‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 173 sur 331 · LIBER GENE RATIO NIS IHV XPI FILII · texte numérisé non relu

LIBER GENE RATIO NIS IHV XPI FILII

Cette brusque entrée en matière ne s'accorderait pas avec cette richesse d'écriture; il manque en tête au-

EVANGELIAIRE

moins un feuillet d'ornement; il manque aussi une préface, car les trois autres évangiles qui suivent ont chacun la leur: celle de saint Marc en trois pages, celle de saint Luc en trois pages également, et celle de saint Jean en cinq pages, lesquelles toutes diffèrent du reste du texte en ce qu'elles sont écrites en minuscule, mais toujours d'ailleurs en caractères d'argent à 30 ou 34 lignes par page; Il devait donc y avoir une préface à saint Matthieu, laquelle a disparu. De plus, chaque cahier portant au bas de sa première page le quaternion ou chiffre du cahier, ce chiffre permet de constater les feuillets manquants; or le chiffre 2 est au bas du feuillet 3, c'est-à-dire au bas de la première page du second cahier; donc puisque le premier cahier n'a plus que les deux feuillets qui commencent le texte de saint Matthieu, c'est qu'il lui en manque six. On a donc enlevé en tête de ce splendide manuscrit six feuillets. Dans tout le cours du manuscrit on rencontre des notes marginales composées de chiffres littéraux qui sont des renvois de concordance. On avait numéroté tous les versets de la Bible et le scribe, en écrivant chaque verset, notait en marge les versets dont le sujet était analogue, ce qui suppose un autre manuscrit spécialement consacré à la numérotation des versets. Trois mots soulignés aux quaternions iv et v offrent des variantes à la Vulgate.

Les lettres d'argent étaient d'une épaisseur considérable et très brillantes. En quelques endroits, bien rares, où elles ont encore une ombre de fraîcheur, par exemple vers les fol. 47 à 74 et 108 à 130, elles produisent un effet imposant, qui était complété et relevé d'une manière très heureuse, par de nombreuses initiales d'or. Mais partout l'argent a été plus ou moins rongé par l'effet du temps; dans un très grand nombre de pages, il est changé en un noir opaque et en quelques endroits même l'oxydation a complètement rongé le parchemin (fol. 28,81, 112, etc.), et remplacé la lettre par un trou. Quant aux initiales d'or, les unes dans le texte et à peine plus grandes cjue le caractère courant, les autres sur la marge et de très peu plus grandes que les premières; elles étaient fort nombreuses, car on en compte quinze sur le seul verso du fol. 20, c'est-à-dire dans l'espace de onze petits versets de la Bible. On peut remarquer en passant qu'à la différence de ce qui a lieu dans l'ornementation grecque, elles sont toutes convenablement et logiquement placées, c'est-à-dire toutes mises au commencement ou d'un verset, ou d'une phrase ou d'une proposition; jamais à contresens. Ce n'était pas seulement dans les initiales que le manuscrit était enrichi d'or, il y avait une ou plusieurs lignes entières aux tètes de livres; ainsi la préface de l'évangile de saint Marc commence de la manière et dans Ja disposition suivantes :

et Pétri in baptismate filius atqiie in divino sermone discipulus. Sacerdolium in is... agens sccundum carnem levita conversus ad fidrni Christi evangelium in Italia scripsit

lendens... quid et generi suo... de Christo a....tium principum voce prophetica exclamationis inslituens ordinem Icvitice electionis ostcndit

Il est évident, à la manière dont cette préface commence aujourd'hui, qu'il y manque une initiale plus grande que celle dont il vient d'èlre question el au moins une première ligne de texte. Que cette grande initiale et cette première ou ces trois premières lignes fussent d'or, c'est ce qui ne fait pas le moindre doute, attendu qu'à l'exception de la page formant le V" du fol. 20, de celle formant le r" et v" du fol. 11, r'' du fol. 42 et aussi r' el v" du fol. 1 ; à l'exception de ces pages où les lettres d'or sont restées et très bien conscrxées. bien dilférenles en cela des lettres

d'argent, tout l'or du volume a été si exactement et si soigneusement gratté qu'il n'en subsiste pas la moindre trace et que, si l'on n'avait ces témoins, on pourrait se demander si le volume a été chrysographié et s'il n'est pas resté inachevé; l'enlèvement de l'or est si complet et si parfait qu'on croirait qu'il n'en a pas été fait usage. Cette opération barbare ne paraît s'expliquer que par un désir de lucre. A quinze initiales par feuillet pour 18.ï feuillets, plus quelques initiales très grandes et quelques lignes entières, on arrive au chiffre considérable de six mille lettres d'or, qui ont dû former une somme très appréciable.

Il reste à parler du plus important, du plus magnifique ornement de l'évangéliaire de saint Lupicin ; sa couverture. Il est probablement arrivé à la Bibliothèque nationale, en 1794, dans un état d'extrême dégradation, et il est resté tel jusqu'au règne de Louis XVIII. .\ cette époque, on l'a mis dans une reliure en maroquin, sur laquelle ou a imprimé au dos le monogramme du roi JL, de nombreuses fleurs de lis, l'inscription Liber eimngeliorum sœc. XI, et sur les deux plats de cette reliure moderne on a cloué les deux plats de la couverture primitive, qui sont deux tablettes d'ivoire mesurant 36 centimètres de haut et 30 de large sur un centimètre d'épaisseur. Voici la description des sculptures qui se voient sur ces deux vastes tablettes, qui appartiennent à la catégorie des diptyques à cinq pièces, c'est-à-dire composés chacun de cinq morceaux juxtaposés et joints à mortaise, sculptés tous cinq à part. Le plus important est au milieu; c'est un morceau de 0 m. 18 X Om. 125, y compris la bordure, où se trouve représenté le Christ assis de face, bénissant de la main droite, coiffé comme une sorte de roi chevelu, soutenant l'évangile richement relié, de la main gauche, et ayant derrière lui les apôtres Pierre et Paul. Audessus, une croix à quatre branches égales, inscrite dans une couronne de fleurs et supportée de chaque côté par un ange ailé, au vol, tenant aussi un livre en main, mais les mains voilées en signe de respect. Ce registre supérieur mesure 0 m. 09 de hauteur; le registre inférieur a presque les mêmes dimensions et il offre plusieurs scènes évangéliques ; la Samaritaine puisant de l'eau pour le Sauveur, assis devant elle. Jésus est suivi de trois de ses disciples — la résurrection de Lazare. Les deux plaques latérales ont chacune 0 m. 18 x 0 m. 08 et sont divisées en deux registres superposés : à droite ce sont : la guérison du lépreux et la guérison du paralytique; à gauche, la femme adultère et un sujet douteux. Le diptyque du verso présente les mêmes dispositions, mais il est consacré à la vierge Marie. .Vu centre, Marie assise sur une chaire et tenant son fils dans ses bras; en arrière, deux anges debout. Le bandeau supérieur offre la croix soutenue par deux anges; le bandeau inférieur, l'entrée de Jésus à Jérusalem el la fuite en Egypte.

Ulysse Robert, Catalogue des manuscrits relatifs à la h'ranchc-Comté qui sont conservés dans les bibliothèqurs publiques de Paris, dans Mémoires de la Société d'émulation du Jura, 1878, 2" série, t. iv, p. 126- 138 (La liibliographie de R. de Lastcyrie attribue celle notice à II. Bordier; je n'ai pas trouvé mention de ce nom dans l'ouvrage que j'ai utilisé.)

119. l'ARls, lat. 93SÔ, 0 m. 31 : o m. 25, de 180 feuillets, dont une garde, de 2 colonnes de 2tj lignes, Fol. 1, en argent sur pourpre; fol. 18, canons; fol. 168. capilulare evangctiorum; présente une grande ressemblance avec les évangiles de Lothaire. Préface écrite dans la belle scmi-onciale de Tours. Les images des évangélistes, accompagnées des mêmes vers que dans les évangiles de Lothaire, sont inscrites dans un quart de cercle. A la lin, après le Capilulare eranijeliorum.

EVANGELIAIRE

au verso d'un feuillet où sont inscrits quelques vers, on voit l'image du Christ imberbe dans une auréole dont les couleurs sont (du dedans en dehors) : violet, bleu, vert, brun, argent et rouge. 11 tient une hostie peinte en or et un livre, et il a sous les pieds un globe peint en violet. Aux quatre angles on voit les symboles des évangélistes. — Supplem. lat. 689; de Bastard, Peintures et ornements, pi. cciv-ccvi; Die Trierer Ada-Handsehrifl, p. 83; S. Berger, op. cit., p. 252, 255, 258, 406.

120. Paris, lat. 93S9. Évangiles d'Epternach, 0 m. 355 y. 0 m. 255, de 223 feuillets à 2 colonnes de 25 lignes. Écrit en superbe semi-onciale saxonne du vm' siècle et décoré dans le plus pur style irlandais. Devant chaque évangile, une grande et curieuse

4217. — LJun, syinbole de .^hlrc.

D'après A. .Michel, Histoire tle l'art, t. i. lîg. 162.

figure de toute la page avec entrelacs (fig. 4217). Une note écrite au fol. 222 V, qui parait de la première main et qui est copiée sur quelque antique exemplaire, porte la date de l'an 558 : Proemendavi ut potui secundum codicem de biblioteca Eugipi prifsbiteri quem jerunt fuisse sancti Hieronimi indiclione. VI. p. cons. Bassilii i). c. anno septimo deximo. Ni le texte du ms. ni les corrections n'ont été copiés sur un modèle de 558. Toutefois, le nom d'Eugyppius dirige l'attention vers l'écrivain de ce nom qui vécut au début du vi= siècle, s'enfuit des bords du Danube jusqu'au golfe de Naples pour échapper aux Huns et fonda un monastère au Cnstnim I.ueillanum, le château de l'Œuf. Puiscju'un livre de Mvarium vint à Jarrow, un évangéliaire de Naples à Lindisfarne, un ms. d'Eugyppius a pu \enir à York, d'où proviendrait notre manus<rit. — Suppl. lat. 693; Silvestre, pi. ccxxvi; de Bastard, pi. Lxxiv-Lxxx: Westwood, Anglo-sax. mss, pi. XXI ; Delisle, Le cabinet des mss, pi. xi.x, 8; A. Reincrs, Les mss anciens d'Echternach conservés à la bibl. nationale, Luxembourg, 1889, p. 380; S. Berger, op. cit., p. 52, 400; Diciionn., t. v, au mot Euoyp-

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