RES IN PACE
Rexina compari, vixit annos 22, rcccssit in pace.
Nous trouvons toute une série de grandes dames qui n'ont pas cru devoir descendre dans la tombe sans nous avertir de leur noblesse. A Séville, ce sont deux clarissimes, Cervella " et Paula ', qui, d'ailleurs, font passer leur rang de clarissima femina avant leur titre de famula Clirisli. A Lucena, chef-lieu de district de la province et à 60 Itilomèti-es au sud-est de Cordoue, c'est Saluianella, inluslris femina '. Enfin à Lebrija, chef-lieu de district à 57 kilomètres sud-sud-ouest de Séville, c'est une autre clarissime qui a été enterréfr avec son petit enfant âgé de deux ans, en l'année 545,^ le 23 décembre ' :
ALEXADRIA CLARIS SIMA FEMENA VIXIT ANNOS PLVS MINVS 5 XXV RECESSIT IN PACE DECIMO KAL lANVARIAS ERA DLXXXIII PROBVS FILIVS VIXIT ANNOS pVOS M EN 10 SES OECE RECESSI...
Alexandria, clarissima femina, vixil annos plus minus 25, recessit in pace decimo kalendas januarias, era 583.
Probus, filius, vixil annos duos, menses decem, recessit in pace...
C'est un éloge bien différent que nous lisons sur une épitaphe de Jerez de la Frontera, où une jeune femme de vingt et un ans est qualifiée f(emina) cordat[a fa]mula Dei '" :
VIGILIA F CORDAT MVLA DEI PLM ANNIS'XXI ■'- RECESSIT IN PACE B III NONAS IVNIAS ERA DLXV
Vigilia, femina cordata, famula Dei, vixil plus minus annis 21, recessit in pace die /// nonas junias, era 565 ; le 3 juin de l'année 527.
Le P. Fita propose cette lecture : Vigilia f[elicis rc]cordat[ionis], ou bien f[emina re]coTdal{issima], mais il n'y a pas de raison de ne pas s'en tenir à cordala.
Une autre indication, dans laquelle le défunt se réjouit des années passées sur la terre, est assez diflérente du genre en faveur au moyen âge pour être signalée. Nous avons eu maintes fois l'occasion de le montrer, les premières générations chrétiennes sont joyeuses et envisagent la vie comme un bienfait, auquel elles demandent les satisfactions compatibles avec la loi morale. Dans ces puits, ces caves, ces boyaux que sont les cubicules et les ambulacres des catacombes, ce n'est, parmi le souvenir de la mort, que fraîcheur, joie, amour des fleurs, des couleurs, des sjTnboles aimables et reposants. Le christianisme n'a rien de n. 114. — • Ibid., n. 66. — ' Ibid., n. 68. — • Ibid., n. 105;. p. 35, n. 121; Wiliulfus, vir inluslris. — » /6id., n. S4. — •» Jbid., n. 367.
ESPAGNE
sombre et de convenu, comme plus tard, sur les murailles, les vitraux, les fresques des cathédrales, les bas-reliefs des charniers où dansent, se trémoussent, s'entortillent en de répugnantes étreintes les âmes et les diablotins. Le Bon Pasteur accueillant et doux ne remontera pas des catacombes à la surface du sol; les mosaïques des basiliques le remplaceront par un juge majestueux et peu abordable, tandis que le moyen âge inaugurera le crucifié habillé d'un manteau, coiffé d'un diadème. Mais au iv« siècle, avant les grandes misères des invasions et la protonde ignorance qui en est le résultat, on rencontre encore des fidèles imprégnés de la joie qui animait les premières générations et leur faisait envisager la mort non comme une délivrance, mais comme une retraite: inhorlulis nosiris secessimus, écrivent sur leur tombe des époux chrétiens. A Mérida, le 5 avril de l'année 381, mourait ' :
BRACARIVS FELEX VIXIT AN NOS LU RECES ITNONASAPRIL J ES ERA CCCCX
Ainsi, en s'en allant après un demi-siècle d'existence, Xiracarius ne maudissait ni la terre ni la vie, il y avait \ écu heureux, felex (pour féliciter).
Deux fois nous lisons le nom de celui qui éleva la tombe. A Espartinas, banlieue de Séville = :
A -I- 00 H RECONDITVM EST CORPVS OP TATAE PIAE
oms
Hic recondilum est corpus Opalalœ piœ, (ecit optalus. A La Pefia del Cristiano, à une demi-lieue d'Ossuna, Andalousie ' :
... pars pre-
calas ut pro tiio promis-
sisso et sublebamine mereamur
ingredi paradisi janue. Recessil û autem Qaistricia in pace die martis
quod fuit idus februarias era dccxlvi
Quem postea nomine Christi Adotius vir suus
sepelivit eam in quo tumulo requievil in pace
Yixit qualluoT decim... compkuit a- 10 nos, sepulta est tumulo. Hamen.
A Séville, au Musée municipal, une tablette de 0 m. 37x0 m. 42 ', du vi» siècle environ :
MEMORIA KVNDANIANES QVEM KECET PA TER ET MATER ET LEVCADIVS miR\J\l(s) VIXSIT AN • XX •
A Tolède, sur une épitaphe mesurant Cm. 52 sur 0 m. 37 et 0 m. 05 d'épaisseur, nous lisons une indication que nous avions rencontrée parfois dans les catacombes : le prix d'acliat du tombeau ' : + IMMAFRITA -1- IMA FRITA Vie
S I ANNOS PLVS MINVS XXXV REQVIEVIT IN PACE
' E. Iluo'jner, op. cil., n. :',.M . — ' llyid., n. 71. — ' Ibiil.. II. 'J6. — • Ibid., n. 53:} a. — ' 1'. Fila, dans Dolclin de la Acad., 1890, t. xvi, p. 318; cf. 1887. t. x,p.314; E. Hucbner, op. cit., Suppl., n. 3!16. ■ — • .\iir. Guerra. dans Acius de la Acad. de la hist.., 1870, p. 2(i; E. Saavedra, dans Ll
3 SVB DIE SEXTO ID NO VENBRI IN ERA DCXVII AATVM EST PRO LO CELLO IPSO IN AVRO SOLEAOS III
Inunafrila. Imafrila vicsit annos plus minus 3ô, requievil in pace sub die sexto idus novembri in era 617. Dalum est pro locello ipso in auro soledos 3.
L'inscription est de l'année 579; nous voyons que le tombeau a coûté trois sous d'or.
Nous avons déjà cité une épitaphe de Mérida où le défunt menace quiconque « inquiétera » son tombeau du sort funeste de Giezi et de Judas; à Carthagène, la jeune Saturina, âgée de six ans, estcensée faire la même menace, qui rappelle ce qui se lit sur un grand nombre de tombes en Asie Mineure : mais ici il n'est pas question d'infliger une amende au violateur de sépulture, on lui destine seulement le sort de Judas Iscariote ' :
+ H I C I AC ET SATVRINA QVI VIXIT ANNOS SEX ET REDIVIT 5 IN PACE SI QVIS TEMTAVERIT ISTO MONVWIENTO A BEAT ■ PARTE COM IVAA ISCARIOTA
Hic facel Saturina qui vixit annos sex cl redivil in pace; si quis temlaveril isto monumenlo abeal parte com Juda Iscariota. Pas de date la paléographie indique le vn"= siècle.
A Mérida, sur le mur du jardin de la prison, une épitaphe, datée du 23 août 627, mentionne un Jean, quaUfié penitens: et ce simple mot, si humble, lui a attiré une attention que sans doute il ne réclamait pas. A cette date tardive, l'idée seule de voir un représentant de la classe des « pénitents » telle qu'on croyait la découviir dans les textes des trois premiers siècles, est chose insoutenable. Ce penitens était probablement un brave chrétien qui n'y voyait pas malice, mortifiait ses sens et avait reçu cette appellation de la part de ses concitoyens; nous n'oserions pas supposer qu'il pût être question du premier pénitent connu, en faisant remonter jusqu'à lui quelqu'une de ces congrégations ou confréries, analogues aux spoudaei d'Orient et qui sont si répandues dans le midi de la France : pénitents blancs, noirs, bleus, etc. ".
« lOHANNES PENI TENS FAMVLVS DEI VIXIT ANNOS XXXII PLVS MINVS REQVIEVIT 5 IN PACESVBDIEXKAL DS AGVSTAS ERA DCLXV PAX QVICVMQ- HVIVS SEPVL
Johannes, penitens, famulus Dei. vixil annos 32 plus minus, requievil in pace sub die décima kalendas augustas, cra 665.
Pax, quicumque Imjus scpul[crum non violaverit...
A San Pedro de Tomeza, à deux Icilomètrcs environ au sud de Pontevcdra, chef-lieu delà province de ce nom, en Galice; sur un sarcophage trouvé en 1741, cette épitaphe datée du 1" mai G21 ' ;
cronisla, 3 mars 187G;E, Huebncr, op. cil.. Suppl., n. 403. — ' F. Fita, dans Doletln de la Acad.. 1894, t. xxv, p. 85, n. 46; E. Hiicbner, op. ci(., p. 9, n. 29. — ' M. Sarmlcnto. Vlaje a Oalicin, 1745, ms. dp l'Acnd. de Madrid, vol. i, loi. 4,S2 V.; E. llucbner, op. cil., p. 41, n. 138,
ESPAGNE
+ HIC REQVI
SCIT CORPVS; ER MEN QOHWMm
RANSIVITi CAL Uk\ 5 ERA DCLXir QVICVMQ
H o cij^MmmMW///m
Hic reqiiifejscil corpus Ermengon... l]ransioit ■cul. mai. era 662. Quicumquc hoc [sepulcrum inolaverH...
A Tolède, le roi Wamba avait l'ait placer sur la porte (le la ville l'inscription suivante ' :
EREXITFAVTORE OEO REX INCLYTVS VRBEM
WAMBA SVAECELEBREMPROTENDENS CENTIS HONOREM
et pour les martyrs de Tolède, sur les tours de la porte
de la ville :
VOS SANCTI DOMINI QVORVM HIC PRAESENTIA FVLCET HANC VRBEM ET PLEBEM SOLITO SERVATE FAVORE
A Beja, en Lusitanie, province d'Alemtejo, nous rencontrons une acclamation unique adressée à un défunt : Tibi delur pax a Deo ^; d'autres moins exceptionnelles comme : In nnmine Domini '.
A la Torre de Miguel Sexmero (= Torre del Almendral), district d'Olivença, province de Badajoz, plaque de 0 m. 55 sur 0 m. 25, épaisse de 0 m. 12, encastrée dans le mur de l'église paroissiale de la purificaciôn de niieslra Senora * ;
/e]LIX • AMEM FELIX CASTRICE cjx OFFICINA AVITI VTERE
Une fois seulement, à En Usagre, 67 kilomètres sud-est de Badajoz, on lit, sur une pierre du vue-vm' siècle, cette acclamation ' : S(a)nc(t)is (h)onor summus; mallieureusement, nous ne pouvons compléter un fragment qui semble offrir de l'intérêt, provenant de Gines, à une lieue de Séville, trouvé sur la route de Huelva, sur la porte de la maison dite Villanucva de Ariscal et conservé aujourd'hui au Musée municipal de Séville » :
A Tolède, à la porte du couvent de Saint-Clénicnt, cette acclamation du vm'^-ix' siècle ' :
c/!ns]TVS \[esus? c]SJ MIKl VERVM MANE PERENNE
Cordoue. Lame de bronze trouvée en 1672, chez dom Martin Alonso de Cea ' ;
A >^ W FL- HYGINO -V-C- COIVIITI ET ■ PRAESIDI ■ P • M • C • OB MERITA • IVSTITIAE EIVS TABVLAM PATRO
' H.FIorez, Espana sni/rat/a, 1703, t. iv, p. 166 sq. ; t. vin p.ug3;E. Huebner, op. ci(., p. 101, n. 73*; Suppî., p. 75, n. 391 — »E. Huebner, op. cit.. n. 2. — ' Ibid., n. 4, 15, 324, 49 527. 111, 152. — * Ibiil., n.350.— ' Ibid., n. 55. — ' Ibid. a. 75. — ' Ibid., n. 15G. — ' Ferez, Viaje, t. xvii, p. 99 E. Huebner, dans Silziingsbericlde, Berlin, 1861, p. 55 Corp. inscr. lai., t. ii, n. 2210; L. Renier, Inscript, rom de l'Algérie, n. 4042; K. Huebner, Inscript, christ. Hisp. p. 38, n. 127. — • Muratori, Thés., p. cccxci, n. 2 Masdeu, op. cit., t. v, p. 523, n. 500; F. A. Consuegra dans Ga:etn de Madrid, 1785, n. 56, p. 453 : Elles y Rubcrt, Discarso sobre el'oriqen, antifjuedad c progrcsos de los positos o graneros piiblicos de los pueblos, in-4°, Cer-
5 NATVS POST DECVRSAM AD Ml NISTRATION EM ORDO ■ TIPASE NSIVM OPTVLIT Flauio Jlijgino, vira clarissimo, comili cl prœsidi provinciie Maurelaniœ Cœsarieiuis, ob mérita justilix ejus, tabulam palronalus post decursam administrationem ordo Tipascnsium oplulil.
Il s'agit d'une tabula palronalus ofTerte par les habitants de Tipasa (voir ce mot), dans la Maurétanie (Césarienne, à leur gouverneur FI. Hygin, au moment où il sortit de charge et en témoignage de la sagesse de son administration.
Granatula, province de Ciudad Real, Nouvelle- Castille; dalle de pierre 0 m 33 sur 0 m. 42 ' :