‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 104 sur 331 · V. Affranchissement. — Voir Diclionn., t. n. col · texte numérisé non relu

V. Affranchissement. — Voir Diclionn., t. n. col

H. Leclercq.

ESCULAPE. Nous avons déjà parlé d'un diptyque (voir t. IV, col. 1142) représentant Esculape et Hygie et conservé à Liverpool. Le sujet est antique, mais l'exécution est tardive, ainsi qu'on s'en aperçoit à certaines faiblesses, et ne doit appartenir qu'au iv» ou au v« siècle de notre ère (fig. 4152). Hygie semble reproduire une statue du v« siècle avant notre ère, Esculape est inspiré par l'Hercule Farnèse; mais ce qui n'est pas moins digne d'intérêt que l'adoption de ces tj'pes, c'est l'art ornemental développé sur les fonds et sur les bordures. Le sujet du diptyque permet de présager sa destination. Esculape et l'entant Télesphore montrent qu'il a été sculpté à l'occasion d'une guérison '. — • Au cimetière de PrisciUe, on voit le bas du corps, en stuc, d'un personnage vêtu d'une longue robe flottante et s'appuyant sur une massue, c'est Hercule ou Esculape.

H. Leclercq.

ESNEH. — L Martyrs, n. Couvent. III. Épigraphie.

I. Martyrs. — • Esneh était une ville fort célèbre d'Égyple. Saint Pakhôme était né dans le voisinage; lorsqu'il fut pris comme recrue et embarqué pour Antinoé, il passa la nuit à Esneh et fut logé dans la prison '. Un fragment de la Vie primitive de Pakliôme appelle Esneh «la \'ille capitale de l'ancien royaume'», ce qui confirme la traduction arabe *. C'est encore à Esneh que Pakhôme fut condamné par un concile et faillit être massacré par la populace K Saint Théodore

t. Il, p. 2 et 6. ~ ' Ibid., t. n, p. 317. — ' Ibid., t. il, p. 339 et 343. — ' Ibid., t. n, p. 386, 571, 591; cf. p. 78, 227, 663, etc.

ESNEH

était originaire d'Esneh, où ses parents occupaient une riche position : il allait à l'école et se réfugia dans un petit monastère près de cette ville, lorsqu'il abandonna la maison de ses parents '.

« Le Synaxare cite assez souvent cette ville, et uni? fois avec des circonstances tout à fait intéressantes. Le vali Arien, se rendant à Assouan, trouva à Esneh quatre jeunes fellahs qui portaient des pastèques jaunes à la ville. Il les fit mettre à mort et on leur

montagne de Katoun, c'est-à-dire la « montagne des Biens ». Cependant, à son arrivée à Esneh. le vali ne trouva personne, il se rendit à la porte sud de la ville, qui se nommait porte Oschkour, parce que l'évèque y faisait la prière du remerciement pour son peuple. Arien trouva à cette porte une vieille femme impotente qui n'avait pu suivre le reste du peuple : elle lui apprit que les chrétiens s'étaient réfugiés à la montagne de Kitâmah, et le vali lui fit couper la tête.

4152.— Diptyque représentant Ksculapc et Hygie. D'après une pliolo^mplii

bâtit une église après la persécution. A son retour, comme il se faisait rendre compte par quatre scribes chrétiens de la gestion des deniers publics, l'un d'eux ayant laissé échapper le nom de Jésus-Christ, Arien ordonna de les mettre à mort ; on leur bâtit une église qui fut appelée l'» église des Quatrc-Héros ». A un troisième voyage, deux chrétiennes de cette ville s'étant rendues à Herment pour y confesser le Messie, Arien prit le parti d'en finir avec Esneh. Il se rendit, par terre, d'Iiorment à Esneh, et la population, apprenant son arrivée, quitta la ville et se réfugia dans la

' K. .Amélineau, Moniimenls pour sentir à l'histoire de l'I^OUPt^ chrétienne, t. n, p. 41, 44, 47, 53. — ' E. Amélincau, Géographie de VfCgypte à l'époque copte, in-8">, Paris,

Dès lors, la description de la campagne au sud d'Esneh dexient très détaillée. Quand Arien eut fini le massacre, il revint à la ville avec l'évèque. Près de la porte septentrionale de la ville, on rencontra de jeunes fellahs avec leurs anciens; on les décapita sur une pierre qui était encore montrée à Esneh au moment où fut composé le Sijnaxarc '. »

Celui-ci fait mention des martyres d'Esneh au 7 et au 13 Kihak; le calendrier éthiopien, au 19 Toubah, mentionne t la consécration de l'église des Martyrs à Esneh -, et au 19 Abid, la fête desdits martjTs '.

1893. p. 172-175. - ■ .1. Ludolf, Ad historiam JEthiopicam eommentarius, in-fol., I-'rnncofiirti nel Mœnum, 1C91, p. 405 i-t 422.

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ESN E II

Celte fête est encore célébrée de nos jours au 14 Thot et au 11 Toubah, bien que le couvent soit abandonné et ne compte plus de moines.

II. Couvent. — Ce couvent des martyrs, Deir el ■CIvihada, se trouve sur la lisière du désert, à un mille

cuites. L'appareil de toutes ces bâtisses n'est pas partout le même. Toutes les parties où se rencontre l'appareil ordinaire, peuvent, très probablement, être considérées comme des annexes ou comme des restaurations plus ou moins modernes. Dans les an-

- Couvent des Martyrs, près d'Esneh, vu du nord-ouest. D'après W. de Bock, Matériaux, p. 71. flg. 86.

de dislance au sud d'Esneh. Quoiqu'il réclame l'impératrice Hélène en qualité de fondatrice, on est dispensé de discuter cette prétention. 11 a été souvent visité et décrit par les voyageurs, mais la notice de \V1. de Bock, que nous allons suivre, peut dispenser (le recourir à toutes les autres ' (fig. 4153).

.V l'extérieur, le couvent présente l'aspect d'une bâtisse carrée peu élevée. Au delà des murs, se voient

ciennes parties de la bâtisse apparaissent deux appareils assez originaux : 1° l'appareil où s'alternent des chaînes de briques posées à plat et de briques dressées en boutisses (fig. 4154, a, b) et 2° l'appareil à chaînes alternatives de briques de champ et de plat (fig. 4154 c). L'intérieur du rectangle, formé par les murs d'enceinte du couvent et mesurant à peu près cent cinquante pas de chaque côté, présente, comme tous les

1 1 1 1 1 1 1 Me} I ! 1 1 1 1 1 1 ! I i ! M 1 1 M ll^ll M I M ! ! 1 1 1 I ' c\

4154. — Appareil du couvent des Martyrs. D'après \V. de Bock, op. cit.. p. 72, flg. 87

plusieurs dômes qui surmontent (de 4 à 6 pieds) le toit plat de l'égUse. La porte d'entrée s'ouvre près de l'extrémité est du mur nord. Les murs, garnis de nombreux contreforts, sont construits en briques

' \ ansleb. .\'oii(«//e relation d'un voyage fait en Egypte, 1673, p. :i80-381 ; G. Sicard, Lettres édilianle.s et curieuses, écrites des missions étrangères, nouv. ôdit., Mémoires du Levant, 1714- 1721, Toulouse, 1810, t. v, p. 208; Teurtechot, Relation du voyagefaiten Espagne parle sieur Granger, 1731, Paris. 1745, p. 74-75 ;Pocockc,nescri/i(iono/(he£a.'i(, 1738, London. 1743, 1. 1. p. 112: .Jt)lIois et Devillcrs.Dcsrripïion de l'Egypte. 1798;

couvents coptes, un dédale de petites constructions voûtées en berceau ou surmontées de coupoles et entourant une église et un baptistère. Toutes ces constructions, dont une partie a dû servir d'habita-

2' èdit., Paris, 1821, 1. 1, p. 397-398; Porphyre Ouspcnsky, Kengasbilir moego. p. 409-410; K. Btrdokcr, Ohcr .Egypten, 1891. p. 2G2; Murray, Eggpt, 1880, p. 507; Wl. de Bock, Matériaux pour servir à l'archéologie de l'Egypte chrétienne, in-4», Saint-Pètersboui-g, 1901, p. 71-78, pi. xxx; Somcrs C.larke. Christian antiquities in Hie.Vile valley, 1912, p. 113- 116, 194.pl. xxxni,n.2: Oriens chrislianus, 1913. p. 111-114.

ESNEH

tion et de communs, remplissent le côté ouest du rectangle. Le côté est est occupé par une cour dans laquelle se trouve une saquieh, fournissant l'eau au couvent, et un long couloir voûté près de la porte d'entrée.

Le baptistère, séparé de l'église par un long passage à découvert, est formé par une assez grande chambre carrée avec des fonts baptismaux de dimensions suffisantes pour recevoir les adultes. La coupole qui recouvrait le baptistère s'est effondrée. Deux rangées de cellules séparées par un couloir voûté sont accolées au mur ouest du baptistère. A l'extrémité ouest du passage qui sépare l'église du baptistère et des cellules, le mur d'enceinte présente une grande porte actuellement murée, bien visible du dehors. Le long du mur sud du couvent s'étend une longue construction avec voûte en berceau. Une construction semblable se retrouve près des murs est et ouest de l'église.

L'église, ou plutôt toute l'agglomération des chambres destinées au culte, présente la forme d'un carré mesurant une centaine de pas sur chacune de ses faces (flg. 4017, col. 2534). Ces pièces, tantôt carrées, tantôt rectangulaires, se trouvent disposées en cinq rangées juxtaposées. Quelques appartements sont surmontés d'une voûte en berceau, d'autres, de voûtes d'arête, enfin d'autres encore, de coupoles. Plusieurs voûtes d'arête ont au centre des trous pour la lumière. Il est facile de constater, en examinant le plan, que les cinq rangées de cliambres doivent être réparties en deux groupes; l'un, plus large, qui se trouve au sud, et forme la grande église; l'autre, plus étroit, qui n'est qu'une annexe et consiste en deux paires d'autels adjacents.

La porte d'entrée de l'église se trouve près de l'extrémité ouest du mur sud et ouvre sur une pièce allongée à l'instar d'une nef latérale de basilique. Le plafond consiste en deux voûtes d'arête partagées par un arc qui s'élève à l'endroit où, vers le mur nord de la pièce, vient aboutir de l'autre côté le mur ouest de la grande pièce centrale de l'église. A l'extrémité est de cette pièce, deux murs assez bas et peu épais forment une espèce de grande caisse qui, peut-être, avait été autrefois un tombeau. Une large porte, qui fait face à la porte d'entrée, conduit de la première pièce vers deux pièces contiguës, couvertes de coupoles et se trouvant en face de la nef centrale et de celle du nord. Des portes sont ménagées entre ces deux pièces et les deux nefs.

La salle centrale, couverte d'une grande coupole et communiquant par un grand arc en ogive avec la partie est de la pièce d'entrée, sert encore aujourd'hui d'église. Dans l'angle nord-ouest on voit, adossé au mur, un ambonen forme d'escalier replié à angle droit, à côté duquel un fragment de colonne en granit, foré d'un trou lon;4itudinal, sert de chandelier pour le cierge pascal. Près du mur est de cette pièce se trouve une espèce de coffre en forme de banc, vide à l'intérieur. Dans le mur nord, une large porte s'ouvre, vers la partie est de la nef nord, dans une pièce allongée et couverte d'une voûte d'arête. Une porte dans le mur est de cette dernière pièce, ainsi qu'une autre dans le mur correspondant de la pièce centrale, mènent dans un appartement transversal, dont la longueur est égale à la largeur de l'église et qui, par sa place, correspond au transept des basiliques. Ici le plafond consiste en trois voûtes d'arête séparées par deux arcs qui se trouvent dans ic prolongement des murs latéraux de la nef centrale. Une partie de la pièce à l'extrémité sud est séparée par un mur peu élevé et forme une manière de grand coffre. Le mur est de la pièce n'a qu'une seule porte, qui mène dans le sanctuaire.

Toute l'extrémité orientale de l'église consiste,

comme le reste de l'église, en trois parties. Celle du centre, la plus large, constitue le sanctuaire dans lequel, derrière une cloison qui n'atteint pas la voûte, se trouve un autel allongé. La cloison a deux portes latérales et, au milieu, une petite fenêtre remplaçant la porte usuelle. De la partie étroite du sanctuaire, à l'avant de la cloison, une étroite porte conduit au sud, dans une pièce sombre et vide qui se trouve dans la même ligne que l'extrémité est de la nef méridionale. La pièce correspondante au nord du sanctuaire sert de baptistère : il s'y trouve, au milieu d'une espèce d'autel, un grand vase en argile pour le baptême des enfants. Par suite de quelque reconstruction, ce n'est plus avec la grande éghse que communique cette chambre qui lui appartient d'après le plan; actuellement, sa porte donne passage dans le sanctuaire voisin. La place de la porte primitive est toutefois sans doute indiquée par la niche qu'on voit dans le mur nord du principal sanctuaire. La chambre servant de baptistère à l'église est partagée en deux parties d'inégale grandeur par une voûte transversale, dont le talon sud repose sur une large saillie dans le mur. Actuellement, la plus grande des deux parties, celle qui se trouve à l'est de cet arc, est couverte d'une voûte d'arête.

L'annexe nord de la grande église qui vient d'être décrite contient deux paires de petits sanctuaires communiquant avec l'église au moyen de deux X'Ortes : une porte à l'extrémité nord du transept conduit vers la paire de sanctuaires adjacente au baptistère et une autre porte, dans la pièce à coupole à l'extrémité ouest de la nef septentrionale, donne passage dans la deuxième paire de sanctuaires, près de l'angle nord-ouest de la bâtisse. Cette dernière porte s'ouvre dans une large chambre qui, par deux portes, est reliée avec les deux sanctuaires, tout en leur servant à tous deux à la fois de parvis. Chacun de ces sanctuaires est scindé en deux parties par un petit mur transversal qui n'atteint pas les voûtes en ogive du plafond et qui est muni de deux portes latérales et d'une petite fenêtre entre ces deux portes.

La première paire de sanctuaires, celle qui se trouve près de l'angle nord-est de la bâtisse, diffère des deux sanctuaires de l'ouest et du sanctuaire de la grande éghse, premièrement : par les plafonds au-dessus des autels, qui sont ici en forme de conques; ensuite, par les cloisons qui, tout en n'arrivant pas jusqu'aux larges voûtes en ogive du plafond, reposent, à l'instar des cloisons byzantines, sur <ieux colonnes, entre lesquelles il n'y a pas de porte mais bien une fenêtre. Comme les autels sont couverts de voûtes en conque avec des arcs devant, la longue pièce servant de parvis aux deux sanctuaires est surmontée aussi de deux voûtes d'arête, séparées par un arc transversal. Deux portes dans le mur ouest du parvis mènent dans deux pièces qui sont reliées entre elles par deux larges arcs ogivaux. Une de ces pièces, celle qui est le plus au nord, est, dans toute sa longueur, couverte d'une voûte en berceau, percée de sept ouvertures rondes; l'autre est partagée par un arc transversal en deux parties, dont l'une, celle de l'ouest, a une voûte en berceau, et l'autre une coupole. Dans l'angle ouest de l'une des pièces se trouvent deux tombeaux que le gardien du monastère déclare être celui d'un koummous ou supérieur du couvent et celui d'un moine quelconque. Comme, d'après le l'.Ouspensky, cinq évêques d'Esnch, dont il cite les noms, avaient leur sépulture dans le couvent, on peut supposer que le koummous et le moine étaient plutôt deux de ces évêques et que les espèces de colTres que nous avons rencontrés dans

ESNEH

trois endroits différents de l'église ne représentent autre chose que les sépultures violées des trois autres évêques.

Tel est le plan et l'aménagement de l'église actuelle du couvent. L'époque des dilTérentes parties de cette église ne pourra être déterminée que par une étude détaillée de la bâtisse au point de vue de l'architecture.

La différence d'âge des diverses parties apparaît du reste déjà à l'examen des différents restes de fresques qui recouvrent certaines parties de l'édifice. Un des sanctuaires a dans sa coupole un ornement à écailles peintes en trois couleurs. Au-dessous de cette ornementation, dont les couleurs se sont bien conservées, on aperçoit, au-dessus de la porte et dans les arcs en face de la porte, des restes de peinture. En face de la porte, à la droite du spectateur, se voit une composition dont une des principales personnes est un homme nimbé, de type ascétique, à barbe noire, non tonsuré, très maigre; une inscription le désigne :

rPHropioc APXienicKonoc

A côté de lui, à sa gauche, se voit une orante ditype classique, mais assez mal peinte. Plus loin, on reconnaît un personnage très effacé, à barbe blanche. La partie centrale du tableau est complètement effacée, mais on peut, non sans raison, supposer que la scène représentait la mise au tombeau. On y distingue encore vaguement le corps du Christ et la jambe pendante, soutenue de chaque côté par deux femmes nimbées dont on aperçoit les mains, ainsi que les têtes, tournées de face de la manière la plus bizarre, sans doute par suite de l'impuissance du peintre à les représenter en raccourci ou de profil.

Au-dessus de la porte du même sanctuaire est représentée la sainte Vierge, assise sur un trône dont le dossier et le coussin sont couverts d'un semis de petites croix fleuronnées, à la manière byzantine. La vierge Marie tient dans ses bras l'enfant Jésus, qui, sur ses vêtements, a la représentation d'une croix potencée. A côté du trône se tiennent debout deux anges, aux pieds nus, et tenant les mains jointes en avant. Ces quatre personnages sont nimbés. Dans le fond, une muraille crénelée. Cette représentation, par le stj'le et l'exécution, est meilleure que celle décrite plus haut. Comme, d'après son caractère, elle ressemble aux fresques de la coupole, elle peut être contemporaine de celles-ci et, par suite, être plus ancienne que les fresques qui se trouvent en face de la porte et qui, comme on l'a vu, sont d'un aspect très barbare, sec et ascétique et portent un caractère bas-byzantin.

Dans le sanctuaire de Saint-Georges se trouve une fresque de très basse époque et qui ne nous appartient plus.

Indubitablement, l'église actuelle se trouve sur l'emplacement d'une église plus ancienne qui, très probablement, avait la forme d'une basilique. Mais la détermination exacte de l'âge des différentes parties de l'éghse actuelle exigerait des recherches minutieuses qui n'ont pas encore été tentées.

III. Épigraphie. — M. G. Lefebvre a visité le couvent en août 1906 et n'y a pas « retrouvé toutes les inscriptions signalées par les voyageurs. Les graffites ont certainement disparu, écrit-il, sous le badigeon dont les Coptes ont recouvert les murs, il y a deux ou trois ans. » \V1. de Bock signale dans les murs de l'égUse de nombreuses stèles encastrées; elles sont ornées de rangées de petits cercles, de cou-

' G. Lefebvre, Recueil des inscript, grecq. clirét. d'Éguple, n. 529-534, 537, 538, 539, 542, 543, 544, 545, 546, 547. — » Ibid., n. 535. — ' Ibid., n. 536. — ' S. de Ricci, dans Revue (trchMogiqiie, 1902 h. p. ll.'i-146; Milne, Creek inscriiU.,

ronnes de fleurs ou d'emblèmes tels que chrisme, croix, phénix, pélican.

Parmi les grafTites et les stèles : cii; ©eoi; o Pû>ï,8ajv, suivi d'un nom propre comme TrsTpoç, aapa, TcauXc;, PixTOjp ' et les symboles ao), croix, chrisme. Des stèles trouvées dans un réduit près du sanctuaire offrent des formules familières à l'épigraphie d'Egypte (voir lipicuRÉisME) : UTiep |jivr,[xr|Ç xai avaTrauoscdç zy.oi- (iïjOv]... ^ ou bien : .. jx/) XïjTr/iÔy^i; ouxt;; aOava-ro'j sv xoafxo TOUTO) '. Nous avons déjà parlé de l'inscription

sV

4155. — Stèle égyptienne du Musée britannique. D'après Hall, Coplic and greek texts, pi. xcvi, n. 1362.

de Pitronia datée de l'ère de Dioclétien et de l'ère des Sarrasins, qui nous reporte au 30 avril 890 * : r]xoi,|Xï)6ï) £V XpiCTTCù I(ï]ao)u v) [xaxapia iliTpMVia ev -rq (<i]ïi (xepov 7)[Jtspa i)xiz eotIi 7r]alx]-

0>V £ TY)V7] a-KO AiOxXTj-

.S Ttavou XÇ ^■^ [Sjapaxr,-

VOU ao [x(upi)lS 0 0(£O)£ 0 TtaVTO-

xpaxop o 6£o|çl o tov 7Tv(EU(i.)a [t]ov Osiwv xai xupioç t 7taa'/)ç CTapx[o](; alv]a7ia'j<îOv t 10 Y]? 4"JX('1Ç) a'Jf'lÇ e:v xoXIttoi;! Àppaafi x(a!.) Itjaax xai laxcdp £V TtapaSeiCT (O TYjç [t] puçr]ç £v6a euçpat V01J.CV0V £(j.

Enfin, deux stèles conservées au Musée britannique; la première, mesurant 0 m. 41, donne ' :

+ £I.ç6[£0Ç 0 p]06-/)0V jXTjCd [XïjdOpV) a[X7)V

la deuxième, mesurant 0 m. 33, donne ' (fig. 41.55) :

Etç Oeoç o ^orfi(ù^i

MûJUCTY)Ç ria'jXOU XE

VTTjptov Exoi(ir|0r) etojv

'XE // ETTEIÇ s T-ÏJÇ SeU

5 TEpaç iMSiy.Ti{(ùVO(;)j0i^

H. Leclercq.

p. 75, n. 9243; G. Lefebvre, Recueil, n. 541. — ' Ilall. Coplic ofid greek lexts, p. 12, pi. x; G. Lefebvre, op. cit.. n. 548. — ' Hall, op. cit.. p. 12, pi. XI; p. 135. pi. xcvi; G. Lefeb\Te, op. eil.. n. 549 : un centurion.

ESPAGNE

ESPAGNE. — 1. Topographie. II. Ethnographie. III. Occupation romaine. IV. Origines chrétiennes. V. La légende de Jacques. VI. Jusqu'à la paix de l'Église. VII. De la paix de l'Église aux invasions. VIII. Les invasions. IX. L'Espagne wisigothique. X. Monuments : 1" Ampurias; 2» Elche; 3" Xativa; 4° témoignages; 5° technique; 6° murs; 7° colonnes; 8" arcs; 9° portes; 10° fenêtres; 11° portiques; 12° pavements; 13° ornementation; 14° orientation; 15° plan; 16° crj-ptes; 17° structure; 18° façade; 19° tours; 20° cloches; 21° statistique : 1. San Juan de Baiios; 2. San Roman de Hornija; 3. Cabeza del Griego; 4. Santa Comba di Bande; 5. San Pedro de Nave; 6. San Miguel de Tarrasa; 7. cr\-pte de Palencia; 8. crypte de BurguiUos ; 9. monastères. XI. Épigraphie; 1° édifices liturgiques; 2° mobilier liturgique; 3° sacrements: 4° clergé : 1. évêques; 2. prêtres, etc.; 5° édifices ciNils; 6° formules; 7° poésies; 8° croyances; 9° Juifs; 10° varia; 11° calendrier de Carmona. XII. Chronologie. XIII Sarcophages. Xr\'. Manuscrit. XV. Orfè\Terie. XVI. Mosaïque. XVII. Symboles. XVIII. Conciles espagnols. XIX. Bibliographie.

I. Topographie. — L'Espagne présente un caractère nettement insulaire. Il semble que la nature, en rattachant cette terre au continent, ait éprouvé comme un repentir, en sorte que, loin d'aplanir la communication, elle dressa, au point de suture de la presqu'île ibérique avec le continent, la formidable barrière des PjTénées. Son armature géologique fait de la péninsule un tout complet et homogène. La structure est massive, peu et mal ravinée par le système fluvial. L'accumulation des plateaux élevés, dressés au-dessus du httoral en escarpements brusques, contrarie obstinément la tendance du sol à se dérouler lentement vers la mer. A peine une zone, d'ailleurs trop étroite, a-t-elle été épargnée le long du littoral; le commerce ne peut y trouver ses aises pour un vaste développement et les habitants du plateau éprouvent trop de difficultés à vaincre pour s'obstiner à descendre dans la plaine prendre leur part exiguë de profit dans le trafic. Ces conditions physiques ont influé grandement sur la destinée du peuple espagnol; nous n'avons toutefois qu'à les indiquer.

Mis en possession d'une terre admirablement située, participant au cUmat de l'Europe et à celui de l'Afrique, séparés par la zone des plateaux sans arbres de l'intérieur, les Ibères n'ont pas su. à aucune époque de leur histoire, créer sur leur littoral, pourvu d'abris nombreux et sûrs, des ports bien garantis et des communications rapides et aisées avec l'intérieur du pays. Pendant l'antiquité, le rivage bordé par la Méditerranée connut une prospérité plus grande que le rivage de l'Océan: mais la découverte de 1' .Amérique retourna la situation et, aujourd'hui, la région la plus active est celle que la disposition générale du plateau ibérique a destinée à recevoir le principal développement. L'Espagne tourne le dos à l'Orient, elle regarde l'ouest. La contrée tout entière s'incline d'une pente graduelle dans la direction de l'Océan, et c'est de ce même côté que s'écoulent les fleuves parallèles, le Mino, le Ducro. le Tage, la Guadiana, le GuadalquiNir. La ligne de partage des eaux, qui est presque partout la ligne de

' isoaius, Hispania sine populorum, iirbiiim, insulariim Qc fliiminum in ea acciiratior description dans Schott, liispania illiistrala, in-4°. .\nl«cr|)i;f, IGU'.t, p. 373-479; Solcr, Descripcion gcografïca, liistoricu, estadistica y pintoresca de Espa/\a, 2 in-fol., .Madrid, 1811-1816; P. .Madoz, Diccionario geografico, estudisiicu, historico di I^spaiia, 16 ^'ol. in-l», Madrid, 1845-1850; E. de Vcmeuil, li. Collonibc, Coup d'œit sur la coruititidion géologique de plusieurs provinces d'Espagne, in-8°, Paris, 1853: II. Klcpcrl, Beilràge zur allen Ethnographie der ihrrischen Ilalbinsel, dans Silzungsber. de Berlin, mars 1864, p. 147-165; I"r. Cocllo,

faîte de l'Ibérie, se développe d'Algèsiras à Téruel, dans le voisinage Immédiat de la Méditerranée. Les bouches de l'Èbre interrompent cette muraille riveraine par une brèhe étroite et d'un accès périlleux pour les navires ; mais immédiatement au delà, recommencent les chaînes du littoral. Presque toute la masse de l'Espagne s'est trouvée ainsi cachée comme par un écran aux regards des navigateurs. La » terre d'Occident « — car tel est le sens du mot Hcspcrie — a semblé aussi lointaine du bassin oriental que si elle s'était trouvée transportée de plusieurs degrés plus avant dans l'Atlantique.

L'aridité est le trait caractéristique du cUmat espagnol, où la pluie est plus rare non seulement qu'en France, mais même qu'en Italie et en Grèce; sous ce rapport, l'Espagne est analogue à la région de l'Atlas. Si, dans les provinces d'Andalousie, de Murcie et de Valence, le climat devient tout à fait africain, il reste proprement méditerranéen dans la vallée de l'Èbre, et océanique à l'ouest et au nord-ouest. Vue dans son ensemble, l'Espagne présente trois régions distinctes entre elles par les productions du sol. Au nord, de la Catalogne à la Galicie, sol âpre et rugueux; au sud, dans l'Andalousie, la Murcie et le Valençais, terre fertile produisant la vigne et l'oranger, le dattier et la canne à sucre; entre ces deux régions, l'Espagne intermédiaire, l'Espagne typique, avec ses sierras et ses steppes désertes '.

II. Ethnographie. — Les origines ethnographiques de la population espagnole ne sont pas encore complètement cclaircies. Les fouilles et les découvertes faites dans les cavernes et les sépultures donnent lieu de penser que, dès la plus haute antiquité, les populations berbères ont pu se répandre en Espagne. Ibères et Berbères sillonnèrent la péninsule et s'étendirent delà jusque dans la Gaule et le nord de l'Italie. Phéniciens et Grecs établirent leurs comptoirs sur la côte d'Andalousie et remontèrent dans l'intérieur, le long du Guadalquivir. Plus tard, les Celtes pénétrèrent par le nord; Strabon, Pline, Ptolémée distinguent avec soin, parmi les tribus espagnoles, les celtiques et les ibériques. Fondues au pied des Pyrénées, elles forment la Celtibérie, puissante et redoutée. Ensuite l'Espagne devient carthaginoise, subissant une fois de plus l'influence sémitique '.

La difficulté des communications entre l'Espagne et la Gaule, leur rareté et leur disparition complète, à mesure qu'on s'avançait dans l'intérieur du pays, influèrent fâcheusement sur le caractère de la race. Doublement isolé, l'Ibère se renferma en soi; peu conimunicatif par nature, il devint farouche par manque d'éducation. Les anciens se plaisaient à opposer ril)ère, épris de solitude, au Gaulois, impatient de camaraderie, sociable, mobile, étourdi et disert. Strabon nous dit que les Ibères étaient divisés en petites tribus montagnardes qui ne se liguaient guère qu'entre elles, « par l'effet du caractère et aussi d'un orgueil qui leur inspirait un excès de confiance dans leurs forces. » Us n'éprouvaient ni la sympathie soudaine ni le besoin de compagnie qui entraînait leurs voisins gaulois. Leur aspect même, leurs vêtements noirs ou sombres formaient contraste avec les vêtc-

Fr. de Luxan. A(î. Pasciial, Reseùa gcografïca, geologica \i agricola de Espaiïa, 1859; La grande encyclopédie, in-l", Paris, t. XVI (1893), p. 304-.321. — ' E. Ilucliner. JVfoiiiimenta linguic Iberica-, in-l», Bcrolini, 1893; G. Desdcviscs et H. Leonardon. l'uenles bibliograftcas para el esludo de la historia de Espafia. Edades tuitiqua, média y moderna, in-8°, Zaragozn, 1909, p. 29-32; V. Tubino, Recherches d'anthropologie sociale, dans lieiiue d'anthropologie, 1877, p. 100; C. de Cliurrncoy, De l'origine sémitiiiue du nom d'Espagne, dura Journal asiatique, 1905, t. clxvi, p. 551-

ESPAGNE

ments éclatants et bariolés de la Gaule. Les Ibères étaient peu inventifs mais laborieux, attachés au sol qu'ils fouillaient pour en tirer des métaux ou qu'ils retournaient pour lui faire produire du blé. Obstinés et indomptables, ils avaient plutôt le courage de la résistance que celui de l'attaque : pour les unir entre eux et Ici attacher à une même cause, il ne fallut pas moins que l'invasion et les devoirs qu'elle révèle.

Les colons phéniciens, africains, asiates et massiliotes, quoique établis en Espagne, ne s'écartaient guère du littoral et n'avaient que des relations rares et peu d'influence dans les groupes indigènes de l'intérieur du pays. Il n'en fut pas ainsi des colons latins qui, à la suite des légionnaires victorieux et sous leur protection, s'établirent dans l'intérieur du pays, rayonnèrent autour de chaque ville, de chaque poste fortifié. La culture italienne se répandit de proche en proche, du littoral et de la vallée du Bétis. aujourd'hui le Guadalquivir, jusque dans les replis les moins fréquentés des plateaux et. sauf dans les montagnes de la Cantabrie, habitées de nos jours par les Basques, les vaincus adoptèrent la langue des conquérants. La part de la civilisation romaine est considérable dans la formation du caractère et du génie espagnol qui, bien qu'ibère et celte par ses origines, prit place parmi les nations latines par son idiome et par le moule de sa pensée.

III. Occupation romaine. — Les anciens semblent avoir assez mal connu l'Espagne. Pour la période qui précède l'ère chrétienne, on ne rencontre que des mentions aussi rares que superficielles '. Strabon, Phne, Poraponius Mêla enregistrent des indications nouvelles plus précises et surtout des observations personnelles '. Grâce à l'occupation mihtaire des Romains, le pays fut méthodiquement exploré. Au commencement de l'empire, le nord-ouest de la Tarraconaise était occupé par les légions. La soumission de la Cantabrie et de l'Asturie n'eut lieu que sous Auguste ' et les intentions des habitants paraissaient si peu rassurantes qu'on jugea nécessaire d'y maintenir longtemps un corps d'occupation sur pied de guerre et d'entretenir une légion chez les Cantabres et deux autres chez les Asturiens '. Le quartier général était situé entre l'ancienne métropole de l'Asturie, Lancia, et la colonie romaine Asturica Augusta. La legio septima Gemina y tint garnison. Ainsi qu'il arriva dans un très grand nombre d'autres localités, son campement attira, retint et fixa une agglomération civile, devenue le noyau d'une population dont le nombre, ne cessant de s'accroître, donna naissance à une ville. A partir du début du m" siècle, lorsque le mariage fut permis aux légionnaires, les campements s'étendirent et la population s'accrut encore, mais devint en même temps plus recommandable et plus stable. Une fois libérés du service, les vétérans se fixaient volontiers dans ces Ueux où ils avaient outes leurs habitudes et tous leurs souvenirs. La ville de Léon (Legio) se forma de la sorte.

IV. Origines chr' tiennes. — La réputation de l'Espagne, son éloignement. une sorte d'attrait mystérieux attaché à la plus lointaine conquête de Rome,

' Elles ont été recueillies par E. Hubner, La arqueologia de Espaha, in-S", Barcelona, 1888, p. 1-27. — ' DeUefsen, Die Geograptiic der Proviiiz Bœtica bei PUnius, Hist. nat.,

III. 6-17, dans Philologus, 1870, t. xxx, p. 265-310; Der tarraconesischen Prouinz bei PUnius^ Hist. nat., III, 18-30, 76-79; IV, 110-113, dans même revue, 1872, t. xxxii, p. 600-668; Der Provinz Lusitanien bei Plinius, Hist. nat.,

IV, 113-118, dans nicme revue, 1877, t. xxxvn, p. 111-128.

— ■ D. Aureliano Fernandez Guena y Orbe, Cantabria, dans Boletin de la Snciedud gcmjral'mi de Madrid, 1878, t. iv.

— • Th. Mommsen. n,iniisrhi- (iev-hichte, 1885, t. v, p. 59.

— ' .ïost. Gesehii-lile der IsrncliU'ri seit der Zeit der Maecabiter bis auf unserc Tage, in-S'', lierlin, 1825, t. v, p. 12 sq..

décidèrent saint Paul à s'en réserver l'évangélisation, bien qu'il ne pût ignorer que l'émigration juive n'avait guère pénétré dans ce pays '. Ce projet de mission en Espagne semble indiqué par deux écrits très anciens, la lettre de Clément de Rome à l'Église de Corinthe et le canon de Muratori.

Il semble que saint Paul ne se faisait guère d'illusions sur Rome et ce qu'il en devait attendre; tout au plus comptait-il y revoir quelques amis et, abrégeant son séjour le plus possible, il poursui%Tait son chemin vers les régions extrêmes de l'Occident : « Quand je me serai mis en route pour l'Espagne, écrivait-il de Corinthe aux Romains, j'espère que je vous verrai en passant, et après que j'aurai d'abord joui de votre présence, vous me mènerez vous-mêmes dans ce pays... J'irai en Espagne, reprenait-il, après avoir passé par Rome. » Clément de Rome, qui écrit dans les dernières années du i" siècle, paraît favoriser l'opinion de ceux qui admettent la réalité du voyage: « Paul, dit-il, devenu le héraut de la vérité en Orient et en Occident, reçut la récompense de sa foi et enseigna la justice à l'univers entier : parvenu au terme de l'Occident, et ayant souffert le martyre sous les princes, il sortit enfin du monde et alla dans le lieu saint*. » Quel est ce «terme de l'Occident », TÔT£p(j,aTÎj(; Sûcretoç, que l'apôtre toucha avant son martjTe ? L'expression est assez caractéristique pour que l'on consente à y voir une désignation équivalente de l'Espagne, désignation qui rappelle VHesperia ultima d'Horace et Vextremi orbis Iberi de Lucain '. Silius Italicus n'est pas moins clair lorsqu'il parle de Gadès, la limite des continents : Terrarum finis Gades ", et Pline l'Ancien s'exprime à peu près de la même façon : Origo ab occasu solis et gadilano freto. Hispania prima terrarum est, ulterior appellala '. Ces façons de s'exprimer appartiennent à des auteurs à peu de chose près contemporains de Clément de Rome et on s'expliquerait mal que ce dernier eût appliqué a Rome une expression qui servait communément à désigner l'Espagne. Ce ne sont là cependant que des probabilités et, d'ailleurs, on ne peut guère admettre les témoignages des Pères de l'Église dont l'opinion se forme sur des motifs dont la valeur historique est au moins contestable '°.

Le canon de Muratori, catalogue des li\Tes saints rédigés à Rome vers la deuxième moitié du n" siècle, affirme positivement la réalité du voyage " :

sed et profectione pauli ab ur

be ad spania proftciscenlis

Cette affirmation catégorique dépend peut-être du texte déjà cité de Clément de Rome, à moins qu'elle ne soit tributaire des souvenirs qui ont inspiré les Actas Pétri cum Simone, qui. eux aussi, parlaient du voyage de Paul en Espagne. Un témoignage beaucoup plus tardif, et néanmoins digne d'attention, est celui de saint Jérôme, qui nous apprend que l'apôtre se rendit en Espagne par la voie de mer : ad Hispaniam alienigenarum portatus est navibus '^. La navigation était plus rapide que la poste; au dire de Pline, on faisait la traversée d'Ostie à Tarragone en quatre

17 sq. ; Amador de los Rios, Estudios sobre los judios de Espaàa, lii-8°, Madrid, 18-48, c. i; E. Renan. Saint Paul. in-8'', Paris, 1869, p. 194. — • Clément, / ad CorinUiios, v. dans F. X. Funk, Opéra Pntrum apostolicorum, in-8**, Tubingîe, 1906, t. i, p. 106. — ' Horace, Carmin., I, 39; II, 18; Lucain, Ptiarsale, VII, 541 ; cf. IH. 453 sq. — » Piiniea. XVII, 638. -- • Hist. nat., III, 1. — " Cf. B. Gams, Die Kirctiengescliictite von Spaniens, in-8**, Regensburg, 1862, t. i, p. 40-54; Die Zeugnisse der Spateren fur die Reisc des .-{postels nacti Spanien. — ** E. Preuschen. Kiîrzere Texte zur Cescliiclde der allen Kirc/ic uml des Kanons. in-8°, l'reiburg. 1909, p. 29, lignes 38-39. — ■= S. Jérôme. In capit. XI Isaia: propliettc, P. L., t. .xxiv, col. 131.

ESPAGNE

jours, d'Ostie à Cadix en sept jours ». Il est probable que le voyage se fit en l'an 63, au lendemain de la comparution devant César et de l'acquittement de l'apôtre -. Nous ignorons tout des résultats de sa prédication. Néanmoins on a imaginé un succès, des fondations d'Églises et une persécution ravageant tout. Il semblerait superflu de rappeler une inscription d'une fausseté insigne, si elle n'était encore invoquée à titre historique '. Cette inscription, prétendument trouvée in ruinis pagi Maravesar ou pagi Alarquesiee en Lusitanie, après avoir embelli un certain nombre de légendes, a été définitivement reléguée parmi les apocryphes. Elle fait honneur à Néron d'avoir « purgé la province des brigands et de ceux qui inculquaient au genre humain une superstition nouvelle * » :

NERONI CL

CAES • AVG PONTIF MAX OB PROVIN LATROMIB ET HIS QVI NOVAM 5 GENERI HVM

SVPERSTITION INCVLCAB PVRGATAM

Une autre indication relative aux premiers fidèles de l'Espagne ne se présente pas à nous avec une recommandation beaucoup meilleure. Il s'agit d'une notice martyrologique dont on ne relève, malheureusement pour elle, aucune trace dans le martyTologe dit hiéronymien. Le « petit martyrologe romain » et le martyrologe d'Adon ont recueilli peut-être une notice provenant d'actes perdus, mais quels remaniements lui ont-ils fait subir? On sait aujourd'hui que le » petit martyrologe romain » est un faux composé au ix' siècle par Adon de Vienne, lequel n'est guère plus digne de considération, en ce qui le concerne, au point de vue scientifique^. Quoi qu'il en soit, cette notice nous apprend que, postérieurement au voyage de saint Paul, une mission de sept évêqnes fut envoyée en Espagne par saint Pierre. Ils se présentent d'abord à Acci, aujourd'hui Guadix, localité située à l'est de Grenade, dans l'extrême sud de la province carthaginoise. Comme ils reposaient à l'extrémité de la ville, les païens, qui célébraient une fête, se précipitèrent sur eux et les mirent en fuite. Les évèques franchirent un pont, lequel s'écroula aussitôt sous le poids de ceux qui les poursuivaient. Une » sénatrice » nommée Luparia donna alors le signal de la conversion. Puis les apôtres se dispersèrent et allèrent fonder des ÉgUses dans la région, c'étaient Torquatus à Acci ( = Guadix); Secundus à Abula ( = Abla); Indalecius à Urci; Ctésiphon à Vergium ( = Berja); Cajcifius à lUiberis ( = Grenade); Hésichius à Carcesa (= Cazorla): Euphrasiusà lUiturgi ( = Andujar). Si on pouvait accorder quelque attention à ce texte, ce serait pour remarquer la direction qu'il assigne à l'évangélisation qui commence par la région limitrophe de la Tarraconaise et de la Bétique. C'est tout ce qu'on en peut dire. Quant à l'éclaircissement des faits cherché dans la liturgie,

' Pline, Ilisl. nal., 1. XIX, n. 1. — ' Spier, In historia critica de Ilispanico Patili itinere, in-4°, Witembergie, 1742; L. tenBoUuin, De Uialse Ifwnsjarcn van den h. apostel. Paulits, dans NederlaiKhrlic lutlliuliekc stemmen, Zwollc, 1909, t. IX, p. 147-156; H. l'crcrius. De Pnuli apostoli itinere in llispania dispulationcs diiœ, in-S", Cicestrix', 1819. — ' L. Trouet, J^s calalagiie.t épiscopaux de l'ancienne Gaule, suivis de la bibliograpliic des origines chrétiennes. in-S», Paris, 1895 ; ■ On n découvert à Rio-Pisuerga, dans les ruines de la ville de Marcussia, etc., ces deux localités n'existent pas, il s'agit de Maravesar. > — * J. Gruter, Inscriptiones antiquœ tottus orbis liomani in corpus absolulissimum redactae, p. ccxxxviii, n. 9; A. Occo, Jnscriptiones in llispania repertic, p. 38; J. E. Walch, Marinor llispaniœ antiquum veiationis christianorum \cronianw insigne

il est impossible de lui attribuer la moindre valeur. On peut considérer comme d'aimables contes les revendications dont l'histoire légendaire de l'Église d'Espagne est renipfie. Aucun pays n'a vu éclore une végétation légendaire plus déconcertante, mettant au service de ses affirmations : chartes, reliques, inscriptions, avec une intrépidité qui semble voisine de l'inconscience. — C'est d'Espagne que les rois mages se mettent en route pour la Palestine. — C'est en Espagne que se fait sentir l'éclipsé et la secousse sismique du vendredi saint. — C'est à l'Espagne qu'appartient le centurion Corneille '. — L'apôtre saint Pierre vient prêcher en Espagne, la vierge Marie, accompagnée de Jean l'Évangéliste, s'y promène sur les bords de l'Èbre à l'endroit même où Jacques, fils de Zébédée, lui construit un oratoire, première amorce du pèlerinage de Notre-Dame del Pilar, à Saragosse. Enfin, c'est sur cette terre privilégiée que des gens de Biscaye décou\Tent un jour cette pierre tombale dont la formule concise en disait plus qu'un long poème ■ :

HIC lACET CORPVS BILELLAE SERVAE lESV CHRISTI OBIIT ERA CXV

« Ici repose Bilela, domestique de Jésus-Christ, elle mourut en l'année 77. » Des explications copieuses et irréfutables démontraient qu'il s'agissait bien de la femme de ménage du Sauveur. A ce coup. Mariana lui-même trouva la plaisanterie un peu corsée et déclara l'inscription fausse.

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