IV. AUX XIIIe ET XIVe SIÈCLES ET DEPUIS. Le
grand réformateur de la chancellerie des papes, Innocent III, le fut aussi des archives. Innocent III fit bâtir auprès de S. -Pierre la nouvelle chancellerie, et à côté, il fit déposer les archives. En fait, la série actuelle des registres de lettres des souverains pontifes commence à Innocent III. La série antérieure des registres déposés en divers lieux du Latran, à la tour charlularia, au mont Soracte, etc., ne fut sans doute pas réunie à la série Innocentienne, comme l'appelle J.-B. de Rossi; cette dernière série, en effet, a été conservée en entier — sauf quelques registres, — et l'autre au contraire a péri, tout entière, on peut le dire, puisque le volume du registre de Jean VIII, celui du registre de Grégoire VIII, cités souvent comme
— ' Cf. De Rossi, De origine, p. lxxxvi; Mabillon, Acta sanct. O. S. B., t. i, p. 476. — » De Rossi, De origine, p. xcn. — l0 Id., ibid., p. xcv. — " Id., ibid., p. xciv. — 12 Id., ibid., p. xcvm. — 13 P. Allard, Les archives et la bibliothèque pontificales, dans Etudes d'hist. el d'arçhéol., in-12, Paris, 1899, p. 118-139.
ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES
des registres pontificaux, n'ont pas appartenu à la série originale et authentique des premières archives. Comment ces registres de la série antérieure à Innocent III ont-ils péri? On l'ignore. Ils semblent exister encore au xme siècle, car ils sont cités par Honorius III et Grégoire IX, mais depuis lors on en a perdu la trace. Ont-ils été détruits lorsque la tour charlularia, après avoir été le théâtre de sanglants combats livrés par les Frangipani, châtelains du pape, contre les adversaires de la papauté, fut cédée traîtreusement à Frédéric II, en 1244? Peut-être.
On a souvent répété, sur la foi d'un historien allemand, ennemi avéré du catholicisme, qu'aux xe et xie siècles, l'Église de Rome fit vendre ses manuscrits et perdit ainsi ses codices, à l'exception de quelques livres liturgiques. C'est un mensonge tendancieux et le texte invoqué par Gregorovius pour le soutenir prouve tout simplement le contraire. J.-B. de Rossi en établit le sens précis : un auteur enthousiaste, célébrant la richesse de la bibliothèque du monastère de Pompose en 1093, écrit qu' « aucune Église, ni ville, ni province, ni même enfin Rome, ne peut le disputer à Pompose ». Rome apparaît là évidemment pour désigner le lieu où se trouvait, croyait-on, la plus riche bibliothèque : Nulla ecclesict, neque urbs, ncque provincia, tandem ne ipsa Roma, orbis caput, certet laudibus Pomposiae, copia sanctorum fortunalae librorum. Nous pouvons faire remarquer que les exemplaires intacts et les fragments des anciens index de manuscrits sont d'une grande utilité pour l'histoire littéraire. Le volume n. 1877 du fonds palatin nous a conservé un précieux recueil de documents du ixe siècle, concernant les monastères de la région rhénane. Dans ces vieux catalogues apparaît déjà une ébauche de classification par ordre de matières, et aussi de tables alphabétiques; ils sont d'un telle exactitude que nous pouvons aujourd'hui reconnaître précisément ce qui nous reste des manuscrits décrits dans ces inventaires primitifs. Nous en trouvons des exemples jusqu'au xme siècle environ.
.Mais au xive siècle, les bibliothèques monastiques étaient tombées dans un état déplorable, et celui des bibliothèques des basiliques et des églises cathédrales n'était guère meilleur. A Rome enfin, les luttes de la papauté et de l'empire avaient causé aux archives les dommages irréparables que nous avons rappelés plus haut. C'est donc une chose très remarquable que la mention au temps de Nicolas IV (1288-1291) des gazophilacia anliquorum monasteriorum Romae, contenant libros et privilégia ex papt/ro scripto ex litleris non intelligibilibus, nam flgurae nec ex toto graecae nec ex toto latinae erant1. C'est-à-dire que c'étaient des écritures en ancienne cursive latine, comme il y en a dans les papyrus de Ravenne, inintelligibles pour les paléographes du temps et même pour les savants du xve siècle. Quant au contenu des archives au xine siècle, nous pouvons considérer comme une sorte d'inventaire des privilèges et diplômes impériaux qui en faisaient partie en 1245, les copies que le pape Innocent IV en fit faire au concile de Lyon, qui furent conservées dans le monastère de Cluny et qui nous sont parvenues dans un manuscrit contemporain, le n. 2546 du fonds Ottobonien. 11 ne reste nulle trace, nulle indication, des véritables catalogues des anciennes bibliothèques et des scrinia de l'Église romaine et de ses archives à l'époque la plus reculée du Moyen Age.
1 Simonis Januensis, Clauis sanatioriis, Venctiis, 1514, p. 37. — ' Fr. Klnle, Historia bibliothecœ Romcmorum pontifleum tum Boni/aliante tutti Aveuionensis enarreata et antiquis eartim indicibus aliisque docutuentis illustrata, in-8°, Roma?, 1890. — » Antiquit. ital., t. VI, p. 76. —
Antérieurement à la constitution de la bibliothèque du Vatican telle qu'elle existe aujourd'hui et dont les origines ne datent que du xve siècle, le Saint-Siège a possédé deux bibliothèques dont les livres ont été dispersés au xive et au xvc siècle. La première, dont les vicissitudes peuvent être suivies pendant un demisiècle, depuis 1295 jusqu'en 1345, doit être appelée Bonijaciana, du nom de Boniface VIII, sous le pontificat duquel, elle fut organisée. La seconde, fondée en Avignon par le pape Jean XXII a duré jusqu'au pontificat de Martin V, en 1417.
La bibliothèque de Boniface contenait environ sept cents livres, qui furent portés de Rome à Pérouse en 1304, et, un peu plus tard, avant l'année 1319, de Pérouse dans le couvent des cordeliers d'Assise, où ils devaient être encore en 1345. Après cette date, on en perd la trace. Pour la période d'un demi-siècle pendant laquelle on la peut suivre, il est possible d'utiliser quatre inventaires, savoir : celui dressé à Rome en 1295, celui dressé à Pérouse en 1311 et les deux autres dressés à Assise en 1327 et 1339.
La seconde bibliothèque pontificale, celle des papes d'Avignon, était beaucoup plus considérable que la précédente. Des débris importants en sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de Paris, au Vatican et dans la bibliothèque Borghèse. L'histoire en a été reconstituée par le cardinal Fr. Ehrle * à l'aide d'informations très sûres puisqu'elles sont tirées des livres même conservés à Paris et à Rome, des lettres des papes contenues dans les registres pontificaux du xive siècle, des comptes de la chambre apostolique, des inventaires des biens dévolus au Saint-Siège en vertu du droit de dépouille, des inventaires des livres conservés au palais d'Avignon en 1369 et en 1375.
Après que la cour papale se fut transportée d'Italie en France, la collection des registres, diplômes et documents de tout genre, ainsi que les manuscrits, fut transportée également avec le trésor du Saint- Siège apostolique, d'abord à Assise, puis à Avignon. En 1327, Jean XXII en ordonna l'inventaire à Assise. Des catalogues authentiques en furent rédigés à Avignon en 1336-1339, 1367 et 1369. Muratori a publié le dernier*. La culture renaissante des lettres exigeait cependant alors de nouvelles récoltes de livres et d'exemplaires corrigés des œuvres de l'antiquité, que recherchaient avec soin et sagacité les savants de cette grande époque. On sait la faveur avec laquelle les papes secondèrent la renaissance des études classiques. Ils eurent en Avignon leur bibliothèque particulière; ils l'enrichirent d'ouvrages des classiques dont purent profiter les savants, Pétrarque en particulier '. L'antipape Benoit XIII transféra au château dePeniscola, en Catalogne, une grande partie de la bibliothèque d'Avignon et des archives. Le catalogue des manuscrits qui y furent portés en 1408 est conservé dans le manuscrit latin ilô6u de la Bibliothèque nationale de Paris. Quand le schisme d'Occident eut pris fin, beaucoup de ces manuscrits ne vinrent pas à Rome, mais furent donnés au collège institué à Toulouse par le cardinal Pierre de Foix et furent enfin misérablement dispersés au xvne siècle. C'est dans cet état d'appauvrissement que la bibliothèque des papes nous est montrée par le célèbre Ambroise Traversari; il y trouva bien à Rome, en 1432, des manuscrits grecs, mais aucun de ces livres uniques et inconnus dont il poursuivait les traces avec tant de sagacité.
Nicolas V voulut réparer splendidement les pertes
* M. Faucon, Va librairie îles papes à Avignon, d'après les reyislres des comptes et l'inventaire des archiues V<i/icanes, in-S°, Paris, 1880; cf. Bibliothèque de l'École des Chartes, t. xlvii, 1886, p. 158-160; t. xlviii, 1887,
ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES
de la vieille bibliothèque du Saint-Siège et de la bibliothèque d'Avignon; il s'appliqua à fonder, pour l'usage de toute la cour, la célèbre bibliothèque que les contemporains, et surtout le bibliothécaire Vespasiano Fiorentino élevèrent aux nues. Giovanni Tortelli en fit un catalogue dont nous déplorons la perte, et la déclara : omnium quae /itérant praestantissimam. Des hommes érudits et habiles furent envoyés à grands frais ad diversas cxtremasque mundi partes, pour la doter des ouvrages perdus de l'antiquité sacrée et profane.
On a accusé Calliste III d'avoir dispersé le trésor littéraire amassé par son glorieux prédécesseur. Cette accusation a été examinée et réfutée par Eug. Miintz (voir Dictionn., t. xn à ce nom) qui a fait connaître, d'après le manuscrit 3959 du Vatican, l'inventaire authentique des manuscrits de Nicolas V trouvés dans le palais par son successeur Calliste 1 1 1 et conservés par ce dernier '.
La grande entreprise qui fit tant d'honneur à Nicolas V fut conduite à son complet achèvement par Sixte IV, qui donna une forme stable à la Bibliotheca palatina publiai, distincte de la sécréta, c'est-à-dire des archives et de la bibliothèque privée du pontife dans le palais du Vatican. Elle fut classée, par ordre de matières et d'auteurs, et Demetrio Lucense, sous les ordres de Platina, en fit le remarquable inventaire dont on possède l'original et plusieurs exemplaires anciens. Le fameux bibliographe G.-B. Struvius en eut une copie et en publia des extraits. D'autres inventaires en furent dressés sous Innocent VIII et sous Léon X. On possède les inventaires qui furent faits en 1484, vers 1498 et en 1518, ce dernier par Zanobi Acciavioli, et non comme on l'a écrit par Fauste Sabeo, lequel est postérieur. La communication des manuscrits du Vatican au xve siècle et au commencement du xvie siècle ne fut pas seulement donnée aux personnes qui fréquentaient la bibliothèque; on en accordait le prêt au dehors. Les registres authentiques en font foi, de même que les reçus originaux des savants. Ce sont là de notables monuments de la culture et des études de la cour de Rome à cette époque classique. La plupart des manuscrits recueillis par Léon X et Clément VII — les Médicis — enrichirent ensuite la bibliothèque de Florence : car, au Vatican, il y avait alors comme l'indiquent les vers de Brandolini, quatre bibliothèques : deux publiques, celle des manuscrits latins et celle des manuscrits grecs; une secrète et une particulière à chaque pape, qui revenait à sa famille.
Lors du sac de Rome par l'armée du connétable de Bourbon en 1527, la bibliothèque du Vatican eut sa part des dommages communs; elle perdit ses inventaires que cependant on retrouva plus tard. L'n nouveau catalogue des manuscrits fut dressé jussu et industriel cardinatis Sanctae Crucis, c'est-à-dire de Cervini, depuis pape sous le nom de Marcel II 2. Il se transforma en trois grands volumes, sous les pontificats de Paul III et de Jules III3. Ces volumes servirent à l'usage ordinaire de la bibliothèque publica et sécréta pendant tout le xvie siècle 4 et au commencement du xvne, jusqu'à l'achèvement des six premiers tomes du grand inventaire actuel dont on lira dans un moment l'esquisse.
Les richesses de la bibliothèque ne cessaient de
croître. Pie IV ordonna à O. Panvinio de recueillir les livres de toutes les langues. Parmi les nouvelles acquisitions de la seconde moitié du xvic siècle se plaçaient au premier rang les manuscrits de Colocci, ceux des Manuce, ceux de Panvinio et les inestimables manuscrits et livres annotés que légua Fulvio Orsini. Le possesseur de tant de trésors en avait fait lui-même le catalogue, dont l'original se trouve dans le manuscrit n. 7205 du fonds du Vatican, et dont Bertrani a signalé la valeur. Mais, ni Orsini, ni d'autres ne songeaient alors à publier de tels catalogues. Il n'en est pas même fait mention dans les livres qui donnent la description du nouveau local affecté par Sixte-Quint à la bibliothèque apostolique de son splendide édifice, de ses richesses littéraires et des sommes affectées à leur conservation et à leur augmentation.
Déjà, même avant Sixte-Quint, sous le court pontificat du savant Marcel II, et ensuite sous celui de Paul IV, on avait annexé à la bibliothèque la célèbre typographie vaticane et institué les fonctions de correcteur pour l'impression exacte des anciens textes sacrés et des Pères de l'Église. Les correcteurs surveillaient avec un soin tout spécial la pureté des copies des écrivains grecs, employés du matin au soir au Vatican à transcrire les anciens textes dont la bibliothèque manquait ou à faire de nouvelles copies de ceux qui périssaient de vétusté. De la recherche et de l'étude spéciale des manuscrits grecs a dû naître le désir d'en faire connaître sous une forme quelconque les index et les catalogues.
Au xvne siècle, les copies manuscrites des index grecs du Vatican se multiplièrent; on en rencontre à l'Escurial, à la bibliothèque du roi et chez Colbert à Paris, dans la collection de la reine de Suède, à la Slusiana à Rome et ailleurs. Le père Antoine Possevin *, dans son Apparalus sacer, publié à Cologne en 1608, recueillit le premier et donna à l'impression une série d'index des manuscrits grecs des principales bibliothèques où la Vaticane est représentée. En 1636, Ath. Kircher publia le catalogue des manuscrits coptes et, de 1675 à 1693, Bartolocci publia celui des manuscrits hébreux.
Tous ces efforts ne laissaient pas de rendre l'exploration de la bibliothèque assez difficile. II serait intéres*ant et utile de tracer un tableau des conditions faites aux travailleurs par les bibliothécaires et du monde de copistes dont il fallait solliciter les services. L'Iter Itaticum de Mabillon, sa correspondance et celle de Dom Michel Germain avec Dom Cl. Estiennot et Dom Jean Durand contiennent la plupart des éléments d'une étude piquante sur ce sujet qu'il n'est pas possible de présenter ici : périodes de fermeture, heures d'accès, humeur des bibliothécaires, méfiances, jalousies, refus de communication.
Au xvme siècle, Dom Bernard de Montfaucon (voir Dictionn., t. xi, à ce nom), embrassant dans sa vaste intelligence et dans son labeur infatigable toutes les bibliothèques, donna la Bibliotheca bibliolliecarum mcinuscriptu et s'attacha à ce travail même dans la Vaticane où on lui accorda le libre usage et la faculté de dépouiller tous les volumes de catalogues rassemblés dans le cours du xvnc siècle. Montfaucon fit d'abondants extraits, non seulement des sept volumes alors existants de l'inventaire latin proprement appelé « Inventaire du Vatican », mais aussi des plus
1 E. Miintz, La bibliothèque du Vatican sous les papes Nicolas V et Calixte III, dans Revue critique, t. xx, 1886, p. 282-293. — 2 Dans le manuscrit 3946 du fonds du Vatican, lequel est faussement indiqué comme renfermant un inventaire de la Vaticane dressé par l'ordre de Bessarion. — 3 N. 3967-3969 du fonds du Vatican. — 4 E. Miintz, La bibliothèque du Vatican au XYI' siècle.
Notes et documents, in-18, Paris, 1887; P. Batiffol, La Vaticane de Paul III à Peiul V, d'après des documents nouveaux, in-18, Paris, 1890; cf. Revue des questions historiques, t. xlv, 1889, p. 177-218. — s Cf. H. Omont, Un nouveau cutaloyue des manuscrits grecs du \atican au XVI' siècle, dans Bibl. de l'École des Chartes, t. XLVII, 1886, p. 694-695.
ROME. BIBLIOTHEQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES
anciens catalogues et des index grecs. Il découvrit un vieil index de la bibliothèque de la reine de Suède, et celui des manuscrits de Petau, dont les numéros tombés en désuétude, loin d'aider, entravent les recherches et amènent souvent des erreurs. Il ne tint compte ni du fonds d'Urbin, ni du fonds Palatin. Mais au début du xvitf siècle, quand parut la Bibliotheca bibliothccarum, elle ne pouvait suffire aux désirs des savants et n'était pas au niveau des progrès de la bibliographie des manuscrits.
Dans les pays les plus lettrés, on se préparait à faire imprimer les catalogues particuliers des meilleures collections de manuscrits en toutes langues, avec un grand appareil de notes et de descriptions. L'index des manuscrits grecs Vaticani-Palatini de Sylburg fut publié à Francfort en 1702. Rome ne tarda pas à s'associer au but commun des savants et des bibliothécaires. J.-S. Assemani fit paraître de 1719 à 1728 les trois tomes de la Bibliotheca oricnlalis Clementino- Vaticana, fruit du merveilleux trésor de manuscrits recherchés par lui-même en Orient et acquis au Vatican par la munificence de Clément XI, qui assura également à la bibliothèque la possession des manuscrits grecs du fameux /Eneas Silvius, le. pape Pie II. Innocent XIII ayant succédé à Clément XI, on s'occupa en 1721 à préparer pour l'impression le catalogue complet de tous les manuscrits en toutes les langues. En 1730, le travail se continuait. De 1756 à 1759, sous les auspices de Benoit XIV, parurent les trois premiers tomes du Ccdalogus bibliolhecae apostolicae Vaticanae codicum mss. in très partes dislribulus; in quorum prima orientales, altéra graeci, terlia latini, italici aliorumque europaeorum idiomatam codices, éd. Steph. Evodius et Joseph Simon Assemani. L'ensemble de ce gigantesque catalogue devait occuper vingt volumes, décrivant non modo scriptorum nomina ac singulorum voluminum argumenta, sed eu quoque quae prae caeleris conspicua notaluque digna in eodicibus occurrunl. Ce programme grandiose était conforme à l'esprit du temps; néanmoins l'entreprise était disproportionnée aux moyens et aux forces de l'homme, plusieurs vies très longues n'y eussent pas suffi. En 1768, un incendie dévora les six premières feuilles du ive volume et les Assemani perdirent courage. Ce désastre et les convulsions politiques de la fin du siècle mirent fin à une époque féconde et glorieuse de la bibliothèque Yaticane l.
V. Les catalogues des manuscrits du Vatican. — Leur histoire a dû commencer, il y a très longtemps, et même avant celle du célèbre Platina qui a décrit les manuscrits de la bibliothèque apostolique confiée à ses soins, et placée en un lieu plus digne d'elle par le pape Sixte IV. Ces inventaires sont nombreux et dignes d'intérêt 2, mais ne suffisent plus aux recherches littéraires telles qu'on les conçoit de nos jours.
En 1620, ou environ, les frères Rainaldi avaient déjà terminé les six premiers grands tomes de l'inventaire des manuscrits latins, avec l'énorme volume de la table alphabétique. Au cours des années suivantes, le tome vu vint s'y ajouter; vers le même temps, les trois tomes des manuscrits grecs furent achevés. La fameuse bibliothèque palatine, apportée en 1623 de Heidelberg à Rome, fut décrite en deux tomes, l'un pour le latin, l'autre pour le grec. Puis vinrent la bibliothèque des ducs d'Urbin et la bibliothèque Alexandrine laissée par la reine Christine de Suède; les inventaires en furent bientôt rédigés, en trois volumes latins et un grec pour la première3, en un
1 De Hossi, dans Aurora, 25, 27, 28, 2!) avril 1880. — 2 Grelth, Spicilegium Vatiamum, Frauenfeld, 1838; De Reumont, dans Archivio storico italiano, nouv. série, t. vin, p. 132. — * L'ancien inventaire de la bibliothèque
latin et un grec pour la seconde. Les manuscrits en langues orientales furent tous décrits en un volume spécial. Si bien qu'à la fin du xvir3 siècle, la bibliothèque du Vatican avait déjà à sa disposition dixneuf grands lomes de ses inventaires, sans compter les index et répertoires alphabétiques. Tout cela fut l'œuvre d'hommes habiles, versés dans les langues savantes, dirigées par les conservateurs de la bibliothèque, tous érudits parmi les meilleurs de cette époque si cultivée, les Nicolas Alemanni, Léon Allacci, Félix Contelori, Luc Holsten, Emmanuel Schelstrate.
L'œuvre du siècle suivant, le xvme, ne fut ni moins active ni moins fructueuse. La bibliothèque s'étant enrichie par l'acquisition des bibliothèques Ottobonienne et Capponienne, les fonds de manuscrits de chacune d'elles eurent leurs inventaires spéciaux. Celui de l'Ottobonienne est en deux volumes, grec et latin, composés au Vatican. Ruggeri, dans l'histoire de la bibliothèque du cardinal Ottoboni, publiée par Mai, déplore la perte des index dressés par le célèbre Fr. Bianchini. Mais J.-B. de Rossi les a découverts parmi les papiers de ce grand érudit, dans la bibliothèque capitulaire de Vérone. Au xviie siècle, la Vaticane vit ses trésors s'accroître principalement par les acquisitions des manuscrits en langues orientales et par les savantes études des Assemani (voir Diclionn., t. i, à ce nom) qui furent, pendant les deux tiers du siècle, préposés à la garde de la bibliothèque par Clément XI el par ses successeurs. L'impression resta longtemps abandonnée mais le projet ne fut pas pour cela oublié. Sous le pontificat de Pie VI, le P. Fr. Ant. Zaccaria • demandait une édition des catalogues grecs et latins, mais entre 1790 et 1815 on ne put rien entreprendre dans ce but. Après le retour de Pie VII à Rome, Angelo Mai (voir Dictionn., t. x, à ce nom) renouvela l'entreprise devenue d'autant plus nécessaire que vers la fin du xvnr» et le premier quart du xixe siècle, les trésors manuscrits du Vatican s'étaient beaucoup accrus. Leurs inventaires s'accrurent également, principalement par l'effort de Gaeleno Battaglini et sous l'impulsion de Gaetano Marini (voir Dictionn., t. x, à ce nom). C'est alors que furent dressés les tomes vm, ix et x de la série latine, ainsi qu'un tome de la section grecque, contenant les manuscrits Basiliens et Colonniens nouvellement acquis et un tome des manuscrits grecs de la bibliothèque Palatine revenue de Paris à Rome en 1814. Sous le pontificat de Pie IX, on avait déjà commencé le tome xi de la série- latine, auquel collaboraient volontairement aussi les professeurs de langues orientales, puis le tome xn, qui n'était pas terminé quand survint le mois de septembre 1870.
Alors Pie IX institua une commission spéciale des fonctionnaires supérieurs de la bibliothèque, présidée par le cardinal Pitra, chargée d'examiner l'état de ce grand organisme et de juger ce qu'il y avait à faire pour que, dans les nouvelles et tristes conditions où se trouvait le Saint-Siège, il ne restât rien qui ne fût enregistré ou décrit. En moins de cinq ans le tome xn de la série latine, déjà commencé, fut achevé et le tome xin rédigé en entier; le tome ix, qui était ébauché d'une façon très informe, fut refait d'un bout à l'autre; on dressa les index alphabétiques des nouveaux tomes latins, et l'on revit celui des manuscrits grecs des collections Basiliennc et Colonnienne. Dans les tomes nouveaux furent décrits les précieux papiers et les manuscrits anciens provenant du don d'Angelo Mai' et les volumineux documents de Maz-
des ducs d'Urbin a été mis en lumière par G-asti, dans Giornale storico degli urrhivi toscani, t. vi et vu. - — * Cf. Lunadoro, Relazione dclla corte di Roma, accrcscitita ed illustrata da Francescanlonio Zaccariu, Roma, 1771, p. 237.
ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALE
zuchelli 1 pour l'histoire des écrivains de l'Italie2.
[A partir de 1902 commence la publication, à une cadence assez rapide, de catalogues imprimés. Rédaction et publication se poursuivent actuellement, avec une précision et une rigueur scientifiques sans cesse accrues, dont témoignent par exemple le volume concernant les Vaticani Graeci 330-603 publié en 1937 par Mgr Devreesse, ou les deux tomes des Reginenses Latini 1-250, 251-500, dus à dom Wilmart et dont le second a paru, après la mort de celui-ci, en 1945.
Depuis 1928, la rédaction des catalogues imprimés est doublée de la constitution d'un index détaillé sur fiches.]
L'étendue donnée à ce paragraphe concernant la bibliothèque du Vatican doit suffire à montrer qu'il ne s'agit que d'une esquisse telle qu'on peut l'introduire dans un dictionnaire et non de l'histoire d'un dépôt dont l'importance demanderait plusieurs volumes et une compétence à laquelle nous ne prétendons pas. Les vicissitudes de la Bibliothèque et des Archives vaticanes à l'époque de la Révolution et du premier Empire ont fait l'objet de recherches multiples aussi bien en France qu'à l'étranger. Rappelons entre autres : Amédée Gachard, Les Archives du Vatican, in-8°, Bruxelles, 1874. — Memorie sloriche dell' occupazione e reslituzione degli Archivi délia S. Sede e del riacquesto de' Codici e Museo numismatico del Vaiicano, e de manoscritti e parte del museo di storia naturale di Dologna, dans Regestum démentis papae V, t. i, p. ccxxvm-cccxxv. Ce mémoire, rédigé à Paris, en 1816, par Marino Marini, se rapporte plus spécialement à l'enlèvement et à la restitution des archives. Il a été résumé par L. Delisle, dans Journal des savants, 1892, p. 429-441, 489-501 (voir Dictionn., t. x, au nom Marini), et il faut y ajouter les documents publiés par P. Batifîol sur l'histoire de la Vaticane en 1798-1799, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1889, p. 106-113, surtout il faut recourir à Eug. Muntz, La bibliothèque du Vatican pendant la Révolution française, dans Mélanges Julien Havet, in-8°, Paris, 1895, p. 579-591.
Nous avons déjà dépassé de façon notable la limite chronologique que nous nous étions assignée. L'histoire d'un dépôt de livres tel que celui de la bibliothèque apostolique est chose mouvante malgré son apparence sédentaire : acquisitions, translations, se réalisent sur de telles proportions qu'on a grand'peine à les suivre et à s'y reconnaître. On apprend un jour que les 300 000 volumes qui occupaient les appartements Borgia ont été déménagés dans la salle Léonine; un autre jour la bibliothèque Borghèse vient se fondre dans la bibliothèque Vaticane et on s'en réjouit, mais ceci ne relève plus de nos études.
VI. Essai de classement et description des manuscrits t.ituroiques. — En 1876, Léopold Delisle écrivait : o Quelques regrets que doive nous inspirer l'exil de nos manuscrits, il nous faut l'accepter comme un fait accompli; mais c'est pour nous un devoir de signaler ces débris de nos anciennes bibliothèques, de les décrire exactement, et de montrer le parti qu'on en peut tirer pour l'étude de notre histoire et de notre littérature. On ne saurait trop recommander aux Français qui séjournent à Rome, et en particulier aux archivistes paléographes de l'École française de taire connaître en détail les manuscrits dont ils obtiennent communication au Vatican. En réunissant les notices qu'ils en auraient
1 Cf. E. Narducci, Intorno alla vita del conte G. M. Mazzuchelli ed alla collezione dei suoi mss. ora posseduta délie biblioteca Vaticana, Roma, 1857. — % J.-B. De Rossi, dans Aurora, 13 février 1880. — 3 L. Delisle, Noie sur vingt ma-
rédigés, nous aurions en quelques années un catalogue complet de collections qui, pour être la propriété du Saint-Siège, n'en restent pas moins l'un des trésors littéraires sur lesquels la France doit veiller avec la plus tendre sollicitude » 3. Vox clamantis in dcserto. Malgré l'exemple donné par L. Delisle lui-même dans la Note et dans le Mémoire sur d'anciens sacramcntaires en 1886, ce fut un érudit étranger qui s'appliqua et donna l'œuvre suggérée dans ses Libri liturgici bibliothecae apostolicae Vaticanae manuscripti, digessit et recensuil Hugo Ehrensberger ", en 1897, sous les auspices du grand-duc de Bade! Et après avoir signalé et rangé suivant l'ordre alphabétique des noms de lieux une série de manuscrits d'origine française, Delisle répète que « plusieurs sont de nature à piquer la curiosité des savants qui s'occupent de l'histoire religieuse, littéraire et artistique de la France. Puissent-ils réserver quelques découvertes intéressantes à nos jeunes compatriotes de l'École de Rome 5 ».
Sur les 545 manuscrits inventoriés et décrits par H. Ehrensberger, qui a omis les Evangelia per anni circulum, nous ne rappellerons ici que ceux qui ont un rapport plus étroit avec nos études. [Pour la plupart, l'existence d'une description détaillée et récente nous dispensera de renvoyer à la bibliographie antérieure.]
Reg. 316. — Sacramentaire mérovingien : [A. Wilmart, Codices Reginenses latini, t. il, p. 200-204 : vêtus Romanum sacramentarium triparlitum, quod Gelasianum non inmerito vocalur, quamvis Gallicanis orationibus auclum fuerit; copié (à Corbie?) peu avant 750].
Reg. 317. — Sacramentaire mérovingien : [A. Wilmart, ibid., t. il, p. 204-208; vêtus Gallicanum sacramentarium, immo Augustodunense, Romanis oralionibus inlermixtis, quod concorditer e nota saec. xv (L 1) Missale Gothicum adhuc vocalur; école de Luxeuil, début du vine siècle, peut-être extrême fin du vir3].
Reg. 257. — Sacramentaire mérovingien : [A. Wilmart, ibid., t. il, p. 22-24 : Missale quod dicitur Francorum, reapse imperfectus libellus pontificalis missalisque, praesertim e Romanis orationibus confectus ad Gallorum usum; Saint-Denis (?), première moitié du vme siècle].
Palat. "593. — Sacramentaire mérovingien : vme siè- ■cle.
Bibl. .-Tomasi, Codices sacramenlorum, in-4°, Romae, 1680, p. 433-492; Opéra omnia, édit. Vezzosi, Romae, 1751, t. vi, p. 369-415; Mabillon, De liturgia gallicana, 1685, p. 329-378; Muratori, Liturgia romana vêtus, in-fol., Venetiis, 1748, t. n, fol. 679; P. L., t. lxxii, col. 339-382; Neale and Forbes, The ancient liturgies of the gallican Church, in-8; Burntisland, 1855, p. 151- 208; Bethmann, dans Pertz, Archiv, t. xn, p. 336; L. Delisle, Mém. sur d'anciens sacramentaires, p. 73- 79, n. v; E. Stevenson, Codices Palatini latini, t. i, p. 163; A. Ebner, Quellen und Forschungen, p. 246; H. Ehrensberger, Libri liturg. bibl. apost. Valic, p. 387-389.
Ottob. 313. — Sacramentaire de l'Église de Paris. Seconde moitié du ixe siècle.
Bibl. : Muratori, Liturgia romana vêtus, t. i, p. 72- 74, col. 1-390; Opéra, t. xm, 2e part., col. 491-1118; Bethmann, dans Pertz, Archiv, t. xn, p. 360; L. Delisle, Note, dans Bibl. de l'École des Chartes, t. xxxvn, 1876, p. 483-485; Mémoire sur d'anciens sacramentaires, p. 149-150, 372-388; A. Ebner, Quellen und Forschungen, p. 231, 383, 455; H. Ehrensberger, Libri liturg. bibl. apost. Vatic, 1897, p. 393-396.
nuscrils du Vatican, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, t. xxxvn, 1876, p. 474. — 4 Grand in-8°, Friburgi Brisgoviae, 1897, xn-591 p. — 6 L. Delisle, Manuscrits liturgiques du Vatican, dans Journal des savants, 1897, p. 284-299.
3119 ROME. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES 3120
Palat. 485. — Sacramenlaire de Lorsch (fragments). ixe siècle.
Bibl. : Bethmann, dans Pertz, Archiv, t. xn, p. 335; E. Stevenson, Codices Palatini latini, t. i, p. 155-158; H. Ehrensberger, Libri liturgici bibliothecae upostoliae Vaticanse, 1897, p. 396-398.
Reg. 337. — Sacramenlaire carolingien : [A. Wilmart, Codices Reginenses Latini, t. n. p. 255-258 : Ilomanum Sacramentarium quod a S. Gregorio Magno disposilum esse ferlur, videlicet ex authentico libro quem Hadrianus papa I ad Carolum Magnum, ssec. VIII ex. misil, de.inceps ab Alcuino auctum: Tours (?), vers 840-850].
Reg. 567. — Sacramenlaire de Sens (fragment) : voir Dictionn., au mot Sens; xe s.
Bibl. : Bethmann, dans Pertz, Archiv, t. xn, p. 293; L. Delisle, Mém. sur d'anc. sacram., p. 162-167, n. xliii; De Rossi-Duchesne, Martyrol. hierony m., dans Acta sanct., novemb., t. n, lre part., p. xiv,xxxvii; A. Ebner, Quellen und Forschungen, 1896, p. 242; H. Ehrensberger, Libr. liturg. apost. bibl. Vatic, 1897, p. 187-188.
Palat. 495. — Sacramenlaire bénédictin de Lorsch : xe siècle ou début du xic.
Bibl. : Bethmann, dans Pertz, Archiv, t. xn, p. 337; L. Delisle, Mém. sur d'anc. sacram., p. 238- 240; E. Stevenson, Codices Palatini latini, t. i, 1886, p. 166-167; A. Ebner, Quellen und Forschungen, p. 247; H. Ehrensberger, Libri liturg. bibl. apost. Vatic, 1897, p. 401-402.
Vatic. 3541t. — Sacramenlaire bénédictin de Fulda : xe siècle.
Bibl. : A. Ebner, Quellen und Forschungen, p. 208; H. Ehrensberger, Libr. liturg. ...Vatic, p. 402-403.
Vatic. 3896. — Sacramenlaire bénédictin de Fulda : Xe siècle.
Bibl. : Giorgi, De liturgia pontifie. Roman., t. il, p. cxlix; A. Ebner, Quellen und Forschungen, p. 212, 342; H. Ehrenberger, Libr. liturg... Vatic, p. 404-
Palat. -594. — Sacramenlaire bénédictin : a appartenu au monastère de Celle, diocèse de Mayence; xie siècle.
Bibl. : Bethmann, dans Pertz, Archiv, t. xn, p. 337; E. Stevenson, Codices Palatini latini, t. i. 1886, p. 165-166: A. Ebner, Quellen und Forschungen, p. 246: Eubel, dans Katholik, 1896, p. 55 1 : II. Ehrensberger, Libr. liturg. bibl. apusl. Vatic, p. 105-407.
Palat. 499. — Sacramenlaire bénédictin de Lorsch : xie siècle.
Bibl. : Giorgi, Marlyrologium Adonis. Romae, 1745, p. 704; Bôhmer, Fontes rerum germanicarum, Stuttgart, 1851, t. m, p. 144; Bethmann, dans Pertz, Archiv, t. xn, p. 337; E. Stevenson, Codices Palatini latini, t. i, p. 167; L. Delisle, Mém. sur d'anc. sacram., p. 240-241, n. xem; A. Ebner, Quellen und Forschungen, p. 250; H. Ehrensberger, Libri liturgici bibl. Vatic. p. 407-408.
Psautier. — Reg. 11. — Psautier et hymnaire : [A. Wilmart, Codices Reginenses latini, t. i, p. 26-30 : Psallerium duplex, cum epistulis B. Ilicronymi, canticis, hymnis; France du Nord (S. -Denis?), milieu du vme siècle].
Homiliaire. — Reg. 38. — Homiliaire : |A. Wilmart, ibid., t. i, p. 89 sq. : S. Gregorii M. homiliae in evangelia ad liturgiam accommodalae , cum aliquot Ven. Bedae homiliis et aliorum; Gaule, fin ixe siècle.]
1 P. Batiffol, Librairies byzantines à Rome, dans Mélanges (Varchéol. et d'hist., t. vin, 1888, p. 297-308. — 3 Liber pnntiftcalis, édlt. L. Duchesne, t. i, p. 461. — 3 .Jaffé, Reg. pont, rom., n. 2351. — ■ Ms. Paris, grec. 1115, fol. 306. — b Ms. Paris, grec. 1470, fol. 141. —
VII. Librairies byzantines a Rome. — Les quelques lignes qui suivent viennent compléter ce qui vient d'être dit touchant les monastères grecs à Rome1. Du vne au xe siècle, Rome possède une colonie grecque permanente. Groupée dans le quartier populeux et marchand qui s'étend du Vélabre à la Marmorata, aux pieds du Palatin et de l'Aventin, cette colonie a ses églises propres : Ste-Marie in Cosmedin ou in schola graeca, Ste-Anastasie, S. -Georges au Vélabre, S.-Césaire in palat io. Elle a aussi des monastères nombreux et quelques-uns renommés; S. -Érasme, S.-Sabas, S. -André, SS.-Étienne-et-Silvestre, Ste- Lucie de Renatis, SS.-Étienne-et-Cassien, Ste-Praxède. d'autres encore, sans oublier Ste-Marie in. Campa Martio, monastère de femmes qui possède le corps de S. Grégoire de Nazianze. Cette colonie d'émigrés et de fils d'émigrés, fidèles, prêtres, moines, artistes aussi, peintres et musiciens, est une population qui parle grec, qui écrit en grec. Elle suppose des écoles, des ateliers, une littérature, des librairies.
Le pape Paul Ier (757), le même qui fonde le monastère grec des SS.-Étienne-et-Silvestre, qui en fait décorer l'église de peintures et de mosaïques, et y établit une communauté de moines grecs, ubi et monachorum congregationcm constituens gracce modulationis psalmodiae cynovium esse decrevit 2. Paul Ier envoie à Pépin une collection de livres grecs : Antiphonale et responsale, artem grammalicam, Aristotelis, Dionysii Areopagitae libros, geometricam, orthographiam, grammaticam, omnes graeco eloquio scriptas 3. La souscription d'un manuscrit de Paris, copié en 1276, porte que « le présent livre a été copié sur un exemplaire trouvé dans l'antique bibliothèque de la sainte Église de la vieille Rome », et que ledit exemplaire était daté de l'an 759 4. Un autre manuscrit de Paris, copié en 890, porte en marge de la vie de Ste Marina, qu'il renferme, une suite de scholies composées par Méthodius, le patriarche de Constantinople. « scholies, est-il dit, insérées par lui au passionnaire qu'il écrivit de sa main, alors qu'il séjournait à Rome, près de S. -Pierre», ad sanctum Petrum 6. Méthodius était moine à Constantinople d'où il fut chassé par la persécution de Léon l'Arménien (813-820); il se réfugia à Rome. Dans la correspondance de Théodore Studite on trouve nombre de lettres de cette époque, adressées à des membres de sa communauté, émigrés de la sorte à Rome. Encore dans un manuscrit de Paris, lequel comprend le texte grec de la vie de Ste Auastusie, il est dit, à la fin de cette vie. qu'elle fut -traduite du latin en grec par Théodore, alors qu'il était à Rome, envoyé pour l'union de la foi orthodoxe ■ et que le texte latin en avait été « découvert par lui dans la maison de Ste-Anastasie0 ». Cette souscription n'est qu'une copie de la souscription originale, le manuscrit qui la donne étant du jcr> siècle, et ce Théodore n'étant autre que le Théodore envoyé en 824 par Michel le Bègue à Louis le Pieux pour négocier avec ce prince et le pape Eugène II une entente au sujet des Iconoclastes '. Elle ne nous en fournit pas moins une mention précieuse, celle de la domus sanctac Anaslasiae, et de l'édition grecque qui s'y fait des actes de la sainte. Une inscription grecque du monastère de S. -André ad clivum Scauri énumère les dix ers titres d'une donation faite au monastère, et cite un menée grec : « le livre des fêtes et des saints de toute l'année 8 ». A la tin du ixe siècle, Anastase, abbé de Ste-Marie in Transtevere, est occupé à traduire en
• Ms. Paris, grec. 1451, fol. 126. — ' Mansi, Conc. ampliss. coll., t. "xiv, col. 419; Usener, dans Jahrbticher fur protestantische Théologie, 1887, p. 216. — s De Rossi, La bibbia offerta da Ceolfrido al sepolcro di S. Pietro, 1888, p. .""..
3121 ROME BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PO NTIFIC ALES 3122
latin toute une collection d'auteurs grecs ecclésiastiques. En d'autres ternies, Rome, dans cette période qui va du vne au Xe siècle, est une place où l'on possède, d'où l'on expédie et où l'on copie des manuscrits grecs. Est-il possible de mettre la main sur quelqu'un de ces exemplaires d'origine romaine?
Le Liber pontificalis rapporte que c'est le pape Zacharie (741-752) qui publie la traduction grecque des Dialogues de S. Grégoire. Zacharie était grec, natione graecus; il possédait personnellement une bibliothèque importante, dont il donna une partie à S. -Pierre, in ecclesia principis apostolorum omnes codices dormis suae proprios qui in circuilu anni legun-
tur ad malulinos armarium opère ordinavit; et, nous dit-on plus loin, suo prudenlissimo studio quos beatae recordationis Gregorius papa fecit qualluor dialogorum libros de latino in graeco translutavit eloquio et plures qui lalinam ignorant lectionem per eorum inluminavit lectionem historiam l. La version grecque des Dialogues est ainsi une édition romaine du milieu du viir3 siècle. Le manuscrit le plus ancien qui en existe est le Vatic. gr. 1666 daté de l'an 800, dont l'étude minutieuse a montré qu'il avait été copié dans un atelier byzantin de Rome '-.
1 Liber pontificalis, édit.
s P. Batiffol, op. cil., p.
Duchesne, 300-306.
TABLE DES ARTICLES
DU