ÉVANGÉLIAIRE
Regol, nom du copiste, un abbé de Birr (Queen's i-ounly) en Irlande, vivant vers 820. L'évangile de s;ihit Matthieu est glosé en langue mercienne, les autres (comme le ms. de Lindisfarne) en langue northumbrique. — Publié de 1854 à 1865 aux (rais de la Surtces Society, saint Matthieu en 2= édition, en 1887; Westwood, Pal. sacra, pi. xliv, et Anglo-sax. mss. pi. XVI ; Gilbert, pi. xxn-xxiv; Palœogr. Society, pi. xc et xa; S. Berger, Jlist. de la Vulg., p. 43.
10t. Oxford, Laudianus lat. i02,0m.295 x 0m.l9, de 210 feuillets, x» siècle. — S. Berger, op. cit., p. 54,
102. OXFORD, Corpus Christi Collège, 122,0 m.22 X 0 m. 145, de 117 feuillets, plus trois gardes, à 31 lignes longues. Belle écriture irlandaise du xi° siècle. — S. Berger, op. cit., p- 399.
103. Paris, lat. 256. Évangéliaire,onciale, vu" siècle, version de la Vulgate, 0 m. 315 x 0 m. 21, de 177 feuillets à 2 colonnes d'environ 30 lignes {olim, Saint-Denis). — [Melot], Catalogiis codieum manascriptonim bibliutliecx regiœ, in-fol., Parisiis, 1739-1744, t. m, p. 13; Nouveau traité de diplomatique par deux religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, in-40, Paris, 1750-1765, t. ra, p. 168 sq., 263, 434 sq. et pi. 43; t. VI, p. 3; de Bastard, Peintures et ornements <tes manuscrits, t. i, pi. 11 et 12; L. Delisle, Le cabinet des manuscrits, t. m, p. 215, pi. xi, n. 1, 2 (3-6); S. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 91, 355, 402; C. R. Gregory. Textlcritik, p. 681.
104. Paris, lat. 257. ÉvangéUaire, indûment cité sous le titre de « Évangiles de François II ». 0 m. 30 X 0 m. 24, de 200 feuillets y compris une garde; fol. 6 v", canons; fol. 12 v°, crucifiement intéressant. Cette représentation, fréquente sur les ivoires sculptés, est rare dans les manuscrits anciens. Le type reproduit dans notre ms. est exactement le même que dans le ms. 20 d'Angers, dont le texte est irlandais. 11 est probable que cette image a été empruntée par l'artiste qui a décoré notre ms. à un original anglosaxon; fol. 13, S. Matthieu avec deux vers écrits en or sur pourpre dans le ciel : Mattheus humana qui cœpil promere gente...; fol. 187, capitularc evangeliornm. Le nom de Jésus est écrit partout en lettres d'or (lig. 4211-4213). — De Bastard, Peintures et ornements des mss, pi. 182 (fol. 12 v" et 13); pi. 183 (fol. 14 et 26); pi. 184 (fol. 147 v°, 148); pi. 185 (fol. 60 y, 94 V», fol. 61 et 95); pi. 186 (fol. 8 et 9 v»); pi. 187 (fol. 10 v» et 11 V»); pi. 188 (fol. 96, au milieu de la planche; à gauche, partie de l'encadrement du fol. 61 V et fragment du canon du fol. 6 v"; à droite, fraiiment du canon du fol. 8 v" et partie de l'encadrement du fol. 149). La pi. 184 a été insérée en outre dans de Bastard, Peintures, ornements... de la Bible de Cliarlcs le Cliauve; L. Delisle, L'évangéliaire de Suint-Vaast d'Arras, in-fol., Paris, 1888, p. 12, 13; Die Tricrer Ada-Handsclirift,Tp. 83; S. Berger, op. cit., p. 252, 255, 258, 402.
105. Paris, lat. 2 81 et 298. ÉvangéUaire, dit codex Bigolianus, grosse onciale du vui" siècle, les préliminaires en -belle capitale rustique; version de la Vulgate, 0 m. 35 x 0 m. 265, de 216 et 49 feuillets à 21 lignes longues. Ancien fonds : 3706 * et '; Bigot, 5, fol. 1 v°. Istes liber est de ecclesia S. Trinitatis Fis- C((nnensis. — [Melot], op. cit., t. m, p. 24; L. Delisle, Le cabinet des manuscrits, t. m, p. 214 sq., pi. x, 2 (st. 1); S. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 50, 355, 403; c;. R. Gregory, Textkritik, p. 682.
106. Paris, lat. 2 61, 0 m. 28 x 0 m. 19 de 149 feuillets à 30 lignes longues; fol. 13 v, canons; fol. 17 v"> et 18. images de saint Matthieu et du Christ; fol. 141, capitularc evangeliorum, i's.<' siècle; fol. 1-3 v", morceaux liturgiques (xi« siècle); fol. 149 v». Incipiunt responsoria de S. Juliano ep. — Ane. fonds : 3937 '-';
Colbert, 1917. Les préliminaires des évangiles sont écrits dans la semi-onciale de Tours. Il faut pourtant remarquer que l'écriture du cori)S même du manuscrit ne semble pas partout absolument identique à celle qui est ordinaire aux mss de Tours. Il y a plusieurs mains; la 2" commence avec le feuillet 23. L'écriture semble être de la deuxième moitié du ix" siècle; mais la décoration est bien celle des manuscrits de Tours. Les incipit sont écrits en or sur bandes de pourpre, dans des cadres à entrelacs qui sont dans le style de Tours. La première page de l'épitre de Damase est écrite en onciale et la première page des évangiles en capitale, le tout en lettres d'or, avec de belles initiales en or et en couleurs, à ligature et à entrelacs. Les premiers mots des autres textes préliminaires sont en onciale et en une belle semionciale d'or. Les canons sont richement dorés et sont ornés de paons. Les images des évangélistes et celle
4214. — Portrait de Lolliaire.
D'après Venturi , Sforia deW arte, t. ii, ng. 203.
du Christ sont placées dans des cadres formés d'entrelacs. Saint Matthieu écrit; il est peint sur un fond de pourpre, dans un quart de cercle, et il est entouré d'un arc-en-ciel de pourpre, bordé d'or, sur lequel se lit, en capitale rustique d'or, le vers : Hoc Mattheus agens... Au delà de l'arc-en-ciel est un ange tenant un livre. Le Christ est dans une gloire; ses pieds sont posés sur un globe verdàtre bordé d'or; il tient en sa main gauche un livre et, dans sa droite, entre le premier et le quatrième doigt, une hostie; le fond est violet clair et semé d'étoiles. Autour de la gloire qu'entourent les emblèmes des quatre évangélistes, on lit, en capitale rustique d'or, sur un bandeau ovale de pourpre bordé d'or.
Hac sedet arce Deus, mundi rex, gloria cœli.
Quattuor lue rutilant uno de fonte fluentes.
De Bastard, pi. ccx-ccxiv; Die Trierer Ada- Handschrift, p. 83; S. Berger, op. cit., p. 252, 255, 258, 402.
107. Paris, lat. 263, 0 m. 29 x 0 m. 22, de 129 feuillets à 20 lignes longues. Le commencement des évangiles est en onciale et semi-onciale d'or; les premiers mots des arguments sont en onciale d'or, rouge et bleue. Les premiers mots de saint Luc sont écrits
sr:
dans l'intérieur de la lettre Q. Écriture du ix« siècle. Ancien fonds, 3700 i". — S. Berger, op. cit.. p. 253, 402. 108. Paris, lat. 266, 0 m. 325 x 0 m. 255, de 221 feuillets, plus 9 gardes, 2 colonnes à 27 lignes. Fol. 1 V, portrait de Lothaire (fig. 4214); fol. 2 v°, image du Christ; fol. 12, canons, richement encadres, les numéros sont écrits en or dans des médaillons de pourpre (fig. 4215); fol. 207 v°, capitalare evangelioram. L'origine du manuscrit est indiquée par les vers du feuillet 2, écrits en capitale rustique d'or. Ils sont écrits à la suite du portrait de l'empereur Lothaire, peint au verso du feuillet 1 :
Arbitcr altitronus mundi formator et auclor...
Hloiarium qui nunc fultus pietate tua aima
Jnxuperator habetar rex augustus in orbe...
Nam pius ipse Augustus, Christi ductus amore.
Hoc decus almificum ecclesiœ preevidit ut esset
Prœsulis atque beati Martini veneratu.
Hune pulchreque gregemlibrumintra seribere jussit
Jpsius ornare aura et picturis venerande,
Ul notum faciat quantum pollct locus ille.
Sed Sigilaus, parens jussis régis studiose.
Hoc evangelium illic totum seribere jussit...
Au verso du même feuillet, on voit le Christ dans une gloire, sur un fond violet, tenant dans sa main gauche un livre et dans sa droite, entre le premier et le quatrième doigt, une pièce d'or ou plutôt une hostie; ses pieds reposent sur un globe vert. Autour, les emblèmes des quatre évangéhstes et, en haut et en bas, en capitales rustiques d'or, les deux vers :
Quattuor hic rutilant uno de fonte fluentes Matthei, Marci, Lucse libri algue Johannis.
Ces vers se retrouvent sur l'évangéliaire de Nanc}', sur le Paris, lat. 261 et sur le codex Adœ, cependant ils ne répondent pas à une peinture et S. Berger conjecture avec vraisemblance que ces manuscrits ont été copiés d'après un modèle plus riche, dans lequel ces vers correspondaient à une peinture analogue à la « Fontaine de Vie » de l'évangéliaire de Godescalc et des Évangiles de Saint-Médard de Soissons.
Au troisième feuillet, on lit, en capitale rustique d'or, quatre vers :
Hic Damasi spceies rutilai forma beati,
Hieronimi atque beati splendet forma sub illa...
Néanmoins, ni la figure de Damase, ni celle de saint Jérôme ne se rencontrent ici. La décoration du manuscrit est en général de la plus grande richesse. Il faut remarquer particuhèrement les gracieux médaillons qui contiennent Vincipit des sommaires des quatre Évangiles. Les couleurs en sont vives, fraîches et harmonieuses. La semi-onciale de l'école de Tours se voit en plusieurs endroits.
Comme L. Dehsle le fait justement remarquer, ce manuscrit était destiné par l'empereur Lothaire à la même église, dédiée à saint Martin, dans laquelle il a été copié :
...gregem librum intra seribere jussit.
Cette remarque exclut la pensée qu'il a été offert à Saint-Martin de Metz. Cette opinion, soutenue par Baluze, Mabillon, Lepage et F. X. Kraus, a été la source de regrettables erreurs. Au reste, notre manuscrit a été quelque temps, sinon à Metz, du moins dans le voisinage de cette ville. Le fait est attesté par une note de l'an l.'5r)7, inscrite au feuillet 76 V par Gilbert, abbé cistercien de Ponlifroid, près de Metz, et relative au prêt de trois florins d'or fait par un moine de Thoplicka en Croatie, de passage à Ponlifroid. Le nom de Sigilaus s'est rencontré plusieurs fois il Saint-Martin rie Tours. Sigilau figure dans le
Livre des confraternités de Saint-Gall, parmi les fralrcs de Turonis et M. Delisle ne doute pas que ce Sigilau, qui vivait sous Louis le Débonnaire, n'ait été le copiste de notre manuscrit. L'empereur Lothaire étapt mort en 855, notre manuscrit est antérieur à cette année. 11 est sans doute postérieur, non seulement à la mort de Louis le Débonnaire, mais même à la paix de Verdun. Nous le placerons donc entre 843 et 855. — De la chambre des comptes de Blois. Anciens n. ciccLvi, 1264 et 3705. — Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicti, t. n, p. 625; Baluze, Capitularia regum Francorum, t. u, col. 1279 et 1565; de Bastard, op. cit., pi. cxl-clu; Duemmler, t. ii, p. 670; F. X. Kraus, Kunst und Allerlhum in Elsass-Lothringen. 1888, t. n; L. DeUsle, Le cabinet des manuscrits, t. m, pi. xxv, 5; L'école calligraphique de Tours, p. 16; Album paléographique, pi. 21; Die Trierer Ada- Handschrift, p. 76; S. Berger, op. cit., p. 250-251, 403; A. Venturi, Sloria delV arte eristiana, t. n, fig. 203, 204-208.
109. Pauis, lat. 267 (olim, Colbert); semi-onciale de Tours dans les préUminaires et dans la première ligne de quelques chapitres.
110. Paris, lat. 269. 0 m. 225 x 0 m. 135, de 276 feuillets dont une garde, à 21 lignes longues; fol. 1, capitulare evangeliorum, peintures grossières, belle grosse écriture du ix« siècle. — Anciens n. Dccxxxv, 792 et 3704.
111. Paris, lat. 274, 0 m. 31 x 0 m. 23 de 161 feuillets, dont une garde, plus le fol. 159 bis à 24 lignes longues; fol. 151, capitulare evangeliorum. Écrit à Tours, on remarque la semi-onciale de l'école Saint- Martin, olim Meaux, abbaye de Chage. Ane. fonds, 3706\ — Die Trierer Ada-Handschrift,p.38;S.BctgCT, op. cit., p. 253, 403.
112. Paris, lat. 324, 0 m. 163 x 0 m. 118 de 93 feuillets, plus les gardes, à 40 lignes longues. En tête des évangiles, l'image des évangélistes sur fond vert clair, dans un cadre de couleurs vives; fol. 84, capitulare evangeliorum, fin du ix= siècle, paraît copié en petit sur un manuscrit de Tours. Ancien fonds, 4305 =^; Colbert, 6S35. — S. Berger, op. cit., p. 254, 404.
113. Paris, suppl. lat. lllS, xi« siècle. — A. ChampoUion-Figeac, Notice descriptive d'un évangéliaire latin manuscrit nouvellement acquis par la bibliothèque royale, dans Revue archéologique, 1845, t. n, p. 89-96.
114. Paris, lai. nouv. acq. 1203. Évangéliaire de Gotescalc (voir Dictionn., t. m, col. 707-710, fig. 2634, 2635). — Die Trierer Ada-Hundschrifl, pi. xxv.
115. Paris, lat. SS49, 0 m. 40 x 0 m. 285, de 267 feuillets, dont une garde à 2 colonnes de 27 lignes; écriture onciale du ix= siècle. Les noms de Jhesus et Dominus sont écrits en or, de même que la première ligne des chapitres. Les premiers mots des évangilesi de saint Luc et de saint Jean sont écrits en capitale d'argent, en partie sur bandes de pouri>re. Figures d'évangélistes assez disgracieuses. — Suppl. lat., 664: Die Trierer Ada-Handschrift. p. 38; S. Berger, op. cit., p. 268, 405.
116. Pari.'!, lat. S850 (suppl. lat. 6S6). Évangiles de Saint-Médard de Soissons; ne peut avoir été écrit que dans la dernière partie du règne de Charlemagne (800-814) ou pendant les premières années de eehii de Louis le Débonnaire (814-826). Odilon, moine de Saint-Médard, écrivit, vers 930, une relation de transfert de reliques dans laquelle il rapporte ([ue Louis le Délionnaire et l'impératrice Judith, sa femme, célél)rèrent à Soissons la fête de Pâques de l'année 827. L'empereUr se rendit à Saint-Médard et oITrit un calice d'or avec sa patène portant le monogramme de Charlemagne, ensuite un évangéliaire écrit en lettres d'or et recouvert de lames du même métal : Qui cum ad evangelium vcntum est, calicem (Utreuni cum patcnn
EVANGELIAIRE
patris sui magni Curoli monogrammaU insignita, manibus propriis, inter legendum, ponderis ingenlis tenait, et cam obtalione sacranda eidem dicavit. Posl iipletionem quoque celebrem, ad vestigia njus cum conjuge accessit. L'bi, cum se prolixa oratione Deo per sunclum commendavissent, complexiva et omni tevo
en 1169 il ne l'est plus, puis(|ue nous savons qu'en 1169 Ingram (Jngrannus ou Jngerannus), abbé de Saint-Médard depuis 11 18, donnait au manuscrit une nouvelle couverture ornée de filigranes d'argent doré et d'une inscription lue en 1724 par dom Edmond Martène : Ilsec tabula facta est a domno Jngranno,
Canons de Lothaire. D'après A. yiic\\c\, Histoire de l'art, t.-i, li^. 171.
reminisccnda devolione singillatim a stemmatc usqae subuculam culta regali exuli uterque marlijris inibi reposuerc. Texlani deinde sacrorum Evangeliorum auras characleribus exaralum, laminisque metalli absque admixtione cujusque materiei inclusum, thymiamaleriumque XL et VIII siclorum ejusdcm spcciei, et vastam. olci amphoram ad luminaria concinnanda mente promiilissima oWu/;7'. La description est faite un siècle après l'olilation et, en 930, le livre est intact;
abbalc bujus loci, anno incarnati Verbi MCLXVIII, papatus Alexandri III dccimo, regni Lodovici Junioris XXXIII. Librum aulem istum obtulit Lodovicas Pius imperator bealo Sebastiano, in reccptione eiusdem martyris inclyti et papœ Grcgorii urbis RoniiV -. En 1063, le manuscrit de Louis le Débonnaire, pour\'u
' Monum. Cermaniœ historica, Scriplorcs, t. XV. p. 3S8. — ' Martène et Durand, Second voyage littéraire, 1724, p. 17.
EVANGELIAIRE
d'une nouvelle couverture par Ingram, est encore à Saint-Médard, où Dormal le voit et le décrit : « Le dedans du texte se voidt encore aujourdhuy avec les lettres d'or fort bien marquées sur le vélin;... il n'est plus couvert que de petites lames d'argent doré, fort bien travaillées et où sont gravés ces mots... (le texte donné par Martène est plus soigné et plus complet) '. » Enfin, en 1724, c'est bien le même évangéliaire qui a passé sous les yeux de Martène et Durand, qui attestent que ( de tous ses anciens monuments il ne reste à cette abbaye qu'un texte des évangiles qu'on ne peut trop estimer. Il est écrit en lettres d'or onciales; toutes les pages sont en deux colonnes, mais travaillées avec tant de soin qu'il n'y en a pas deux de semblables. C'est un présent que Louis le Débonnaire fit au monastère, lorsqu'on y apporta le corps de saint Sébastien. Il est couvert d'un très beau filigrame (sic) de vermeil doré qu'Engram, abbé de Saint- Médard, lit faire, comme nous l'apprenons de l'inscription suivante : ... « En 1771, cette même reliure subsiste et Le Moine l'atteste -. En 1790, en vertu du décret du 2 novembre sur la prise de possession des biens du clergé et, le 26 mars 1791, en vertu du décret d'application, lorsqu'il fallut réunir aux chefs-lieux des districts les trésors des bibliotliéques des abbayes supprimées, l'évangéliaire de Saint-Médard avait disparu et il n'en fut même pas question, personne n'en chercha la trace. En 1837, Henri Martin et Paul Lacroix, ayant eu la curiosité de s'enquérir du sort de l'évangéliaire, avouèrent n'en rien savoir. En 1843, l'abbé Poquet signalait et déplorait au Comité historique la disparition de l'évangéliaire, qu'il supposait se trouver en Angleterre. Éuangéliaire donné par Louis le Débonnaire à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons. dans Bulletin archéologique publié par le comité des arts et monuments. Séance du 22 février 1843, p. 498. Or, depuis 1790, l'évangéUaire avait pris le chemin de la Bibliotiièque du roi par l'effet d'un accord intervenu entre l'administration de cette bibliotlièque et celle du district de Soissons ^. Il y était entré sans doute grâce à l'attention attirée sur lui par la description qu'en taisait, dès 1786, dom Crinon, en dressant le catalogue de la bibliothèque Saint-Médard. Un extrait de ce catalogue a été retrouvé dans la section des manuscrits de la Bibliothèque nationale, et consacre une longue description au manuscrit. Cette note est suivie de la description de deux autres manuscrits, c'est une sorte de bordereau de ces trois volumes, qui entrèrent alors directement au dépôt parisien, ainsi qu'en témoigne la pièce suivante :
« Je, soussigné, garde des manuscrits de la Bibliothèque du roi, reconnais avoir reçu en dépôt trois manuscrits contenant, savoir : le premier, quatre évangélistes en lettres onciales, peintes en or, in-folio velin; le second, les Politiques d'Aristote, traduites en français, in-folio, vélin, manquant quelques feuillets au commencement; le troisième, V Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, traduite en français, in-foUo; lesquels manuscrits proviennent de la bibliothèque de Saint-Médard de Soissons. Paris, le 25 août 1790. Signé : Caussin de Perceval. »
L'évangéliaire arriva-t-il à Paris avec sa couverture en filigrane? Non. Celle-ci aura été donnée à l'orfèvre pour la fonte et le volume expédié nmni d'une reliure en basane, difiérente de celle adoptée vers la lin du xvni"^ siècle à la bibliotlié(|ue du roi. L'origine du manuscrit fut indiquée sur une des gardes; il reçut un numéro d'ordre, et s'enfonça dans la paix d'une armoire pour un demi-siècle.
' Dorniai. llistnire de la ville de Snissons, 1603, 1. 1, p. 1.5(1. — 'Le Moine, llistnire des tmliquitt-s itf hi ville de Snissotis,
En 1843, l'abbé Poquet signalait sa disparition; et cependant, dès 1841, Sylvestre, dans sa Paléographie universelle, l'étudiait en détail et en parlait, dans ses Prolégomènes, avec compétence : o On y retrouve à la fois, dit-il, la belle majuscule et la belle onciale gallicanes. Celle-ci est ronde, à pleins traits, droite, massive; ses sommets et ses bases sont tranchés; les queues droites et courtes le sont obliquement, et les montants assez élevés horizontalement; les lettres sont espacées, les mots distincts et sans traits superflus; les abréviations y sont rares. La fin et le commencement des évangiles, c'est-à-dire Vincipit et Vexplicit, sont écrits en capitales romaines, hautes, élégantes, enclavées, inégales et massives, mêlées de quelc{ues onciales tranchées, quelques traits terminés en griffes, d'autres superflus, en volute ou en osselets. Tels sont Vexplicit de l'évangile de saint Matthieu et Vincipit de celui de saint Marc. Les trois premières lettres du mot Mareus sont trois majuscules onciales historiées, ornées dans leurs vides et en marqueterie dans les pleins de la première. La ligne d'après est en majuscules romaines renouvelées, participant des caractères des lignes précédentes de même espèce. Toutes les pages de ce volume sont à deux colonnes et notre modèle montre comment elles sont ornées d'un encadrement rectangulaire relevé d'or, d'argent, et de couleurs, mais dont les enroulements, les arabesques et les autres sujets sont infiniment variés à tel point que l'esprit inventif du dessinateur a produit pour chaque page un encadrement différent dans la composition et son enluminure. Le manuscrit est orné de dix miniatures de style byzantin, représentant les évangélistes et deux sujets allégoriques. » Sylvestre a donné comme exemple d'écriture la page qui contient la fin de l'évangile de saint Matthieu et le début de la préface de saint Marc.
Entre temps, Poquet, mis sur la trace de l'évangéliaire, vint l'étudier et le décrivit dans les Annales de l'institut de Saint-Médard, tandis que A. de Bastard lui faisait plusieurs emprunts pour son recueil de Peintures et ornements des manuscrits, pi. xci-av. Il en donne six miniatures sur dix ; fontaine mystique; image de Saint Matthieu; le prologue Qui quidem: le frontispice représentant la .lérusalem céleste; un des canons; enfin le premier verset de saint Luc : Quoniam multi eonati sunt. L'évangéliaire de Soissons a été depuis mentionné et figuré par Champollion- Figeac, Le moyen âge et la Renaissance, l. n, ch. n : Miniatures des manuscrits; Curnier dans L'Imitation: Hennin, Les monuments de l'histoire de France, 1857, t. n: Louandrc, Arts somptuaires, t. i, p. 26, pi. Enfin, Edouard Fleury lui consacra une élude à laquelle nous avons emprunté ces détails : \'otc sur l'évangéliaire donné par Louis le Débonnaire à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, dans Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, 1865, t. XIX, p. 49-117, etcinqplanches;reproduit dans Les manuscrits à miniatures de la bibliotlièque de Soissons étudiés au point de vue de leur illustration avec 16 planches lithographiées, in-4°, Paris, 1865. p. 1 s((. Plus récemment, l'édition du Die Trierer Ada-llandschrijt, Bearbeilet und herausgegeben von X. Menzel, P. Corssen, H. Jainlschek, A. Schnutgen, F. Ileltner, K. Lamprechl, mit archtungdreissig Tajeln, 1889, p. 89, pi. .xxxi-xxxiv (un canon, saint Matthieu, saint Marc, tlêbul de saiuL Luc).
La miniature du frontispice oITrc à in-cniière vue la façade d'une maison de rapport, lui avant, (|ualre colonnes qui, d'une seule venue, s'élancent du sol jusqu'au faite du sixième étage; deux de ces colonnes
Paris, 177L I. n. p. l.'JL — " Histoire de Snissons , depuis les temps les plus reculés. iu-S", ls:t7,t. i, |). 3IP0; l.ii. nppoiullcc.
EVANGELIAIRE
sont de jaspe vert, deux de marbre bleu à fines spirales d'or, toutes avec chapiteaux romans feuillages et frises; les deux du centre en or, les deux extérieures en argent (noircies, méconnaissables). Au milieu delà colonnade, un mufle de lion retient une draperie rouge ombrée d'or dont les extrémités s'enroulent sur les colonnes. L'attique supporte un nouveau bâtiment d'un étage, dont les premiers plans inscrivent des médaillons à fond bleu intense portant les symboles des quatre évangélistes, lion et veau nimbés d'argent, homme et aigle nimbés d'azur. Au-dessus des seconds plans fuyant en perspective, et sur l'azur sombre du ciel, sont inscrits en capitales d'or ces mots SCS ■ SCS • SCS • auxquels correspondent sur le faite du sixième étage DNS DS OMNI PS et au ras du sol QVI ERAT ET QVI EST ET QVI VENTVRVS; un dernier mot EST n'a pu trouver place, on l'a écrit sur le sol même.
Sur le bandeau couronnant l'attique, se développe une myriade de poissons qui se dirigent tous de droite et de gauche vers le centre, sur fond vert d'eau. Aux deux extrémités et au centre, quatre pêcheurs nus, et quelques oiseaux d'eau. Enfin on arrive en plein ciel, figuré par des bandes parallèles lilacées, procédant du ton fort et du ton faible et, tout au sommet, par des zones bleu foncé, l'Agneau sans tache, Agnus Dei, nimbé d'argent, posant les pattes sur un rouleau. Du disque d'or qui l'enferme tombent des rayons; à droite et à gauche, en deux groupes égaux, les vingtquatre vieillards de l'Apocalypse, les uns portant des vases d'or remplis de parfums, d'autres des instruments de musique en forme de violons. Cette scène est encadrée de rubans multicolores avec un semis de palmettcs d'or au centre.
C'est évidemmment la Jérusalem céleste, allégorie de l'Église triomphante, que son aspect utilitaire peut faire ressembler à un bâtiment d'exploitation.
A la page qui fait face, se trouve le prologue de saint Jérôme aux quatre évangélistes : « Plusieurs se sont efforcés ». Sous le titre en grandes capitales : Prologus quatuor evangeliorum, le texte de saint Jérôme offre au mot Plures les lettres Plv conjointes et un V en guise d'U. Les montants des lettres sont d'or avec un trait limitatif d'encre rouge pour le P, d'encre brune pour L et V. L'intervalle entre les montants du P est pourpre foncé, et pourpre clair pour les deux petites lettres conjointes, celles-ci pointillées de pois groupés en triangle. Le champ du P est semé de semblables petits pois rouges et bleus réunis en plus grand nombre. A la première page de ce prologue commence la série des cadres dont chaque feuillet, recto et verso, est orné et qui tous, sous une forme donnée et toujours la même, présentent des motifs linéaires variés à l'infini. Souvent chaque cadre offre des motifs dilïérents, généralement deux, plus rarement trois, parfois quatre. Cependant le plus grand nombre des bordures n'offrent qu'un seul motif sur leurs quatre côtés. Ces cadres n'olfrent pas moins de variété dans la coloration que dans le dessin. L'or en est toujours vif, éclatant, mais les couleurs appliquées à teintes plates ont singulièrement perdu de leur éclat. Certains fonds bleus, verts ou jaunes ont presque totalement disparu. Les rouges ont déteint sur la page correspondante, les verts sont sales et sans transparence, les bruns et le pourpre se sont conservés en bon état, aussi vifs et aussi frais que s'ils étaient poses d'hier. I^'argent a déplorablement bruni. Des cette première page du prologue éclate le rayonnement de l'encre d'or sur l'onciale.
A la suite du prologue et sur une page de vélin restée blanche, se voit la Fontaine mystique. Dans un cadre rectangulaire et polychrome se voit un intérieur de temple, dont les pieds-droits latéraux se re-
lient à une demi-rotonde richement ornementée : guirlandes courantes d'arabesques, jours carrés s'ouvrant en haut sur le ciel du fond, corniches en saillie, plates-bandes parallèles, frises peuplées d'oiseaux affrontés, ou volant ou posant sur les moulures, fonds feuillages et .sombres (jui dominent des plans montueux et de nuance plus riante. Au centre du tableau, comme motif principal, sous une espèce de baldaquin à colonnes, on aperçoit un bassin hexagone dont les eaux jaillissantes sont enfermées dans une balustrade à riche .soubassement, sur lequel reposent huit colonnes, à bases redoublées, à fûts de marbre teintes et jaspés des nuances les plus éclatantes et les plus variées. Les chapiteaux feuillages d'acanthe supportent un arc triomphal où l'acanthe encore se marie à des fleurons dessines en forme de roses. Cet arc est surmonté par un pavillon finement travaillé, auquel une large croix à médaillon central et portée sur un disque d'or qui rayonne, sert d'amortissement. La croix vient en vigueur sur un fond de bandes à teintes dégradées, et deux paons allrontés. qui flanquent le couronnement du baldaquin, se détachent sur le ciel peint de bleu sombre.
Les pieds-droits de cet édicule offrent dans leurs nombreux tympans de hauteur différente une singulière animation. .A. l'étage supérieur, à droite comme à gauche et se faisant pendant, deux couples de gallinacés, coq et poule; au-dessous, des hérons. Sur la plate-bande à laquelle s'appuie l'arc triomphal, des perroquets ou des chouettes; enfin, sur la frise de la rotonde et sur les retours d'an.gle, des volatiles. La fontaine mystique s'élève sur un terrain montueux, verdoyant et fleuri. Au sommet un cerf et une biche, portant tous deux un collier à clochette d'or; plus bas une cigogne et un cygne; au premier plan une biche accroupie et un chevreuil, tous deux avec le collier à clochette. Ed. Fleury a écrit longuement sur cette miniature et développé le thème facile que suggère le titre de fontaine mystique; on peut s'attarder sans grand profit à des rapprochements ingénieux ou forcés, mais, pas plus à propos d'enluminures qu'à propos de fresques catacombales. nous ne croyons pour notre part à tous ces raffinements d'une symboUque tardivement formulée. Ce que nous avons ici, c'est un baptistère qui rappelle par certain aspect celui de Cividale (voir ce mot). Une petite construction légère, brillante, que le miniaturiste a traitée non sans habileté. Bon animalier, il a voulu montrer son savoir-faire et il a réussi, car ses quadrupèdes sont d'un dessin ferme et d'une observation juste.
Vient la suite de portiques qui contiennent les canons des évangiles (voir Diclionn., t. n, col. 1950, fig. 2019, 2020). Ces canons sont au nombre de dix et emplissent le recto et le verso d'un feuillet en tout vingt portiques à arcades de plein-cintre, surmontés d'une archivolte cintrée qui enferme les symboles des évangélistes, dont les textes sont mis en rapport dans l'entre-colonnement du bas. Ici la décoration est d'une richesse débordante. Le premier canon nous montre, au fronton de la première page, un livre où est inscrit son titre : Canon primus in quo quatuor, soutenu en haut par le lion de saint Marc, reposant sur la tête du veau de saint Luc et accosté par l'ange de saint Matthieu et l'aigle de saint Jean. Le couronnement s'accompagne par des perroquets becquetant des baies sur un buisson. A la page suivante, les perro(|uets font place à des paons spleudides battant des ailes et faisant la roue. Le fronton présente les mêmes symboles, mais dans un ordre différent. lie lion est toujours le mieux réussi des quatre animaux mystiques. Le dixième canon met en présence le lion et le veau se détachant sur fond d'azur en fauve et en blanc laiteux: ces deux animaux sont d'une obser-
EVAXGELIAIRE
vation remarquable. Dans le tympan supérieur du neuvième canon on retrouve la fontaine symbolique avec la même architecture et le même défaut de perspective. 11 faut signaler encore la variété des chapiteaux, les imitations très réussies de marbres agathisés, jaspes, porphyres, roches précieuses.
Les images des évangélistes sont également dignes d'attention; trois d'entre eux reproduisent sans
Christi. Le reste de la décoration consiste en une série de losanges de perles, rattachés entre eux par des pierres de couleur, sur un fond d'or qui couvre la page entière. Aux angles, de petits médaillons où se trémoussent des personnages nus. La page suivante est tout entière consacrée à ces mots : Incipil ci'angelium secundiim Matthscum. Incipil liber ocnerationis Jesa Christi filii navid, ftlii Abraham. Même cadre de
■1210. — livangiliairc de .Soisson:.. Saint .^h^ltllH•ll. D'après l'original (Bibliothèque nationale, ms. lalin SSÔO).
distinctions de noms le type de ceux du manuscrit d'Ada ou de celui d'Oxford, Ilarley 27S8; saint Matthieu seul sort de la tradition, il est âgé et barbu (fig. -1210). Sous une arcade romane, l'évangéliste. nimbé d'or, assis sur un coussin dans une chaire dont le dossier est orné de caboclions bleus, écrit sur un livre posé sur un pupitre d'or soutenu par un pilastre tourné au tour. Il a tracé celte sentence, qui semble faire allusion à son état de publicain ; Thcsaurisativobis thesatirum in cielo. .Au-dessus de la tapisserie du fond, son symbole, un adolescent ailé, lui présente un livre où se lisent ces paroles : J.ibir ijeneralionis Jcsu
perles avec large bordure d'or. .\ l'intérieur, second cadre parallélogrammatique, formé de fleurons d'or sur pourpre et, au centre, de feuillages bleu sur bleu. En haut de la page, à droite, dans un caisson d'or, ces mots : Incipil Evangelium secundum en capitales romaines obtenues en réserve sur le poui-pre du fond. Un L et un 1 d'or, ornés en tclo et en queue d'entrelacs dont le réseau compliqué se dénoue en tètes de serpents, sont conjoints de la favon de l'I. cl de l'I de i'évangéliaire carolingien de I.aon. Cet élégant accouplement de majuscules borde la page du haul en bas et, avec ses montants cl entrelacements de rubans
EVAXGELIAIKE
d'or, se découpe sur le pouipre. La seconde syllabe de Liber, en majuscules romaines, se pare d'un riche filet d'arabesques d'or. Le reste de l'inscription ne comporte plus d'ornementation. Ce sont des capitales d'or et d'argent, de hauteurs diflérentes. Les lettres d'argent ne sont plus lisibles qu'au revers du vélin, qu'elles ont transpercé et maculé de noir. Il y a aussi par place des plaques d'argent dans les jours des entrelacs de la lettre conjointe Ll. Le texte de saint Matthieu a fait l'objet d'une décoration plus prodigue que le reste du volume, l'exécution y est aussi plus brillante et plus soignée; et c'est une preuve que plusieurs auteurs ont travaillé à ce beau volume.
Au fol. 81 verso se voit le frontispice de l'évangile selon saint Marc. Dans un cadre d'or relevé d'un zigzag de perles, sous un portique roman, au haut duquel se voient à gauche un ange descendant du ciel et à droite un vieillard nimbé qui fait un geste de commandement, l'apôtre, assis devant un pupitre sans écritoire, écrit avec le style sur un livre, au moment où il se retourne vers un lion ailé apportant du ciel les évangiles. L'apôtre est nimbé d'un cercle d'or bordé de perles sur fond d'azur sombre; imberbe, cheveux bouclés, doigts effilés, manteau brun plissé; sur une tringle ghssent les anneaux d'or qui suspendent une draperie blanche à médaillons rouges, dont les noeuds et les plis s'inclinent avec grâce et largeur. En face, au fol. 82 r", même cadre d'or à zigzag de perles, fond pourpre sur lequel se lisent en capitales romaines, d'inégale grandeur, ces mots : Initium evangelii Jesu Chrisli filii Dei, sicut scriplum est in Esaya prophela : Ecce millo angelum meum. Les cadres du texte de saint Marc n'ont plus la variété et la splendeur de ceux de l'évangile de saint Matthieu. Ils ne varient plus et n'ont plus qu'un seul motif sur les filets d'une même page. Leur couleur est terne et opaque, le motif moins élégant et moins riche. Les marbres, les irisations de l'agate, les onyx, les jaspes sont traités comme à la grosse. On voit arriver et se multipher certains tons (rouge de Saturne), criards, désastreux, qui n'ont pas tenu et si pulvérulents qu'ils ont sali les feuillets d'en face. Les verts ont bavé, les bruns ne sont plus intenses, les blancs manquent de vigueur et ne couvrent pas. Le pinceau a paresseusement épaté les arabesques, qui même cèdent trop souvent la place à de simples filets plats à deux ou trois tons, tirés de bas en haut et sur les côtés horizontaux du cadre. On sent l'ennui, la fatigue et, à la fin, l'indifférence dont la dernière miniature portera la trace trop visible et fâcheuse. A la fin du volume, certains encadrements, trop nombreux, offrent un coloris et un aspect des plus désagréables; mal appliquée, la couleur s'est en partie écaillée.
Saint Luc est un jeune homme imberbe, assis dans une riche chaire à montants sculptés et sur le dos de laquelle se développe une tapisserie noire, sur laquelle se détachent la robe bleue et le manteau rouge de l'apôtre. Celui-ci use d'un pupitre à écritoire et trempe sa plume dans le godet. Le tympan du portique est un cintre découpé h la façon arabe. Le même motif couronne l'arcade romane où se développe une des plus belles miniatures du manuscrit, celle qui se compose du texte et de l'illustration de ces mots : Quoniam quidem multi conati siint ordinare narralionem (Luc,i, 1) et, dans l'intérieur de cette arcade ; Incipil cvangclium secundam I.ucam. C'est, parmi les dix pages peintes, l'une des mieux conservées.
Saint ,Iean débute par une miniature de l'apôtre et du premier verset de son évangile se détachant dans une large bordure d'or enfermant l'arc triomphal orné d'une série de médaillons agrémentés de personnages et d'animaux. Sur la bordure de ton clair qui enferme les portiques, sont tracées les noces de
Cana, le puits de la Samaritaine, la Cène. L'aigle plane au-dessus de l'évangéliste, aux traits durs, vulgaires, mal peint. Sur le feuillet en regard : In principio eral Verbum et Verbum erat apiid Deum.
Fol. 223 : capitulare euangeliorum, la fètc en onciale rouge, Vincipit du texte saint en petite onciale d'or.
La bibliographie a été donnée au cours de cette notice. A. de Bastard, Peintures mystiques tirées d'un livre des évangiles écrit pour Cliarlemagne et donné par Louis le Débonnaire à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, in-fol., s. 1. n. d.
117. Paris, lat. 9383. 0 m. 31 x 0 m. 25, de 264 feuillets de 17 à 20 lignes longues; fol. 2 V, canons écrits en argent, les titres en or; fol. 242, capitulare evangeliorum. Capitale rustique d'or sur pourpre, les titres en onciale d'or, les titres courants en blanc, les sections ou parallèles en or ou en argent. Ce beau manuscrit a été, d'après L. Dehsle, à l'usage de l'église de Metz; ce paléographe estime qu'il date probablement de la fin du vm'= siècle. — Suppl. lat. 650; de Bastard, dans Bulletin du Comité de la langue, t. IV, p. 666, 861 ; Peintures et ornements, pi. cv; L. Delisle. Le cabinet des marmscrits, t. m, pi. i, n. 4; F. X. Kraus, Kunsl und Alterllium in Elsass-Lotliringen, t. ni, p. 574; Die Trierer Ada-Handschrift, p. 38; S. Berger, op. cit., p. 269, 406.
118. Paris, lat. 93S4. Liber evangeliorum, cédé à la Bibliothèque nationale, le 21 août 1794, en vertu d'une décision du conseil municipal du village de Saint-Lupicin (Jura). Jadis propriété du prieuré de Saint-Lupicin, lequel tirait son vocable d'un moine du w" siècle, ce manuscrit appartenait, au début du xvm' siècle, à l'église du village. Dom Martène l'y vit à cette époque : « Nous priâmes le curé de nous faire voir son Apocalypse; c'est ainsi que le vulgaire appelle un ancien ms. des évangiles. Il le fit avec beaucoup d'honnêteté et nous trouvâmes un fort beau livre en lettres unciales d'argent sur velin de pourpre ou violet, dont l'écriture n'avoit guère plus de neuf cents ans. La couverture étoit d'ivoire sur laquelle la vie de Notre-Seigneur étoit représentée d'une manière assez grossière. »
Le volume semble, en effet, à en juger d'après l'écriture, remonter à l'année 800 environ. Il contient les quatre évangiles écrits entièrement en lettres d'argent sur véhn pourpre. Les feuillets ont environ Om.25 de large et 0 m. 325 de haut, mais les marges sont grandes et l'écriture ne remplit que douze centimètres sur vingt, fournissant d'abord 24 hgnes à la page, puis 30, puis 34; vingt-quatre hgnes pour les trois premiers quaternions (actuellement feuillets 1 à 18), trente hgnes pour les quaternions iv à xi (actuellement feuillets 19 à 71) et trente-quatre lignes pour les derniers quaternions, xii à xxiv. Le volume complet se composait d'au moins vingt-quatre cahiers de 8 feuillets chacun, formant 192 feuillets et peutêtre davantage, à cause de quelques feuillets intercalaires; il n'en contient plus que 170.
A la première page s'ouvre le texte de saint Matthieu : Liber generationis Jhesu Cliristi, fdii David, filii Abraham, gcnuil Abraham Isaac, Isaac aulem genuit Jacob, etc.; mais sur cette première page il n'y a eu de place que pour les cinq premiers mots, parce qu'ils sont en belle capitale romaine d'or de 0 m. 025, ainsi disposés :