‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 121 sur 331 · SERVI SANG · texte numérisé non relu

SERVI SANG

. . . ETFVERVNT VINCENTI MARTERIS

C'est encore un témoignage de la foi un peu rude des anciens que leur souci de tracer leur nom sur un objet voisin du temple ou sur l'autel même. L'autel de Ham, les colonnes de Bielle sont des monuments du même ordre que les proscynèmes païens de l'île de Philse, les graffites des cryptes romaines. A Tarrasa, près de Barcelone, une table d'autel a été criblée de ces inscriptions rudement griffonnées avec la pointe d'un clou ou d'une lame de couteau, entre le vu" et le x" siècle *. On y lit les noms à'Agila, Aigo presbytcr Dei, Dexter presbyler, Froila, Gamius, Gnmio, J.autari... Reswentus, Huniric, Sallomon a pal...., Scnntor, Widigelus, Zerimundo.

La dévotion aux saints et la croyance à la vertu qui s'exhale de leur tombeau se retrouvent sur une

1897.t.iii,p.202;Ii.Hucbncr,op.ci(.,Supp/., p. 15,n.31'.). — » I". Fitn, dans Unielin, 1894. t. xxv, p. 86, n. 47 ; Hucbncr. op. ci(., p. 10, n. 31 ; .Amador de los Hlos, .Moniini. arqiillrcl. de Espana, fnsc. 49 et 55, p. 33. — ' Hucbncr, op. cil., p. 12. n. 36; F. Fita, dans Boletin. 1894, t. xxv, p. 86, n. 49. propose les suppléments donnas dans le Icxic. — ' llu<4)ncr. op. cit.. p. 49, n. l.-)7. — ' Hucbncr, np. ci'/., p. 61, n. 190.

ESPAGNE

épilaphe versifiée de Guadamur ' où le défunt espère devoir à ce saint voisinage le bénéfice d'une protection spéciale, qui lui vaudra le privilège de la résurrection glorieuse, alors que le monde s'évanouira dans un vaste embrasement. C'est ce que nous lisons sur cette épitaphe de Léon - :

Hmc tend urna tuum venerandum corpus Vincenti

Set tua sacra tenet anima, cœleste sacerdos, [abbatis.

Hegnum mutasli in melius cum gaudia vite.

Martiris exempta signant, quod membra sacrata 5 Demonstrante deo uatis hic repperit index.

Cuater decies quinos et duos vixerat annos

Misterium Chr(isiji mente sincera minisler,

Raptus œteras subito sic venit ad auras.

Sic simul o/ftcium finis, vitamque removit

[(ta)s 10 Sp(irilu)sadveniens d(omi)ni, quo tcmpore s(an)c-

In regionem piam v[e]xit aminamque locabit.

Omnibus hiis mox est de jlanunis lollere flammas.

Obiit in p(aee)D(e) ivid(as)mart(ias) eraDCLX VIII.

Les chrétiens espagnols faisaient usage, comme tant d'autres fidèles, de phylactères condamnés par l'Église. Un camée (voir Diciionn., t. i, col. 1817, fig. 483) porte ces mots :

OS NONC OMINVE TISESEO

Os non comminuctis ex eo ' paroles magiques empruntées à saint Jean, qui les avait tirées de l'Exode pour les appliquer à la passion de Jésus.

D'autres traits méritent d'être relevés. C'est par les paroles de Jacob que les fidèles expriment leur vénération à l'égard des basiliques : Ecce dom(us) D(omi)ni et porta cseli * ; c'est par le célèbre verset du livre de Job qu'ils affirment leur foi en la résurrection '. Si quelque coïncidence amène la trouvaille d'une tombe sainte, ils sont très disposés à y voir l'intervention divine : Demonstrante Deo ".

On s'étonne de ne rencontrer aucune formule, aucun indice qui permette de distinguer les orthodoxes et les hérétiques et cependant, à l'époque où les inscriptions se montrent en plus grand nombre dans la péninsule, Grégoire de Tours nous apprend que le catholicisme avait presque entièrement disparu de ce pays ".

En même temps que, dans le désordre résultant de l'invasion, se formaient des bandes de pillards et d'assassins, les hérésies se développaient et ajoutaient à la perturbation générale. Sous leur influence, nous disent saint Augustin et Paul Orose, les âmes chrétiennes eurent plus à souffrir que les corps sous le glaive des barbares. La plus redoutable d'entre ces erreurs fut l'arianisme, adopté à la fois par les Suèves et parles Wisigoths et, sous le règne de Léovigild, devenu en quelque manière, religion d'État : fraudes, menaces, embûches, exils, confiscations, exécutions capitales, tout fut mis en œuvre par les ennemis de l'Église, et si, comme le dit Grégoire de Tours, le catholicisme avait alors presque disparu du pays, une partie des marbies que nous possédons doit sans doute avoir été gravée par et pour des ariens. L'important serait de le reconnaître; mais, pour l'Espagne, comme pour la Gaule et l'Italie, la critique a été jusqu'à cette heure impuissante à dégager les inscriptions des hérétiques du milieu de celles des orthodoxes. Ce n'est pas toutefois que les légendes lapidaires de la péninsule n'aient été étudiées, interrogées à ce point

de vue; ce n'est pas que des particularités n'y aient été formellement signalées comme devant accuser la croyance de ceux dont les marbres nous ont gardé les noms; mais, il faut le redire, ici, l'a et <o, qui ont été invoqués en preuve, ne sauraient avoir cette valeur absolue de désigner exclusivement les tombes des cathofiques, puisque ce sigle figure sur les monnaies de Constance, qui fut l'un des fauteurs les plus convaincus de l'hérésie arienne. Florez, génà-alement mieux inspiré, s'est donc complètement mépris sur ce point.

Les mots famulus Dei, si particulièrement fréquents, ont été regardés par le même Florez comme une affirmation de catholicisme, et Révillout admet cette opinion sans s'embarrasser de ce qu'elle peut valoir. En réahté, il n'y a rien à tirer de là et, tout au plus, pourrait-on tâcher d'exploiter au sens de confession orthodoxe la formule famulus Cliristi. Ceci, toutefois, est bien vague. Aussi bien que l'arien Rotharis, le catholique Luitprand n'inscrit que le seul nom de Dieu en tête du ])rologue de ses lois.

Pour qui veut tenter de reconnaître les inscriptions des hérétiques à l'aide d'un formulaire aussi imprécis et flottant, une grave difficulté se soulève du fait de la tendance ordinaire et familière aux sectes, comme aux partis politiques, et qui les porte à usurper les appellations de leurs adversaires. C'est ainsi que les donatistes cherchaient à se couvrir du titre de cathofiques, les ariens faisaient de même, cherchant par ce moyen à surprendre la confiance et à tromper les âmes. Montrer au grand jour, sur le marbre d'une inscription monumentale ou funéraire, l'expression de leur croyance, devait être loin de la pensée de ces hommes qui avaient coutume de dire : « Celui qui passe entre les aulels des gentils et l'Égfise de Dieu ne saurait être reprochable de les honorer également.» Lorsqu'ils se trouvaient en présence d'un cathofique orthodoxe, ils lui disaient : » Nous pensons comme vous »; et, seule, la nécessité d'en venir aux preuves les forçait à se démasquer. Afin de mieux abuser le peu qui restait de catholiques, troubler leur fidélité et détruire leur foi, le roi Léovigild, ce persécuteur méthodique et inexorable, venait prier dans leurs églises, s'agenouiller au tombeau de leurs martyrs et ne se faisait faute de proclamer le Christ Dieu et égal au Père; à l'en croire, il ne réservait son assentiment que sur la divinité du Saint-Esprit. Ces manœuvTes ne laissaient pas d'entraîner quelques nouvelles défections. Enfin, par une ruse nouvefie, le roi Léovigild fit décider dans un conciliabule arien qu'au lieu de rebaptiser les nouveaux adhérents, on se bornerait à leur imposer les mains et à leur donner la communion, en prononçant cette formule sans portée apparente : « Gloire au Père, par le Fils dans le Saint-Esprit. 11

Ce n'est point aux inscriptions des fidèles, dictées surtout par l'esprit de détachement, qu'il faut demander d'ordinaire des renseignements généraux sur l'histoire des régions dans lesquelles on les a rencontrées. Pour qui connaît la précieuse surabondance de documents fournis, à ce point de vue, par les marbres païens, l'épigraphie chrétienne, si pauvre en inscriptions publiques, ou titres de fonctions civiles, peut, tout d'abord, sembler nmette. Plus applicable à l'histoire des croyances qu'à celle des empires et des institutions, elle représente avant tout l'esprit nouveau, les aspirations immatérielles de ceux dont Jésus avait dirigé les ambitions en leur déclarant que son royaume n'était pas de ce monde. Témoigner par

' E. Hucbner, op. cil. .p. 50. n. 158. — 'i6ïd.,p.45,n.l42. arclimlogique, 1" juillet 18G0. — «E.Hucbner,op.d(., n. 142. — ' Joh., XIX, 36. — • Hucbner, op. cit., n. 240. — ' E. Le — ' Grégoire de Tours, Historia Francorum, 1. 'VI, c. xvm, Blant, Note suruncrepréscntationinéditedeJob, dans Revue I P. L., t. lxxi, col. 391.

ESPAGNE

des marques sans nombre de ce que fut l'état des esprits quand disparut, avec le paganisme, le colosse de la puissance romaine; attester l'influence du christianisme conser\ant l'art d'écrire, la langue latine et, avec elle, un pieux souvenir des lettres dans ce temps où Grégoire de Tours nous les montre au moment de disparaître, c'est là le prix inestimable des inscriptions laissées par les premiers fidèles. Mais, quelque soit le silence à peu près constant, et qui semble concerté, de ces monuments sur les choses terrestres, les grands faits de l'histoire contemporaine y ont imprimé, y ont laissé leur marque. En Espagne surtout, chaque époque nouvelle y est représentée : l'âge des persécutions païennes, par les nombreuses listes lapidaires où figurent les noms des anciens martyrs; le temps des premiers empereurs chrétiens, par une de ces tabulée patronatus que les provinces, les villes, offraient parfois à leurs anciens magistrats; la domination des Goths, par le nom de leur race inscrit sur les marbres; la diffusion des vocables germaniques, les nombreuses légendes datées des rois barbares, les persécutions ariennes, par la célèbre inscription de Séville relative à Herménégilde, dont elle mentionne la royauté éphémère et les souffrances: le triomphe de la foi catholique que rétablit le roi Rccarède, la piété de ses successeurs fondant de nombreux sanctuaires, relevant ceux que les musulmans avaient détruits ou pollués, les ornant de riches offrandes, croix, cassettes, couronnes votives en or garnies de gemmes: le retour des Byzantins en Espagne, les luttes acharnées, où des peuplades voisines s'égorgeaient, ainsi qu'aux temps homériques, pour arracher aux mains de l'ennemi le cadavTe d'un chef tombé dans le combat : voilà ce que redisent les inscriptions de la péninsule. Pour se produire sous une forme concise et à une date tardive, le témoignage n'en a pas moins de valeur. La disparition soudaine des marbres chrétiens dans les contrées du sud, coïncidant avec l'invasion arabe, leur migration dans les provinces demeurées aux mains de la race indigène, montrent assez, à défaut des ou\Tages littéraires et des chroniques, quel régime fut imposé aux vaincus et ce qu'il faut croire de la prétendue prospérité des fidèles asservis.

9° Juils. — Tortosa (^Dertosa), jadis encastrée dans le mur de la maison de Francesco Gonzalez de las Barreras, alguazil mayor, dans la rue qui conduit de la place Sainte-Anne à l'égUse Saint-Jacques, ensuite dans le mur de la cathédrale. En 1900, Huebner écrit extal in eadem domo vise de Savla Ana.

'nn n:nsr cno Kn-p'ji min> .') ]iïK c«'nn "Mns: nos:

IN NOMINE DOMINI HIC EST MEMORIA VBI RE QVIESCIT BENE MEMORIA MELIOSA FILIA IVDANTi ET CVPAMARIES VIXIT AN nos uigi]m\ ET QVATTVOR CVM PACF AME N ev CONCClxaTH KY

' Anl. Corles, llisloria de Tortosa [1747], ms., loi. 58; E. Renan et E. Le Blant, .Sur une inscription trilingue découverte à Tortose, dans la Revue archéologique, 18G0, nouv. série, t. ii, p. 345-350 et pi.; E. Huebner, Jnsrr Hispan, clirist., p. GO, n. 186; I". Fila, Museo espaiXol de

15 COAE ectHN Me

MNCIIN COnOY ANA TlauCAN HAMMNH CToç (ieXicoctA IOYAANT lou xa: xupafiapec ZHCaoa 20 ETT) ctxoat TecePA HN £1

[au revers, et à une époque plus récente] fc=|^,j

« Paix sur Israël,

« Ce tombeau est celui de Meliosa, fille de Juda et de Kara-Miriam. Que sa mémoire soit en bénédiction;

41S8. — Inscription de Bonifatia.

D'après Huebner, op. cit., p. 20, n. 330.

que son esprit passe à la vie du monde futur; que son âme soit dans le faisceau des vivants! .Xmen '. •

Le texte hébreu a beaucoup souffert. Heureusement les formules qui le terminent se retrouvent dans un grand nombre d'autres inscriptions tuniulaircs, ce qui permet de les rétablir avec certitude. La lecture des noms de la jeune fille et de sa mère est tout à fait incertaine, Kira paraît représenter le grec Kupà, « madame ». La seconde partie de l'inscription se retrouve mot à mot dans un grand nombre d'épitaphes, notamment dans celles qui ont été trouvées l'i Paris, rue Pierre-Sarrazin. Mais il no semble pas qu'on en connût d'exemple aussi ancien que celui-ci. Gravée en plus gros caractères et plus fortement incisée que

antigiiedades, 1875, t. vi, p. 55; Boletin de la Acadenita de la lustoria. 1882-1883, t. il, p. 199 sq.; Groelz, «luns Monatscliri/t fur die Cesclùclite des Judenlliunis, 1S80, p. 143; Chwolson, Corp. inscr. JIel>raicaruni, in-4°, 1882, pi.; E. Huebner, Inscript.. Supplem.. p. 82. n. 180.

les deux autres, l'épitaplie latine a le mieux résisté et peut aider à la restitution du texte grec, qui semble la suivre littéralement.

Ligne II. QVIR ? (Le Blant); nous avons suivi la leçon adoptée par Huebner.

Autant que l'on en peut juger, à défaut de points de comparaison tirés au même sol, l'épitaphe de Meliosa paraît appartenir à la fin du vi« siècle.

La pen.sée de tracer une inscription funéraire en trois langues n'a pu venir qu'à une époque où les juifs occupaient une situation importante à Tortosa. Aux époques où les Israélites étaient, sinon exclus, du moins tenus en deliors de la société, ils ne songeaient dans leurs épitaphes qu'à être lus par leurs coreligionnaires et la langue en usage parmi eux suffisait. Or les périodes d'oppression des juifs en Espagne se placent sous Récarède(586), Sisebut (612), Chintila (636), Receswinthe (653) et surtout Ei-wige (680) etEgiza (687) '.

En outre, au vi« et au vn' siècle, la connaissance du grec fut une rareté élégante assez à la mode en Espagne. Isidore de Séville le savait, ou du moins aimait de temps en temps à faire parade de quelque familiarité avec les termes helléniques.

10° Varia. — Il se trouve des formules qui sont, en quelque manière, une protestation contre le formulaire des premiers siècles, lequel tendait à englober tous les fidèles dans une sorte d'anonymat. Certains ne peuvent se résoudre à quitter la terre sans y laisser un souvenir de leur personnalité. A Mérida, en un corralon o cochera de D. Juan Grajcra et conservée à Madrid, sur une stèle mesurant 1 mètre de hauteur et Cm. 50 de largeur, Bonifatia a voulu rappeler son union avec Silvanus ^ (fig. 4188) :

BONIFATIA CONIVN X SILVANI es VIXIT AN NIS XVIIII RECEPTA IN P ACE C5DIAE II IDVS FEBR 5 VARIAS IN NOMINE

Bonijalia, conjux Silvani, vixit annos 19, recepla in pace die il idus februarias in nomine Christi, principium et finis.

Après cette jeune femme de dix-neuf ans, une autre

de vingt ans, qui n'a été mariée qu'une année; c'est

pour cette raison peut-être qu'elle veut le rappeler ' :

IVLIANA FAMVLA DE!

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