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PREFACE PRÉPOSÉ

voulu y voir une erreur de copiste pour immolatio, qui est le titre gallican de la préface, nous l'avons dit, et qui s'explique tout naturellement. Mais il est curieux, si c'est une erreur de copiste, qu'elle soit aussi universelle, car on rencontre illatio dans tous les livres mozarabes; la préface y est partout appelée illatio, et jamais encore, croyons-nous, on n'y a lu le mot immolatio, si ce n'est une fois dans le Liber ordinum. Ceci pourrait mériter une étude. Illatio ou inlatio, comme nblatio dont il est synonyme, est à peu près la traduction du mot anaphore, àvà çépw, offrir. Dans la langue post-classique, le mot inlatio (de inferre) désigne l'action de porter, comme invectio; il s'applique notamment aux morts; il signifie aussi le paiement d'un tribut. En langage philosophique, Villatio est une conclusion tirée des prémisses, ex duobus sumptis ratione sibimet nexis conficitur illatio. En Espagne, le mot est employé par les conciles dans le sens de don, de présent, de tribut au IIIe concile de Braga, canon 2e, et au VIIe concile de Tolède. C'est donc bien, au contraire, le terme de immolatio des liturgies gallicanes qui serait une corruption ou, si l'on veut, une interprétation paléographique du mot illatio. C'est l'opinion de dom Cagin, c'est celle vers laquelle inclinait déjà Lesley : mais ce n'est jusqu'ici qu'une hypothèse appuyée sur la similitude des deux noms. Resterait à expliquer pourquoi l'un est exclusivement employé dans les manuscrits mozarabes, l'autre, à peu près exclusivement dans les livres gallicans. Sur ces points, ces derniers sont moins exclusifs que les mozarabes. Dans le Missale gothicum et le Missale gallicanum, le mot immolatio alterne avec contestatio et praefatio missae; il ne se trouve pas dans le Missale Francorum, il se montre une seule fois dans le missel de Bobbie et, semble-t-il, par hasard.

Nous ne dirons rien du dialogue qui précède Villatio. Il contient les éléments que l'on peut appeler essentiels et que l'on rencontre dans toutes les liturgies : Sursum corda, Gratias agamus, etc., et qui servaient de début à toutes les préfaces : Ycre dignum et justum est... A la sobriété du dialogue de la préface romaine, la liturgie mozarabe ajoute, comme toujours, des ornements et des complications qui ne font qu'alourdir le texte. Il taut dire la même chose de Villatio elle-même. Les livres liturgiques mozarabes nous offrent la collection la plus variée et la plus riche d'illationes; il n'est guère de messe qui ne possède son illatio propre; quelquesunes s'étendent sur plusieurs pages et si elles ont été chantées, cette prière a pu réclamer une demi heure. Elles forment un recueil dogmatique d'un prix considérable pour l'histoire théologique de l'Espagne au Moyen Age, recueil qui, il faut le reconnaître, a été assez peu étudié. On y trouve certaines pages qui font honneur à la science et à la culture des théologiens espagnols du v« au ixe siècle. Il s'y rencontre, par endroits, quelques opinions un peu singulières, mais dans l'ensemble on ne peut qu'admirer la richesse de la doctrine, la ferveur de la foi, la naïveté de la piété. On y trouve de véritables thèses de théologie et de longs panégyriques pour la fête des saints, notamment des saints d'Espagne, comme saint Vincent et sainte Eulalie. Rappelons seulement Villatio sur la Samaritaine, celles sur Pavcugle-né, sur le jeûne, sur la Trinité, sur la descente aux enfers, sur les patriarches1.

X. Les préfaces celtiques. — Dans le missel de Slowe on ne lit pas la salutation Dominas vobiscum, la préface commence brusquement par Sursum corda; llabemus ad Dominum; Gratias agamus... Dignum et justum est. Il existait peut-être des préfaces de

1 Liber sacramentorum mozarabicus, édit. Férotin, p. 107, 17.S, 184, 224, 290; /'. /.., t. i.xxxv, col. 271, 2S1. 286. 'P. Styger, Die altchristliche Grabeskunsl, in-12, Miui-

rechange, deux rubriques irlandaises semblent y faire allusion. Le missel de Stowe donne quatre autres préfaces; enfin celle de la messe pro mortuis pluribus a été empruntée à l'oraison d'une messe des morts de Tolède citée par Elipand.

Le texte de la préface donnée par le missel de Stowe fait un emprunt au trisagion, un autre à celle de la Trinité. Le thème de ce qui reste est une confession de la Trinité : Pater omnipolens... qui cum Unigenito tuo et Spiritu Sancto Deus es unus et immortalis, Deus incorruptibilis et immortalis, Deus invisibilis et fidelis... te c.redimus, te benedicimus, te adoramus et laudamus nomen tuum in aeternum et in saeculum saeculi, per quem salus mundi, per quem vila hominum, per quem resurrectio mortuorum, per quem maestatem tuam laudant angeli.

XI. Les préfaces romaines. — Voir Dictionn., t. xi, col. 727-728.

XII. L'abréviation VERS DIGNUM. — Voir Dictionn., t. i, col. 150-162, fig. 38-39.

H. Leclercq.

PRÉMICES. — Parmi les scènes de l'Ancien Testament interprétées sur les sarcophages chrétiens, nous trouvons à plusieurs reprises Abel et Caïn se présentant devant Dieu les bras remplis de leurs offrandes. Caïn qui est cultivateur présente une gerbe, tandis qu'Abel offre un agneau de son troupeau. La scène varie peu et seulement dans les détails. Dieu est un vieillard barbu assis sur un rocher ou sur un fauteuil, levant la main pour bénir les deux jeunes hommes. Sur un sarcophage de Saint-Jean in Valle, à Vérone, la scène est figurée devant la porte d'une ville ceinte de sa muraille crénelée. Dieu est vêtu du pallium et de la tunique, les pieds chaussés, son siège est posé sur un large escabeau. Au contraire, à Saint- Sébastien, la scène est champêtre, encadrée par deux troncs d'arbres et une riche frondaison; Dieu est assis sur un rocher et tient un polumen. Sur un sarcophage de la Villa Colonna, à Home, Dieu a, semble-t-il, les jambes croisées et lient un livre2.

Nous retrouvons ce sujet sur deux sarcophages d'Arles que nous avons décrits3 (voir Dictionn.. t. \, col. 2452, n.24), et ligures1 (voir Dictionn., t. i. col. 62, fig. 23; col. 63, fig. 24).

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