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II

ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES

pontificalis, on lit que les actes grecs authentiques du [Ie concile de Nicée furent traduits en latin par ordre du pape et in sacm bibliotheca paritcr recondila ad aeternam orthudoxae fidei memoriam. Ces différents témoignages prouvent à l'évidence que les actes authentiques des conciles étaient conservés dans le scrinium de l'Église romaine et la bibliotheca sacra n'était pas différente de celle de l'archivum.

Dans la basilique de S. -Pierre, on conservait, outre les manuscrits liturgiques, les acta et munimenla les plus importants. Les cauliones de tous les évêques et des papes, c'est-à-dire les professions de foi scriplae a notariis in scrinio (Lateranensi) deponebanlur in sacratissima confessione beali Pétri aposloli ad corpus ejus conservandae (voir ci-dessus, col. 2845), les actes d'élection étaient conservés in sacro scrinio Lateranensi.

Nous venons de dire qu'au vme siècle, le pape Paul I" faisait à Pépin le Bref des présents délivres; il lui envoyait aussi et horologium nocturnum 1, c'est-àdire un horologium aquatile quod die nocluque horarum jugiter indicaret quantitatem 2. Quant aux livres, s'il arrivait qu'on fût entièrement démuni de doubles, on consentait quelquefois à prêter l'original, à condition qu'il serait rendu après avoir été copié; c'est ainsi que Loup, abbé de Ferrières, obtint de Benoît III la concession temporaire du commentaire de S. Jérôme sur Jérémie, du De oratore de Gicéron, des Institutions de Quintilien et du commentaire de Donat sur Térence 3.

Le goût de l'antiquité profane était alors si vif, qu'à la fin du xc siècle, Gerbert de Reims, qui devint le pape Silvestre IL écrivait à un ami : Nosti quanto studio librorum exemplaria undique. conquiram, nosti quot scriplores in urbibus aul in agris Ilaliae passim habeantur et : bibliothecam assidue comparons Romae ac in aliis Italiae partibus auctorum exemplaria multitudine nummorum redemif; ainsi, il achetait à prix d'or les manuscrits des auteurs classiques, mais il entretenait dans les villes et jusque dans les campagnes de l'Italie des copistes chargés de reproduire ceux qu'il ne pouvait acquérir. Ge même Gerbert écrivait à Etienne, diacre romain : Suetonios, Tranquillos Quinlosque Aurelios cum céleris, quos nosti... remiltes cl quae nomini tuo convenientia edisces 6.

D'autre part, l'Église romaine accroissait jalousement ses collections. En 783, Charlemagne offrait au pape Hadrien Ier le psautier de sa femme défunte Hildegarde. Vers 839, Agnellus de Ravenne est à la recherche d'un grande volumen mire exaratum par ordre de l'évêque Maximien (546-553) qui contenait quidquid ad Ecclesiae ritum pertinet et qu'on disait Romam transmeasse B. Raban Maur offrit au pape (827-844) un livre sur la sainte croix conscriptum tempore prisco, Principi apostolico mimera missa Petro'1; enfin l'empereur Michel misil ad beatum Petrum aposlolum per manum Lazari monachi et pictoriae arlis nimie eruditi... evangelium en grec. L'iconoclasme entraîna la fuite de nombreux moines grecs qui gagnèrent l'Italie et Rome où ils apportèrent les livres enluminés qu'ils avaient pu soustraire à la brutalité des hérétiques. De ce nombre était un manuscrit eOPTOON K(où)AriGÙN OA6 T5 £TOYC (Kalendarium jeslorum et sanctorum lolius anni) mentionné sur le texte épigraphique d'une donation faite au monastère de S. -André ad clivum Scauri, où vivait une communauté bvzantine 8.

1 Cod. Carolin., n. xxv, édit. Cenni, Monum. dom. pont., t. r, p. 148. — 2 Cassiodore, De instit. divin, lilter., c. xxx. — 3 Muratori, Antiq. ital., t. m, p. 835. — • Epist., xliv, c.xxx. — 6 Epist., xl. — • Agnellus, Vitee pontif. Havennat., édit. Waitz, Scriplor. rer. Langob. el liai., fasc. viix, p. 332. — ' Diimmler, Poet. lat. med. œvi, t. n, p. 161.

III. Du vine au ixc siècle. — A cette époque, Rome fut un véritable centre de fabrication ou d'acquisition de livres. Les papes, les particuliers en font copier, en achètent, en reçoivent, en donnent. Le scrinium et la bibliothèque du Latran, la bibliothèque particulière et l'archivum spécial de la basilique vaticane, les basiliques, les églises, les monastères de Rome regorgent de volumes.

Tout d'un coup, ces immenses richesses bibliographiques s'effondrent. A peine quelques manuscrits antérieurs au Xe ou xie siècle surnagent-ils, épaves des archives et de la bibliothèque pontificales. On suit encore la trace de celles-ci jusqu'au commencement du xme siècle' : au-delà, tout vestige s'efface. J.-B. de Rossi a découvert, avec son habituelle sagacité, la principale cause de cette ruine étrange, que les historiens renonçaient à expliquer. On sait combien Rome fut troublée au Moyen Age : non seulement les églises et les monastères urbains souffrirent cruellement de ces désordres, mais les papes durent plus d'une fois quitter la ville, ou, dans la ville même, demander à des lieux mieux protégés une sécurité que le palais du Latran avait cessé de leur offrir. Les archives de l'Église les suivaient dans leurs pérégrinations : les documents qui en proviennent ont été trouvés dans des monastères hors de Rome 10. C'est de préférence dans une forteresse, au pied du Palatin, vers Ste- Marie-Nouvelle et l'arc de Titus, que les pontifes cherchaient un asile. Une tour destinée à recevoir les archives, turris churtularia, y avait été construite : on y transféra les papiers et les livres". Malheureusement, les fidélités sur lesquelles comptaient les papes étaient des fidélités à la manière italienne : les Frangipani, vassaux de l'Église romaine et châtelains de la forteresse pontificale, abandonnèrent leur légitime seigneur pour se rallier à Frédéric II : ils livrèrent aux impériaux « tout ce qu'ils tenaient de l'Église romaine, depuis le Palatin jusqu'au Colisée I2. «Ainsi, non seulement la tour des archives, mais les archives ellesmêmes, avec leurs registres, leurs chartes, leurs volumes, tombèrent-elles aux mains des ennemis du Saint-Siège. On peut mesurer la grandeur du désastre à ce fait qu'il n'existe plus rien du scrinium et en particulier des regesta pontificaux antérieurement au règne d'Innocent III. Ce grand pape rétablit ou plutôt créa de nouveau les archives de l'Église romaine : « son avènement, a dit L. Delisle, fut une ère nouvelle pour la chancellerie pontificale ». Il installa le dépôt d'archives au Vatican pendant que la bibliothèque se réorganisait peu à peu au Latran, où Boniface VIII en fit dresser l'inventaire l'an 1295 13.

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