EUSEBE DE CÉSARÉE
tard, saint Cyrille, écrivant au pape saint Léon, attribue l'adoption de ce cycle au concile, mais tout ceci est sujet à caution. Dans les textes relatifs à la question pascale à Nicée, on ne trouve pas un seul mot sur le calcul de la Pâque: ensuite, à Rome et en Occident, on a continué longtemps à employer un autre cycle plus ancien.
A supposer que le cycle de dix-neuf ans ait été adopté par le concile de Nicée, on n'a pas l'ombre d'une raison pour l'attribuer à Eusèbe. Saint Jérôme dit, dans le De viris illuslribus, n. 61, qu'Eusèbe composuit un canon pascal sur un cycle de dix-neuf ans et Bède, qui n'a sans doute fait que copier saint Jérôme, a ajouté, de son cru, qu'Eusèbe fut « le premier » à appliquer ce cycle au comput pascal, ce qui est faux. Eusèbe a, il est vrai, écrit un traité sur la fête de Pâque dont il ne s'est conservé qu'un fragment, et il a pu y parler du cycle de Méton. C'est à ce traité que saint Jérôme et Bède font probablement allusion; seulement il a été écrit longtemps après le concile de Xicée, auquel 11 est parfaitement étranger.
Le décret rendu par le concile de Nicée relativement à la célébration de la fête de Pâque, bien qu'il ne nous soit pas parvenu ^ est connu néanmoins, grâce à plusieurs témoignages, qui sont :
1" La lettre synodale adressée à l'Église d'Alexandrie '; 2° la lettre encyclique de Constantin aux évêques, à l'issue du concile =; 3° deux passages des écrits de saint Athanase, témoin oculaire *. Dans la lettre à l'Église d'Alexandrie on lil ceci : « Nous vous donnons l'heureuse nouvelle de l'entente qui s'est faite au sujet de notre très sainte Pâque : grâce à vos prières, ce point a été réglé comme les autres. Tous nos frères de l'Orient qui ne s'accordaient pas en ceci avec les Romains, avec vous et avec ceux qui, dès l'origine, ont suivi vos usages, célébreront désormais la Pâque en même temps que vous. » La lettre de Constantin insiste sur le désagrément d'avoir à recourir aux juifs pour fixer la date de la fête : « Il est vexant, écrit-il, d'entendre les juifs se vanter que, sans eux, les chrétiens ne sauraient observer la Pâque; » et l'empereur montre la nécessité de se ranger à l'usage de l'immense majorité, celui « que suivent les Éghses de l'Occident, du Nord, du Midi, et même quelques-unes dcl'Orient^;» il précise et énumère : « la ville de Rome, l'Italie et l'Afrique entières, l'Egypte, les Espagnes, les Gaules, les Bretagnes, toute la Libye, la Grèce, le diocèse d'.^sie, celui du Pont et la Cilicie. »
Les Alexandrins célébraient toujours la fête de Pâques après l'équinoxc de printemps. Sur ce point les cycles de Denis d'Alexandrie et d'.\natole de Laodicée étaient d'accord. Un traité sur la Pâque, rédigé par saint Pierre d'.\lexandric (t 312) et inséré dans la Chronique pascale, met en lumière l'erreur des juifs, qui ne s'occupent pas de l'équinoxc, contrairement à la pratique de leurs anciens. Le comput alexandrin pourrait être désigné sous le sobriquet d'équinoxialiste; en Occident, celle préoccupation était moins impérieuse. Dans le diocèse d'Orient (Syrie, Mésopotamie, partie de la Cilicie) on se réglait sur le comput juif et il en résullait un écart presque annuel dans la célébration de la fètc entre ces Églises et le reste de la chrétienté. C'était là le comput anli-éqiiinoxialisle, admis dans les provinces dont Anlioclie était la métropole ecclésiastique et civile.
' Pitra, Spieilegium Snlesmcnse, in-l». Parisiis, 1858, t. IV, p. .540-555; et. De Hossi, Iiixvript. christ, urh. linmip, t. I, prêt., p. Lxxxvi; le décret découvert et publié par Pitra, op. cil., n'est pas aiitlientiquo. Cf. A. Ililgpnfcld, Dcr Pusclmstreilrter allen A'irWif,iii-8", Halle, 1860, p.:i67 sq.
— • Théodorct, Ilixt. ecclis., I. I, c. viii. — ' Ibid.. I. I, c. IX.
— *S. .Athannse, De .sj/nodi'.s, c. v, P. G., t. xxvi, col. 681; Epistolaad Afros.c.li,P. G.,t. xxvi.col. 1020. — *Ku:;ébe, De solemnilate pascituli, c. viii, P. G., t. xxiv, col. 701. —
Sur ce sujet de la fixation de la fètc d'où dépendait tout le développement de l'année ecclésiastique, l'antiquité chrétienne avait toujours répugné à abandonner cette fixation à l'évèque de chaque Église en particulier. La tendance à l'uniformité se remarque aussi haut qu'on puisse remonter. Les papes de Rome avaient considéré comme un grave devoir de leur charge de porter, en temps opportun, à la connaissance des Églises, la date déterminée pour l'Église universelle. C'était leur devoir et c'était aussi leur droit, de faire cette notification, les anciens auteurs de tables pascales le reconnaissent : apostolica auctorilate universalis Ecclesia per iotum orbem definiltim pascbœ dicm sine uUa disceptatione cognoscebat'. Victor d'Aquitaine n'est pas moins formel : Ubi in hoc cyclo, dit-il, dies paschœ geminata designatione positus invenilur, non meo judicio aliqnid definitum. sed pro ecclesiarum pace aposloUci pontificis electioni servatum..., ut in cjus constiluerelur arbilrio, qui universali Ecclesiœ prxsideret, quœnam potissimum dies in lali canditione SQk'mnitale prœcipue deputelur '. De ceci on peut conclure que, si les Pères de Nicée ont recommandé la science des comput ist es alexandrins, ils n'ont pas imposé l'obligation absolue de s'en remettre à eux. Si le calcul sur la fixation de la date donnait à Rome un résultat différent de celui d'Alexandrie, on se réservait le droit de rejeter ce dernier.
De leur côté, les Alexandrins savaient faire des concessions. La chronique sjTiaque d'Athanase donne, en 349, ce renseignement ^ : Hoc anno dominica paschatis, etc., ni kal. aprilis. Sed cum renuissenl Romani dicenies, se ob iraditionem a Peiro apostolo acceptam haud progredi ultra diem xxvi Pharmuthi, ncque citrn XXX Phamenoth lunx XXI (lacune peu considérable) m kal. aprilis, consulibus Limenio et Calulino. Donc, en 349. Romains et Alexandrins ne s'entendaient pas sur la fixation de la fête. Les premiers ne voulant pas sortir des limites 22 mars-21 avril, la Pétri apostoli Iraditionem, les seconds consentirent à metlre, cette année, leur fêle de Pâque au 2G mars, au lieu du 23 avril, primitivement fixé. Mais, en 444, dans un cas analogue, Rome céda et fêta Pâques le 23 avril, et encore en 455.
La lettre synodale d'.^rles (314) au pape Sylvestre s'ouvre par ce décret : {'/ uno die et tempore pascha celebretur. Primo loco de observationc paschse Domini ut uno die et uno tempore per omnem orbem a nobia nbservetur et juxta consuetudinem littera.^ ad omnes tu dirigas '. Ce droit de notification solennellement reconnu et réclamé, les papes de Rome n'allaient pas s'en dessaisir pour se laisser guider par les calculs de l'évèque de Césarée. L'Église romaine fixait la Pâque d'après la table pascale dont raulhenticilé, mise en question par Idcler '", a été établie par le codex Filocalianus ". Ni Gilles Boucher, ni Noris ne s'étaient enquis du cycle d'où procédait la table pascale fllocalienne, il leur avait suffi de constater de nolable.s écarts entre elle et le cycle romain, d'une part, et les règles coni putales latines, d'autre part . 'Van dcr Hagen ' ■' restitua la table pascale en question à l'Église de Rome et affirma que les mois lunaires y étaient calcules d'après les principes et les règles du cycle de LXXXIV ans. L'origine de la table filocalienne a confirmé ces observations. .\ l'époque du concile d'Arles, c'esl-à-
• S. Cyrille d'.Xlcxandrie, l^nilnoii" poselmtis, dans Rucherius, Dr iliiririnti linipnnim. p. ISl. — ' Iliitl.. p. !l, 10. — " Miii. .\iivtt hihliiillwrii l'iilriin). t. vi, p. 0. — ' F. Lauchcrt, Jiir cttnttnes ttrr ivifltliQ^tiii ullhirchticlien Cnncilien nebsl ilnt apaalitliclicn Kanimex. In-S". Freiburg, 18'.)6, p. 26. — '" Ideler, lltmdhtich dcr Chrimiilnfiie. in-8', Hcriin. 1X26. I. IT. p. 275. — "De Rossi, Inxrripl. christ. . 1861, I. i. p. i.xxxv. — *'\'nn dcr Ilngcn. fthstri'ulinnrs in Pmspvri C.lirunirnn, p. 2n6-;i20.
EUSEBE DE CESAREE
Vos
(lire à la veille du concile de Nicée, l'Église romaine ] laisail usage du cycle de LXXXIV ans pour la fixation de la Pàque. Nicée allait valoir un prestige singulier aux Alexandrins : en 360, nous voyons que l'Église de Milan elle-mêrae avait abandonné la suppulatio romana pour adopter le cycle alexandrin de dix-neuf ans.
XI. Discussion avec les philosophes. — Dans la dispute entre les évèques et les philosophes que raconte Gélase de Cyzique, Eusèbe prit une part considérable, ce qui n'avait rien que de fort explicable de la part de l'auteur de la Préparation évanyélique, dirigée contre les païens et principalement contre Porphyre, qu'il prenait à partie. Le philosophe Phaedon oppose à Eusèbe le texte des Proverbes, vin, 22, dans lequel la Sagesse dit : Dominus creavil me in initia l'iarum saaram, et conclut que le Logos lui-même proclame sa propre création, y-in[j.a.. Eusèbe le réfute longuement, mais toute cette controverse est, en partie, fictive et un simple jeu littéraire.
XII. Droits métropolitains. — Le septième des canons de Nicée a conservé le souvenir de la rivalité entre l'évèque d'/EUa Capitolina (Jérusalem) et son métropolitain, l'évèque de Césarée, qui parvint à sauvegarder sa prépondérance '.
XIII. CoxaLE d'Antioche. — L'évèque d'Antioche, Eustathe, nicéen déterminé et antiarien inihtant, menait l'opposition contre Eusèbe, devenu, un peu à son corps défendant, chef de parti et origéniste avéré. Cependant il s'en fallait qu'il adoptât toutes les opinions d'Arius en matière dogmatique. Arius et Eusèbe de Nicomédie, le personnage le plus influent du parti, établissaient une différence radicale entre le Verbe et le Père, tandis qu'Eusèbe adoptait un moyen terme et se contentait de subordonner le Verbe pour en faire un dieu en second. Cela conduisait au subordinatianisme, qui n'était pas fait pour déplaire à Eusèbe, puisque Origène l'avait enseigné. Le fond de sa pensée l'amenait ainsi à un Christ, dieu sorti de Dieu sans être tout à fait dieu lui-même. Tout ceci lui paraissait peut-être un peu obscur, un peu contradictoire, mais on ne sait pas toujours être clair et logique. Ce n'était pas ce que pensait Eustathe d'Antioche, qui le traita d'arien pendant que lui-même le traitait de sabellien; ce qui n'était peut-être que des étiquettes à l'usage de deux hommes qui se détestaient et se souhaitaient tout le mal possible. Du moins une chose était claire, c'est qu'on assistait à une dispute personnelle, dont les champions avaient derrière eux tous les évèques du monde chrétien -. En 330, on entreprit de vider la querelle, au risque de l'envenimer, ot un concile se réunit à Antioche pour étudier l'accusation de sabellianisme portée contre Eustathe; les Pères du concile étaient tous ariens ou sympathiques a l'arianisme, en sorte que le résultat fut vite acquis. Eustathe fut déposé et le concile nomma à sa place Eusèbe de Césarée. L'affaire était grave, les partisans d'Eustathe bien déterminés à le soutenir envers et contre tout concurrent. .Antioclie semblait à la veille de séditions, ce qui n'était guère fait pour attirer Eusèbe, pacifique par tempérament et par habitude. Pis que tout cela, la perspective de quitter Césarée devait lui apparaître comme une catastrophe. Il était alors septuagénaire, ou peu s'en fallait, et sentant venir la vieillesse et la mort s'approcher, voyant ses chers livres et tant de travaux entrepris et qu'il lui restait à peine le temps nécessaire pour les mener à bonne fin, il ne pouvait hésiter; il refusa toute candidature,
* Tout ce qui a trait au rôle d'Eusèbe à Nicée a été exposé et discuté dans le texte et dans les notes de Hefelc-Leclcrcq, Histoire des conciles, t. i. — = Socrate, liisl. eccles., 1. I, c. xxiii; Sozoménc, Histoire cccles., I. II, c. xvni, xi.\. — 'De Vila Conslaiilini, 1. III, c. Lx, lxi, lxm. — 'ïheodoret.
invoquant la règle de l'Église, de tradition apostolique, qui interdisait les Iranslatiorts d'un siège à un autre. Constantin, à propos de cette affaire, écrivit trois lettres ', adressées au peuple d'Antioche, à Eusèbe et aux évèques du concile.
XIV. CoxaLES DE CÉSAKÉE, DE Tyr ET DE JÉRU- SALEM. — Eusèbe aurait pu se flatter d'avoir conquis la paix en refusant de quitter Césarée, si l'arianisme ne l'y avait relancé. (Constantin ordonna à saint Athanase de comparaître devant un concile à Césarée, et il fut induit au choix de cette ville, nous apprend Théodoret *, parce que les ariens s'y trouvaient en majorité : è'v6a S'q TtXsio'jç 7;oav oi 8'JC(xc^£Ïç: il est probable que la confiance que l'empereur plaçait dans la modération (è-tetzeia) d'Eusèbe n'aura pu que fortifier son choix. Saint Athanase refusa de comparaître, tenant ce concile pour une assemblée d'adversaires décidés à le condamner sans l'entendre ' (334).
L'année suivante (335), nouvelle assignation à comparaître devant un concile tenu à Tyr. Théodoret suppose que ce changement de lieu était consenti pour donner une apparente garantie de sécurité à Athanase, qui avait lieu de se méfier de ce qui pourrait lui advenir à Césarée. Dans la lettre des évèques égyptiens au concile de Tyr, on lit que la loi divine interdit à l'ennemi de se constituer juge et, peu après, sur un ton de mystère : « Vous savez pourquoi Eusèbe de Césarée est devenu l'ennemi d'Athanase depuis l'année dernière'. » Ce qui se passa au concile deTyr a été raconte ailleurs'; il semble que le rôle d'Eusèbe fut assez effacé, et saint Athanase semble le plus souvent l'ignorer, ou, s'il le nomme, c'est sans lui adresser de graves reproches. D'ailleurs, Eusèbe avait alors probablement dépassé l'âge de soixante-dix ans; il n'avait jamais été de tempérament agressif ni même fort combatif; tout au plus, engagé dans le parti arien, aura-t-il prêté son personnage pour faire nombre. C'était beaucoup trop, sans doute.^ Athanase n'attendit pas une condamnation certaine, il s'embarqua à Tyr et se rendit auprès de Constantin et les évèques se vengèrent en le condamnant par défaut. Il était dit que ces disputes porteraient malheur au vieil évêque, infidèle à l'érudition et fourvoyé dans la métaphysique. Parmi les Égyptiens partisans d'Athanase, on ne cherchait pas seulement à défendre, on se plaisait à attaquer. Un confesseur égyptien, nommé Potamon, accusa Eusèbe de lâcheté et d'apostasie pendant la persécution. D'après Rufin, l'accusation faite par Paphnuce était dirigée contre Maxime de Jérusalem. Une autre historiette également douteuse est celle d'une prétendue justification d'Athanase du crime de fornication, la fille séduite ayant fait erreur sur son séducteur. D'après Philoslorge, cette joute se serait passée entre .\thanase accusateur et Eusèbe accusé, bien qu'ayant dépassé largement l'âge des fredaines. Ces anecdotes ne semblent servir à autre chose qu'à faire voir qu'Eusèbe exerça la présidence du concile de Tyr, ce qui n'est cependant guère probable; tout au plus aura-t-il assisté aux sessions.
Le concile poursuivait ses opérations, lorsque Constantin lui envoya l'ordre de se transporter à Jérusalem, à l'occasion des fêtes solennelles de la dédicace de l'église érigée par les ordres de l'empereur, coïncidant avec SCS tricennalia. Depuis le règne d'Auguste pareil événement n'avait été célébré ; afin de lui donner le plus d'éclat possible, on convoqua tout l'épiscopat de ces régions, et, d'après une indication contenue dans les actes de saint Basile d'Ancyre », il en vint
Hist. ecdes., 1. I, c. xxvi. — *S. .\thanase, Festal letters, in-S", Oxford, p. xvii. — 'S. Athanase. Apolog. contra arianos, c. Lxxvii. — ' Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, — *,4(?/a .s(inc(, 22 mars; Tillemont, Sienwires pour seruir à l'histoire ecclésiastique, , t. vi, p. 284.
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deux cent trente. Naturellement ce fut une débauche de panégyriques : Eusèbe, pouvant discourir et flatter à son aise, se sentit comme rajeuni et prépara une belle harangue. Ces flagorneries ne servaient à personne et il eut été à souhaiter pour la mémoire d'Eusèbe qu'il n'eût jamais composé que des in-folio et des panégyriques. Et voici qu'après avoir lutté contre Athanase et Eustathe, il se trouvait affronté à Marcel d'Anc\Te.
XV. Concile de CoxsT.\>,"nNoPLE. — Si beaucoup de naïfs avaient rendu giàccs à Dieu de ;a conversion de Constantin, beaucoup aussi avaient eu le temps de se convaincre du préjudice que causait à la religion et à la loi chrétiennes cet événement, que d'autres naïfs, moins excusabico,. cnntinuent à célébrer comme l'affranchissement et le triomphe du christianisme. Chaque année, au contraire, apportait une démonstration nouvelle que l'indépendance dont l'Église avait joui sous les empereurs païens faisait place à la domestication. Constantin ignorait tout de la théologie, on ne saurait lui en faire un grief, — et de la métaphysique, on n'y saurait voir un éloge; mais il avait le tort de se mêler de ce qu'il n'entendait pas et de protéger ou de persécuter au gré de son intérêt politique ou de son imagination mobile ce qui lui causait pour un temps plaisir ou aversion. 11 avait persécuté Athanase, il lui donnait raison le moment d'après '. Les Pères du concile arien de Tyr avaient pris la poste pour se rendre aux lètes de Jérusalem; à peine les fêtes terminées, ils apprirent que leur concile avait déplu parce que tumultueux et tempétueux, p-tTÔ. Ôopûpou xal yeifi-côvoi;, en conséquence ils devaient reprendre la poste et venir opérer, à Constantinople cette fois, sous l'œil impérial. Ce fut une débandade. Quelques chefs de file, sentant le terrain se dérober sous eux et n'étant quelque chose qu'à la condition d'être chefs de parti, se résignèrent et se rendirent au commandement; le reste du troupeau hérétique décampa et regagna au galop ses évêchés.
En 336 le concile prescrit se tint à Constantinople et condamna Marcel d'Ancyre, antiarien indomptable. Mais ces évêques du iv=^ siècle, plus ou moins frottés de théologie, semblaient piqués de la tarentule d'écrire sur cette matière: ils s'en sont fort mal trouvés. Possédant à peu près les éléments de leur Credo, ils se mettaient à développer, à expliquer, même à définir, et laissaient échapper innocemment quelque fine hérésie dont ils ne s'apercevaient point. Dans le camp adverse, il ne manquait pas de gens dont tout le savoir consistait à dénigrer ceux qui ne demeuraient pas, comme eux, à ne rien faire, et dans ces foyers d'orthodoxie éclatait une indignation bien bruyante, suivie d'une dénonciation bien cnfiellée. Ce fut ce qui arriva à Marcel d'Ancyre, qui dut à ses critiques d'apprendre qu'il était suspect de sabeUianIsme. Le concile de Jérusalem, pour justifier son utilité, commença un beau procès, qu'il continua à Constantinople, et déposa Marcel •. Cette fois, Eusèbe en avait fait son affaire personnelle, siégeant ' puis écrivant, un peu à la hâte, deux livres Contre Marcel, revenant à la charge et composant en outre trois hvres intitulés : De ecdesiasiica Iheologia. dédiés à Flacillus, évêque d'Antioche.
XVI. Eusèbe et Constantin. . — Quand on se rappelle le nombre et l'importance des services rendus parles ou\Tages d'Eusèbe, on se sent incliné à l'indulgence envers ce grand laborieux, dont on ne peut guère, au cours d'une vie octogénaire, admirer que le labeur érudit. Eusèbe ne semble, en dehors de la passion de l'étude et d'une louable fidélité à la mémoire
' S. Athanase, Apol. contra arianos,c. Lxxxvi. — ' Socrate, Hist. ecclcs., I. I, c. xxxvi; Sozoméne, Ilist. eccles., l. H, c. xxxiii, — 'S. Athanase, ^/wi. fon/r. onViiios, c. Lxxxvii,
de son maître et bienfaiteur Pamphile, avoir possédé aucune vertu, aucune quahté, aucune séduction devant lesquelles la postérité s'attendrit ou, du moins, s-passionne. Ce n'était pas une âme vile, mais c'était une nature servile, impatient de glorifier ceux de qui il pouvait attendre une récompense. Ses rapports avec Constantin sont lourds à sa mémoire. Tout ce qui se trouvait de vraiment supérieur, le génie politique, l'activité et la compétence administratives; le sens, a défaut du goiit, des arts, l'instinct de la magnificence, tout cela restait étranger à Eusèbe, qui semble ne s'en être pas aperçu et n'avoir considéré dans l'empereur que le maître tout-puissant envoyé de Dieu sur la terre pour faire la prospérité de l'empire, le bonheur des citoyens et la félicité des théologiens. Est-ce par des flagorneries qu'il gagna la bienveillance et conserva la faveur de Constantin? D'après ce qu'on sait de celui-ci, on en peut douter. Satisfait de quelques hommages, Constantin n'eût pas galvaudé sa faveur et cette chose qui ressemblait à de l'amitié pour humer quelques fumées d'encens de plus ou de moins; ce qu'il apercevait et ce qu'il exploitait dans Eusèbe, c'était l'homme le plus savant de l'empire; une puissance à sa façon, par sa capacité de travail et l'influence que, parl'évêque, le chef de l'État pouvait exercer sur l'opinion pubhque. C'est entre 313 et 325 que ces deux hommes rapprochèrent leurs intérêts. En 313, Constantin écrivait au métropolitain de Césarée avec tout le flegme du protocole : « cher frère bien-aimé; » en 325, il l'avait conquis et, pour tout dire, asservi. On ne peut que le louer de son choix. Si le caractère d'Eusèbe oflre trop de prises à la critique et au blâme, il n'en restait pas moins un savant d'une culture universelle pour l'époque et, assurément, Constantin n'eût pu mieux s'adresser lorsqu'il voulait s'entretenir famihèrement de certains événements remarquables de sa vie, comme cette croix entrevue dans les nuages et pendant une bataille. Par sa science, Eusèbe avait droit au respect ; par sa modestie, il avait droit à l'estime lorsqu'il refusait le siège d'Antioche et Constanliu se trouvait heureux de pouvoir les lui témoigner. 11 poussait même ce sentiment jusqu'à l'admiration, à la lecture de traités comme le De Pasclui, qui devait sans doute lui apparaître d'une lecture aussi attrayante que pourrait l'être la Table des logarilhmes ou l'Annuaire du bureau des longitudes. Mais l'amitié se nourrit de concessions et, aux compliments impériaux, Eusèbe répliquait par toutes les blandices épiscopales. Constantin louait la grâce et la modération de cette parole, Eusèbe célébrait la sagesse cl la grandeur de ce règne. Dans ce dialogue, la dernière repartie resta à Eusèbe; Constantin mourut le premier (27 mai 337), Eusèbe ne crut pouvoir faire moins que de raconter cette vie qu'il avait tant célébrée, et il y consacra quatre livres intitulés De vila ConsUuUini. C'e&X, a-t-on pu dire, un « document de son enthousiasme pour ce <iu'il considérait comme les bonnes actions de l'empereur défunt, et de son habileté à dissimuler les autres. Le meurtre de Crispus — son fils — cl de Fausta — sa femme . — n'y ont pas laissé de trace; l'auteur a trouvé le moyen de raconter les conciles de Nicée cl de 'r> r, avec les événements ecclésiastiques qui s'y rattachent, sans prononcer le nom d'.Mlianasc et d'Aiius. C'est le triomphe de la réticence et delà circonlocution'.» D'ailleurs, ainsi qu'on a eu raison de le faire observer, « l'ouvrage n'est pas une biographie mais un éloge funèbre, dans lequel le bon archiviste qu'est lùisèbc ne peut se tenir d'insérer de longs documents ■•. • On
— 'Duclicsne, Histoire ancienne de Vïiglisc, t. ii, p. 191. ■ — •Eusèbe Histoire ecclésiastique, trad. Cirapin, ln-12, Paris, lîn:t, 1. III. p. XNiii.
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-s'est beaucoup prévalu de cette liaison entre l'empereur et l'évêque pour accabler Eusèbe, mais il n'est que juste de remarquer qu'« Eusèbe n'en a jamais tiré |)arti. Il a peu vu Constantin; une fois probablement à Nicomédie, après la défaite de Licinius, puis à Nicée, enfin à Jérusalem lors de la dédicace du saint sépulcre. D'autres évèques méritent le nom d'évéque de cour; ce n'est pas lui. Voilà peut-être en quoi consistait la modestie que Constantin prisait tant chez Eusèbe '. •
La réputation d'un évèque pour qui l'empereur montrait tant d'estime ne pouvait manquer de lui valoir l'attention générale. Une sœur de l'empereur, Constantia (voir Agnès, La rotonde de sainte), femme de Licinius, lui écrivit, avant 324. Elle était arienne et des plus convaincues, curieuse cependant, malgré les préventions de son milieu, de posséder des portraits <lu Christ et de saint Paul. Eusèbe se refusa à la satisfaire, lui conseillant de s'élever de la considération de l'humanité du Christ à celle de sa divinité '. Son refus est cassant, mais on n'en saurait rien conclure pour le caractère d'Eusèbe, qui. peut-être, faisait sa cour en recevant de celte façon un peu rude la femme d'un prince que Constantin combattit, détrôna et fit mourir, probiiblement à une date rapprochée de celle de cette lettre.
XYII. Derniers tr.\v.\lx, dernières .\nnées.
— Toute l'activité d'Eusèbe n'était pas absorbée par les discussions théologiques et par ses devoirs administratifs et pastoraux. L'érudition demeura jusqu'à la fin sa fidèle compagne et, peut-être, préserva ses dernières années de nouveaux conflits et de nouvelles polémiques. Il semble qu'il eut des entreprises de longue haleine, auxquelles, probablement, il accordait tantôt quelques minutes de ses loisirs ou qu'il reprenait comme un délassement. Œuvres de patience qui ne peuvent être que le fruit de longues recherches et de lectures infinies : une nomenclature des noms de lieux de la Bible, c'est VOnomasticon: — une description de la Judée et un plan de Jérusalem;
— des commentaires sur les Psaumes, sur Isaïe, dont on retrouve des lambeaux dans les « Chaînes »; — une concordance des évangiles, dont nous avons parlé déjà (voir Canons d'Eusèbe). Vers la fin de sa vie, une sorte de vitesse acquise et d'habitude invéïérée le poussaient à mettre sur pied de nouveaux Uvres; seulement il ne prenait plus la peine de les composer, il les ajustait à l'aide des morceaux que jadis, plus difficile, il avait écartés ou destinés à une revision et qui lui semblaient maintenant fort convenables; insérait de-ci de-là un morceau déjà connu, résumait tel passage, distendait tel autre, le tout jusqu'à la mesure d'un juste volume. Ainsi fut composée la Théophanie, et même, il n'en vint pas à bout. — Eusèbe vidait ses cartons.
Sous son influence et sous sa direction une école s'était formée, ou plutôt un atelier, ce qui a fait dire, avec justesse et esprit, qu'au "x.w" siècle Eusèbe eût été un imprimeur philologue, quelque peu hérétique, une manière de Robert Estienne. On ht dans la Vita Cunstantini, 1. IV, c. xxx\t, que Constantin demanda à Eusèbe de faire transcrire à l'usage des églises de Constantinople cinquante exemplaires de la Bible. Une semblable commande suffirait à montrer quelle organisation dirigeait l'évêque de Césarée, qui accepta et fit copier ces volumes en ternions (-picjadt) et quaternions (T£-paaai). Les investigations entre-
' TZusthe, Hisloire Ecclésiaslique, trad. Grapin.t.iu.p. x.\. — ' Pitra, Spicilegium Solesineiise, t.i, p. 3S3. — ' E.-.-V. Fromman.i.De codicibus sacris jtissii Constanlini niagni adornalis, dans Opuscula pliilologica et Itistorieii, Coburgi, 1770, p. 30;i; WicsL'ler, Die Sinaitiscite Bibelliaiidscliri/l, dans Theologisclie Sliidien und Kriliken. 186t, p. 409, 415, 418; Scrivener, .1 full collation o/ the codex Sinailicus witli tite rcceived texl o/
prises pour ressaisir quelque trace de ces exemplaires sont demeurées vaines '.
La vieillesse était venue et Eusèbe ne survécut que peu de temps à Constantin. Celui-ci étant mort le 2'2 mai 337, il faut accorder un répit à Easèbe pour la composition des quatre li^Tes de la vie de son ami. Pour un homme depuis si longtemps exercé à la composition historique et qui ne faisait, somme toute, que raconter les temps dont il avait été témoin, ce n'était pas un travail fort considérable. On ignore l'année de sa mort. Le martyrologe syriaque, qui s'appuie sur un calendrier de Nicomédie, indique le 30 mai pour le jour de cette mort; quant, à l'année, on sait seulement que, en 341, de mai à septembre, son successeur .\cace se trouvait au sjnode d'Antioche : il faut donc laisser incertaine la date 338, 339 ou 340 *.
XVIII. Le caractère. — Ce n'était pas un homme très intelligent; les honneurs le diminuèrent, mais ils étaient la rançon à peu près inévitable de sa célébrité, et cette célébrité tenait à un admirable tempérament d'érudit. Beaucoup de mémoire, beaucoup de méthode et beaucoup de labeur. Ses études et ses préoccupations étaient exclusivement orientées vers les matières ecclésiastiques, ce qui n'est pas une façon d'élargir ses vues, mais, à ce régime, il arriva à possédere autant que la chose était alors possible, l'histoire de l'ÉgUse depuis ses débuts. C'était un esprit organisé pour le classement des faits, l'utihsation des sources, mais avec cela peu de curiosité. Il ne se demande nulle part comment les Églises ont duré, ont traversé les persécutions. C'est un archiviste, 11 a toujours ignoré l'existence d'une archéologie chrétienne qui s'élaborait sous ses yeux. Dans tous ses écrits il ne prononce pas une seule fois le nom des catacombes de Rome, nulle part il n'a eu l'idée de compléter ses informations par les textes épigraphiques chrétiens. Pour la théologie, il s'en tenait à Origène comme à une ancre de salut et ne voyait rien en dehors, rien au delà. Pour sauver sa paix, ses longues heures d'étude, il était prêt à louvoyer, à gUsser entre les formules et entre les partis. Il eût probablement donné l'ojxooua'.oç, ses partisans et ses adversaires pour un pahmpseste ou pour un griflonnage bien ancien, bien authentique. Et cet amour des livres fut si fervent qu'il Inspira et gouverna sa vie tout entière.
XIX. L.\ postérité. — « La mémoire d'Eusèbe a passé par des fluctuations qu'explique son attitude. Dans les premiers temps, il fut suspect aux écrivains orthodoxes : saint Jérôme, qui lui doit tant, l'appelle le chef et le porte-étendard de la faction arienne, le champion de l'impiété. La querelle de l'origénisme ne fut point favorable à un disciple si ardent du grand Alexandrin. Un peu plus tard, au v= siècle, une opinion plus modérée cherche à se faire jour. Socrate constate qu'il avait eu une réputation de duplicité -, mais il cherche à prouver son orthodoxie '. Gélase de Cyzique admire son amour de la vérité et de l'antiquité ecclésiastique. Jlais, en Orient, ce mouvement de faveur fut arrêté par la controverse des images. Les iconoclastes, non sans raison, invoquèrent sa lettre à Constantia. Le second concile de Nicée (787) révoqua en doute son orthodoxie et sa sincérité. Le patriarche Nicéphore le prit violemment à partie. Photius résume l'opinion de l'Église orientale en le déclarant arien catégoriquement '. Les copistes de ses ma-
tlie New Testament, 1864, p. xxx-xxxvii; le même. Introduction (o the criticism o/ tIte S'ctv Testament, 4» édit., London, 1S94. p. IIS, n. 2; Burgon, I.tist twelve verses o/ SI. Mark, 1872, p. 293. — ' .\cacc écrivit un éloge de son prédécesseur; il est perdu. Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. u. — 'Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxiii. — • Ibid., I. II, c. xxi. — ' Pliotius, Epist., Lxxni.
EUSEBE DE CESAREE
nuscrits ajoutent en marge des notes injurieuses ou corrigent sans gène un texte dont ils réprouvent les erreurs doctrinales.
« En Occident, le décret attribué au pape Gélase se contente de formuler des réserves : Ilem Chronica Eusebii Ciesariensis alque eiusdem hialoriss ecclesiaslicx libros, quamvis in primo nanalionis sux libro tepuerii, et posl in laudibus alque excusalione Origenis schismatici unam conscripseril librum, propler rerum iamen singularum noliliam quse ad inslraclionem pertinent, asquequaque non dicimus renuendos ■. On voit que la concession est faite, quoique d'assez mauvaise grâce. Ce sont toujours l'origénisme et la tendance subordinatienne, si sensible dans le premier li\Te de l'Histoire ecclésiastique, qui arrêtent les scrupules de l'orthodoxie. Dans la Kotitia librorum apocryphorum, qui suit le document, on trouve simplement : Historia Eusebii Pamphili apocrypha -.
« Eusèbe de Césarée figure au martyrologe hiéronymien, à la date du 21 juin. Il ne faudrait pas en conclure à une réhabilitation occidentale du personnage. Le mai'tyrologe liiéronymien a incorporé divers documents, entre autres un mart\"roIoge oriental dont nous pouvons nous faire une idée par un ménologe syriaque daté de 412. Or ce mart>Tologe oriental dépend partiellement d'Eusèbe. L'auteur a dû tirer des notices des œuvres d'Eusèbe, de son ancien recueil d'actes de martyrs, entre autres. Bien plus, ce martjTologe, qui semble avoir été rédigé à Nicomédie ou dans cette région très arienne, exclut les évèques orthodoxes de l'époque et admet un Arius, prêtre d'Alexandrie, qui paraît bien être l'hérésiarque. Le compilateur du martyrologe hiéronymien ignorait tout cela et a pu aider à rendre acceptable le nom d'Eusèbe de Césarée auprès des rares Occidentaux que le personnage pouvait intéresser. Mais ce n'est pas pour Eusèbe un brevet d'orthodoxie que de figiu'er dans cette compilation, loin de là^ » De la triple source du texte, on déduit avec certitude la notice d'Eusèbe : Xl kal. juL, In Cœsarse Palestinœ : Deposilio Eusebii episcopi historiographi'.Le syriaque donne au 31 mai : « Mémoire d'Eusèbe, évêque de Palestine. »
XX. Les œuvres uttér.\ires. — Le classement vraiment logique des écrits d'Eusèbe serait un tracé rigoureusement chronologique dans lequel on verrait les différents travaux commencer, se poursui^Te, se ramifier, se transformer, et cela, pendant une activité littéraire d'un demi-siècle environ. On saurait ainsi dans quelle mesure les ouvrages se sont engendrés ou influencés réciproquement, mais il n'y faut pas songer, puisque nous manquons d'abord de renseignements positifs sur certains de ces écrits, ensuite parce que plusieurs sont perdus et qu'on ne peut en juger de façon satisfaisante. Force nous sera donc de revenir à l'arrangement arbilraire, mais raisonnable, qui répartit toute la production d'Eusèbe en six catégories principales : a. histoire; b. apologétique; c. critique et exégèse; d. doctrine; e. éloquence; /. correspondance.
A. Histoire. — 1° Vie de Pamphile. — Eusèbe luimême, dans le De mariyribus Palœstinœ, c. xi, nous dit à l'occasion du martyre de son maître : « Le reste des triomphes de ses vertus réclame un plus long récil, nous avons précisément consacré un ouvrage en trois livres à l'exposé des actions de sa vie. • Dans VHisloire ecclésiastique, il s'y rapporte à trois reprises : 1. VI, c. xxxn; 1. VII, c. xxxii; 1. VIII, c. xin; et nous
•E. von DobschUtz, Dos Decrclitm getasianttm, in-B", Leipzig. 1912. p. 10, 40; cf. p. 179, 281, 360. — 'Jbid., p. 12, â.î. — 'liusèbc. Histoire ecclésiastique, trad. Grapin. 1913, t. III, p. xxi-xxiii. — *IJc KysMi-Uuchcsne, Marlynlii-
savons par le premier de ces passages qu'Eusèbe avait fait suivre cette Vie d'un catalogue des écrits d'Origène et de la bibliothèque de Pamphile à Césarée '.
Saint Jérôme cite plusieurs fois la Vie de Pamphile (dans sa Lettre xxjiv;ie De pirisiUastr.,n.S\,et Contra Ruflnum, 1. I, c. ix). Dans ce dernier passage, il mentionne les 1res libros elegantissimos et cite quelque chose du livre IIP. Philippe de Side a fait une autre citation, dans ses Eiccerpta, édit. de Boor, dans Texte und Untersucliungen, t. v, fasc. 2, p. 170; cf. Abhandl. d. Gôtting. Ges. d. \¥issenscb., nouv. série, t. vu, p. 5. Il existe un récit de la mort de Pamphile dans Acia sanctor. (1695), jun. t. i, p. 62-64 (3'= édit., p. 60-62), qui ne semble pas emprunté à la Vie, mais à une édition prohxe du De mariyribus Palœstinœ. La Vie de Pamptiile a dû être écrite entre 310 et 312.
2° Sur les martyrs de Palestine. — IlEpl rôiv èv naXat(jTÎvY5 [jtapTup7;aâvTcùv. Cet ouvrage existe sous deux formes.
a. On rencontre la forme concise dans un bon nombre de manuscrits de VHistoire ecclésiastique, mais sans y occuper une place fixe. Le plus souvent c'est entre les livres Ville et 1X=: dans un ms. ce petit livre a pris place au miheu du 1. VIII, c. xra; à l'endroit même où Eusèbe s'y réfère; on le trouve parfois en manière d'appendice après le li\Te X». Certains ne l'ont pas, et entre autres le ms. D Marc Venel. 338, un des plus importants, sinon le plus important de tous. La traduction latine de Rufin et la traduction syriaque l'ont écarté.
b. On rencontre la forme prolixe dans plusieurs versions. Papebroch a donné dans Acta sanct., jun. t. 1, p. 62-64, d'après le Métaphraste, un récit du martyre de Pamphile : "AOXyjoti; Tôiv âylcov xai IvSo- Çtov ToO Xpia-oO (jiapT'jpcov XlaïaçîXo'j x.t.X., qui serait l'ouvrage d'Eusèbe, (TJyYpaçsÎCTa TTxpà toù EùtjEP'.O'i Toû IlafiçtXo'J. Le texte grec ne fait que traduire une version latine; et il a été réimprimé par J. A. Fabricius, Hippolytus, t. n, p. 217. Ce n'est qu'un récit plus diffus du De martyr. Pal., c. xi. Là où le récit rapporte les mêmes faits, les deux textes : prolixe et concis, recourent aux mêmes mots. Papebroch et Fabricius supposent que le Métaphraste a extrait ces actes de la Vie de Pamplùle ; \a\oh estime qu'il aura eu sous les yeux une édition grecque développée du De mari. Pal., et il appuie son exi)licalion sur ce fait, que les actes anonymes latins de saint Procope se présentent dans une relation identique avec le récit de ce martyre dans le De mart. Pal., c. i. Ces actes latins dépendaient évidemment d'un écrit contemporain, puisqu'on y lisait ceci : primo anno quo adversus nos luit persecutio. Valois ne s'était pas trompé. Le manuscrit syriaque Bril. Mus., add. 12150, écrit en 411, publié par W. Cureton en 1861, contient la version syriaque du De mart. Pal. Les passages relatifs à Procope et à Pamphile correspondent à la forme prolixe des actes. La version syriaque nous a donc conservé le De murl. Pal. sous sa forme i)rolixc.
Un siècle auparavant, S. E. .\ssémani avait publié dans Acta marlyrum Occidcntalium, in-fol., Roma?, 1748, l. n, p. 166 sq.. des récils de martyres palestiniens d'après le ms. Valic. .S'i/r. 1. .Vssémani, partant de ce qu'avait dit Valois et observant que ses actes de Procope étaient identiques avec les actes latins, en conclut qu'il avait retrouvé la forme prolixe; il imagina même une rédaction syriaque exécutée par Eusèbe, en sorte que c'était l'ouvrage même de celui-ci qu'il publiait. De toute cette théorie, la découverte
171U/I1 /iifrunf/fiitanuni, dans Acta sartct., iiov, t. il, p. i. sq. Lvii. — 'S. Jérôme aura dû s'en servir pour son cntalo^tir dos on vranos d'Oriuènc. C.l. Hcdepenning, dans /.riLscliri/l fur hhl. Ilmilngie, 1851, p. 06 sq.