‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 166 sur 331 · crTaiaÛTOÏ(;7rpôçTf,vSi>ca'.o!jûvï;v0soû(n · texte numérisé non relu

crTaiaÛTOÏ(;7rpôçTf,vSi>ca'.o!jûvï;v0soû(n

12 ... SCTTat aÙTÔi Trpôç Tr;V /sTpa toû 0eoû (n. 392). Une pensée analogue à celle qui inspire cette formule

se retrouve dans un document chrétien d'Asie Mineure, les actes des martjTs Claude et Astère: on y entend une chrétienne livrée à la tortiire qui dit ces paroles : Sz tibi bonum videtur ul ingenaani muUerem ac pereijrinam sic lorqaeas, lu scis : videt Deus quod agis. Ceci ne contredit pas ce que nous apprennent les inscriptions sur l'époque où la formule obtint sa plus grande vogue, puisqu'on la rencontre sur des inscriptions datées de 224, 249, 250, 253. 256, 259, 270, de sorte que, entre 220 et 260, la formule a obtenu son meilleur succès; vers 270, elle a commencé à se déformer et à se développer. On peut aussi conjecturer que les inscriptions sur lesquelles on voit appai-aître la mention d'une double pénalité, ci\ile et religieuse, en cas de violation de la tombe, appartiennent à une époque entre 200-250, bien que le seul exemple daté soit de l'année 253, à Apamée.

Pour en revenir à notre inscription, elle se termine par des vers qu'on retrouve en partie dans les fragments de Ménandresous cette forme : xaXôv TÔyvipâv xal TÔ |i/] -frjpiv tzx'/.'m (283), et xaXôv tô 6vy](ixEi.v olç (jPpiv TÔ 5f,'' osps'- (291). L'à-peu-près de la citation montre que ces sentences étaient devenues proverbiales et qu'on les avait un peu remaniées ; les chrétiens d'Euménic en faisaient usage. Voici la traduction de cette inscription :

(Quidam sifti] et Mellinœ matri et Caiofilio et Ascii fratri meu. Memini alii licere reponi, exceptis his inscriptis. Quicumque aggredietur, illi eril coram Deo oivenli et nunc et in die judicii.

Bonamest senescere et nonsenescereestlerpejusmalum.

Bonam est mori quibus vita conttimeliam ferct.

Prœsens senectus et feret personam.

Hamilton, Researclies in Asia Minor, Pontas und Armenia. ii. 363; Cnrp. inscr. griec., n. 3902 r; F. Cumont, op. cit.. n. 13S; Kaibel, Epigrammuta grieca e lapidibus conlecla (\!i78), n. 426; W. .M. Kamsay, The citics and bishoprics of Phnjgia. t. n, p. 514, n. 353-354.

2° [MsvExpâ-r;;? 'AcixX/)T:ia5'?l oo xaTscxEÙat |! (oe TÔ] T)pcôov ^ôjv £i||ajT<7>| xal Tf) yjv(a;' ['.xltiiTaT'lï xa(l TÔJ|| û'.tJ»J (Jioj 'A^.î^àlvSiJpJw xxi Tfj Yuvxfixi. jj a'>T)o'j*ATTaXt8('.|1a]£Tà8È T£0r)vai||(TO|ù(;T:poSsSï)X<A) Il (Hjévouç EÏTiç è7ri|!y£',pif)ij£'. èTEpov ;| èrrsvPaXîîv, ato- Tai aùj|Tw Trpôj; tôv ^wvtx 0£6v. La date de cette inscription se place entre 224 et 249. Le mol •/;p<ijov

' Ramsay. dans Jmirniû n/ liellenic stiiilies, t. iv, p. 4.13; r. Cuinont, o/i. cit., p. U-lj. — ' Corp. inscr. grwc, t. iv.

employé ici est païen et implique une idée religieuse du paganisme, mais les chrétiens n'y regardaient pas de si près et l'avaient mis à leur usage ^, soit que le mot xoi;jtr,TT,piov ne leur fût pas encore familier, soit pour toute autre raison. Constantin Porphyrogéncte fera usage du mot ï;pôiov pour désigner le tombeau de Justinien ^ Dans ce tombeau reposaient Tatia, Alexandre et sa femme Attalis.- — Trouvé à Yaka- Ismak, à l'ouest d'Euménie.

Paris, dans Bulletin de correspondance hellénique, 1884, t. \in, p. 249; F. Cumont, op. cit., n. 139; W. il. Ramsay, Ciliés and bishoprics, t. ii, p. 518, n. 355.

3" Épitaphe de X..., de sa femme Glyconiané, de leurs enfants, du grand-père Rufus et de sa femme Ammia, du frère Rufus et de sa femme Tatia et de leurs enfants. Après cette nomenclature, on Ut ; sÏTiçjl Sal £-'./s!.pr,(7£i Lç Ti;|-po5Y;ÀO'Jaatva <î'J(vl|x]po'j(i3c. Cela dit, le lapicide se souvint qu'il avait oublié la défense expresse de faire usage du tombeau; il y revint donc: STspw 8s oùSs'yi 'éa-rxi Èïèv te6?,||v£v zl 8' oùx (erreur probable pour o5v), ëote avTw Jlnpôç TÔV Î^CÔVTa 0£6v.

Paris, dans Bull, de corresp. hellén., 1884, t. ^^II, p. 250; F. Cumont, op. cit., n. 140; W. AI. Ramsay, op. cit., t. n, p. 518, n. 356.

4» Aûp. 'A->'a-[o)(x]Evèç 3' |1 çuXtjç 'Hp[aî|8oç ^cov i; xaTE(jxE(Ja](jEv TÔ f,l|pft)Ov y.xi t[ôv) ett' aÙTto |1 3cojjiôv, £tç [ô Xïj)8Eu6Y)<jE||Tat aÛTÔç [x£]ôv av a'jTÔç llstôv crjv-

XlwpjYjOT, • XÈ A'î)p.|| 'ApTS[Jl'.Slûp(tO 'Ap'.ailTÎTTTrO'J, |ÈT£]-

ptp Se 11 0Ù8EviÈ(;£]<iTs TS||6r,va'. • ôç 8'(âv]£7r(./s!:jpT]<jr, ETsp [ov 6] Elvai, ËaJlTat aÙTÔ» — polç tJôv 0£Ôv- |j to'Jto'., àvT[tYl?a'?ov «(TTETÉiOïj £'.; Ta àpxsïa. C'est ici une tombe avec son bomos élevés à la mémoire d'un ami. Aur. .\rtémidorc, Ois d'Aristippe.

W. M. Ramsay, op. cit.. t. n, p. 519, n. 357. 5" Épitaphe d'Aur. Achillée, de sa femme Dédamic, de leurs enfants Aur. Achillée et Ammien, d'.\mmia fille d'.\ur. Achillée et d'Aur. Gaiane, une amie probablement. Trouvée à Tanasha.

W. M. Ramsay, op. cit.. t. ii, p. 519, n. 358. 6» A'jjp. 'AXÉ5avS[po; 3'1!t]oO 'Ettiyôvou [Eù]j1jxs- VEÙç Poi)Xe(u) i;Tï)i; xaTsaxsJa lUa tô /ipôiov £Ji(ia'jTti xal T^ ";-jvï)X'' (io'j TaT[ij 'tu' eiSi t'.ç ete ipo; èjA^àXr,. Ëa||Tai aÙTw Tjpôç tôv 0£Ôv. t.'u dignitaire de la ville d'Euménie et sa femme. Trouvée à Yaka-Ismak. W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 519, n. 359. 7" Aur. .\ttalis Glycon s'est fait un tombeau pour elle, pour sa fille adoptivc (OpSTtTT,) Auxityche: en outre, son fils .\lexandre pourra donner à d'autres une place dans le tombeau. Trouvée à Euménie. Corp. inscr. gnic, n. 3902 /; F. Cumont, op. cit., n. 148; W. M. Ramsay, op. cit., t. ii. p. 520, n. 360.

8° Épitaphe d'Aurelios Genicllos Menas, bouleute, et de plusieurs des siens bien-aimés .\ureUos Menas, fils de Philippe, en son vivant |3o'jXcutt,ç et yspaiôç ; Aphia .\rlas Ta Î8ia Èx tôjv î8itov, Philippe et Cyrilla jtâTpa et TT,v èJaSÉX^'.v jiO'j IlaOXav, et r, aJvTpoço; aÙToO O'.XtjTY). La formule finale est exceptionnelle: 6ç 8" âv è-i/Eipf,<T£'. ETîpov ê:rEi(j£VEvxEîv, X/iySTai Trapà ToO àOavàTOu ©soO iiin-eiyx atciv.ov. Le met TiaTpa, qu'on rencontre aussi dans une inscription païenne d'Euménie, signifie probablemeni une sœur consanguine.

Corp. insc. jra-c, n. 3891 ; F. Cumonl,»/j. c//., n. 146; W. .M. Ramsay. up. cit., t. n, p. 520, n. 361.

9° Épitaphe d'un évèque nonmié Méirodore : Aajiîç AtoTEi(iO'j xa'|T£<jXE'jaoEVTÔ :f;pôillov TÔi (jtT.rpwvi Mt] -|| Tpo8(jp&) êTT'.axÔTTJIto xal TtS TraTpt \io<j |îA'.otcC;j.w xït Éa'jTt'jl, • £Ï Tiç SE Èni/Eip/jos'. Jl Oeïve ?TEpov Tiva. Oï)!!

. — ■ Cœrimon. aiiliv Byzanl., édit. Bonn, 1. 1,

EUMENIE

cet iç t6 TajiEtov rpO(j]|T£t(jtou 8-/)v ç'- ci xaTaçpo'JvY)- Tsi TOUTOU, ïaT£||aÛTÔi, Tcpôç Tov î^côvTa 0e6v. Celui qui élève le tombeau a, par respect, nommé d'abord l'évèque son oncle, et ensuite son propre père et luimême. Tout porte à assigner à cette inscription une haute antiquité. L'absence du prénom Aurelios ou d'un autre prénom, la mention et le taux d'une amende à acquitter au fisc. Trouvée à Dedc-Kcui, et probablement des premières années du lu" siècle (200-215).

Journalof hellenic sludies, t. iv, p. 400; F. Cumont, op. cit,. p. 142; W. M. Ramsay, op. cit., t. ii, p. 521, n. 362.

10» Épitaphe d'un tombeau élevé par Aur. Hermès à SCS parents : ÉT^pa) oûSsvî. A Euménie.

Corp. inscr. (/ra'C, n. 3890; F. Cumont, op. cil.,n. 151; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 522, n. 30.3.

11° Épitaphe d' Aurelios Eutychès, houleute, de sa femme Marcelle et de leurs enfants. Eùjiôpotç H Aùp. EÙTÔxqi 'Ep|xo[îi] ]| è-txXï)v "EXt?. Eu || y.zve\><; xal aXtov ( I) TrcX[£]||(ov :roXîLT7](;,çuX^<;||'ASpiaviSo(;, (îouXeu ||ty)i; x<xi Yspsoç, H xaTscnteuadev tô T)p(ô||ov éaÙToi xal T7) (ï£|Jt.v||0TâT7] xal 7Tpoc9i.XECT||TàTT)'Yuvaixî (jiou|jMapxsXXy) "*'• "fO'? Il iauTÛv TÉxvotç- || e'î tic, 8è ÊTEpo; è\\m'X£'.piicsc'. OEÎvaî II TÎva, coTai aÙTÔi||7Cpôç tôv Çûvra 0e6v. La mention de plusieurs droits decitéétait commune sur les épitaphes et les inscriptions honorifiques^ d'athlètes et de vainqueurs des jeux. W. M. Ramsay soupçonne que Aurelios Eutychès n'avait pas ces droits de cité nombreux, mais qu'il usait de cette formule pour faire entendre qu'il était citoyen du ciel; à une époque postérieure, on rencontre assez fréquemment l'expression oùpavo~oXlT/]ç dans les panég\Tiques chrétiens ; par exemple : ©eoSôctioi; ô â;io;ji.axàpi.CTOç xal oûpavoTToXtrr)!;. Le mot Eû[j.6poiç, qui ouvre l'épitaphe doit avoir le sens de : à la mort bienheureuse; F. Cumont admettrait la lecture Eû[i,op9i(;, qui serait un sobriquet du défunt, mais il a déjà un nom familier, è7t[KXT]v "EXi5- Trouvée à Euménie.

Paris, dans Bulletin de corresp. tiellénique, 1884, t. \Tn, p. 234; F. Cumont, op. cit., n. 141 ; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 522, n. 364.

12" Épitaphe double : ["Et]ouç tjj.-/)', [i-/j(vc)<;)[ ]

(I ■ ZrjvôSoToç Zvillvuvoi; xaTCCTXsfu] ||a<5EV t6 tjpmIIov éauTcô xal || tu ulco Ztjvw|(vi xal tÎ] vû[j.||9-f) TaTia. eï Ti; Il 8è ETEpoç È-i.|lx£'.?^iat, ectte ||aÛT<ô Tïpôç ]| tôv 0e6v. Après que cette inscription fut gravée, une nommée Marie mourut et fut déposée dans ce tombeau, on ajouta son nom en caractères plus petits : xal tÎ) OuyaTpl Mapîa entre la date et le premier nom La date, 263-264, est gravée sur la partie supérieure, le nom de Zenodote sur le plat, en sorte que le nom de Mai-ie fut tracé sur la moulure. Cete date n'est pas celle de la mort, mais celle de l'érection de la tombe et de l'inscription. Trouvée à Yaka-Simak.

Paris, dans Bulletin de corresp. tiellénique, 1884, t. vni, p. 252; F. Cumont, op. cit., n. 136; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 523, n. 365, 366.

13» Épitaphe de Zenodote, de sa femme Ammia et de leur fille. Trouvée à Yaka-Simak.

Bull, de corresp. tiellénique, 1884, t. vm, p. 251; F. Cumont, op. cit., n. 150; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 525, n. 367.

14° Épitaphe d'Aur. Zoticos, boulcute de sa femme, Glycon et de leurs enfants Aur. Zoticos, Dionysios et Anmiia; puis une personne qui n'est rattachée par aucun lien de famille, Mertine Eithis : ÊTÉpco oùSsvl èÇÉa-iTEÔTJvai' elSéziq zmTi)Ss\iGei ËTEpôv TWa Osivai, 6T)a£i îç TÔ kptÔTaTOv TajXEÏov Srjv • pç' tÔ Se TrâvTcov (jtEÎ^ov, loTai aÙTÔi Ttpiç TÔv 0e6v. Trouvée à Euménie.

W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 525, n. 368.

15° (T6 Tjpcôov xal t]||ôv en' aÙTOû Pcdfxôv j| xaTEo- XEÙacEV Aùp. Il ZoTixôç P' ToO na7riî)||ou Eùjxeveùç aÙTÔJ II xal Tfj Y'jvxty.l [aÙTOÛ] l] AùpvjXla 'A;tçtu xal

TÔi II àSEXçôi aÙTOÛ A('jp. Il ' Ay.]ii.i[v.'i]ôi, xx(l s?] Ttv(i II &'>J,](i> [aÙTàçl Çôiv (cr)y1|x"1P')<'^'''0'^^' 8[è; a]XX<jj èÇov êtjTai l| èetvai T'.va • si SE tiç || è-\.-/cif,riaz:, £l(joî(jEi||£Î<; T-))v EùfJtc.iéojv flou||XT,v ;rpoaT£l|iou S-()v-a, Il xal êaTai aÙTcô Trpoç t6 || {J-éyix ôvojxa toO 0£oû. Celle épitaphe appartient probablement à la période voisine de l'année 230; trouvée à Euménie.

Corp. inscr. grœc, n. 3902; Le Bas-Waddington, Voyage archéologique. Inscriptions, t. m, n. 740; F. Cumont, op. cit., n. 145; Bulletin de correspondance hellénique, 1884, t. vni, p. 236; W. M. Ramsay, op. cit., t. Il, p. 525, n. 369.

16° Épitaphe d'Aurelios Ménécrates, fils d'Asclépiodote, de sa femme Tatia, de leur fils Alexandre. Il

A"/■pMH^Jo6|A0[BT0YAC KAHTTlAiiOYBorAeYTHC [--ATECKtVACATOEMnPOt

OENCVMKPOVCTOS'KATtOA /\QNl«ïiGûKrYW^IKl AYTOYMEATIMHKMHNO AtA^KACKAHn/AûH- EirûNOldvÛlCAYTOC nEPK^NÛÛYAHOHCI.

EirePONECTAlAYTrt.

npocTON;J(

4210. — Épitaphe trouvée à Euménie.

D'après Ramsay, Ciiies and bisliopries, t. ii, p. 527.

est possible que cette épitaphe ait remplacé le n. 2 (voir plus haut). Trouvée à Euménie.

Corp. inscr. grœc, n. 3902 n; F. Cumont, op. cit., n. 149; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. .526, n. 370.

17° Aùp. Mï)v6çiXoç P' Toij 'AaîlxXvjTTtâSou jîouXeu- TrfjC, Il xaTECTXEÛaaa t6 e[xtcpo<î'||8ev aùvxpouaTov <èau- Tâi> xè'AttoXIIXcùvIû) ulôj, x£ YuvaixlIJaÙTOû MeXtIv^t, ■ xè M7)vo|lçiX<p xÈ 'AaxXTjTnâSjf) || è[y]y<^'>'OI'?> >«è oT; aÙTÔç II TCEpicôv PouXr)9-f| • [£]l|| <8É tiç è-m-/cip-i]ae:

0£ÏVai> ETEpOV, EOTal aÙTW II Ttpbi; TÔv 'I(7](70'JV>

X(pt(jTOv). Trouvée à Euménie (fig. 4210).

Corp. inscr. grœc, n. 3902 (t; F. Cumont, op. cit., n. 137; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 526, n. 371.

18° Épitaphe d'AureUos Moschas, fils d'Alexandre.

Journal oj hellenic sludies, 1883, p. 401; Cumont, op. cit., n. 135; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 528, n. 372.

19° Épitaphe d'Aur. Mannos, sagittaire.

Journal oj hellenic sludies, 1883, p. 401 ; F. Cumont. op. cit., n. 145 bis; W. M. Ramsay, op. cit., l. ii, p. 529, n. 373.

20° Épitaphe d'Aur. Proclas. Trouvée à Euménie

Journalof hellenic sludies, 1883, p. 399; F. Cumont,

EU.MENIE — EUOUAE

op. cil., n.l44 ;W. il. Raïusay, op. cit., t. ii, p. 529, n. 374. 21° "Etou t(X£' Il Aùp. Sù[[x]cpopoi; |1 xaTstrxE'JaoEv TÔ jl xoiiiïiTTipiov éau||Tcô xal tT] yuvExî || pio'j xal tû û<Uù> |J.ou -ïï rtç 8è ETepoç i] ÈTTiTTiSEÛaei, ëa [tki] || aÙTci Trpo; tôv |1 0s6v, Cette épitaphe, trouvée à Aidan, est de rannce 260-261 ; remarquer l'emploi du mot

XOl[J.Y)T7)ptOV.

W. M. Ramsay, op. cit., t. ii, p. 530, n. 375.

22° Épitaphe d'Aur. Tatianos, qui érigea un xoiti7)T-/)piov à son père Alexandre, à sa femme Ammia et à ses entants, si -iç 8k jr£'.pT)at, eaxai...; peut-être TrEipïjCTi. pour TiEipàasTai.. Trouvée à Yaka-Simak.

Bail, de corresp. hellén., 1884, t. vin, p. 250; W. M. Ramsay, op. cit., t. ii, p. 530, n. 376.

23° AùprjXJa TaTiov || EùjxsvsitIç xaT£cjx£'J|]a<îev xà -/ipcôov èaUTvi II xai. tû àvSpl aÙTT)!; |1 Eùtù/j) xal eÏ Ti||vt âv î^côoa auvllxupTjaEi, £Î 8è |XEl|Tà -r))V teXsuHtyiv |xou èi-i -:\.ç\\èTzv/j.priasi Ttvà || ètticjevevxeîv, EaUxat aÙTçi npoç, TÔv II Qeôv. Trouvée à Euménie.

W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 530, n. 377.

24° Épitaphe d'Aurehos Fronton, de sa femme Ammia, de son frère Attale et de la femme de celui-ci, Éliane, et de leurs enfants. Trouvée à Euménie.

Bull, de corresp. hellénique, 1893, p. 241 ; F. Cumont, op. ci7.,n. 143; W. -M. Ramsay, op. ci(., t. II, p. 530, n. 378.

25° Épitaphe mutilée dans laquelle il est question d'un xoi.ix/]Tï)pi.ov. Trouvée à Dede.

Bull, de corresp. hellénique, 1884, t. \ji\, p. 242; F. Cumont, op. cit., n. 152; W. M. Ramsay, op. cil., t. II, p. 530, n. 379.

26° Épitaphe d'Ammia et Tatia : l<;\\to à7i6||Toù Yjpôi||ov ÈÇàv £T[v]at TESTJvai. 1| ['A](j.[jtî(x xal Taxtav || Trpèç TOÙçllàvSpaç èàv nip-f)[a||cù]ai tôv ©eov è$o[u]- ||(jtav ÈxôvTcov [x[£7j|plE Z,ô)<5i Èâv ii 7rà(e7)||Tsxvov aÙTâ)vèl|7t£(xpâXai. -ÉTÉplco] l|SÈ cùSevI È;éaT[ai.] ||t£6y)vai xcùplçIlTcôv 7tpoY£Ypa|x||[j,évwv Iç TaÛTal|-ràr]pcia, ôç Se àv II Èinx£i.p-/;a£'., Qi)aBi \\ 7ipoaTEi[iou î; t-))||v pou||X>)V Sï]v...]. Cette inscription est assez énigmatique et les imaginations proposées pour l'éclairer n'y ont que peu servi. Trouvée à Dede-Kcui.

Bull, de corresp. hellén., 1884, t. vin, p. 243: F. Cumont, op. cit., n. 147; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 530, n. 380. ^

27° Dédicace d'un [àjyiov pîi!J.a xp tç Tou-aco- Trouvée à Aidan.

Bail, de corresp. hellén., 1884, t. vni, p. 247; F. Cumont, op. cit., n. 155; W. M. Ramsay, op. cit., t. ii, p. 533, n. 381.

28° Tov 0£Ôv Stto'j TïàvTEÇ [t]yiv èXirtSav êxoii.EV. Sur la partie antérieure d'un siège de marbre, qui sans doute a appartenu à l'église d'où vient le bêma. Trouvé à Aidan. iv° siècle.

W. M. Ramsay, op. cit.. t. n, p. 533, n. 382. ^

29° Dédicace d'Alexandre, archidiacre, èrcl toû àpxiSiaxovou 'AXs;âv8pou. Trouvée à Tcliivril; époque tardive.

Bull, de corresp. hellénique, 1884, t. vni, p. 245; F. Cumont, op. cit., n. 154; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. 533, n. 383.

30° Tombeau d'.\nastase : [K)ù|j.y)aii; 'AvaoTaatou; l'inscription est disposée de chaque côté d'une large croix gravée sur une pierre. Trouvée à Gend-.\li. v ou VI' siècle.

' Vatic. lai., n. 3S64, toi. 24, 25,33; Berger, Cnmmentidio de pcrsonis, laruis seu masclwris, in-i», Francofurli, 1723, pi. xxxviii, XL, Lvii; Ch. Robert, Les pliiLses du mythe de Cybète cl d'Aihys, dans Hevuc niimismuliquc, 1885, pi. i-iii; E. Le Blant, Sarcopitages citréliens de la Gaule, 188G, p. 120, n. 1 16. — ' De Rossi. Inscripl. clirisl. iirbis Homa', in-tol., Romo-, 1 8G1 , t . I , p. 305. il. 888 : Corp. inscr. lai., t. vi, 2" part., p. 1233, n. '.)378. — ' De Rossi, (ip. cit., t. i, p. 407, n. 1028; Cnrp. inscr. Int., t. vi. 2' part., n. !I37!I. — ' De Rossi. op. cit., t.I,p.ôll,n. 1121; Corp. inscr. lai., l.vi, 2" part., n. i)380;

W. M. Ramsay, op. cit.. t. ii, p. 533, n. 384.

Après le massacre sous Dioclétien, l'histoire d'Euménie prend fin; la conquête de cette vallée par les Turcs est à peine connue et, à défaut de tout renseignement précis, on ne peut qu'inférer ce qui arriva d'après ce qu'on sait des districts voisins; mais ces événements sont postérieurs à nos études.

H. Leclercq.

EUNUQUES. .\ ce que nous avons dit à ce sujet (voir Diclionn., t. ii, col. 2369-2372, au mot C.^.str.\tion), nous ajouterons que, dans son commentaire sur Daniel, saint Jérôme dit que, d'après les Juifs, les trois jeunes Hébreu.x qui résistèrent aux ordres de Nabuchodonosor étaient eunuques : Arbitranliir Hebrsei Ananiam, Misael et A:ariam, fuisse cunachos. Sans imaginer aucunement que les sculpteurs chrétiens se soient arrêtés à ce détail, je me bornerai, dit E. Le Riant, à faire remarquer que, dans les miniatures jointes au manuscrit de Térence du Vatican, le costume de Chereas, déguisé en eunuque, est exactement celui sous lequel nous voyons représenter les trois jeunes Hébreux. Tel est également, sur les contorniates, l'habillement d'Atys l'eunuque. Ces sortes de gens portaient le bonnet, la tunique et les pantalons des Orientaux '. Quelques textes épigraphiques portent cette mention, dont peut-être n'y avait-il pas lieu de se parer devant la postérité :

De l'année 487 = :

/n'crelQVIESCITCENEROSVS EVNVCHVS^VI VIXITÂNNPLM . . .rf]E£OSITVS IN PAGE VII IDs OCTO'BR.BOETIOsVCCs . . . .JÔNSLOCD

De l'année 532 ' :

HIC REQVIESCIT VVILIARIT EVNVCHVS QVI VIXIT A NNOS PLVS MINVSCSLVCSDEPOSITVSSVB D IIICSID PFEBRVARIARWI I TE RP PCPLAIVIPA 5 Dl ET ORESTIS VV CC CONSS

De l'année 571 ' :

+ HIC REQVIESCIT IN RACE CALLIENICVS EVNVCV S QVI VIXIT ANN PLS M XXX DEPOSITVS SVB D III N N 5 SEPTEWIBRIVM IMP D N IVSTINO PP AVG AN G INDV -I- Enfm mentionnons ci-l eunui-us luhicularius '' :

C5RECESSIT IN RACE lOANNIS EVNfii^CVS CVBICVLARIVS QVI VIXIT ANNIS PLVSWIINVS XLV BENEMERENS DIAE

P III KAL AVGVSTAS '\^:^g,

H. LECLEnCQ.

EUOUAE. C'est le sigle servant à indiquer, dans les livres liturgiques de chœur, la terminaison du verset, c'est-à-dire l'intonation de la finale ou la manière d'entonner la seconde partie des versets d'un psaume. Ces voyelles ne sont autres que les voyelles des mots sEculorvm .iniEn, dont on a retranché les consonnes. Ainsi, dans le verset du psaume cix :

ligne 4 : .Vo.V, sub die III nonanim, pour nono.f; linnc (i : ANC, pour ann. VI; c'est un episcmon; R. rabri-lli, Inscriplioiutm antiquantm, quai in a'dibus palernis (U.ser- «andir, explicatio, in-tol., Romne, Ki'jy, p. 558, n. 08; A. Turre, De annis imper. Elagabali cl de iiiilin imperii ac dunbus considalibus .liislini /anioris, p. 113; GeorgI, Ad Baronium, ann. 505, t. x, p. '230; Bnndurl, Numisin., t. ii, p. 653. — * O. Mnrucchl, // cimitern di CummndiUa, dons .Viioiio biilillinit di arnlindngia crisliann, lOOl, p. 1112, 11.51.

EUOUAE — EUI'IIEMIE (SAINTE)

Dixit Dominas Domino meo : Sede a dextris meis, les notes de l'intonation de la dominante et de la niédiante indiquent comment entonner Dixil Dominas Domino meo, et les notes de la terminaison indiquent l'intonation de Sede a dexiris meis.

On a parfois fait une confusion entre ce sigle musical et r£iio/ic' bacchique, répété après chaque strophe, de même que le Triumpe ar^'alique. Il n'y a pas moyen d'établir même l'apparence d'une relation entre le sigle et ces acclamations. Francisque-Michel découvrait dans eaouae une acclamation: pure imagination. Il n'y a pas lieu de s'attarder à dccou\Tir un rapport quelconque entre ce sigle et les lettres aoi, qui terminent un grand nombre decouplcts de la Chanson de Roland '. H. Leclercq.

EUPHÉMIE (Sainte). — I. Les textes. II. La date. m. Le culte.

I. Les textes. — Tillcraont - juge que, de toutes les « histoires » qui nous ont été conservées sur sainte Euphémie, « il ne nous reste proprement rien d'a.ssuré de ses actions et de ses souffrances, que la description d'un tableau où son martyre estoit dépeint, faite par saint Astère d'.\masée, qui vivoit à la fin du iv^ siècle, et insérée toute au long dans la quatrième et dans la sixième action du VII= concile œcuménique ». Dans une note intitulée : « Qu'il ne faut prendre son histoire que de saint Astère ■., il ajoute : » On dira peut-estre que saint Astère ne fait que la description d'un tableau et que ce tableau pouvoit ne contenir qu'une partie de l'histoire. Mais saint Astère dit positivement qu'il la contenoit toute. Quand cela ne seroit pas, saint Astère ne pouvoit pas manquer d'en savoir le reste, et il l'auroit sans doute marqué en un mot. Il avoit vu ce tableau au tombeau de sainte Euphémie, c'està-dire à Calcédoine, où l'on savoit parfaitement tout son martyre et on y eust plutost ajouté, que d'en retrancher quoy que ce fust. »

Voici cette description :

« Le juge est assis sur son siège; il regarde la vierge d'un air farouche et cruel. L'art sait, en effet, quand il veut, peindre la colère même sur une matière inanimée. Tout près sont les satellites, la foule des soldats; les greffiers ont leurs tablettes et leurs stylets; l'un d'eux suspend sa tâche et se tourne vivement vers la vierge, comme s'il lui ordonnait de répondre plus haut, craignant d'entendre mal et de commettre quelque erreur dans le procès-verbal. Euphémie porte des vêtements sombres et le pallium, signe de la philosophie. Le peintre lui a donné une physionomie aimable; pour moi, son âme me paraît embellie par ses vertus. Deux soldats la conduisent au juge; l'un marche en avant et la traîne, l'autre est derrière et la pousse. La pudeur se mêle au courage dans la démarche de la vierge. Elle baisse la tète, comme si elle rougissait d'être regardée par des hommes, mais elle se lient sans crainte et ne souffre point de montrer la moindre

' l-'rancisquc-Micliel, Rapport à 3/. le ministre de VinstruC' tion publique, dans Collection des documents inédits, 1839, p. 51-59; E. Chatel. .Sur la formule EUOl'AE usitée dans la liturgie au moyen à^e, dans Bulletin de la Société des antiquaires de Sorniandie, 3860, t. i. p. 1G4-168: Do, Sur la même formule, dans même recueil, p, 168-173, — = Mém. pour sert: à l'Iiist. ecclés., 1702, t. v, p. 405-412, 746- 748. — ' S. .astère, Homil.. xi. in laudcm S.Euphemise, P. G., t. XL. col. 336 sq.; De Rossi, Bull, di archeol. crist., 1871, p. 61-62; Ch. Bayet, Beclierclies pour servir à l'histoire de la peinture et de la sculpture en Orient avant la querelle des iconoclastes, in-8», Paris, 1879, p. 63-64: E. Le Blant, Les persécuteurs el les martyrs, in-8°, Paris, 1893. p. 2; Ed. Bertrand, Étude sur la peinture et la critique d'art dans l'antiquité, in-8°, Paris. 1893, p. 420-423; H. Leclercq, dans Dictionn. d'archéol. et de liturgie, t. i, col. 442, 3001-3002; t. ni, col. 92-93; P. Allard, Lu persécution de Dioclétien et le triomphe de l'Église, 3« édit., Paris, 190S. t. il, p. 97-99;

terreur dans le combat... Plus loin, dans la suite de cette peinture, les bourreaux, vêtus seulement d'une tunique, accomplissent leur tâche : l'un d'eux a saisi la tête de la vierge et la renverse en arrière, il la maintient ainsi immobile, exposée aux tortures; l'autre lui arrache les dents. On voit les instruments du supplice, un maiUet et un foret... Le peintre a si distinctement rendu les gouttes de sang, qu'il semble qu'on les voie réellement couler... Puis on aperçoit la vierge en prison ; elle est assise seule, dans ses vêtements de deuil, elle tend les mains vers le ciel, elle invoque Dieu au milieu de ses souffrances. Pendant qu'elle prie, apparaît au-dessus de sa tète le signe que les chrétiens ont l'habitude d'adorer et de représenter... Tout près, le peintre a placé un bûcher embrasé qui répand çà et là ses flammes rougeàtres et épaisses. Euphémie est au miheu, les mains vers le ciel; son visage ne trahit aucune tristesse; il montre plutôt la joie de fuir vers la vie immatérielle et bienheureuse '. »

Le récit donné par Métaphraste ne s'accorde guère avec les faits rapportés par saint Astère et semble négUgeable. Quelques mentions anciennes, comme celle de saint PauÛn, qui a trait à des reUques de la martyre conservées à Noie, celle de saint Pierre Chrysologue, ne nous apprennent rien de positif. Ennodius de Pavie lui a consacré un poème, dans lequel il accueille des détails douteux, mais qui s'accordent assez bien avec ceux donnés dans les martyrologes de Bède, Usuard et Adon •; le texte publié dans la Bibliotheca Cassinensis, t. m, Florilegium, p. 114-116, concorde dans l'ensemble avec la notice d'Adon,mais, pas plus que le texte deMombritius, ne renferme le nom de sainte Théodora. qui figure dans les textes grecs. Les relations inédite», de la passion sont encore nombreuses. Il existe une Vie syriaque ^ et diverses compositions littéraires grecques de mince mérite °.

IL L.\ D.\TE. — Saint Paulin, Fortunat, Evagrius ' placent le supplice à Chalcédoine, sous Dioclétien. et les Actes désignent la cinquième année de la persécution, ce qui, en comptant depuis 303, conduit à 307. Les latins en faisaient la fête le 16septembre et on la trouve à ce jour dans le Martyrologe hiéronymien et dans ceux de Bède, d'Adon, etc., dans le sacramentaire dit grégorien et dans le calendrier de Fronton du Duc. Les grecs également. D'autres documents la marquent à différentes dates, mais leur autorité ne' saurait prévaloir contre celle des précédents.

III. Le culte. — Le culte a été répandu chez les grecs principalement ;mais c'est à Chalcédoine que s'élevait la basiUque la plus célèbre parmi tout es celles qui lui furent consacrées ». Nous n'y reviendrons pas. A Rome, il existait un titre de Sainte-Euphémie au Viminal, peut-être dès l'époque du pape Serge l" (687-701), et une image en mosaïque de la sainte. Tout ceci a péri '. H. Leclercq.

le même. Dix leçons sur le martyre, 3*^ édit., p. 258, note 1; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. m b, p. 765-770. — * H. Quentin. Les martyrologes historiques, p. 71, 440, 516; cf. Bibl. hagiogr. lat., n. 2708-2713; iMombritius, Sanetuarium, t. I, p. 255-258. — ' .Agnès Smith Lewis. Select narrativesofholy uiomen from the Syro-Anliochcne or Sinal palimpsest, dans Studia Sinaltica, in-4». London, 1900, t. x. — 'Bibl. hagiogr.gr.. p. 42-43; .\lex. E. Lauriotis, ".Avivia'r, 'juvio/ xa: £— /.ttijiiiov Et; -rr,'' i^iav LCsT.ji'av.dans l'"K.y.y."/r,ff!aiTTiy.T, '.\'>,r,6£:i, 1902, t. xxn.p.533-535,550-551 ; 1903. t. xxm. p. 65-68, 81-83, 110-111, 139-140, 202-204, 259-260, 345-346; cf. Anal. bolL. 1904, t. xxm, p. 347-348.

— ' Hist. cccles., 1. II, c. ii. — ' Voir Dic/ionn., t. m, col. 91-95.

— • Ciacconio, ms. Vatic, 5.'fl7, fol. 174; ms. .-Ymbros. F. S'il, infér. I, loi. 10; Ciampini, Vetera monimenla, t. n, pi. 35, p. 118; Carrucci, Storia dell' arle cristiana, t. iv, pi. ccLxxv, n. 4. p. 92; cf. 1. 1, p. 577; E. Milntz, dans ,^/é/. d'archéol. et d'/iisf., 1888, p. 83.

EUSÈBE DE CÉSAREE

EUSÈBE DE CÉSARÉE. — I. Du rang d'Eusèbe. II. Sources sur sa vie. III. Jeunesse. IV. Persécution.V. Premiers travaux. VI.Épiscopat. VII. Le concile de Nicte. VIII. Le discours d'ouverture. IX. Le symbole de Xicée. X. La question pascale. XI. Discussion avec les philosophes. XII. Droits métropolitains. XIII. Concile d'Antioche. XIV. Conciles de Césarée, de Tyr et de Jérusalem. XV. Concile de Constantinople. XVI. Eusèbe et Constantin. XVIL Derniers travaux. Dernières années. XVIII. Le caractère. XIX. La postérité. XX. Les œuvres littéraires. 1. Histoire : a. Vie de Pamphile; b. Sur les martyrs de Palestine ; c. Collection des anciens mart\TS ; d. Chronique; e. Histoire ecclésiastique; 2. Apologétique.

I. Du RANG d'Eusèbe. — Si l'histoire des origines chrétiennes ne possédait pas les ou^Tages d'Eusèbe de Césarée et si l'histoire de nos antiquités nationales ne possédait pas les récits de Grégoire de Tours, ce que nous saurions sur les unes comme sur les autres serait peu de chose et ce peu serait incertain. Grâce au labeur immense de ces deux hommes, tout un passé glorieux et vénérable nous a été conservé ; il doit être permis de s'en souvenir. Mais on se lasse de tout, même de la reconnaissance, et Eusèbe, de même que Grégoire, ont eu de fâcheux moments à traverser; on les a dénoncé';, épluchés, dénigrés. C'est que, à défaut de révolutions politiques, on se satisfait avec les révolutions littéraires. Ceux qui se disent critiques n'aiment rien tant que faire et défaire, ils ont un goût décidé pour déterrer les inconnus de la veille et s'affranchir des réputations consacrées. Le jeu est inofîensif et presque toujours superflu. L'œu\Te d'un Eusèbe ou d'un Grégoire, après une dépréciation excessive, s'impose autant que jamais à l'étude de ceux que n'hypnotise pas la découverte d'un papier, la trouvaille d'un document nouveau, l'exhumation d'un écrit dédaigné il y a deux ou trois siècles, par ces érudits d'autrefois, qui avaient tout lu et tout pesé. Eux ne s'étaient pas mépris sur l'autorité historique qui s'attache aux écrits d'Eusèbe et les recherches conduites depuis leur temps, avec des ressources sans cesse accrues et des méthodes de plus en plus rigoureuses, loin d'ébranler, ont presque toujours affermi son autorité et leurs conclusions.

II. Sources sur sa vie. — La vie d'Eusèbe fut écrite par son disciple Acacc, qui fut aussi son successeur sur le siège de Césarée (350- vers 366); cet ouvrage est malheureusement perdu '. Il faut se rabattre sur les indications dispersées dans les écrits de saint .\thanase, sur la notice écrite par saint Jérôme ' et sur les détails recueillis par les historiens Socrate, Sozomène et Théodoret. On peut également tirer bon parti des indications contenues dans les procès-verbaux du II« concile de Nicée S et dans les Anlirrbelica du patriarche Nicéphore* relatifs à la controverse des images. Somme toute, ce sont les propres écrits d'Eusèbe qui nous instruisent le plus complètement sur ses idées et sur son activité.

Parmi les modernes il est presque superflu de dire qu'Eusèbe a fait l'objet des études des historiens de

■ Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. iv, P. G., t. Lxvii, col. 192. Nous savons par Sozomène, Hist. eccl.^ 1. III, c. ii; I. IV, c. xxin, qu'Acace avait hérité des papiers et des livres d'Eusèbe. • — ■ S. Jérôme, De viris inlustribus, n. LXXXt, contient une liste des ouvrages d'Eusèbe. — • Labbe-Coletl, Concilia, t. vni, col. 1114 sq. — « J.-B. Pitra, Spicilegiiim Solesmtnse, in-4», Parisiis, 1852, t. J, p. 371 sq. — * Cave, Jlisl. lilt., t. I. p. 175 sq.; Tillcmont, Mém. pour servir à Vllist. ecclés.. t. v-vn; Fabricius, Bibl. grtrca, èdit. Ilarics, t. vil, p. a.'JS sq.; Valois, De vita scripiisque Eusebii Diatribe, en tête de son édition (reproduite par Stroth, /.eftcii iind Schriflen des Etisebius, dans liusebii Kirclieniieseliichle,

l'Église et de la littérature ecclésiastique : Cave. TiUemont, Fabricius, Valois, Ad. Harnack, O. Bardenhewer '. Une notice assez consciencieuse fut donnée en 1852 par Stein, Euscbius Bischof von Cœsarea, et une Vie, dans laquelle il mettait toute son érudition, fut publiée en 1880 par John Barber Lightfoot : Euscbius of desarea, dans W. Smith and H. Wace, A diclionary of Christian biography, t. n, p. 308-348. Depuis lors °, ont paru une étude par E. Schwartz, Eusebios von Csesarea, dans Pauly et Wissowa, Realencyklopûdie der classischen Altertuniwissenschafl. Stuttgart, 1907, t. \i, col. 1370-1439, et une 7nJroduclion à la traduction de l'Histoire ecclésiastique, par E. Grapin, dans Textes et documents pour l'étude histor. du christianisme, in-12, 1913, t. m, p. \Ti-Lxxx\n. III. Jeunesse. — La date de naissance d'Eusèbe n'est pas connue avec précision. Toutefois il écrit que Denis occupa de son temps, v.aÔ' r,\iSiÇ, le siège d'Alexandrie ' ; or Denis fut évêque depuis 247 ou 248 jusqu'à 265. Eusèbe parle également de Paul de Samosate comme de son contemporain, ô xa6' 7)|j.àç; or Paul fut déposé de l'épiscopat en l'année 270 ». Parlant du grand hérésiarque de cette époque, toujours xa6' YiPiâç ', alors qu'il fixe lui-même la période capitale de la vie de Manès sous le pontificat de Félix, 270-274 ". De façon plus générale, il trace la séparation entre la génération à laquelle il appartient et la génération précédente, après ce qu'il nous dit de Denis d'.Mexandrie et avant le pontificat de Denis de Rome, en 259. A l'occasion des troubles provoqués par Paul de Samosate, il écrit qu'il va raconter l'histoire de sa génération pour l'instruction de la postérité : T7)v y.aQ' 'r,y.ôi<; -oïç [/.STÉrEtTa i-vtopiî^eiv yevEàv, ÔTTOta Tiç îjv, 7Txpa8û(i£v. Tout ceci invite à placer sa naissance aux environs de l'année 260.

On n'est pas mieux instruit du lieu que de la date de cette naissance. De l'ensemble des indications concernant son enfance et sa jeunesse, on est fondé à admettre qu'Eusèbe vit le jour à Césarée de Palestine, dont le nom est devenu inséparable du sien. Marccllus l'appelait : 'Eucepîoç ô -rîjç llaXaiaTiv/jç "; Basile: ôIIaXataTTvoç'Euo£|îîoç '-; Théodoret : 'Euccptov TÔv IlaXaiCTTÏvov ■'; ce qui voulait dire exactement la même chose que : Eusèbe de Césarée; mais ce dernier vocable a prévalu. Comme il existait alors une tendance à conférer l'épiscopat à un îionnuc né dans la ville même, c'est une raison de plus de voir dans l'évêque de Césarée un citoyen de cette ville, mais il importe d'ajouter que la première afTirmalion qu'on rencontre à ce sujet ne remonte qu'à un écrivain du xiV siècle, Tliédore Mclochita.

Même ignorance sur sa famille. Comme Arius, écrivant à Eusèbe de Xicomédie, lui parle en ces termes d'Eusèbe de Césarée : ô àSeXçoç (jou ô èv KaioapEta ", on en a conclu qu'ils étaient « frères »; mais connue Eusèbe deNicomédie lui-même l'appelle "mon maître», ô Seo— i-r/jç |jtou ", il faut renoncer à cette parenté imaginaire. Nicéphore Calliste " fait d'Eusèbe un neveu de Pamphile le martyr, ô toutou àSEXçiSoOç. De ce qu'Eusèbe a connu Pamphile élant jeune, il ne peut s'ensuivre qu'ils fussent nécessairement appa-

Quedlinburg, 1799, 1. 1, p. xv sq.; et par Heiniclien : Eusrhii script, hist., 1868, 1. 1, p. 52 sq.); A. Harnack, Die C/iroiio- /Oj7ie der idtcliristliclien Literatur, Leipzig, 1904, t. n, p. KKi- 127; O. Baidenhcwer, Oeschicbte der aitliirridiclirn I.itrratiir, Krcibuis, 1912. t. m. p. 240-262. — ' K. Prcuschen, Euscbius. dans Realeneyitlopàdie /lir prole.ilnntische Tltmlogie. Leipzig, 1898. t. \. p. 60â-6lS. — ' Ilisl. ecclfs..\. III. c. xxvni. . — • Hist. eccles., I. V. c. xxvin. ■ — • ThcDpli.. I. IV, c. XXX. — " Hist. eccles., I. VII, c. xxxi. — " Conlni Marc, 1. 1, c. iv. — " De Spiritu .S'iiiirfo, c. xxix. • — " //i«(. eccles., I. 1, r. XIV. — '* Thèodorot, Hist. eccles., l. I.c. xiv. — " Jliid., I. 1, c. VI. — " //i»(. eccles., 1. VI, c. xxxvil.

EUSIiRK DE CESAREE

rentes et il est peu vraisemblable qu'Eusébc — qui en a eu tant de fois l'occasion — n'en ail jamais rien dit. Au contraire, à la façon dont il rapporte leur rencon- Iro ', il semble qu'ils étaient jusque-là étrangers l'un à l'autre. Ce qui est cerlain, c'est qu'Eusèbe fut élevé et instruit dans sa religion à Césarée. Enfin, il y apprit la foi dans ces\mbole qu'il devait plus tard présenter aux l'ères de Nicée et qui servit de base à la rédaction du concile. Rappelant ses souvenirs, il évoquait l'entrée de Dioclétion et de Constantin, en 296 =. A Césarée, Eusèbe écoula les leçons sur l'Écriture sainte de ce Dorothée, jadis directeur d'une teinturerie de pourpre à Tyr, et maintenant prêtre de l'Église de Césarée. Là il connut l^amphile et fut ordonné prêtre probablement par l'évèque Agapius '. De toutes ces circonstances, celle qui exerça sur lui l'influence la plus profonde et la plus durable fut la rencontre avec Pamphile.

Pamphile était phénicien, ayant fait ses études à Alexandrie, et devenu prêtre de l'Église de Césarée. C'était un bibliophile en même temps qu'un savant. Sa collection de livres était célèbre et sans rivale dans les milieux chrétiens. Le fonds se composait de la bibliothèque formée par Origène pendant son séjour à Césarée; il l'avait enrichi par des acquisitions, notamment par les li\Tes de l'évèque Alexandre de Jérusalem ' et par des copies. Eusèbe trouva dans cette retraite un lieu providentiel pour un tempérament tel que le sien. 11 a dressé un catalogue des livres de Pamphile *, que saint Jérôme nous représente faisant venir les livres départent et montrant, pour enrichir son domaine de la science sacrée, une ardeur au moins égale à celle qu'avaient montrée pour l'antiquité profane Démétrius de Phalère ou Pisistrate. Bibliophile fervent et copiste infatigable, Pamphile amassait les éléments qu'Eusèbe mettrait en œuvre. Eusèbe luimême traversait cette période de formation à laquelle rien ne supplée: il transcrivait de sa main les textes.

Pamphile professait une vive admiration à l'égard d'Origène, dont il conservait comme une rehque le manuscrit des Hexaples, dont saint Jérôme usa plus tard en passant à Césarée ". Jérôme lui-même posséda un ouvrage d'Origène, transcrit par Pamphile, dont il faisait plus d'estime, dit-il, que des trésors de Crésus. C'est dans cette atmosphère de travailleurs passionnés qu'il faut replacer Eusèbe. si on veut comprendre le véritable caractère de sa vie. Pamphile et Eusèbe ont été, en leur temps, d'infatigables éditeurs de textes. Vn manuscrit du collège de Clermont contenait tous les écrits des prophètes, d'après la recension de Pamphile et d'Eusèbe. Signalé par Montfaucon ', ce manuscrit, on ignore par quels détours, arriva à Rome et fut acheté en 1785 pour la bibliothèque Vaticane nu prix de 380 scudi. Au folio 84 on lit que le livre d'Isaïe a été copié d'après les hexaples; au fol. 280 v°, <iu lit que le livre d'Ezéchiel desumptus fuit ab exemfilari Patris Apollinarii crrnobiarchie, in quo hœc eranl fiiibjuncta : desumpliis fiiil ex cdilionibus hexaptaribus, emendalusqae ad ejiisdem Ori(ienis telrapla, qux manu ipsius emendala fueranl ci scholiis prasdita. Unde ego Èusebius scholia addidi. Pamphilus et Eusebius emendaverunt '. Ces mots t6 Eûas|îtou et tô Pi^Xîov Eùas- Pîou ToO nançtXou, se lisent souvent sur les manuscrits de l'Ancien Testament. Sur un ms. de Patmos on lit ; liSTEXTjiiçÔïjcav iç' wv eûpojxev éÇareXcôv xal TràXivaÙTàxEipl nâfjiçiXoçxal EùaépiO!; SicopO&xjavTo '.

' Eusèbe, Hist. ecclex., 1. YII. c. xxxii. — 'De vita Conslantini, I. I, c. xix. — ' Hisl. eccles., 1. VII, c. .xxxn. — ' Hist. eccl., 1. VI, c. .\x. — ' Hisl. eccles., 1. VI, c. xxxil. — 'S. .Jérôme, Comm. in Tit.. c. m, n. 9. — • Palirographia grivca, p. 224 sq. — * .A. Sîai, Bibliotheca nova Patrinn, in-4'', RomiP, 1S47. t. IV. p. 66; P. G., t. xxn, col. 869. — »Elirbardt, dans ridmisclie Qii(irlalscliri/t, t. v, p. 221 sq. —

A cette école, Eusèbe fil plus que transcrire, il s'essaya à traduire et eut comme associé le futur martyr Procope, qui traduisait du grec en araméen '". Il semble ([u'il possédait certaines aptitudes plus favorables au succès et à l'expansion d'une vaste entreprise que le bon et généreux Pamphile, trop disposé à consacrer son temps et à distribuer ses ou^Tages à ceux pour qui il s'enthousiasmait ". Pamphile possédait une flamme d'enthousiasme qui attirait et retenait autour de lui un auditoire où les étudiants sauront, à l'heure du péril, se hausser jusqu'au martyre. Ses opinions s'exprimaient avec cette chaleur qui entraîne les plus calmes; c'est ainsi peut-être qu'Eusèbe se laissa imprégner d'origénisme. Pamphile était irrésistible et quand Photius a écrit qu'Eusèbe s'était constitué son « esclave '■ «, il a commis une grossière erreur, car jamais attachement ne fut plus libre, plus volontaire, à tel point qu'Eusèbe voulut faire sui\Te son nom de celui de son ami : Eùocpûjç ô ITa^çO.ou et comme dira saint Jérôme : Ob amicitiam Pamphili marlyris ab eo cognomenlum sortilus est ".

IV. Persécution. — En 303 se déchaîna la persécution de Dioclétien, dont Césarée de Palestine devint un des foyers les plus actifs. Eusèbe a raconté les scènes qu'il eut alors devant les yeux, les églises détruites jusqu'au sol, les saintes Écritures jetées dans les bûchers dressés sur les places publiques, les chefs des Églises et leurs collaborateurs traqués et mis à mort '*. On vivait sous une tyrannie dont rien ne permettait de fuir les fureurs et qui pouvait à toute heure atteindre celui qui se flattait d'avoir échappé. Il a raconté dans son livre Sur les martyrs de Palestine le supphce de Procope (ch. i), d'.Apianus (ch. iv), de Pamphile (ch. xi), avec lesquels il avait vécu dans une étroite intimité. Quelle fut son attitude pendant ces moments difficiles? Il partagea une partie de ses journées avec ses amis prisonniers. Tillemont '^, sur l'autorité de Photius, suppose qu'il partagea leur prison, mais Photius ne dit rien de semblable et simplement qu'Eusèbe se trouvait avec Pamphile dans sa prison quand ils composèrent un ouvrage en commun, consacré à la défense d'Origène. Pamphile périt avant qu'il fût terminé et le traité fut terminé par Eusèbe et adressé par lui aux martyrs enfermés à Phounon (voir Ad jietalla) '«. Pendant que la persécution faisait rage, Eusèbe ne s'éloignait pas des points les plus menacés; on le voit, témoin oculaire du supplice des martyrs, non seulement à Césarée, mais encore à T>t, lorsque plusieurs fidèles furent déchirés par les bêtes dans l'amphithéâtre "; il va même alors en Ég>'ple, où nulle part la persécution ne fut plus violente, et loin de se dérober, il allait dans la foule assister à ces hécatombes où on vit périr en même temps dix, \ingt ou trente et jusqu'à cent victimes. Toute cette partie de la chronologie d'Eusèbe est encore remphe d'incertitudes. Peut-être le voyage d'Egypte est-il postérieur au martyre de Pamphile. D'après le récit de Potamon, il aurait même été arrêté et mis en prison pour la foi ". Comment serait-il parvenu à en sortir sain et sauf, on l'ignore.

A'. PnEjHERs TR.\v.\ux. — Toute cette première période est remplie de travaux littéraires. A l'école de Pamphile, Eusèbe avait pris le goût et le maniement de la méthode philologique en honneur à Alexandrie. Il s'enrichit de notes, d'extraits, emplit l'immense réservoir de celte mémoire où il puisera

1» Eusèbe, De martyrib. Palœst.. c. iv. — "S. Jérôme, Contra rtiilin..\. 1,0. IX.— l'J.K. Valetla. iI«otioj 'E-iaToXat, 1S61, n.Ti. — "Deviris musIrihtis.n.Hl. — "Hist.ecclés. ,i.\'lU, c. II. — i'.\/ém. pour servir à l'Iiist. ecclis., t. vu, p. 41. — " Photius, Bibliotlteca, cod. cxvni. — " Hist. eccles., I. VIII, c. IX. — '"Potamon soutint le fait devant le concile de Tyr en 335. Cf. Pauly-Wissowa, op. cit., t. vi. col. 1375.

EUSEBE DE CESAREE

pendant près de quarante ans avec une prodigalité sans pareille tout ce qui peut servir à son grand dessein historique.

Au nombre des plus anciens écrits d'Eusèbe doit se placer une première rédaction de sa Chronique. Il en parle non seulement dans la Préparation et dans rHis(o;re,mais encore dans les Églogues Récrites avant la pacification de 311. 11 en parle sous ce titre: Xpov'-y.ol zavôveç xal c-ito[jit] TiavToSaTrijç ic!zopLoi.z 'EW.tjvuv TE x.al Pappâpcov. Vers le même temps (303) et certainement avant 307, se place un écrit contre Hiéroclès : Eùas^tou toû IlaixçlXo'J Trpôç -rà [ùkô] ©tXo- CFTpaTou elç ' AtzoIXw'jiov Sià tTjV 'lepoxXsî 7rapaXv;ç- 6cïcav aÙToO ts y.od to5 XpttJTOû aù'p'.piai'v. C'était une réfutation contre le futur persécuteur qui se contentait encore de la polémique et opposait au Christ Apollonius de Tyane. Eusèbe, tout heureux de faire preuve de ses immenses lectures, prenait plaisir à dénoncer les passages empruntés par Hiéroclès à des écrivains qu'il oubliait de nommer, Celse particulièrement. A cette même période d'essais et d'érudition débordante apppartiendrait un recueil d'anciens martjres, antérieur à la persécution de 303 -.

Entre 303 et 305 paraissent les Eclogœ prophetarum; c'est encore une compilation. Eusèbe se borne à choisir et à rapprocher des prophéties de l'Ancien Testament relatives au Christ. La méthode suivie peut sembler timide; elle annule, en apparence, l'auteur, qui se dissimule derrière les textes qu'il présente; mais, en réalité, Eusèbe applique la méthode la plus insidieuse de l'histoire, celle qui met le lecteur en contact direct avec les faits et lui laisse croire qu'ils sont les seuls, qu'il n'en existe pas d'autres, qu'ils se présentent suivant cet ordre et qu'ils démontrent ce qui ressort de leur rapprocliement. Le travail de l'historien est oublié, son intervention si adroitement masquée qu'il peut tout faire croire, à condition de ne rien dire et de laisser parler les textes tout seuls.

A partir de 305, Eusèbe commence les premiers travaux qui aboutiront à son Histoire eeclésiastique, sans qu'on puisse dire comment il l'a conçue tout d'abord et par où il s'est pris pour aborder son sujet. Mais c'était une oeuvre de longue haleine et qu'il interrompait par d'autres travaux. Ainsi, en 307, Pamphlle fut mis en prison et Eusèbe se fit un devoir de collaborer avec son maître à un ou\Tage que celui-ci eût, sans doute, été dès lors empêché de mener à bonne fin. C'était une Apologie d'Origène destinée aux confesseurs égyptiens enfermés dans les mines de Phounon en Palestine. Cet ouvrage dut occuper Pamphile et Eusèbe pendant les années 308 et 309. Il n'était pas terminé en 310, quand Pamphile fut martyrisé, et Eusèbe se chargea d'écrire le dernier li\Te '. Entre 310 et 312, Eusèbe composa une biographie de Pamphile. Enfin, en 313, il donna un livre sur les Martyrs de Palestine. Toute cette activité littéraire n'était en quelque sorte que l'emploi des loisirs entre de plus grandes entreprises et comme un délassement à la composition de l'Histoire ecclésiastigue, dont les neuf premiers livres parurent peu après les Martyrs de Palestine. En même temps, Eusèbe menait de front deux ouvrages : la Préparation évangélique et la Démonstration évangélique, adressés à Théodote de Laodicée, qui sont un remaniement de V Institution générale élémentaire : KaOoXo'j azoïysibiSr,!:; ciaayoiyr], dont les Eclogie avaient fait partie prlmitivemenl. Enfin, Eusèbe travaillait encore à un Désaccord des

' Priepar. evangel., 1. X. c. i.\; Ilisl. ecclcs., I. I, c. ix; Eclog. prnph., p. 1 , 27 sq. — * //i.s7. eccles., 1. V, pra'f. ; c. XX ; L. Duchcsne, dans Met. d'nrcliéol. et d'Itisl., 1885, t. v, p. 120. — * Le premier livre de cette apologie s'est conserve dans la traduction de Hulln d'.Aqiiilèe. ■ — • .Mrni. pour servir à l'ttist. ecctés., t. vii, p. -12. — * (!oU'ti. Ciinciliii, t. i.

évangiles en trois livres, qui ne nous est parvenu que dans un abrégé.

VI. Épiscopat. — A son retour de Thébaïde, lorsque la paix fut rendue à l'Éghse, Eusèbe re\int à Césarée. probablement dès l'année 313, et fut élu évèque de cette ville. Son prédécesseur immédiat fut Agapius, dont il a parlé, et il semble que ce soit par erreur que Baronius, Tillemont ♦ et ceux qui s'en sont exclusivement inspirés ont introduit entre Agapius et Eusèbe un évèque nommé Agricolaus, qui aurait siégé au concile d'Ancyre de 314 comme évèque de Césarée *: mais le Synodicon et la hste s>Tiaque précisent qu'il s'agit de Césarée de Cappadoce. Ce fut en qualité d'évêque voisin et d'ami qu'Eusèbe se rendit à Tyr, à l'invitation de l'évêque Paulin, pour prêcher à l'occasion de la dédicace de l'éghse reconstruite dans cette ville. Ce discours s'est conservé grâce à l'Histoire ecclésiastique, dans laquelle Eusèbe l'a inséré, mais sans dire qu'il en était l'auteur, bien qu'à dire vrai, il ne s'en cache guère quand il écrit : y.acî ti; èv y-éacù Traps/.- 0ÙV Tciv [isTOLtoç ÈTTtsty.wv z. T. X.'. Ccttc dédicacc n'a pas eu heu postérieurement à l'année 315. On sait peu de chose sur l'activité d'Eusèbe dans son diocèse, mais du moins sait-on que la proposition qu'on lui fit ' d'un siège plus briUant et plus avantageux lut accueillie par un refus. L'usage existait encore à cette époque d'être évèque pour les autres au Heu de l'être pour soi-même.

VIL Le concile de Nicée. — L'arlanisme fut recueil sur lequel eut à soullrir la réputation d'Eusèbe. A une époque où tout le monde faisait de la théologie, Eusèbe fit de la théologie comme tout le monde, mais ce tempérament d'historien robuste, capable de saisir, de classer et de combiner les faits et les événements, répugnait aux habiletés des métaphysiciens, et n'entendait pas très bien les souplesses où se complaisait l'inteUigence d'hommes moins Instruits que lui, mais plus subtils ou plus retors. 11 n'est pas douteux que les préférences d'Eusèbe allèrent à Arius et, s'il faut en croire Eusèbe de Nicomédie, la doctrine arienne trouva dans l'évêque de Césarée un zélateur infatigable * ; mais ce témoignage semble excessif et peut-èt re Eusèbe n'a-t-il pas voulu autre chose que la modération dans la discussion et la tolérance à l'égard des individus. La déposition d' Arius lui parut un acte peu justifié et ils'en ouvrit à l'évêiiue d'.Uexandrie. qui n'avait pas, selon lui, entendu exactement les opinions de l'hérésiarque". Sur ce point, Il se trouvait en plein accord avec ses collègues Théodore de Laodicée et Pauhn de Tyr, et leur opposition contrariait assez Alexandre d'Alexandrie pour que celui-ci s'en plaignît à son collègue de Constantinople, qui accusait les trois évêques sjTiens, oùx oI8' ôro; èv Suplx j(eipoTOV7]9É''/Teç èr.'i<7y.oT:oi Tpeïç. de répandre l'esprit de révolte '". Arius, d'ailleurs comptait sur eux comme sur de fermes partisans et, nommément, sur l'évêque de Césarée de Palestine ". Au concile d'Alexandrie qui avait déposé Arius, les évêques palestiniens opposèrent une réunion moins solennelle, mais dans laquelle ils se prononcèrent pour le prêtre déposé, demandèrent sa réintégration dans sa charge, à condition qu'il se soumit à son évêquc '-'. Celte réserve était plaisante. Si Arius avait consenti à se soumettre à son évèque, il n'eût pas été hérétique, puisque leur désaccord ne touchait en rien à la discipline; partant, il n'eût pas été déposé.

Ces premières controverses ariennes n'étaient pas

col. 1505. — * Ibid., t. i, col. 1509; Cowpcr, Suriaii miscellanies, p. 41. — ^Ilist. eccles., I. IX, c. iv. — • Tliéoilorot , Jlisl. eccles.. I. I, c. v. — • Ciiletl, Concilia, t. viii, col. 1 1 18.

— '•ïhèo(lorot,His(. eccles., I. I, c. m. — "/*(((., I. I. c.iv.

— " Sozoméno. Ilisl. eccles., I. I, e. xv. /'. (,'., t. i.xvii, col. «104. si|.

RUSEBE DE CESAREE

si c.aplivanles qu'elles détournassent Euscbe de ses Dccupations et ne lui permissent de recueillir l'estime due à ses travaux. Il était entré en relations avec l'empereur Constantin — peut-ftre à l'occasion de son discours dans la basilique de Tyr — et l'empereur admirait sans réserve l'étendue de son savoir. Ces relations avec le monde ofTiciel seraient pour Eusèbe un nouvel écueil. Cet homme de cabinet, de solitude, n'était pas insensible, comme il aurait dû l'être, à l'éclat du pouvoir et aux avantages dont celui-ci sait récompenser les complaisances. Eusèbe ajouta à son Histoire ecclr'siastique un dixième et dernier livre, dans lequel il montrait Constantin comme le héros désigné par la Providence pour le triomphe de l'Église chrétienne. Pas plus qu'Eusèbe, Constantin n'était indifférent à la louange, et une alliance étroite, qui ressemble à une intime amitié, associa l'évêque et l'empereur. ],e concile de Nicée fut l'occasion solennelle où se révéla la faveur dont jouissait Eusèbe.

Cette faveur était-elle déjà assez alarmante pour qu'on ait tenté de briser l'évêque courtisan? C'est ce ((u'il semble impossible d'afTirmer. On a bien, sans doute, invoqué un certain concile d'Antioche qui aurait condamné Eusèbe en 324 ou 325, en sorte que c'était moins un courtisan qu'un accusé qui se présentait à Nicée ' ; mais ce concile n'a probablement jamais été réuni et ses actes n'ont été, pour cause, rédigés qu'au vi= ou au vni" siècle -. Quoi qu'il en soit, Eusèbe fut un des coryphées du concile, mais son influence s'exerça, s'il est permis d'ainsi parler, « dans les coulisses ». L'empereur voyait par ses yeux, et les confrères épiscopaux, les uns admirateurs, les autres jaloux, d'autres naïvement ignorants, se trouvaient obligés de recourir à la science impeccable de cet homme qui valait mieux qu'une bibhothèque, car c'était un livre ouvert à la page où on voulait le consulter.

VIII. Le discours d'ouverture. — Un collègue parvenu à une si haute faveur méritait bien des ménagements; aussi, quoique le siège de Césarée de Palestine n'eût rien qui permît de rivaliser d'éclat avec ceux de Rome, d'Antioche et d'Alexandrie, Eusèbe fut choyé et poussé par ses collègues, qui lui attribuèrent le premier siège à la droite de l'empereur, Tcôv ÈTctaxÔTTcov 6 Toû Ss^toû TaynaToç TTpcoTE'Jcov', et lui confièrent l'adresse à Constantin quand celui-ci vint siéger au concile *. Licinius venait de succomber depuis peu et son heureux vainqueur célébrait la vingtième année de son règne, vicennalia; tout cela composa un discours fort élogieux, un peu claironnant, •/apiCT/jptov ûfivov, comme dit Sozomène ^ et ((Ui s'accordait assez bien avec les circonstances, peut-on croire, car il est perdu; mais le sens que l'orateur avait des flatteries capables de toucher celui à (jui il s'adressait permet de préjuger ce qui s'y trouvait. D'ailleurs, nous possédons le discours des iricennalia par le même Euscbe et il est vraisemblable que le ton et la manière n'ont guère changé ".

IX. Le symbole de Nicée. — Eusèbe avait de grandes prétentions; il se trouvait, lui, trois cent dixhuitième, aussi instruit que ses trois cent dix-sept collègues et cette comparaison lui suggérait qu'il possédait tout le nécessaire pour devenir leur inspirateur et leur guide; aussi prit-il une place importante dans les discussions et il ne manqua pas de s'en faire honneur devant ses diocésains. Il arrivait à Nicée muni du sj'mbole baptismal en usage dans son Église,

' E. Schwartz. dans Nachrichten der Gôttingische Ges. rf. •Wissenscli., 19UÔ, p. 271; cf. 1908, p. 305. — =A. Harnack, dans Sitziingsberichte de l' Acad. de Berlin, 1908, t. il, p. 477 ; 1909, t. I, p. 401. — 'De viia Constantini, 1. III, c. xi. — 'Ibid., 1. I, pra?t., 1. III, c. xi. • — 'Sozomène, Hist. eccles., I. I, c. XIX. — 'Théodoret, op. cit., 1. I, c. vi, attribue le discours d'ouverture ù Eustathe d'Antioche, mais le dis-

élaboré, revisé par ses prédécesseurs, adopté et enseigné par le cher maître Pamphile; aussi ne concevait-il rien de plus excellent et trouvait-il trop naturel que le symbole de Césarée devînt le symbole de l'ÉglLse universelle. L'empereur s'en déclarait satisfait, à condition qu'on y introduisît quelque part le mot ôfxoo'jctoç. Les Pères partirent de là pour suggérer, eux aussi, leurs desiderata, insertions ou retranchements. En somme, Eusèbe fournit la trame sur laquelle on tissa quelque chose qui ressemblait fort peu au texte de l'Église de Césarée; ainsi on supprima ces mots : TrpMTÔToxov TTàoTiÇ ZTifjewç, ~po Ttdvrwv a'.ojviojv £X Toû ©Eoû TtaTpoç ycyc-<jM-ri\j.iMo-t ; on en ajouta d'autres, par exemple ; ©sov àXr,6ivov èy. 0eoû à).T|9ivoû, ônooÙOTov T6> TraTpî. C'était un grave déboire. Non seulement on retouchait, mais on corrigeait le sens et même la doctrine, et l'Église de Césarée recueillait, grâce à son évcque, un assez fâcheux compliment. Eusèbe dut être outré. Son tempérament ne le portait pas aux extrêmes, son métier de courtisan l'en détournait aussi, mais le coup était si direct et si pénible qu'il lui fallut un peu de temps pour se ressaisir et il demanda le temps de la réflexion. Pour sauver la face, il affecta de découvrir dans les formules nouvelles de l'obscurité. Que voulait-on dire avec ce Verbe qui est « de la substance du Père », èy. tt,? O'joiai; Toù -arpôç, qui est « engendré, non créé », yevvrfiévrai. oÙTïOirjOévTa; qui est de la même • substance • ô|jiooiJCTtov? Il était assez visible que l'évêque de Césarée s'était fourvoyé et battait en retraite; les inspirateurs de la théologie nicéenne, Athanase et Alexandre, no devaient pas être peu désireux de ménager et de gagner à leur cause ce savant d'une réputation universelle. Il ne demandait qu'à comprendre, on lui donna des explications et, sans doute, étaient-elles si lucides qu'il se déclara éclairé, convaincu; bref, il signa. Mais en écrivant à son Église de Césarée, il ne manquait pas de faiie entendre que tous les maux et les rivalités qui déchiraient les Eghses venaient de l'abus des termes non scripturaires. Au fond, c'était toujours le même personnage qui avait composé ces livres en enfilant des textes, afin de leur faire dire ce qu'il pensait lui-même; il n'imaginait un bon symbole qu'en parfilant des lambeaux et des mots détachés de l'Écriture sainte. Cet état d'esprit vaut la peine d'être noté au passage; c'est l'ccueil de l'érudition. A force de vouloir citer, on ne fait plus et on ne voit plus et on ne comprend plus que les citations et on ne sait plus faire autre chose, y mettant le fin du fin et se défiant de tout ce qui est nouveauté, trouvaille, agrément, argumentation, comme d'une licence prise à l'égard de la vérité.

X. La question tascalf. — Le concile aborda une question d'érudition pure où Eusèbe allait pouvoir donner carrière à son érudition. Le cycle de dixneuf ans qui finit par prévaloir dans l'Église et garda le nom de « nombre d'or » passe pour être l'œuvTe d'Eusèbe; mais, à vrai dire, on n'a aucune raison d'admettre que le concile de Nicée ait adopté le cycle de dix-neuf ans. C'est Anatole de Laodicée qui, vers 284, adapta à la détermination de la Pâque le cycle depuis longtemps appelé de Méton. Sans doute on lit dans la Lettre XXI JI' de saint Ambroise que les Pères de Nicée congregatis peritissimis calculandi, decem et novcm annorum collegere rationem et hune circulum enneadecaterida nuncaparunl. Un siècle plus

cours qu'il lui attribue est conservé par Fabricîus, Bihl. grœca, t. i.\, p. 132 sq.; c'est un ouvrage post-nicéen qui semble appartenir à Grégoire de Néocésarcc. Théodore de Mopsueste et Philostorge, cités par Nicétas Clioniate, disent que ce fut Alexandre d'Alexandrie qui fit le discours d'ouverture; il y eut probablement plusieurs adresses à l'empereur.

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