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[ANN III INDIM'J
+ vTi Bibl. — Muratori, Nov. thésaurus peter, inscr., p. mdcccxlv. 1 ; Davanzati, Storia délia chiesa di
1924, p. 227-240. —A. de W'aal, Der litulus Praxedis. dans Rômische Quartalschrift, 1905, p. 169-180. — J. Zettinger, Dos Rild des Heilandes in santa Prassede, dans ^Tpco^à-riov ap/aioXoytxôv, p. 85-96.
H. Leclercq.
PRÉBLNDE. On lit dans le capitulaire de Villis que les hommes du domaine royal n'ayant pas de manses leur permettant de vivre recevront provenda sur la portion du domaine cultivée au profit du maître '. En outre, on réservera sur les récoltes ce qui revient aux provendarii "-. Ces deux termes sont équivalents de prebenda et de prebendarii, et on emploie indifféremment les uns pour les autres. Ainsi ce terme se rencontre pour la première fois vers la fin du vin* ou le début du IXe siècle. 11 en est de même en terres d'Église, comme on le voit par une stipulation de l'abbé Hilduin. de Saint Denis qui, le 22 janvier 832,
1 Boretius, Capitula riareg. Francor., dans Maman. Germ. kist., t. i, p. SS, e. i . ; kl., ibid., t. i, p. 86, e. w\i.
PREBENDE
PRECAIRE
affecte 900 muids de seigle da praebendam famulorum eis servientium l; quelques années plus tard, l'abbé Adalhard mentionne, à propos du victus des moines de Saint-Bertin, diverses villae de quatre, cinq et six prcbendarii2, vraisemblablement des hommes du domaine à qui des vivres sont régulièrement distribués. Certains privilégiés reçoivent en prébende une terre (ad praebendam). Il existait donc à cette époque, à l'intérieur des monastères des serviteurs nourris par les moines et désignés sous les noms de praebendarii ou provendurii. A Saint-Bertin, pour les divers services (per diversas officinas), ils s'élevaient au nombre de 95 praebendarii à qui on faisait présent des vêtements et des outils 3. La prébende consiste donc bien en vivres dont il est fait distribution 4.
Dans les communautés monastiques et canoniales, le mot praebenda servit à désigner la portion d'aliments servie quotidiennement au réfectoire. Saint Benoît * avait pris soin de prescrire la mesure du boire et du manger; saint Chrodegang8 fit de même et leur exemple fut imité par les conciles d'Aix-la-Chapelle ' et la législation de Louis le Débonnaire 8.
Le texte des règles ne désigne pas la purtio sous le terme de praebenda, mais équivalemment, car on lit dans la règle de Chrodeg :ng, tit. lv : terrena subsidia (debent praelati) diligenter illis praebere et le concile de Tours (813), dans son canon 10e : victus... quae jure ub abbatissis praeberi debuerant. Ainsi, tout naturellement par la suite, cette portio fut souvent désignée par un terme qui signifiait « la part qui doit être donnée » (praebenda).
Le droit à la prébende égale à celle des moines ou des chanoines est souvent acquis par des étrangers au prix d'une donation. Nous voyons à Saint-Gall, en 849, une femme séculière obtenant le gîte et le couvert (locum et praebendam) dans une cella dépendant du monastère. On en peut citer d'autres exemples, mais les textes vont s'éloignant de plus en plus de l'époqus qui nous retient. La prébende ne s'entend plus seulement des serviteurs vivant dans les limites du monastère, mais des indigents vivant au dehors et qu'on nourrit ou habille. De plus en plus, dans les établissements ecclésiastiques, comme dans les fiscs royaux, la prebenda ou provenda s'entend d'une distribution de vivres.
Le sens du terme s'altère progressivement. Praebenda en vient à signifier le droit aux distributions alimentaires qui sont faites dans un établissement déterminé, c'est alors la prébende de cet établissement. Le mot qui signifiait à l'origine une portion d'aliments finit par être appliqué à l'ensemble des biens attribués à cette distribution.
H. Leclercq.
PRÉCAIRE. — 1. Origine et signification. II. Bibliographie.
I. Origine et signification. — Les locations perpétuelles, même les baux à long terme, en se régularisant, ne manquent jamais d'entraîner dans le régime de la propriété des complications nombreuses. Tôt ou tard, la raison pratique fait reconnaître au tenancier perpétuel, même au tenancier à long terme, une part dans la propriété du fonds, et celle-ci se trouve ainsi démembrée. Dans la société romaine les locations perpétuelles donnent lieu à une controverse de jurisprudence. Un tel contrat est-il vente ou louage? En Orient, cette controverse aboutit à la définition législative du
' Tardif, Monuments lùsloriques, p. 85, n. 123. — "Guéraxd, Carlul. de Saint-Bertin, p. 103, 104, 105. — 3 lu., ibid., p. 107. A Corbie, en 822, ils sont 10.">. — • * Em. Lesne, Le sens primitif du terme » prébende >,dans Mélanges Paul Fuurnier, in-8°, Paris, 1920, p. 444. :' Régula., c. xxxix-xli, P. L., t. lxvi, col. 613. « Régula, e. vin, /'. /.., t. i.xxxi,
contrat d'emphytéose (voir Dictionn., t. iv, à ce mot); en Occident, un résultat analogue se produit sans l'intervention du législateur, par la convention du précaire.
Dans les recueils de Formules (voir Dictionn., t. v, à ce mot), on rencontre fréquemment sous la rubrique Precuria l'opération suivante : le propriétaire d'un fonds le donne à l'Église ; puis, la tradition faite, l'aliénation consommée, le donateur prie le recteur de l'Église de lui concéder le même fonds en usufruit (sub precario ou precariu jure et usujructuario ordine). Ce premier acte, contenant la demande de concession, est la precaria ou carta precuria proprement dite. L'acte de concession est intitulé : Praestaria. Parfois la rubrique Precaria est appliquée à l'acte de concession. Ce mot paraît donc avoir été usité pour désigner l'opération tout entière, demande et concession. En définitive, malgré des précautions de style, la convention dont il s'agit n'est rien autre chose qu'une donation avec réserve d'usufruit. Mais, en général, le donateur du fonds ne veut pas amoindrir le caractère de sa libéralité par une réserve formelle. Après s'être entièrement dépouillé de la propriété, il se met à la discrétion d'- l'Église et reçoit d'elle l'usufruit, à titre de bienfait, per bene ficium par une donation rémunératoire et réciproque. Considération toute morale des rédacteurs d'actes à séparer le moment de la tradition du fonds et celui de la concession d'usufruit.
La façon ordinaire pour l'Église franque de donner ses terres à bail était la precaria, laquelle n'est en aucune façon l'emphytéose, ni même un dérivé et une accommodation de l'emphytéose, mais en règle, une concession à vie, usujructuario ordine, disent presque toutes les formules et les chartes relatives à cette tenure, et même une concession qui doit être renouvelée tous les cinq ans. Que cette tenure ecclésiastique ait ses origines dans le droit romain, cela n'est pas douteux; mais cette origine n'est certainement pas l'emphytéose. Dans l'opinion de Lôning, aujourd'hui généralement adoptée et qui paraît être celle qui tient le mieux compte des faits, ce n'est même pas (en dépit de la similitude des mots) du precarium romain que dériverait la précaire du droit gallo-franc, mais bien du bail quinquennal lui-même, de la locatio conductio proprement dite; la nécessité (théorique) du renouvellement de la précaire tous les cinq ans serait la marque visible de cette origine.
On a fait intervenir le 2e canon du concile tenu à Leptines 9 le 1er mars 743, sous Carloman 10. 11 y est question seulement de l'usage temporaire des biens ecclésiastiques concédé par le propriétaire à des laïques, à la condition expresse que ceux-cj lui payeraient un cens récognitif du droit de propriété. Ce contrat s'appelait « précaire » et lorsque la concession était faite, comme c'est le cas ici, sur l'ordre du prince, on l'appelait precarium ou precaria verbo régis. De l'étude pertinente des textes qui s'y rapportent on a pu conclure que les sources de l'époque ne permettent nullement de soutenir l'existence certaine du précaire verbo régis avant le concile de Liptines ".
L'Église, dans le royaume franc, conserva et étendit la pratique du précaire qui lui attirait une nombreuse clientèle d'obligés et qui, indirectement, on va le voir, lui permettait d'arrondir ses domaines. Souvent, en effet, l'homme qui sollicitait un précaire était poussé par le désir de s'assurer une protection efficace, et pour
col. 1062. — ' Conc. Aquisgriui., 816, c. cxxn. — " Conc. œvi Karol., t. i, p. 401-402. — • Li/tinee, Lestines-au-Mont, aujourd'hui Les Estinnes, entre Mons et Chaileroi (Ilainaut). ■ — 10 Monum. Germ. histor.. Concilia wvi Karolini, édit. Verminghof, p. 7. — " A. Bondroit, Les precivriœ verbo régis, dans Revue d'hist. eccl., t. i, 1900, p. 447.
PRECAIRE — PRÉFACE
l'obtenir, il abandonnait ses propres biens et ne les reprenait que pour en jouir comme d'une charité. C'était le precarium oblatum; il fallait qu'entre la cession par le propriétaire et la rentrée en possession, le donataire ou l'acheteur occupât l'immeuble pondant trois jours afin d'en acquérir la possession légale.
En 745, Félix de Rokasham transmet à l'abbé de Sithiu une chapelle qu'il a construite dans le pagas de Flindre ; l'abbé la lui rend pour la durée de sa vie, mais à condition qu'il ne puisse la donner, la vendre, l'échanger, l'aliéner de quelque façon ni la mettre en péril '.
En 800, le clerc Déodat cède à l'abbé Odlandus plusieurs biens situés dans le pagus de Thérouanne pour les conserver sa vie durant 2.
En 810, Folbert vend à l'abbé Nanthaire cinq bonniers et un pré dans ce même pagus et il les reprend à précaire 3.
Parfois la vente d'un bien a lieu moyennant remise à titre bénéficiaire d'un autre domaine. C'est ainsi qu'une veuve nommée Lebtrudis transmet à l'abbé Nautharius de Sithiu des biens situés dans le pagus de Boulogne, moyennant remise à elle et à ses trois enfants, leur vie durant, de deux bonniers dans une autre localité, en 808 *. Plus fréquemment encore, le précaire est rémunératoire, c'est-à-dire que le preneur ne se borne pas à restituer les biens cédés, mais que, de son côté, il en ajoute encore; le recueil de Marculfe contient pour ce cas une formule spéciale (n, 39). C'était un moyen de pousser aux donations, d'enrichir l'Église, d'accroître le nombre de ses dépendants, de faire cultiver ses terres.
Un précaire pouvait être confié à plusieurs personnes; nous en avons un exemple dans une lettre adressée par Einhard à un cornes; il le prie d'intercéder auprès de l'empereur pour que deux jeunes gens, deux frères, conservent leurs bénéfices, que l'un possède dans le pagus de Tournai, l'autre au delà du Rhin, mais de telle façon que tous deux ai. nt en commun l'ensemble du bénéfice 6.
Tous ces exemples montrent que le précaire avait pris la forme d'un prêt viager et qui, sauf des cas bien déterminés, n'était plus révocable.
Nous venons de voir que des précaires fuient conclus en faveur du donateur et de ses enfants; on a même des exemples en faveur des petits-enfants du précarité, contrairement à la règle que le précaire s'éteint à la mort de celui qui a passé l'acte; mais il faut reconnaître que ce sont là des pratiques étrangères à la conception primitive du précaire, un développement postérieur^'* l'institution et non 1? droit originaire. Cette clause, bien loin de pouvoir être considérée comme un souvenir des baux héréditaires du droit romain du Bas-Empire, est tout au contraire la marque d.' celte tendance qu'ont eue toujours les concessionnaires, à mesure que l'on avance vers des époques moins anciennes, à rendre leur tenure transmissible à leurs héritiers. Aussi, ce n'est (pie lentement et petit à petit qu'on en arrive à faire du précaire une concession héréditaire.
II. Bibliographie. - A. Bondroit, Les precariae verbo régis avant le concile de Leptinnes (a. ; I ; i, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. i, 1900, [>. Il On. 249- 266, 430-4 17; le même, De capacilate possidenti Ecclesiac neenon de regio proprielalis vcl dispositionis dominio in patrimonio eclesiastico aetate merovingica. Ami. 481-751, in-8», Lovanii, 1900; lu les établissements
1 Cartuîaire de Saint-Bertin, édit. B. Guérard, p. j;s. ' Ibid., p. 65. — * Ibid., p. 72. — ' Ibid., p. 7o. •- Bouquet,
Recueil, t. VI, p. 375, n. 28. •-- * Tertullien, De oratione, c. m, P. L., t. i, col. 1156. — ' H.-A. Wilson, The Geta-
ecclésiastiques sont-ils personnes morales capables de posséder? 2° Le pouvoir royal a-t-il droit de disposition? — G. Demante, Des précaires ecclésiastiques dans leur rapport avec les sources du droit romain, dans Revue hist. de droit français et étranger, t. vi, 1860, p. 45-54. - — - Esmein, La propriété foncière dans les poèmes homériques, dans Nouvelle rev. hist. de droit, 1800, p. 821-845. — ■ P. Fournicr, Le dernier livre de M. Fustel de Coulanges, dans Revue des questions historiques, juillet 188(5. — Fustel de Coulanges, Le problème des origines de la propriété foncière, dans Revue des questions historiques, t. xlv, 1889, p. 349-439. — E. Garsonnet, Histoire des locations perpétuelles et des baux à longue durée, in-8°, Paris, 1879. — E. Glasson, Les communaux et le domaine rural à l'époque franque, in-12, Paris, 1890. — H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, in-12, Paris, 1890, p. xxm-xxxi. — M. Kovalevsky, Tableau des origines et de l'évolution de lu famille et de la propriété, in-8°, Stockholm, 1890. — E. de Laveleye, De la propriété et de ses formes primitives, in-8°, Paris, 1891. — Em. Lesne, Histoire de la propriété ecclésiastique en France, 1910, t. i, p. 314-332. — Lôning, Geschichte der deulschen Kirchenrechts, t. H, p. 170, 171, 711-716.
— Roth, Feudalitat und Unterthanverhand, p. 145-175.
— Thévenin, Études sur la propriété au Moyen Age. Les communia, in-8°, Paris, 1786. — P. Viollet, Histoire du droit civil, p. 66G-671. — Wiart, Essai sur la precaria, in-8°, Paris, 1894.
H. Leclercq.
PRECENTOR. — Voir Diclionn., t. ni, au mot Chantre, col. 344-365.
PRÉFACE. — I.La préface dans le Canon. II. Le sens de Praefaiio praemissa. III. Le mot praefatio et son emploi. IV. Le mot contestatio et son antiquité. V. Le nombre des préfaces. VI. Le dialogue de la préface. VII. La préface grecque et la latine. VIII. Les préfaces gallicanes. IX. Les préfaces mozarabes. X. Les préfaces celtiques. XI. Les préfaces romaines. XII. L'abréviation Vere dignum.
I. La préface dans le canon. ■ — La préface fait partie du canon de la messe. La pratique la plus ancienne ne laisse aucun doute sur ce point et cette prière d'une originalité si neuve dans le dessin liturgique du sacrifice, qui passe du dialogue au monologue pour s'achever dans une acclamation commune, se lai.se reconnaître nettement dès le seuil du me siècle dans ce texte de Tertullien : Il est, dit-il, véritablement juste que Dieu soit béni par tous les hommes en tout lieu et en tout temps, pour le souvenir que l'on doit toujours garder de ses bienfaits... A Celui que la cour angélique ne cesse jamais de proclamer : Saint, saint, saint. C'est pourquoi nous, si nous méritons de nous associer aux anges, nous apprenons dès ici-bas Ci tte divine parole envers Dieu et le devoir de la future gloire '. » Cette affirmation a son très grand prix parce que, touchant le lieu de la préface au canon, un doute pourrait s'élever. Si, dans le Liber pontificalis nous lisons ipie ce fut le pape saint Sixte qui décida que le Sanctus ferait partie du canon et si cette tradition est confirmée par le sacramentaire gélasien qui insère ces mots : Incipit canon aclionis, avant le Sursum corda", il n'en est pas moins vrai que dans le premier Ordo romain, du vue' siècle, le canon commence après le Sanctus et finit avant le Pater '. Amalaire fait entrer la préface dans le canon », ainsi que le Micrologue "' et
m'uii sacramenlary, ln-8", Oxford, 1894, p. 234-296. " Atchley, Ordo romanus primus, p. 138. - ■ !><■ eeelesiasticis ofpciis, I. IV, c. xxvii, P. /.., t. cv, col. 1146. " P. I t. cli, col. 984.
PREFACE
le missel romain actuel fait débuter le canon après le Sanctus et paraît le terminer avant le Pater l.
Tomasi n'est pas seul à ne faire commencer le canon proprement dit qu'aux mots Te igilur et ceux qui l'ont suivi remarquent que la préface diffère de la prière du canon; celui-ci, d'après une tradition certainement ancienne est récité à voix basse tandis que la préface est prononcée à voix haute ou même chantée. Certains liturgistes ont eu recours à la tradition manuscrite, mais elle ne résout rien car, parmi les manuscrits anciens, il s'en rencontre qui font commencer le canon au Sursum curda, comme il s'en trouve d'autres qui attendent pour cela le Te igitur 2. A ces derniers est conforme le canon romain de nos jours. La préface s'en trouve si nettement distincte qu'elle présente un tout autre caractère. Le Te igitur, malgré le sens confirmatif de Vigitur, a même si peu de rapport avec la prière précédente qu'on l'a parfois séparé originairement de la préface pour le rejeter soit après le Mémento des vivants, soit même après l'anamnèse. On a même trouvé des liturgistes pour découvrir un hiatus entre la préface et le Te igitur, hiatus causé par l'absence du Vere sanctus qui relie la préface au canon dans les liturgies gallicanes. Mais si l'on veut remonter à l'époque antérieure à la formation du canon romain, il faut affirmer que la prière eucharistique, sous quelque nom qu'on la désigne, doit commencer avec le dialogue de la préface.
La raison s'impose dès l'instant qu'on veut bien remarquer que le canon est une prière ininterrompue, une prière eucharistique. La pensée dont tout s'inspire est celle de reproduire ce qui s'accomplit à la dernière Cène où le Sauveur prit du pain et du vin en rendant grâces. Or, tous les rites de la prière sont en forme d'actions de grâces. Dans tous les rites on entend le célébrant commencer par un appel adressé aux fidèles pour remercier Dieu, ce qu'il fait lui-même aussitôt, insistant sur le fait de la venue de son Fils sur la terre et du témoignage d'amour qu'il donna la veille de sa mort par l'institution de l'eucharistie. 11 poursuit, rappelant l'ascension et la descente du Saint- Esprit, intercalant des demandes à divers endroits. Tout ceci n'est qu'une prière, une action de grâces diversifiée depuis l'instant où, s'adressant à l'assistance, le célébrant l'a invitée à s'unir aux sentiments qu'il exprimera au nom de celle-ci.
Après cet appel dialogué par lequel il s'est assuré du concours de l'auditoire et qui forme comme une première péripétie, la prière commence par les mots Vere dignum et se développe sur un ton presque emphatique croirait-on pouvoir dire s'il ne s'agissait d'une circonstance aussi solennelle. L'énumération magnifique de la hiérarchie céleste conduit à une évocation de leur chant auquel s'associe le peuple fidèle par l'interruption du Sanctus, mais interruption apparente puisqu'elle n'est en quelque sorte que l'écho d'une prière entendue dans le ciel et qui retentit jusque sur la terre. On pourrait dire que le mot igitur fait la liaison mystérieuse entre l'acclamation céleste qu'on vient d'entendre et la prière terrestre qui va se poursuivre.
Cette prière fait, en effet, partie, en Orient, des plus anciennes formules de la messe que nous connaissions. Saint Justin, saint Cyrille de Jérusalem, les Constitutions apostoliques, V Anaphore de Sérapion de Thmuis, dans des textes souvent cités, supposent toujours que
1 Cf. Rubricœ générales missalis, § 12, 13 ; cf. Bona, Rerum liturgiearum libri duo, I. II, c. xi, n. 1 ; c. xiv, n. 5; Gihr, Dos heilige Messopjer, p. 533. — a A. Ebner, Quellen und Forschungen zur Gesckichte und Kunstgeschiclite des Missale romanum, 1896. — 3 Liber ponlificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 255. ■ — ' P. L., t. lxxviii, col. 20. —
la préface fait corps avec l'ensemble de la prière eucharistique.
La préface forme aujourd'hui, en Occident, une prière d'un caractère très particulier, avec son rythme, ses expressions propres, un sens déterminé, son cadre. Il suffit d'étudier les différents textes de préfaces que nous possédons, et on les compte par centaines dans certains sacramentaircs, pour reconnaître ces traits. Mais pour retrouver la vraie substance de cette prière, il faut remonter au delà du temps où la préface a formé comme un genre de composition à part, où elle a pris mille formes diverses, soit pour s'adapter aux fêtes liturgiques, soit pour exprimer des pensées toutes personnelles à l'officiant, ou même pour traduire ses rancunes, comme cela se rencontre dans le sacramentaire léonien. Primitivement, cette première partie de la prière de consécration était très longue. Elle se complaisait dans une énumération de tous les bienfaits pour lesquels nous devons rendre grâces à Dieu, commençant par la création, parcourant ensuite l'Ancien Testament, évoquant le paradis terrestre et la rédemption, puis, par une transition naturelle, elle en vient à résumer la vie du Sauveur et finalement, arrive au récit de l'institution de la Cène et aux paroles de la consécration. Il est même probable que le Sanctus ne piit la place qu'il occupe aujourd'hui, ou du moins n'interrompit la récitation de la prière eucha ristique qu'à la seconde période liturgique.
II. Le sens de PRAEFATIO praemissa. — Le nom de préface ne se rencontre pas dans les sacramentaircs léonien et gélasien, il se trouve dans le sacramentaiiv grégorien3, dans le IIe Ordo romain * et chez tous les liturgistes du Moyen Age 6. Nous verrons les divers termes employés dans les liturgies occidentales, qui comprennent la prière eucharistique depuis le Sursum corda, mais longtemps avant nous devons signaler le mot prae/atio, avec son sens liturgique de « préface » dans un document romain, au commencement du vie siècle, dans le Liber ponlificalis où on lit que le pape Gélase composa des préfaces et des oraisons d'un bon style : Fecit etiam et sacramentorum praejationes et orationes cauto sermone 6. A l'époque où fut rédigée cette partie du Liber le sens du mot « préface » était ainsi bien déterminé. Plus tôt encore, en 407, un concile de Car triage se sert du mot praejationes pour désigner une catégorie de preces liturgiques que l'on ne veut plus laisser à l'improvisation et qui servent à la confection des sacrements. Nous allons voir qu'à Carthage, au milieu du me siècle, saint Cyprien prend le mot praelalio dans son sens littéraire de prologue : il ne l'applique pas à la prière solennelle, mais à l'invitation Sursum corda qui l'introduit.
Voici d'ailleurs comment s'exprime saint Cyprien : Quando autem stamus ad orationem fraties dilectissimi, in vigilare et incumbere ad preces toto corde debemus... Ideo et sacerdos ante orationem pramfati<i.xi; praemissa parut jratrum mentes dicendo : Sursum corda, et dum respondet plcbs : habemus ad Dominum, admoneatur nihil aliud se quam Dominum cogitare debere; cludatur contra adversarium pectus et soli Deo pateat nec ad se adiré hostem Dei tempore orationis paliatur1 . Ce serait aller contre l'interprétation unanime de ce passage que de refuser d'y voir notre préface proprement dite Il y a ce mot praejatio dont la signification est acquise de temps immémorial dans la liturgie romaine et dont il semblerait hasardeux de s'affranchir pour consentir
• P. L., t. lxxviii, col. 973. — • Walafrid Stnibon, De ecclesiaslicarum rerum exordio et incremenlo, P. I... I. exiv, col. 948; Sicard de Crémone, Mitrale, P. L., t. ccxin, col. 122; Durand de Mende, Rationale, iv, 33, etc. — 'S. Cyprien, De dominica oratione, c. xxxi, édit. Hartel, p. 289.
PREFACE
à voir ce que nous appelons aujourd'hui la préface, non dans la praefatio mais dans Yoralio de saint Cyprien, pour en faire deux moments euchologiques distincts où la praefatio est préalable à Yoratio, la prépare et y dispose les âmes des fidèles. Où se trouve et en quoi consiste la praefatio? Ce serait tout simplement le dialogue : Sursum corda — Habemus ad Dominum — Grattas agamus Domino Deo nostro — ■ Dignum et justum est. La praefatio praemissa ne serait pas autre chose, puisque c'est à la suite du dialogue que vient la prière eucharistique dans toutes les liturgies. « Or, comme le mot l'indique, la prière eucharistique est une action de grâces, ce n'est pas une précaution, praefatio praemissa, pour recueillir les fidèles, une préparation, c'est ici l'oraison par excellence, et c'est cette prière eucharistique que saint Cyprien désigne par Voratio précédée du Sursum corda.
« Au surplus cela est si vrai que le nom sous lequel saint Cyprien désignait la prière eucharistique était oratio, que, deux siècles après lui, dans cette même Église d'Afrique, on identifiait cette prière de la même manière, sous ce même nom. Nous en avons pour témoin saint Augustin, dans la lettre lix à Paulin où il donne de ce passage, I Tim., u, 7, cette explication devenue classique à force d'être citée ' : pheca- TI0NE8 facimus in celebratione sacramentorum antaquam illud quod est in domini mensa incipiat benedici : orationes cum benedicilur et sanctificatur et ad distribuendum comminuitur, quam totam petitionem fere omnis ecclesia DOMIlflCA ORATIONE concluait: ixterpeli.ationes autem sive, ut vestri codiccs habent Postulationes, fiunl cum populus bencdicitur. l'une enim antistites, velut advoeati, susceptos suos per manus impositionem misericordissimae offerunt potestati. Quibus peractis et participato tanto sacrumento QRA.TIAR.v~U actio cuncta concludit, quam in his etiam verbis commendavit apostolus.
« De même, l'acception de praefatio dans le sens de préparation à la prière est tout ce qu'il y a de plus courant dans les anciens documents liturgiques. Même on dit encore, sinon dans les rubriques, au moins dans le langage usuel : « la préface du Pater », en parlant de la formule Praeceptis salutaribus, etc. Quant à la chose elle-même chacun sait le rôle qu'elle remplit dans les orationes solemnes du vendredi saint, dans les ordinations, dans plusieurs autres fonctions pontificales. La liturgie gallicane en avait conservé plus qu'aucune autre le principe, et il n'est pas besoin de souligner ce qu'une pratique de ce genre a de significatif, au point de vue de la doctrine de la prière. Dans les sacramentaires gallicans, on ne voit presque pas une prière qui ne soit précédée d'une préparation. Cette préparation y conserve même, au commencement de la messe son nom de praefatio, c'est la praefatio missae. D'autres fois, c'est une série de prières pour les vigiles : Praefatio... Collectio sequitur... Rien ne prouve qu'on ne doive entendre en ce sens le canon 12 du concile de Milève (llti) auquel assista saint Augustin; Plaçait ut i>reces, vel orationes, seu missae, sive praefationes, quae probalae fuerint in concilie», ab omnibus celebrentur, bien que les lilurgistes n'aient pas manqué d'y voir, comme dans saint Cyprien, ce que nous appelons aujourd'hui la préface. Au fait, on a même un exemple très connu de préface dans ce même sens dans le ConoerSi ad Dominum par lequel saint Augustin faisait passer les fidèles (les Enarrationes in psalmos à la prière. Le Conversi ad Dominum n'est, au fond, qu'une praefatio missae, et il se place au même endroit que dans les liturgies gallicanes. On trouve une formule d'invitation euehologique du même rôle dans le plus
1 S. Augustin, Episl. l.l A wl Paulinum, P. L., t. xxxm, col. 636. - » P. Cagin, Te Ihum ou lllatio, 1906, i>. 24-25.
ancien monument qui subsiste peut-être de la liturgie romaine, le « Rouleau de Ravenne ». La chose n'a guère été remarquée, mais il suffit d'être une fois averti pour qu'elle ne passe pas inaperçue, c'est la 40e pièce.
« Pour être moins étendue que ces diverses compositions, la préface de la prière eucharistique n'en remplit pas moins le même rôle. Tant de gravité attachée à si peu de mots n'a rien qui doive surprendre. Le Sursum corda sert de portique à l'action déprécatoire la plus grave aussi. C'est une tradition universelle d'ailleurs, que celle du texte dialogué Sursum corda, etc. Il faut que ces simples mots, de même que le principe et la pratique qu'ils représentent, aient paru bien solennels à toute l'Église, pour que, de toute antiquité, les citations et les gloses des Pères, les textes de toutes les liturgies, nous les représentent invariablement, partout, dans les mêmes termes. La teneur de la prière eucharistique pouvait varier suivant les charismes (aussi longtemps du moins que l'Église n'en consacrait officiellement aucune formule écrite); cette praefatio praemissa demeurait immuable. En raison même de ce caractère, on s'expliquerait assez bien qu'elle ait fini par communiquer son nom à la prière eucharistique elle-même, à laquelle elle est si intimement liée. De sorte que ce serait un peu partout que le Sursum corda serait à l'origine des désignations diverses qui ont fini par s'étendre à la prière eucharistique, avec cette particularité curieuse, que l'àvacpopâ orientale et Villatio mozarabe auraient conservé d'une façon concrète, jusque dans leur nom, le reflet originel du Sursum, que l'appellation plus abstraite de praefatio embrassait en même temps que le reste du prologue dans l'usage africain du me siècle 2. » On peut même aller plus loin et se demander si la préface et les autres prières du canon ne sont pas tellement unies aux prières d'oblation qu'il faille leur adjoindre ces dernières; à ce compte l'offertoire et notamment les prières connues sous le nom de secrètes ou d'ad offerendum, rentreraient dans le canon. Il n'est pas douteux, en effet, qu'il n'y ait union étroite entre ces diverses parties de la messe des fidèles et développement normal et gradué de l'action liturgique depuis l'offertoire jusqu'à la communion. Mais c'est raisonner ici d'une façon trop théorique. 11 s'agit uniquement d'établir les frontières de la prière qui porte le titre de canon, et non pas de fixer ses relations avec les autres parties de la messe. Or, aussi haut que l'on remonte dans l'étude des manuscrits ou des documents, on voit que les prières du canon forment un groupe à part, aussi étroitement uni qu'on voudra, logiquement, avec les précédentes, mais bien distinct cependant du groupe dos prières d'offertoire. La question est à peu près la même que dans le cas précédent de la préface.
111. Le mot PRAEFATIO et son emploi. — On a proposé de voir dans notre mot praefatio un emprunt au vocabulaire de la religion romaine qui employait le mot praefari pour qui prononçait les formules consacrées par le rituel. Lors de la prise de Rome par les Gaulois, on voit les sénateurs si- vouer à la mort par une formule que prononce le pontifex maximus et que tous répètent avec lui : Pontifi.ce maximo praefante carmen devovisse eos se pro patria3. Après une longue omission, comme nous l'avons dit (ci-dessus, col. 1706), le mot praefatio se montre dans la première messe de Noël du sacramentaire grégorien. On le relève aussi dans le sacramentaire d'Autun du vn" siècle, ou Missale gothicum qui désigne par praefatio et praefatio missae la première des oraisons de la messe, de même que Ks invitations qui précèdent parfois les oraisons. Dans VOrdo romanus II"», le mot praefatio s'oppose au
' I'. Batiffol, /.(• mot prœfatio dans la liturgie, dans Bull, île lu Sue. nul. des antiq. de France, 1918, \>. 181, 182,
PRÉFACK
mot canon à qui il sert d'introduction. Dans cet Ordo on voit que le Pater est, lui aussi, précédé d'une préface : Sequitur in allum praefalio Duminicae orationis et oratio dominica cum emboli suo l.
Après ce qui a été dit plus haut touchant le mot oratio par lequel saint Cyprien désigne la prière eucharistique et le mot praefatio qu'il applique exclusivement au petit prologue dialogué, on doit se demander à quelle époque praefatio a-t-il commencé d'être employé pour embrasser tout l'ensemble ? Si on s'en tient à l'Afrique on a pu voir par le texte cité de la lettre lix de saint Augustin à Paulin que vers le premier quart du vc siècle la terminologie de l'évêque d'Hippone ne différait pas encore de celle de l'évêque de Carthagc; il se pourrait même qu'un passage du sermon ccxxyii : et vos adtestamini laisse entrevoir contestatio.
Si on passe à la liturgie romaine on peut faire un choix entre deux hypothèses. Ou bien on avait fait d'abord à Rome comme en Afrique : Praefatio, c'était le dialogue, oratio, c'était la préface; ensuite, praefatio désigna le tout. Ou bien contestatio n'était ni plus ni moins ancien que la double dénomination africaine, et ce mot admis par saint Paulin de Noie se maintint en face de praefatio jusqu'au jour où cédant à l'envahisseur il en fut réduit à se dissimuler dans les rubriques de quelque Ordo papal, de quelques sacramentaires obstinément fidèles aux dénominations archaïques.
On arriverait ainsi à une situation dans le genre de celle-ci : d'abord, à l'origine, les deux termes sont employés concurremment, m lis pour désigner respectivement deux choses différentes, savoir : celui de praefatio, le p?tit prologue dialogué : Sursum corda, etc., celui de contestatio, la prière eucharistique proprement dite : Vere dignum, etc. Plus tard, par extension, les deux termes continuèrent d'être employés concurremment, mais déjà le premier, praefatio, devient équivoque en devenant synthétique, c'est-àdire en embrassant la prière eucharistique elle-même. Et, enfin, le nom primitif de cette prière finit par s'effacer devant son concurrent plus favorisé. Rien donc ne s'oppose à ce que nous admettions l'usage simultané des deux termes, même synonymes (par hypothèse) à Rome, au temps de saint Paulin. On pourrait citer bien des faits analogues.
Ne voyons-nous pas les documents gallicans user indifféremment des deux termes contestatio et immolatio missae? Est-ce que les sacramentaires et les missels romains eux-mêmes ne conservent pas, fort avant dans le Moyen Age, l'habitude d'appeler dans un même volume, les mêmes oraisons tantôt sécréta, tantôt super oblata? d'autres tantôt Ad complendum, tantôt Ad communionem, tantôt Post communionem?2.
IV. Le mot C0WTE3TATW et son antiquité. — ■ La date la plus ancienne de ce terme se trouve dans le De scriptoribus ecclesiastis de Gennade relativement au prêtre Musaeus de Marseille : Composuit sacramentorum egregium et non parvum volumen per membra quidem pro opportunilate ofjlciorum et temporum, pro leclionum textu psalmorumque série et decantatione discretum : sed supplicanii Deo et contest indi beneficiorum ejus solidale sui consentaneum3. Ici le verbe contestari ne peut que désigner la contestatio, ce qui nous reporte avec Musaeus vers la deuxième moitié du ve siècle. Mais on peut remonter plus haut, dans le carmen xxvn de saint Paulin de Noie, sur saint Félix 4 :
Quid pascale, epulum ? nam certe jugiter omni Pascha die cunctis ecclesia prœdicat oris 55 Contestans Domini mortem cruce, de cruce vitam cunctorum...
' Emboli pour embolismo qui a le sens d'intercalatio. — * P. Cagin, op. cit., p. 22. — 3 Gennade, De scriptoribus ecclesiasticis, c. lxxx (voir Dictionn., t. x, col. 222 J). — ■ ' Paulin,
Une fois encore le verbe nous achemine vers le subslantif. Si ce n'est le mot c'est la chose, étant donné l'emploi qu'en fait saint Paulin dans une énuméralion des grandes solennités liturgiques : Noël, Epiphanie, Pâques, Pentecôte. C'est bien ce qu'a compris Du Gange qui range cet exemple sous le mot liturgique de contestatio et, à la suite, il cite un passage extrait sans autre référence de la bibliothèque de Thou : contestatvr sacerdos ac veram professionem populi, id est au ATi as réfère Deo DIGNUM ESSE; et, en Afrique, pays de rit romain, saint Augustin dit dans le sermon ccxxn... Et vos adtehtamini Dignum et justum est, dicentes ut ei gratias agamus qui nos fecit sursum ad nostrum caput habere cor?
D'après cela on pourrait être amené à admettre une dépendance de la liturgie gallicane par rapport à une liturgie romaine antérieure à tout ce que nous connaissons et, d? plus, on ne verrait plus dans le terme contestatio la caractéristique d'une tradition étrangère aux traditions romaines, puisque des Romains de la fin du ive siècle auraient connu le nom et la chose. A cette date, le mot contestatio appartiendrait donc à l'usage romain et c'est de Rome que la Gaule l'aurait reçu.
Y a-t-il trace dans les livres de la liturgie romaine d'un conflit se manifestant par une alternance entre contestatio et praefalio? Certainement et les témoignages ne manquent pas. Le premier à invoquer est l'Ordo romanus IXUB de Mabillon qui, lui du moins, ne saurait être pris comme un écho de la liturgie gallicane. Il est difficile, en effet, d'être meilleur garant des traditions romaines qu'un Ordo réglant les cérémonies papales, et c'est le cas de celui-ci :
Pontifex vero ponet manum super caput ejus, et dic.il unam arationcm in modum collecta0., alleram eo modulamine quo solet CONTESTATA cantari, et sedet pontifex in sella sua.
Il semble bien qu'au temps du pape Léon III, la liturgie papale conservait encore, au moins dans ses vieilles rubriques, ce vague souvenir d'une appellation que toute une classe de sacramentaires plus ou moins gélasiens, le sacramentaire de Reichenau6, par exemple, pour ne rien dire de celui de Gellone et bien d'autres connus, s'obstinaient à perpétuer, çà et là, sans y prendre garde 6.
V. Nombre des préfaces. — On a dit dans ce qui précède que la préface dans la liturgie romaine varie selon les fêtes et le temps de l'année. Cette particularité n'est pas seulement caractéri ;tique du rite romain, mais des liturgies de l'Occident, telles que gallicane et mozarabe; au contraire, le début de l'anaphore orientale est immuable. Le nombre des préfaces, disionsnous, est très élevé; à lui seul, le sacramentaire léonien n'en compte pas moins de 267, ce qui revient à peu près à une préface pour chaque messe. Elles sont très dignes d'attention et on a pu dire 'qu'en opposition violente avec le ton sobre et mesuré du rite romain, elles contiennent toute sorte d'allusions topiques, presque personnelles. C'est comme une littérature de combat. On dirait presque que le célébrant, obligé de se contenir pendant le reste de la messe, srisissait l'occasion, dans la préface, d'épancher ses sentiments. Par exemple, après que l'ennemi (peut-être les Goths en 537) se fut emparé de la moisson péniblement semée par les Romains aux environs de la ville, le célébrant dit dans sa préface : « Nous reconnaissons, Seigneur notre Dieu, nous reconnaissons, comme ta voix nous l'a souvent dit, une punition de nos péchés dans ce fait que ce qui avait été planté par le travail de tes ser\i-
Carmen XX Vif, édit. Hartel, p. 264. — 'Bibl.cant.deZurich, ms. 30. — « P. Ca^in, op. cit., p. 22. — ' A. Fortescue, La messe. Étude sur la liturgie romaine, in-12, Paris, 1921, p. 411).
PREFACE
leurs ait été ravagé, sous nos yeux, par d'autres mains, et que ce que tu avais fait grandir à la sueur du front de tes fidèles, tu aies permis à nos ennemis de le voler. Prosternés devant toi, nous demandons de tout notre creur, pardon pour nos péchés; daigne nous protéger par ta continuelle miséricorde, des attaques de cette terrible année ; car nous savons que ta protection viendra quand tu auras détruit en nous ce par quoi nous t'avons offensé. Par l ...» Ces préfaces sont l'une des raisons qui font penser que le sacramentaire léonien, « malgré le titre de « sacramentaire » n'a jamais été un livre liturgique au sens strict, servant pour la messe, mais plutôt un recueil, une sorte d'anthologie où l'on pouvait prendre ce dont on avait besoin selon le moment : ». Plus curieuses encore sont deux préfaces : une pour juillet (xvm, 20) 3 qui renferme une longue et violente diatribe contre les moines ; une pour les quatre temps de la Pentecôte 4 qui défend vigoureusement la pratique de jeûner après la Pentecôte.
Cette note un peu vive a disparu du sacramentaire gélasien, où les préfaces sont moins nombreuses et d'un ton plus calme. Celui-ci accueille, au canon, notre préface commune et 53 autres propres. Dans le sacramentaire grégorien leur nombre est tombé à 10, mais la chute était trop sensible et dans les pays de rite gallican on voulut bien recevoir le livre romain mais on lui rattacha un appendice qui contenait toutes les pièces dont on ne pouvait se résigner à se séparer. Cet appendice ou supplément fut l'ouvrage d'Alcuin qui y fit entrer entre autres choses plus de 100 préfaces. Aujourd'hui le rite romain admet, croyons-nous, quinze préfaces au nombre desquelles les dernières sont celles pour les fêtes de saint Joseph, peur les messes de Requiem, pour la fête du Christ-Roi et pour la fête du Sacré-Cœur. Dix d'entre elles se lisent dans le sacramentaire grégorien, celle de la sainte Vierge a été ajoutée sous le pape Urbain II (1088-1099) qui, dit-on, l'aurait composée et chantée pour la première fois au concile de Guastalla, en 1094. Il y eut quelques autres préfaces composées au Moyen Age, dont certaines seulement demeurent dans les rites spéciaux; m^is la préface était tenue pour chose trop sainte, trop rapprochée de l'intangible canon, pour pouvoir subir trop de changements. tTn sacramentaire gélasiano-grégorien de l'ancienne collection Philippe, aujourd'hui à Berlin présente seize préfaces de carême dont cinq se retrouvent dans le léonien, les onze autres ont peutêtre été prises dans la partie perdue du léonien. Cf. Ephem. liturg., t. xlv, 1931, p. 110-123.
VI. Le dialogue de la préface. — Un jour de Pâques, saint Augustin s'adressant aux catéchumènes, dans ce sermon ccxxvn déjà rappelé, leur dit : « Retenez bien l'ordre de la liturgie. Premièrement, après l'oraison, vous êtes invités à tenir haut vos cœurs... Voilà pourquoi quand on prononce : Sitrsum cor, vous répondez : Habemus ad Dominum. Et de peur que cela même, avoir son cœur en haut au Seigneur, vous n'en fassiez un mérite à votre effort..., car c'est un don de Dieu que d'avoir son cœur en haut, l'évêque ou le prêtre qui célèbre poursuit après que le peuple a répondu : Habemus ad Dominum, et dit : Grattas agamus Domino Dca nostroàe ce que nous avons le cœur en haut. Pendons grâces, car. n'était le don de Dieu, nous aurions notre cœur terre à terre. Vous alors, vous confirmez, vous dites : Dignum et justum csl. VA pour saint Augustin c'est ici que s'ouvre la sanctificatio du sacrifteii Dei qui s'achèvera avec \'Amen qui précède le Pater : Quand, dit-il, est ache-
1 Sacrant, leon., édit. Feltoe, p. .">'.», xvm, 6. ■ — * 1". Cabrol, Les origines liturgiques, p. 109. - 3 Édit. Feltoe, p. 68. — ' Ibid., p. 25-26. — 5 S. Augustin, De vera religione, c. v. — 6 S. Augustin, Epist., CCXIII. — • ' L. Duchesne, Origines
vée la sanctificatio, nous disons l'oraison dominicale. »
Le Sursum corda-Habemus ad Dominum se retrouve dans les liturgies grecques, à Jérusalem, à Antioche, c'est une formule tellement répandue qu'en 390, saint Augustin peut écrire que chaque jour le genre humain respnndet Sursum corda se habere ad Dominum 6, cette universalité invite à y voir une formule contemporaine des plus anciennes créations liturgiques.
Il en est de même pour ce qui suit : Grattas agamus Domino Deo nostro-Dignum et justum est qu'on entend encore dans la liturgie de Jérusalem et dans celle d'Antioche ainsi que dans celle d'Afrique. Mais il ne semble pas que ce soit une formule exclusivement liturgique car au cours d'un dialogue entre l'évêque d'Hippone et les fidèles au sujet du choix de son successeur, Augustin interroge et le peuple répond de différentes manières, parmi lesquelles cette acclamation répétée vingt fois : Dignus et justus est 6.
Ensuite vient la prière d'action de grâces : Yere dignum et justum est... qui commence le rite sacré, et nous retrouvons ces mêmes paroles ailleurs : à^tov xocl Sîxaiov, dit-on dans la liturgie de saint Cyrille de Jérusalem et, en Egypte nous entendons l'évêque Sérapion de Thmuis : « il est digne et juste de te louer, de te chanter, de te glorifier, toi Père incréé... », jusqu'au Sanctus.
VII. La préface grecque et la latine. — « Ce sont là deux exemplaires de « préfaces » grecques, tous deux du iv* siècle et indépendants l'un de l'autre, qui montrent que les préfaces étaient rédigées d'après un dessin fixé et sur un thème constant, dont héritera la liturgie byzantine. L'étonnant est que ce dessin et ce thème de l'Orient chrétien se retrouvent identiques et se soient perpétués en Occident, universalité qui ne s'explique que par une tradition commune remontant à une lointaine origine. Avec raison on a signalé dans l'épître du pape saint Clément aux Corinthiens, c'està-dire dans un écrit romain de la fin du Ier siècle, un passage qui répond à ce thème traditionnel, « beau spécimen du style de la prière solennelle, telle que l'exprimaient alors les chefs ecclésiastiques dans les réunions du culte '. » On en signalerait d'autres non moins éloquents et qui pour n'être pas, à proprement piller des o préfaces tirent leur inspiration de la même veine : prière de saint Polycarpe de Smyrne, de saint Savin, de saint Philippe d'Héraclée8.
La liturgie wisigothique donne à chaque messe une préface ou illatio dont saint Isidore parle en ces termes : Quinta deinde in/ertur Illatio in sanctificatione iiblutionis, in qua etiam et ad Dei laudem terrestrium creaturarum virtutumque caelestium universitas provocatur, et Hosanna in excelsio constater *. Ces préfaces commencent toujours par Dignum et justum est et se terminent par Sanctus. C'est la même chose dans la liturgie gallicane. « L'Occident, resté plus longtemps fidèle à l'esprit primitif qui laissait les prières liturgiques à l'improvisation du célébrant, a produit ainsi en regard de la pauvreté des liturgies grecques, une littérature, non pas seulement prolixe, mais souvent lyrique et d'une pathétique inspiration. Les oraisons ont leur style, les préfaces ont le leur, dans lequel la prière n'est plus prisonnière d'une forme volontairement resserrée et d'un sujet qui ne l'est pas moins. Les préfaces sont des invocations à Dieu qui se prêtent à des développements très varies. Plies sont des élévations à Dieu sur son œuvre, contemplée dans la nature, dans l'Ancien Testament, dans l'Évangile, dans les mystères, dans les sacrements, dans les saints '
du culte chrétien, p. 49-51. ■ — * P. BatifTol, Leçons sur la messe, in-12. Paris. 1920, p. 109. — * De eccles. oflie.. 1. I, c. xv. — ,0 P. UatilTol, Leçons sur la messe, Paris, 1920, p. 200.
PREFACE
VIII. Les préfaces gallicanes. Saint Germain de Paris, dans son Exposilio missae, vers le troisième quart du vie siècle, ne dit rien de la prière qui porte dans les anciens livres liturgiques gallicans les noms de Contestatio ou d' Immolalio et qui correspond à la préface du rite romain. Cette pièce débute par le Sursum corda dont l'évêque de Paris se borne à dire : Sursum corda ideo sacerdos habere admonet ut nulla cogitalio lerrenea mancat in pectoribus nostris in hora sacrae nblationis... Le prélude est le même que dans la liturgie romaine : Vere dignum et justum est, mais les contesiationes ' ou immolationes ont des caractères très différents de ceux des préfaces romaines. Ces pièces sont intéressantes à étudier, non seulement au point de vue théologique, afin de pénétrer les croyances répandues dans les églises de la Gaule, mais encore au point de vue littéraire pour prendre une idée de la façon dont s'exprimaient les Gallo-Romains, de plus en plus compénétrés par les Francs, lorsqu'ils voulaient aborder des sujets demandant réflexion. Le latin qu'on emploie a, depuis les jours d'Auguste, subi de rudes assauts. Ceux qui le manient, même quand ils n'en sont pas réduits à surveiller leur syntaxe comme c'est le cas de Grégoire de Tours d'après son propre aveu, ne peuvent, ou ne savent, ou n'osent plus affronter les larges périodes de l'art, les larges horizons de l'intelligence avec les ressources presque inépuisables d'une langue mûre et saine. Leur art est chétif et leur technique appauvrie, ils n'entreprennent pas de s'élever au-dessus des antithèses, des concetti; les mots ont, pour eux, plus d'intérêt que les idées; néanmoins, ce qui donne à ces compositions un intérêt réel, c'est qu'elles sont l'œuvre de clercs qui nous font connaître les croyances qu'ils partagent avec leurs fidèles, les expressions dont les uns et les autres font usage pour s'exprimer touchant les matières courantes de leurs méditations et de leur enseignement : l'eucharistie, la grâce, l'incarnation, la rédemption. Œuvres anonymes, de souffle un peu court, destinées à un auditoire en grande partie illettré mais que le dialogue préparatoire vient de rendre plus attentif à ce qui va se dire ou chanter, de sorte que les contestationes nous apportent un témoignage aussi utile que celui contenu dans des traités élaborés dans une cellule, des affirmations aussi solennelles que si elles faisaient partie d'un sermon épiscopal. C'est là une source d'investigation historique qui a été, peut-être, un peu trop négligée jusqu'à nos jours pour l'étude de la croyance des foules. Voici un spécimen de ces préfaces 2 : Dignum et justum est : qui dives infinilae. clcmcntiae munere plasmam tuae crealnrae in tantum digneris erigere, ut vernaculo limi patiaris homine de lerrena compage claves caeli committeres, et ad judicandas tribus solium excelsae sedis in sublime componeres. Teslis est (lies hndierna beati Pétri cathedra episcopatus exposila, in qua fidei merito revelationis myslerium, Filium Dei c.onfitendo, praelatus apostolos ordinatur. In cujus conjessione est fundamentum Ecclesiae, nec adversus hanc petram portae inferi praevalent, nec serpens vestigium expremit, nec trium phum mors obtinet. Quid vero beato Petro diverso sub tempore accessit laudis et gloriae, quae vox, quae lingua, quis explicet? Ilinc est quod marc Ircmulum fixo calccl vestigio, et inter undas liquidas pendula planta perambulat. Hic. ad porlam speciosam conlracti tendit vestigia, et tactus Pétri digito, claudus non indiget baculo. Hinc carceratus dum dormitat, Christus cum ipso pervigilat, et relrusus ergastulo, foras procedil per angelum. Hinc paralyticum erexit decubantem in lectulo, ac debilitato verbo dédit vestigium. Hinc Tabitham mulierem revocavit de funere, et virtute imperanli praedare non lituit. Hinc lanta fidei dolcm inter apostolos petiit, ut curarct universos languores dum praeterit, et cadavera viverent timbra salubris quae tetigit per Chrislum...
Celle-ci, plus curieuse encore, est l'immolatio de la vigile pascale dans le sacramentaire d'Autun :
Dignum et justum est, aequum et justum est, nos libi hic et ubique gratias agere, tibi laudes diccre, et hostias immolare, et confileri misericordias tuas Domine, sanetc Pater omnipotens aeterne Deus.
Quoniam magnas es tu et faciens mirabilia, tu es Deus soins. Tu fecisli caelos in intcllcctu, lu formasti lerram super aquas, tu fecisti luminaria magna, solem in potestatem diei, lunam et slellas in potestatem noctis. Tu fecisli nos et non ipsi nos : opéra manuum tuarum non omitlas. Tuus est dies et tua est nox, in die enim mandasti misericordiam tuam et in nocte declarasti [ . . . ] quam hodiernis vigiliis in luminis hujus festivilate celcbramus. Ilaec est enim nox saluiarium conscia sacramentorum, nox in qua veniam peccatoribus praeslas, de veteribus hominibus novos efjlcis, de senibus effetis maturos reddis infanles,quos in novam crealuram renatosde sacra fonte producis. Hac nocte in aeternum dicm renascentes populi proercantur, regni caelestis alria reseranlur, et beata lege commerças divinis humana mutantur. Haec est enim nox Ma quae facta est in deliciis, in qua maxime delectasti nos, Domine, in factura tua; nox in qua inferna patuerunt, nox in qua absolutus est Adam; nox in qua inventa est dragma quae perierat; nox in qua boni pastoris hu.me.ris reporlala est ovis perdila; nox in qua diabolus occubuit et sol juslitiae Christus exortus est : et, solulis inferni nexibus claustrisque perfractis, multa sanctorum corpora de sepulcris erumpenlia intraverunt in sanctam civitatem. O vere beala nox, quaesola meruitscire lempus et horam qua Christus resurrexit; de qua jam in psalmo fueral prophelatum quia nox ut dies inliiminabitur; nox in qua exorta est resurrectio in aeternum. Tu enim omnipidens Deus crealurarum coelestium multitudo et innumcrabilcs angclorum chori sine cessatione proclamant dicentes ; Sanctus.
IX. Les préfaces mozarabes. — Elles portent le nom d'inlalio ou illatio et voici en quels termes saint Isidore de Séville les définit : Quinta infertur illatio in sancti featione oblationis in quam etiam Dei laudem, lerrestrium ereatura, virtulum coelestium universitas provocatur, et Osanna in Eeclesiis cantatur. Elle est précédée d'un di' legue qui est différent de celui de la messe romaine. Le prêtre, incliné et les mains jointes, dit ces paroles : Introïbo ad (dtare Dei; le chœur répond : Ad Dcum qui laetifteat juventutem meam. Le prêtre en posant les mains sur le calice : Aurcs ad Dominum; le chœur : Habcmus ad Dominum. Le prêtre : Sursum corda; le chœur : Levcmus ad Dominum. Le prêtre, incliné et les mains jointes : Dca ac Domino nostro Jesu Christo fîlio Dei qui est in celis dignas laudes dignasque gratias referamus; ici le prêtre élève les mains vers le ciel: le chœur dit : Dignum et justum est 3.
L'illatio mozarabe, comme la praefatio romaine ou la contestatio g illicane, aboutit toujours au Sanctus, et le Sanctus, en Esp gne comme en Gaule, à la différence de Rome, est suivi d'une oraison dont le titre est toujours Post Sanctus. Pour saint Isidore, Villatio ou cinquième oraison comprend le Sanctus et le Posl Sanctus, et aussi la consécration. La sixième oraison est celle du Posl pridie ou conftrmatio sacramenli. Cette division paraît assez juste, car elle marque bien l'étroite union de toutes ces parties de Villatio à la fin de la consécration. Elle rend mieux compte aussi du litre immolât io, qui est celui de la préface dans les liturgies gallicanes et qui est bon synonyme de consee ratio.
Quant au mot illatio, il est caractéristique des livres mozarabes (voir Dictionn., t. vu, col. 84-89). On a
1 P. L., t. lxxii.coI. 257. — * Missale gothicum, 36, P. I.., t. lxxii, col. 276. — 3 P. Cafîin, Les noms lutins de la préface eucharistique, dans Rassegna gregoriana, 1906, p. 322-358.