Cyprien, Epist., IX, lxxx; De Rossi, De origine, p. xx, et La biblioteca délia Sede apostolica, p. 22. —
10 De Rossi, De origine, p. xxn, xxiv. ■ — " Lettre de S. Corneille, dans Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. xliii. — 12 Philosophumena, 1. IX, c. xi. — 13 De Rossi, De origine, p. xxvn.
ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES
dociles aux recommandations des apôtres, soumet- j taient de préférence à l'arbitrage épiscopal '.
■ Grâce aux patientes recherches de J.-B. de Rossi, ou peut se faire une idée de l'importance des archives i de l'Église romaine avant la fin du mc siècle. L'étude d'une inscription, jusqu'alors imparfaitement comprise, lui a permis d'indiquer l'emplacement de ce précieux dépôt. Selon toute apparence, Varchivum primitif de l'Église romaine se trouvait, au 111e siècle, près du théâtre de Pompée, là où le pape Damase construisit au siècle suivant la basilique de S. -Laurent. Outre les témoignages anciens - le nom du fondateur l'ut conservé par les sylloges épigraphiques 3. Au VIIIe siècle, on pouvait lire encore in tlirnno, c'est-àdire dans l'hémicycle de l'abside J :
HAEC DAMASVS TIBI CHRISTE DEVS NOVA TECTA DICAVI tAVRENTI SAEPTVS MARTYRIS AVXILIO
A l'entrée de cette même église se trouvait cette poésie :
HINC PATER EXCEPTOR LECTOR LEVITA SACERDOS CREVERAT HINC MERITIS QVONIAM MELIORIBVS ACTIS HINC MIHI PROVECTO CHRISTVS CVI SVMMA POTESTAS SEDIS APOSTOLICAE VOLVIT CONCEDERE HONOREM ARCHIBIS FATEOR VOLVI NOVA CONDERE TECTA ADDERE PRAETEREA DEXTRA LEVAQVE COLVMNAS QVAE DAMASI TENEANT PROPRIVM PER SAECVLA NOMEN
Mais de ces antiques archives, comme de la biblio- j thèque, il ne reste que le souvenir, la persécution de Dioclétien a tout dispersé ou détruit 5 ».
11. Depuis lf ive jusqu'au ixe siècle. — La paix de l'Église rendit à celle-ci la sécurité des indivi- \ dus et la propriété des immeubles qui, grâce aux libéralités de Constantin, ne cessèrent de s'étendre et de s'enrichir. A Rome, l'éditice qui avait contenu ses archives lui fut rendu, mais vide et dévasté. La munificence impériale se complaisait dans des manifestations d'une somptuosité dont nous n'avons gardé que le souvenir; elle n'aura pas dû se montrer moins prodigue envers l'Église romaine qu'envers celle de Constantinople à laquelle elle prodiguait les manuscrits d'une richesse éclatante * à laquelle certains — comme S. Jérôme — préféraient la correction textuelle '. Ces volumes magnifiques, en latin et en grec, furent certainement utilisés par lui lorsqu'il travaillait aux traductions que lui imposait le pape Damase *. A ce pape remonte, semblc-t-il, la réorganisation des archives romaines (3(>(>-384). Son père, avant la persécution de Dioclétien, avait été attaché à leur administration comme notaire ecclésiastique, avant d'être élevé au diaconat et au sacerdoce *. Dès l'enfance, Damase suivit la même carrière '". Devenu évêque de Rome, il voulut honorer ce double souvenir en reconstruisant sur un plan grandiose l'antique édifice. Il prit pour modèle les bibliothèques publiques, dont celle de Fergame était demeurée le type ". Au centre de la construction nouvelle s'éleva la basilique de S. -Laurent, comme à Pergame le temple de Minerve Poliade : devant elle, se repliant à droite et à gauche, et l'enveloppant de toutes parts ", s'étendirent de véritables
1 He Rossi, De origine p. XXVI. — ! Liber pontiflealis, édit. Duchesne, t. i, p. 213; S. Grégoire, Dialogi, I. IV, c. xxxn; Hadrien Ier, Epistola ad Carolum Magnum de sacris imaginib'is, dans Mansi, Conc. ampliss. coll., l. xm, col. 801. — 3 Conservée dans le seul ms. de Verdun, cf. De Rossi, Inscr. christ, nrb. Ftomœ, t. n, p. 113, n. 1.
— * Id., ibid., t. n, 1ro part., p. 135, n. 7; p. 151, n. 23.
— » P. Allant Études d'hist. et d'archéol., in-12. Paris, 1899, p. 122-12(1. ' Eusèbe, Yita Constnntini, 1. IV, e. xxwi, xxxvn. S. Jérôme, Prœ/idio in Job. — 1 De Hossi, De origine, p. xxv. — * Id., ibid., p. xxxixxi.i. "' Id., ibid., i> xxxix. " Al. Conze, Die l'er-
propylées contenant la bibliothèque et Varchivum ".
On ne sait combien de temps ces noua tecta les abritèrent : à une époque peu éloignée du IVe siècle, mais qui ne pourrait être fixée avec certitude, elles furent transportées près de la demeure des pontifes, au Latran ".
L'importance des archives ecclésiastiques — du scrinium, selon l'expression employée à cette époque
— s'était grandement accrue à partir de Constantin. Une loi déclara que les affranchissements (voir ce mol) opérés dans l'église, en présence du prêtre, auraient une valeur légale, et conféreraient le droit de cité 15. Les procès-verbaux en durent nécessairement être conservés dans le scrinium pontifical; ainsi l'ordonna une constitution du pape S. Jules Ier (337- 352). Le même acte décida que toutes les chartes relatives aux donations, testaments, obligations faits en faveur de l'Église ou provenant de clercs, seraient reçues dans les mêmes archives : ce qui n'empêchait pas, remarque J.-B. de Rossi, d'en déposer le double dans les archives municipales, selon le vœu de la loi civile >6. Là se trouvaient, à plus forte raison, les documents de nature ecclésiastique comme les actes du synode romain de 3(>9 sur lesquels on lit : similiter et alii CXLVl orientales episcopi subscripserunt, quorum subscriptio in aulhenticum hodie in archivis Romanae Ecclesiae tenetur 17. Un contemporain du pape Damase, S. Basile de Césarée, écrit au sujet de ces mêmes évêques : èv tt; 'Po>jx7] sYypoecpoç otÛTcov ô(xoXoyia TÎjç èv Nixata ttîgtscoç iTcônzizan 18. S. Jérôme qui in chartis ecclesiasticis inioit et Orient is alque Occidentis simodicis consullationibus respondil1' a bien connu cet archivum qu'il nomme chartarium Ecclesiae Romanae, où on pouvait se procurer les lettres des papes so. Celles-ci étaient marquées chacune par un numéro d'ordre. Le même S. Jérôme, objectant à un adversaire une lettre du pape Anastase, lui dit : « Si tu suspectes l'authenticité de cette pièce, pourquoi ne la recherches-tu pas dans le chartrier de l'Église romaine? » On voit que les archives du S. -Siège étaient, à cette époque, désignées par trois noms indifféremment employés : archivum (Damase), scrinium, chartarium (Jérôme). Les lettres pontificales formaient des recueils annuels où les encycliques adressées à plusieurs destinataires figuraient par une seule copie, portant les noms de tous ceux à qui un exemplaire avait été envoyé n. Tout ceci réclamait une organisation dont nous pouvons saisir quelque chose lorsqu'au synode de 531, le pape Boniface II fait présenter les lettres de Damase et ordonne fidem in sedis apostolicae scrinio requiri ■». Longtemps auparavant, les papes Innocent Ier (412) et Boniface I" (410) s'y étaient référés, à propos de l'affaire de l'évêque de Thessalonique. Enfin, nous ne pouvons omettre de rappeler que le pape Silice, successeur de Damase, commença la série des décrétâtes que rassembla Denys le Petit. Dans la notice du pape Sirice." on lit de lui : fecisse constilutum de omnem ecclesiam à conserver fn omnem Ecclesiae archibo, c'est-à-dire dans l'archive de chaque Église et non pas seulement dans celle de la seule Église romaine, ainsi que l'a cru Mabillon •*. On peut
gamenische nibliotliek, dans Sitzungsberiehte der. k. pr. Akad. der Wissensch., Phil.-hist. Cl., 12 déc. 1884. — " H. Jordan, Forma l'rbis, pi. xi, 51. — "C'est l'expression employée par S. Damase dans l'inscription métrique gravée sur l'édifice. — M De Rossi, De origine, p. xlv. — 15 Code Théodosien, 1. IV, tit. vu, 1. 1. — "Liber pontificalis, t. i, p. 205. ■ — " Dom Coustant, Epist. rom. pont.. p. 500. — " Epist.. i. xxxn. — " Epist., cxxx, 10. — " S. Jérôme, Apol. adv. Ruftnum, n, 20. — " De Rossi, De origine, p. xi.vii, xi.ix. — " Holsten, Collect. rom., t. i, p. 37. — " Liber ponti/icalis, éd. Duchesne, t. i. p. 21 1>.
— " De re diplomatica, 1681, I. I. c. n, n. vin.
3105 ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES
comprendre d'après cela que le nombre des fonctionnaires attaché au service des bureaux de l'archive était considérable : à leur tête se trouvait le primicier des notaires : probablement, comme aux archives du sénat et de la préfecture urbaine, les employés du scrinium pontifical se divisaient en greffiers (exceptores), ayant pour mission de recevoir ou de transcrire les actes, et en scribes, référendaires, scrinarii, chargés de la garde et du classement.
Ce que S. Jérôme appelait bonnement chartarium reçut au vc siècle un vocable plus relevé, celui de scrinium ou scrinia Sedis aposlolicae, et c'est de ce terme que font usage Boniface Ier, Célestin Ier, Léon le Grand et d'autres à la suite. Nous ignorons le lieu où se trouvait ce scrinium et nous ignorons de même à quelle date il quitta l'édifice damasien pour s'acheminer vers le Latran '. Cette appellation de scrinium vient des coffres ou boîtes scellés dans lesquels on déposait les titres et les documents juridiques : une statue romaine du ni0 ou du ive siècle, dédiée au patron d'une corporation, le montre ayant près de lui une boîte sur laquelle on lit : C0RP0RIS MVNIMENTA, « statuts de la corporation 2 ».
On ne possède ni description ni catalogue de la bibliothèque pontificale du Latran au vie siècle, mais les documents sur d'autres bibliothèques ecclésiastiques du même temps permettent de se rendre compte de l'aspect qu'elle offrait. Les livres étaient rangés avec soin par ordre de matière. Sur les armoires correspondant à chacune des principales divisions du savoir humain à cette époque, se voyaient les portraits des personnages païens ou chrétiens en qui cette branche paraissait résumée : par exemple dans le compartiment des livres de droit, Théodose, Paul, Gaius; sur celui des livres d'histoire, Eusèbe, Orose; sur celui de la médecine, S. Côme et S. Damien, Hippocrate, Galien. Des inscriptions en vers rendaient plus clair encore ce classement 3.
[Les fouilles de Ph. Lauer sous la chapelle du Sancla sanclorum ont précisément retrouvé quelques restes d'une salle qui a pu être occupée par la bibliothèque du Latran au vie siècle : le mur était décoré d'une fresque représentant un personnage assis devant un pupitre sur lequel est posé un codex. Son nom n'est pas indiqué, mais l'inscription placée au dessous, un distique réparti sur trois lignes :
+ DIVERSI DIVERSA PATRES Sed hic OMNIA DIXIT R0MAN0 ELOQWo MVSTICA SSENSA TONANS,
suggère qu'il s'agit de S. Augustin *].
On prenait grand soin de la reliure des livres, « afin que la beauté extérieure revêtit dignement celle du texte sacré ». Des horloges mesuraient le temps et des lampes suspendues au plafond permettaient les veilles studieuses 6.
Observons, avant d'aller plus loin, qu'une distinction entre le scrinium ou archives et la bibliothèque s'impose, quoiqu'on les ait longtemps confondus à tort en s'appuyant sur des textes dont J.-B. de Rossi a rétabli le véritable sens. Ainsi, la bulle d'A-gapet II, par exemple, parle évidemment de la bibliothèque de S. -Pierre, lorsqu'il dit que la note des Églises auxquelles on avait donné la dignité du pallium y était déposée; le pallium étant toujours pris à la Confession de S. -Pierre, on dut naturellement conserver dans les
1 De Rossi, De origine, p. xlv. — % J, Spon, Miscell. erud. antiq., p. 216, n. 3. — 3 De Rossi, De origine, p. lvii-lix. — 4 Ph. Lauer, Les fouilles du Sancla sanclorum au Latran, dans Mélanges d'arch. et d'hist., t. xx, 1900, p. 251-287; G. Wilpert, Il più antico ritretlo di S. Agoslino, dans Afiscellanea Agostiniana, n, Rome, 1931, p. 1-3. — b Cassiodore, Instil., I, 30. — • Ci-dessus, IX, Êpigraphie romaine,
archives de la basilique la mémoire authentique des sièges qui avaient le privilège de le recevoir; mais lorsque le même pape cite les vieux textes conservés dans le sacrum scrinium au sujet de l'acte de translation des droits métropolitains à l'Église de Salzbourg, il parle certainement des registres pontificaux conservés alors dans l'archive du Latran, où, de la basilique S. -Laurent in Damaso, ils avaient été transférés.
Furent-ils tous déposés au palais du Latran? Non sans doute, [car il a existé d'autres bibliothèques pontificales : nous possédons quelques témoignages, littéraire, épigraphique ° et archéologique de celle que le pape Agapet Ier avait fait construire et décorer sur le clivus Scauri, entre la basilique des SS.-Jean-et- Paul et le site du futur monastère de S.-André-et- S. -Grégoire T). Le registre des propriétés et cens de l'Église romaine, inséré vers 1083 dans la collection du cardinal Deusdedit, puis dans le Liber censuum, indique des pièces tirées, les unes des archives du Latran, les autres, suivant la remarque de Rossi, ex tomis carliceis in cariulario juxta Palladium, c'est-àdire, dans la tour dite Cartularia, près de l'arc de Titus, au pied du Palatin, lieu réputé le plus fort, le plus sûr de la cour pontificale. Les archives furent donc alors divisées en deux parties, l'une au Latran, l'autre au Palladium, comme plus tard nous les voyons divisées en deux parties également, l'une au Vatican et l'autre plus particulière au château S. -Ange. Mais on ignore qui a pu présider à ce partage des documents. Urbain II, a dit Pflugk-Harttung, l'éditeur d'Acta romanorum ponlificum inedita ad annum 1197, a séparé la bibliothèque où étaient les tomes des archives où étaient déposés les registres; mais, comme le remarque de Rossi, la forme et la matière des tomi carlicci relève à proprement parler d'une archive, et si, au temps du cardinal Deusdedit, sur les formules duquel on s'appuie, les tomes sont distingués des registres, il ne semble pas que la bibliothèque soit encore séparée des archives. Ajoutons qu'au xne siècle, vers 1125, un registre au moins d'Alexandre II était conservé au mont Soracte, non loin de Rome, ce qui nous indique qu'au milieu des voyages continuels des papes, en ces temps troublés, avait lieu une certaine dispersion des archives, résultat forcé des déplacements continuels de la cour pontificale.
Nous revenons à notre sujet en faisant observer qu'on possède des détails précis sur les archives et la bibliothèque pontificales au siècle suivant. Les regesta de S. Grégoire le Grand, de 590 à 604, peuvent être reconstitués 8. Deux cents ans plus tard, le polyptyque rédigé par ses ordres existait encore, « formant un très grand volume en parchemin déposé dans le sacré scrinium du palais de Latran ' ». Les homélies de ce grand pape y étaient conservées de son vivant 10. Ses Moralia s'y trouvaient aussi, bien que, cinquante ans après lui, l'envoyé d'un roi wisigoth n'ait pu les découvrir « à cause de la multitude des livres " ». Dans la collection pontificale figuraient encore les actes des conciles généraux : S. Grégoire, ayant eu besoin d'étudier celui d'Éphèse, reconnut que « les manuscrits romains, gardés depuis les temps antiques dans les scrinia, étaient plus purs et plus sincères que les grecs u ». Les procès-verbaux d'un concile tenu à Rome, en 649, à propos de l'hérésie monothélite vont nous permettre de jeter un coup d'œil sur la bibliothèque pontificale 13.
n. 115. — ' H.-I. Marrou, Autour de la bibliothèque du pape Agapil, dans Mélanges d'arch. et d'histoire, t. xi.vm, 1931, p. 124-169. — 8 De Rossi, De origine, p. lxiv. — » Jean Diacre, Vita S. Gregorii Magni, 1. II, c. xxiv. — " S. Grégoire le Grand, Preef. au livre XL Homil. — " De Rossi, De origine, p. xxi. ■ — 12 S. Grégoire le Grand, Registr., 1. VI, ep. ix. — 13 De Rossi, De origine, p. lxvi-lxxi.
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Les Pères assemblés au I.atran eurent besoin, pour éclairer leurs délibérations, de consulter un grand nombre d'écrivains ecclésiastiques de toutes les époques. Par l'ordre du pape Martin Ie1, qui présidait le concile, Théophylacte, primicier des notaires, faisant fonction de bibliothécaire de l'Église romaine ', se tenait à leur disposition : dès qu'un livre était demandé, il l'apportait immédiatement. « La célérité avec laquelle il procurait tous les ouvrages, même anciens et peu connus, montre que ceux-ci étaient classés avec ordre, et leur catalogue facile à consulter. » J.-B. de Rossi a extrait des actes du synode de 649 la liste des livres ainsi portés de la bibliothèque dans la salle conciliaire (voir Dictionn., t. n, col. 871-873) : on y trouve (nous suivons l'ordre alphabétique) les œuvres de S. Ambroise, de S. Amphiloque, de S. Anastase, de S. Athanase, de S. Augustin, de S. Basile, de S. Cyrille d'Alexandrie, de S. Cyrille de Jérusalem, de S. Denys l'Aréopagite, de S. Éphrem, de S. Grégoire de Nysse, de S. Grégoire de Nazianze, de S. Hilaire, de S. Hippolyte, de S. Jean Chrysostome, de S. Jean, évêque de Scythopolis, de S. Jean, de S. Léon le Grand, de S. Sévérien, de Théophile d'Alexandrie, — en un mot, une patrologie sinon complète, au moins fort considérable, et qui était loin d'ailleurs de représenter toutes les richesses patristiques de la bibliothèque pontificale.
Une autre catégorie de livres fut aussi consultée. Ceux qui accusent l'Église romaine d'avoir peur de la contradiction, de supprimer les voix dissidentes, de détruire tout vestige historique des opinions contraires à ses doctrines, liront avec étonnement la liste des ouvrages hérétiques conservés au vu1' siècle dans la bibliothèque du Saint-Siège, non sans doute pour être communiqués indifféremment au peuple, mais pour être mis à la disposition des personnes capables de les étudier utilement. J.-B. de Rossi a dressé la liste des ouvrages hétérodoxes apportés par le primicier Théophylacte à la demande des Pères du concile. Vingt-neuf furent alors produits -, et combien d'autres, étrangers à la question actuellement soulevée, devaient contenir les armoires du Latranl
Au commencement du Moyen Age, les bibliothèques n'étaient pas de simples dépôts de livres, mais aussi des ateliers de copistes. Fugippe, ami de Cassiodore, entretenait dans son monastère de Campanie des « esclaves antiquaires », qui copiaient des livres, envoyés ensuite non seulement dans les villes voisines, mais jusqu'en Afrique3. L'Église, foyer de lumière jaloux d'éclairer de ses rayons le monde entier, employait de nombreux scribes à reproduire les richesses de ses collections : les nouveaux manuscrits étaient libéralement distribués. Après la mission de S. Augustin en Angleterre, S. Grégoire le Grand envoya dans ce pays des exemplaires des Livres saints4. In prélat anglais, Benoît Biscop, qui visita six fois Rome dans la seconde moitié du vil* siècle, rapporta de chaque voyage de nombreux volumes qui, à sa mort, formaient toute une bibliothèque5. Céolfrid (voir Dictionn., t. n, à ce nom), successeur de Benoît, rapporta aussi de Rome une édition complète (Pandectcm) de la Bible6. Les libéralités de la bibliothèque romaine envers les nouvelles Églises non seulement d'Angleterre, mais de Germanie et de toute l'Europe septentrionale, étaient si nombreuses, que plus d'une fois elle se trouva hors d'état de satisfaire
1 C'est seulement à la lin du vn* siècle, ou au commencement du VIIIe, qu'un bibliothécaire, distinct du primicier, fut chargé spécialement du soin des livres, Ibid., p. i.xxix. ■ De Hossi, De orir/ine, p. i.xx. — * S. Fulgence, Epist., v, ad Eugipptum. — ' Bëde, Hist. eccles., 1. I, c. xxix. — ■ Id., ibid., P. /.., t. kciv, col. 716, 717,
aux demandes. « Notre bibliothèque est épuisée de livres et nous n'en avons plus à donner », écrit en 649 le pape Martin Ier à l'évêque d'Utrecht Amand : Codices juin exinaniti sunt a nostra bibliotheca, unde ci dure nullatemus habuimus : transcribere autem non potuit, quoniam festinanler de hac civilate egredi properavit'. Ainsi donc, à ce moment, il n'existait plus un seul manuscrit en double dans les réserves de la collection pontificale.
Les livres ne furent pas la seule chose envoyée de Rome aux nations lointaines. Lors de ses quatrième et cinquième voyages, Benoît Biscop recueillit « beaucoup de saintes images 6 ». Les unes représentaient Jésus-Christ, la Ste Vierge, les apôtres; d'autres offraient ces concordances des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui eurent une si grande influence sur le développement du symbolisme chrétien, et que l'on suit depuis les représentations figurées des basiliques italiennes au iv et au ve siècle jusqu'à la Iiiblia pauperum du Moyen Age. Bède cite parmi les « images » rapportées par Benoît Biscop la scène biblique d'Isaac chargé du bois du sacrifice, faisant pendant à la scène évangélique de Jésus portant sa croix. Ces spécimens de l'imagerie du vnc siècle furent en Angleterre l'origine de la peinture murale : au témoignage de Bède, on les reproduisit en grand dans la décoration des églises9; l'Angleterre après avoir reçu des papes la foi catholique, en recevait aussi l'art religieux.
La musique n'était pas oubliée dans ces largesses : tant de répons, d'antiphonaires, de livres notés furent distribués par les papes aux Églises de France pendant les règnes de Pépin et de Charlemagne, que Louis' le Débonnaire en demandant à son tour, Grégoire IV eut peine à trouver pour lui un volume de chant liturgique 10. Une autre richesse de la bibliothèque pontificale consistait dans les manuscrits d'auteurs profanes, reliques de l'antiquité classique, dont les hommes du commencement du Moyen Age comprenaient tout le prix. Les copistes étaient occupés à les reproduire. En 757, le pape Paul Ier envoie à Pépin le Bref non seulement les ouvrages de Denys l'Aréopagite, mais encore la grammaire d'Aristote. une autre grammaire, des traités de géométrie, d'orthographe, et « tous les auteurs grecs n. Mais il faut exposer ceci avec plus de détails.
Vers la fin du vu0 et le début du vme siècle, on voit le pape Serge Ier confier le soin de la bibliothèque au sous-diacre et sacellaire Grégoire. Il fut, semble-t-il. le premier bibliothécaire du siège apostolique et devint pape en 715, c'est donc lui qui ouvre la liste. La charge à lui confiée diffère de celle de primicier.
Bède écrit en 730 que Nothelmus (un anglais) Romam veniens, nonnullas ibi beali Gregorii papae sinuil et aliorum ponti/icum epislolas, perscrutato ejusdem sanctae fccctesiae Romanae scrinio, permissu Gregorii (III) ponli/icis im>enitu. Zacharie, le successeur de Grégoire III unie scrinium Laleranense fecit porticum atque turrem. portas aereas alque cancellos... et super turrim triclinium et cancellos aereos construxit, ubi et or bis terrarum descriptionem depinxit atqne diversis versiculis ornavit '3. F.n ce même siècle, nous retrouvons la mention du scrinium dans le synode romain de 715 où il est dit en parlant des livres condamnés d'Aldebert : m scrinio nostro resernentur. Puis encore dans la notice d'Hadrien I". au Liber
720, 721. — • Id., ibid., col. 721. — ■ Mnnsi, Conc. ampliss. coll., t. x, col. 1183. — s /'. /.., t. xc.iv, col. 717. — " P. L.,-l. XCIV, col. 720; cf. GaiTUCCi, Storia dell' arlc cristiana, t. u, pi. < xi.i. — ,0 De Rossi, De origine, p. i.xxxiv . — " Id., ibid., p. i.xxxm. — " P. L., t. xcv, col. 22. 13 Liber ponlif., Zacharie.