‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 131 sur 331 · ESTAMPILLES · texte numérisé non relu

ESTAMPILLES

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minces. Les cheveux dépassaient sur le front, les tempes et la nuque, au-dessous du diadème, formant deux masses, l'une au sommet du front, au-dessus du nez, l'autre sous la nuque, sous les rubans du diadème. Le dessin de cette tète est analogue au dessin de la tète des monnaies de Marseille, ce qui permet de lui donner une date approximative, puisque l'atelier de Marseille a émis des monnaies à noms d'empereurs ou de rois. Une de ces effigies présente les caractères relevés sur notre estampille, c'est celle de l'empereur Maurice Tibère, qui régna de 582 à 602; mais il ne faut pas se hâter de conclure que l'efTigie est la sienne et remonte à cette date, parce que le monnayage de cet empereur s'est continué longtemps après sa mort, l'altération des légendes en est la preuve. En outre, les monnaies de Clotaire II (613- 629) ont les mêmes caractères que celles de Maurice Tibère; on les retrouve encore sur les monnaies marseillaises de Dagobert (629-634) et de Sigebert III (634- 656), mais pour ce dernier prince le dessin s'altère. Le poinçon à l'aide duquel on a frappé ou repoussé la contremarque du plat a été gravé entre 600 et 654. M. Prou incline à fixer la date du poinçon entre 613 (Clotaire II) et 640 environ. Il faut remarquer la

4200. — Hstampilles du petit vase de Valdonne. D'après Bull, de la Soc. nat. antiq. de France, 1910, p. 255.

différence qui existe entre le buste et celui qui, sur les monnaies de Marseille, soutient la tête. A Marseille, ce buste est en forme de trapèze, drapé, avec les plis du paludamentum d'abord courbes et rappelant bien les plis de l'étoffe, puis passant à des lignes à peine courbes et parallèles. Ici, nous n'apercevons que l'extrémité supérieure du vêtement, le col. qui a l'aspect d'un col détofïe souple, échancré sur le devant. C'est une disposition exceptionnelle, mais qui se retrouve cependant sur un triens d'Autun du vn« siècle. Quant à la palraette, on la rencontre aussi sur des monnaies de Banassac (Lozère) et elle aussi nous ramène vers le deuxième quart du vn" siècle (fig. 4200).

Musée Britannique : trépied du trésor de Lampsaque, avec deux estampilles cruciformes et lettres grecques formant le nom ceCTOC '■

Musée Britannique : disque du même trésor, avec quatre estampilles toutes imparfaites (une cruciforme) deux fois répétée, où a été lu le nom CICINNHC; une rectangulaire; une à sommet arqué ".

Musée Britannique : plat du trésor de Chypre (voir Dictionnaire, t. m, col. 1581, fig. 2913), cinq estampilles : deux circulaires, deux à sommet

arqué et à base rectangulaire, une cruciforme ".

Musée Britannique : vase hexogonal du même trésor, avec, sous le pied, trois estampilles semblables à celles qui se voient sous le vase précédent (marque cruciforme deux fois répétée).

« De cette énumération, on peut essayer de tirer un enseignement. En comptant les deux plats de la Valdonne, elle comprend quatorze pièces d'argenterie portant des marques byzantines. Il y en a neuf sur lesquelles les estampilles sont au nombre de cinq; c'est là un fait assez significatif. Des marques cruciformes sont répétées deux fois sur cinq pièces, d'autres marques le sont également. Plusieurs d'entre elles présentent des bustes de face entourés d'un nimbe, quelquefois placés sous une arcade et accompagnés de noms dans lesquels on a cru reconnaître des noms de saints. Enfin, il faut observer qu'on y relève le nom de l'empereur Justinien, celui de l'impératrice Théophano et que le nom de Jean peut également convenir à un empereur. Malheureusement, la plupart de ces marques sont imparfaitement venues; elles ont été détériorées par l'usage et le frottement, de sorte qu'il est difficile aujourd'hui de les reconnaître avec certitude ou d'en saisir tous les détails. De plus, les monogrammes présentent de grandes difficultés d'interprétation. D'après M. G. Schlumberger, le style de ceux de Valdonne nous reporterait au \ii= siècle. C'est aussi l'époque à laquelle certains spécialistes font remonter la plupart des autres. Peut-être retrouverait-on dans la législation contemporaine des prescriptions relatives au contrôle officiel des objets d'argent * ? •

H. Leclercq.

ESTAMPILLES DOLIAIRES. Gaetano Marini était, dans les dernières années du x\7ii^ siècle, à la fois custode de la Bibliothèque et des Archives Vaticanes '. Ami de l'abbé Lanzi % de Paul-Louis Courier", de Seroux d'Agincourt, homme de science ingénieuse et patiente, il pouvait passer pour un des meilleurs représentants de cette école italienne qui produit encore de si fins érudits. Ses ouvrages les plus connus. Les inscriptions des villas et palais Albani, Les actes et monuments des frères Arvales, Les papyrus de Rayen/ie, sont d'une science touffue et assez peu ordonnée mais de bon aloi, et qui mullipUe comme à plaisir les preuves inattendues, les informations inédites, les conclusions utiles. Marini raconte que, pour se distraire des maux qu'il voyait fondre sur Rome et le Saint-Siège pendant les années 1798 et 1799, il chercha quel genre d'études serait de nature à captiver son attention par l'attrait du détail, sans exiger de son esprit chagrin de trop pénibles efforts. Désertant ce qu'il appelle la grande épigraphie, c'est-à-dire les textes gravés sur marbre et sur pierre, beaux sujets de travaux auxquels convenait, suivant lui, une intelligence alerte et libre, il s'enferma dans l'observation d'un autre genre dépigraphîe, dans l'étude de ces petits textes inscrits sur les ouvrages céramiques, vases grossiers, amphores, tuiles et briques, travail obscur, assurait-il, et bien conforme à ce qui lui restait de courage et de force. Il se réfugiait, comme il dit, sous la protection de ce dieu Lateranus, génie famiUer du foyer construit en briques *; il s'abaissait à l'humble vaisselle noire de Numa, sympuuium Numœ nigrumque calinum '. Mais, à vrai dire, son calcul était trop modeste. Avec son sûr coup d'oeil, sa critique aiguisée, sa constante application en présence du très grand nombre de ces petits monuments que Rome lui offrait, et que, malgré les tentatives de

' Dalton, op. cit., p. 81, n. 376. - ' //>id.,p.82, n. 379. — ' /6id.,p.86,n.397. — * Prou, /oc. cit. — * Sur Marini, voir ce mot; cf. Coppi, dans Annales encyclopédiques, in-S", Paris,

1817, t. II. — ^ \lio singolarissinioediletlissîmo amico. — ' L'aniicissimo .M. Courier, illustre colonello di cavtdteria francese, — • Amobc, Adv. génies, \. IV, c. vi. — »Juvénal,VI,^-s. 344.

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Giuter ', de Ciampini -, de Fabretti ' et de Muratori ', on n'avait pas encore appréciés à leur juste valeur ni même su interpréter et lire, il a presque créé une branche nouvelle de cette science épigraphique qui s'est développée seulement de nos jours. Ses indications et son exemple ont introduit l'étude de l'épigraphie doliaire. Il a réuni, expliqué et classé un grand nombre de ces inscriptions qui paraissaient énigniatiques, et son ouvrage, conservé à la Vaticane sans être publié (ms. n. 9110), était devenu une source importante où depuis plus d'un demi-siècle les érudits venaient puiser ', quand J.-B .De Rossi se décida à le publier '.

J.-B. De Rossi, dès le commencement de ses propres travaux, y trouva un si fréquent secours qu'il finit par copier tout entier de sa main ce gros manuscrit, difficile à lire, hérissé de ratures, d'additions et de surcharges. De Rossi avait, en tête de sa transcription, écrit les lignes suivantes, fort exacte description du manuscrit qu'il n'eût pas été donné au premier venu de savoir copier, J(ohannes) B(aplisla) D(e) R(ossi). Exscripsi summa diligenlia et labore improbo ex aulographo in Bibliotheca Vaticnna, cujus scripltira minuta, implicata, perpetuis emendationibus, addilamentis et schedulis quse suis locis inserendœ crant inlerpolata, sine rerum intelligcntia excipi non poiuissel. Describi cœplum anno MDCCC XLVIII, absolutum IV kal. IV L. MDCCCLI. Cette copie a seule rendu possible l'impression du volume.

Les anciens Romains désignaient par cette expression générale : opus doliare de figlinis, opus doliare figlinum, tout ce qui est fabriqué avec la terre séchée au soleil ou cuite au feu. Ce fut une des premières conquêtes de l'homme sur la matière que de faire servir à ses besoins ce même limon dont ses traditions religieuses lui disaient qu'il était issu. Il en tira d'abord et il en façonna les matériaux nécessaires à la protection de son existence; en même temps, il modelait les représentations symboliques de son premier culte ou les figures agréables à ses yeux. Il déployait de la sorte les ressources de son ingénieuse industrie et bientôt il créait des merveilles plastiques auxquelles, par la puissance de l'art, il donnait le caractère de la force, le prestige de la beauté, et comme une sorte de vie. La même matière lui a suffi, diversement préparée et traitée, pour des ou\Tages de volume et de dimensions considérables et pour de petits et délicats objets, capables les uns et les autres de braver l'injure des siècles. Avec l'argile, les anciens peuples ont commencé à construire les sarcophages de leurs morts', à former la brique et la tuile qui devaient servir à leurs immenses tombeaux et à leurs pyramides, aux toits de leurs habitations, aux murs de leurs maisons et de leurs villes. Ils en ont fait plus tard les tuyaux de drainage pour le sol et d'assèchement pour les maisons, les conduites de chaleur ou d'eau, les amphores et dolia quelquefois énormes pour le transport et le commerce des liquides ou des grains. (Mampini cite un dotium si haut et si vaste que, pour en atteindre l'orifice, il fallait une échelle de dix à onze échelons '. Lucien raconte qu'un dotium servait de refuge à

* Inscriptiones antiquœ toUus orbis romani, 2 vol. in-fol., 1 Icidelbcrga:, 1601 ; 4 vol. in-tol., Anistelodami, 1707. — ' De sacris œdificiis Constantino niagno conslnicd's, in-fol., Koma, 1693.- — ' Inscriplioniimanli<iiiarum, quœ in œdihus imlcmis asseruantur, explicatio, in-fol., Uonia, 1702. — * A'oyi/s thésaurus tieterum inscriiîtionum, 4 in-fol., Mcdiolani, 17.TJ-1740. — ' La préface seule avait été pul>liéc par A. Mai, Scriplorum velerum nova coltcclio, in-4'>, Honia, 1831, t. vil, p. 103-168. — • G. .Marini, Iscrizioni antidie dotiari, publtlicate per cura delV Academia di con/crenze storico-giuridiche dat Comm. G.-Ii. (le Hossi, con anuotaziont dcl dotl. Enrlco Dressel, In-l», Roma, 1884. — ' Pline,

Diogène ', et de pareils récipients, sans parler des urnes pour les cendres et les ossements des morts, ont servi à la sépulture des corps mêmes : un basrelief de la cathédrale de Reims en offre la représentation dans un Jugement dernier. Avec l'argile, les premiers habitants de l'Italie ont fabriqué en quantité innombrable ces humbles poteries qu'on retrouve aujourd'hui dans leurs tombeaux; les Grecs ont modelé les élégantes figurines et les vases magnifiques qu'un autre art devait orner; l'Étrusque a élevé ce quadrige destiné à surmonter le temple de Jupiter CapitoUn "; les Romains ont façonné beaucoup de statues et d'antéfixes, et le potier des champs Vaticans, ce plat immense offert à Yitellius, qui prit le nom de Bouclier de Minervt ''. Les débris des menus ou\Tages en terre nous ont conservé, les pénétrantes recherches d'Albert Dumont l'attestent ^■, quelquesuns des témoignages les plus reculés que l'historien de l'Orient et de la Grèce puisse recueilUr. Ce qu'on retrouve de fragments qui trahissent les origines de l'ornementation et du dessin sur les vases remonte à des époques relativement primitives. Les restes de ce que quelques savants croient avoir été la Tour de Babel n'ont pas encore entièrement disparu; et l'on sait que, si les murs de Ninive, construits en briques desséchées au soleil, n'ont laissé, peu s'en faut, que poussière, les murs de Babylone, en briques cuites, ont subsisté '^ Enfin, ce qu'on appelle en Italie la vaisselle noire de Numa dépasse probablement en antiquité les origines romaines.

Les œuvres céramiques ne nous intruisent pas seulement par la manière dont elles sont formées, par le genre de fabrication, par les représentations dessinées ou peintes dont elles sont revêtues. Elles ont reçu en outre d'utiles inscriptions, soit des signes, des caractères, des mots isolés, soit des formules entières et très diverses. L'intelligence de tout ce langage constitue la science de l'épigraphie doliaire. Nos musées conservent des spécimens de ces briques cuites au four, et portant en signes cunéiformes les légendes royales dont parle Hérodote lorsqu'il décrit les murs de Babylone. Ncus avons de ces tablettes d'argile cuite, ÔTiTal TiXtvOoi, sur lesquelles les Assyriens, puis les Égyptiens, à leur exemple, gravaient leurs calculs astronomiques. De pareilles tablettes servaient chez ces peuples pour les contrats, et des sceaux apposés sur la terre encore fraîche y tenaient lieu de signatures '*. Quelquefois, une enveloppe de terre cuite y sauvegardait le premier texte et le répétait pour plus d'authenticité. Les prêtres égyptiens, nous dit Hérodote ", désignaient par des marques sur des morceaux d'argile attachés aux cornes des victimes celles qu'ils avaient choisies pour les sacrifices. Peut-être étaient-ce également des sceaux apposés aux contrats civils, ces curieux fragments de terre cuite qu'on a retrouvés naguère en grand nombre sur les marches du grand temple de Sélinonte: on y voit, avec la trace des attaches aux feuilles des papyrus, les empreintes acconqiagnées quelquefois d'inscriptions qu'y ont laissées les pierres gravées. Salinas a étudié et commenté avec beaucoup de

Hisf. nat., I. XXXV. c. xii. — De sacris mliflciis, c. ix, p. 128; cf. Recueil de l'Acad. des inscripl., 1730, t. x. p. 459.

• Juvénal, XIV, 308 :... Dofmniidi || Non ardent Cynici ;

si Iregeris, allcra /ict || Cras donuis... — '"' l'iiiie, Ilisl. nat., 1. XXXV, c. xlv. — "Suétone, \'ilellius,c, xiii; Pline, Ilist. nat., I. XXXV, c. XLVi. — " Céramiques de ta Oréce propre, 1.S81, 1883. — " I.alcrc cocio, quo Srmiramis tongam BnfcyfoJin cinjrif; Martial, IX, 70. — " J. Oppcrt, Vn traité babylonien sur brique, dans Jiciiue arcliéoUigique, 1800; J. Menant, lùnpreinles de eactiets assyro-elialdéens releirées au Musée Britannique sur des contrats d'intérêt privé, dans Arctiives des missions scicnlillques, 1882, l.ix. — "llérodoto. 11, xxxviii.

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finesse ces diverses images •. Diogène Laërce ' raconte que Cléanthe le philosophe était réduit par la pauvreté à graver avec une pointe d'os sur les ôaxpaxa de terre cuite les enseignements de son maître Zenon. On a vu les fouilles romaines rendre à la science deux petits vases de terre noire sur les flancs desquels étaient gravées avec la pointe des inscriptions précieuses ". On lit sur l'un d'eux (le vase Chigi) des alphabets grecs et des mots étrusques remontant peut-être au vi« siècle, et sur l'autre (le vase de Buenos) une inscription latine, écrite de droite à gauche, antérieure aux plus anciennes que l'on connût jusqu'alors. Outre les graffiti, des inscriptions au pinceau se rencontrent fréquemment sur les vases grecs ou italiques et sur les amphores commerciales. Sur les vases, elles font connaître les vainqueurs des jeux, les artistes, les héros et les dieux représentés; sur les amphores, elles donnent des indications diverses qu'il n'est pas toujours facile d'interpréter avec succès.

Mais ce qui constitue plus spécialement encore l'épigraphie doliaire, ce sont les marques, les formules, les noms inscrits à l'aide de timbres, soit en creux, soit en relief, sur l'anse ou le col des amphores, sur le plat des briques et des tuiles servant à la construction. Les Grecs ont beaucoup pratiqué cet usage. Le j prince de Torremuzza n'a pas manqué de comprendre dans son recueil des Inscriptions grecques de la Sicile ces marques de briques, qui nous apprennent, avec les noms des mois, ceux des magistrats des \illes siciliennes. Albert Dumont surtout, dans son précieux livre sur les Inscriptions céramiques de la Grèce (1872), a tracé d'une main ferme le cadre d'une telle étude, signalant les nombreux problèmes qu'elle suscite, et indiquant déjà quelques-unes des solutions principales. Plus de six mille de ces textes épigraphiques, à ne parler que de la seule époque classique, ont passé sous ses yeux; il énumère, outre cela, de nombreuses collections qui solUcitent et attendent l'examen. L'antiquité romaine, elle aussi, nous a laissé beaucoup de ces petits monuments, que l'on s'est mis enfin à classer en les interprétant.

Marini n'a compris dans son recueil, peu s'en faut, que ce qu'il rencontrait autour de lui sans beaucoup de recherches; presque tous ses documents proviennent d'Itahe ou spécialement de Rome, et se rapportent à la période impériale. Mais on en a réuni beaucoup d'autres depuis lors. Borghesi a étudié tout un groupe, de Velleia, qui remonte à l'époque répubU- (îaine. Descemet, pour l'empire même *, a su réunir d'abondantes séries que Marini n'a pas connues, et il a commencé de les expliquer. Marini a joint aux quinze cents textes environ qu'il a tirés des briques et des tuiles, et qu'il a commentés, 227 inscriptions recueillies sur les vases, dolia, amphores, etc., 324 inscriptions de lampes en terre cuite, et 191 marques de ces tuyaux de plomb qui distribuaient les eau.x dans Rome ou la campagne romaine. Il y aurait certainement ajouté, s'il les avait connues en grand nombre, les marques inscrites sur les marbres, telles que celles qu'on a, depuis, retrouvées à l'emporium romain; car ces deux dernières catégories de textes, sur plombs et sur marbres, sans se confondre avec l'épigraphie purement doliaire, s'y rattachent cependant comme d'utiles annexes et offrent des renseignements de même nature, relativement au commerce et à l'administration de l'ancienne Rome.

' Allid ella reale accadcmia dei Lincci, t. xi. — ■ Diojîène Laërce, VII, vu, 174. — ' Publiés et commentés dans Méhinges d'archéologie et d'histoire, 1S81. t. i. — * Ch. Descemet, Inscriptions doliaires latines. Marques de briques relatives à une partie de la gens Domitia, avec une étude sur la briques romaines du Louvre, par A. Héron de Villefosse,

Tout le monde sait qu'on voit encore de nos jours à Rome, dans cette partie de la ville qu'entourent la pyramide de Cestius, la porte Saint-Paul, les beaux cyprès du cimetière protestant et le fleuve, une assez haute coUine (elle a jusqu'à trente-cinq mètres) formée tout entière d'anses et de débris d'amphores et de dolia antiques, avec des inscriptions de diverses sortes sur beaucoup de ces fragments. Il suffit, pour recueillir quelque butin, de gratter le sol après un jour de pluie sur ce monte Testaccia ou bien alentour; pendant des siècles, nombre de visiteurs, pour leur seul plaisir et par simple curiosité, ont renouvelé cette recherche. Marini lui-même raconte qu'il a réuni decette manière un assez grand nombre d'inscriptions, pendant ses promenades d'automne. Bien que de pareils amas de poteries brisées se retrouvent en d'autres lieux du monde classique, à Tarente, à Alexandrie d'Egypte, aux portes du Caire, on n'en sait pas encore l'origine ni l'expUcation précise. On a voulu voir dans le Teslaccio de Rome soit les rebuts d'une fabrication locale qui aurait persisté pendant plusieurs siècles, puisque Tarquin l'Ancien avait assigné déjà ce même emplacement au collège des figuli, scit un gigantesque amas de décombres accumulés par ordre après l'incendie de Néron, soit un vaste dépôt d'urnes cinéraires et de vases à libations datant d'Aurélien et de l'invasion des barbares. Le moyen âge croyait, parce que sur ces fragments le lieu de provenance est assez souvent marqué, que ces amphores apportaient à Rome les tributs en nature des provinces sujettes. Ce qui est sûr, c'est que la population romaine n'a pas cessé, jusqu'à nos jours, d'être attirée vers ces lieux comme par une habitude héréditaire. Pendant tout le moyen âge et une partie des temps modernes, des jeux bizarres, dont on expliquerait probablement le sens réel par la tradition de quelque culte antique, y étaient célébrés en grande fête; et aujourd'hui encore, c'est là que, durant le bel octobre, le menu peuple de Rome s'en va festoyer et boire. Des astérie, dont l'architecture rudimentaire et l'humble appareil rappellent les cabanes de pêcheurs dans les îles du golfe de Naples, ont creusé au sein de cette mine épigraphique, sans nul souci des archéologues, des magasins d'une fraîcheur proverbiale, que l'amoncellement de la terre cuite préserve de toute humidité. Ce concours ininterrompu suffirait à démontrer qu'il y a eu de ce côté, dans l'ancienne Rome, un centre d'activité tout à fait principal. Là se trouvait en effet, ou dans le voisinage immédiat, le grand port intérieur de la ville; là on débarquait les denrées contenues en de vastes dolia, et ceux-ci, pour un débit plus facile et après les octrois payés, étaient vidés immédiatement sans doute dans les amphores que recevaient de nombreux magasins ou horrea construits tout auprès. On brisait ces dolia, soit parce qu'il fallait en extraire les grains, soit pour parer à un encombrement fâcheux, soit quand certaines denrées, comme les huiles par exemple, en avaient rendu l'usage difficile, soit enfin peut-être pour qu'ils ne servissent pas à frauder le trésor, une fois marqués comme ayant acquitté Vansarium, c'est-à-dire la taxe sur les marchandises apportées dans les vases à anses '.

Le mont Testaccia n'a commencé d'être sérieusement exploré, avec méthode et critique, que par le P. Bruzza, le savant barnabite, et par H. Dressel. Ils ont obtenu de tout nouveaux indices en étudiant, non pas seule-

in-8», Paris, 1880. — » Voir cette constitution de l'octroi dans De Rossi, Fiante icnographicbe e prospetticlie di lioma, in-4°. Roma, 1879, p. 47; cf. Mommscn, Epigraphisclie Analekien, dans Berichte ueber die Verhandl. der kôn. sdchsischen Gcsells.. 1S50, p. 309; G. Marini, Iscritioni antiche dette ville e de patazzi Albani, in-4°, Roma, 1775, p. 28.

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ment les timbres des anses, mais aussi d'autres séries d'inscriptions, tracées au pinceau, qui se trouvent sur les débris de ces mêmes amphores, et que. jusqu'à nos jours, on avait à peine aperçues, presque elïacées qu'elles sont. H. Dressel, après avoir noté soigneusement la place occupée par chaque morceau qu'il enlevait à la mystérieuse colline, a pu établir qu'elle s'est formée peu à peu, en une série considérable d'années, et non pas subitement, comme au lendemain d'une grande catastrophe. II a montré le Teslaccio s'élevant d'abord vers le côté septentrional; il a pu retracer presque pas à pas le progrès de sa formation en signalant aux diverses hauteurs des fragments revêtus de dates consulaires.

Au sommet il a trouvé des morceaux datés du règne de trois Augustes, soit les fils de Constantin en 340, soit Valérien, Gallien et Saloninus vers 255, soit Septime-Sévère, Caracalla et Géta de 209 à 211. Dans les couches inférieures, sans toutefois qu'il ait pu pénétrer jusqu'à la base de la colline, il a recueilli des marques consulaires du commencement du n'* siècle. Il a donc pu conclure que le Teslaccio s'était accru lentement pendant toute la durée de l'empire. Quant aux inscriptions, Dressel les a su distinguer. Il y a d'abord, sur ces énormes dolia dont se servait le commerce antique, des timbres imposés avant la cuisson et le plus souvent sur les anses. Ces textes-là, composés de quelques mots seulement ou même de quelques lettres, paraissent indiquer d'ordinaire le nom du propriétaire des fourneaux où l'amphore a été cuite, et celui de l'affranchi ou de l'esclave chargé de l'opération. Quelquefois le lieu de provenance est marqué. Le Teslaccio et d'autres quartiers de Rome ont fourni, par exemple, le texte suivant en plusieurs variantes dont la comparaison a permis un déchiffrement certain : EX Offficina) IVLICO HONOR(ati) P(rovinciœ) ( Waurelanise ) C(^sariensis) J\JB(iisuclu). Tubusuctu est une ancienne ville d'Afrique, en ruines aujourd'hui, sous le nom de Tiklat '. L'indication est utile pour l'histoire du commerce romain.

Mais il y a bien autre chose encore sur les fragments céramiques dont se compose le Teslaccio. Dressel y a découvert en plus grand nombre qu'on ne le soupçonnait naguère et des graffili tracés évidemment dans l'ofTicine du ftgulus sur la terre encore humide et des inscriptions au pinceau, tantôt en écriture cursive, tantôt en lettres allongées, à peu près de forme onciale, tantôt en caractères offrant l'apparence des notes musicales du moyen ûge. Si des exemples toujours plus nombreux viennent confirmer ses conjectures, on se convaincra que ces inscriptions diverses n'alîectent pas arbitrairement sur les flancs du dolium telle place ou telle forme. Très souvent il y en a une en caractères cursifs aux attaches d'une des anses; il y en a une en caractères bizarres, non encore expliqués, au col même, avec cette forme de neumes, une en lettres majuscules, un peu plus bas, une enfin sur la panse. La première, apposée peutêtre au départ, débute d'ordinaire par un sigle qui équivaut au mot Ralionis ou liationis fisci. On aurait ensuite l'indication du lieu de provenance et quelquefois la date consulaire; les consulats notés jusqu'à ce jour vont du milieu du u" siècle au milieu du siècle suivant. L'inscription en majuscules paraît donner les noms du locataire ou fermier de la fabrique ou figlina qui a fait l'envoi : C. Anloni lialbi, T. Aureli Sperati, Q. Cœsi Senecionis. etc. Enfin, la dernière indiquerait par des chiffres le poids du contenu. Il ne sera sans doute pas impossible de jauger de pareilles

' .Innrtli deW Instilulo di corrispnndenza archeologicn, 1878, p. 134. — ' AnnaltdeW Institulodicorrispondcnzaarcheolngiea, 1870. — • * Ixcriziotii unliche délie ville e de palazzi Albani,

amphores, et de contrôler ainsi la valeur de cette conjecture. Les fragments dont se compose le Teslaccio proviennent à peu près exclusivement, à en croire les inscriptions dont ils sont revêtus, de la Gaule, de l'Espagne et de l'.Afrique. Dressel incline à penser que les denrées qui étaient apportées représentaient, en grande partie, les contributions dues au patrimoine de l'empereur de la part des fermiers impériaux dans ces provinces. Si telle autre province ne figure pas, ce peut être parce que ses produits n'étaient pas de nature à être contenus dans les dolia. comme les pelleteries, les étoiles, les bois.

Les travaux du P. Bruzza, au sujet des marbres de V cmporium, ont donné des résultats analogues -. Tous ceux qui ont visité Rome ont parcouru la route qui mène entre Santa Maria in Cosmedin, le temple de Vesta, la maison de Rienzi et le Ponte rollo, par l'ancienne Parla Irigemina, aux pieds de l'Aventin et à l'ancien port de Rome. Au lieu nommé aujourd'hui la Marmorala. on débarquait les marbres venus des carrières lointaines d'Asie, d'Afrique et de Grèce. Des fouilles bien dirigées ont retrouvé et déblayé le sol, dégagé les anneaux d'ancrage creusés dans la pierre et signalé, dans le lit même, comme à la gauche du fleuve, des blocs et des fûts de colonnes gisant depuis des siècles. Épigraphiste ingénieux et expérimenté, le P. Bruzza s'est appliqué à la tâche difficile de lire et d'interpréter les chiffres, sigles ou formules qu'on trouve sur ces blocs. Ses observations ont confirmé les conjectures que Marini lui-même avait commencé d'exprimer ', à savoir qu'ici, comme sur les amphores certaines marques venaient soit des régisseurs et employés impériaux chargés de l'expédition, pour faire reconnaître leurs envois et prévenir toute erreur au débarquement, soit des contrôleurs et fonctionnaires spéciaux chargés de la réception. Les marbres qui appartenaient au domaine impérial (c'était le plus grand nombre) portaient le nom même de l'empereur, ou des formules comme Cœsaris nosiri. Cœsaris Augusti, Rationis dominicx Auguslte... Quelques-uns de ces textes indiquent en outre les divers agents de cette vaste administration, les désignent par leurs titres officiels, et, sans donner expressément les consulats, permettent cependant de retrouver les dates.

Marini a joint à son recueil un certain nombre d'inscriptions recueillies sur les lampes antiques. Ces petits monuments, dont une grande quantité a été conservée, doivent compter assurément parmi les plus intéressants produits de l'industrie figuline; mais il semble que ce soit surtout à cause des représentations figurées qu'ils nous offrent. Lorsqu'ils portent des inscriptions, ce sont ou les légendes jointes aux sujets représentés ou le plus souvent de simples noms propres, les noms des figuli qui les ont fabriqués. Il n'est pas inutile de noter ces noms, il est vrai, et de les comparer entre eux, car on les rencontre sur des produits ditl'ércnts en plusieurs pays d'Europe et c'est la preuve d'une grande disi)ersion de ces objets par le commerce. Tout le inonde connaît cette marque : ANNISEB. abrégé des nom et surnom d'un flguUis qui travaillait également pour les chrétiens et pour les païens : les lampes ainsi marquées se trouvent partout *.

Au contraire, les conduites de plomb, avec leurs marques inscrites, olïrent à l'érudit plusieurs sortes de renseignements précieux. Elles désignent souvent par leurs noms les propriétaires des villas ou des domaines dont elles traversent le sol ', et donnent ainsi

p. .31. — 'Voir Dirl.. t. i, nu mot ANVisF.n. — 'Léon Renier, dans Heime urchrnlogiqiic, noiiv. sérlo, t. xxi,p.328; Ijinciani. dans Atlidclla r. aemd. dei l.ineei. 1880, n. 107. domii.^ Cilonlx.

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d'excellents points de repère pour la topographie; elles portent des dates consulaires et des noms historiques; par les chiffres de concessions et de débit, elles permettent de se faire une idée de ce qu'était dans Rome l'administration si importante des eaux; elles aident à lalecture du traité précieux que nous a laissé Frontin et dont R. Lanciani a donné un savant commentaire.

Marini a souvent noté l'analogie des inscriptions qui se trouvent sur les conduites de plomb avec celles des tuiles et des briques; il s'en est servi pour l'interprétation des textes doliaires. Nous verrons, après avoir étendu la comparaison instituée par lui-même, quelles ressemblances rapprochent en efîet ces divers systèmes de notations épigraphiques, sur les doUa du Testaccio, sur les marbres de l'emporium. sur les conduites des eaux, sur les tuiles et les briques destinées à la construction '.

Nous allons maintenant énumérer et décrire quelques titres, non sans avoir préalablement renvoyé à ce que nous avons dit sur ce sujet dans le Dictionnaire aux mots : Amphores, Anniser et Brique.

Un fragment de tuile trouvé sur le sol de Vemporiiim est empreint d'un sceau où on lit, autour du monogramme constantinien, l'inscription circulaire : XMr-KACCIOY

On pourrait penser à une fabrique grecque étabUe à Rome, mais l'exemplaire est unique, ce qui ne s'accorde guère avec une production locale; en outre le sigle xwir n'est pas occidental, mais nous savons qu'il est chrétien. Par contre, il faut écarter l'inscription suivante d'un sceau circulaire imprimé sur une tuile vue autrefois dans la catacombe de Saint-Hermès : t FIG PLOTINAE AVGt

Les croix intiale et finale ne sont pas des marques de croyance religieuse, mais de simples obèles. Et en eflet, pour trouver sur les tuiles de semblables empreintes, faites pour représenter avec une intention évidente le signe de la rédemption, il faut descendre à une époque bien postérieure à celle de l'impératrice Plotine.

La même observation s'applique à une tuile du musée de Wiesbaden où se lit l'inscription :

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