‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 163 sur 331 · Puto victi sumus · texte numérisé non relu

Puto victi sumus

2. Vincere me non potes, quia vincit in me qui pugnal pro me.

que par l'intermédiaire de celle d'EulaUe de Mérida M. En effet, comme on le voit aisément, tous les passages de cette passion B'i qui offrent une ressemblance indéniable, mais non textuelle, avec la passion de saint Vincent, se retrouvent mot pour mot dans la passion d'EulaUe de Mérida. Celle-ci (Mj, au contraire, contient plusieurs emprunts particulièrement frappants à la passion de saint Vincent, qui ne se retrouvent pas dans B^. Comme nous savons avec certitude, par le témoignage de saint Augustin -, que la composition de la passion de saint Vincent remonte au IV siècle, nous devons conclure que la pa.ssion d'Eulalie de Mérida M en dépend, et que celle d'EulaUe de Barcelone B^ n'est qu'un remaniement de M.

' Bibl. hagiogr. lat., n. S627. — = Saint .Vugustin prêcha cinq sermons à la fête de saint Vincent. La passion du ^aint martyr était lue aux fidèles; cf. Fierez, op. cit., t. vm.

n'ont de semblable que leur premier et leur dernier chapitre; tandis que le récit des supplices diffère notablement. L'auteur de la passion B s'est, pour cette partie, inspiré de l'hymne attribuée à Quirice : Fiilget hic honor sepulcliri;

■1 Ch. V. Iralus jussil jam sisii el a tergo /orliter cadi ;

« Ch. \i. Majore ira replelus, jassil eculeum amerri el suspendi eam et (orqiieri quandiu exungulareliir:

« Ch. vn. Frcmens citni ira jussil militibus faculcis ardentes lateribits ejus applicare, el pcndcrc tandiu S. Eulaliam quandiu flammarum (acibus crurcrelur:

• Ch. vin. Comminans dixU : « Pendcal in crucc, quousque devorelur ab avibus cxli cum ossibus. •

p. 254-260; Fulgence parle également de cette passion dans un sermon. P. /... t. r.xv. col. 744-74G. — ' Bibl. hagiogr. tal., n. 2r.9:i.

EULALIE DE MERIDA ET DE BARCELONE (SAINTES

« Ces supplices rappellent fort bien les vers 19-26 de Quirice :

Hœc enim ciesa catomis Sislitur eculeo.

Cseditur. exiingulatiir Atque flammis urilur, Terminum habere laudis, Inter ista nesciens, Ambiens crucis patroniim.

In cruee suspcnditur.

« Les rapprochements qui précèdent suffisent pour faire voir que la passion B est en rappport avec M et avec l'hymne de Quirice.

> Quand fut-elle rédigée? Il est malaisé de le préciser. Elle existait certainement déjà au ix'' siècle, puisqu'on la retrouve dans un manuscrit de cette époque '. Est-elle beaucoup plus ancienne? Nous n'avons aucune raison de le croire. Il est même à remarquer que les auteurs des martyrologes historiques qui, au Mn'= et au ix' siècle, ont mis en œuvre un si grand nombre de vies de saints, n'ont jamais utilisé la passion B d'Eulalie de Barcelone.

t La passion BR -. — Il existe une troisième passion de sainte Eulalie de Barcelone, BR. Il n'y a pas lieu de nous y arrêter, puisqu'elle est de composition tardive, écrite en 1106 par Renald Grammaticus, docteur de Barcelone, et qu'elle n'ajoute rien aux récits anciens. Le verbeux auteur n'a fait que paraphraser longuement la passion B. Son oeu\Te semble n'avoir eu aucune vogue; un seul manuscrit en a été signalé, celui que Florez a publié. Encore, faut-il ajouter qu'il n'a plus été retrouvé depuis ^ Il suffit bien d'avoir mentionné ce texte.

VII. 11 Sainte Eul.\lie de B.\rcelone et i.a liturgie wisiGOTHiQUE. — La liturgie wisigothique se forma de très bonne heure et semble, d'après dom Férotin, avoir été constituée dès le \t« ou le vir' siècle dans l'état où la présentent les manuscrits qui nous sont parvenus. Il ne s'ensuit nullement qu'un office, du seul fait de sa présence dans le Missale mixlum et le Breviarium Golbicum, puisse être considéré comme aussi ancien. Car le texte de ce vénérable recueil, tel qu'il a été publié au x\i° siècle, sur l'ordre du cardinal Ximenès, contient des interpolations. L'office de la jeune martyre de Barcelone semble être de ceux qui furent ajoutés longtemps après le premier développement de la liturgie wisigothique. Remarquons d'abord que les allusions à la vie de la sainte, qui s'y rencontrent en grand nombre, proviennent toutes, que ce soit directement ou non, des passions que nous venons d'étudier. On reconnaît déjà une même inspiration dans l'insistance, commune à tous ces récits, à rappeler qu'Eulalie fut miraculeusement rendue insensible au feu : Omnipnlens Deiis. qui inlibalum Eulalie virginis corpus intacluni scruas a flammis '. En d'autres endroits, on peut déterminer avec précision à quelle source a puisé l'auteur des prières liturgiques.

Tantôt elles sont empruntées presque mol pour mot à la passion d'Eulalie de Mérida, comme le prouvent ces passages :

' Le codex Auginsis XXX II de Karlsruhc; c-f. Bhniische Quartahcliri/I, 1908. t. xxii, p. 17-2U. Cette passion se trouve aussi dans le ms. de l'aris, Uibl. nat., lai. noiiu. acq. SiaO, qui provient du monastère de Silos et fut écrit au X' siècle. — ' Bibl. hiigiogr. lui., n. 269-1. — ' Hod. Bccr, •II), cit., p. 37-1. — ' Dom l-'érolin. Liber sucramentonim, col. 1.39. C:f. : Quum enim in virginis peclore diviniim vieil incendiiim. adposilc /urinseciis /hinininruni jaeule defeceriinl, col. 138,- inlatio -; Jhe.sus Clirislii.-i l'ilius liius ctijiis dnni est quod Lululiu virgo... inter /laninids non esliiul, col. 139, -post .Sanctus ; Domine .Jesii Christr eiii ilti in spirilii liio sunctant Euhdiani marlgreni inflantmasti, ut et lascivité

Office. M.

Hoc enim letaad passioneni Qno cognito Eiitatia bealœta prusiliens (Férotin, op. lissima lata ad passionem cit.. col. 136). prosiluit.

Dciis,qui bealiimEulaliam Dominns me dociiit in veantequam passionis gradiim ritate sua. scanderet. quid crederct, quid oraret misericorditer docuisti, dum in ea non facis perire quidquid a le edocta fortiter credidissel (Ibid., col. 139 ; cf.

P. L., t. Lxxxvi, col. 1102).

ChrisliisOominusquiEula- Fac quod cogitas ut me in liam virginem inter )lammas onnibus in Cliristo facias fecit esse victricem (Férotin, esse victricem. op. cit., col. 139-140).

« Tantôt elles ont été inspirées par la messe d'Eulalie de Mérida :

Messe d'Evlalie de Bar- Messe d'Eilalie de Mécelone. rid.\.

...forum adiil inlrepida... Vadit ad tribunal cruenli

passioni se obtulit non que- presidis.ncc quesila (Férolin,

sita (Férotin, op. cit., col. op. cit.. col. 481. 136).

• On y devine aussi des allusions à la passion d'Eulalie de Barcelone B.

Office.

...Domine... qui dum virginem Eulaliam adnominis lui dilcctionem accendis, proditorem eam sui nominis facis :

ut eo robustior ad passionem consurgcret, quo nomen suum furenti judici non taceret... utque l'oeabulum suum non tacuit judici... forum adiil inlrepida cl verbis tonantibus prophanuni judicem correptura (Férotin, op. cit., col.

AI iîla (Eulalia) cum majori constanlia animi et strcpitu vocis respondit : " Ego sum Eulalia,\tncilla Domini Jesu Cttristi qui est rex rcgum et Dominas dominantium: et idco confidens in eum nihil verita sum ad redarguendum te volunlarie ac festinanter vcnisse.

" Les rapports de dépendance entre la passion B et l'office d'Eulalie de Barcelone sont confirmés par un rapprochement fort curieux, qui ne se retrouve dans aucun des documents antérieurs à ceux-ci. Il règne dans l'un comme dans l'autre une certaine obscurité au sujet de la manière dont mourut la sainte. D'après la passion B, lorsque la martyre fut jetée au milieu des nammes, elle se mit en prières : Compléta vero (iralionc sua, mox ctlinclw sunt faciilie illu- ardentes quœ infusa: oleo nimis f/tomcrabanl flummas. Ministri aulcm qui admovenles ens erani, ipsi cxurcbanlur, et Iremefacii cecidcrunt in faciès suas, et S. Eulalia emisit spirilum =■. Ce passage est peu clair. Le feu épargna-t-il la vierge et fut-il éteint à sa prière? Mais alors, de quoi mourut-elle? Et si elle périt dans le brasier, pourquoi l'éteindre? Hcnald Grammaticus, l'auteur de la passion 7iR, commentant ce passage, dit (juc les llammcs brûlèrent les bourreaux et ne nuisirent en rien à la martyre; il ne dit pas dans quel supplice la sainte mourut '.

« Les textes liturgiques ont la même imjirécision; plusieurs affirment clairement qu'Eulalie fut inscn-

superarct flananam, et eam ignis exicrior non urcrci, P. L., t. Lxxxvi, col. 1101, " oratio -. — ' I-'Iorcz, op. cit., I. xxix, p. 374. — * Ch. xii. Finem dederat virgo Eulalia oralioni sua-, subito extinctum est illnd violentum incendiiim, ciii olei infusio vim ardoris addidcral. Flamma non lirsit Eulaliam, cui parala crat, imo hcsit ministrus pra'fecii, qui eam puraveranl... Eulalia, cujus animas jam erat m rcgione siderea, in cruce pendens visilatione cwlcitium et admirabili arli invitatione gaudens, eupicus jam dissoivi cl esse cum Cbristo, inter cboreas virginum, in ccetu angeliro eniisil spirilum. l-'lorez, E.s/xifVi sagrada, t. XMX, p. 387 et 389.

EULALIE DE MÉHIUA ET DE BARCELONE (SAINTES

sible aux flammes ', d'autres semblent indiquer qu'elle périt par le feu : Chrislus Dominus qui Eulaliam virginem intcr fliimmas /ecil esse l'ietricem '.

« Tous ces rapprochements, qu'il serait facile de multiplier encore, sufTisent à montrer que l'ofTice d'Eulalie de Barcelone, tel qu'il fut en usage dans la liturgie wisigothique, est un composé hybride qui ne saurait être très ancien. 11 n'a été rédigé que lorsque la légende de sainte Eulalie était pleinement développée; on peut affirmer sans crainte qu'il a été écrit après la plus ancienne passion d'Eulalie de Barcelone B*'.

« En effet, c'est un fait très remarquable que, tandis que l'ofTice d'Eulalie de Mérida est en perpétuel accord avec la passion M, au point de rendre indéniables les rapports de dépendance de l'un par rapport à l'autre, l'office d'Eulalie de Barcelone se trouve au contraire concorder fort mal avec la passion B^K On rencontre dans ces textes des omissions étonnantes et même bon nombre de contradictions. Ainsi le Liber sacramentorum dit expressément qu'Eulalie de Barcelone mourut le sourire aux lèvres en signe de prédestination : quam eternam l'ullii jam quodammodo leliliam proferens, in hue udlmc substuntiii carnali ostenderel quanUi illic animi pace gauderet, eiim hic bealo conjessori Felici sic de eterna per corpus fclicitate subridet '. L'omission de ce détail peut paraître de minime importance: encore convient-il de remarquer qu'il a été relevé par les deux autres passions d'Eulalie de Barcelone B et BR et que Quirice y fait allusion : Sicque risu corporalo * corda mulcel flentium.

« De même, la passion B^ ne dit rien de la couche de neige qui couvrit merveilleusement comme d'un linceul le corps de la vierge, abandonné par ordre du juge sur la place publique, alors que ce fait est rappelé avec insistance dans deux endroits de l'ofTice =, dans l'hymne de Quirice ;

Corpus illic ud honorent

A'(.r polorum protegit (vs. 27-28),

dans les deux autres passions d'Eulalie de Barcelone B et B", et que, partout, il est présenté comme miraculeux.

■ 11 y a plus : par trois fois le récit £>' se trouve en contradiction formelle avec l'ofTice liturgique.

« D'après la Vie B^', sainte Eulalie mourut décapitée ; au contraire, le bréviaire, le Liber sacramentorum, Quirice, les passions B et B^ attestent unanimement qu'elle périt dans les flammes.

« D'après la Vie Bm, sainte Eulalie fut ensevelie par le diacre Donat; d'après le Liber sacramentorum et les passions B et Bk, elle le fut par le diacre Félix.

« Enfin, d'après la Vie B^i, la fête de sainte Eulalie de Barcelone se célébrait le 10 décembre; elle se faisait, selon la liturgie vvisigothique, au 12 février.

' Çiium enim in virginis pectore diuinum uicit incenilium, adposile /orinseciis fiammarum facule defecerunt, Kérotin, op. cit., col. 138; Jhcsus Cliristus... ciijus dont est ipiod Eululiu uirgo... inler flummas non estitat, ibid., col. 139; Domine Jesn Clirisli qui ita in spirilii tuo sancl{Wi Eulaliam marlyreni infîanimasti, ut et lascioiw superaret /lammamy et eam ignis exterior non ureret, P. L., t. Lxxxvi, col. 1101. Un autre texte semble contredire cette immunisation : pammis quoque urebantur et lutera. I-'érotin. op. cit., col. 138.

— = Ibid., col. 139-140; P. L., t. Lxxxvi, col. 1102 : qui post flanunas contulit cœlum. — " Férotin, op. cit., col. 139, « post Sanctus ». — * Les éditions offrent ici un grand choix de variantes. .Sicque risu rorat ora, Ponsisch y Canipo, op. cit., p. 2G(};sicque risu corpora, ibid., p. 299; sicque risu comparato, G. Dreves, Analecta hymnica, 1897, t. xxvii, p. 168.

— * Cliriste Dei Filius, qui exunitue béate virginis corpus niveo candore yc.s/(((, Férotin, op. cit., col. 137," ad pacein >, et P. L., t. Lxxwi.col. 1101 ; qui itisepidtum uirginis corpus nivalibuspruinisvestiuitadgtoriam, I"crotin,op. ci(., col. 140, " bcncdictio >; /'. /.., t. i.xxxvi, col. 1102. — ' Murtyrnln-

« Ce serait déjà un sujet d'étonnement qu'un auteur, quel qu'il fût, écrivît en l'honneur d'Eulalie de Barcelone le plagiat qu'est la Vie B», si cette sainte avait au préalable une passion et un ofTice propre. Dans de pareilles conditions, un faux n'avait ni aucune raison d'être, ni aucune chance de trouver crédit. Il est tout à fait invraisemblable que le faussaire ait accumulé comme à plaisir les contradictions avec les faits notoirement connus de son temps. Dès lors, il faut admettre que la passion Bsi, dont l'existence nous est attestée dès le temps de Bède, fut composée avant TofTice liturgique d'Eulalie de Barcelone de la passion B.

" Nous avons examiné les documents narratifs concernant sainte Eulalie de Barcelone. Ils se divisent naturellement en trois groupes : l'un, la passion B«, reproduit littéralement la passion d'Eulalie de Jlérida .1/; un autre, composé de la passion B et de TofTice de la liturgie wisigothique, dépend aussi de la passion .1/, mais beaucoup moins servilement: le troisième, auquel appartient la seule hymne de Quirice, rapporte trop brièvement le martyre de la sainte pour qu'il soit possiblededéterminers'ily a eu ou non des emprunts directs à la légende d'Eulalie de Mérida; onconstate seulement les analogies qu'offrent ces documents.

« Ce qu'il importe de retenir, c'est que Bm, le plus ancien récit du martyre d'Eulalie de Barcelone, n'est qu'une adaptation de la passion d'Eulalie de Mérida à une sainte barcelonaise. Il n'y avait donc plus, semble-t-il, dès avant le vm*' siècle, époque où cet arrangement fut rédigé, de tradition bien précise au sujet de la mort de la jeune héroïne. Il reste à rechercher si, au sujet de la date où se célébrait la fête d'Eulalie de Barcelone, on ne rencontre pas les mêmes confusions avec la sainte de Mérida qu'au sujet de leurs passions.

VIII. « La fête de sainte Eulalte de Barcelone. — Il convient de rechercher la date de la célébration de la fête de sainte Eulalie de Barcelone. Cette étude peut, à première vue, paraître oiseuse, puisqu'il sufTit d'ouvrir le martyrologe romain pour lire au 12 février : Barcinone in Hispania S. Eulalia: virginis, quœ lemporc iJiocletiani impcridoris cquuleum, ungulas jlammasque pcrpessa. dcmum cruci a^.xa, gloriosam martyrii coronam accepil. On trouverait dans le premier martyrologe venu une mention assez semblable. L'accord n'a cependant pas toujours existé entre les différents calendriers : et longtemps, ils ont mentionné cette sainte, qui au 12 février, qui au 10 décembre, jour où se célèbre la fête d'Eulalie de Mérida. De là, de fréquentes confusions. Ne lit-on pas, dans le martyrologe du bienheureux Canisius ', que sainte Eulalie, née à .Mérida. fut martyrisée à Barcelone? N'est-il pas indiqué dans VHistoria plurimorum sanctorum ' que la fête d'Eulalie de Mérida

gium der Kirclwnlialender..., 3° cdit., 1583, p. 4.Î-46 : In der Spanischen Stalt Barcinona ist iieut der Gcburtstag der H. Juncl<frawen Eulalie, auss der Statt Emerita, welche zur Zeit dcss lyranni.-iclien i<aisers Diocletiani, von den Bliilbund Daciano inn der Slatt Barcinona nach manclieriey grausamen uiarter, frey mùtig und bestcndig im Glauben, ein herrlicbe Kron der Marier cnipfieng. Von diser am 20 Cliristnionats weyier. An 10 décembre, après un résumé de la passion M, le même auteur ci te sainte .Julie, qui mourut décapitée (p. 370). Ferrarius, Catalogus generalis sanctorum (1625), p. 23, cite au 12 janvier : Uxcnti in Salentinis Eulalia virg. et mort. Bollandus croit qu'il s'agit d'Eulalie de Barcelone; cf. .lc(a ionc/., jan. t. i, p. 719. — ' On y lit, [après le résumé de la passion M, qu'Eulalie de Mérida fut martyrisée, d'après les uns, le 12 février, d'après d'autres, le 10 décembre : Passa vero leqitur pridie ydus fehruari tenipora Maximiani imperatoris, in Emcrila urbe liispaniœ, ubi corpus ejus rcquîescit. .ilibi babelur gniu-to ydus decembris. Historié plurimorum sanctorum noviter et laboriose €.v diversis libris in unum collecte, in fol.. Colonia-. 1483. fol. 2(9.

EULALIE DE MERIDA ET DE BARCELONE (SAINTES

est célébrée tantôt en février, tantôt en décembre? Le martyrologe de Farfa n'affirme-t-il pas qu'Eulalie fut martyrisée à Barcelone, ville connue aussi sous le nom de Mérida?

« Vu ces contradictions si fréquentes et, nous le verrons, si anciennes, il y a lieu de chercher à reconnaître laquelle des deux dates fut d'abord en usage. Pour y parvenir méthodiquement, après avoir signalé les plus anciennes attestations de la fête de sainte Eulalie de Barcelone dans la liturgie wisigothique, nous interrogerons les martyrologes étrangers à l'Espagne, d'abord l'hiéronymien, ensuite les martyrologes historiques, enfin la passion B^i, ainsi que les anciens calendriers.

IX. 1 La fête de sainte Eulalie de Barcelone ET LES témoignages ESPAGNOLS. — La uicsse de sainte Eulalie de Barcelone est marquée au 12 février dans le Liber sacramenlorum. Nous avons précédemment étudié la valeur de ce témoignage, il est inutile d'y revenir. Cette fête est indiquée à la même date dans neuf calendriers mozarabes publiés par dom Férotin ', d'après des manuscrits du x' et du xiiî siècle; dans un dixième calendrier, imprimé en 1593 par Francesco de Pisa -, aucune sainte Eulalie n'est mentionnée durant ce mois.

« A ces témoignages liturgiques nous ajouterons ceux des anciens légendiers. Dans la passion d'Eulalie de Barcelone B, la date de la fête n'est pas donnée; certains manuscrits cependant l'ont ajoutée au titre de la pièce. Tels sont, pour ne citer que les plus anciens connus, les manuscrits de Paris, Bibl. nat., lat. nouv. acq. 21?9, du xi« siècle =, et 21S0, du x" siècle ', provenant tous deux du célèbre monastère de Silos. Les indications des passionnaires n'ont rien d'uniforme, et, d'après d'autres manuscrits du même texte B, cette fête se célébrait le 10 décembre.

» Pour ne rien omettre, signalons encore l'inscription gravée en 878 par l'évèque Frodoinus, à l'occasion de l'invention des reUques de sainte Eulalie de Barcelone '. Il y est attesté que la sainte subit le martyre à Barcelone le l'2 février, sur l'ordre de Dacien. La date de la fête n'y est pas explicitement indiquée, mais ce témoignage est précieux parce qu'il la justifie.

X. • La fête de sainte Eulalie de Barcelone ET LES TÉMOIGNAGES ÉTRANGERS. — 1° Le Martyrologe hiéronymien. — On a cherché naturellement une confirmation de cette date dans le Martyrologe hiéronymien. Au 12 février, on y rencontre elTectivement le nom d'Eulalie; voici le texte du plus ancien manuscrit, celui d'Echternach : In Italia Donali Ilerticli Vincenli Susanne L'rbane Doiiate Eulalie quorum gesia habenlur «. Il serait bien malaisé d'identifier soit les personnages, soit même le groupe de martyrs '. Il serait illusoire, dès lors, de prétendre trouver ici une confirmation quelconque de l'ancienne date de la fC-te d'I-Zulalie de Barcelone. Il faudrait, pour reconnaître dans cette mention la martyre espagnole, des raisons décisives, qui, comme nous aurons à le dire, n'existent nullement.

• 2" Les martyrologes historiques. — La première attestation de la fête de sainte Eulalie de Barcelone au 12 février se rencontre dans les martyrologes historiques. Grâce à l'excellent travail de dom Quentin ", il est possible de reconnaître à quelle date et en quelles

' Liber nrdinum. p. lôt-lS.'j et 195. — ' Ibid.. p. 194. - — ' Fol. 117 : Pivisio siinctw Etilaliœ, quw passa est in civitate linrcinona stib Duciano préside, die pridie idiis februarias. — *FoI. 1.^5 : Passio sanetie ae Iwatissinuc FCutaliœ virginis qui£ passa est in civitate Barciwma sub Daeiano pra'side, die pridie idiis /ebruari(L'i. Ce mônio manuscrit contient, au fol. 24. la passion d'Kulalie de Meriila ^t : passa est Emerita in eivitate sub Cati>nrniano prwside die 11/ idus décembres. —

circonstances elle fut d'abord mentionnée à ce jour. Car les indications fournies par les martyrologes au sujet de la jeune sainte ont beaucoup varié de Bède à Adon. Il ne sera pas sans intérêt de marquer les étapes de ces transformations successives. Les incertitudes et les confusions qu'elles dénotent sont instructives, presque autant que l'évolution de la notice d'Eulalie de Barcelone.

« Bède, l'auteur du plus ancien martyrologe historique qui nous soit parvenu, n'indique aucune fête de sainte Eulalie au mois de février; mais il marque celle de la martyre de Barcelone au 10 décembre. Sa notice est évidemment empruntée à la passion B^. Nous donnons en regard l'un et l'autre texte.

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