‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 178 sur 331 · EVANGELISTES (SYMBOLES DES · texte numérisé non relu

EVANGELISTES (SYMBOLES DES

L'usage de symboliser les quatre évangélistes est ancien et s'inspire, sans hésitation possible, du prophète Ézé~ ehiel et de ces paroles de r.\pocalypse : « Je vis autour du trône de l'Agneau quatre animaux. Le premier animal était semblable à un lion, le second à un veau, le troisième avait un visage comme celui d'un homme et le quatrième était semblable à un aigle qui vole '. • Les Pères de l'Église qui rencontrent ce texte dans leurs explications l'interprètent de différentes façons, mais ils sont généralement d'accord pour appliquer ce symbolisme aux quatre évangéUstes. L'attribution et la répartition ne vont pas, comme on peut le croire, sans quelques tâtonnements. Les uns y clierchent l'expression du style particulier à chaque évangéliste et il faut reconnaître qu'ils sont peu suivis; les autres — et parmi eux saint Jérôme, saint Augustin — s'arrêtent à une interprétation assez subtile. Le (ion, c'est l'évangéliste Marc, qui, dès le début de son évangile, fait entendre la voix criant dans le désert et disant : Préparez les voies du Seigneur; le veau, c'est l'évangéliste Luc, qui, dès le début de son évangile, rapporte l'histoire du prêtre Zacharie; l'aigle, c'est l'évangéliste Jean, qui, dès le début de son évangile, atteint les régions élevées de la généalogie du Verbe ;r/io77imc, c'est l'évangéliste Matthieu, qui, dès le début de son évangile, récite la généalogie humaine du Christ. Tout ceci peut sembler un peu trop ingénieux, mais puisque ces illustres personnages s'en sont contentés, nous n'avons qu'à le faire connaître.

Les monuments ne paraissent adopter ce symbolisme que vers le \" siècle au plus tôt. Aucun vestige de ces animaux mystiques dans les fresques des catacombes, les bas-reliefs des sarcophages, les fonds de coupes dorés. Vn diptyque d'ivoire donné par Bugati est peut-être la plus ancienne représentation connue actuellement. Ce sont deux diptyques à cinq feuillets, appareillés et que la suite des temps a maintenus rapprochés dans leur destination nouvelle de couverture d'évangéliaire dans le trésor de la cathédrale de Milan. I^es symboles des évangélistes sont distribués deux par deux sur chaque feuillet. Au pied de chaque feuillet les bustes des évangélistes répondent aux symboles. Les différents sujets représentés dans les tableautins sont : la nativité, le massacre des innocents, l'annonciation, les mages suivant l'étoile, le baptême du Christ, le Christ parmi les docteurs, l'entrée triomphale à Jérusalem; 2'' feuillet : adoration des mages et noces de Cana; guérison de deux aveugles, d'un paralytique,

' A. Dietrich, dans Zeitschrifl fur d. neutestam. Wissenscha/t und die Kun(/<; dcr Urc/u-ïsleiidim, 1900, t.l, p. 336-3.'iS.

résurrection de Lazare, le repas d'Emmaùs, la cène, le Christ parmi les docteurs (fig. 4221-4222).

Le plus ancien monument qu'on peut, en un sens, dire daté est le pupitre de bois de sainte Radegonde de Poitiers (f 587). Voir Diclionn., t. i, fig. 201 '.

Les mosaïques olfrcnt un grand nombre d'exemples; c'est d'abord la plus célèbre de toutes, la mosaïque de l'abside de Sainte-Pudentienne, celle de la voûte étoilée du mausolée de Galla Placidia à Ravenne, la mosaïque de l'abside de Sainte-Sabine à Rome, celle de la chapelle de Saint-Satyre à Milan. Au baptistère de Saint-Sotcr à Naples (milieu du va siècle), la coupole, posée sur trompes d'angles, offre dans les trompes les figures des symboles des évangélistes représentées, comme sur l'ivoire Trivulce, avec six ailes.ASaint-Vilal de Ravenne, l'évangéliste "strep-"'""*""" n-'- ■■ I "■ ...Ki„ .jYcrl'éri

4224- — Livre de Li^dislarnie.

D'après Vcnturi, Sloria, t. n, p. 225, fig. 199.

toire à ses côtés et près de lui son symbole. C'est la méthode que les miniaturistes emploieront de préférence: parfois le lion et le veau n'ont point d'ailes; par contre, ces quatre personnages symboliques sont fréquemment gratifiés du nimbe, par exemple sur la mosaïque de l'arc triomphal de Saint-Paul-hors-les- Murs et sur celui de la basilique Libérienne. Si les évangélistes sont supprimés, les animaux mystiques ne s'embarrassent pas pour si peu et se chargent du Uvre. qu'ils arrivent à savoir tenir ouvert, comme on le voit dans la mosaïque de la basilique des Saints- Côme-et-Damien et dans celle de Saint-Apollinaire in classe.

Avec le temps, la fantaisie se donna carrière. Où emprunta-t-elle l'idée de remplacer la tète des évangélistes par celle des animaux, de façon à produire des êtres qui semblent dérobés au panthéon égj'ptien? En Egypte, à Alexandrie, d'où tant d'idées et d'imaginations se sont répandues dans le monde chrétien? C'est possible, mais on n'a pas l'apparence d'un indice en ce sens. Nous avons montré (voir Diclionn., au mot Caricature, t. n, col. 2160, fig. 2079) l'habitude

— 'Apoc, IV, G-7; cf. Ézéch., i, 5, 13, 14. — "H. Leclercq, Mon. d'Kirchéol. chrét., t. n, p. 631, n. 3. llg. 396.

ÉYANGÉLISTES (SYMBOLES DES)

prise à Rome de s'amuser de certains personnages publics en les coitlant d'un masque de bête, probablement approprié à leur caractère. L'idée d'appliquer

t. n, col. 2164, flg. 20S0). On y a représenté les évangélistes en leur donnant le mufle d'un animal et le rouleau à la main '. Mais ce sont principalement les

4226-4227. Évangéliairc de Louis le Pieux. D'après Vcnluri, Storia dclV artc, l. ii, l\g. 220-221-222-223.

cette irrévérence aux évani^clistcs vient-elle de là? nous ne pourrions le dire, mais nous la rencontrons à la voûte de la petite église qui conduit ù la Chiesu dei Pagani d'Aquilée (voir Diclinnn., t. i, col. 2i>f>.3;

évangéliaires qui nous offrent une inépuisable variété de types. Dans l'enluminure irlandaise, c'est

1 Bartoli, I^ aniichila di Aquileja, 1739. p. lOL

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