V. L.\ LÉGENDE DE J.'iCQUES. TOUtCS CCS biUc
vesées comblèrent de satisfaction les Espagnols du x\n= siècle; leurs ancêtres avaient d'autres préoccupations. C'est ainsi que l'histoire d'un voyage accompli en Espagne par saint Jacques, avant son martjTe survenu à Jérusalem en l'an 44, n'apparaît qu'à une date tardive. Ce silence paraît bien être le résultat de l'ignorance, car les occasions n'ont pas manqué aux écrivains de célébrer un épisode qui est, nous dit-on, d'une importance capitale pour l'histoire de la péninsule.
Au iv» siècle, le poète Prudence, personnage fort instruit et très grand admirateur des gloires chrétiennes de sa patrie, s'évertue à glorifier d'illustres inconnus ou du moins des célébrités fort pâles en comparaison d'un apôtre, aimé du Sauveur et évêque de la cité sainte. Or, il ne lui accorde pas seulement un éloge, ni une simple mention, ni le moindre rappel. Les Galiciens, intéressés à faire valoir un protecteur leur appartenant à double titre, n'en prennent cure, eux si soucieux de leurs illustrations provinciales. Ni Paul Orose, de Braga, ni Idace, évêque d' Aqiiœ Flaviœ, non loin de Compostelle, qui font métier de chroniqueurs avec prétentions d'historiens, ne songent à nous en rien dire. Mari in de Braga, saint Braulion de Saragosse, le prêtre Taion, Jean, abbé de Biclar, Julien, évêque de Tolède, et Hildephonse, évêque de Séville, tous gens doctes et pieux, gardent le silence
documentum, in-l", Icnoe, 1750; Persequulionis christianorum Neronianw in llispania ex antiquis monimcnlis probanda^ uberior cxpUmatio, 10-4°, lenœ, 175.!; Commenlarius in marmor llispania- antiquum, dans Donati, Ad novum thesaurum vetiTiim inscriptionum Muratorii supptentenlum, in-fol., Florenlia;, 1705-1775; Scaliger, De emendatione temporum, 1. V, p. 471; P. lîaudry, A'oln- ad Laclanlium, De mortib. persec, p. 38; E. Hucbner, Corp. inscr. lat., t. n,p. 25*,n. 231*, pra!t.,ix,n.4. — •!!. Quentin. /.«•s martyrologes historiques du moyen âge, in-8'', Paris, 1908, p. 409- 4.58, 649. — • Plusiciu^ de ces tables sont accueillies par Viccnte de la l-'uenle, Historia ecclesiastica de l'^spuFia, in-8», Madrid, 1873, t. i, p. 40-41. — ' E. lluelmcr. Inscriplioncs llispania: cliristiana', In-l», Ucrolinl, 1871, n. 66'.
ESPAGNE
sur un sujet si propre à enflammer leur verve dans leurs écrits authentiques, les seuls qui puissent être interrogés. Ils n'en disent rien, apparemment parce qu'ils n'en savent rien.
Leurs voisins gaulois ne sont pas mieux instruits. Il n'est guère de pays plus échauffé alors pour les belles histoires de saints, pour les recueillir et, au besoin, les embellir de pitoyables merveilles. Le martyrologe hiéronymien, qui est compilé à Auxerre, vers 595, canalise toutes les historiettes, vraies ou fausses, qui passent à sa portée : il ignore le voyage et l'apostolat de Jacques en Espagne. Grégoire de Tours, érudit à l'information étendue et précise, s'est renseigné sur les sanctuaires d'Espagne et n'a rien recueilli qui lui donne l'éveil. Il consacre des notices aux apôtres Jacques, frère du Seigneur, Pierre, Paul, Jean, André, Thomas, Barthélémy, et ne trouve rien à dire au sujet de Jacques, fils de Zébédée. Fortunat, que les scrupules historiques embarrassent fort peu, énumère dans son poème Sur la virginité, VIII, 3, les lieux saints des douze apôtres; pour les deux Jacques, il indique la Palestine, terra beala; et dans une lettre à Martin, évêque de Braga en Galice, il parle des Éghses évangélisées par les apôtres sans y comprendre celle d'Espagne; à propos de saint Jacques, loin de le rattacher à la Galice, il semble plutôt l'en exclure. « Au temps, dit-il en substance, où les apôtres se partageaient le monde, Rome échut à saint Pierre, l'IUyrie à saint Paul, l'Ethiopie à Matthieu, la Perse à Thomas, l'Inde à Barthélémy, la Grèce à André. C'est à saint Martin l'ancien que la Gaule doit la lumière de l'Évangile, c'est au nouveau Martin (de Braga) que la Galice est redevable du même bienfait. En sa personne elle jouit de la vertu de Pierre, de la doctrine de Paul, du secours de Jacques et de Jean » :
Qui virlute Petrum prœbet tibi, dogmate Paulum, Ilinc Jacobi Iribuens, inde Joannis opem.
Le recueil de légendes apostoliques mis sous le nom d'Abdias, et élaboré en Gaule vers le vi« siècle, consacre une notice à chaque apôtre, à Jacques le Majeur comme aux autres; il n'y est pas question de voyage ni de sépulture en Espagne.
A Rome, on fait plus, on nie l'épisode, d'une négation aussi énergiquement exprimée qu'elle peut l'être quand elle ne répond pas à une affirmation contraire. En 416, le pape Innocent I", dans une lettre célèbre adressée à l'évêque Décent, de Gubbio, proteste contre des importations étrangères dans les usages liturgiques de l'Église de Rome; selon lui, l'Occident ne de\Tait pas en connaître d'autres, puisque, dit-il, « il est manifeste que, dans toute l'Italie, les Gaules, l'Espagne, l'Afrique, la Sicile et les îles interjacentes, personne n'a institué des Églises, si ce n'est ceux que le vénérable apôtre Pierre ou ses successeurs ont constitués évêques. Que l'on cite si dans ces provinces un autre apôtre a enseigné. Si on ne peut citer aucun texte, parce qu'il est impossible d'en trouver, il faut suivre l'usage de l'Église romaine. » Le pape Innocent, ainsi que ses prédécesseurs Damase et Sirice, avait eu à intervenir dans les affaires ecclésiastiques de Galicie; son témoignage a donc un poids particulier '.
Mais au pape on oppose un docteur de l'Église, saint Jérôme, qui parle ainsi des apôtres : In omnem terrain exivit apostolorum sonus et in terminas orbis terrœ verba eorum... Apostolos enim videns Jésus in littore juxta mare Genesarelh reficientes relia sua, vocavit et misit in magnum mare ul de piscaloribus
* liinoccntiits ad Decentiitm Eugiihiniim, dans Jaffé, Epist, rvm. pontif.y n. 311. La iésende du voyage de .lacques a été soutenue par F. Fita y Colomé. Santiago rie Galicia. Siieuas iinpugnaciones y nucua defensa, dans Razon y fe.
piscium faceret hominum piscalores, qui de Jérusalem usque ad Illyriam et Uispanias evangelium prœdicarenl, capientes in brcvi tempore ipsam quoque Romanse urbis pctentiam '. Il n'est pas question ici de saint Jacques en particulier, mais de la prédication apostolique en général ; quant à une répartition des provinces à évangéliser, si les mots reficientes relia sua se réfèrent à Jacques et à Jean, fds de Zébédée, d'après Matth., IV, 21, les mots juxta mare Genesarelh et piscalores hominum se réfèrent donc à Pierre et André, d'après Matth., iv, 18, 19. Sans doute, Pierre a des droits sur Rome, Jacques est attaché à l'Espagne, mais à quel titre Jean et André seront-ils affectés à l'IUyrie? Il n'y a donc pas ici ombre d'attribution personnelle, mais simplement opposition entre l'humble condition des apôtres et l'entreprise difficile qui leur est destinée, à Rome, métropole de l'empire, en Espagne, sa province la plus lointaine, en Illyrie, la plus sauvage et la moins facile à aborder.
Assez longtemps avant le temps où l'on décou\Tit en Galice un tombeau supposé être celui de Jacques, un petit hvre répandu en Occident le représentait en quahté d'apôtre spécial de l'Espagne. Ce petit livTe consistait en une histoire abrégée des apôtres qui nous est parvenue en latin, d'après une source grecque dénuée de toute valeur, s'inspirant de traditions controuvées et de documents apocryphes. Ces catalogues grecs, en tant qu'ils s'occupent de l'Occident, ne s'occupent que de saint Pierre et saint Paul et de saint Simon, à qui ils font évangéUser la Maurétanie, l'Afrique et la Bretagne. Quant à l'Espagne, ils ne s'en occupent qu'à l'occasion de saint Paul. Bien que procédant du grec, les rédactions latines ne se sont pas interdit des modifications destinées à flatter leur clientèle occidentale. « Saint Matthieu est attribué à la Macédoine, saint Philippe à la Gaule, saint Jacques à l'Espagne. Ces trois modifications proviennent-elles de quelque texte grec encore inconnu de nous ou du traducteur, ou d'une retouche introduite après coup dans l'œuvre de celui-ci? Je n'en sais rien. Mais ce qui me semble clair, c'est que les trois « traditions » relatives à la Macédoine, à la Gaule et à l'Espagne sont exactement sur la même ligne; elles ont même provenance, même attestation, même autorité. Quelle que soit la forme du catalogue latin, qu'il soit complet ou abrégé, en prose ou en vers, indépendant ou engagé dans une autre composition, les trois apôtres y figurent ensemble. Quelques textes cependant, s'inspirant de Rufin ou du faux Abdias, laissent saint Matthieu en Ethiopie; c'est une correction.
Or, chacun sait que l'assertion d'un apostolat de saint Philippe en Gaule ne correspond à aucune tradition locale, il en est de même pour saint Matthieu en Macédoine. Ces deux apôtres ont été l'objet en Orient de légendes fabuleuses et contradictoires; aucune d'elles ne les fait voyager dans les pays indiqués ici. Saint Jacques aussi à sa légende; il en a même deux : l'une, d'après laquelle toute sa carrière apostolique se passe en Palestine, l'autre, particulière aux Coptes et Abyssins, qui le fait voyager d'abord en Lydie. Quant à l'Espagne, silence complet.
» A quelle date ce catalogue a-t-il passé en Occident? Ce point, on le conçoit, a une grande importance dans la question qui nous occupe. Fortunat, Grégoire de Tours, Abdias, le martyrologe hiéronymien l'ignorent absolument. Ceci permet d'affirmer qu'il n'a pas pénétré dans nos contrées avant la fin du vi« siècle'.» A la fin du siècle suivant, Aldhclm de
li)01,t. i,p. 70-74,200-206, 306-315, etc., etc. — 'Comment, in Isaiani, xn. 42, P. L., t. xxiv, col. 423; cf. x, 34, ibid., col. 374. — ' L. Duchcsne, Saint Jacques en Galice, dans Annales du Midi, 1900, t. xn, p. 152.
ESPAGNE
Malmesbury écrit dans une inscription métrique destinée à un autel de saint Jacques ' :
Primilus Hispanas convertit dogmate gentes.
En 686, Julien de Tolède expose la prédication des apôtres - et rappelle les nations qui l'ont ouïe. Ayant parlé de saint Pierre et de saint Paul, il continue : Hac et simili régula Jacobus Hierosolymam, Thomas Indiam, Macedoniam, Matihœiis illustrât. Ce dernier trait est caractéristique et Julien de Tolède n'a pu le tirer que d'un de ces catalogues byzantins fortement retouchés dont nous avons signalé l'existence et qui envoyaient Matthieu en Macédoine et Jacques en Espagne. De toutes façons nous pouvons constater qu'un tel catalogue circulait en Espagne vers le milieu du vn" siècle. Qu'en pensaient les indigènes'? Nous en pouvons juger par Julien, qui rencontre cette tradition, et par l'accueil qu'il lui ménage. Va-t-il l'accueillir sans contrôle et le laisser exercer son ministère de prédication devant les Espagnols? Il s'en garde bien. » Il le fait prêcher aux Juifs, et il caractérise sa prédication en disant qu'elle était appuj'ée d'un grand nombre de textes scripturaires, où il montrait que les prophéties s'étaient accomplies en Jésus- Christ : longo traclu teslimoniorum divinorum docuit, ea omnia quœ prœdixera\rj]t in Domino nostro Jesu Christo laisse complela. Ouvrons maintenant Abdias ', à l'article de saint Jacques le Majeur; nous y trouverons une vingtaine de textes prophétiques allégués aux Juifs par l'apôtre, qui en montre ensuite l'accomplissement. En tête de cette seconde partie, se présentent les mots : Hœe omnia in Domino nostro Jesu Chrislo et impleta sunl parlim quœ juerunl prsedicla, etc., que Julien reproduit presque littéralement. Ainsi, l'évêque de Tolède avait sous les yeux le recueil d'Abdias, où saint Jacques est présenté comme l'apôtre, non de l'Espagne, mais de la Palestine; mais d'autre part, il avait sous les yeux le catalogue byzantin latinisé où cet apôtre est dit avoir évangélisé l'Espagne. Il ne dit mot de cette prédication espagnole, et cela dans un livre adressé au roi d'Espagne Erwige, et dans un morceau consacré à l'analyse des enseignements distribués par chacun des apôtres à ceux auxquels ils ont prêché ou sont censés avoir prêclié.
« Ce silence est l'équivalent d'une condamnation. Le chef de l'Église d'Espagne a connu l'attribution de saint Jacques à son pays; ill'a répudiée *. Et ceci est d'autant plus grave que Julien est au-dessus de tout soupçon de critique excessive. Un homme qui accepte la légende de saint Jacques telle qu'elle figure dans le recueil d'Abdias, un homme qui a pu se fier au catalogue byzantin pour parler de la prédication de saint Matthieu en Macédoine est assurément peu dilTicilc. Il n'a pas hésité pour saint Matthieu, bien que le faux Abdias en fasse l'apôtre de l'Ethiopie; mais c'est qu'il n'était pas en situation de se prononcer. La Macédoine et l'Ethiopie étaient trop loin pour qu'il piU en apprécier les traditions. Il a pris la première venue. Pour l'Espagne, il n'en était pas ainsi, Julien savait ce que l'on disait ou ne disait pas des origines apostoliques de son pays. Entre les deux prétendues traditions, il a éUminé celle qui eût été glorieuse pour les Espagnols, évidemment parce qu'il la savait dépourvue de toute attache dans l'opinion locale '. 1.
' P. L., t. Lxxxix, col. 29:5; A. Lipsius, Apostellegcnilcii, t. u, p. 222, cite, après bitn d'autres, ce petit poème comme supposant déjà l'cKislcncc <lu sanctuaire de Conipostcllc; en réalité, il n'est question ici que de prédication, non de sépulture. — • * De comprobatione œtatis sextn-\ ]. II, c. i.\. — • ■ J. A. Fabricius, Cuticx apocruplius Nnvi Tealamenli, p. 522 sq. — * On soit qu'au xni« siècle.
Le catalogue byzantin retouché ayant pénétré en Espagne, on doit s'attendre à retrouver la trace de son influence sur la littérature du pays à partir de la fin du vn= siècle. Julien s'était tenu en garde, d'autres furent moins circonspects, notamment l'auteur d'un fragment de Commentaire sur Nahum,et Béatus,qui écrivit un Commentaire sur l'Apocalypse; enfin le De ortu et obitu Patrum, qu'on ne saurait, sans imprudence, attribuer à saint Isidore de Séville, encore que celui-ci ait écrit un opuscule sous ce titre. Mais il est absolument impossible de lui imputer la notice de Jacques dans le De obitu, notice qui reproduit et aggrave les confusions du texte byzantin. Il confond le fils de Zébédée avec son homonyme du collège apostohque et le fait décapiter par l'ordre d'Hérode le tétrarque, alors qu'il s'agit du roi Hérode; ce qui donne peu de poids à l'affirmation : Hispania; et Occidenlalium locorum gentibus evangelium pra-dicavit.
Les occasions ne manquèrent pas à saint Isidore de s'expliquer au sujet de saint Jacques et de sa mission en Espagne, cependant il n'en soulTle mot dans aucun des écrits qui lui appartiennent certainement. Son silence n'en est que plus remarquable lorsqu'il traite du fils de Zébédée dans ses Etijmologiœ (1. VU, c. ix); dans sa Ctxronique, lorsqu'il parle des apôtres. Ce qu'on dit de saint Isidore, on peut le répéter de saint Ildetonse, de saint Julien et de beaucoup d'autres.
La vieille liturgie mozarabe ne témoigne pas d'une solhcitude bien particulière pour saint Jacques. L'apôtre était fêté vers la fin de décembre, avec son frère Jean. Le calendrier épigraphique de Carmona mentionne Jean et omet le nom de Jacques. Dans le martyrologe hiéronymien on lit au 27 décembre : Ordinatio episcopatus sanctijacobi fratris Domini, qui ab apostolis primas ex Judeis Hierosolimis est episcopus ordinatus. Les calendriers mozarabes publiés par dom Férotin et les deux sanctoraux mozarabes de Paris (mss 2179 et 21S0) placent au 28 la fête de saint Jacques le Mineur. Il n'est pas douteux que l'Église gothique d'Espagne n'ait célébré le 30 la mémoire du martyre de saint Jacques le Majeur. Tous les monuments anciens de la liturgie mozarabe sont d'accord sur ce point. Par contre, la plus grande confusion règne dans les livres imprimés de ce rite, tant dans l'édition de Ximenès que dans les suivantes. Le calendrier placé en tôle du missel fi.xe au 30 la translation de saint Jacques le Majeur; puis, à ce même jour, le même missel nous donne la messe de saint Jacques le Mineur. Pour mettre le comble à la confusion, le bréviaire place la mémoire de saint Jacques le Majeur au 30, et il a raison; mais l'Ordo, qui fait loi pour les Mozarabes modernes de Tolède, indique qu'il faut célébrer en ce jour la translation de l'apôtre.
Nous pourrions nous abstenir de parler de l'attache topograpldque de saint Jacques à Composlelle, puisqu'elle sort du ca<lre chronologique de nos études. Il suffît donc d'indiquer ici que, vers l'année 830, on découvrit dans le territoire d'Amala, au diocèse d'Iria Flavia, une tombe antique qui,;"! partir de l'année 1139, fut définitivement considérée connue celle de saint Jacques. Dès 800, la légende commençait à prendre • corps et Adon notait le culte rendu à ce tombeau. C'est depuis lors qu'on s'en<|uit de fabriquer les titres jugés indispensables à la fructueuse exploitation du pèlerinage; ils ne manquèrent point, nombreux, précis
l'archevêque de Tolède, Hodriguc Ximenès, truitiiit encore l'apostolat espagnol de conte de bonnes fcnnnes. Mais on expliquait cela par sn situation ecclésiastique, Tolède étant rivale de Coinpostello. En 68G, il n'y avait pus encore de Conipostelle, ni, par suite, de rivalité entre Conipostellc cl Tolède. — ' L. Durhesne, op. cit., p. 151.
ESPAGNE
et décisifs à souliait, comme on peut le croire. En 1139, Y Historia Composlellaiie fixa cette « tradition n '. VI. Jusqu'à la paix de l'Église. — Ce n'est que vers le milieu du in« siècle, à l'époque de la persécution de Dèce, que nous parvenons à recueillir un détail historique concernant le christianisme en Espagne. Auparavant, nous ne rencontrons qu'un texte de saint Irénée qui atteste l'existence du christianisme en Espagne et un autre texte de Tertullien, tout aussi vague que le précédent. La persécution de 250 entraîna des apostasies en grand nombre, il y eut un important trafic de Ubelli ou certificats acquis en fraude par ceux qui voulaient se soustraire au sacrifice païen, sauf a laisser planer sur eux l'injure d'y avoir consenti. Parmi ces âmes faibles, dûment nanties de certificats d'orthodoxie païenne et qu'on désigna sous le nom de libellatici, nous rencontrons deux évêques espagnols : Basilide de Léon et Martial de Mérida. Le premier était un poltron à qui sa lâcheté attira une sorte de notoriété et qui fut assez mal avisé pour en tirer gloire et s'obstiner à défendre sa conduite. Le second n'était guère moins poltron que son collègue; déplus, il était dissolu. Après le retour delà sécurité, ces deux tristes personnages ne se proposèrent rien moins que de reprendre le gouvernement de leurs communautés. C'était le moment où les Églises de Rome et de Carthage discutaient le traitement à appliquer aux (apsi (251). En 252, un concile tenu en -Vfrique décida d'accorder l'absolution à tous ceux i|ui se seraient soumis à la discipline de la pénitence, on établit cependant une exception pour le clergé ; tout apostat devait être interdit du sacerdoce; en conséquence, en 253, les fidèles d'Assuras furent invités à déposer leur évèque Fortunatianus, apostat rentré en possession de son siège.
Les deux évêques de Léon et Mérida avaient leur voie toute tracée; cependant ils réclamèrent au pape de Rome Etienne contre le pape de Carthage Cyprien. En pareil cas, on n'avait guère lieu d'appréhender un échec. La jalousie d'Etienne à l'égard de Cyprien, qui l'éclipsait, était bien aise de saisir une occasion de lui faire sentir que les décisions des conciles d'Afrique ne valaient que pour la province. Etienne maintint donc les deux évêques apostats sur leurs sièges respectifs. Mais il avait compté sans les fidèles, qui tenaient absolument à posséder des évêques honorables, et, voyant que Rome leur imposait des misérables, les Espagnols s'adressèrent à Carthage. L'épiscopat africain, réuni en concile, déposa Martial et Basihde (254). Les négociateurs de toute cette affaire avaient
' J. C. Argote, Disseriaçào da vinda de S. Jago a Hes- Ijunha, dans Mem. acad. Portugal, 1722; B. C. de Arostegui, Dissertatio qua apostoli Jacobi Majoris prœdicatio Hispanis vindicatur, in-4°, Neapoli, 176.'i; D. Bartolini, Cenni biografici dis. Giacomo apostolo il yiaggiore, in-8°, Roma, 1885; D. de CastUlo, Defensa de la venida y predicacion evangelica de San Jago en Espana, in-4°, Zaragoza, 1608; G. Cuper, dans Acta sanel., 1729, juillet, t. vi, p. 5-47, 69-114; Vindiciœ brèves pro hispanica S. Jacobi prœdicatione, dans Acta sanct., 1731, t. vn, p. 869-889; E. Cxea, Historia del apostcl San lago, patron de Espana, y de su venida en ella, iii-8**, Madrid, 1615; M. de Erce Ximencs, Prueva évidente de la predicacion del apostel san lago en los regnos de Espanu, în-4°, Madrid, 1648; Aur. Fernandez-Guerra, Santiago en EspaiXa, dans Ciencia cristiana, 1880, t. xv, p. 176-186; F. Fita y Colome, El sepolcro de Santiago, dans même revue, 1880, t. .\v, p. 93-96; Hecuerdos de un viaje a Santiago de Galicia, in-8°, Madrid, 18S(I; Santiago de Galicia. Nuevas impugnaciones y nueva rii/csa. dsuis 7îa:o;i y je, 1901, t. i. p. 70-73, 200-205, 306-315; 1902, t. il, p. 35-45, 178-195; 1902, t. m, p. 49-61, 314-323, 475-488; H. Fierez, Espana sagrada. 1754, t. m, p. 39-131 ; 1781, t. xxxin, toi. 9 ; F. de Jésus y Xodar. Cinco discursos con quese confirma la antigua Iradicion que el apostol sont lago vino i predico en Espana <tefendiendola, in-4°, Madrid, 1612; .\. Lopcz Fcrreiro, Las
DICT. d'aRCH. CHRÉT
été deux évêques espagnols, Félix et Sabinus, nantis de la procuration de leur collègue Félix de Saragosse, que saint Cyprien, qui s'y connaissait, qualifie fidei cultor ac dejensor. Les victimes étaient aussi peu intéressantes que possible et le pape Etienne avait mal placé sa confiance. Outre l'apostasie, Basilide s'était rendu coupable de blasphème; quant à Martial, il était sociétaire de corporations païennes dont t il avait fréquenté longtemps les honteux et dégradants festins »; il avait fait pis que cela, faisant enterrer son propre fils dans le cimetière d'une corporation païenne. A la persécution de Valérien, se rapporte le martyre de saint Fructueux, évêque de 'Tarragone (258). Les actes ont été conservés et n'ont rien à envier aux plus authentiques. Ils nous montrent l'évèque arrêté un dimanche, comme il venait de se mettre au lit, et emmené en prison avec ses diacres Augure et Euloge, avec lesquels il comparaît le vendredi suivant et tous trois sont condamnés à être brûlés vifs. L'exécution a lieu le jour même dans l'amphithéâtre. Nous voyons par divers traits des actes que la communauté chrétienne était assez nombreuse et prospère.
Très peu de temps après cet événement, les Églises d'Espagne, ou du moins certaines d'entre elles, furent soumises à une nouvelle épreuve. On sait vaguement que des Francs envahirent la contrée, saccagèrent "Tarragone, ruinèrent un grand nombre de villes, parcourant en tous sens, pendant douze années, la péninsule épouvantée; ensuite, s'emparant de vaisseaux romains, ils passèrent en Afrique, où on perd leur trace ^. Nous ne savons rien des ravages qu'eurent à subir les Églises au cours de cette dévastation; un silence de quatre années enveloppe les communautés de l'Espagne. Ce silence prend fin vers l'an 300, par la réunion d'un concile de dix-neuf évêques tenu à llliberis (= Elvire, aujourd'hui Grenade). Voir DicUonn., t. iv, au mot Elvtre. Nous en avons parlé déjà et fait connaître les importants canons disciplinaires si précieux pour la connaissance de la société chrétienne à la veille de la persécution de Dioclétien. On y surprend sur le vif l'esprit mondain parmi les fidèles et les principes rigides qui animent les chefs des communautés. Si nous trouvons dans ce concile une énumération singulièrement complète et scandaleuse des fautes et des crimes qui affligeaient la société chrétienne à la fin du m« siècle, nous y rencontrons aussi une sévérité de répression bien propre à nous inculquer une haute opinion de l'idéal moral représenté par les évêques de ce temps, très différents des deux protégés du pape Etienne.
tradiciones populares acerca del sepulcro del apostol Santiago, in-8'', Santiago, 1884; Fr. Macedo a Santo Augustmo, Diatriba de adventu S. Jacobi in Hispaniani, ln-4°, Rom£e, 1662; J. Mariana, Tractatus VII...videl. l de adventu beati Jacobi apostoli in Ilispaniam.... in-fol., Coloniîe Agrippinœ, 1609; J. B. Pardiac, Histoire de saint Jacques le Majeur et du pèlerinage de Compostelle, in-S", Bordeaux, 1863; J. Pellicer y Ossau, Defensa de la venida à Espana del apostol Santiago particularmente contra la que escribio cl cardinal Baronio, in-4», Madrid, 1628. Ce n'est qu'un échantillon de la littérature relative à cette mission d'Espagne; je crois pouvoir omettre d'autres écrits dénués, comme dans les précédents, de toute critique. En 1885, on crut retrouver ;i Compostelle les reliques de l'apôtre, événement qui donna lieu à une littérature de circonstance, par exemple : Bartolini, op. cit.; D. Ricciardi. Ritrovamento délie reliquie deW apostolo stui Giacomo maggiore, in-S", Ivrca, 1885. J'aurai occasion de transcrire plus loin les titres des ouvrages qui soutiennent l'opinion opposée : Tillcniont, L. Duhesne: voir aussi A. Chiappelli. Studii di aniica letlcratura cristiana, in-8», Torino, 1887 : La Icggcnda dell' apostolo Jacopo a CoHiposïe//ac /a cri7icas(orica, p. 149-215. 234-238. — 'Aurélius Victor, De Ca'saribus; Paul Orose, Adv. pagan. historia, I. YIII, c. xxii-XLi ; .\usonc, Epist., xxxv, n. 59, 60.
ESPAGNE
Le « diocèse » des Espagnes comptait, sous Dioclétien, six provinces, en y comprenant celle de Maurétanie Tingitane. Celle-ci ne fut pas représentée au concile d'Elvire. Pour l'Espagne continentale, nous trouvons : 1° pour la Galice, l'évOque de Léon, l'une des principales villes, sinon la capitale de la province; 2° pour la Tarraconaise, l'évêque de Saragosse, la ville la plus importante, après le chef-lieu Tarragone, non représenté; H» pour /oLosi/anie, les évèques de Mérida, chef-lieu de la province, de Faro (= Ossonova) et d'Evora; 4° pour la Carthaginoise, le chef-lieu Car- Ihagène envoie un prêtre et huit villes envoient leurs évêques, ceux de Guadix (= Acci) ', de Caslulo. de Mentesa, d'Urci, de Tolède, de Salavia, de Lorca (= Eliocroca) et de Basli; 5° pour la Bélique, les six évêques de Cordoue, Se ville, Martos, Ipagrum, Grenade et Malaga; en outre, les prêtres de treize autres Églises au moins : Ilipula, lUiturgi, Carula, Astigi, Atcgua, Acinipo, Singiha, Barba, Igabrum, Ulia, Sclambina, Gemella,Ossigi. Enfin, quatre prêtres de Cordoue, Castulo, Lorca et Urci avaient accompagné leurs évêques.
La persécution de Diocléticn fut appliquée en Espagne par Maximien Hercule, qui, dans la tétrarchie, avait reçu pour son lot l'Italie, l'Afrique et, croyonsnous, l'Espagne '. Nous savons que Emeterius et Chelidonius furent mis à mort à Calahorra ( = Calagurris), très antique ville romaine située au bord de l'Èbre, au nord de la Tarraconaise. Ces martyrs ne nous sont connus que par la première hymne du Péri SIephanôn de Prudence; toutes les autres relations de la mort de ces deux saints, les quelques lignes consacrées à leur mémoire par Grégoire de Tours et les deux narrations conservées dans les Acla sanclorum, ne sont que le résumé ou la paraphrase des vers de Prudence '. Celui-ci nous avertit que les actes périrent au moment où l'édit de Dioclétien entraîna la destruction méthodique des archives chrétiennes. « Regrettable silence des documents antiques, écrit-il. On nous envie les détails, on éteint jusqu'à la renommée : un satellite blasphémateur a ravi les témoignages écrits, de peur que les siècles futurs, instruits par des livres durables, n'apprissent à la postérité l'ordre, le temps et le mode de la passion des martyrs *. » Les deux relations légendaires ne comprirent rien à ces indications et imaginèrent, qu'à la suite du procès, le juge avait fait brûler le procès-verbal. Prudence, mieux instruit, nous apprend que les archives des Églises espagnoles n'échappèrent pas à la destruction, les actes d'Emeterius et de Chelidonius périrent alors; ils avaient donc soulfert avant l'édit de 303.
L'édit de persécution de l'an 303 est attesté, pour l'Espagne, par des inscriptions fausses, non moins fausses que celle relative à la persécution de Néron. Les voici ' :
1° Diocletian. Cœs. || Aug. Galerio. in. Ori- || enlc, adopt(alo). supers- || litione. cbrist(iana). \\ ubiq. deleia. et. cul- \\ lu. deor(um) propagato.
2° Dioclelianus. Jovius. et || Maximian. Ilerculeus || des. Augg. \\ ami>lifiailo. per. Orien- || tcm. et. Occidnlem || imp(crio) rom(uno) \\ et || nomine. christ ianorum \\ deleto. qui. rcmp(ublicam). ever \\ lebant.
' Il faut se garder de confondre Guadix (Acci), au sud de la Tarraconaise, avec Cadix (Gadès), au sud de la Héliqiic. — 'II. Lcclercq, L'Espagne ciirélieniie, in-12, Paris, l'JOG, p. 78, note 1. — ' Grégoire de Tours, De gloria martyrum, 1. I, n. 93; Acla sanctoriim, mart. t. i, n. 231-232. — ■ • l'rudcnce, Pcri SIephanôn, hynm. i, vers 73-78; cf. H. Lcclercq, L'Espagne chrétienne, p. 70-81. — * J. Grutcr, p. cCL.x.KX, 3, 4; J. K. .J. Walch, Cliristianorum sub Diocleliano in Ilispania pcrseqiiiilio qiiam ex antiquis inscriptionibus percensuH tuuique illnslr(tvil, in-12, Icnic, 1752; Corp. in.scr. lai., t. il, n. 2.Î3*. 231', 2:t0* ; C. Kcllncr, An/ oflcr cilicrlr laleinischc Inschri/I muninc rhrislianoniin itelclu.
S" ///. invicti. Cœsaris \\ matri. deum || sacello || indurii amnis. ancone \\ inslnicte || sub. magnse. pasiphœs. numine || privatum. dianse. sacrum \\ fordam. uaccam. album || immolavere || ob. christianam 1| eorum. pia. cura || suppressam. exstinctamque l[ superslitionem li Dioclec. Il Maximian. || Galerius \\ et. Constantius Il Imper, augggg. perpetui.
L'exécution de l'édit fut confiée à un magistrat auquel sa férocité valut une sorte d'illustration, Datianus. connu seulement par les récits mart yrologiques. Datianus en Espagne, comme Anulinus en Afrique, comme Rictiovarus en Gaule, sont des personnages mal connus, en partie réels et en partie légendaires. Ce Datianus est-il le même que Maximien employait à une besogne toute semblable, dès l'année '287, on n'en a pas la preuve. Il devait exercer les fonctions et peut-être porter le titre de vicaire du diocèse d'Espagne; nous le voyons instrumenter dans la Tarraconaise, dans la Lusitanie et dans la Carthaginoise. La Passio S. Vincenlii levilœ, écrite vers la lin du iv« siècle, nous le fait voir parcourant l'Espagne, faisant incarcérer, conformément à l'édit. les évêques, les prêtres, les diacres, les clercs. Peut-être faut-il placer au cours de celte persécution la glorieuse confession d'Osius de Cordoue, louée par tous les contemporains '. A Saragosse, la communauté se glorifiait d'avoir donné des martyrs à chaque persécution ■; elle avait alors pour évêque Valerius, peut-être le même qui siégea au concile d'Elvire, et pour premier diacre Vincent. Tous deux furent arrêtés, l'évêque fut exilé et le diacre, torturé, mourut de ses souffrances.
Prudence nous a conservé d'autres noms dans l'hymne quatrième du Pcri SIephanôn, mais il a omis sainte Léocadie, morte sous Datianus, dans la prison de Tolède, les saints Servand et Germain, martyrisés à Cadix, les saints Oronce et Victor à Girone. Cette 0 petite Girone », ainsi que l'appelle Prudence, avait possédé un autre martyr nommé F'élix. que des martyrologes dépourvus d'autorité font souffrir sous Datianus. Barcelone avait eu Cucutas, Alcala revendiquait Juste et Pastor, victimes de Datianus. De même Acisclus à Cordoue et, dans la même ville, Faustus, Janvier et Martial, enfin Zœllus. Saragosse revendiquait plus de martyrs qu'aucune autre ville " : Sola in uccursum numerusinres Marlyrum lurbas Domino parasti.
Une des plus illustres martyres de cette persécution fut une jeune fdle nommée Eulalie (voir ce mot), sur le tombeau de laquelle s'éleva de bonne heure une basilique décorée de marbres, de dorures et de mosaïques.
En 3U5, un remaniement se produisit dans le personnel de la tétrarchie. Dioclétien et Maximien abdiquèrent, Galère et Constance Chlore prirent rang d'augustes', Maximin Daia et Sévère furent proclamés césars. Ces changements eurent pour résultat des mutations dans les États. Constance (Ihlore reçut la suprématie en Occident et joignit l'Espagne à son lot. La situation religieuse s'y translorma sur le champ, les rigueurs prirent lin.
dans Zeilschrlft fiir kalholische Théologie, 1900, t. xxv. p. 759-762: cf. Corp.inscr. laL.t. vi*,n.3550*.p. 245»; t. ix, p. 27*, n. 525* ; Nouuclles archives des missions scicnliliques et titléraires, 1892, p. 1 15. — ' S. Atlianase, Ilisloria arianorum, c. XLiv; Apologia de fnga, c. vu. — ' Prudence, l'cri SIephanôn, hymne iv, vers 81-83. On y honorait la tombe de dix martyrs victimes d'une précédente pcrsécullou cl enterrés ensemble. Ibid., 53, 105-108, 1 15-11)1. — • l'rri SIephanôn, hymne iv, vers 57-58. — • J. Maurice, Le diocèse des Espagnes de 293 à 309, dans Mémoires de la Société nationale des antiquaires de Erance, Paris, 1903, p. I.i7-1.52.
ESPAGNE
VII. De la paix de l'Éguse aux i>r\'ASioNS. — L'Espagne connut un siècle de paix, de réparation et de prospérité, jusqu'aux premières invasions, en 409. Un personnage va concentrer, pendant la moitié de cette période, toute l'attention sur lui; c'est Osius de Cordoue. Il était né vers 256, fut élevé à l'épiscopal vers 295 : on le rencontre au concile d'Elvire vers 300 et, en 313, à Milan, dans l'entourage intime de Constantin ', de qui il a peut-être contribué à décider la conversion. Cependant il n'assiste pas au concile d'Arles, en 314, auquel prend part Libère de Mérida. Ce concile était dirigé contre l'iiérésie donatiste, laquelle était, en grande partie, l'ouvrage d'une Espagnole intrigante, riche et dévote, nommée Lucilla, qui habitait à Carthage. L'ÉgUse d'Espagne n'eut d'ailleurs que des relations très espacées avec les donatisles : la présence d'un évèque donatiste n'entraîna la conversion que d'une s ule dévote?
Le rôle important qui incomba à Osius dans la préparation et les sessions du concile de N'icée n'a pu manquer d'exercer une certaine influence sur le développement de l'Église d'Espagne, mais sur ce sujet, nous sommes réduits aux conjectures. La pénurie, presque incroyable, de textes concernant le christianisme dans la péninsule, pendant les quatre premiers siècles de notre ère, explique la rapidité avec laquelle se déroule une histoire dépourvue d'événements. Aux noms des sièges épiscopaux connus par le concile d'Elvire, il faut ajouter ceux des évèques présents au concile d'Arles : Tarragone, Osuna, Betica et Barcelone. On entrevoit l'Église d'Espagne tendant à s'organiser en sept provinces, dont les métropoles sont placées dans le chef-lieu civil, sauf à Carthagène, remplacée par Tolède. Ces métropoles sont Mérida. Séville. Braga. Tolède, Saragosse, Palma et Tanger.
Pendant le iv« siècle, les Églises d'Espagne paraissent être demeurées à peu près complètement à l'abri de l'arianisme. Mais il ne s'ensuit pas que les communautés aient connu une ferveur et une prospérité particulières. Les poèmes de Prudence, les canons d'Elvire et quelques rares écrits contemporains nous laissent entrevoir une activité ordinaire au point de vue monumental. D'art proprement dit, on ne trouve pas trace. Qu'étaient ces peintures, ces cimetières, ces églises dont il est question à Elvire, nous l'ignorons, mais il ne paraît pas qu'ils eussent une sorte d'importance; en tout cas, tout a péri. En 343, âgé de quatrevingt-sept ans, Osius se trouvait à Sardique, en Thraco. où, sur ses instances, l'empereur avait réuni un concile dont le vieillard fut l'ànie. le chef, le tout. Il s'y trouvait en compagnie des évèques de Caslolona, de Saragosse, d'Astorga, de Mérida et de Barcelone. Puis, de retour à Cordoue, Osius y convoqua un concile pour promulguer les canons édictés à Sardique. Cela fait, il se remit en route, parlant, écrivant «n faveur d'Athanase, son fidèle compagnon dans l'orthodoxie nicéenne. Agé de cent ans, le vieux lutteur fut mis en prison et odieusement maltraité; affaibli, il fit des concessions qui ne témoignent que d'un allaissement cérébral qui eût dû lui mériter l'indulgence. Mais les hommes de ce temps n'en abusaient pas et saint Hilaire de Poitiers, lenroiitraiil le vieil cvèque à Sirmium, le traita de blasphémateur, de fou, de délirant, uniquement soucieux de rentrer dans sa ville de Cordoue. Rendu au calme, le vieillard se rétablit, retrouva le fil de ses idées, comprit sa laiblesse et protesta contre la violence subie; il mourut en renouvelant l'anathème contre les ariens (27 août 357).
' Eusibe, Hisl. eccles., 1. X, c. vz. — ' G. Morin, Les nouveaux traclatus Origenis cl l'héritage litléraire de l'roéque ■cspa^noi Grégoire d' lUiberis, dans Rei). d'hist. ei de littér.^ 1900, t. V, p. 152 sq.; P. Lcjay, L'héritage de Grégoire
Le grand évêque disparu, le silence se fit de nouveau sur l'épiscopat et sur l'Église d'Espagne. Au sein de la médiocrité générale, on a distingué les noms de Grégoire d'Elvire, qui siégea au concile de Rimini (359) et, après la mort de Lucifer de Cagliari, fut le chef du mouvement luciférien '. Faustin et MarccUin, auteurs du Libellas precum, Pacien de Barcelone, la nonne Elheria (voir ce mot).
La seconde moitié du iv« siècle a produit en Espagne des écrivains de mérite; Prudence et Priscillien. Prudence ne manquait pas de talent littéraire; de plus, il avait le souci de conserver sous une forme poétique le souvenir des gloires religieuses de sa patrie. Ses hymnes forment un recueil précieux pour l'histoire et pour l'archéologie; nous le retrouverons (voir DiTTOCH.tu.M et Prudence). Le personnage de Priscillien est d'une importance plus grande. Il est le premier, dans l'Espagne chrétienne, avec lequel il faille compter; jusqu'à lui tout sommeille, Priscillien va obliger ses compatriotes à réfléchir et à penser : ils s'en vengeront. Le priscilUanisme n'est bien connu que depuis la découverte des oeu\Tes de l'hérésiarque, en 1886. Jusqu'alors ses adversaires et ses ennemis jurés avaient seuls pris la parole. On possède aujourd'hui onze traités, mémoires ou discours de PriscilUen. C'est d'abord un écrit composé pour une assemblée d'évêques, suivi d'un mémoire apologétique destiné au pape Damase. Un troisième traité défend le droit de lire des li\Tes apocrvphes, pourvu qu'ils ne soient pas contraires à l'enseignement de .Moïse, des prophètes et de l'Évangile. Un quatrième s'occupe du carême et du jeûne. Les deux suivants soni des homélies sur la Genèse et l'Exode. Priscillien y combat l'opinion de ceux qui veulent que l'homme soit une créature du diable et que le Dieu de l'Ancien Testament soit distinct et différent de celui du Nouveau. Ce traité contredit absolument la théorie gnostique du dualisme, imputée à Priscillien. Les autres ont un moindre intérêt. Tous ces ouvTages sont de médiocre étendue; tels que nous les possédons, ils permettent de prendre une idée à peu près exacte de leur auteur, homme riche, austère et savant avec quelque chose d'ingénieux et même d'alambiqué dans l'esprit. Cette histoire de l'hérésie prisciUianiste est un curieux épisode de psychologie et de théologie; nous l'avons raconté ailleurs '. Fâcheux épisode où l'épiscopat espagnol ne paraît pas à son avantage; l'affaire se dénoua à Trêves. Les évèques Ydace et Ithace y poursuivirent leurs victimes avec acharnement et les firent condamner à la mort, à l'exil, à la déportation, à la relégalion. C'était le premierexemple de l'abandon des condamnés au bras séculier, chargé d'épargner à l'Église l'obligation de répandre le sang, non pas en épargnant le coupable, mais en déchargeant l'Éghse du soin de Irapper. Étrange casuistique qui ne trouva jamais grâce aux yeux des esprits droits et que jalonne malheureusement une longue série de bûchers depuis celui de Priscillien jusqu'à celui de Jeanne d'.\rc.
Au IV siècle, en Espagne, appartiennent Paul Orose, saint Paulin et Vigilance.
VI 11. Les invasions. — Vers l'an 4U9, quelques troupes de barbare^, parvenues jusqu'aux Pyrénées, franchirent cette barrière : c'étaient des Alains, des Suèves et des Vandales. Chaque bande, ayant son chef, se répandit dans la péninsule et la ravagea de son mieux. La Tarraconaise, la Galice, la Lusitanie et une partie de la Bétique furent dévastées; les autres provinces firent mine de se défendre et quelques can-
d'Eluire, dans Revue bénédiclinCt 100.S, t. xxv, p. 435- 457. — "H. Leclercq, L'Espagne chrétienne, p. 131-212; cf. A. Puect\, Priscillien, dan-i le Journal des savants, 1891, p. 110-124, 243-255, 307-31S.
ESPAGNE
tons, surtout des villes, purent se maintenir nominalement sous la domination romaine. A partir de 411, leur gourme jetée, les envaliisseurs, las de piller, songèrent à mettre un peu d'ordre dans leur conquête. Les Suèves et une partie des Vandales s'établirent en Galice, les Alains en Lusitanie, et les Vandales Silingues en Bétique, à laquelle ils imposèrent le nom de Vandalousie '. Tandis que les chefs barbares se partageaient la province d'Espagne, le roi des Gotlis, Ataulf, successeur d'Alaric, évacuait volontairement l'Italie et recevait, de l'empereur Honorius, la Gaule Narbonnaise et l'Espagne Tarraconaise (412). Une sorte de prospérité commençait à reparaître, lorsqu' Ataulf pénétra en Espagne (414) et tut assassiné l'année suivante (415). Wallia, son successeur, vainquit les Alains (418), qui évacuèrent la Lusitanie et se réfugièrent dans la Vandalousie.
Il importe de faire observer que les dévastations de cette époque n'ont pas le caractère de continuité et d'universalité. Les campagnes d'abord furent seules éprouvées; les villes fermées échappèrent, puisque ce n'est qu'après seize années qu'on rencontre dans les chroniques la mention de viUes prises ou pillées ; Carthagène et Séville en 425 par les Vandales ; Mérida en 429 et 439 ; Mertola en 440 ; Séville en 441 ; Saragosse et Lérida en 449; Braga en 456; Astorga et Palencia en 456 et 457; Portucale en 457 et 458; Santarem en 460; Coïmbre en 467; Lisbonne en 469. Seule, entre toutes ces villes, Carthagène fut détruite de fond en comble. L'entrée des Wisigoths en Espagne ne ressembla en rien à celle des autres barbares et ils commirent de rares violences. Il faut se garder de prendre ces mots ; violences, dévastations, dans un sens identique à celui qui convient lorsqu'il est question des barbares teutons nos contemporains. Leurs ancêtres étaient sans doute des brutes, mais moins répugnantes et moins systématiques, .■\insi, en 480, Mérida est, nous dit-on, depuis trois quarts de siècle. le théâtre de tous les excès; et cependant les Vila: Pairum Emeritensium nous montrent une Mérida riche, belle, ornée de monuments, peuplée, commerçante. Les campagnes, principalement dans la Bétique. demeurèrent assez prospères. La culture des céréales, de la vigne, de roli\'ier, des arbres fruitiers, l'exploitation des forêts, l'élevage du bétail, l'éducation des abeilles, la pêche fluviale procuraient des ressources.
La confusion, le chaos dominent dans l'histoire politique et dans l'administration. A ce point de vue, nulle fixité, nulle stabilité; le désordre devient si profond et si universel qu'on ne sait plus à quels traits noter son existence et son aggravation. Les Suèves refoulèrent les Vandales, qui évacuèrent la Galice et se concentrèrent dans la Bétique (420); mais à la suite d'une grande victoire, remportée en 422, ils ravagèrent l'Espagne et accablèrent les cathoUques et le clergé des plus cruels traitements, car ils étaient ariens fanatiques. En 429, Vandales et Alains se rassemblèrent sur la côte d'Espagne qui fait face à Gibraltar cl passèrent en Afrique au nombre de 80 000 guerriers environ. Les années qui suivent sont des plus obscures et les événements s'y enchevêtrent comme il plaisir '.
Parmi tant d'événements qui se contrarient et s'annulent et dont le récit ne nous appartient pas. nous ferons remarquer l'accroissement du fanatisme religieu.x des Wisigoths. La population indigène ne
' J. Tailhan, La chronique rimée des derniers rois wisigoths de Tolède, in-fol., Paris, ISS."), p. 140, afTimie sans aucun fondement que ce passage ti'Idncc se rapporte à une division du territoire espagnol entre les lial>itants de race hispano-romaine et les envahisseurs.. — * il. Leclercq, op. ci/., p. 226 sq. — ' J. Tnilhan, Les Espagnols et les Wisigoths,
souhaitait que la tolérance, elle ne l'obtenait pas '. Leurs maîtres étaient insatiables de prosélytisme et désireux d'attirer à la croyance arienne non seulement les peuples encore païens, mais encore les peuples catholiques, Suèves ou Burgondes. Le roi Euric ' partageait les passions religieuses de son peuple. Le nom de cathohque lui faisait horreur et il attribuait la prospérité de son règne à son attachement personnel à l'arianisme. Il ne pratiquait pas la persécution sanglante, bien que nous sachions qu'il fit mourir plusieurs évêques, mais il avait imaginé de faire succomber le culte catholique par l'extinction graduelle de la hiérarchie. Il défendit de pourvoir à la vacance des sièges épiscopaux et, en peu d'années, la tradition du sacerdoce se trouva interrompue sur un grand nombre de sièges. La célébration du culte fut interdite dans un grand nombre de localités.
Bien qu'on ne puisse étendre historiquement ces faits àtoute l'Espagne, il est trop évident queces conditions précaires ne facilitaient pas l'expansion des communautés et la construction des églises. Il s'en faut bien que le catholicisme ait disparu, mais son existence menacée, les conditions onéreuses imposées à sa tolérance ne permettent pas d'entretenir les édifices anciens, s'il en existait de soUdes et encore debout; elles permettent moins encore d'en élever de nouveaux, aussi l'archéologie monumentale de la période qui s'étend de la paix de l'ÉgUse à la conversion de la dynastie wisigothique n'est-elle représentée par aucun édifice, pas même par des ruines ou des vestiges certains. Des conciles se réunissent à Girone, à Lérida, à Tarragone, à Valencia, mais de mince importance pour l'histoire. Cependant, à partir de l'année 560, saint Martin de Braga commence à convertir la nation des Suèves et leur roi et, en 587, la conversion de Reccarède, roi des Wisigoths, était un fait accompU.
IX. L'Espagne wisiGOTmgUE. — L'nc période nouvelle s'ou\Tait dont nous avons ailleurs esquissé l'histoire. Ici nous nous intéresserons uniquement à l'œuvre archéologique et liturgique.
Au point de vue archéologique, nous ne rencontrons rien de remarquable. Les édifices sont rares et témoignent d'une teclinique assez médiocre; la partie ornementale n'existe pour ainsi dire pas. L'épigraphie est abondante et offre un choix intéressant de formules; la sculpture n'existe guère que sous l'aspect de basrelief, la numismatique est barbare d'aspect. L'étude de ces monuments est duc principalement à des savants étrangers au pays. Il serait fastidieux do transcrire les titres fantasques des écrits composés aux xvn« et x\in' siècles en l'honneur des églises et des traditions locales avec une absence non seulement de critique, mais de simple i)on sens, véritablement provocante. Us sont là une galerie pitoyable d'in-folio dont le dépouillement ne réserve que déception et néant : Gonzalez Davila pour Jaèn; Antonio 'l'erronos y Robres pour Andujar; Fernando Escudero Terres pour Cazorla; Pascual Salmeron pour Carccsa; Pedro Suarez pour Guadix, et combien d'autres! Un seul érudit de cette époque mérite un hommage sans réserve, Enrico Florcz, auteur de VKspana sagrada : il a consacré un volume entier, le m', à l'histoire de l'Espagne chrétienne et des notices à un grand nombre d'Églises locales '. En 712, la monarchie wisigolhique disparaît, l'ère monumentale est close, l'épigraphie se continue encore quelque temps en s'altérant de plus en plus, la liturgie dure jusqu'à Grégoire VII. A
dans lU'vue des questions historiques, 1881, t. .\xx,p. 5-40. — • Études d'histoire du moyen âge dédiées à G. Alonotl, p. 466-485. — • Par exemple : Espalïa sagrada, t. iv. p. 10-41 : Carcesa; t. vu, p. 1-53 : Acei;!. vin, p. 212- 2;î0 : Urci; t. x, p. 1-1-t : Adra; t. xiv, p. 1-35; Abulii.. etc.
ESPAGNE
partir de 71 1, une uulre époiiue commence, étrangère :i nos études '.
X. Monuments. — Les monuments de l'Espagne chrétienne sont peu nombreux et de médiocre importance. Les conditions dans lesquelles l'Église catholique végéta sous les rois ariens ne permettaient pas d'imposantes et soUdes constructions; quand saint Léandre et saint Martin de Braga eurent converti Wisigoths et Suaves, il ne semble pas que les princes, les évéques et les fidèles aient souhaité posséder des basiliques vastes et magnifiques. Les rares spécimens ■qui nous ont été conservés prêtent parfois à des hésitations qui autoriseraient à les rajeunir notablement, c'est le cas povu' San Juan Baulisla de Bafios (voir Dictionn., t. n, col. 191-198, fig. 1251-1255). C'est ce
consiste à les suivre. Ce n'est pas seulement Saint- .lean de Banos qui prête à discussion, c'est aussi Cabeza del Griego (Cuença), Santa Comba de Bande (Orcnse), San Pedro de Nave (Zamora), San Miguel de Excelsis (Navarra). Ue même, on signale des vestiges plus ou moins reconnaissables à Cordoue, à Mérida, à San Roman de la Hornija, à Séville, à Grenade, à Tolède et notamment San Sebastia et Santa Eularia dans cette dernière ville. Il est douteux qu'une découverte vienne aujourd'hui nous révéler un édifice purement wisigothique, plus douteux encore qu'une fresque ou un bas-relief y supplée en quelque façon.
Pour taire honneur aux peuplades barbares qui occupèrent l'Espagne de prétentions et de pratiques
U'aprés Puig
■115i;. — Cilla memori:L' d'A]iipurias.
Cadafalch, L'arquilectura romanica a CataUinya, Barcelona, 1909, t. i, p .265, fig. 316-.
qu'a fait A. Marignan, dont les critiques relèvent plutôt de l'impressionisme que d'une discussion technique rigoureuse et minutieuse ". Si on admet que San Juan de Bafios date, d'après l'inscription, de l'année 001 ', on n'a pas de raison d'écarter la date ■de 046, attestée pour San Roman de [a Hornija entre Toro et Tordesillas, près de Zamora *. Il est fâcheux pour ces deux édifices, pour le premier surtout, de ne pas olTrir toutes les garanties désirables de l'antiquité indiquée par l'inscription; elle deviendrait ainsi un témoin précieux et unique d'une catégorie insuffisamment connue. Ce n'est pas que les archéologues espagnols soient embarrassés de découvTir des basiliques ou oratoires wisigothiques; mais l'embarras
* P. Boissonnade, L'Espagne chrétienne médiéuate, 711- 14BÎ, dans Revue de syntlièse historique, 1911, t. xxiii, p. 74-97; 1912, t. xxiv, p. 392-407. — • A. Marignan. Les premières églises chrétiennes en Espagne, dans Le moyen ùge, 1902, p. 73-78. — " E. Huebner, Inscriptioncs chriitianœ Hispaniic, in-4'>, BcroUni, 1871, p. 45, n. 143; voir Dictionn., t. ii, col. 197. — * E. Huebner, op. cit..
architecturales, on a invoqué un passage de la Vila Audoeni qui ferait allusion à une manus golhica '; mieux vaut y renoncer sans regret, la date de la rédaction de la Vie de saint Ouen n'autorise pas à en tirer parti. Les témoins intéressants de l'habileté des barbares à ouvrer les métaux, armes et bijoux, nous apprennent sans doute que l'influence orientale, et principalement sassanide, s'était exercée parmi eux, mais nous ne rencontrons aucun indice de l'aptitude et du goût à pratiquer l'architecture. Tout porte à croire que la population hispano-romaine était en possession de méthodes et de procédés qu'elle continua à appliquer après l'étabUssement des Wisigoths, Vandales, Suèves et Alains,qui eussent été assez em-
p. 44, n. 140, transcrite dans le paragraplie suivant, — ' J. de la Rada y Delgado, Coronas de Guarrazar que se conservan en la Armerial Real de Madrid, dans Mnseo espanol de «ndç/uei/ades, Madrid, 1874, t. m, p. 112; J. Puig y Cadafalch, -Vntoni de Falgucra, J. Goday y Casais, L'arquilectura romanica a Ca/ahi/iya, in-S", Barcelona, 1909, p. 259, ou%Tage écrit en langue catalane.
ESPAGNE
barrasses de savoir où prendre les matériaux, comment les préparer et les employer. Les constructions officielles, que l'administration impériale prodiguait partout, perdaient leur destination ou leur solidité à mesure que les institutions changeaient et que prévalait l'incurie. Ces édifices, thermes, cirques, amphithéâtres, temples, devinrent les carrières où s'approvisionnèrent de matériaux les bâtisseurs nouveaux venus. Ce sont les artisans indigènes qui continuent à bâtir, mais l'heure est passée désormais des vastes constructions, des perspectives majestueuses, tout ce
mosaïques, les calottes qui voudraient être des coupoles, les absides trilobées s'installent et refoulent les caractères indigènes; l'arc en fer à cheval, venu d'Asie Mineure, fait son apparition et triomphera même des répugnances des constructeurs arabes à s'assimiler ces éléments architectoniques des fidèles. Pendant la période hispano-romaine, nous avons dit et montré que les Éghses avaient, sur certains points, connu la prospérité, mais nous ignorons tout en ce qui les concerne '. Autour d'une église, là comme en Gaule et en Afrique, s'étendait probablement un
41.57. — Cimetière clirètion d'Arnpuri.-is. D'après J. Puig y Caclafaich, op. cit., t. i. p, 2G6, fig. 317.
qui subsiste d'édifices attribués à la période wisigothique atteste par ses dimensions et sa tecliiiique la déchéance profonde d'un art qui avait eu, même en Espagne, sa période de grandeur cl de magnificence. Comme la Gaule, mais moins que la Gaule, l'Espagne devient un rendez-vous d'influences cosmopolites qui altèrent plus ou moins les traditions locales. Le plan basilical se maintient à peu près intact, mais c'est au prix de concessions sans nombre et de déformations évidentes. L'ornementation est encore plus maltraitée. I,es chapiteaux sont à peu près épargnés, mais les
' Les inhumations auront <h'i se faire à ciel ouvert, le sol ^tant K^n^ralomcnt peu propice aux excavations Importantes. Les canons du concile d'ElvIrc relatifs aux peintures et aux cierges allumés dans les cimetières ne permettent
espace libre où les fidèles clioisissaient leur sépulture. Nous verrons que les sarcophages sont très rares; soit pauvreté, soit pour toute autre raison, les chrétiens usaient de tuiles, debout ou inclinées, de jarres percées aux extrémités; de tout cela, il n'est demeuré que peu de vestiges. A tel point que nous ne pouvons citer qu'un seul cimetière chrétien antique, celui d'.-Xmpurias; car pour ceux d'Ager, de Gironc et de Torrcllcs de Foix, on ne saurait en dire rien d'utile.
1" Ampurias. — A Ampurias, des fouilles, conduites avec assez de méthode, ont permis de reconnaître
d'en tirer aucune Indication certaine sur l'amènagemont. On a imaginé découvrir des catacombes A Sant .)ust , eu Catalogne : ce sont des galeries d'exploitation qui n'ont jamais rien eu de funéraire.
ESPAGNE
l'existence d'une cclla memoriœ ' de la plus extrême simplicité, prés de l'ilot du port. C'est un édifice de médiocres dimensions, de forme rectangulaire et pourvu d'une abside orientée comme dans les basiliques chrétiennes, mais cette abside est elle-même enclavée dans un mur d'enceinte qui achève le rectangle extérieur, disposition qu'on rencontre maintes fois en Afrique - et ailleurs ; qu'on rencontre également à Elx, en Espagne, dans une basilique ancienne. Les murs sont construits en matériaux assez réguliers. Le sol était cimenté et pavé de marbre. Une des murailles a gardé sept niches, qui ressemblent plus à celles des columbaria qu'aux locuU des catacombes, ce qui a d'ailleurs induit à considérer cette construction comme un columbarium '. Conjecture peu vraisemblable. Nous voyons que des inhumations y ont été faites et aucun indice d'incinération n'a pu être relevé.
Quoi qu'il en soit, la cella memoriœ d'Ampurias fut comme le noyau d'un certain développement; des dépendances vinrent s'y souder, non d'après un plan
4158. • — Sépultures iii Ui..<-,,i .Viiipurias. Ibid., t. I, p. 269, fig. 320.
régulier et suivi; mais à mesure des besoins, on adossa un bâtiment nouveau à un autre plus ancien, on recoupa, on redoubla; le plan est, à cet égard, tout à fait significatif. La cella prit la dignité d'une basilique, s'adjoignit un narthex et un atrium, assez vaste. Sur le sol et dans le sol des sarcophages reçurent les corps des fidèles ', les inhumations étaient orientées de l'ouest à l'est, la tête à l'ouest, les bras allongés (fig. 4156-41 GO).
C'est à Ampurias que fut découvert, en 1846, le sarcophage conservé au musée de Girone et qui est indubitablement chrétien. Au centre, l'imago clypcala placée dans une coquille ; le bon pasteur entre les représentations des mois et des saisons. Ce sont, suivant la coutume, de jeunes garçons entièrement nus. Le couvercle porte sur la tranche une scène de vendanges suivie de la foulée du raisin et une scène de cueillette des olives suivie de la mise au pressoir ' (fig. 4161). Un autre sarcophage très mutilé a été trouvé en 1908; malgré son pitoyable état, on remarquera au centre la porte entr'ouverte de l'Hadès et la décoration d'arcs
' Voir DicUonn., t. n, au mot Cella. — ' Voir Diclionn., 1. 1, au mot Arsidf. et au mot Afrique. — . ^ Pedro Ibarra y Ruiz, El chrislianismo en IlUci. Desciibrimiento de la planta de una iglesia cristiana en la loma de la Alcttdia, jimto à Elche, dans la Reuista de la Asociacion artisticoarquenlngia-barcelonesa, 1903-1905, t. iv, p. 917 sq. — ' On verra leur emplacement figuré sur le plan; il y a une sépulture dans une jarre brisée, une jarre intacte qui aura contenu les restes d'un enfant, les sarcophages sont indiqués par les rectangles avec la place des antefîxes, quelques tombes sont simplement creusées et tuilées. — - ' Botct y Siso, Noticia histnr. y arqtieolog. de la (Uïtigiia ciiidad de Jimporinn, p. US, pi. v; PcUa, Ilixl. de Ampiirdan.p. 267, 275-276; Botct y Siso, Sarcoingos romano cristkmos escul-
et de frontons qui rappelle une célèbre série de sarcophages d'Asie Mineure • (fig. 4162). Voir Diclionn., t. II, fig. 15J7.
2° niche. — ■ Nous pouvons rapprocher de la cella mcmoriie d'Ampurias une petite chapelle d'Elche = (prov. d'Alicante, l'ancienne Illici). Les fouilles ont été exécutées au lieu dit A (cud/a, qui est à 3 kilomètres
4159. — Sépultures en jarres à Ampurias. Ibid., t. I, p. 270, fig. 321.
de la ville, au sud-sud-est, à sept ou huit kilomètres de la mer. h'Alcudia signifie « coUine », néanmoins c'est ici un champ plat dont la surface n'est pas à plus de 2 mètres ou 2 m. 50 au-dessus des champs qui l'entourent; cette différence de niveau est rendue plus sensible par ce fait que VAlcudia, sur tout son pourtour, a pour limites des talus très raides. Elche est le véritable site primitif d' Illici, toutes les présomptions en favorisent la localisation à l'Alcadia '.
Dans la partie sud-ouest de VAlcudia, à un mètre au-desous du sol apparut un pavement en mosaïque, mal conservé, avec un grand trou au centre, des lacunes sur les bords. Au milieu du côté ouest, est
4160. — Sarcophage i'i acrotcrcs d .\nipun:is. Ibid., 1. 1, p. 271, fig. 322.
placée, comme un seuil, une dalle de pierre calcaire, de 1 m. 35 sur 0 m. 50 ; d'autres dalles plus petites, non loin de là, sur une surface d'environ un mètre carré, ont remplacé un morceau disparu de la mosaïque; et un
li:rados que se conservan en Catahma, 1895, p. 32-38, pi. i; J. Puig, etc., L'arquiiectiira romanica, t. I, p. 257, lig. 314, p. 276-278; Revue des universités du Midi, 1S9S, jiiillet-septembre. — ' J. Puig, etc., L'archilectura romanica, t. i, p. 271, 272, fig. 223. — ' Sur la position et l'aspect de la ville d'EIche, cf. P. Paris, Essai sur l'art cl l'industrie rie l'Espagne primitive, Paris, 1903-1U04, t. i, p. 279 sq. ; E. Albertini, Fouilles d'EIche, dans Bulletin hispanique, 1906, t. viii. p. 333 sq.; 1907, t. ix, p. 1-17; 109-130; Rapport sommaire, dans Comptes rendus de l'Académie des inscript, et belles-lettres, 1905, p. 611-620. — • Aur. Ilarra, illici, sa situacion g antiguedades, in-S", Alicante, 1879; E. Huebner, dans Corp. inscr. lut., 1869, t, lu p. 479-480, et Supplem. du t. il (1892), p. 957.
ESPAGNE
rapiéçage analogue se voit à l'angle sud-est (fig. 4163). A l'est de la mosaïque qui présente la forme d'un rectangle de 10 m. 90 sur 7 m. 55, un mur épais de 0 m. 58 dessine une abside semi-circulaire, dont le rayon est de 1 m. 50. Un intervalle d'un mètre sépare
de la limite orientale du pavement une inscription dans un cartouche à queues d'aronde; cadre intérieur 1 m. 03, deux lignes, la deuxième représentée par des vestiges inutilisables: lettres en noir sur fond blanc; les portions intérieures des lettres sont en jaune, par
411)1. — Sarcophage des saisons à .\mpurias. D'après une photographie.
du pavement en mosaïque l'extrémité noid de l'abside. L'axe de l'abside est sur le prolongement de l'axe du pavement rectangulaire. Le mur de l'abside est conser\'é à une hauteur maxima de 1 mètre (hauteur moyenne de 0 m. 80). Il est en pierres taillées, de petites dimensions, sans revêtement, et son point de départ
exemple la boucle du P. le triangle de A. le disque de l'O, et encore les portions non limitées comme le rectangle du TT. la demi-lune de £, les triangles de A. Y, X les rectangles de H et le trapèze de A; la feuille de lierre qui orne la queue d'aronde n'a pas reçu cette farcissurc jaune; le mosaïste a coloré les espaces com-
41G'2. Sarcophage de l'Hadcs à .Vinpurias. D'après Puig y Cadafaich, op. cil., t. i. p. 272, flg. ;i23.
se trouve à environ Om.lO plus bas qucle niveau de la mosaïque '. Un autre mur. tangent derrière l'abside, est un peu moins haut qu'elle et de pitoyable construction =. Nous indiquons sur le plan par des traits les trois inscriptions tracées dans le pavement. Dans l'axe delà chapelle se voit, au sens de la largeur et à 3 m. 35
' l'ostcrieuremcnt, un mur d'appareil très irrégullcr. épais d'environ 0 m. GO et dont la hauteur variait de 0 m. 30 :ï 0 m. 85, traversait la mosaïque dans le sens de la longueur et recoupait ainsi l'oratoire d'une handc large de 1 m. 10; ce mur a été enlevé; on en peut voir remplacement sur le croquis publié par E. Albertini. tip. cil., 1906, t. viii, p. 337, ng. 2. — ' P. Ibarra y Ruiz, i,'/ chrislianismo en Jllici. IJesciibrimcnto tie la planta de una iglesia cristiana en lu loma de la ■ Alctidia • junla à Hlclw, dans ficvisia de la
pris entre les branches de l'ornement indéterminé qu'on voit à la ligne 2.
nPlo^lCYX AAO
Les deux autres inscriptions sont placées dans le
Asociacion artistico-arqiieologiea Barceloncsa, Barcelone, 1903, t. IV, p. 911-917; Antigua ba.'iilica di IZIclie, dans Boletin de la Academia de la hisloria, 1906, t. xi.i.\, p. 119- 132; V. Lampercz y Romca, Hisloria de la arqiiitectiira crisliana. capaùola en la lUlad Media segiin cl esludio de los elemcntos y Lis nwniinicntos, Madrid, 1908, t. i, p. IM. 168, ng. 17, 78; J. l'ulg, etc., La arqiiilectiira romanica en Calaliinya, 1909, t. i, p. 293, flg. 3-11, 34»,
ES l'A G. M-;
M-ns (le la longueur cl n'occupeul cliacunc qu'une seule lifiiie. La preniicre, du côté de l'évangile, incom plctc au début, est encore longue de 2 m. 91, encadrée dans un double rectangle formé de deux traits: hauteur du rectangle Intérieur, 0 m. 18; lettres, en noir sur blanc, sans f arcissurc, hautes de 0 m. 13. Le début est inintelligible, ensuite on lit : ... /ovtcjv y.z ~p£^uTcFptov que termine une hœclcrci.
La deuxième inscription, du côté de l'épître, incomplète est enfermée dans un rectangle de 1 m. 78 sur 0 m. 12 '. Les lettres, en noir sur blanc, ont à l'intérieur une farcissure jaune. Une lacune coupe l'inscription en deux tronçons ainsi répartis ; 0 m. 92 |0 m. 58]
mmmm^ ^^^h
4163. — Plan de l'oratoire d'Elche.
D'après J. Puig, op. cit., 1. 1, p. 293, fig.
0 m. 28; on lit: ... £U7rXoia au au-y... U'/a- Le plus sage est de n'en rien vouloir tirer.
Ces inscriptions grecques sont passablement énigmatiques; elles assignent au clergé et aux fidèles leur place dans l'église: église minuscule dans laquelle il est vraiment bien difTicile de voir une synagogue, à raison du mot ■Kpoczu-^i}. L'emploi du grec — et quel grec! — rappelle ce que nous lisons sur le sarcophage il'Ecija. Pour ma part, je crois voir ici un oratoire <lu iv« siècle. Dans la couche de terre, épaisse d'un mètre, qui recouvrait la mosaïque, on a rencontré de nombreux débris architecturaux en pierre du pays. Les i)lus importants étaient trois fragments de chapi-
' Il n'y avait pas symétrie entre ces deux inscriptions en longueur, bien qu'elles se rissent pendant. — = Le moins fragmentaire mesure 0 m. 38 de haut. — ^ Villanueva, Viaje lilerario, t. i, p. 3; F.F. A.R.V., La caledral visigolica de la ciudad de Jàtiva, dans Boletin de la real Academia de la hisloria, t. Ln. p. 272 ; Fortunato de Sclgas. .San Félix de Xalioa y las Iglesias oalencianas del sirjlo XIII, dans Boletin de la Socie-
teaux corinthiens ', et un tambour de colonne non cannelée. En outre, un chancel ajouré et unecolonnette. 3» Xativa. — P. Villanueva avait signalé à Xativa la présence de colonnes antiques en jaspe et diverses autres couleurs. C'étaient des colonnes en marbre Buscarrô qui eut la vogue dans la contrée à l'époque romaine. On a retrouvé un minuscule oratoire de
4164. — Plan de San Félix à Xativa.
D'après Puig y Cadafaich, op. lil., p. 294, fig. 346.
7 m. sur 5 m. 80. En outre, un chapiteau et quelques pierres décorées ' (fig. 4164-4166).
Tels paraissent être, jusqu'à ce jour, les seuls vestiges monumentaux du christianisme en Espagne entre la période d'évangélisation et les invasions des barbares. On ne peut attribueruiie telle indigence qu'à la déchéance de l'esprit historique et critique dans un pays qui, interrogé, fournirait probablement une
4165. — Chapiteau à Xativa. Ibid., fig. 347.
moisson archéologique aussi copieuse et aussi curieuse que les autres pays d'Occident,.
Il faut se contenter de rappeler les indications données par le poète Prudence et que nul vestige monumental ne permet plus d'identifier ni à Saragosse, ni à Mérida, ni ailleurs. Quant aux ruines de Centcellas, près de Constant i (Tarragonc), elles sont certainement étrangères à toute destination cultuelle et on risque peu de s'égarer en y reconnaissant les thermes de la villa de Adriano *.
dad espafiola de erreurs iones.M,idrid. 1903, t. .xi, p. 50 sq.; .1. Puig, etc., La arquiiectura. 1909, t. i, p. 272, 294, fig. 346, 347; p. 297, fig. 349. — «D. HmilioMorcra, Tarragona nnligua g moderna. in-S», Tarragona, 1894; .\nRel dcl .A.rco, Xolasarqiteologicas de ladioccsis de Tarragona, dans Jievislade nrchivos. hibliolecas ymuseos. 1898, tu ; V- Lampcrez y Romea, llisloria de la arquiiectura, 1908, t. i. p. 99-100, fig. 29, 30.
ESPAGNE
4"' Témoignages. — Quand on a traversé le v« siècle, si plein de ruines, et le vi», si peu propice aux constructions d'édifices, on atteint les dernières années de cette période et saint Isidore de Séville. parlant, dans ses « Origines », de sedificiis sacris, se complaît à les représenter comme nombreux; ce sont des basiliques, des oratoires, des baptistères, des martyria, des monastères enfin. Et, en effet, la lecture des divers ouvrages de saint lldefonse, saint Eugène de Tolède, saint Euloge, Paul Diacre, saint Grégoire de Tours, saint Braulion, de saint Isidore lui-même confirme celte indication. Grégoire de Tours parle, sur la foi des voyageurs, de l'oeuvre merveilleuse qu'était San Martin de Orense, construit par le roi sucve Carriario; nous savons que San Marcio. de Evora. était une église bâtie sur plan octogonal, supportée par des colonnes, avec des parois incrustées de marbre et un sol en mosaïque. Paul Diacre parle en termes élogieux de la basilique de Santa Eulalia et de l'atrium épiscopal de Mérida, rebâtis par l'évêque Fidelis entre 560 et 571, avec beaucoup de richesse. Saint Isidore qualifie de mire et eleganle labore les constructions ordonnées par le roi Waraba à Tolède et Paul Diacre n'est pas
débris peut-être; entre 573 et 713, la monarchie wisigothique fait effort pour créer et pour durer. Les Wisigoths ne sont pas rebelles à la civilisation, ils s'adaptent même à certaines sciences et à des arts industriels. Pour juger de leur savoir-faire et de leur goût, nous avons des sculptures, qui sont dépourvues de mérite, des bijoux où se révèle l'habileté technique des orfèvres barbares. Quant à l'architecture, elle semble avoir consisté pour ce peuple en une destination purement utilitaire. Les conquérants de l'Espagne ont dû se satisfaire ave'c ce que les populations indigènes étaient capables d'exécuter. Comme toutes les provinces de l'empire, l'Espagne avait connu, pendant les trois premiers siècles de notre ère, un véritable essor monumental, mais il ne suffisait pas d'avoir bâti des amphithéâtres et des cirques à Sagonte, à Mérida, à Italica ou à Ségobrige, des ponts à Alcantara et à Mérida, des aqueducs à Mérida, à Scgovie et à Tarragone et tant d'autres édifices publics ou particuliers; ces monuments étaient alors des li\Tes fermés. Dès le iv« siècle, Constantin avait poussé un cri d'alarme en présence de la pénurie d'architectes, le mal progressait; au Vet au W siècle.
Âr mi
■HZnZùùLl
416ti. — Pierres découpées à Xativa. D'après J. Puig, op. cit., p. 272 et p. 297, fig. 349.
moins élogieux pour le baptistère de la cathédrale de Mérida. Saint Euloge dit merveilles de la basilique de San Félix, à Cordoue, et VEcclesia major (Santa Hierusalem) de Mérida était, au dire de Paul de Mérida. une merveille d'art et de richesse. Nous apprenons de saint lldefonse, dont Ambroise de Morales confirmait le témoignage au x\i' siècle, que San Roman, de Hornija, était remarquable par le grand nombre de ses colonnes. Saint Euloge parle avec admiration de la basifique de Santa Leocadia, à Tolède, où se tenaient les assemblées conciliaires, et de la basilique de San Pedro y San Pablo,où les rois venaient se faire consacrer.
De tout cela il ne reste que le souvenir, mais nous pouvons prendre une certaine idée de ces édifices par ceux qui, bien qu'appartenant à une date postérieure, ont dû conserver l'aspect général des constructions de ce temps. C'est ainsi que nous pouvons voir dans San Juan, de Baiios, le type de la basilique latine en Espagne, dans Santa Comba, de Baude, le type de la basilique byzantine, tandis que San Miguel, de Tarrasa, rappelle les baptistères et la chapelle de Burguillos nous montre un oratoire ou martyrium.
5° Technique. — Entre 409 et 573, c'est-à-dire entre Athaulf et Léovigilde, rien ne s'est conservé, que des
' J. Cavcda, En.sa|;o liistorico sobre los diverses gencrns de arquitectura emplcados en Espatta desde ta dominacion romana liasta niiexlros dias, In-S", Madrid, 1818. — ' Un ne saurait sans imprudence Invoquer un cas aussi douteux que celui del Cristo de la Luz, ù Tolède. — ' Par exemple :
il est probable qu'on n'eût pas rencontré dans l'Espagne entière un seul homme capable de concevoir et de diriger une construction de quelque importance'. 6" Murs. — La technique se conserve plus longtemps, grâce à la routine, à condition que les matériaux ne manquent pas. D'une façon générale, les maçons wisigoths n'abusent pas de l'épaisseur des murailles et emploient un appareil assez irrégulier. Car on ne saurait faire entrer en Ugne de compte San Pedro de Kave, où l'appareil très régulier est exceptionnel. Plus exceptionnel encore, et tout à fait inconnu, le mur en briques % ou l'appareil réticulé en pierres et briques et la disposition en épis, si fréquente dans la Gaule mérovingienne '. Dans une chapelle funéraire avec abside semi-circulaire, située en la Alberca, à cinq kilomètres de Murcie, on a pu signaler un mur dont les assises sont disposées en zones couchées comme les épis, séparées par d'autres zones horizontales *. A Saint-Jean de Bafios, on voit bien la tendance à garder les lits horizontaux; à la chapelle de Baude, l'appareil est plus négligé encore. San Miguel de Tarrasa a subi Iroj) de restaurations pour qu'il soit possible d'en faire état '. Au reste, la maladresse et l'ignorance ne sont pas seules â expliquer cette technique pitoyable. Les Homains et les Byzantins
les murs de Savinièrcs, Suint-Picrrc de Vienne en Ilnupliiné, Saint-Jean de Poitiers. — ' Gonzalez Simnncns. Iiwenlarlu inoiwmental de A/iircio ; cf. V. Lnmpcroz, op. cil., I. i, p. 12;!. — ' D'en faire état, ii sui>poscr (|ue 1rs portions anciennes soient wisiKuthiques.
ESPAGNE
rccou\Taient les parois de marbre ou de métal; à leur défaut, les barbares se contentaient de carreaux de terre cuite ou d'enduit recouvert de peinture et nous savons que les églises wisigothiques ont été parfois revêtues ainsi de marbre et de mosaïques ', ou même de peintures '.
7» Colonnes. — On a fait usage de colonnes et de piliers. Les édifices romains, mis au pillage, procuraieBt aux constructeurs les colonnes taillées avec leur base et leur chapiteau. San Juan de Banos et San Pedro de Nave sont dans ce cas; quant à San Miguel de Tarrasa et à Santa Comba de Baude, il est possible que le relèvement du sol nous cache les bases antiques. Les chapiteaux appartiennent tantôt au 137)6 classique — corinthien ou composite — d'un travail assez négligé (San Juan de Banos), ou bien au type byzantin — cube ouvragé en relief plat (Santa Eulalia de Mérida), ou bien au type rectangulaire cubique dégénéré avec ornements modelés (San Pedro de Nave, exemple unique). A Bafios. à Nave et à
4167. — Fenêtre ajimez ù Mérida.
D'après V. Laraperez y Romea, Historia delaarquileclurci.
Madrid, 1908, t. i, p. 132, fig. 46.
Bande, nous voyons la colonne adossée au pilier ou au mur. Le pilier est d'un emploi rare aussi longtemps qu'on peut se procurer des colonnes. Dans la basihque de Ségobrige nous voyons des piliers carrés, mais comme il ne subsiste qu'une crypte et que l'église supérieure a entièrement disparu, on pourrait croire que ces piliers ne sont que des bases en maçonnerie pour les colonnes qu'elles devaient supporter. A San Pedro de Nave, piliers carrés également.
8° Arcs. — ■ On a longtemps tenu l'arc en fer à cheval pour une caractéristique de l'architecture arabe '; c'est une imagination qui ne résiste pas au contrôle par les faits. On rencontre l'arc régulièrement semi-circulaire à San Miguel de Tarrasa, à San Pedro de Nave, mais plus généralement l'arc en fer à cheval à Ségobrige, à San Miguel de Tarrasa, à San Juan de Banos, à San Pedro de Nave. à Santa Comba de Baude, etc.. etc. L'hésitation n'est plus permise, et les exemples tirés des églises de Séleucie, d'.\ladja, de Digliur (Arménie), sufllraient, d'une part, si nous n'avions, d'autre part, le célèbre manuscrit de San Millân de
• C'est le cas pour San Marcio. ù Evora; Santa Eulalia, à Mérida: San Roman, ù la Homija; San Juan de Bancs. — • Baptistère épiscopal de .Mérida, San Marcio d'Evora. — ' En 1848, Manuel .\ssas, Beslos y miicstras de la arquitectura tlispann-ivisigoda, dans Museo cspahnl de antigiwdades, l. .XI, niait que San Millan^ de Siiso. pût être msigothique à cause des arcs en ter à cheval. De même, en 1849. Caveda, Ensayo tnstorico de los diversos generos de arqiiitcchira iisados en Espana; en 1S61, José Amador de les Bios. El arle latino-bizantino y las coronas visigotieas de
la CogoUa. dans lequel un miniaturiste a représenté des constructions qu'il avait sous les yeux, et les pierres funéraires où, dès le n' siècle, on le rencontre fréqucmmen figuré; ce sont trois à Léon, une à San Miguel de Escalada, une à Rabanales (Alcaiiices, Zamora), une à Pirote 1 .\liranda de Ducro), une du vi« siècle à Martola(voir /Jic//onn., t.iii,fig.2473); c'est l'épilaphe d'un princepscanturam sacrosanctw ecclesiœ Mertilliane, datée du 30 mars 525 de notre ère. Quoique païennes, les pierres sculptées de Léon — elles sont du n' ou du m» siècle — sont plus intéressantes encore parce qu'eUe~ offrent plusieurs arcs. Ce n'est pas une imagination de dessinateur, mais bien une réalité architecturale *. On voit donc que les Espagnols n'ont pas attendu les leçons des Arabes, ni même celles des Wisigoths pour exécuter cet arc dont on a pensé retrouver la définition descriptive dans les « Origines • de saint Isidore, 1. XV, c. vm : Arcus dicli quod sint arda conclusione curvali *.
9° Portes. — A San Juan de Baiios, des montants lisses, un arc en fer à cheval, l'archivolte ornée de fleurs à quatre lobes, sur la clef une croix en reUef. S'il faut admettre qu'on ait introduit dans la chapelle San Pablo, à Tarragone, une porte wisigothique rapportée d'un autre édifice, puisque celui-ci fut construit
4108. — Frise au musée de Jlérida.
Ibid., t. I, p. 136, fig. 49.
au xn" ou au xm« siècle, nous aurions ici un cadre rectangulaire, de type classique '.
10° Fenêtres. — Les plus complètes sont celles de San Juan de Baiios, l'arc surélevé, une grecque dans l'archivolte. .\ Mérida on trouve une fenêtre du type appelé plus tard ajimez, avec deux baies identiques légèrement incurvées en fer à cheval (fig. 4167). On signale un exemple à trois baies à San Pedro de Nave et à la cathédrale de Tortose.
A Bafios, nous trouvons aussi une fenêtre ornée d'une pierre découpée à la manière de cancels et aussi à San Miguel de Escalada. La zone correspondant à l'arc est découpée de manière à figurer des rayons, la partie rectangulaire ne présente que des figures géométriques. A Santa Comba de Baude, la découpure est du genre d'écaillés superposées et contrariées.
11° Portiques. — A San Juan de Banos, une sorte
Guarrazar, Madrid, demeurait indécis. C'est en 185G que P. de Madrazo, Coronœs y eriices visigodas del Tesoro de GiiarraztiT, démontra que cet arc en (er ù cheval était wisigotliique. Voir Gomez .Moreno, Excursion à Irnués del arco de lierrudura. dans Culttira espanola, Madrid, juillet-septembre, 190G, t. m, p. 785. — • Lamperez, op. cit., t. I, p. 126, fig. 34. 35. — ' Historia de la santa .1. M. Iglesia de Santiago. Santiago, 1900, t. in, p. 31. — * Fr. Bclda, .\'oticias arqueologicas, dans Bolrlin de la Sociedad espaiiola de excursiones, lS99,p.33;Lamperez,op. ci(., t. i.p. 131, fig. 43..
ESPAGNE
de narthex exigu, ou plutôt un tambour appliqué devant l'entrée de l'église. Disposition identique à la chapelle de Barguillos; en somme, ce n'est guère beaucoup plus qu'un porche et si on y a administre le baptême, comme peut le faire supposer la présence d'une cuvette quadrilobée, c'est qu'en vérité la cérémonie ne devait comporter que peu de figurants.
12° Pavemenls. — Saint Isidore parle d'un certain astracuw, espèce de mortier hydraulique servant au
fondé lorsqu'on nous afTirnie la magnificence des basiliques et baptistères chrétiens de ce temps '. Saint Isidore s'extasie dans son chapitre intitulé De venustalc, mais ce saint homme avait plus de bonne volonté que de déhcatesse et il est malaisé de croire que les édifices religieux en Espagne, malgré les fresques et les placages, fussent aussi agréables au goût qu'on voudrait nous le faire croire. A en juger par les rares débris de cette opulence qui sont arrivés jusqu'à nous
410'J. — Deux pierres de Cordoue. D'après \ . l.amperez y Honua. "p. cil., t. i, p. i:i7, llg. .'jii.
pavement des églises. C'est ainsi qu'est pavé San Miguel de Tarrasa; mais les églises de quelque importance avaient un pavement en mosaïque : nous en avons un exemple à la chapelle de Burguillos. La basilique de Santa Maria, à Palma, dans l'ile de Majorque, possédait un pavement historié (voir Diclionn., t. ii, au mot Baléares) ', qui occupait une superficie de 18 m. sur 11 m. 70. Nous avons parlé auparavant do la mosaïque de l'oratoire d'Elchejenfin nous rencontrons à la chapelle de Arnal (Portugal) une mosaïque figurant Orphée charmant les fauves '.
13° Ornemenlation. ■ — On peut réserver un doute
' J. Puig, etc., La arquiteclura romanica a Calalunya, t. I, p. 291, fig. .142. — ' D. M. Assas, A'ocionc.v tisonomiio-
ct qu'ont recueillis les musées de Cordoue, de Séville et de Mérida, la déception est complète. Quelques monuments conservent des débris encastrés avec plus ou moins d'adresse : à Cordoue, le khalife Abderrhaman a utilisé loutc une série de chapiteaux dans la construction de la mosquée; à Mérida, des pilastres du réservoir del Conventual, des chapiteaux à Santa Eulaha; à Tolède, fenêtre dite ajimez de San Giiiès (depuis au Museo arqueologico nacional), chapiteaux à Santa Enlalia, San Itoniân, San Sébastian, cl Crislo de la Luz cld'aulres églises, la niche d'aliside de San Tome et la plaque décorative incrustée dans le Torréon de la
hisloriais tic arquiteclura cspattola, dans Scmanario pintorexco espaiïot, 1857. — ' V. Lampcrcz, op. cit., 1. 1, p. Kt.'i.
ESPAGNE
place d'armes del Puente de Alcantara; à Tarragone, les montants et le linteau de la porte San Pablo, etc., etc.
Dans tout ceci, il ne se trouve, répétons-le, rien qui mérite par soi-même d'attirer l'attention; ni une idée nouvelle, ni un travail habile; ce qu'il y a de nouveau, c'est le degré de décadence. On peut s'en faire une idée en voyant ce qu'est devenu le motif classique du bucrâne sur une frise de Mérida (fig. 4168). Le dessin géométrique est, en Espagne, comme en Gaule, comme en Afrique, l'ultime ressource des sculpteurs barbares. A San Roman de la Hornija, ils se sont évertués à exécuter des feuilles d'acanthe biseautées sur les chapiteaux; à Mérida, on trouve un chapiteau cubique byzantin stylisé; à Bafios, une imposte perlée; à Cordoue, des plaques découpées d'une exécution sèche et rude (fig. 4169). Enfin les réminiscences barbares se font sentir dans l'imposte de Banos et dans une frise du musée de Mérida. Les sculpteurs, à bout d'imagination, se bornent à figurer une série de rondelles ornées qui sont très vraisemblablement la reproduction d'autant de broches ou fibules dont la mode était si répandue alors (fig. 4170). Voir t. n, col. 195, fig. 1255.
14° Orientation. — Elle est universellement de l'ouest à l'est, où est placée l'abside. On a fréquemment
4170. — Frise au musée de Mérida.
D'après V. Lamperez, op. cil., t. i, p. 138, fig. 51.
groupé trois églis-es en mémoire de la sainte Trinité et en manière de protestation contre l'arianisme. Nous transcrirons plus loin une inscription de Grenade conservée sur le mur de Santa Maria, dans l'Alhambra, et mentionnant trois églises conjointes dédiées à saint Etienne, à saint Jean-Baptiste et à saint Vincent. On en conserve un groupe à Tarrasa, dédiées à saint Père, sainte Marie et saint Michel; une seule d'entre elles pourrait, à la rigueur, se réclamer d'une origine wisigothique. Beaucoup d'églises formaient un groupe avec leur baptistère, d'autres en étaient séparées.
15" Plan. — Peu de variété, la cella memoria avec abside, telle que nous l'avons rencontrée à Elche, est plus ou moins agrandie, plus ou moins étirée. A San Juan de Banos une triple nef et un narthex, mais tout cela est si réduit, si minuscule, que ces basiliques ressemblent, comme la cathédrale d'Athènes. à des jouets d'enfants; à Ségobrige, trois nefs également. De plus, si on tient compte des fouilles récentes, on voit que le type basilical à Baiios se combinait avec le plan crucial. — Les absides sont tantôt isolées, tantôt au nombre de trois, semi-circulaires, rectangulaires ou carrées. A Elche, nous avons le type semicirculaire, mais le type rectangulaire est plus espagnol, nous le trouvons à San Juan de Banos et à San Pedro de Nave; enfin on trouve, mais à une époque moins ancienne, l'abside en fer à cheval.
' Coronica grncral de Kspana, Madrid, 1791, t. vr, p. 156, -- = lî. Hiibner, Inscript, dirist. Ilisp., p. 52, n. 166. — ' M. Férotin, Le Liber ordiniim, p. 159. — * Ibid., p. 140. —
Le plan byzantin quadrangulaire, recoupé en travées, peut se reconnaître dans la petite église de Bamba (époque mozarabe); le plan sur croix équilatérale se voit à Baudc. C'est également au type sur croix équilatérale qu'appartient San Roman de la Hornija, que Ambrosio de Morales décrit en ces termes : Yo vi laiglcsiaantigua deobrn qùlica con su crucero de cuairo brazos, corne la describe san Ildefonio cuando habla de .111 fiindaciôn. Mas pur haber querido despui's ensanchar la capilla mayor, se ha perdido la forma de la fabrica antigua y solo quedan muchas de la ricas columnas de diversos gcneros ij colores de mârmnles que habia par todo el edificio '.
Les baptistères paraissent avoir été établis sur plan circulaire ou polygonal, avec un ou deux déambulatoires; au centre se trouvait la cuve d'immersion.
10° Cryptes. — Elles paraissent avoir été rarement en usage. A Ségobrige, il existe une église souterraine sur laquelle reposait une autre église; on y faisait des inhumations, comme nous le voyons ici même par l'inscription tracée sur deux tables de marbre trouvées en 1789 et qui mentionnent - :
t HIC SVNT SEPVL CRA • SANCTORVM
+ ID NIGRINVS EPISC t SEFRONIVS EPiSC-
Hic sunt sepulcra sanctonim, id est Nigrinus episcopiis, Se/ronius episcopus.
17" Slruclare. — Dans les églises à trois nefs du type basilical, des colonnes ou des piliers carrés séparent les nefs, celle du miheu est plus large. Le toit est soutenu par des poutres, double pour la nef centrale, simple pour les nefs latérales. Les fenêtres sont ordinairement ménagées dans la portion du mur surélevée par-dessus les nefs latérales.
18° Façade. — Suivant que les basiliques comprennent une ou trois nefs, le type de la façade s'en ressent ; mais il est impossible de parler de celles-ci avec compétence. Si on peut en juger par San Juan de Baiïos et quelques autres égUses qui comptent parmi les plus anciennes, les façades se font remarquer par une nudité absolue.
19° Tours. — Les églises wisigothiques n'en ont conservé aucun vestige, mais les textes littéraires nous apprennent leur existence. A Santa Eulalia de Mérida, restaurée par l'évêque Fidelis, au vi» siècle, Paul Diacre nous dit ceci : Tum deinde miro dispositionis modo basilicam sanctissimse virginis Eulaliarestaurons in melius, in ipso sacralissimo templo celsa turrium fastigia sublimi produxit in arce. Au \Ti' siècle, saint Braulion élève sur le tombeau des martyrs de Saragosse une église avec une tour en pierre. Sur la croisée du transept de l'église de Bamba se voyait une lanterne, peut-être dès sa construction; celle qui existe est si insignifiante qu'elle ne nous apprend rien.
20° Cloches. — Ces tours, là comme partout, recevaient des cloches et nombreux sont les témoignages, que les Wisigoths usaient de cloches. Le Liber crdinum contient un rituel de bénédiction des cloches ' et il nous apprend qu'on annonce la mort d'un évêque en sonnant les cloches '. Yepes a publié l'acte de donation d'une cloche par Chindasvintlie, à Compliedo, en 646 '.
21° Statistique. — Après avoir groupé les informations et les témoignages contenus dans les chroniques, les inscriptions, les écrits des Pères et des écrivains ecclésiastiques, on peut cataloguer environ quatrevingts églises, baptistères ou monastères, ayant existé entre le v» et le vni" siècle ■■. Dès le x\T siècle, Ambrosio de Morales cite dans son Viaje sacro des ou-
' Crùnica de laorden de Sun Benito, t. m, appcml. cscrit. xv. — e Pérez Piijol, liistoria de las institïtciones sociales de la lispaùa goda, in-8°, Valeneia, 1896.
vrageswisigothiques.quisontSanRoniândelaHornija, | ajoute la basilique de Ségobrige ou Cabeza del Griego, San Juan de Bafios et l'église de Bamba. Par contre, | tandis que Inclan Valdés ne veut admettre que San
Plan actuel
Murs pnmilïfs
Plan restauré probable
vmA Mars de constructions p/us modernes 4171. — Plans de l'église de San Juan de Banos. D'après V. Lamperez y Romea, Historia de la wquilectura criitiana espanola, 190S, t. i, p. 116-147, fig. 54, :
Jovellanos nie qu'il subsiste aucun édifice de l'époque 1 Millân de la CogoUa et Santa Maria la Real de Hirache. Avisigothique, mais Ceân Bermudez reprend la liste I A son tour, Assas parle des vestiges wisigothiques de
Vue de l'église de San Juan de Uanos. D'après Lamperez y Romoa, op. cit., t. i, p. 110, (1(1. .32.
de Morales avec les noms suivants : San Million de la CoHolla de Siiso, San Salvador do Lcyr^, les vestiges de Santa liulalia de Tolède, ceux de San Rom.'in de la Ilornija, San Juan de Banos et Bamba. Cornide
San Juan de Banos, Bamba, la Ilornija, Morida ot San Ronii^n de Tolède, enfin, l'crmila do Arnal (en Portugal), mais il repousse San MillAn de la Cogolla. Caveda nie qu'aucun édifice wisigolhique ail subsisté;
ESPAGNE
Tubino, moins radical, admet San Juan de Baiios, San Roman de la Hornija, San Millân de la CogoUa et Bamba, il ajoute même San Miguel de Escalada. Amador de los Rios déclare qu'il laut y ad)oin<lre la basilique de Guarrazar et, Madrazo. la cliapelle intérieure de San Miguel in Excelsis, près de Pampelunc. On voit que l'accord n'est pas précisément en voie de se taire, aussi Thebusem en profite pour introduire incidemment les restes de l'ermitage de los Santos à Médina Sidonia et Riaiïo classe comme construction ^visigothique le baptistère de San Miguel de Tarrasa, tandis que D. Matias Ramon Martinez introduit une chapelle découverte à Burguillos et Ferreiro ne croit pas pouvoir se priver de quelques additions qui sont