BÈDE
IV id. dcc. Xdtale sanetie Eulaliœ virginis, in Barcelona civitate Hispaniee sub Daeiano pnvside quaï cum esset tredecini annorum, post plurima tormenta decolîata est, et resiliente ab ea capite, co- Uimba de corpore ejus exire visa est.
BM.
Celebratur crgo natalis ejus in Barcelona civitate sub die quarto idus decenibris... Tempère illo m Barcelona civitate prouinciœ Hispaniœ sub Daeiano prœside.. .
Post ha-c ergo B. Eulalia diversis generibus tormentorum niacerata... illic enim erat \irgo quïedam nomine Eulalia', annorum circiter tredecini... Eulalia autem decolîata est, et que die percussa es>t,resilivit ab eo caput ejus. Exiit autem de corpore ejus coUimba qua* consoiatiatur Eulaliani.
< Ces rapprochements sont d'autant plus décisifs que plusieurs des détails repris par Bède sont caractéristiques de cette passion iî>i; telles sont la décapitation de la sainte et la date de sa fête. Bède ne parle pas de sainte EulaUe de Mérida.
« Le martyrologe lyonnais, dont la rédaction est antérieure à l'année 806, introduit dans l'reuvre de Bède une double transformation. .\u 10 décembre, la sainte de Mérida a remplacé son homonyme. Sa notice est curieusement composée. L'ne première jiartie reproduit la mention primitive d'Eulalie de Barcelone rédigée par Bède ; la seconde a été ajoutée en s 'inspirant de la passion d'Eulalie de .Mérida -1/. Le motif de ce changement se reconnaît aisément. Le remanieur du martyrologe, voyant que Bède marquait Eulalie de Barcelone là où l'auteur de l'iiiéronymicn indiquait celle de Mérida. s'écarta du ])remier pour suivre le second; comme il connaissait la i)assion d'EulaUe de Mérida, il lui emprunta de quoi substituer de nouveaux détails à ceux qu'il se refusait à emprunter à Bède. Quant à Eulalie de Barcelone, il semble n'avoir osé maintenir ni la date de fête, ni les détails biographiques garantis par Bède, mais en désaccord avec la passion .1/et le Martyrologe hiéronymien. Il accorda donc à la sainte une simple mention : in llispuniu civitate Barcinonc natale sancla' EuUiUil; (|u'il plaça au 12 février. Son laconisme est dû probablement à ce qu'il ne connaissait pas la passion dlùilalie de Barcelone. Le choix du jour a sans doute été déterminé par l'hiéronymien: on y trouve citée, ainsi que nous l'avons dit, au 12 février, une sainte Eulalie sans aucune indication qui permette de l'identifier. On sait en effet que le martyrologe lyonnais a souvent eu recours à l'hiéronymien, si bien qu'il en a rcpro-
' Cette inscription tut publiée pour lu première fois par Flore?., op. cil., t. x\ix, p. ;1I4; lu pierre sur laquelle elle fut gra\éo est conservée au ,Miiséc i>rovincinl de la coniniission dos monuments historiques et artistiques; cf. Bolelin de la Beat Acad. de la liisl., 1885, t. vi, |..;)21. note 3. — • De Bossi-lluchesnc, dans ,lc(n sancl.. iiov. 1. 1. proem.. p. [19]. — ' Acta sancl., febr. t. il, p. 581. — ' L.es nmrliirnUigrs historiques du moyen ôge, Paris, 1!I08.
Kl r.ALIE DE MÉUIDA HT DE BARCELONE (SAINTES)
(iiiit tcxtucllemcnl un grand nombre de mentions '. Rien d'étonnant dés lore s'il a fixé la fête d'Kulalie de Barcelone à un jour où ce nom figiuail dans son modèle. En tout cas, il est l'auteur le plus ancien qui atteste cette date de fctc.
Martyrologe lyonnais.
IV id. dec. .\pud Emcritam Hispaniœ civitaleni natale sancla; Eulalix virginis qttx ctim esset annonim tredvcitn jtissti Daciani pra'sidis filurima tormenla perpessa novissime in eqnnleo suspensa et exungiilata faculis ardcntibus e.v iitroqiie latore appositis, hansto igné, spiritttm reddidit et cementibus christianis, in specie colmnhœ nive«* cirliini petiit.
SOVRCES.
Bédé : iv id. dec. Satale sniic/a- Eulaliie virginis in Barcelona civitntc Hispanix sub Daciano pra-side qitœ cnm exset annorttni tredecim.
pont phtrima tormenta...(Bilfl. Iiagiogr. lat., n. 2700 : M).
Cuni in ecnïen iinponeretur tttrisque laieribus supposais llamniarum facibus... hansit incendium... flaninia ignis.ex utraque parte apposita...
spirittis migravit ad ctelum ... in specie rolnniln:;..An conspectu omnium... furtim itaque christiani...
« Au 12 décembre, le martyrologe lyonnais indique la déposition de sainte Eulalie d'après l'hiéronymien, qui cite la martyre de !Mérida.
.Ma
i'ROLOGE LYC
Il id. dec. In Hispaniis, Eulaliœ \irginis, quando sepulta est. Passio Hcrmogoni Donati.
Mart. HiÉRONYmEN (ms.
de Wissembourg).
Prid. id. dec. In Spaniis civitate .\lmerita Eulalise \irginis et niartyris et alibi Hermogenis Donate et alioriini XXII.
« Au 12 février, le martyrologe lyonnais mentionne Eulalie de Barcelone en se servant à peu près des mêmes termes que l'hiéronymien pour annoncer au 10 décembre la léte d'Eulalie de Mérida.
.Martyrologe lyonnais. Marty-r. HiÉRoNYjaEN (ms. de W issenibourg).
Il id. feb. In Hispaniis, ci- ni id. dec. In Hispaniis \itate Barcinone. natale civitate .\lmeri .>ancti Eulasanctae Eulaliïe virginis. liœ virginis et martyris.
Quclc|ues années après la composition du martyrologe lyonnais et durant le premier tiers du ix<' siècle. Florus remania de nouveau la notice d'Eulalie de Mérida. Au texte de son prédécesseur, qu'il reprend en entier, il ajoute un long emprunt à la passion d'Eulalie de Mérida M.
Florvs.
IV id. dec. .\pud Emeritam... cîelum petiit. Cnjus heatum corpus per Iriduum fussu prtrsidis pependit in ligna, sed ciii huniana fuerant obsequia denegata cœlestia fuerunt munera concessa.
Nain nix desuper puellae corpus aspersus, ul quod ex utraque ptwte appositus ignis ardoris sui incendie confîagraneral, nivali candore cnnpcrtuni dit>ina gralia dcatint-
P.ASSION M.
Cujus beatunt corpus integrum et illïesuni per iriduum jussu prœsidis pependit in ligno... Sed cui humana fuerant obsequia denegata avïestia per dlvinani largitatem affuerunt mérita conce.s-sa; nam nix desuper puellœ corpus aspersit... ut corpus ejus quod ex utraque parte ndpositus ignis ardoris sui incendio conliagrauerat, nivali candore coopcrtuni diuina
' Doni Quentin les énumère en détail et, parmi elles, la mention d'Eulalie de Mérida,op.ci(., p. 210-215. .-appréciant la valeur des dates indiquées par le martyrologiste lyonnais, il conclut : - Il ne parait pas que l'arbitraire ait jamais été sa règle et, dans les cas où son témoignage est unique, ou reste le plus ancien connu, il doit être pris en considération ", P.21U.— --H. Quentin, op. cit.. p. 3S3-385.— » /birf.,p. ;iG8. Nous avons mis entre crochets le passage du martyrologe de Lyon qui a été repris textuellement par Florus. — * Bibl. hagiogr.lal.,n.-iSi8. — ' Ponsich y Camps, op. cil. — ' Ibid., p. 310. — ' 7/1 llispanis, natale sanctic Eulaliw nirginis, quant constat, tempore Diocletiani imperatoris. gloriosani martgrii accepisse coronam , civilatc Barcinona. P, L., t. cxxiii.
rei. sicquc a christianis reverenter ablata et devotione débita sub sacro altari deposita miraculorum gloria illustratur.
Eodem die apud pra'fatam urbem passio sanct* Juliœ qua» fuit conuirginalis beatie Eulaliœ qua» illi adpassionem properanti individua cornes et sodalis adha-sit.
gralia dealbaret. Furtim itaque a christianis corpus ejus aufertur et cum omni revrrentia sepclitur ad cujus stpulcliruin vcxati veniunt et curantur.
Eulalia beatissima lîeta ad passionem prosiluit. Prsestabat vero ei comitatum atquc consortium Julia conifirginalis ejus.
« Une autre recension du martyrologe de Florus, un peu postérieure à celle que nous venons d'examiner, et qui a été rédigée entre les années 838 et 860 -. consacre à sainte Eulalie de Barcelone, au 12 févTier. une notice plus développée. La voici entièrement - : [In Hispaniis civilale Barcinonse, natale sanclss Eulaliœ virginis et marlyris] quae passa esl tempore Diocletiani imperatoris sub prœfecto Hispanianim Daliano. quando sub eodem tyranno et apud eamdem Barcinonem sanctum Cucufatem et apud Gerundam sanctum Fclicem. gloriosas conslat martijrii accepisse coronas. Scriptum in passione sanctse Lcocadiœ.
<( Comme cette dernière phrase l'indique clairement, ce texte dépend de la passion de sainte Léocadie ' : Primumque namque Galliam ul lupus cruentus inlravil (Dacianus) ibique exsatiatus sanguine martyrum ac cadcwera crapalatus, ruclans Spaniam aggressus est. Felicem, Cuculalem, Eulaliam, et alios, quorum nomina longum est scribere, gravissimis lormentis afpciens, Deo animas consecravH innocuas *. On remarquera tout de suite que l'auteur de la passion ne spécifie pas qu'il parle d'Eulalie de Barcelone; comme, un peu plus loin ^ il raconte le martyre d'Eulalie de Mérida, on peut présumer qu'il s'agissait déjà d'elle dans rénumération de martyrs qui précède. Cette liste rappelle assez bien la célèbre hymne de Prudence en l'honneur des mart\Ts de Saragosse (vers 30 à 40) ;elle désignerait — si elle est empruntée au poète — Eulalie de Mérida, la seule sainte de ce nom que Prudence ait chantée.
. Transformées et développées ainsi que nous l'avons vu, les notices d'Eulalie de Barcelone et d'Eulalie de Mérida furent empruntées mot pour mot par Adon à Florus. Usuard' et N'otker' n'ont fait que paraphraser leurs devanciers. Nous connaissons la provenance et la valeur des renseignements qu'ils se sont transmis. Ce qu'il importait avant tout de constater, c'est que la tète d'Eulalie de Barcelone, fixée au 10 décembre, ne fut indiquée au l'2 février qu'au commencement du IX'' siècle. Cette date, une fois inscrite au martyrologe de Lyon, pour un motif qu'il est impossible de reconnaître avec certitude, mais qui pourrait n'être qu'une interprétation arbitraire de l'hiéronymien, a été reprise par tous les auteurs de martyrologes historiques, depuis Florus jusqu'à Wandelbert », Adon, L'suard et Notker. Comme les martyrologes, les livres liturgiques postérieurs à cette époque indiquent la fête de sainte Eulalie de Barcelone au 12 février. Parmi ceux-ci il suffira de citer quelques-
col. 753-574. — ' In Hispania, civitate Barcillone, nad'oito-s- S. Eulaliœ virginis et martgris, quœ passa est tempore Diocletiani imperatoris, sub pra-fecto liispaniarum Datiano. qucmdo sub eodem apud Barcilloncni simctuni Cucu/atem. cl apud Gerundam sanclunt Felicem, gloriosas conslat martgrii accepisse coronas. P. L.,t. cxxxi, col. 1045. Ce te.xte a été emprunté littéralement au martyrologe de Florus. — ' Eulaliœ /estum iiridic sanguiuisque coruscat ;: Urbs Barcilon ejcimia qua martyre gaudet. Monum. Germ. hist.. Poêlalatini, t. ii. p. 580. L'n martyrologe de Saint-Maximin de Trêves, du xi' siècle, mentionne sainte Eulalie au 4 et au 12 fé\Tier. et non pas en décembre. .Martène et Durand, t"f/(Ti;;ii scriplorum amplissima collectio, t. vi, col. 638-639.
EULALIE DE MÉRIDA ET DE BARCELONE (SAINTES
uns des plus anciens, provenant d'Églises très éloignées les unes des autres '.
« On voudrait trouver une attestation de la fête du 12 février dans un livre liturgique espagnol antérieur au martyrologe de Lyon : nous n'en avons rencontré aucune, ni dans le calendrier fragmentaire publié en 1595 par François de Pisa -, et qu'on a voulu faire remonter jusqu'au ^^I'' siècle ', ni dans le Liber comicus* de l'Église de Tolède, ni dans le Missale Goihicum ^ Le silence de ces deux derniers documents est très suggestif; car l'un, le Liber comicus, publié par dom Morin d'après un manuscrit du xi'' siècle ', représente une tradition beaucoup plus ancienne ", vraisemblablement du vn'= ou du ^^n= siècle: l'autre, le Missale Golhicuni, fut aussi composé à une époque très reculée, puisque Tommasi l'a publié d'après un sacramentaire de l'Éalise d'Autun écrit au \-m' siècle ». Or ces textes liturgiques, où la fête du 12 février et jusqu'au nom même d'Eulalie de Barcelone sont omis, indiquent l'un comme l'autre au 10 décembre toutes les particularités de l'ofTice d'Eulalie de Mérida: souvent même le missel reproduit littéralement les prières de la messe de la martyre de Mérida d'après le Liber sacramentorum. Il est ainsi prouvé à l'évidence qu'à cette époque, malgré l'uniformité de la liturgie espagnole, la fête d'Eulalie de Barcelone n'était pas célébrée dans toute la péninsule au 12 février.
« 3° Les passionnaires et les sacramentaires. — Nous pouvons aller plus loin et affirmer qu'avant d'être fêtée au 12 février, Eulalie de Barcelone l'avait été au 10 décembre, au jour précisément où, de tout temps =, on célébra la sainte de Mérida. On n'avait pas encore attiré l'attention sur cette particularité, si singulière pourtant, du culte de la sainte barcelonaise. Elle est cependant indéniable, puisqu'elle est attestée
' Ulysse Clievalier. Ordinaire et coutiiniier de l'église cathédrale de Batjeux, XIII' siècle (1902), p. 208 : Sanete Eulalie virginis et martyris sine /esta. Lectiones de passione ejtts, cetera de communi. Venise, bibliothèque de Saint-Marc, ms. lat. J//, CJ:j:/r,du XI' siècle; ce manuscrit provient de Salzbourg; le nom d'Eulalie a été ajouté au xn*^ siècle; Rome, chapitre de Saint-Pierre, ms. £, 1, missel du xnr siècle; Valieantts lat. 3â4T,Au xni'siècle; ce missel provient de Barcelone. — = Ce calendrier a été republié plusieurs fois, notamment par dom Férotin. Liber ordinuni, p. 495, et P. L., t. Lxxxv, col. 1049-1052. — ' Florez, Espana sagrada,t.m, p. 349: La (ftesta)de santaEiilalia de Barcelona, tampoco puede ser adicion nneua, pues se lialla en et fragmento de Pisa,cuya edad no es menor que del siglo Vll^segun eonfiessa Cenni, — * Dom G. Morin, Liber comicus siue lec~ tionarius missœ quo Toletana Ecelesia antc annos mille et ducentos utebatur, in-8°, Maredsolii, 189.'!. — ' Thoniasius, Codiccs sacramentorum nonagentis annis vetustiores. 1080, p. 202-395. Les cinq éditions de cette publication sont indiquées par dom Férotin, Lifter ordinum. p. .xv, note 1. L'opuscule a été repris par Mabillon, dans son ouvrage De lilurgia Gallicana libri très, 1729. p. 188-300; par Nealc et Forbes, The ancienl liturgies of tlie gallican Church, Bumisland.1855, p. 32-150. — 'Le manuscrit de la Hibhollièque nationale de Paris, noiiw. acq. lat. 2171. — ' Le chapitre de Tolède on possède un exemplaire du ix' ou du X' siècle, n. 3ô; et. dom Férotin, op. cit., p. xiii. ■ — ' C'est le manuscrit 317 de la reine de Suède. 'Tonunasi, dans la préface de son édition, l'étudié minutieusement; cf. L. Delislc, Mémoire sur d'anciens ."iacramcntaircs, dans ."V/c/n. de l'Acad.des inscr.et M(.-;c/(.,1886, t.xxxii,p.69-"l ; Dcvoiicoux et Charmasse, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1879, t. XL, p. 140; 11. Lcclercq, au mot AuTCN. dans Dict. d'arch. chrét. et de lit., t. i, col. 3210. — 'La fête de sainte Eulalie de .Mérida a été célébrée dés le commencement du v^ siècle, comme le prouve l'hymne de Prudence. Elle se faisait le 10 décembre, d'après la liturgie wisigothiquc et Grégoire de Tours : cumque jam medio niense dccimo quando ejus passio celebratur. In gloria martgrum, c. xc. — '• Catal. Lat. Brux., t. i, p. 263. — " Ce sont les mss de Bruxelles, SS, fol. 25 v'>-2G v», xv siècle; 3391-3399, fol. 193 v»-194 v», W siècle; ; jni, loi. 231-
dans le texte même de la passion Bv. d'où Bède l'a fait passer dans son martyrologe, vers l'année 735 : Celebratur ergo nalalis ejus in Barcelona civilate sub die quarto idus decembris '". L'indication ne saurait être plus explicite; c'est au 10 décembre que, dans la ville même de Barcelone, on solennisait le martyre de la sainte. L'ne pareille attestation semblerait pouvoir se passer de commentaire; vu son importance, nous entrerons pourtant dans un peu plus de détails.
« Remarquons d'abord que le témoignage de la passion B^ est propre à ce texte. On pourrait eu effet s'imaginer, puisque cette passion d'Eulalie de Barlone B>i n'est qu'un résumé de celle d'Eulalie de Mérida M, qu'on se trouve ici en présence d'une bévue de l'abréviateur: celui-ci, par une négligence assez extraordinaire, aurait omis de changer la date de fête de la sainte en même temps que le lieu du martyre.
« Mais cette interprétation conciliante est insoutenable, vu le fait bien simple, mais péremptoire, que, dans la passion d'Eulalie de Mérida M, la date de sa fête n'est indiquée nulle part : la phrase du texte £« que nous avons citée n'a pas de pendant dans la passion M; il faut dès lors nécessairement admettre que l'auteur du texte £>■ a indiqué que la fête d'Eulalie de Barcelone se célébrait en cette ville au 10 décembre parce qu'effectivement elle se fêtait à cette date et non pas au 12 février.
« Ce fait est si vrai, que non seulement la date du 10 décembre a été maintenue dans tous les exemplaires de la passion B^ anciens ou modernes que nous avons vus ou au sujet desquels nous avons pu nous renseigner ", mais qu'elle a été souvent introduite dans l'intitulé de la passion B, texte où aucune date
233, xni» siècle; 7473-74S6, fol. 128 v»-130, xni< siècle; 7S0S. fol. 119-124, XIV siècle; S7Ô1-S760, fol. 155-156, XV*" siècle; les mss de la Bibliothèque nationale de Paris : lat. ô'JS7, fol. 199 vi>-201, xni' siècle: .5.59.Î, fol. 119-122, xn' siècle; 5308, fol. 355-355 v», xw siècle; 5Ô93, fol. 180-182, XI' siècle; 9737, fol. 107 v-109, .xn' siècle; lOSSl, fol. 121-123 v«, vni» siècle (cf. B. Ivrusch, dans Neues Archiv, t. xvui, p. 594); 117iS, fol. 85-85 v°, x' siècle; 11756, fol. 14-15, XIV siècle; 12021, fol. 168-169, xii' siècle; les manuscrits de la Vaticane : Vaticanus lat. 1190, fol. 240 v», 247 v», XII' siècle; 1194, fol. 48-50, xii' siècle; Ottobonianus lat. 223, fol. 263 v"-264 v, xiv siècle; les manuscrits de la bibliothèque Valliccllane, 1. 1, fol. 24, xi' siècle; cod. H 2, fol. 180. XVI' siècle; Il 4. fol. 13, xvr siècle; le manuscrit de la bibliothèque du Latran .1. SI. fol. 268 V-269 v», XI' siècle; le manuscrit A. 5 des archives de Saint-Pierre, fol. 215, XI' siècle; le manuscrit du chapitre de Vérone, 95, fol. 113, IX' siècle; le manuscrit de la bibliothèque impériale de Vienne, 420, fol. 172 v», ix' siècle; le inaïuiscrit de Munich, 14.164, fol. 160-162, ix' siècle; le manuscrit de Saint-Gall, 501. fol. 137, x' siècle; le miuuisciit de Douai, S3S, toi. 164, xiu' siècle; le manuscrit de Troyes, 7 hum. 95. XII' siècle. A ces manuscrits on peut ajouter les deux exemplaires connus de Bibl. hagiogr. lat., 2095, le manuscrit de Chartres, loi, fol. 125 v», x' siècle, et le manuscrit de la bibliothèque nationale <le Rome, Far/a 29, fol. 259 v'>-261 ; IX' siècle, <iiii marquent la fétc de sainte Eulalie, le premier au 10 décembre, le second au 13 du même mois. Seuls les exemplaires du Legendarium Austriacum contiennent cette passion, Bibl. hagiogr. lat., 2690 t = B">) au 12 février (cf. Anal, ho»., t. xvu. p. 45) et Bibl. hagiogr. lat.. n. 2693 (== B) au 10 dèocMibre (ibid., p. '.)3). La confusion entre les deux saintes est ici évidente, puisque ces Vies se rajiporteni toutes deux A la martyre de Barcelone, cl que le texte de Grégoire de Tours (In gloria murtyrum, c. xc), relatif :i sainte Eulalie de Mérida, est transcrit j'i la suite de la passion, Bibl. hagiogr. lat., 2693 (= B). Ce inPme texte se retrouve au mois de février dans le manuscrit de .Munich. 22240, Legendarium Wiudbergense, écrit au xii' slèch- (cf. Anal, tmlt., t. xvii, p. 104). .Nous n'avons pas eu l'occasion de vèriller si, dans le Legendarium Austriacum, \a passion Bibl. hagiogr. lat., 2696 ( B") était remaniée.
EULAI.IK DE MKIUDA KT Dli BAHCKLONK (SAINTES;
(le fèlc n'était indiquée. Tels sont, pour ne parler que des manuscrits anciens, le nis. 17002de la Bibliothèque nationale de Paris ', écrit au xi" siècle, et les manuscrits du grand légendier d'Autriche qui datent du xii" et du xm'' siècle '.
■ « On ne s'étonnera plus, dès lors, que la fête de sainte ICulalie de liarcelone ait été célébrée longtemps et un peu partout au 10 décembre. Parmi les calendriers anciens, citons ceux des sacramentaires : de Senlis, écrit au ix« siècle =; de Saint-Waast de Corbie, écrit au x" siècle '\ de Stavelot ^ le sacramentaire de Saint-Denis «, le manuscrit llSS'.l de Paris ', le martyrologe de Farfa du xi= siècle ', qui tous indiquent au 10 décembre la fête de sainte Eulalie de Barcelone.
« Comme il était naturel, ces calendriers ne men- ] tiennent pas Eulalie de Jlérida au 10 décembre ni nulle part ailleurs, et au mois de février ils ne citent aucune sainte homonyme. Loin de nous de vouloir affirmer que chacune de ces naentions au calendrier fût l'indice d'un office propre (ce n'est pas le cas, notamment, pour le sacramentaire de Stavelot) ni même peut-être d'un culte quelconque. Mais plus d'une fois elles correspondent à un office réellement célébré. Pour le prouver, il suffît de citer le De ordine officioriim de l'Église de Laon », composé vers la fm du xn« siècle par Adam de Courlandon. La fête de sainte Eulalie de Barcelone y est indiquée au 10 décembre (entre l'octave de .saint André, 7 décembre, et la tète des saints Fuscien, Victor et Génélien, 11 décembre); les leçons de l'office étaient empruntées à la passion B^i : Lccliones legunlur in Passionaria de pussione sanctiv Eulalin' : « Temporc illu in Barchinona. »
u On est donc en droit de conclure que, dès avant le vin« siècle, la fête d'Eulalie de Barcelone fut célébrée, à Barcelone même, le 10 décembre, et que cette date demeura longtemps en usage. Ce n'est qu'au commencement du ix" siècle qu'apparaît la fête du l'2 février. Elle est attestée pour la première fois par l'auteur du martyrologe de Lyon, qui vraisemblablement l'a choisie arbitrairement en interprétant mal une mention du martyrologe hiéronymien '".
« Nous n'avons rencontré, ni dans la liturgie wisigothiquc, ni dans les plus anciennes attestations de la fête du 10 décembre, aucun argument (jui put infirmer cette conclusion.
«Pour récapituler succinctement et d'une manière expressive les résultats auxquels nous ont amené l'étude des documents relatifs aux deux saintes Eulalie, nous représentons ici leurs dépendances en deux tableaux, l'un pour les hymnes les plus anciennes,
• Passio sanctœ Euîalîœ virginis qux pussa est in civitate Barcinona sub Daciano prœsidc III idits decembris. — 'Cf. Anal. 6oH.,t. xvii.p.'JS. — 'III id. \decemb.]. In Ispanis Barcinona civitate, sanctiv Enlalia', uirginis et niartyris. L. Dclisle, op. cit., p. 323; cf. p. 143. — ' /// id. [decemb.] Barcinonis passio S. Enïaliœ uirginis. L. Delisle, op. cit., p. 359; cf. p. 122. — ''In Barcilona civitate in Spaniis passio sanctœ EuIaUœ virginis, fol. 16 v*. Ce calendrier, écrit au x" siècle et vraisemblablement ù Saint-Gall, puisque seuls, parmi tous les autres noms de saints locaux, ceux de saint Rcmacle et saint Gall sont écrits en lettres capitales, fut composé d'après des calendriers du nord de la France, comme on peut s'en convaincre en le comparant au calendrier de Saint-Waast de Corbie. Il appartint, dés le commencement du XI" siècle, a l'abbaye de Stavelot ; c'est pour ce motif qu'il a été publié par Marténe et Durand, Amplissima collectio, t. vi, col. 668, sous le nom de calendariuni nmna.'iterii Stabulensis. C'est le manuscrit JS14 de Bruxelles. — • In Hispaniis Barcinona civitate Eulalitv virginis et niartyris = ms. Paris, S290, du ix» siècle, fol. 6 V. — ' Ecrit au XI' siècle, fol. 7 : In Bargilonia Eulaliœ virginis. —
les passions et offices liturgiques, l'autre pour les martyrologes historiques ".
Vincent
Prudence
liturgie d eulalie, ds Merida
Quiri^e
« De tous les faits que nous venons d'étudier se dégage une interprétation plus satisfaisante que toute autre et qu'il importe maintenant de préciser. Toutes les considérations qui précèdent nous ont amené et comme invité à la faire, et elle résume et complète notre travail.
Usuard
<• On honora de très bonne heure '^ Barcelone une sainte Eulalie, qu'on fêtait au 10 décembre; ce fut 4'abord celle de IMérida; ensuite, lorsqu'on crut à l'existence d'une sainte locale du même nom, ce fut celle de Barcelone. Dès le vii^ siècle, la persuasion de l'existence des deux saintes homonymes fit transformer la passion d'Eulalie de Mérida il/ en une passion d'Eulalie de Barcelone B". LTiymne de Quirice et la passion B furent composées dans le même esprit. Vers
' IV id. dec. In Barzalona civitate Hispania; quœ alio nomine Emerita dicitur, passio sancta; Eulalim virginis... Cf. dom Sehuster, dans Revne bénédictine, 1910, t. xxvii. p. 380. Le reste de la notice a été emprunté au martyrologe lyonnais. — * Ulysse Chevalier, Ordinaires de t'égli.'ie catbédraîe de Laon, XII' et Xllf siècles. 1897, p. 209-210. — " Ibid., p. 210. — "Il serait très intéressant, pour l'histoire du culte d'Eulalie de Barcelone, de savoir si les églises de Sainte-Eulalie érigées dans cette ville étaient dédiées à la sainte locale ou à la martyre de Mérida. Cette question n'a pas été résolue; la manière de voir de Campillo a été justement rejetée par Florez, op. cit., t. xxix, p. 307. II est curieux de remarquer qu'en 878 le corps de sainte Eulalie de Barcelone fut, d'après Villanucva. op. cit., t. xvni, p. 148, découvert dans une chapelle dédiée à sainte Eulalie de Mérida et à saint Y>es. et que l'église de Santa Eidalia del Campo, qu'on a idcntillée avec le monastère londé par Quirice, prés du tombeau de la sainte barcelonaise, a été consacrée à Eulalie de Mérida, d'après certains historiens. Cf. Ponsich y Camps, op. cit., p. 199; F. Diago, Historia de los Victor, antiguos condes de Barcelona, 1603, p. 11-12.
EULALIE DE MÉRIDA ET DE BARCELONE (SAINTES
le commencemcut du ix" siècle, soit par une erreur de l'auteur du martyrologe de Lyon, soit pour mieux séparer le culte des deux martyres, on célébra la fête de la sainte locale à une date spéciale. Le martyrologe hiéronymien mentionnait à différents jours de l'année des saintes Eulalie, sans donner aucune indication ni chronologique ni topographique qui permette de les identifier : au 12 février ', au 30 mars -, au 30 novembre '. C'est la première de ces dates qui fut choisie de préférence •'.
« Notre interprétation est, comme on le voit, pour une part du moins, conjecturale. Ce qui est certain, c'est que nous ne connaissons, ni sur la vie, le martyre ou même la légende d'Eulalie de Barcelone, ni sur les honneurs liturgiques qui lui auraient été rendus, ni sur la date de sa fête, aucun détail qui n'ait été emprunté à l'histoire ou au culte d'Eulalie de Mérida. Sans doute, on crut de très bonne heure, dès le yui' siècle, à l'existence de la martyre barcelonaise, et on vénérait sa sépulture. Peut-être avait-on de bonnes raisons de l'admettre; toujours est-il que, ces raisons, nous les ignorons absolument.
« Lorsque Lucius Andréas Recendius fut chargé d'écrire les leçons de l'office pour le diocèse d'Evora, il en rédigea pour Eulalie de Mérida et n'en composa aucune pour Eulalie de Barcelone. Voici en quels termes il s'expliqua de cette omission à Barthélémy Quebedo ' : cui diuîc (Eulaliœ Barcinonensi ) ideo lectiones non apposai, quia quœcumque de illa circumferuntar, fere ex Emerilensi Eulalia desumpta sunl... De Emerilensi exiant cl Acla el sacer ille Prudentius, de cillera viderint cives Barcinonenses el solcrtius ini'csliff'jnt. Nous n'hésitons pas à faire nôtre la déclaration de l'auteur Uturgique. •>
XI. Cantilène de s.\inte Eulalie. — Voir Dictionnaire, t. n, col. 1973-1975, au mot Cantilène «.
XII. Épigraphie. — Le souvenir de sainte Eulalie reparaît à diverses reprises dans l'épigraphie espagnole, mais sans qu'on prenne la peine de préciser de laquelle des saintes homonymes il est question.
Les reliques d'une sainte Eulalie se trouvent parmi les reliques contenues dans plusieurs autels : Sunl in hoc allario... reliquiie.... EuUdiœ '. — Reliquie scorum... Eulalie... dedicala esl hœc basilica "... — Reliquie... Eulalie... dedicalaesl basilica'. — Becondite sunl (li)ic reliquie... (Eul)alic.. >° — in (h)oc allare sunl reli[quie recon]dile... sce Eolalie ". Les titres varient peu : [Eula]lia vir(go) '-; Eulalia martir '■*; domna Eulalia "; beala Eulalia '*.
' Codex Echternacensis : el alibi dorolw teordi el in ila donali heradi vincenli susanne orbanie donalic eulalia: depos. simpUci epi. — ' Codex Echlernacensis : Aqiiilinic virg. saturnini eulaliic virg. — ' Breviarium Remcnse : Nainnelis ciuit. natal, sanclorum /ralram crisanli eulaliic clariiv. Cf. Brevariam Gellonense. — ' Signalons, pour être complet, la fête des reliques de sainte Kulalie de Barcelone. Elle se célébrait le 23 octobre et fut longtemps en honneur; elle est citée dans le bréviaire manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, manuscrits latins 12S3, du .\iv» siècle, et 1309, du .Kv» siècle. Le missel conservé à la Vaticane, Vatic. lut. 3S4T, écrit au xni'^ siècle et provenant de Barcelone, mentionne la ï'r<ui.s/n(io sanelie Eulalia: Barch. Missa alla in cttmmeniondiime. Cette fête est également mentionnée dans le Liber antiquilulain de l'Église de Barcelone. Dans im acte passé le 2\ octobre 1128, on lit : Dabitis qaoqae annuatiin noslre cfuwnicc datts porchos cuiionieales in /e.sliuilate sanelie Eulalir, <iuw tekbralur X kaUndiUi nouenibris. Cf. Bolelin de la Real Acadcinia de la liisloria, 1885, t. VI, p. 323. — ' .Vrevalus, llyinnodia liiapaiiica ad canlus, latinitalis, métrique Icges reuocatacl uhc/«, 1780, p. 2.30, note. — • Cf. II. Suchicr, Xar Meirik der EuUilia-Sequenz. dans Jahrbuch fur rùmunisclw and englisclic Spraehe uiid Litleralur, nouv. série, 1874. t. i, p. 38â-.3'.IO; rapprocher celte cantilène célèbre de l'hymne attribuée par Tamayo, Mari.
Une plaque en marbre blanc se voit sur la porte de l'esglize de Regimond, qui est entre Polies (= Poilhes) et Nissan, qu'on tient estre une des (plus) antienes esglizes de tout ce pais », nous dit Garrigues, et Mazel ajoute qu'elle se trouvait >i autrefois au-dessus du portail d'une ancienne église démolie en 1823, qui était située au pied du coteau qui se trouve sur le derrière de la métairie de Regimont, où elle existe aujourd'hui dans la cour »; enfin Edmond Le Blant nous apprend qu'elle « servait de table aux ouvriers ; maintenant encastrée dans la muraille du principal bâtiment de la ferme de Regimont, commune de Montadv ■> (Hérault) '«.
+ OTHIA PRB • ANNO • XXXIII + PRBTS-SVI BASILICAM EX VOTO SVO IN HON SCRM MAriT-y 1 XCEXTJ AGNETISET EVIAU AE Cù^■TR■ ET- DDC VALENTINIA.VO VI ET AXHEM ic conss.
L'inscription, disait Mazel en 1.S43, • est devenue presque illisible », et Renaud de Vilback, dès 1825 : « l'inscription est presque effacée; on y lit cependant fort bien le mot baselica et quelques autres signes semblent indiquer le règne d'un Valentinien ». Nous avons figuré en capitales italiques les caractcre.s qu'Edmond Le Blant n'a pu lire. Voici la lecture du texte.
t Olhia prfes)b(yter) anno XXXIll pr(es)b(t))leratujssui baselicam ex volo suo inhontorem)s(an)c(lo )r(u)m marl(yrum) Vincenlili ) Aynelis et Eulaliœ con(s)tr(uxit) el d(e)d(i)c(avil) Valenliniann VI (//] et An[l\liem[io consulibus].
La date consulaire donne l'année 455. Les trois patrons de la basilique sont Vincent et .\gnès, faciles à identifier, et Eulalie, dans laquelle on a pensé reconnaître, sans avancer l'ombre dune raison, Eulalie de Barcelone. Mais la célébrité d'Eulalie de Mérida, l'expansion de son culte permettent avec plus de vraisemblance de reconnaître ici son souvenir. 11 n'y a pas Ueu de s'attarder à diverses imaginations, comme l'intention de donner trois patrons à la basilique en l'honneur de la Trinité et pour faire la nique aux ariens. Quant à Othia, qui se dit prêtre depuis trentetrois années, on peut l'en croire. Faire de lui un chorévèque est sans aucun fondement, car les mots COXTR.ET.DDC&e lisaient sur la partie de la pierre aujourd'hui effacée cl resterait à savoir si on lisait DDC, sigle insolite qu'on développe en dtdicavit sans l'ombre de preuve.
H. LccLcncQ.
hispan., t. i, part. 2, p. 107, à Isidore de Sé\ille et ciiiiservéo dans le ms. de Turin, D. V. 3, du vin' siècle : Luadein benlœ Eulalia' para cunamus... P. L., t. Lxxxvi, col. 1284. 1'. Maycr, -Vo/e .sur la métrique du cliant de sainte Ealalic, dans Bibliothèque de l'Èeole des cluirles, ISCI, t. xxn, p. 2;i7-2ij;'>; C. Bartsch, Clirestomathie de l'aneien /rançuis t Vl/I'-S ¥■> siècles) accompagnée d'une grammaire et d'un glossaire, 10^' édition, in-S". Leipzig, 1910. — '■ E. lliibner, Inscripl. christ, lïisptuiiiv lat., n. 57. A L« Morera. — * tbid., n. 80. — • fbid., n. 89. — '• 7/)i(/.,n.l75. — " lbid.,n. 495. — '■■ Ibid., n. 255.
— " Ibid., n. ,3.34. — " Ibid.. n. 374. — » Ibid., n. SI!). —
— '* Garrigues, dans Burniann, ms. II, p. 102; Ma/.i-l, dans Bull, de Béziers, 184.3, série I, t. iv. p. 259; E. Sulmlier, Ilist. de la ville el des évéques de Béziers, in-8°. Béziers. 1854, p. 60; L. Le Blant, Recueil des inscript, cliril. de la tiaulr, t. II, n. OUI. pi. 492; Renaud de Yilhack. Vogagr ihiiis les départements da Languedoc, 1825. p. 451; Creuzé de l.rsser, aiatistiqae du département de l'Ilvraall, in-4 '. Montpellier, 1824, p. 235; I-'erussac, dans Bulletin des m-iences historiques, t. X, p. 300; O. Hirschfold, dans C'iirp. inscr. lai., l. xii, n. 4311; E. Eila y Colomé, .Sun/a Eulalia de Barrclona. Una de sus basilicas en cl siglo )'. dans lioletin de ht rcal Academia Je la hisloria, 1903, t. xi.iii. p. 2.50-255; H. Deleliayc, dans Amdecta bollaiuliana, 1904, t. XXMI, p. 346-
EULOGIE — EUMENIE
EULOGIE. Ce mot a eu plusieurs sens. Il est comi)OS(J de deux mots grecs : s'j et >.6yoc; et s'entendrait étymologiquement d'un discours salutaire, d'une parole charitable. Les latins composèrent le ternie ealuijia et l'appliquèrent aux pains ofïerts par les fidèles pour servir au sacrifice, mais qui n'avaient pas été consacrés. Les diacres et sous-diacres veillaient à ce que l'évèque ou le prêtre ne consacrât <|ue la quantité nécessaire pour la communion des fidèles et des malades, le reste des offrandes toutefois recevait une bénédiction et faisait l'objet d'une distribution aux assistants et aux absents. Cet usage s'est conservé à peu près intact jusqu'à nos jours dans la distribution du pain bénit à la messe solennelle dominicale. Outre le terme eùXc/ytx, les grecs firent usage du mot àv-rtScopov, qui veut dire « compensation », parce que la répartition du pain bénit était réservée à ceux qui n'avaient pas participé à la communion eucharistique.
Eulogie s'entendit même de l'eucharistie. Saint Paul, s'adressant aux Corinthiens (I, x, 16) désignait le calice de l'eucharistie sous le nom de t6 7ioTY]piov -r^ç EÙXoyiotÇ et cette désignation ne laissa pas d'être adoptée dans quelques Églises d'Orient, notamment à Alexandrie, où saint Cyrille désigne le pain et le vin consacrés sous le nom d'sOXoyîa. Néanmoins l'eulogie, d'une façon générale, ne s'entendit pas de l'eucharistie et il fallut même veiller à éviter une confusion intolérable. Denis le Petit recommandait : quod sancla nullo modo, causa eulogiaram, tempore Paschalis festi, ad alias parochias debeanl deslinare, et on lit dans la Brevialio canorum du diacre Ferrand, can. 223 : Ut sanclse oblaliunes invices eulogiarum non dirigantur. Cette confusion peut s'expliquer par la distinction incomplètement faite alors entre sacrements et sacramentaux, qu'on désignait également sous le terme commode mais vague de sacramentum. 11 y avait là une gradation de dignité et d'opérations que tous les fidèles étaient loin de saisir; aussi voyonsnous saint Augustin chercher à bien inculquer les nuances nécessaires : Ce n'est pas le corps du Christ, disait-il, c'est néanmoins une chose sainte et plus sainte que les aliments ordinaires, qaanwis non sit corpus Chrisli, sanclum est tamen et sanctius quam cibi quibus alimur.
A un rang moindre, puisque rien n'indique qu'ils eussent reçu leur bénédiction au cours du saint sacrifice, prennent place les eulogies que les évêques s'adressaient mutuellement, munies d'une bénédiction spéciale mais donnée peut-être d'une manière privée. .Si l'on tient compte des distances à parcourir par les messagers, eulogiarii — puisque nous voyons saint Augustin échanger des eulogies avec Pauhn de Noie, Septime-Sévère, Alipius — nous devons supposer que ces eulogies consistaient en quelques pâtisseries, telles que biscuits, gâteaux secs, qui leur permissent d'être encore mangeables à leur arrivée à destination.
Eulogie était en voie de recevoir une application de plus en plus large et de s'entendre d'une nourriture quelconque. In distique de saint .\mbroise nous montre :
Jacob, fraude bomi, patri dum saggeril escas, Prœcipit culogiam Esau, dulcia frusta lucrulus.
et saint Benoît, dans le chapitre liv de sa Règle, interdit à ses moines l'acceptation des moindres présents : Xullatenus liceat monacho nec a parenlibus suis, nec
' H. Wltte, De eulogiis velerum, in-l", Viteburgi, 1691; L. Janssens. Lea eulogies. dans Revue bénédictine, 1890, t. VII, p. 515-520; 1891. t. \iii, p. 28-41, G, Morin. Sur un uases à Eulogie conservé à J uvigny-les-Dames (Meuse),
a quoquam homimim, nec sibi invicem lilleras, ealogius, vel quxUbet mv.nuscula accipere aul dare, sine prsecepto abbalis. A cette date, vers le vi« siècle, eulogie, tout en conservant sa signification primitive de pain bénit, s'entendait d'une foule d'objets bénits. Dans la Vie de saint Médéric, l'eulogie est encore le pain bénit, mais dans la \ie de saint Germain de Paris, par Fortunat (e. xi), l'eulogie s'entend d'une liqueur. Dans la Vie de saint Benoît par saint Grégoire, nous voyons le prêtre Florentins envoyer à Benoît un pain empoisonné en guise d'culogie pro benediclione (c. \'ni). Ce même saint Grégoire envoie à Euloge d'Alexandrie (iïpis/., 1. XI, n. 47) une petite croix contenant de la limaille des chaînes de saint Pierre, ce qu'il nomme benediclio, et ce n'est là d'ailleurs qu'un remerciement pourl es eulogias S. Marci, dont lui a fait part le patriarche d'Alexandrie.
Saint Benoit énumère les lettres, les eulogies ou les petits présents quelconques et aussitôt ses commentateurs, esprits ingénieux comme on sait, se sont évertués à prouver que quœlibet munuscula servait d'explication au terme précédent, qui ne pouvait désigner que des objets sans grande importance. Mais d'autres commentateurs y ont vu tout le contraire et ont découvert une opposition de valeur, de poids, de dimensions entre eulogias et munuscula. Et voici de quoi les occuper longtemps.
Grégoire de Tours (vin, 2) rapporte que le roi Gontran vint, dès le matin, prier dans l'église de saint Avitus; vite, l'évèque se porte à sa rencontre et l'invite à entrer dans sa maison pour y boire un coup en l'honneur de saint Martin, ce qu'il appelait : eulogias beali Martini accipere.
Pour les petits flacons renfermant des eulogies, voir Dictionn., t. i, col. au mot Ampoules \ et aussi Eucharistie.
H. Leclercq.
EUMÉNIE. — I. Fondation et situation. II. Religion. III. .Monuments. IV. Histoire. V. Christianisme. VI. Épigraphie.
I. Fondation et situation. — Euménie (aujourd'hui Istielcli) fut fondée par Attale II Philadelphe (159-138 avant J.-C). pour étabfir un centre d'influence dans la vallée du haut Méandre et lutter contre rinfluence de la colonie de Peltai, située à quinze kilomètres environ: c'était un nouvel épisode de la rivalité entre Pergame et Séleucie. Il est probable que ce ne fut pas la colonie envoyée en ce lieu par Attale qui défricha le site d'Euménie, qui doit avoir attiré les populations de temps immémorial et compté d'antiques établissements sur lesquels nous ignorons tout.
II. Religion. — Si on se guide d'après la rareté des inscriptions subsistantes, on peut induire que la vie municipale n'eut pas un grand éclat à Euménie. Riche et florissante, la population se préoccupait beaucoup moins de politique que de religion et cette tournure d'esprit se manifestait de préférence dans la préparation des tombeaux.
III. Monu.ments. — Le seul monument du territoire d'Euménie qui paraisse antérieur à la ville est un bas-relief sur les rochers près du village de Sondurlu, à dix kilomètres environ d'Euménie; il s'agit d'une sorte de cavalcade; c'est, paraît-il, un travail anato lien antérieur à la prédominance de l'art grec dans cette contrée.
IV. Histoire. — Les inscriptions païennes ne nous apprennent pas grand'chose sur la ville. Comme nous
dans Bulletin de la Soc. nul. des Anliq. de France. I89S, p. 215: Bibliotliéque de l'École des cluirles, 1SS4, t. XLV, p. 515-522; K. Le Blant, Élude sur les .larcopliages chrétiens de la ville d'Arles, in-Iol., Paris, 1878, p. 60.
EUMENIE
savons que le décret du xotvov Aanxç était afTiché à Euménie, nous en pouvons induire que la cité occupait un rang estimable parmi les principales villes de la province, èv Taïç à(pr)YOunsvai(; tco'v 8taxT)c£cov tîÔXectiv. D'après la liste de Pline, il n'est pas douteux qu'Euménie faisait partie du conventus d'Apamée et, ainsi qu'il arrivait ailleurs, certaines assemblées se faisaient tour à tour dans les villes d'une province, en sorte qu'il existait plusieurs « premières villes » dans chaque conrentus. Euménie était dans ce cas. Le culte impérial a laissé peu de traces à Euménie, ta divinité d'Attanassos y était identifiée avec la Paix impériale: on trouve la mention d'un prêtre de Rome, mais ceci peut remonter au règne d'Auguste. Les assemblées publiques. Boulé et Démos, ont existé à Euménie; il s'y trouvait aussi probablement un ordo senalorius sur le type du sénat romain. Tout ce qui concerne l'administration municipale et ci\ile reste en dehors de nos études.
V. Christianisme. — On a déjà fait voir l'importance de la chrétienté d'Apamée (voir ce mot), à partir du 111= siècle de notre ère; les fidèles d'Euménie n'eurent rien à envier à leurs voisins. Toutefois, cette profession d'une foi différente de la religion officielle ne laissait pas que de porter préjudice; c'est ainsi qu'Apamée ne put jamais obtenir le rang et les titres honorifiques hbéralement accordés à des cités païennes d'un loyalisme non suspect. A en juger par la statistique des inscriptions, Euménie n'était pas moins complètement conquise qu'Apamée. Toutefois, il est nécessaire d'observer que ces villes furent un peu comme des ilôts perdus au milieu d'une population obstinément païenne. Ainsi le district de Tchal ne donne aucune inscription antérieure à la paix de l'Église et six seulement postérieures àcet événement.
D'après la proportion des épitaphes, la population chrétienne d'Euménie devait, au m" siècle, former une communauté considérable et peut-être avoir la majorité sur les païens de la ville. Sur soixante et onze épitaphes classées comme païennes ou douteuses, onze seulement sont cçrtainement postérieures à l'année '215 et plusieurs d'entre elles pourraient être chrétiennes. Pour cette même période, nous possédons vingt-six épitaphes dont le caractère chrétien est indiscutable. Au ii' siècle, Euménie possède trois citoyens de rang sénatorial, rien n'indique qu'ils fussent chrétiens: au siècle suivant, tous les six personnages de ce rang ^ont incontestablement chrétiens. Par une contradiction qui n'a rien de surprenant, Euménie, ville chrétienne, conservait sur ses monnaies les anciens emblèmes païens; Diane et la Fortune. Une tolérance réciproque régnait probablement dans cette population où chaque famille devait compter des membres chrétiens cl des membres païens. Les monnaies d'Euménie ne sont d'ailleurs pas postérieures à l'an 260 de notre ère. De cet état d'esprit de tolérance un monument nous est resté : c'est une inscription trouvéedans une localité voisine, à Emirjilv. Ce texte a été composé par ou pour quelqu'un fermement attaché au paganisme; cependant, point d'injures, point d'accusations, mais un tableau des bienfaits d'une civilisation au sein de laquelle vivent des personnes d'opinions différentes. C'est une épitaphe élevée par un certain (iaius pour sa famille et deux de ses amis : Rouhes et un autre. Ce Gains était un homme d'alïaires, intendant ou gérant à .Magnésie du Méandre, cl homme d'instruction, si l'épilaphe métrique, composécde son vivant, csl duc à lui-même. Il admet dans son tombeau deux hommes qui ont exercé une inilucncc sur sa pensée, il n'en fait pas
' Paris, dans Bu(/e(i;i de mrresimndunce hellénique, iS8i, p. 240; Zingcrlé, dans Philologiis, 1894, p. 345; W. M. Ram-
mystère et il s'en explique ouvertement. Il s'engage alors dans une exposition de ses principes, de son éducation, de sa bienveillance pour ses amis et pour tout le monde. Mais quels sont ces principes? le mot ayioQ, la désignation de Rouhes comme ' serviteur du grand Dieu » ont fait supposer que Gains était chrétien, mais le ton de l'ensemble ne permet guère de douter que Gaius ne tût épicurien; la fin de l'épitaphe semble faire allusion à une résurrection des morts. Ce morceau semble contenir une véritable polémique contre l'idée chrétienne, qui gagnait du terrain dans l'entourage du défunt, vers le temps de Caracalla ou d'Alexandre Sévère ' :
î^coôi; èôjv toûtov tÙ(J.3ov riç stsuJ^v ca'jT<T>,
Moùaaii; ào'/f/jGeîç, râïoç TrpayfiaTixôi;, ■?;]S' àXôytp çiXîir) TaTir, -réxsaîv tc ttoGïjtoïç
oï pa Tov àiStov toûtov £[yjcooi. 8o(Xov, ô oùv 'Pou^Yi (isyxXoio 6[E0ij) ÔspaTTOVTt
[x.a'i [J.ETà Kl' le nom d'un autre ami] (vOv S' aô6iç] ÎCTÔiJjyiçoç Suai toutoi;
râCoç côç âytoç, <ôç aYaôôç, TcpokéYta
0Ù]X ZGXOV TCXOÛTOV TTOXÙV EIÇ PtoV, OÙ TIoXÙ XpîJM''^
10 ypà\iy.(x.csi S' •r)axr,6ï)V èa:T0vsaaç (xerp îoiç.
èc, cov -oÏGi [ç[tXotCTiv è7rï)[p]x£ov ô)Ç Sûvajxîç (xoi,
aTrouSr)v -l^v eI/ov ttôccti y apt.î^ci(xevoç. TOÛTO yàp YJv |xoi TspTcvôv ÈTCapxsïv zï Tiç ëypD^E, ù>ç ôtXXcjv ôXpoç TÉptJjiv àyst xpaStf]. 15 (i-'^Ss'iç 8' OUV TrXoijTco tuçXwGeIç [xoùjtpa çpoveîrto, -âat yàp eIç "AtST)(; xai T£(0)Xr)(; ÈaTiv 'îtjov, "EoTiv Tiç (J-Éyaç ûç Èv XTif;fiaaiv ; où ttXéov outoç,
TaÙTo [j.ÉTpov yatr,ç -poç -ràçov èxSÉysTai. cttte'JSete, tïjv t^u'/ry eùçpaivETS 7:àvT0T£, [6]vr, [toi, 20 ùç V)8ùç pioToç, xal [lé-rpov èa-i Soy]?.
Ta'jTa,9'.Xot ■ iXE-ràxaÛTa xt yàp ttXÉ'jv : oùxeti xaÙTOt.
CTTTjXXï] TaÛTa XaXct xai Xl6oç 'où yàp Èyto, ©ùpat (jtèv £v0a xal Tipôç "ASav ô8ol àvE^oSE'jTOi S' eIcîIv èç 9âoç Tpipot. • 25 ojt 8r, S[£i)Xaîoi. TTâvT[£ç| stç àjvàjaTaaiv
a: oYcn--TO eac
Le méconlentenicnt du défunl n'était que trop justifié à son point de vue, car Euménie a été - et c'est un titre qui vaut d'être relevé - la première ville chrétienne. Ce qu'on y pensait de l'empire et des empereurs'? peut-êlre peu de bien. Cette ville, où l'on aimait à exprimer longuement sur les lombes le souvenir des défunts, s'est interdit ces éloges, ces congratulations protocolaires dont les villes asiates étaient d'autant plus friandes qu'elles en attendaient beaucoup et qu'elles n'y croyaient pas. A Euménie. il ne subsiste pas une seule inscription municipale du m" siècle. Comment, dès lors, s'arrangeait le sénat de la ville avec les autorités romaines, qui consiiléraient le culte impérial comme l'expression ofliciellc du loyalisme provincial'? Nous l'ignorons et il serait bien vain d'imaginer un accord, un compromis; |)eut-Otre tout simplement l'administration imiiériale se moiitrat-clle tolérante et intelligente, deux ipialités si ordinairement étrangères aux administrations qu'on n'imagine presque jamais pouvoir leur en faire crédit.
Eusèbc (VIII, xi) mentionne, vers l'an :ill3. l'existence d'une ville de Phrygie, dont la population entière était clirétieiine; il ne peut s'agir que dlCuménie. Quand s'éleva la persécution de Dioclétien. la cité connut l'extrémité de toutes choses. Riche, prospère au m" siècle, laissant pour celte période
say, The eities and bislwprie t. Il, p. 38U, II. 232.
0/ l'hruuiu. Oxforil, IS'JT
jusqu'à vingt-six épitaphes certainement clirétienncs, I-^uménie s'éteint au début du iv« siècle. On ne rencontre plus que quatre inscriptions pour ce siècle et ceux qui ont suivi. Cette interruption subite de la vie il'une grande cité coïncide avec les événements religieux connus par l'iiistoirc. Jusque vers l'an 300, on rencontre les témoins de la prospérité d'Euménie; à partir de cette époque, on ne sait plus rien, sinon quelques noms d'évêques, d'un archidiacre. L'explication se trouve dans ces quelques lignes d'Eusébe : o>.'/]V Xpiartavcôv 7toXî/v/;v auTavSpov àixçl tvjv <I)pu- ■/îav èv x.'JxXo) TC£pi[3aX6vTîç ÔTiXiTai, Trûp te 'jçàtJ^avTôç, x.aTÉçXsJav aÙTOùç â[J.œ vr,7TÎoiç xal yuvai^'-, ~ôv èr.l TrâvTûjv Ôsôv C7Tij3oa)|xévoti; • ôti S'/) 7rav8r;[ji.ei râvTSç oi ~);v TToXiv olxoijvTSi;, XoyKjTrj; te aÙTÔç xal aTpa-rrjyo? <jùv TOÏç èv TsXei Trâcri. zal ôXco Srjaco, /piaTtavoùç açâç ôjxoXoyoûvTEÇ, oùS* ÔTrcociT'.oOv toïç TipOCTTaT- Touaiv ElScdXoXàTps'.v è-£i6àpy.ouv. « Des soldats armés enveloppèrent une ville de chrétiens en Phrygie, ils y mirent le feu et firent périr dans les flammes hommes, femmes et enfants qui invoquaient le Christ, Dieu de tous. La raison en fut que tous les habitants et les magistrats municipaux eux-mêmes, tous, notables et plébéiens, faisaient profession de christianisme et se refusaient aux sacrifices. » l.actance fait une rapide allusion au même événement a propos des magistrats injustes (V, n) : Alii ad occidendum prsecipiles exstiteranl; sicul unus in Phrygia, qui universum populum cum ipso pariter convenliculo concremavil. Ainsi, Euménie fut brûlée et sa population massacrée. Ce sont-là jeux de princes) Le texte de Lactance indique aussi la destruction d'une égUse. Dès lors, la destinée d'Euménie était terminée.
VL ÉPiGRAPmE. — 10 [ô|| Ssîva — ÉauTÔ — ] zal TA, [A-()Tcpi||MEXT^.nr) x.at tw ulcô Toi || co xal zû> àSzXçû) Ijfj'jll ('AajxXâ'ÈTépc.) Se où8£vi.è|i^£aTaiT£6r,vai 7 ùjplçl| Tcôv -poY[EYP]°'l^sv(>)vl|' ô; SE ôtv £:ii.Tf|8£'j:|crEi, earat aÙTÛ 7rp6;||T6vÇcùVTa OEÔv||zalvûvxai Èv t-^ xpi.||<ît[JLCj) 7;!X£pa.
xaX6v|lTÔ Y'^pô'''. xaÎTi [iq Yv)||[pâv Tpiç X'îp'^ "-'"'^ôv x.a|lXôv TÔ évYjCTXEiv oïç TÔ II t;'ip û|3p!.v çépEi* -3tp[6]v TèllYÎjpoî xai oÉpEt TipoCToUTtEtov.
Cette épitaphe nous offre un premier et remarquable exemple d'une formule dont le sens n'est pas tellement clair que le collecteur du Corp. inscr. grsec, Franz, n'y ait vu une preuve de paganisme.
Cette phrase, ECjTai aÙTcô Tcpôç tôv ©eôv, et ses valantes : e^oi Trpoç tôv ©eôv ô àvoÎYojv ', ou d'autres encore, sont simplement une menace dont le sens n'est plus contesté aujourd'hui ^. Nous avons déjà parlé (voir Amendes dans le droit funéraire) de cet usage établi en Orient, de menacer à la fin des épitaphes les violateurs du tombeau soit d'une amende ', soit de la vengeance des dieux : àaEJîrjÇ ËaTC») Ôsoïç
• Archccologisch-epigraphisclie MiWieilungen aus Œslerrcich, t. VII, p. 194, n. 54; Siizungsber. d. Akad. Berlin, 1860, p. 193, n. 3. — * L. Duchesne, dans Revue des questions liistoriques, 1883, p. 13; Ramsay, dans Journal of liellenic studies, 1883, p. 400. — ' G. Hirschfeld, Veber die griechischen Grabschriften wclclw Celdstrafen aimrden, dans Kœnigsberger Studien, 1887, t. i. — * Corp. inscr. grœc., n. 4207; cr. n. 4230 a, 4252 6, 4299, 4303. — ' Ibid., n. 4253. — • Ibid., n. 4259. — ' Le Bas-Waddington, Inscriptions d'Asie Mineure, n. 1683. — ' Papers o/ tlie American scliool al Allxens, t. n, p. 31, a, 28. — * Lanckorouski, Villes de Pisidie, t. ii, p. 230, n. 170. — " Bulletin de correspondance hellénique, t. xvii, p. 294, n. 105; SitzungsbericlUe der Akad. Munchen, 1860, p. 193, n. 11. — " F. Cumont, Les inscriptions clirctiennes de l'Asie Mineure, dans Mélanges d'arctiéologie et d'Iiistoire, 1895, t. .vv. — " Années 249, 250, 253, 254, 256, 260. — " Cette considération suffirait, à défaut d'autre preuve, pour faire écarter Thypothèse d'une
DICT. d'aRCH. CHRÉT.
xaTa/9ovîo'.i;*; — iaroi l£pô(rjXo; [6]£oîç o'j(p]avîoi(; •/.ai xaTayOovtO'.ç ' ; — âjxap-ûjXciç EaTCj Osoiv rtâvrcov xal ArjTOijç*; — Ë/ot toùç û-&x6ovîouç Ôeo'j; Ti|jict)po'jç xal xE/oXojfjiÉ'Jouç '; — Oeiôv X£/oXto(jir>o>v T'j/oi -rcôv riiatSixcov'; — èxTÎaE'. tû S^jUto Tq> T£p(ir,a£uv (8/)vâpia) [/.' xal 'éa-'xi aÛToj xal — pôç toOç xaTOf/o- [xÉvouç'. Les chrétiens conservèrent cette coutume en la modifiant et c'est pourquoi nous lisons sur un grand nombre d'inscriptions funéraires ces mots Igtoc. a'jTôi -pôç TÔv Geôv, dont la signification est éclaircie par la variante 8côc;e'. Oew Xôyov, qui prend parfois leur place '». Cette petite phrase, empruntée sans doute à la langue familière, annonce donc au sacrilège un châtiment céleste : « il aura affaire à Dieu ". i>
« L'opinion qui considère cette formule comme particuhère aux chrétiens, s'appuie sur un ensemble de raisons, qui ne laisse pas place au doute. Cn certain nombre des épitaphes où elle apparaît sont datées '- : elles ne remontent pas au delà du milieu du in« siècle, et rien dans les autres n'est de nature à les faire considérer comme antérieures à cette époque ". Elles sont donc d'une période où le christianisme était déjà très répandu dans tout l'Orient. Ces épitaphes ont toutes, à de rares exceptions près, été découvertes en Phrygie, et en particulier aux environs d'Euménie et d'Apamée, de Sébaste, de Philomehum; Antioche de Pisidie appartient encore à la même région; KiUidj n'en est pas fort éloigné ". » Ce qu'on a dit plus haut touchant Euménie montre que la ville était en majorité chrétienne, elle eut un évêque martyr, Thraséas, sous Marc-Aurèle '*; Apainée aussi était chrétienne '", et Philomelium avait une communauté chrétienne sous Marc-Aurèle ". « Mais ces considérations générales auraient peu de valeur, si des raisons plus précises ne venaient confirmer la présomption qu'elles créent. D'abord une partie des textes qui se terminent par la menace saxai aÙTÛ -poç -rôv 0£ov, devTaient être déclarés chrétiens, même si elle était absente pour d'autres motifs.parexemplelorsqu'on y rencontre les noms chrétiens Mapia ", Kup'.axY] ", ou bien xo'.iiTjr/jpiov -°. Au contraire, il est impossible de citer une seule épitaphe, où cet appel à la vengeance divine se rencontre, qui soit, pour une raison quelconque, suspecte de paganisme -'. !Mais ce qui révèle mieux que tout le reste quelles croyances religieuses ont inspiré ceux qui employaient cette formule, ce sont les variations qu'elle subit, et les compléments qui s'y ajoutent. On y appelle Dieu, comme dans la Bible, TÔV ^côvTa ©eôv; il y est question de sa grandeur, de sa justice; bien plus, on y parle du jugement dernier, Trpôç tôv ^ùvTa ©eôv xal vOv xal Èv xpttiî(ia> 7)(xÉpa "S de châtiments éternels et de récompenses célestes ". Enfin, s'il était besoin de cette dernière preuve, nous invoquerions une inscription d'Euménie dans laquelle l'expression ordinaire est rempla-
origine juive, hypothèse qui du reste n'a jamais été soutenue. — " En dehors de ces limites, M. F. Cumont ne connaît que trois exemples de la formule 57Tat...,ùCyzique: I^errot, Exploration archéol. de la Galatie, p. 90, n. 58; à Sardes: Le Bas-Waddington, op. cit., n. 1654; ù Héraclce de Tlirace : A. Dumont, Mélanges, p. 385, n. 72 /. — " Eusèbe, Hist. ceci., I. V, c. xxiv, P. G., t. xx, col. 493. — " Voir Apamée. — " Eusèbe, Hist. eccl., 1. FV, c. xv, P. G., t. XX. col. 340. — ^' Bulletin de correspondance hellénique, t. vm, p. 252. — " Bulletin de correspondance hellénique. t. xvn, p. 294, n. 105. — '" Bulletin de correspondance hellénique, t. vin, p. 242, 249. — " L'inscription païenne de Brouzos, publiée par Ramsay, dans Journal o/ hellenic studies, t. VI, p. 515, qui contient les mots ivop/.iCoii.£Oj -n jji£-;'cOo; -'jC Wïo'j v.ai tov; xataydovio j; ùxiiiv/x;. est différente de =i7Tai,/..T./. — " Corp. inscr. sra'c, n. 3902 r; cf. Bull, de corresp. hellénique, t. vu, p. 310. — " Papers of American school at Athens, t. m, p. 004.
EUMENIE
NJC, c'esl-
cée par les mots è'cîtx!. ol'jtci ttoô; dire Xpca-riv '. »
Voici d'ailleurs un choix des principales variantes (les renvois sont fait à Ramsay, Ciiies and bishoprics of Phrygia) : ^