EXORCISME, EXORCISTE — EXPAXSIOX DU CHRISTIANISME
Au Musée de Latran, pil. x. n° 18 ' : PRIMVS EXXORCIST[a FECIT Au cimetière de Calliste ' :
PAVLVS EXORCISTA DEP/MARTYRIES/VI
Dans une calacombe ' :
PETRONIV EXORCISTA HELENE M-B-B-IN-P-
(i. Chiusi nous avons déjà signalé l'épitaphe d'un nommé Sentius Respectas, marié à Minucia Orestina. qui lui fit une épitaphe lorsqu'il mourut à l'âge de soixante ans, étant resté toujours exorciste *. A Brescia, l'évêque FI. Latinus, au m» siècle, rappelle sur son épitaphe son cursus honorum, ayant été évêque 3 ans 7 mois, prêtre 15 ans, exorciste 12 ans ^. Nous connaissons encore, à Rome, un MACEDONIVS EXORCISTA'; un Irénée, mort à 27 ans ■ et un ' BASSILIANVS AESSORCISTA COIVGI BENEMERENTI IN PACAE
A Carthage, un fragment dans la Basilica majorum.
Un curieux monument nous a été conservé par un dessin de Passer! "; il montre les exorcistes à rœu\Te. C'est dans un nijmphœum, situé près de Pisaure, qu'on a trouvé celte cuvette, mesurant sept pieds en longueur, un peu plus de trois pieds en largeur et autant en profondeur. On voit sur la face postérieure un possédé qui se roule dans les contorsions, tandis que deux exorcistes, croix en main, travaillent à le délivrer de l'esprit malin. La scène semble se passer en public. De chaque côté, des fidèles, une croix à la main, assistent à la cérémonie (fig. ^1251).
H. Leclebcq.
EXPANSION DU CHRISTIANISME. — I. Age apostoUque.I I. Le n» siècle. III. Jusqu'à la paix de l'Église. IV. Pénétration sociale. V. Expansion géographique. VI. Palestine. VII. Phénicie. VIII. SjTic. IX. Chypre.X. Cilicie. XL Édesse. XIL Perse. XIII. Inde. XIV. Arabie. XV. Egypte. XVI. Asie Mineure. X\'II. .\rménie. XVIII. Illyricum. XIX. Occident. XX. Conclusion.
I. Age apostolique. — La propagation du christianisme s'est accomplie dans des conditions différentes selon les temps et les lieux, en sorte qu'il est nécessaire de les considérer isolément les unes des autres. \ Jéru-
4251. — Cuvette de Pisaure.
D'après Paciaudi, De sacris christianorum balneis, 1758, pi- m, n. 2.
<lont le nom propre incomplet doit être sans doute restitué Vindemialis (fig. 4249)'.
A Côme, dans la basilique de Saint-.-Vbundius, aujourd'hui au musée (salle chrétienne, n. 101), 0 m. 76 X 0 m. 72 ; la première inscription est de l'année 526, la deuxième de l'année 530 (fig. 4250) '".
[La deuxième n'a pas de rapport avec noire sujet.]
A Eclane, en 511 " :
HICREQVIESCITIN S O WINO • PACIS • CAE LIVS IVHANNIS-EXHORCISTA QVI • ViXIT • ANNS PL S MS y AEPOSITIO • EIVS-CII ■ IDS AECEMBRES-FLSFEL CE-VC- CONSVLE
Guarini, qui publia le premier cette inscription, interprète le y non comme le chiffre trois, mais XX.
' O. Marucchl, / monumenti crisliani delV museo Pio La- <cranenje, in-lol., Roma, 1911, pi. i. — 'De Rossi, Roma iotterranea, t. ii, p. 275, pi. xx.kvii, 28; S. Scaglia, \otiones archeologiœ clirisliana\ t. il, Epigraphia, 1909, p. 25, fig. 85.
— • Boldclti, Osservazioni sopra i cimileri, 1720, p. 415. —
* Corp. inscr. lat.,t. xi,n. 2559; voirDicdonn., t. m, col. 1394. j
— ' Monum. Ecdes. liturg., t. i, n. 2S3S; Corp. inscr. lai., t. V, n. 4S46. — • ^Marangonl, Acta S. Viclorini, p. 81 ; Monum. Eccles. liliirg., t.i. n. 3022. — '.Mai, Script, vet.nov. coll., 1831, t. V. p. 383; n. 3; Monum. Eccles. liturg., t. i. n. 3114. — " Cardinali, op. cit., p. 213; .Monum. Eccl. liturg..
salem, en Judée et, dans une certaine mesure, en Samarie les prédicateurs de la foi nouvelle rencontrent des concours très chauds et une opposition très violente; mais, dans tous ces pays, ils sont entendus et compris par ceux auxquels ils s'adressent. Sortis de ces frontières restreintes où se perpétue un éfat d'esprit sectaire et arriéré, ils abordent les juiverics de la « Dispersion », dans lesquelles règne une orthodoxie farouche. Les traverses que rencontrera la prédication de saint Paul s'expliquent eu outre par le dérangement qu'elle laisse prévoir pour toutes les opinions et les situations établies; ce n'est rien moins qu'un schisme qu'il préconise, et les synagogues le rejettent comme un trouble-fête. Lui-même a-t-il longtemps espéré entraîner des communautés en corps à la foi au -Messie? II ne s'en est pas clairement expUqué; mais son obstinât ion à entainerrapostolat, dans chaque nouvelle ville qu'il aborde, par une invitation à la colonie juive à se raUier à la doctrine qu'il annonce,
n. 4241; Perret, op. cit., t. v, pi. 65, n. 5. — • Dessin de M. d'.\nselme communiqué par le P. Delattrc;cf. Corp. inscr. lat., t. vni, n. 14017 : Binccmalos. — "> Corp. inscr. lai., t. V, n. 5428 ; U. .Monneret de Villard, Iscrizioni cristiane delta provincia di Como, antcriori al secolo XI, dans Riuista arclieologica delta prouincia e antica diocesi de Como, 1912, p. 57, n. 35. — "Corp. inscr. lat., t. ix, n. 1381; R. Guarini, Ricerclie suit' antica citld di Eclano, in S', Neapoli, 1812, p. 121: in-S°, Neapoli, 1814, p. 171. — " Paciaudi, De sacris christianorum balneis liber singularisa in-4^ Romoc, 1758, pi. m, p. 135 sq., d'après Passer!.
EXPANSION DU CHRISTIANISME
permet de conjecturer qu'il escomptait au moins un demi-succès et. en fait, il lui arriva généralement de détacher un groupe qui forma le noyau de l'Église locale. Les autres membres du collège apostolique procédaient-ils de même? nous l'ignorons, comme presque tout ce qui a rapport à leur activité. Mais on peut penser qu'ils suivirent une méthode semblable. Saint Paul, le plus cultivé d'entre eux tous, ne concevait pas de moyen de succès plus efficace pour amorcer sa prédication; il est douteux que des Juifs, déracinés du sol natal pour la première fois de leur vie, aient songé à s'adresser d'abord aux gentils de préférence à leurs compatriotes. Ils étaient presque assurés d'en rencontrer partout, car on comptait environ quatre miUions et demi de Juifs dispersés dans l'empire et répandus dans la plupart des provinces, surtout dans la Syrie, l'Egypte, les provinces de l'Asie Mineure Rome, l'Afrique. Laborieux, actifs, intrigants même, les Juifs pénétraient partout, connaissaient l'intérieur des familles, savaient le degré de prospérité des affaires, la mesure de discrétion et de probité des serviteurs. Ils s'insinuaient parfois jusqu'au foyer et ne manquaient pas de sonder le terrain des cœurs, en vue d'une affiliation un peu vague mais suffisante pour créer un lien que l'avenir, les circonstances, le savoirfaire se chargeraient de resserrer. Ces procédés d'infiltration préparaient le terrain sur lequel les évangélistes et tous ceux qui proposaient la vie et la doctrine de Jésus allaient travailler infatigablement.
Ce que laissaient entrevoir de leur foi et de leur religion les Juifs épris de prosélytisme n'était qu'un abrégé, et peut-être un grand nombre parmi eux n'en savaient-ils pas beaucoup plus. Le bon sens et l'expérience leur enseignaient que la propagande morale, comme la pacotille commerciale, n'est attrayante que si elle est portative. Très habilement, ces Juifs, sincères mais retors, avaient échantillonné leur prédication à quelques spécimens d'un écoulement facile et presque certain. Sachant à merveille les quolibets provoqués par leurs rites, ils se gardaient de rebuter le chent par l'offre de cette marchandise décriée; ce qu'ils lui proposaient, c'était quelques idées très claires : un Dieu unique, une loi morale, une sanction éternelle. A leur suite, le chrétien pouvait se présenter, mystérieux et intransigeant, annonçant sur des bases identiques un développement plus complet. Tandis que le Juif tenait à distance celui qu'il attirait, et alïectait de lui faire sentir une sorte d'inégalité essentielle, le chrétien professait bien haut la fusion complète et sans réserve entre tous les croyants de sa doctrine, quels qu'ils fussent, d'où qu'ils \inssent. Mais ceci était affaire de temps et de jjersuasion, le principal était de trouver accès et de poursuivre la tâche ébauchée par d'autres.
L'esprit d'inégalité et d'exclusivisme avait eu, dès la première heure, ses partisans très haut placés et très influents dans l'Église; l'apôtre Jacques fut le plus signalé d'entre eux. Pierre s'était montré hésitant et avait louvoyé quelque temps, mais l'aflairc de la circoncision (voir ce mot), vigoureusemcntconduiteparsaint Paul, avait décidé de l'avenir et parqué les judaïsants dans leur aigreur et leur impuissance. On s'adressa donc résolument aux gentils et on le fil suivant des procédés fort dissemblables de ceux qu'avaient suivi les Juifs.Cc fut moins par voie d'infiltration et d'insinuation que par une belle audace et une sorte de cràiierie que les jeunes communautés pauliniennes s'affirmèrent en face et en rivales des synagogues. Dans des maisons particulières les réunions n'avaient plus celte allure de religion nationale qui excluait de la synagogne les non-initiés parce que non-Juifs; c'étaient plutôt comme des invitations clandestines d'un type inconnu jusque-là. La promis-
cuité des rangs sociaux les plus éloignés, la supériorité hiérarchique des individus les moins qualifiés, apparaissaient au dehors comme des nouveautés scandaleuses. Qu'on imagine, si l'on peut, l'émoi causé dans une société moderne par cette brusque application des principes égahtaires. Mais cet émoi une fois calmé, les chrétiens s'en trouvèrent fortifiés et accrus.
Quelque répugnance qu'on éprouve instinctivement pour les nouveautés, il faut reconnaître que le christianisme, à son début, apparut comme une nouveauté et la plupart de ses adhérents les plus convaincus, aujourd'hui qu'il se réclame de vingt siècles d'existence et de tradition, eussent été ses adversaires les plus intraitables peut-être, s'ils avaient été témoins de son apparition. Aujourd'hui ils cherchent dans le phénomène d'expansion de cette religion sainte un argument apologétique, alors ils eussent énuméré, sans en omettre une seule, les conditions naturelles qui, à leurs yeux, eussent expliqué son succès. Et c'en étaient sans doute que l'uniformité relative de langue et d'idées, résultant de la diffusion de l'hellénisme, de même que l'unité politique véritable imposée aux provinces par l'empire romain, et encore le développement des voies et moyens de communications, la sécurité des routes, l'organisation des relais, l'administration des postes, autant de faits en apparence indifférents auxquels les apologistes ne prêtent pas assez attention et qui n'en apportent pas moins un actif concours à la prédication et au triomphe d'une doctrine. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer ce qui se passe dans l'empire et hors des limites de l'empire. Ici il faut savoir le reconnaître et en faire l'aveu, le christianisme n'avance pas, il ne pénètre même pas, ou bien, s'il pénètre, il s'enfonce et disparaît, nous n'en pouvons relever la trace. (i'est que chez les Scytiies, les Parthes ou les Germains, les facilités matérielles n'existant à aucun degré, ni apôtres, ni ntissionnaires, ni évangélistes, ni périodcutes n'ont travaillé et évangélisé, ou bien leur effort aura généralement échoué.
D'autres raisons ont aidé aux conditions matérielles du succès. Par-dessus toutes celles-ci, la politique rehgieuse de Rome, tolérante pour les rehgions nouvelles, qu'elle se réserve d'absorber en temps voulu. Cet te politique favorise un réveil spirituel caractérisé par l'infiltration et le succès des rehgions orientales de la Syrie et de la Perse; l'Egypte n'est pas en retard et c'est à la faveur de son exotisme sémite que le cliristianisme, au moins jusqu'à l'an 64, fait ses premiers et rapides progrès. On doit s'attendrir sur l'héroiisine des martyrs, s'extasier de leur endurance, glorifier la vigueur de leur conviction et de leur résistance, mais tout ceci n'est qu'un aspect pathétique, émouvant, d'une situation sociale sans issue. Le conflit, pousse à ce point de violence d'un côté, d'obstination de l'autre côté, dénonce deux convictions inégalement efficaces. Le christianisme, qui soulïrc, est incomparablement plus robuste que le paganisme, qui fait souffrir, c'est toute la différence de l'offensive à la défensive. Ceux qui, infatigablement, s'offrent à la mort ou ne s'y dérobent pas sont, dans un temps donné, assurés de triompher de ceux qui font mourir. Ainsi, la conviction n'est pas égale, car rien ne montre que ceux qui font mourir sauraient mourir à leur tour, s'il le fallait. C'est jiar là que le polythéisme révèle son infériorité sur le monothéisme qui lui donne l'assaut. Religion officielle et tirant de cette situation tous les avantages qu'elle comporte, le polythéisme ne possède pas la vigueur surnaturelle que son adversaire acquiert cl renouvelle chaque jour; volontiers il s'abandonne à la sécurité cl cesse de se défendre contre les éléments dissolvants qui l'attaquent et le désagrègent.
A l'aide de sa siluation officielle, le polythéisme
i;.\ PANS ION DU CHRISTIANISME
s'est assuré toutes les garanties de la religion d'État et l'existence trop plantureuse de ses représentants attitrés les entraîne vers l'intolérance et le matérialisme. Devant ces dégénérés, le christianisme se dresse dans toute l'ardeur de ses revendications inspirées del'exclusivisme le plus intransigeant et de l'idéalisme le plus éthéré. Tandis que le polythéisme croupit et ne se soutient contre les oppositions religieuses que par voie de naturalisation des dieux étrangers, qu'il introduit de gré ou de force dans le panthéon grécoromain, le monothéisme s'exalte et s'accroît de tout ce qu'une conviction brûlante possède d'effîcace pour attirer, retenir, convaincre, entraîner et absorber ce qu'elle convoite. Ce qui peut alarmer les susceptibilités, lorsqu'on parle d'un christianisme envisagé à la façon d'un syncrétisme supérieur, ne doit pas empêcher de reconnaître l'admirable faculté d'assimilation qui lui a permis de fusionner en les fécondant des acquisitions notoirement faites aux dépens de doctrines différentes et parfois opposées. Peuton de bonne foi songer à lui en faire un reproche? Ce serait méconnaître les conditions extérieures parmi lesquelles il s'est imposé.
Cette religion nouvelle apparaissait à la multitude des oisifs, (qui n'attendaient ni ne réclamaient d'elle les infinies sollicitudes qu'elle prodigue aux déshérités), comme la religion dès longtemps attendue, une religion épurée, faite de raison et de mystère, une philosophie d'origine divine et pourtant accessible à toutes les intelligences. La doctrine qu'apportait le christianisme offrait toute satisfaction par sa simplicité, sa clarté, sa moralité: la Providence qu'il annonçait avait une existence et un rôle. Elle avait aussi son mystère, et sa séduction s'adressait en même temps aux malheureux qu'il secourait, aux satisfaits qu'il éclairait, aux inquiets qu'il apaisait.
Certains païens, et non des moindres, clierchaient surtout une règle de vie morale; mais, devenus défiants, déconcertés par les contradictions des philosophes, ils voulaient que le nouveau principe de la vie morale fût placé en dehors et au-dessus de l'homme. Beaucoup se tournèrent vers les cultes orientaux et le néo-platonisme; mais la concurrence du christianisme triompha à force de clarté et de surnaturel. Il lui suffisait de produire ses livres saints, qui contenaient, avec une morale supérieure à toutes les autres, la justification du principe de cette morale. L'accord des deux Testaments, l'accomplissement des prophéties, les miracles prouvaient la vérité du cliristianisme. L'Ancien Testament le faisait remonter jusqu'aux origines du monde et rattachait la doctrine morale à un système cosmogonique.
La philosophie du temps était imprégnée d'hellénisme. Une religion sémite bien rugueuse et sufRsamraent ininteUigible pour les hommes d'une civilisation différente était condamnée à végéter et peut-être à périr. Le culte de Mithra connut cette mésaventure et, même, il en mourut. Son expansion en Occident fut. parallèlement à l'expansion chrétienne, d'importance au moins égale et un moment il parut lui disputer le succès et balancer la victoire. Mais il s'étiola et se dessécha pour n'avoir pas pu gonfler sa doctrine de la sève divine. Au contraire, le christianisme, ouire la différence d'origine surnaturelle qui le distinguait du mithriacisme.avait accueilli sans prévention et avec bienveillance l'hellénisme, s'en était pénétré, avait de préférence dirigé son premier effort sur les pays de culture hellénistique et y avait établi ses centres moteurs : à Antioche et à Éphèse, à Alexandrie, à Rome, à Carthage, à Lyon, toutes cités alors de langue grecque. Sans renier son origine sémite, sans renoncer à ce qu'il devait à lui-même d'en revendiquer devant tous, le christianisme donnait de plus en plus à ses v'érités
fondamentales une expression conforme au génie et à la pensée helléniques. La rupture, suivie d'hostilité ardente, qui sépara le christianisme du judatsme dès la fin du i'^' siècle, mettait le christianisme dans la nécessité de s'acclimater parmi les gentils, d'y puiser les recrues sans lesquels une religion, même divine, ne saurait utilement aborder les larges horizons, c'est-àdire les intelligences, les âmes, les vertus de ses fidèles. Or l'immense majorité de ses dirigeants étaient imprégnés d'hellénisme; leur adhésion et leur collaboration décidèrent de la voie à suivre.
Une fois engagé dans cette voie, le christianisme poussa à fond et ne s'arrêta plus. En s'assimilant l'hellénisme, la religion nouvelle, consciente de sa force toute neuve, savait qu'elle ne s'y fondait pas et, au contraire, prétendait le fondre en elle-même. C'était un premier essai d'annexion dans un sens très différent de celui que la religion polythéiste avait pratiqué. Ue l'hellénisme séducteur, le christianisme n'acceptait pas tout indistinctement, même il réprouvait nominativement plusieurs domaines tenus pour incompatibles, à cause de leur matérialisme, avec une croyance d'origine surnaturelle. Soit indifférence, soit perversité, le polythéisme accueillait sans élimination aucune le dieu Jéhovah, comme le dieu Atys, comme la déesse Baubô; la plus haute moralité avec les plus dégoûtantes turpitudes; et cette conciliation excessive, loin de tourner à son avantage, précipita sa ruine. Au contraire, le christianisme manifestait un exclusivisme intraitable et condamnait toutes les religions et tous les cultes avec la même intolérance. Cet exclusivisme ne laissait pas — et c'était sa force en même temps que son honneur — de se montrer très accommodant. Sans doute, les chrétiens ont eu de bonne heure, dès le début du n« siècle, la prétention de succéder à tous les droits du peuple juif et de former eux-mêmes le peuple élu, le peuple de Dieu, ce qui ne pouvait que leur attirer l'animosité et les railleries. Ils croyaient être et disaient être véritablement une » troisième race » : ce qui, en un sens, n'était pas tout à fait faux, puisqu'ils n'étaient pas monothéistes à la façon des juifs, ni polythéistes à la manière des païens Mais cette « troisième race » différait encore de la race juive, en ce que celle-ci se recrutait par génération — sauf d'insignifiantes exceptions, les prosélytes de la justice — tandis que les chrétiens se recrutaient par cooptation plus qu'autrement : fiunl non nascunlur christiani, disait TcrtuUien. Aussi l'Église accueillait, bien plus, elle attirait et affifiait les hommes de toute race et de toute classe. Elle s'attachait à ne rebuter personne. Le seul obstacle qu'elle n'ait pu tourner résidait dans l'idolâtrie elle-même, surtout dans le culte impérial, véritable pierre d'achoppement, dont la malencontreuse invention a peut-être empêché de grands résultats. L'irréductible impossibihté d'une entente sur ce terrain a été une des principales raisons de l'antagonisme trois fois séculaire, jalonné de persécutions sanglantes, qui a empêché une entente entre l'empire et l'Église, avant l'irrémédiable déviation de leurs destinées dans des directions opposées. Que fût-il advenu si, sans attendre le iV siècle, ces deux pouvoirs, également vigoureux et sains, avaient essayé de bonne foi à s'entendre et à collaborer? On l'ignore : mais on ne peut rien conclure de ce qui s'est produit de l'entente tardivement conclue sous les règnes de Constantin et de Théodose. A cette date, malgré toutes les protestations, on ne songeait de part et d'autre qu'à se supplanter. C'est au cours du i" ou du i\' siècle de notre ère qu'une tentative pouvait être aussi féconde en matière poUtique qu'en matière sociale.
Tandis que certains auteurs reprochent aux fidèles leur méprisable inertie, leur répugnance à se prêter aux services que l'État attend de chacun, leur goût
EXPANSION DU CHRISTIANISME
pour l'isolement et cette stérilité qui les rend une charge à la société; tandis que Tertullien et quelques rigoristes de sa trempe recommandent aux chrétiens de s'abstenir le plus possible d'un monde pervers, nous voyons par les écrits authentiques que les chrétiens sont partout, pénètrent, se montrent, s'affirment partout, sauf dans les temples des idoles. Et cette situation est le résultat de l'ordre donné par Jésus à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations. » Nulle exclusion, nul privilège, la « troisième race » se renforcera des contingents venus de tous les pays et, de fait, l'expérience commence dès le jour de la Pentecôte. Au milieu d'une foule de pèlerins, des bonnes volontés se déclarent parmi la foule la plus bigarrée, en sorte que l'on s'aperçoit bientôt que la semence est tombée sur des terrains fort éloignés les uns des autres, quelques-uns extérieurs aux territoires de l'empire : Parthes, Mèdes, Élamites, Mésopotamiens. Avec eux se trouvent des sujets asiatiques de l'empire : Juifs, Cappadociens, Pontiques, Asiates, Phrygiens, Pamphyliens, et encore des Égyptiens, des Libyens, des Arabes et des habitants de Rome '. Or ce sont des pèlerins que leur dévotion et leurs affaires ont amenés à Jérusalem, cette année-là comme les années précédentes, et qui y reparaîtront au cours des années suivantes. Des pèlerins, c'est-à-dire des étrangers qui vont regagner leur région d'originç, où ils feront le récit de ce qu'ils ont vu et entendu. On peut compter que ces récits seront bien touchants, bien naïfs et bien inexacts, mais on peut compter ainsi ([ue les pèlerins parleront et qu'ils seront écoutés, interrogés, contredits ou approuvés.
De cette première semence quelle serala récolte? nous ne le saurons jamais; mais nous aurions tort de croire que le silence qui enveloppe cette préhistoire des missions chrétiennes et nous cache des résultats inconnus dispense de faire entrer en compte ce premier épisode évangélique. Les temps s'écoulent et les événements recommencent presque identiques, parce que l'opération s'accomplit toujours sur la même matière humaine. A défaut de souvenirs conservés sur les incidents qui accompagnèrent en certains lieux le retour des pèlerins baptisés pendant leur séjour à Jérusalem, nous pourrions rapporter ce qui marqua les humbles et extraordinaires débuts de l'évangile en Corée, vers les dernières années du xvm« siècle. Là aussi, un voyageur lointain, parti pour ses affaires, rapporte la bonne parole et les difTicultés les plus graves empêchent longtemps de nouvelles communications. C'est au moyen de souvenirs et d'observations que le noyau formé autour de l'initiateur improvise presque tout ce qu'il ne sait qu'imparfaitement et très mal. La bonne volonté annoncée par les anges n'a jamais été plus touchante et plus vaillante. A défaut de livres, de rites et de prêtres, ils organisent un culte et un sacerdoce jusqu'au jour où ils reçoivent enfin tout ce qui leur a manqué jusqu'à ce moment -. Moins isolés, moins tyrannisés que les Coréens, les premiers prédicateurs du pays d'Élam ou de Mésopotamie ont pu sans doute revenir ou envoyer des compatriotes à Jérusalem pour la Pentecôte de l'année suivante; ainsi se seront nouées des relations d'autant plus intéressantes que, sans aller jusqu'à supposer que ces enfants perdus, ces batteurs d'estrade de l'évangile, aient fondé des Églises dont aucun témoignage quelconque ne serait resté, nous devons reconnaitre que leur affiliation et leur baptême, à l'instant du premier et vif enthousiasme des débuts, engageaient l'avenir. C'étaient des gentils qu'on introduisait de la sorte dans l'Église naissante et il est
d'ailleurs possible que la réaction judaïsante qui suivit fut provoquée par le mécontentement de ceux qui blâmaient cette affiliation précipitée.
Il ne faudrait pas toutefois commettre l'excès d'attribuer à ce premier envol de messagers évangéliques plus de stabilité et de fécondité qu'il n'en a eu. Remarquons que, ni dans l'empire ni hors de l'empire, un seul écho certain de leur prédication n'a pu être recueilli. Ceci est d'autant plus remarquable pour l'empire que les grandes missions de saint Paul, ses voyages l'eussent mis en mesure de rencontrer des embryons d'Églises en Asie Mineure et dans les îles, si ces missionnaires improvisés avaient réussi à en fonder ou à essayer de fonder; or le H\Te des Actes et les épîtres n'y font aucune allusion.
Un nouvel exode de messagers, moins improvisés, suivit la mort du diacre Etienne. A ce moment, il semble que l'Église de Jérusalem fut nombreuse et prospère. Les apôtres demeurèrent seuls, les fidèles furent dispersés sur toutes les routes de la Judée, de la Galilée et de la Samarie ^. Cette fois, l'Évangile fut annoncé le long du littoral et en Phénicie; certains, plus aventureux, poussèrent jusqu'à Damas et, tout au nord de la Syrie, jusqu'à Antioche; d'autres débarquèrent à Chypre *. Enfin, l'apôtre Pierre entreprend de se rendre un compte personnel de tout ce qu'il ne connaît encore que par des récits dont la splendeur orientale lui paraît peut-être sujette à caution. Il commence la visite des Éghses naissantes ', et confère le sacrement de baptême à de nombreux païens '. Sans attendre son exemple, les convertis de Chypre et de la Cyrénaïque se tournent eux aussi résolument vers les gentils ' et la naissante fondation d'Antioche devient comme le foyer d'un esprit plus large, plus audacieux, plus entreprenant. C'est à .\ntii)che que la croyance à Jésus prend une personnalité distincte et, pour ainsi parler, un état civil. Les nouveaux adhérents portent le nom de chrétiens (voir Antioche et Chrétien).
Pendant cette période, le christianisme attire et séduit par l'attrait d'une prédication dont le tour simple et naïf s'adapte aux intelligences les plus humbles, les éclaire sans les éblouir. 11 leur présente la doctrine telle qu'elle pouvait exister avant la rédaction des évangiles, c'est-à-dire purement traditionnelle et narrative. De quoi se compose-t-elle'.' De quelques traits nets, d'un contour facile à suivre dans ses détails et à saisir dans son ensemble. Des épisodes de la vie terrestre du Maître, sa naissance merveilleuse, ses actions miraculeuses, sa mort et sa résurrection : qu'on joigne à cela quelques maximes frappantes dans le genre des béatitudes du sermon sur la montagne, et voilà tout ce qu'on propose et tout ce qu'on impose. Mais les inteUigences les plus cultivées et les plus exigentes découvrent dans ce fonds une surabondance d'enseignements, de paraboles et d'indications qui les illumine sans les aveugler. Ces perspectives si gracieuses et si fermes tout à lu fois offrent dès lors tous les principaux traits auxquels l'hellénisme ajoutera la séduction de la beauté et de la grandeur, mais la vérité demeurera ce qu'elle était dès la première heure.
Vers l'an 44, c'est-à-dire au moment où l'apôtre Paul commence ses grands voyages apostoliques, en comparaison desquels les expéditions de la période précédente sont de simples randonnées, la doctrine chrétienne a arrêté les grandes lignes définitives. Un Dieu unique, créateur de tout ce qui existe, Seigneur des mondes et Père des hommes. — Un Dieu incarné, fils de Dieu, mort, ressuscité et Sauveur des
' Act. apost., n, 5-11. — ' On trouvera ce curieux épisode dans Ch. Dullet, Histoire de l'Église de Corée, in-8°, Paris,
•Act.,
— • Act., V, 31-37; ix, 32, 36-10.
Kl, 31. — • Act.. X. 9-29, 47-l.S. -
•Act.. XI, 10.
.\ct.. XI.20.
EXPANSION DU CHRISTIANISME
hommes. — Une vie future destinée à ceux qui marchent dans la voie des préceptes établis par Dieu et déclarés par Jésus. La prédication primitive ne sortira pas de ces thèmes si simples, elle les ornera de toutes les magnificences d'une exposition dont les épîtres de l'apôtre nous conservent le témoignage émouvant. Il faudra toujours recourir à cette source et aux évangiles quand on voudra prendre une idée précise des moyens par lesquels la prédication évangélique remporta ses plus signalés succès.
Cette idée précise et dégagée de toute préoccupation polémique n'est pas possible à un grand nombre; pas plus que l'appréciation exacte des excuses à faire valoir en faveur de ceux qui méconnurent la doctrine chrétienne, la traquèrent impitoyablement et refusèrent d'y reconnaître ce que nous y apercevons aujourd'hui dans une évidente clarté. Quelle opinion pouvaient avoir de ces Orientaux au type juif les Romains et les Grecs, en possession d'une religion, d'un gouvernement, d'une force, d'une culture artistique et littéraire, auxquels ils n'admettaient pas que rien pût être sérieusement comparé? Or ce n'était pas de comparaison qu'onleur parlait, mais d'abandon, de renonciation. Leurs dieux n'existaient pas, leur gouvernement était oppresseur ou corrompu, leur force caduque et menacée, leur culture pernicieuse et dégradée. A la place, on leur proposait tout un ensemble plein de séduction, mais dont personne jusqu'à ce jour n'avait entendu i)arler, une religion pure, mais qui n'était pas à l'abri d'une persicution, une morale éthérée mais, à cause de cela, peut-être impraticable. Les hommes qui prônaient ces nouveautés n'avaient dans leur passé rien de recommandablc, dans leurs relations rien que d'inavouable; ils vivaient dans la compagnie des plus pauvres, des plus inconnus, des plus dédaignés ; étrange recommandation. Incontestablement leur enseignement était élevé, mais leur doctrine révélait de redoutables nouveautés. On s'est fort scandalisé jadis de la comparaison célèbre faite de Paul et Barnabe parcourant l'Asie Mineure avec deux compagnons faisant leur « tour de France » ; mais ne semble-t-il pas que ces promesses et ces revendications de l'apôtre et de ses collègues missionnaires devaient paraître, aux oreilles des hommes du i" siècle, aussi inquiétantes et révolutionnaires que peuvent le paraître certaines revendications de conférenciers communistes aujourd'hui"? A la méfiance trop justifiée qui accueille ces derniers, aux soupçons qui les repoussent et entravent leur propagande, est-il trop irrespectueux de comparer les persécutions réservées à Paul et à ses émules'? Cette prédication d'une nouveauté inouïe frappait moins par sa morale sévère et sa théologie très pure que par sa sociologie subversive. Une société convient volontiers, quand elle est intelligente ou se pique de l'être, que tout n'est pas parfait ; elle fait parfois un succès à celui qui énumère les tares et les misères à réformer et à guérir, mais elle accueille rarement avec bienveillance celui qui s'apprête à tenter l'opération d'où dépendent la guérison, sans doute, mais aussi le bouleversement, des habitudes prises et tout ce qui fait qu'une réforme indispose au moins autant sinon plus encore que n'inquiète une révolution.
Ce caractère subversif se marque non seulement dans l'égalité absolue parmi les races, mais par l'égalité entre individus. Les riches et les indigents, les savants et les illettrés, les clarissimes et les esclaves sont mis sur le même rang et le mérite personnel seul dislingue; de plus, les justes et les pécheurs n'ont entre eux qu'une inégahlé d'attente, car la guérison de l'âme, au moyen de la pénitence et du repentir, rélabhra l'égalité un moment compromise. Tout ceci ne nous étonne plus, ne nous inquiète plus au-
jourd'hui que le christianisme a porté ses fruits salutaires, mais qu'au I" siècle beaucoup en aient pris ombrage et l'aient combattue, qui s'en étonnera de bonne foi? Pour les païens, la vie était une affaire d'autant plus importante que l'audelà ne leur apparaissait que comme une existence diminuée; or le monde était aménagé en vue de procurer la plus grande somme de jouissances et de voluptés à ceux qui n'attendaient rien après la mort. La religion de Jésus semblait prendre à tâche de brouiller toutes les idées : la vie et les joies de ce monde ne sont rien, elles sont mauvaises dans la mesure oil elles nous détournent de la vie future, qui, loin d'êtrediminuéeet obscure, seralumineuse et accomplie. Tous y auront accès, mais dans la mesure seulement où ils s'en seront rendus dignes. Et pour annoncer et prouver ce qu'ils prêchent, les prédicateurs font usage d'un langage nouveau, non moins bizarre et mystérieux que leurs assertions. Ils ne parlent pas d'égalité, mais de fraternité, et leurs disciples réalisent avec une naïveté touchante l'ébauche tracée par cette prédication. Tentatives généreuses mais hâtives, à quelques-unes desquelles l'avenir réserved'importantcs modifications, mais qui, précisément par ce qu'elles offrent d'improvisé, d'incomplètement mûri, n'en sont que plus surprenantes et plus rebutantes aux j'eux des païens.
Cliez ces derniers la surprise l'emporte, même sur la répugnance. L'assistance pubUque existait et tous les coeurs étaient loin d'être fermés au spectacle ou à la pensée des misères humaines, mais on ne signale rien de mieux que des impulsions isolées ou des essais timides et limités; l'État n'entrera dans cette voie que sous le règne de Trajan. Au contraire, les chrétiens s'acharnent à découvrir toute souffrance physique et morale, afin de la soulager; rien ne les rebute, rien ne les lasse, ils ont plus fait que de secourir, ils ont organisé la charité : entretien des ministres sacrés, des catéchistes et employés; — entretien des veuves et des orphehns; — des malades, des niahngres et des invalides; — soin des prisonniers et des condamnés ; — sépulture des défunts ; — soin des esclaves : — secours dans les grandes calamités; — hospitaUté pour les étrangers ; — secours aux communautés pauvres ou en danger. Assurément, ce n'est pas dès le premier jour que cet cnsembles'affirme et fonctionne, mais une sorte de fièvre pousse les fidèles à des entreprises restreintes qui contiennent le germe des institutions futures et générales. L'ébauche est si vigoureuse et si belle que l'œuvre se laisse entrevoir et, si elle inquiète les uns, elle émeut les autres.
L'émotion était morte dans les cultes polythéistes. Sans tomber dans le mépris affecté et les invectives ardentes d'un Tertulhen, d'un Arnobe, d'un Justin, lorsqu'ils parlent des dieux et les fouaillent avec une inexorable rigueur, il est bien difficile de croire que les populations les plus arriérées, les moins contaminées par le scepticisme, aient conservé autre chose que de la crainte à l'égard de leurs divinités souillées. De la tendresse, de la confiance, tout ce qui constitue l'émotion religieuse, on n'en rencontre pas trace. Or. cette émotion trouve dans la religion de Jésus un élément inépuisable. La vie du Maître, ses miracles. sa passion sont la matière certaine, historiquement irrécusable, des développements exposés aux fidèles par leurs prédicateurs. Les réunions présentent des effusions mystérieuses de charismes et de dons extraordinaires qui favorisent quelques abus regrettables, mais qui entretiennent surtout une joie, une confiance, une ardeur inspiratrice des actes les plus rares et les plus généreux. D'ailleurs, cet aspect un peu désordonné se trouve corrigé par le prestige des chefs, qui en profilent pour organiser une forte discinline. L'émotion
EXPANSION DU CHRISTIANISME
excitée et entretenue par des manifestations singvilières se trouve tout aussitôt endiguée et canalisée par l'autorité supérieure.
Une fois l'apôtre Paul lancé à la conquête du monde, on va le retrouver pendant quinze années, sillonnant tout le versant occidental de l'Asie Mineure, Cilicie, Lycaonie, Pisidie, Isaurie, Phrygie, Mésie, Asie proconsulaire, l'île de Cliypre, de Salamine à Paphos, la Jlacédoine, l'Achaïe, peut-être l'Illyrie. Ces courses apostoliques ne sont pas entreprises au hasard, l'apôtre ne s'arrête généralement que sur les points où le succès lui ou\Tira, selon son expression, « une porte sur le dehors '. > Éphèse, où il séjourne pendant deux années, est une des grandes voies de circulation par où s'écoule en partie une multitude de voyageurs dans la direction de l'Asie romaine depuis la Lycie jusqu'à la Propontide -. Antioche est un des entrepôts où affluent l'Orient et l'Occident pour opérer leurs échanges. Thessalonique est l'accès de la Macédoine. Corinthe commande l'Achaïe.
Saint Pierre ne demeurait pas inactif, mais ses pérégrinations sont mal connues. Nous le voyons, d'après les destinataires de son épître, s'intéresser à de jeunes Éghses fondées dans le Pont, la Galatie.la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie". A l'époque où il leur écrit, c'est-à-dire après l'an 64, il est manifeste que ce ne sont déjà plus des communautés embryonnaires, mais des Églises dignes de ce nom et comportant ce qu'il suppose, un clergé constitué, actif, prêt à souffrir persécution. Si Pierre s'intéresse plus particulièrement à ces Églises, c'est peut-être qu'il les a fondées, ou du moins visitées. A ce moment, le vieil apôtre habite Rome, où Paul est venu le rejoindre. Ils y ont trouvé, non seulement là, mais le long du chemin, notamment à Pouzzoles (peut-être à Pompéi), l'indice de communautés déjà assez prospères, et ailleurs des députations viennent attendre le voyageur aux lieux dits Forum d'Appien et les Trois Tavernes; évidemment ces localités possédaient quelque pied-à-terre pour les fidèles. A peine déUxTé de l'entrave qui le retient à Rome, Paul reprend ses missions, se montre en Espagne, revient en Crète, en Asie Mineure, en Macédoine, dans le Péloponèse, dans l'Épire et finalement regagne Rome, où il doit mourir. Pendant ces années d'activité, Paul a des imitateurs, sinon des émules. Tite, Timothée, Onésime, Barnabe, Crescent se partagent les provinces cl entament rœu%Te des établissements conduits de proche en proche.
Les textes relatifs à l'expansion du christianisme à l'époque apostoUque sont peu nombreux et exprimés sous une forme qu'on souhaiterait moins oratoire :
I Thessal., i, 8 : èv Tûavri TÔTttp f) Titaxiç ûfxôiv èÇe-
Uom., I, 8 : -î) TitcTiç û(iôiv xaTaYY^^sTat èv 8Xû) Tcô x6a(xcp.
Coloss., I, G : TÔ eùaYY^Xiov tô Trapôv elç ùjxâç xa9wç y.aX èv Tiav-ri tc) xoc[ji<jj; cf. i, 23 : t6 eiaffé- Âiov -rô xï]pux6Èv èv Traofj t-^ XTtaei xf) ûnè t6v oùpavôv.
I Tim., m, 16 : [Xpicrrôç] èxTipûjrOev èv ëôveotv TîioTEÛOrj hj x6a(ji<ù.
Marc, xiu, lU; Matth., xxiv, 14 : xïjpuxO'JŒ'*' TOÛTO xh eùaYYéXiov T/jç PamXetaç èv ôXd t^ otxouaévy) ctç (xapTupiov Ttâaiv Totç ëOveaiv xat xÔTe ij^E'. -rè TÉXoi;; cf. x, 18 : èizl ï)YSf^°^°"; ^'^'- Paoï^^îç «X^'')' oeoÔE ËvEXEv è|xoû elç (xapTÛpiov «ùtoîç xal toîç,
lOvECTlV
Act., xvn, 6 : ol ttiv oîxou|jiévY)v àvaoTaTtôoavTci; 'j'jTot [les missionnaires] xal èvOdcSe Ttàpctoiv.
Act., xxi, 20: Oecopeîç, Triaat (luptàSeç elolv èv Toïç 'louSaioi; TÔiv TtemoTeuxoTov, xal TràvTe; ^/jXcùTal ToO v6|jio'j ûnàpxouotv.
Apoc, vn, 9 : (xcTà TaOTa elSov xai iS'j'j ô/Xo;
TtoXùç ôv àpiGjXYJoat. aÙTÔv oôSeï; sS'JvaTo. Èx TCavTo; ^ôvouç xal çuXôiv xal Xaôiv xal vXcocaôJv.
Marc, XVI, 20 : èxsîvoi |les disciples de Jésus] èÇeà- 0ÔVTEÇ èxTjpu^av Travca/oû.
Clément de Rome, Ad Corinlh., v: XlaOXo?
SixatoouvTjV SiSàÇaç ôXov -rôv x6a(iov; xi,n, 4 : ol àTtôa-roXoi... xaTà yoipoiç xal -ôXe'.: xVipûcjcovTe? ; Lix, 2 : ô àpt6ixoç... twv cxXsxtôjv èv oXto ~Co xôojjico
Ignace d' Antioche, Ad Epbes.. ni : oi ÈTtlaxoTTO'. OL xarà Ta TrépaTa [;'. e. tov> x6(J[ji.ou] ôpioOévreç hj 'ItjctoO XpicrToO Y^'"(^'1 e'.ctIv.
Jésus avait annoncé en même temps que prescrit que l'Évangile fût prêché à toutes les nations; il avait été obéi; et saint Marc constate que les disciples partirent et prêchèrent partout. De son côté, saint Paul écrit aux Romains que leur foi est annoncée dans le monde entier, affirmation dont les Juifs de Thessalonique nous fournissent la contre-partie, lorsqu'ils se plaignent de trouver dans leur ville ces missionnaires qui ont bouleversé l'univers. Enfin, à une date un peu postérieure, saint Jean parle, dans son Apocalypse, d'une multitude innombrable venue de toutes les races, tribus, peuples et langues. Avant la fin du i=' siècle, le pape Clément dit que Paul a enseigné la justice dans tout l'univers et, au seuil du ii^' siècle, Ignace d'Antioc'ie mentionne les évêques établis jusqu'aux extrémités du monde. D'autres textes confirment ceux qui viennent d'être rappelés.
Tacite, Annal., XV. 44 : multitudo ingens.
Clément, op. cit., \i : ttoX'j 7rXT,6o(; èxXsxTcov.
Pline le Jeune, Epist., xcvi : ... visa est enim mihi res digna consultatione, ma.i:ime propter periclilantium numerum. Mulli enim omnis œtatis, omnis ordinis. utriusque sexas eliam, vocantur in periculum et oocabuntur. Xeque civitates tantum sed vicos etiam alque agros superstitionis istius contagio ptroagata est: qux videtur sisti et corrigi posse. Cerle salis constat prope jam desolata templa cœpisse cclebrari et sacra solemnia diu inlermissa repeti pastumque ventre victimarum, cujus adhuc, rarissimus emptor inveniebalur : ex quo /acile est opinari, quie lurba hominum emendari possit, si sit pamitenliic loctis. Ainsi donc voici les ravages qu'une première rafale d'esprit monothéiste a causés dans le polythéisme d'une province où nous ne savions pas que son sucés eût été parlicuUèrement remarquable. La Bithynic avait des Églises, et si prospères, que le paganisme avait aussitôt périclité. Des chrétiens sont dénoncés partout, dans les villes, dans les bourgs, dans les campagnes, ils appartiennent à tous les rangs, à toutes les conditions; ni le sexe, ni l'âge n'en ont tenu personne à l'écart. D'après cela on peut penser que Hermas n'a rien exagéré en écrivant que la foi chrétienne, vers le milieu du n« siècle, ressemble à un grand arbre dont l'ombrage abrite les monts et les plaines; la terre tout entière est soumise à la loi divine et les peuples assis à l'ombre de cet arbre immense, ce son! les nations qui ont entendu la parole de vie. Plus loin il représente les douze peuples du monde sous l'apparence de douze montagnes auxquels les apôlres ont fait connaître le fils de Dieu :
Hermas, Similitudn vni, n. 3 : to SèvSpov toGto to lié'cx TO <jX£7rà!^ov TrcSia xal opr, xal Trâaav tt)v y^î^ v6(ioç OeoO èoTlv 6 SoOeIç e£; 5Xov tùv xiojxov • ô 8È vôjxoç oÙToç ulàç 6eoû èoTt xïjpu/OeIç elç Ta irépara ■rijç Y^Ç. 'J'- S^ 'J"^^ "^V axcTry)v Xaol ôvtcç, ol àxo'ioavTEç ToO xTipÙY^KToç xal TtioTEucavreç etç a'jTiiv.
Similil., IX, 17 : Ta fipT) TaÛTa Ta ScoSexa SûSexa 9ijXaî elmv al xaTotxoùoai ôXov t6v x6ct[xov • èxr)pùxOrj oijv Etç TaÙTaç 6 ul6ç toG OeoO 8ià twv à;rooTO Xcov .. TîàvTa Ta ÏOvr Ta uni t6v oopavov xaToixoOvTa
' 1 Cor., XVI, 0. — '.\cl.. XIX, 10 sq.
' I Pelr.. I,
EXPANSION DU CHRISTIANISME
■ix.oùaavTa xxl TC'.oTS'JaavTa, stcI toj èv6(iaTi èxXriO'^oav -où uioO ToO Ôcoû.
11 n'est pas contestable que, pendant une période de soixante années environ, le christianisme ait pris une expansion merveilleuse. Nous n'osons pas dire miraculeuse, parce que le miracle suppose l'intervention de signes exceptionnels visibles et que partout nous pouvons constater que c'est à force d'activité, de courage, de vaillance, que les prédicateurs de l'Évangile réussissent à implanter la foi nouvelle. La grâce divine les accompagne, mais les miracles des missionnaires pour entraîner la conviction des foules suspendues à leur parole ne nous sont pas généralement connus. Faudra-t-il soutenir que leur succès dépasse celui que, humainement, la prédication peut obtenir'? Rappelons-nous les prédications d'un Pierre l'Ermite ou d'un saint Bernard, celfts d'un Vincent Ferrier ou d'un François-Xavier et laissons avec respect au secret de Dieu le mystère des moyens et du succès de la première évangélisation.
L'expansion chrétienne n'allait pas sans soulever la contradiction cliez les païens et cliez les Juifs. Saint Justin, dans le Dialogue avec le juif Tryphon, parle à trois reprises des hommes choisis envoyés de Jérusalem par toute la terre habitée pour annoncer qu'une hérésie athée et contre la Loi avait été répandue par un certain Jésus de Galilée, imposteur : crucifié, ses disciples avaient volé son corps dans le tombeau, la nuit, et égaraient maintenant les hommes en racontant que le supplicié était ressuscité d'entre les morts et monté au ciel '. Par ses origines, .Justin était en mesure d'être bien informé et ce qu'il nous apprend a la valeur d'un fait. D'ailleurs Eusèbe de Césarée, qui savait choisir et critiquer les sources dont il faisait usage, atteste avoir trouvé « dans les écrits des anciens » qu'à l'origine du christianisme « les prêtres et les anciens du peuple des Juifs, qui résidaient à Jérusalem, ayant libellé des lettres, les envoyèrent partout aux Juifs, pour dénigrer l'enseignement du Christ comme une hérésie nouvelle et ennemie de Dieu. Leurs envoyés donc, portant les lettres de papyrus, couraient la terre, dénigrant ce qui était dit de notre Sauveur ^. » Voici deux attestations entièrement indépendantes l'une de l'autre et présentées par des hommes éclairés, dont il faut tenir grand compte. Il y avait donc à Jérusalem une sorte de comité de contre-prédication dont l'activité et l'hoslihté étaient si réelles que nous voyons saint Paul tâcher de se mettre à l'abri du discrédit que ce comité prodigue aux prédicateurs de l'Évangile. Dès son arrivée à Rome, l'apôtré mandait auprès de lui les principaux de la communauté juive et, prenant les devants, justifiait sa conduite. Comme toujours, son activité devançait celle de ses adversaires et on lui répondait : « Nous n'avons reçu de Judée aucune lettre à ton sujet, et aucun des frères qui en sont revenus n'a rien rapporté ou dit de défavorable à ton égard: mais nous voudrions entendre de ta bouche ce que tu penses, car pour ce qui est de celte secte, nous savons qu'elle rencontre partout de l'opposition '. »
JCette opposition, soutenue ou provoquée par des correspondances, inspirée par l'orthodoxie ombrageuse (les synagogues de la dispersion, ne parvient qu'à poser des entraves locales, vite renversées. La contradiction soulevée de ce côté est moins inquiétante que celle dont les Églises naissantes donnent le regrettable spectacle. Dès l'origine, on voit germer et croître à l'ombre du christianisme un esprit de dénigi-ement et de délation, d'étroitesse et de mesqui-
' S. .Justin, Dialog. c. xvn, cvm. — ' Eusébe, In Isaiam, xvni, I. — ' .\ct. apost., x.xvm, 21-22. — • II Cor., xi,
ncriequi est l'e-xercice favori et conune la mission de ceux dont la basse médiocrité s'exerce à empêcher les talents supérieurs. Le chef et l'inspirateur de la prédication chrétienne, son symbole pour ainsi dire, l'apôlre Paul, parce qu'il ne reprend pas à son compte les idées des judaisants, lesquelles ne tendent cependant à rien moins qu'à compromettre les résultats de la rédemption, parce qu'il ne se soumet pa.s à Pierre et lui résiste, resisti in faciem Pétri, l'apôtre Paul devient, malgré ses services — à cause de ces services — la victime d'une hostilité tenace et tortueuse qui trouve pour le combattre ces accusations vagues, ces inquiétudes affectées, ces alarmes prétendues qui ne sont que l'ordinaire appareil de l'envie revêtue des insignes de la charité.
L'expansion chrétienne, sans en être réellement entravée, en a souffert dans son essor. Des émissaires surgissent un peu partout, à .\ntioche, à Corinthe, en Galatie, qui dénigrent avec obstination l'oeuvre entreprise et déjà en partie accomplie. Peu leur importe qu'on fasse le bien et qu'on dise la vérité, si on dérange leurs méthodes et qu'on mette en péril leurs prébendes ; ils ont la même horreur pour la vérité que pour l'homme qui l'enseigne et éprouvent la même tendresse pour la légende que pour les bénéfices qu'ils en tirent.» Ces gens-là sont de faux apôtres, s'écrie saint Paul, des ouvriers astucieux, qui se déguisent en apôtres du Christ. N'en soyez pas surpris, car Satan lui-même se déguise en ange de lumière : il n'est donc pas surprenant que ses ministres se déguisent en ministres de justice '. i En se défendant, c'est son œuvre et son rang qu'il défend avec âpreté, mais c'est plus encore sa mission d'apôtre de la gentilité. Après quatorze années passées à prêcher l'Évangile parmi les païens, en Syrie, en Cilicie, se sentant toujours talonné par l'étroitesse d'esprit de certains, il se décide à liver bataille et part pour Jérusalem. Là, il exposera sonévangile, il fera le bilan de sa prédication et il va droit « aux notables » : Pierre, Jacques et Jean ''. « Mais les notables, reprend-il avec fierté, ne m'imposèrent rien : au contraire, voyant que l'Évangile m'avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis, et ayant reconnu la grâce qui m'avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont considérés comme des colonnes, me donnèrent à moi et à Barnabe les mains en signe d'accord, afin que nous allassions, nous aux païens, eux aux circoncis '. »
C'est en Asie que s'est porté le premier et vigoureux effort de l'apostolat chrétien, c'est là que, pour son début, il a essayé sa force naissante et la séduction de son enseignement. Les habitants de ces contrées étaient particulièrement susceptibles de subir une empreinte étrangère, pourvu qu'on ne songeât pas à la leur imposer avec brutalité, mais avec cette délicatesse et cette souplesse insinuante qui avaient distingué le talent supérieur de l'empereur Auguste ■. Ces hommes se distinguaient par une crédulité sans bornes, qui surprend quand on songe à la culture hellénique qu'ils avaient reçue. Cette simpUcilé d'esprit, en effet, ne se manifestait pas seulement dans les régions reculées, comme la Phrygie, parmi les gens des campagnes. Il y avait dans les grandes villes des multitudes de théurges, de marchands d'amulettes, de prétendus philosophes : tel cet .\pollonius de Tyane, singulier charlatan, sorte de conseiller populaire ambulant, qui parcom-ut r.\sie et y rencontra ses plus grands succès. Faut-il rappeler Alexandre d'Abonotichos et ses miracles et prophéties, .\rtémidore d'Éphèse, et surtout .îîlius Aristide, type moins excep-
13-15. — ' Galat., ir, 2. — ' Galat., ii, 8-9. — ' V. Chapot, La province romaine proconsulaire d'Asie, 1904, p. 507-532.
EXPANSION DU CHRISTIANISME
tionnel qu'on ne le croirait d'abord de l'homme cultivé de ce temps-là? Cette facilité d'absorption fit de certaines villes d'Asie Mineure le rendez-vous et le centre de propagation de toutes les nouveautés surnaturelles. Éplièse surtout était comme Antioche une de ces villes banales, que l'empire romain avait multipliées, villes placées en dehors des nationalités, étrangères à l'amour de la patrie, où toutes les races, toutes les religions se donnaient la main. Point de vieux souvenirs cultivés en commun. Mobilité et commérage. L'homme s'y meut plus facilement au point de vue de la philosophie cosmopoUte et humanitaire que le paysan ou le bourgeois, le noble citadin ou féodal. Le christianisme germra facilement dans les grandes villes '.
« Les pays de l'intérieur présentaient des particularités non moins curieuses. La Lydie, peuplée pourtant de bonne heure, comprenait quelques régions naturellement peu favorisées, peu civilisées par suite, où des croyances très spéciales avaient pris naissance. Dans la Katekékaumène désolée, un certain nombre des divinités des pays voisins s'étaient rencontrées et comme tondues ensemble; on les vénérait souvent sous leurs anciens noms divers, Artémis, Anaïtis, Mère des dieux, etc., mais c'étaient uniformément des divinités secourables, principes de guérison. Les adorateurs oubliaient le nom même de la déesse et ne retenaient plus que sa qualité et ses attributs bienfaisants.
« En Méonie, autre plateau rude et sauvage, et dans plusieurs parties de la Phrygie.on a retrouvé de singuliers petits monuments, les exempla ou cxemplaria. Dans ces courtes inscriptions, un individu raconte une faute qu'il a commise; il s'est approché du hiéron ou s'est engagé au service de la divinité, souillé de. quelque impureté physique ou morale, qui le rendait indigne d'y paraître. Le dieu l'a châtié en lui envoyant quelque maladie, comme la fièvre, ou en l'atteignant dans sa propriété ou ses enfants. lia confessé sa faute (è5o[ioXoYÉo[iai), apaisé le dieu par un sacrifice el une expiation, et finalement il raconte son aventure à tout venant au moyen d'une inscription posée sur la voie publique, pour achever de s'amender lui-même et avertir les autres. Citons un exemple caractéristique : « Moi, Aur. Stratonicos, après avoir, par étourderie, coupé dans le bois sacré des arbres de Zeus Sabazios et d'Arlémis Anaïtis, j'ai été puni, et, après avoir prié, j'ai placé là ce témoignage de reconnaissance. B Ce sont des expiations que ces petites inscriptions nous révèlent ;orles Grecs, dans le domaine religieux, ignoraient l'expiation, ils ne connaissaient que la purification matérielle physique; elle était même requise dans peu de cas; la divinité ne punissait pas, à proprement parler, elle se vengeait; il n'était recommandé que de se dérober à sa colère le plus possible. Et cette vengeance du dieu outragé n'entraînait aucune leçon pour le coupable; nulle place au remords. Il en est ici autrement : une fois châtié, le coupable fait une prière; les Grecs, d'ordinaire, ne priaient qu'en vue d'une faveur à obtenir ou en remerciement d'une faveur, et toujours leurs rapport;, avec le dieu avaient la forme d'un contrat : donnant, donnant. L'auteur de l'inscription, lui, après avoir subi sa peine, élève on l'honneur de la divinité un EÛxapta-rriptov, un témoignage de reconnaissance. Ailleurs, il est dit aux dieux justiciers : « Et j'ai inscrit sur une colonne un témoignage de votre puissance. ■ Le suppliant, ici, s'élève à la notion du péché (le mot â(iapTia a déjà ce sens); il a le sentiment de la justice du châlimeiil infligé, il en remercie la divinité, il y voit une leçon pour la suite cl il fait l'aveu public, et permanent, et signédc son nom, de la faute commise, atteignant ainsi à l'humilité que nous ne sommes pa.s
habitués à renconter dans le monde gréco-romain. Tout ceci n'a rien d'hellénique. Les auteurs de ces ex-voto introduisent la morale dans la religion, chose alors inconnue; il est clair que les leçons du christianisme, pénétrant chez ces hommes, ont dû leur sembler belles, puisqu'elles s'accordaient avec leurs propres sentiments. »
D'utiles agents pour l'introduction de la foi nouvelle furent les Juifs, très nombreux dans toutes les villes de la province, libres et opulents. Sans doute on les estimait peu, ils devaient vivre à l'écart: mais, quand il s'en trouva parmi eux qui se firent chrétiens, la méfiance à l'égard de ceux-là au moins disparut, et les convertis étaient nombreux : le passage d'un monothéisme à un autre était plus facile que l'abandon du polythéisme, presque du panthéisme.
« Le' progrès rapide des idées nouvelles en Asie s'explique encore par un fait qui n'était pas sans importance. Le régime municipal, favorisé par les Romains, et transformé par eux, avait relevé la situation des femmes, les avait fait sortir de l'existence humble et recluse que ce sexe avait vécue antérieurement. Libre de sortir de sa demeure, comme l'homme, et même de se mêler à la vie publique, la femme, plus aisément, put se joindre aux rassemblements sur les places, et entendre les prédications en plein vent ou dans quelque édifice, auxquelles se livraient les premiers apôtres. Impressionnée directement par leur parole, elle sut en prolonger l'effet dans le petit cercle intime de la famille, et ainsi le christianisme, rarement accueilli par la simple raison, se poussa par le sentiment et vit son empire s'accroître. Mais les femmes ne se bornèrent même pas à cette influence discrète et réduite, il en est qui ambitionnèrent même mission que les hommes, désirant proclamer au loin la vraie doctrine. Les Actes de Thècle, qui opéra tout près de la proconsulaire, en Pisidie, nous fournissent précisément ce type de la femme chrétienne prêchant et baptisant. »
Le développement du christianisme en Asie nous est attesté par les Actes des apôtres et leurs épîtres. Les facilités et les obstacles que nous avons fait connaître n'avaient pu que stimuler un caractère semblable a celui de l'apôtre Paul et tout concourt à prouver que sa parole avait obtenu un immense retentissement. L'écho s'en était étendu suivant la grande voie ([ui longeait le Méandre et servait de route de pénétration aux idées comme au commerce. Cette vallée et celle du Lycus s'ouvrirent largement à son iniluence transmise par .ses collaborateurs. La doctrine nouvelle pénétra bientôt dans la région du Glaucus; elle atteignit jusqu'à Acmonia et la Pcntapole phrygienne; seules, les contrées montagneuses intermédiaires restaient en dehors de son action; on n'y a rencontré que des inscriptions chrétiennes de basse époque. Mais il n'y eut pas que l'arrière-pays de gagné; la partie occidentale de la péninsule se couvrit aussi d'Églises dont Paul était plus ou moins directement le fondateur. La plupart des grandes villes possédaient leur communauté particuUèrc : Sardes, Smyrne, Pergame, Philadelphie, Thyatirc. Tralles peut-être aussi. Les émissaires de Paul voyageaient sans cesse, venaient lui rendre compte et prendre ses ordres. Mais ces disciples ne le satisfaisaient jamais complètement et, craignant que sa pensée ne f û l mal rendue, ses ordres mal interprétés, il adopta le système des correspondani^es, en recommandant aux diverses Églises d'Asie de communiquer entre elles par écrit à intervalles réguliers. A un siècle do là, on voit celte méthode encore en vigueur et c'est une lettre de l'Église de Smyrne à celle de Pliilomelium
' 1^. Hciiiiii. Sainl Paul, p. 33.3.
EXPANSION DU CHRISTIANISME
qui nous a conser\'é l'inestimable récit du martyre de saint Polycarpe. Il est à peine nécessaire de rappeler que dans l'intervalle prend place le jojau célèbre qu'est la correspondance do saint Ignace d'Antioche, prisonnier, avec les Églises peu éloignées de son itinéraire, mais qu'il ne pouvait visiter. Cette correspondance nous a valu de précieux renseignements auxquels rien ne pourrait suppléer ; elle aura servi, en son temps, à tenir en haleine et à réchauffer le zèle des communautés.
« A Éphèse, en raison du milieu où il avait rempli sa mission, saint Paul avait acquis une réputation toute spéciale : on le regardait comme un thaumaturge, on lui attribuait des prodiges; on se disputait commi' un talisman le moindre des objets lui ayant appartenu. Des exorcistes juifs cherchaient à usurper ses charmes, à pénétrer ses secrets. C'est dans cette ville, où il avait le plus séjourné, que l'apôtre éprouva le plus de dilhcultés. Il ne s'y était pas trouvé seul : c'était le centre principal de réunion des Juifs; mais beaucoup avaient été convertis, soit par la prédication de Paul, soit en d'autres temps. Une lois entrés dans le culte nouveau, ils prétendaient le diriger en maîtres; ils le pouvaient d'autant mieux que leur abjuration, loin de les séparer du reste de la population, les en rapprochait plutôt, atténuait la réserve instinctive qu'on observait auprès d'eux. Un rameau secondaire vint se greffer sur le jeune tronc du christianisme et en devint bientôt le vigoureux prolongement; ;i l'instigation de ces nouveaux apôtres, le souvenir de Paul pendant longtemps se perdit, et cependant ils se séparaient de lui bien moins par la doctrine que par l'esprit et les tendances politiques. Saint Paui était un citoyen romain inflexible, prêchant l'acceptation de l'autorité romaine, l'obéissance au pouvoir civil. En principe, il professaitl'universalité de l'Église; pratiquement, il voulait l'étendre jusqu'où s'étendait l'empire : le christianisme, dans sa pensée, devait être, semble-t-il, la rehgion du monde romain.
« Il avait prêché dans une époque de paix; les choses allaient changer : dès que l'empereur Néron eut donné le premier signal de la persécution à Rome, les fidèles menacés s'enfuirent loin de l'Italie et se réfugièrent de préférence en Asie, où l'on était assuré d'une retraite plus mystérieuse et d'une plus large tolérance. Un deuxième groupe de prophètes se répandit ainsi dans le pays : de plus, un apport supplémentaire de population juive se produisit à la suite des événements de Judée, à la fin du règne de Vespasicn. Tous ces hommes étaient des persécutés, des victimes de Rome : le judéo-christianisme conçut ainsi une sorte d'exaspération contre l'État romain; on sympathisait avec l'insurrection juive, dans l'espoir et la conviction que les Romains n'en sortiraient pas vainqueurs. Ces nouveaux fidèles du Christ se posaient en adversaires de l'impôt, dénonçaient l'origine diabolique du pouvoir profane, les vices de la vie civile conçue sous la forme romaine. L'Église compromettait la modération qui, seule, lui eût permis un développement normal et sans secousses; l'Apocalypse de saint Jean, adressée aux sept Églises d'Asie, prédit une prochaine convulsion, annonçant que l'empire romain tomberait et ne se reconstituerait pas.
« Cette puissance des judéo-chrétiens ne domina pas absolument dans toute la province, il est une région qui garda une grande originalité rehgieuso : c'est la Phrygie; l'influence juive ne pénétra pas son christianisme profondément. D'autre part, la population, très avide d'entendre la parole des apôtres, n'en fut que très peu visitée; il advint que des gens de ce pays, chrétiens d'aspirations, accoutumés à d'anciens rites d'un symbohsme moins brutal que les rites païens ordinaires, mais mal guidés, irréguliè-
DICT. D'aRCH. CIIRÉT.
rement suivis dans leurs croyances, se firent un christianisme à leur manière, associant le dogme chrétien à de vieilles pratiques, comme ils avaient vu le culte des empereurs s'unir à celui des divinités locales '. »
Ainsi, à l'heure où disparaissaient les apôtres les uns après les autres, ils pouvaient se rendre témoignage qu'ils avaient satisfait à l'ordre donné par Jésus, et si les faits que nous groupons non sans peine nous amènent à cette constatation, il ne paraît pas douteux que, mieux informés que nous le sommes, grâce aux voyageurs, aux courriers, aux correspondances, mis au courant de la zone parcourue et de l'activité déployée par André et par Thomas ou par Philippe et par Jude — dont nous ne savons autant dire rien — consolés, satisfaits, encouragés par ces résultats, Pierre et Paul, entre les mains desquels se concentraient les renseignements les plus précis et les plus complets, pouvaient désigner aux hommes jeunes et entreprenants les voies nouvelles où ils devaient s'engager. Peut-être n'ont-ils pas résisté à un mouvement de sur])rise et de reconnaissance. Surprise de l'adaptation merveilleuse du christianisme à des peuples et même à des races attachés jusque-là à des reUgions nationales ; reconnaissance de l'intuition providentielle qui avait révélé à Paul les destinées triomphantes du christianisme par le véhicule de l'hellénisme. Après le terrible ébranlement imprimé à l'édifice par la persécution de Néron, il devenait évident que la cause était gagnée et les promesses de Jésus n'étaient pas douteuses. Un ferment incompressible soulevait la pâte; l'Évangile, qui comblait l'individu et l'enivrait de courage et d'espoir, n'était pas seulement un secours individuel, il était plus encore un code social. Tous ses administrés étaient des frères embrigadés en vue de l'effort immense à accomphr pour procurer la transformation de l'humanité. Avec autant de sagesse que d'habileté, le christianisme s'imposait aux uns, tandis qu'il s'offrait aux autres. Libre à chacun de le repousser, mais, une fois accueiUi, il faut l'admettre sans restrictions. Celse s'en étonnera comme d'une contrainte, pis que cela, comme d'une tyrannie; mais cette intrépidité dans l'affirmation sera une des causes de l'expansion grandissante de la religion nouvelle. Ces affirmations qui ne tolèrent pas la discussion constituent une sécurité inestimable pour tous ceux dont la foi éprouve le besoin de se sentir gardée contre l'incertitude, le doute, l'inconsistance de l'esprit humain. Pour eux, le dogmatisme intransigeant apparaît comme un bienfait inappréciable qui les attache à la vérité et ainsi ils se sentent, selon une comparaison d'alors, portés dans la barque de Pierre. Avec la soumission les apôtres exigent l'intelUgence. Ce n'est pas — sauf de la part des ignorants — un assentiment aveugle qu'ils exigent, c'est une soumission raisonnée. Le christianisme qu'ils prêchent n'est pas une philosophie, mais il est une lumière qui doit éclairer autant que consoler. 11 entr'ouvre sur le monde divin et la vie future des perspectives en comparaison desquelles les religions païennes les plus avancées ne pouvaient se soutenir. La contrefaçon des sacrements et des mystères par quelques sectes nous montre l'impuissance de celles-ci à s'élever au-dessus des rites matériels et nous révèle une des causes protondes de l'attrait de la religion qui ne se bornait pas à distraire la vue et l'imagination, mais qui éclairait l'intelligence tout en intéressant le cœur.
II. Le u= siècle. — A partir du .second siècle, Rome devint le centre de l'évangéHsation de l'Occident. Dès le début de ce siècle, les témoignages deviennent
•V. Cliapot, op. cit., p. 515-520.
EXPANSION DU CHRISTIANISME
plus abondants et plus précis. Saint Justin proclame avec emphase les progrès de l'apostolat parmi toutes les nations, èx Ttâvxcov TÔJv èôvûv, et il ajoute :
Dialog., ccxvn : oùSè êv yàp ôXcoç ectti ti, yévo; àvOpcûTttov, EÏTE Pappàpojv eÏTE 'EXXyjvwv eÏTs âTrXôx; çjTtvtoûv ôvôixan TcpoaaYopEuofjiÉvov, ri â|xa5opicov ï) àoîxûiv xaXoufxÉvcov t^ èv cxyjvaïç xTY)voTpô<p(ov oîxoùv- Ttùv, Èv otç Stà ToO ôvofiaToç Toû OTaupc')6£vToç 'Irjaoû EÙxaL..YÎvcùVTai.. « Il n'y a pas une seule race d'hommes, soit barbares, soit Grecs ou de quelque nom qu'ils s'appellent, Scythes qui vivent sur les chars, nomades sans maison ou pasteurs qui habitent sous la tente, chez qui ne soit invoqué le nom de Jésus-Christ. »
Pseudo-Clément, // Ad Corintb., n : 'éçt][xac, èSôxei Elvai àTTÔ -où 0EOÙ ô Xaoç tjixmv, vuvl SE Tri.tîT£ÛaavT£i; tiXeioveç ÈYEvôfiEOa xôiv Soxo'ivTcov Eyetv 6e6v. « Notre peuple paraît abandonné de Dieu, et maintenant nous avons dépassé en nombre le peuple des Juifs. »
Anonyme, Ad Diognet., c. vr : EoreapTai xaxà TtâvTcov rtôv TOÛ cîâ)|jiai:o(; lisXcôv 'i\ i|iux''l' ''-^^ XptOTtavol xaxà Tâç TOÛ x6a(xou tzoKzic,. Les chrétiens se rencontrent dans toutes les villes du monde.
Acla Carpi, Papiili et Agathoniké, xxxn : êv Trâcrf) ÈTrapxîa xal tiôXei EÎalv (xoi TÉxva xaxà 0s6v. « Dans toute province et dans chaque ville, dit Papulus, j'ai des enfants selon Dieu. »
Irénée, Adv. haeres., 1. I, c. x, n. 2 : toûto tô xifjpuYtia 7rapEiX7]9ijïa xal rauTïjv T'ijv tticttiv y) ÈxxXY]aîa, xatTtep
SV ÔX(p TCO XÔCJjXCi) Sl£C!7Tap|J.£VV), è7tt|J.EXÛÇ çuXàcTaEi. (ÔÇ
eva oixov oîxoùoa ■ xal ôixoîcoç TtiaTEÛEi, toûtok;, ôjç (iîav ij^u/Yjv xal t"/)v aÙT'()v iyonaoc xapSiav, xal aujxçcùvcùç xaÙTa X7)p'jC)OE', xal SiSàaxEt xal TtapaSlScoaiv, ûç ev OTÔtxa X£XTYj[ji£V7) ' Xttl Y^p al xarà tov xoaixov Scà- Xextoi àv6[xoi.ai, àXX' r) Sùvatiiç tyjç TtapaSôcEcoç (xîa xal ï) aÙTY) • xal oute al Èv rEpjxaviatç lSpu|jtÈvai èxxXyjatai âXXcoç 7TE7Ti(TT£Lixatji.v v^ àXXwç TrapaSiSoaatv, oute cv Tatç 'iP'/jptatç oûte èv KeXtoïç oute xaTà xàç àva- ToXàç OUTE Èv AlyiinTU} oîjte Èv Atpù-f) oute al xaTa [iÉaa TOÛ x6a|xou ISpunévai- àXX' coaTCEp ô liXioç ... Èv ôX<p TÔi xÔCTfjtcp eIç xal 6 aÙTÔç, oÛTCo xal t6 XYipUYI^a T?)ç àXrjOEÎaç TtavTaxÀ çalvEt. « Les langues sont diverses dans le monde; mais la- tradition de la foi est partout identique. Ni les ÉgUses qui s'élèvent en Germanie n'ont une autre foi ou une autre tradition, ni celles qui sont chez les Ibères ou chez les Celtes, ni celles qui sont vers le Levant, ni celles qui sont en Egypte ou en Libye, ni celles qui sont vers le centre du monde (= la Palestine). »
Ado. hasr., 1. III, c. xi, n. 8 : xaTÈaTtapTai. -J) ÈxxXvjata ÈtiI 7tâCTï)i; T/jç Y^Ç- ° L'Église est répandue sur toute la terre. »
Ibid., I. II, c. XXXI, n. 2 : oùx è'gtiv àpi6|xàv eItîeîv Tôjv 5(ap!.0[iâTa)v oJv xaTa TravTÔç toû x6an.ou ï) èxxXï]aîa Ttapà 0eoû XaPoûaa. « Il est impossible de dénombrer les bienfaits de Dieu sur l'Église répandue dans le monde entier. »
Ibid., 1. III, c. IV, n. 1 : Quid autem si neque apostoli quidcm scriplunis rcliquisscnt iwbis, nonne oportebut ordinem seqai Iradilionis quani Iradidcrant iis quibus commiliebant cccli'sias? cui ordinalioni asscntiiint multie génies barbarorum eorum qui in Chrisliim crediint, sine cluirla vcl olramenloscriptamluibentcs pcr spiritum in cordibus salutem.
Qu'on fasse, si l'on y tient, la part de l'amplification, il n'en demeure pas moins acquis que le christianisme, au cours du W siècle, étend de plus en plus ses possessions. Sans doute, on est en droit de mettre une sourdine à l'alTirmation de Clément d'Alexandrie lorsqu'il avance quo c'est en tous lieux et non seulement à Athènes que Logos est connu :
Clément, Protreplicon, c. x, xi : TcâvTa vûv ô SiSàoxaXoç xaT-()xEt xal tô Ttàv ^Sq "AGîjvat xal 'EXXàç YÈyovev Ttji X'jyf.).
Clément, Slromalu, 1. VI, c. xvni : ô toû SiSaoxâXou TOÛ •JjfXETÉpou XÔYOç oùx EfXEivEv Èv 'louSaloc (J.6vy), xaOâTTEp Èv Tf) 'EXXâSi. y) çtXoaoçla. iyyQ'i) 8è àvâ Trâaav ttjV otxou(j.£vv tteIÔcov 'EXX'/jvcov te Ô[xoû xal Pappâpcov xaTa eSvoç xal xâ)(i-/]v xal -ôXtv Trâcrav, o'cxouç ôXouç xal ESta ËxaoTov tûv È7caxï)xo6Tù>v, xal aÙTÙv ys Tôiv çiXoaôtpcov oùx ôXiyoïJÇ '^St] èttI àX-/)- Gsiav |j.E6i(jTà(;. « La parole de notre docteur n'a pas été confinée dans la Judée, comme il en avait été de la philosophie pour la Grèce, elle a été répandue dans le monde entier, s'imposant aux Grecs aussi bien qu'aux barbares de tous les pays, toutes les villes, toutes les bourgades, pénétrant dans les familles et attirant à la vérité chacun de ceux qui ont cru. »
Polycrate d'Éphèse, dans Eusèbe, Hist. eccl., 1. V, c. XXIV, écrit vers 190 qu'il a rencontré personnellement des fidèles du monde entier, au;j.pE|3XT)xù; Totç ÈtcÔ TÎjç oIxouixÉvïjÇ àSEXçoTç.
On voit d'après cela ce qu'il faut penser de ces mol.s jetés un peu au hasard par Celse, lorsqu'il représente les chrétiens comme à peu près exterminés par la persécution de Marc-Aurèle.
Celse, dans Origène, Conlr. Cels., 1. VIII, c. lxix ; ù(xcôv 8È xâv TrXavâTat Ttç sTt XavÔàvcov, àXXà î^ïjTEÎTa'. Ttpàç ÔavaTOu SIxtjV. « A peine, dit-il, en reste-t-il quelqu'un qui erre en se cachant, et encore on le poursuit pour le mettre à mort. »
On peut dire que l'histoire du christianisme pendant le u' siècle tourne autour de ces textes fondamentaux. Quand on les aura tiraillés et exploités le mieux possible, il demeurera que tous les indices particuliers, noms de villes, de provinces, qu'on peut en rapprocher, ne sont que des détails qui confirment ces indications. Mais de ce que le christianisme se rencontre partout, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il présente en tous lieux une densité imposante. Il est même probable que, sur certains points, il est tout à lait clairsemé. Saint Irénée nous apprend qu'il a pénétré chez les Ibères, mais nous avons montré (voir Espagne) le peu qu'on doit s'aventurer à dire sur ces débuts, et à quel petit nombre de localités ils sont restreints. On ferait à peu près la même observation au sujet de la Gaule et elle se renforcerait en approchant de la Germanie et en y pénétrant. Le christianisme abordait partout et tilcliait d'y prendre pied et de s'y alTermir, voilà ce qui est hors de contestation.
III. Jusqu'à la paix de l'Église. — Au seuil du m" siècle, nous possédons les textes célèbres de Tcrtullicn, qui ne rapportent pas une expansion spontanée, mais l'aboutissement d'un long travail d'apostolat.
Apologclicuni, c. n : Ubsessam vocilcranlur ciuilalem, in agris, in caslcHis, in insuUs cliristianos, omncm sexum, œlatem, condilionem, etiam dignitaiem Iransgredi ad hoc nomen.
Apol., c. xxxvii : Si el hostes exerlos non tantUm vindices occullos agcre vellcmus, deessct nobis vis numerorum el copiantm? pltires niminim Mauri cl Murconuinni ipsiquc Parllii vel quanliicumquc unius tomen loci el suorum finiiim génies quam lolins orhis? hesterni sumus et veslra omnia iniptevimus, iirbes, insulas, caslella, municipia, concHiahnla, caslni ip.su, tribus, dccurias, patatium, senalum, furum, sola imbis retinquimus lempla. Cui bello non idonei, non prompli /(/(s.si.mu.s, eliam imparcs copiis, qui him libcnler Irucidamur, si non apud islam disciplinam magis occidi liceret quam occidcrc? Poluimus el incrmcs nec rebelles, sed tanlummodo discordes sulius divorlii inindia adversus dos dimicasse. Si cnini tanla vis hominum in aliquem orbis remoli sinum abrupisscmiis a vobis, siiffudissct uliquc dominalioncm vcslinm loi qualiumcumque civium amissio, immo eliam et ipsa destitulione punissel. Prociil dubio cxpavisaelis ad
EXPANSION DU CHRISTIANISME
soltludinem veslram, ad silenliam verum el stuporcm quendam quasi mariai orbis... plures /los/es quam cives vobis remansissent. Nunc eliam pauciorcs hosles habelis prœ mulliladine chrisliannram, pœne omnium cioitalium pœne omnes cives clirislianus habendo.
De Corona, c. xn : El apud barbaros Chrislus.
Ad Scapulam, c. ii : Tanla liominum muUiludo, pars pœne major civilalis cujusque, in silenlio el modeslia agimus.
Ibid., c. V : Hoc si placueril el hic fieri (les persécutions sanglantes), quid jacics de lanlis milibus liominum, loi viris ac /eminis, omnis sexus, omnis selalis, ofjerenlibus se libi? Quantis ignibus, quanlis gladiis opus eril? Quid ipsa Carthago passura esl, decimanda a le, cum propinquos, cum conlubernales suas illic unusquisque cognoveril, cum videril iltic fartasse el lui ordinis viros el matronas el principales quasque personas el amicorum tuorum vcl propinquos vel amicos? Parce ergo libi, si nonnubis; parce Carlliagini, si non libi; parce provincix, quse visa intenlione lua obnoxia jacla est concussionibus el militum el inimicorum suorum cujusquc.
Adv. Marcionem, 1. III, c. xx : Aspicc universas nationes de voragine erroris humani eiinde émergentes adOeum crealorem,ad Deum Christum... Chrislus lolum jam orbem evangelii sui fide cepil.
De juga in perseculione, c. xu : Numquam usqae adhuc ex christianis laie aliquid prospectum esl sub aliqua rcdemptione capilis el seclse redigendis, cum tanlœ multiludinis nemini ignolœ fruclus ingens mcli possel.
Adv. Judœos, c. vu : In qucm alium universœ génies erediderunl nisi in Christum qui jam venit ?...el celerse génies, ul jam Geluloram varictates, cl Maururum multi fines, Hispaniarum omnes lermini, cl Galliarum diversœ. nationes, et Brilannorum inaccessa Romanis loca, Christn vero subdita, el Sarmatarum, et ûacnrum, et Germanorum, el Scijlharum, el abdilarum mullaram gentium el provinciarum el insularum multarum nabis ignotarum et quœ enumerare minus possumus.
De anima, c. xv : [Chrisliani] omnibus plures.
Ibid., c. XLix : Nulla jam gens Dei exlranea est, in omnem lerram et in lerminos orbis evangelio corus- ■canle.
Il y a dans tout ceci pas mal de rhétorique, mais il n'en faut pa. moins prendre ces textes avec leur portée historique.Onatant répété queTertulUenest un impulsif, un apologiste, un emballé, qu'il reste à ajouter que Tertullien est aussi un jurisconsulte et un contemporain. Qu'il se laisse emporter par l'imaginât ion, on croit l'apercevoir, mais que cet impulsif, dont les écrits s'échelonnent sur plusieurs années, ne se contredise jamais, ne se laisse jamais impressionner par quelque récit défavorable tel qu'il en court en tous temps et en tous pays, qu'il ne juge jamais la religion chrétienne en déchet mais toujours en progrès, c'est un fait considérable et qui sert, en quelque manière, de confirmation à tous ceux — vrais ou controuvés — qu'il adopte pour justifier son optimisme. D'un texte au texte voisin il y a une variation, mais seulement de degré. Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout votre empire, les villes, les îles, les places fortes, les municipes, les assemblées, les camps, les décuries, le palais, le sénat, le forum. Voilà qui est décisif; cependant bientôt il n'est plus question d'autre chose -que d'avoir dans les \alles presque la majorité, tandis que dans un autre texte les chrétiens sont plus nombreux que tous les autres. Évidemment, tout ceci se soutient mal, mais, évidemment aussi, celui qui s'exprime de celle laçon parle au nom d'une multitude considérable. Il ne faut pas attendre de Tertullien cette précision de langage qui est la dernière qualité que les apologistes se mettent en peine d'acquérir.
Tandis qu'il s'adresse au proconsul Scapula et au cours d'une même période, il parle des fidèles comme étant « presque la majorité, s par conséquent au moins la moitié de la population, et représente leurmort comme la décimation de la population, dont ils se trouvent ainsi ne plus former que la dixième partie. Il est clair que ce sont-là des façons de dire; on pourrait préférer des façons plus précises, mais force nous est de faire usage des textes que nous possédons.
S'agit-il de confondre les Juifs, "Tertullien avance que le monde entier est converti au Christ; voilà de l'hyperbole et les Africains ne la redoutaient pas; mais elle n'était pas très éloignée de la vérité, puisque nous entendons le païen Cccilius avouer ceci :
Minucius Félix, Oclavius, c. ix : Ac jam, ul jecundius nrquiora proveniunt, serpenlibus in dies perdilis moribus per universum orbem sacraria isla tœlerrima impix collionis adolescunt.
Ibid., c. xxxi : Et quad in dies noslri numéros augetur, non est crimen erroris sed teslimonium taudis.
Ibid., c. xxxm : Nec nobis de noslra frcquentia blandiamar : multi nobis videmur, sed deo admodum pauci sunius.
Origène nous donne, lui aussi, une série de textes d'une importance fort grande, parce qu'ils viennent d'un homme admirablement informé grâce à son séjour dans Alexandrie et aux relations qu'il entretenait avec des correspondants dispersés partout.
Origène, Péri Archon, 1. IV, c. i, n. 1 : nâaa 'EXXàç Koà pàpPapoç y| y.axà tïjv oîxou|iév»)v TjJXcôv ÇïlXoTàç 'éyzi (X'jpîouç, xaTaXtTïovTaç toùç Ttarptiouç vô[-touç y.rxi vO(i.tÇo(jiévouç ôeoùç, Tr,i; TY)pf|aE63ç tûv Mucrétoç vô[ji(ov y.aX tïjç (xa6'r,T£ta(; tûv 'lYjaoO XptOTOÛ
Xô-'cov y.ai eâv ÈTnaT-^Ofonev, r.Ciç Iv açôSpa ôÀLyoïç
£T£CTi. TÔJv é(xoXoYOÙvTO)V Tov Xpia-taviaiiôv è7:ij3ou- Xc'jofxévtov, xaî tivgjv Sià toùto àvatpoujjiévcov, ÉTlpcjv Se àTToXXûvTfov ràç xt/joek;, SsSûvYjTai ô X^yoç. xatloiyz oùSè Tcôv SiSaCTxâXtov TrXsovaÇôvTcùV 7ravTa/6(j£ /■fiP07 6yivai t^ç oîxou(j.évT)ç, coote "EW.Tjvaç xai ^appâpouç. aoçoûç te xal àvOTjTOuç TrpooOéoOa!. T-fj Sià 'l-qaoù Qzoaz^zia. — |j.£îî^ov '!) xaTO &v6p(0TT0v t6 Tipây- [J.a Elvai Xeyeiv où Stcrrâi^ojXEv. " La Grèce et les terres barbares présentent des milliers de zélotes qui ont renoncé à leurs lois antiques et à leurs dieux authentiques, pour observer les lois de Moïse et les préceptes de Jésus-Christ. Si nous considérons les progrès immenses de l'Évangile en quelques années, malgré les persécutions et les supphces et même la mort et la confiscation, nonobstant le petit nombre de prédicateurs, la parole s'est fait entendre partout, en sorte que Grecs et barbares, sages et insensés' ont adhéré à l'enseignement du Maître, en sorte que nous ne pouvons hésiter à y voir un résultat obtenu par une puissance plus qu'humaine. •
Homil-, IX, in Josua, n. 10 : Convenerunl reges lerrœ, senatus populusque el principes Romani, ul expugnarenl nomen Jesu el Israël simul. Decreverunt enim legibus suis, ut non sint cliristiani. Omnis civitas, omnis ordo chrislianoram nomen impugnal. Sed... principes vel poteslates istœ contraria: ul non chrislianoram genus ialius ac projusius propagclur oblinere non valebunt. Confldimus aulcm, quia non solum non nos poluerunl oblinere visibiks inimici et adversarii noslri, verum eliam velociler Jesu domino noslro vincente conteretur satanas sub pedibus servorum cjus. Illo elenim duce semper Vincent milites sui, etc..
Homil., XV, in Josua :\'osler dominus Jésus ipse cepit omnem lerram, in eo quod ex omni terra alque ex omnibus ad cum concurril credcnlium mullitudo.
Homil., I, in Psatm. ssxvf : Nos sumus,'non jc/is», qui pauci ex isla civilatc credimus cl alii ex alia, et niisquam gens intégra ab inilio crcdutilalis videlur a^sumpla. Non enim Judœorum gens eral vcl JEgyp-
EXPANSION DU CHRISTIANISME
tiorum gens, ita eliam christianorum gcnus gens est una vel intégra, sed sparsim ex singulis gentibus congrcgantur.
Select, in Ps. XLVI : izàXra. \Lhi xûpioç r^v oùx è-l irâcjav tJjv y^v xal ûiI^kttoç ôXîyo'.ç zai ço[3spôç £ÙXapéaiv EÙapi.6[i.r;T0t(; xal PaoïXsùç où tcoXXoïç xal (iÉYaç
OTravloiç vuvl Se ttoXXcô tiXeIocti TaÛTa 7tà>;Ta èariv.
Commentar. in Matth., séries 39, /n Mallh., xxiv, 9 : t E< prœdicabilar hoc evangeliam regni in universo orbe, in testimoninm omnibus gentibus, et tune veniet finis » ; si discutere quis velit, quod ail « omnibus gentibus », salis inveniel certum. quoniam omnibus eliam in uUimis parlibus lerrse commorantibus gentibus odio habetur populus Christi, nisi forte et hic aliquis dical propter exaggerationem posilum lomnibus ^ pro t nnil-
lis » et in hoc statu conslilulis rébus evangeliam qu(i<t
prius non fuerat prœdicalum in loto mundo — malii enimnon solum barbararam sed eliam nostrarum gcntium usque hune non audierunt chrislianislalis verbum — tune aulem prœdicabilur, ut omnis gens evangelicam audiat prœdicationem, et nemo derelinquatur qui non audivil, et tune eril sseculi finis... nondum enim mulli prodilores de ecclesia facli sunl, et nondum multi falsi prophète exslilerunl mullos fallentes : sic et nondum odio habiti sunl ab omnibus gentibus eliam in ultimis parlibus terrx habitanlibus, propter nomcn Christi : sic et nondum est prœdicalum evangelium regni in loto orbe. Non enim ferlur prœdicalum esse evangelium apudomnes Elhiopas, maxime apud eos, qui sunl ultra flumcn; sed nec apud Seras nec apud Ariacin audierunt chrislianilatis sermoncm. Quid aulem dicamus de Brilannis aul Germants, qui sunl circa Oceanum, vel apud barbaros, Dacos et Sarmalas et Scythas, quorum plurimi nondum audierunt evangelii verbum, audiluri sunl aulem in ipsa sœculi consummalione. Adspice enim quod ail : » el prœdicabilur hoc evangelium regni in loto orbe, in teslimonium omnibus gentibus, et lune eril finis. » Si aulem vull quis lemere dicere, prtedicalum jam esse evangelium regni in loto orbe in teslimonium omnibus gentibus, consequenter dicere poteril et quod ail « lune eril finis, ■> jam finem venisse : quod dicere temerilatis est magnœ.
Homil. in Luc, xn : Ita fiebat, ul de omnibus gentibus nonnulli proselyti fièrent, el hoc ipsum angilis. gui génies habebanl subditas, odnitenlibus. Nunc aulem populi credenlium accedunt ad fldem Jesu, et angcti, quibus credilœ fuerinl ecclesiœ, roborati prœseiitia Salvaloris mullos adducunl proselylos, ut congregenlur in omni orbe convcnlicula christianorum.
Contr. Cels., 1. III, c. xv : ÈTtàv nâXiv ol TravTl TpÔTrto 8iapâXJ>ovTcç -ràv Xéyov Tr;v atTÎav tyjç tr.ï toooGto vûv aTaoEcoç èv ttXyiÔci tûv TtiaTEUÔvTtùV voixt- OMOiv Elvai. t\) Tôj (i-)] 7tpoa7roX£[X£ÎoGa!. aÙTOùç ûtto TÔiv TiYOUfJtÉvwv iy-oiuç -roîç TiâXai xpôvoiç. ■ Ceux ([ui calomnient de loules laçons notre doclrine lui imputent l'état de trouilles actuels, par l'accroissemoiil du nombre des fidèles... »
Ibid.. 1. 111, c. VIII : ôXl^ot xaTa xatpoùç xal 0968?» EÙapt6|j.T|T0i ÛTîÈp TTJç XpKiTtavâiv Qsoaz^tlaç, TEÔvr,xaoï. xtoXùovTOi; Oeoû t6 Ttàv ÈxnoXEU/jG^va'. aÛTôJv ëdvoç. « Quelques-uns, à diverses reprises et dont le nombre est connu, subirent la mort pour la rcligi'ui chrétienne. Mais Dieu ne permit jamais que la race en lût détruite. »
Ibid., I. III, c. X : ôti jièv oîSv oUYxpîcst toû cÇt,ç TtXrjOouç èXÎYOi -TjCTav àp/6(JiEvoi Xpiaxtavol SîjXov. Il est évident qu'à l'époque des débuts les chrétiens étaient en petit nombre, si on le compare à celui auquel ils ont atteint aujourd'hui.
Ibid., I. III, c. IX : vOv (ièv cjv Taya, 8te Sià to tcXtjOoç Tôiv 7rpoaep/0|xévti)v -Ci Xôy" >'-al TtXoùaioi ■/■.■xi TivEç Tâ)V èv à^itiixxoi xal Y'J^'ata tÎ àppa xal eÛYEvr, iTtoSéxovTai toùç ànb toû Xôyou -roX[Xï]oei tiç XéYS'v
Sià TÔ Sojàptov -poîïoTaaôai Ttva; t^ç xarà XpiaTtavoùç SiSacxaXixç. « Et maintenant peut-être, comme, parmi la loule de ceux qui suivent cette croyance, il se trouve des riches, des gens constitués en dignité, des femmes nobles et distinguées qui reçoivent leurs coreligionnaires, quelqu'un s'aventurera à dire que certains enseignent la doctrine du chrétien par amour de la gloriole. »
Ibid., I. III, c. XXIX : ô Se T:É(jn{;aç tôv 'IyjooOv 6e6ç ÉxXûaaç TTœaav T-r,v xcôv Sai|jt.6vcov è:Tt[3ouXT,v èttoiyjce
TiaVTaXOÛ T^Ç OtXOU|J,£VT)Ç Û-Èp TTJÇ TÔiv àvÔpcÔ— CÙV
ÈTTiaTpoçTJç xal Siop9côc£ù)<; xpaT^csat. tô EÙa-i-vÉXiov 'iTjaoù xal YEvÉoôa'. -avra/oû ÈxxXTjoiaç àvTiTroXiTE'jo- [iéva; ÈxxXyiaiaç 8£taiSaijJ.6vcov xal àxoXàarcov xal àSiy.cïv. « Dieu, qui envoya Jésus, après avoir surmonté les embûches des démons, fit que partout l'évangile de Jésus procurât la conversion et la correction des hommes et partout les Églises l'emportassent sur les autres communautés injustes, intempérantes, superstitieuses. •
Ibid., I. VIII, c. Lx\Tii : râaa [xÈv OprjcTXEia xaOa- XuGTjCTETat (i.6v7) 8È il Xpttrrtavûv xpaTYjoEi, î^tiç xal (xôvr) TïOTè xpaxTjOEi, toû Xôyou âsl TiXclovaç VE|j.O(iÉvou iJjux^'Ç- S'' comme l'avance Celse, tous et moi-même faisaient de même, sans doute les barbares se soumettant à Dieu deviendraient justes et doux, tout culte impie serait détruit, seule subsisterait la religion chrétienne, ce qui arrivera sans doute un jour, après de nouveaux progrès.
Ibid., 1. VIII, c. Lxix : çajièv 5ti, EÏîiEp, « av S'Jo crufxcpfovcoatv èÇ y)(xciv èttI t9)ç yr^q Ttspl TravTÔç irpaY* [laToç ou Èàv alTYjocdvrai Y-vr,a£Tai aÙTOÏç Tcapà toû èv Toïç oùpavotç TraTpôç » tî XP'I vo|x£Çciv, eI |x/] [iôvov cbç vûv Tiâvu ôXÎYOt cu[X9covoΣv àXXà Trâaa Y) ûttô 'Po)(jtalo)V àpx^. « Si, en effet, Jésus a dit : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, ils obtiennent tout de mon Père, que dire si nous n'étions pas seulement un petit nombre conmie maintenant à nous entendre (dans la même foi], mais si c'était tout l'empire romain. •
On ne peut mettre en doute que la situation décrite par ces textes soit des plus avantageuses. Ce n'est pas un traité composé à loisir en vue d'exalter les progrès du christianisme et en vue duquel l'auteur aurait groupé jusqu'aux plus faibles indices favorables à sa thèse, ce sont des remarques éparscsdans un grand nombre d'écrits, et Origène ne s'y appUque nullement à solliciter la vérité, il se borne à mentionner des faits connus de ses auditeurs ou de ses lecteurs. Il faudra attendre la paix de l'Église et les écrits d'Eusèbe pour retrouver un faisceau analogue d'informations. De saint Cyprien de Carthage nous avons ce témoignage :
Ad Demelrian., c. xvii : Inde est quod nemo noslrum quando adprelicndilur reluclalur nec se adversus injustam violentiam veslram quamvis nimius cl copiosus noster populus ulciscitnr.
Le païen Porphyre, qu'on identifie généralement avec l'interlocuteur dont Macarius de Magnésie rapporte les objections, se plaint de rencontrer des chrétiens partout :
Macarius, iv, 3 : iSoû Ttâoa TÎji; olxounêviQÇ ^û[ji^ TOÛ EÙaYY^Xlou tT|V TtEÏpav t/ti xal Tép^ovEÇ ôXoi xal x6ct[xou TépaTa tû eùaYYÉXiov 6Xov xaTÉ/oiai.
Le martyr Lucien invoque en faveur de sa croyance le témoignage de villes entières et presque de la majorité du monde :
Hufin, Hist. ceci., 1. IX, c. M : Quœ aulem dieu non sunl in obscuro gcsla loco nec leslibus indigent. Pars pœnc mundi jam major huic verilati adslipulatur, urbes intcgriv, aul si in his aliquid suspcclum videtur, conleslatur de his eliam agreslis manus, ignora figmenti.
EXPANSION DU CHUISÏIAMSME
Nous connaissons encore cet aveu d'un farouche ennemi des chrétiens, Maximin Daia, qui rappelle que ses illustres prédécesseurs, Dioclétien et Maximien Hercule, se décidèrent à sévir » lorsqu'ils virent presque tous les hommes abandonner le culte des dieux pour s'afTilier au peuple chrétien. >
Eusébe, Hi^t. ccrl., I. IX, c. ix : Tjvîxa ouveîSov ayz- •5èv ôcTtacvTaç àvOpci— ouç y.o(.~(x)xioOei.a-/)t; t-^; Ttôv Ôeôiv
OpTjOZEtaÇ TÔj eGvS'. T6JV XpiCTTiaviôv ÉaUTOÛÇ OUfXjXE-
Lactance, Insiit., 1. lY, c. xxvi : Nulla gens lam inhumana est, nuUa regio tam remola, cui aul passio Chrisli aut sublimilas maieslalis ignota sil.
Lactance, De morle persecut., c u : El inde discipuli qui tune crant andccim... dispersi sunt per omnem icrram ad evangelium prœdicanduni. . . et per annos XX V usque ad principium Xeroniani imperii per omnes prvuincias ri civitatcs ccclcsix fundamenta miserunt... Xero cum animadverleret non modo Romee sed ubiqiie cotidie magnam multitudinem deficere a cuUu idolorum cl ad religionem nouam Iransire. — c. in (entre Trajan et Dèce) : Ul jam nullus esset lerrarum angulus tam remolus quo non religio Dei penetrasset, nulla deniquc natio tam feris moribus vivens, ul non sitspeclo Dei caltu ad jusiiliœ opéra mitescerel.
Arnobe, Ady. 5fe/i/.,l. I,c. XVI : Si Alamannos, Persas, Scylhas idcirco voluerunl devinci, quod habilarenl et degerent in corum gentibus Christiani : quem ad modum Romanis tribuere vicloriam, cum habilarenl et degerent in eorum quoque gentibus christiani? Si in Asia, Syria idcirco mures et locuslas efferoescere prodigialiler voluerunl, quod rationc consimili habilarenl in eorum gentibus christiani : in Hispania, Gallia cur eodem Icmpore Ixurum nihil nalum est, cum innumeri viverenl in his quoque provinciis christiani? Si apud Gœtulos cum Aquitanos Imjus rci causa siccilalem salis aridilatemquc miserunt, co aimo cur messes amplissinias Mauris nomadibusque Iribuerunl, cum religio similis his quoque in regionibus verlerelur? — 1. II, c. V : Jcmi per omnes terras in tam brcvi temporis si>alio immensi nominis hujus sacramenta diffusa .sunt. Xulla jam nalio est tam barbari moris et mansuetudinem nesciens, quœ non ejus amore versa mollireril asperitalem suam et in placidos sensus adsumpta tranquillilate migraverit.
Peut-être que le seul fait de voir Eusèbe écrire son Jlisloire ecclésiastique au moment où Constantin vient de donner la paix aux Éghses est plus significatif que tous les extraits de cet ouvTage fameux. Comme Urigène, Eusèbe était en possession des sources les plus copieuses et, plus qu'Origène, il avait ce goût et ce sens de l'information précise et minutieuse. Après avoir étudié son ouvrage avec la charitable intention de le trouver en faute le plus souvent possible, les critiques les plus hargneux ont dû convenir des qualités éminentes de l'historien, toujours soucieux de vérifier, de citer, de contrôler des sources que son initiative nous a conservées. Quelques faits douteux ou erronés, quelques opinions personnelles discutables, n'enlèvent rien à l'autorité de ce livTe, qui est en quelque sorte l'ébauche d'une statistique des progrès du christianisme pendant les trois premiers siècles de son existence.
Eusèbe. Hisi. tcclés., 1. I, c. m, n. 19 : (jiôvov aÙTÔv £4 à7îàv-:o>v Tûv — iôtiote eiç êxt zal vOv irapà 7:â<riv àvOpcÔTtoiç xa6' ôXou toû x6ct(jio'J XptdTOv iTZKfruJil'Çsdôat ô(JtoÀOYEtaOat te xal (xapTupôtaOai Trpôç aTtâvTcùv £t:1 7f, npoorr,vopja Tiapâ te "i,'/j.r,ai xal pappàpoiç (ivT,iJiovEÙ£(50ai, y.ai sic eti vùv Tiapà toïç àvà tyjv oIxi'jj/.6jt;v aÙTOû OiaccÔTa'-ç TijxâoOai [ikv ûç PaciXéa, 6a'JU,â^£aGai Se ùrzkp 7:poç-/jTïjv y., t. X. « Lui seul, parmi tous les hommes qui jusqu'à ce jour ont habité la terre, a reçu le nom de Christ et il est pro-
clamé tel par consentement et le témoignage universels, en sorte qu'il est célébré sous ce nom par les Grecs aussi bien que par les barbares et que tous ceu.x qui. instruits de sa doctrine, vivent en ce monde lui rendent l'honneur en tant que roi et lui adressent l'hommage en tant que prophète. »
Ibid., 1. I, c. IV, n. 2 : tt,? (J.èv y^P "^O" cû)Tf,po; T,[j.âiv 'Ir,<îoO Xp'.CToO Tïapouoioç vEoxrri Tiâotv àvôpw- -oiç èmXcty.'liàcrici, véov ôjXoXoYOuaÉvuç ëôvoç, où (i'.x.pôv 0Ù8' àCTÔEvEç 0Ù8' èirl ytovîaî tzou y^ç l8pu(JiÉvov, àXXà y.cd TrâvTcov Tcôv èÔvciv TioX'javOp&jTîÔTaTÔv
TE Zal 0EO<T£!Ï£C>TaTOV .... TO TlOCpà TOÏÇ TraCTl T'A TOÛ
XpioToO -poirr.vopîa TET>.[ji.Ti(j.Évov. «Quoique la venue de notre Sauveur Jésus-Christ soit récente, le peuple chrétien, tous en conviennent, n'est plus maintenant ni chétif, ni faible, ni resserré dans un coin du n)onde, mais, de tous les peuples, c'est le plus nombreux et le plus pieux. «
/tirf.,1. 1, c. xm,n.l : « La divinité de Jésus, illustrée, de son vivant, par tant de miracles, avait attiré des multitudes innombrables des points les plus reculés de la Judée et des régions environnantes, par l'espoir de la guérison. n
Ibid., 1. II, c. n, n. 1 : « La résurrection mers-eilleuse de notre Sauveur et son ascension au ciel avaient été connues de presque tout le monde grâce aux récits» des témoins propagés de proche en proche. Ibid., 1. II, c. III, n. 2 : x.xl SJ) àvà Trâcaç tôç ~6/<sic; TE xal xcjjxaç, TrXyjÔ'jo'Jo"»!!; àXuvoç Stxr;v, (lupîavSpoi xal 7ïa[ji— Xr^ôslç àOpôco; èxxX'//aîai ouveo- TïjxEaav. « Dans toutes les villes et les villages, les églises regorgeaient de fidèles, comme des champs couverts de fruits. »
Ibid., l. II, c. xm, n. 1 : ttjç eIç tôv CTtùTÎjpa ... 'ItiOOûv XpiCTTÔv Etç TtâvTaç àvBpûrouç T,Sif) SiaStSo- (iÉvT,ç TTÎcrTStoç ô TT^ç àv9pù)7r6)v — oXÉ(j.i04 aojTTjpCxç tï;v PaoïXEÛouOTv ttôXiv Trpoap-acacOai [i.r,5(av&)!jt£voç è'/Ta'jÔa Stfjtcôva ayet. <■ Cependant, la foi en Jésus- Christ étant alors répandue en tous lieux, l'ennemi du genre humain, voulant s'emparer de la ville impériale, y emploja Simon le mage. »
Ibid., \. III, c. I, n. 1 : tmv ÎEpoiv toû 2ti>TT)poç, ri[jt.âiv âjTOCTTÔXtùv te xal [iaôvjTÛv £ç' aTraaav xaTac- TrapEVTtov TT]v olxoujjiÉvy;v, Qa^iàc, [xÉv, ô>; q -apiSo- (Jtç TTEpiÉyE'., TTjV IlapGlav £?X7)-/£v, 'AvSpÉaç Se ty)v Sxuôlav, 'Ia)âvvï]ç Try 'Aaîav. « Les apôtres et les disciples de notre Seigneur et Sauveur, dispersés à travers le monde, prêchaient l'évangile. Thomas, nous enseigne la tradition, eut le pays des Parthes, André celui des Scythes, Jean l'Asie. » Ce qui concerne Pierre et Paul s'appuie sur l'Ancien Testament; ailleurs, ibid., 1. III, c. V, n. 2, il montre les apôtres quittant Jérusalem pour évangéliser toutes les nations : eIç CTÛfxravTa tS eOvïj ; pour aller jusqu'aux extrémités de la terre, III, vm, 11 : sic Ta TrépaTa TÎjç oîxoujiEVT]?; ou le monde entier, 1. III, c. xxiv, n. 3: Èïtl Tïâaav Tf.v oixoujjiÉvr)V.
Ibid., 1. III, c. xvTn, n. 4 : rj tyjç ïj[jiETÉpaç ^îtoTEtùç S(.éXa(ji.7i£ SiSaaxaXîa. cbç xal toùç àîtoôsv toû xa6' f,[i.àç Xoyou cuyypaçEÏç \xr) à— oxvTJoai TaTç aÙTtôv ÎCTTopîai^ TÔV T£ Siojyfjiôv xal Ta Èv aÙTcô (xapTÙpia -apaSoOvat. «En ces temps (sous Domitien) la doctrine de notre foi obtenait tant de succès que les écrivains étrangers à notre croyance n'hésitaient plus à parler de ce que nous avions à souffrir et comment nous le savions souffrir. »
Ibid., l. III, c. xxxvn, n. 1 : TOijçxaTa :iâvTa tôtcov Tcôv £xxXt;cuôv TrpoxaTapXîriOÉvTaç Ûttô tûv àTTOarôXov GEUtcXtouç £7:(oxo86[xouv. • Les disciples des apôtres ajoutèrent aux créations des Églises fondées en divers lieux par leurs maîtres, > et ils portèrent l'Évangile à ceux qui ne l'avaient pas entendu : ToTç ËTi Tcâsirrav àvY)x6oiç toû Tr,ç TclaTEO); Xoyou
EXPANSION DU CHRISTIANISME
Ibid., 1. lY. c. u, 11. 1 : rà xr/Ç toû SoTTJpOi; TjijiôJv 8iSa(7xa>.tai; ts y.oà Èxx.XYjotaç éaï|}J.cpai. àvÔoùvTs cttI (ietÇov èxcôpei TrpoxoTrîjç. « La doctrine et l'Église de notre Sauveur prospéraient de jour en jour et ne cessaient de s'étendre » (sous Trajan).
Ibid., 1. IV, c. \Ti, n. 1 : t^St) Xa(i7cpoTàTcov Stx7]^^ (ptùtrr/jpcûv Tciv àvà T'Jjv olxou]j,éviQV aTToaTiÀpouccôv èxxXïjCTtûv àxfia^oûcnjç te eIç «Tcav xè tcov àvôpcoTtcov Y^voç T^ç etç xàv otoTyjpa xal xiipiov ■JjiJ.ùv 'r/]ooûv Xpicirôv TTÎaTEcùÇ. (I Déjà les Églises étincelaient dans le monde comme autant d'astres brillants et la foi en Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ fleurissait parmi les hommes » (sous Hadrien).
Jbid., 1. V, c. XXI, n. 1 : xaxà tôv xtjÇ Ko[x6S&u [3aCTi- Xclaç 7 p6vov |j.ET£pépX7)T0 |xcv è-l ~b Ttpôéov rà xa6' ■fjixâç, elpTiv7]ç (jùv ôeta/àpiTi xàç xa6' ôXtjç x7)<; olxou- [xÉvTjç StaXapoùarjç èxxXï)atai;,ôx£ xai ô cMxïjptoçXÔYOç SX :ravTÔç yévouç àvGpcÔTrcùV -râaav ùtt'^y^'^^ '1"-'zV ètiI x-/]v eù(î£p^ TOù xôiv ôXtov 6eoû 6p7]axE(av. coctte r;Sri xal xûv fel 'Ptô[J.7)(; eu jxâXa TrXoûxcp xal yfvEi Siaçavôiv ttXeiouç etiI x-J)v oçôiv ô[iôcE /copEiv lïavoixî TE xal TrayYEvJ) CTcoT7]pîav. » Au temps où Commode gouvernait l'empire, notre situation se trouvait dans une sorte de tranquillité, grâce à Dieu, la paix régnait dans toutes les Églises de la terre. Pendant ce temps, la parole bienfaisante de Dieu attirait à sa croyance un grand nombre d'hommes de toute origine; tellement que l'on vit beaucoup de ceux qui, à Rome même, étaient connus par leur illustration et par leurs richesses, se convertir avec leur famille et leur clientèle. »
Ibid-, 1. V, c. xxrn, n. 1 : t-7jÇ 'Actaç àv:ii.ar,ç al Ttapotxlai. .... al àvà tyjv Xom-jjv àTtaaav otxoufiévr^v èxxXr)aîat. « Les Églises de toute l'Asie... les Églises de tout le reste du monde. »
Jbid., 1. VI, c. xxx\T, n. 1 : x6tc S^tk, oïa xal eIxôç -îjv. ;rXY)6ooijcrr)(; ttjç uloTstoç. TtE7iappï)Cia(J|jiÉvou TE TOÙ xaG' riy^âi; r.ctpà Ttàot 'koyou x. t. X. « A celle époque (sous Phihppe l'Arabe), comme notre croyance s'étendait de jour en jour et jouissait d'une liberté de plus en plus grande. »
Ibid., 1. VII, c. X, n. 3 : Trac te ô oïxoç «ùtoû Geocepcôv TTETtXvjpcoTo xal -^v lxxXT](îia 6eoû. «Toute sa maison était remplie d'hommes pieux et ressemblait à une (ghse » (sous Valérien).
Ibid., 1. VIII, c. I, n. 1 : ôtr^ç (ièv xal ÔTCotaç Tipè ToO xaG' ■J](JLâ<; Si(jjyI^°'J Si^r,? è(jioù xal Trappyjaiaç ô .... TÎjç EÙUEPelaç X^yoç TrapàTtâciv àvGpwTtotç. "EX- Xrial TE xal pappâpoiç tjÇImto, (xeiÇov yj xa6' ■îj|jiàç iTraÇtuç SiYjYvjoaaOat .... ttcoç 8' âv tiç SittypâiEis Tàç [jtuptàvSpouç èxctvaç èni.G\>v(xy(x>yà(; y.oà Ta ttXijGt) tôjv xaTà Tiàaav ttôXiv àGpoto|.iâx(ov, -iç te £T:iaY)(iOuç èv ToTç TTpoCTEuxTTjpîotç cuvSpojxâç; S) St, ajExa. \j.riSaiJ.C>c, £Tt xoïç TiàXat oîxoSo|j.r)fxaaiv àpxoij|ji£vot EÙpEiaç cîç TtXàxoç àvà Ttâcaç xàç ttôXeiç èx GEjjisXtcov àvttjxcov èxxXïjaîai;. o Nous ne pouvons expliquer la gloire et la liberté que la doctrine de vraie piété à l'égard du Dieu suprême, annoncée aux hommes d'aliord par le Christ, a accompli parmi les Grecs et les li;irbares... Qui pourra décrire la foule innombrable d'hommes qui chaque jour se donnent à la foi du Christ, qui pourra dénombrer les églises des villes et le concours des foules dans les temples? »
On pourra souhaiter des trouvailles qui nous mettent en possession de documents tels que les excursions d'Hégésippe aux Églises apostoliques, mais jusqu'au moment où ces documents, s'ils existent encore, seront retrouvés, il faudra se satisfaire avec les textes que nous venons de rassembler, ils nous apprennent avec certitude le fait du développement
» 1 Cor.. 1, 26-30. — • Lucien, De morte Percgrini, n. 12, i:i : Min. Félix, Octavius, c. v, vu],xii;Celsc, duns Oriisénc, I. 1,
progressif et rapide du christianisme. Cependant, il est nécessaire de remarquer que les contemporains notent ces progrès avec satisfaction, mais sans manifester une très grande surprise. Ayant sous les yeux ou dans la mémoire les moyens employés pour procurer l'expansion de l'Évangile, le succès ne leur paraît pas dépasser ce qu'ils peuvent attendre de la mise en œuvre méthodique de ces moyens. Aucun auteur, que ce soit Tertullicn, Origène ou Eusèbe, ne franchit la distance qui sépare l'histoire de l'apologétique. C'est à une date postérieure et pour répondre aux exigences d'un argument nouveau qu'on voit naître le souci de découvrir un phénomène miraculeux dgns l'expansion du chrislianisme; pendant les trois premiers siècles, on ne s'aperçoit nulle part que personne y ait songé. Nous n'avons donc pas à tenir compte de ce point de vue puisque nous limitons notre recherche à la période chronologique des origines à la paix de l'Église.
IV. Pénétration souale. — On s'est emparé maintes fois de ce fait, que le christianisme s'est amoureusement adressé aux pauvres, aux humbles, aux souffrants, aux déshérités de la fortune, des honneurs, de la santé, pour relever par manière de contraste les prévenances du polythéisme pour la richesse et la puissance, en même temps que son dédain pour l'infortune. Ce sont là des banalités édifiantes dont la portée démonstrative paraît de plus en plus réduite. Une religion qui s'adresserait aux instincts et aux intérêts des riches ne serait pas une religion mais une exploitation. C'est le caractère qu'a eu la Réforme du xvi« siècle, qui ne s'est soutenue et n'a triomphé en certaines contrées qu'à titre de prétexte et de procédé de révolution sociale. La Réforme comptait sur les princes, les grands, les nobles pour enchaîner le succès, elle a payé celui-ci d'une décadence religieuse presque instantanée. Au xvn= siècle, l'Allemagne et i'.'\ngleterre ont un culte sévère, elles n'ont plus de reUgion et elles ont une morale en déroute. C'est qu'en matière rehgieuse, les classes dirigeantes mardient d'ordinaire à la suite des classes populaires; le ciiristianisme primitif, pour l'avoir compris, a procuré la plus étonnante floraison religieuse et la plus durable de tous les temops.
Mais les riches, les nobles y entrent néanmoins avec conviction, s'y conduisent avec piété et. grâce au prestige qui s'attache, comme une épigramme vivante, à la vertu des grands, leurs exemples sont remarqués, cités, conser\és comme aussi précieux que rares. Nous avons montré (voir Diclionn., 1. 1, au mot Aius- TocnATiQUES, |C/asses|) que le nombre et la qualité de CCS convertis distingués par la naissance, sans être considérable, est loin d'être méprisable. Leur conversion éclatante et sincère fournit la matière d'une réfutation à l'endroit des polémistes païens qui essaient de déprécier le christianisme à raison de la modestie de ses afIiUés. Dès les premiers temps, saint Paul en convenait : ■. U n'y a pas beaucouji de sages selon la chair parmi vous, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles, » écrivait-il aux Corinthiens '. Cette situation se prolongea assez longtemps pour fournir un argument aux adversaires et un développement aux apologistes du christianisme *. Cependant saint Paul convertit à Chypre le proconsul Scrgius Paulus '; à Athènes, un membre de l'Aréopage nommé Denis'; à Thessalonique ctàBérée.desfemmcs de haute condition '. Dans l'épître aux Romains nous voyons que le trésorier municipal de Coriullie, Éraste, s'était converti '. Aquila et Priscille, Lucinc et quelques-uns des personnages trop peu connus
c. xxvii; 1. m, c. xvm, xuv; I. VIII, c. Lxxv. — • Ael.,xiii, 7-12. — * Acl.xvn,34. — 'Act.,xvn, -1,12. — * Hom., xvi,2:l.
EXPANSION DU CHRISTIANISME
qui apparaissent dans le voisinage de l'apôtre, ne semblent pas de condition infime et d'importance négligeable. Le christianisme de Pomponia Groecina, (nsijn/s/emina, n'est guère douteux ', — celui du consul Flavius, de Glabrion et des Domitille est hors de doute (voir aux mots Clemens et Do>nTiEN). En Bithynie, le légat impérial Pline le Jeune rencontre des chrétiens de toutes conditions et on peut croire qu'il en était de même à Rome, puisque î'évêque d'Antioche, saint Ignace, appréhendait que les hautes influences dont disposaient les fidèles de cette ÉgUse ne fussent dans le cas de le soustraire au martyre. Vers l'an 150, Herraas, frère de I'évêque de Rome Pie l",se plaint du relâchement que la fortune a introduit dans les mœurs des chrétiens - : èjXTreçupusvot TTpayiJiaTEÎa',; y.al ïtXoÛTtp y.xl oiXtaiç èÔvixatç y.uX aW.au; -o>.Xaïç ^rpaYiiaTsiai? toO alôivoç toûto'j, — ■ TrXo'j-rrjaavTeç xal ymôiJtevot. ëvSoÇoi ;rapà toîç s9vôatv; et Marcion, ;irrivant à Rome, commençait par otlrir à la caisse de l'Église la somme de 200 000 sesterces.
Le règne de Commode favorisa un grand développement du christianisme dans les rangs de l'aristocratie romaine, à laquelle il souriait peu jusque-là. a raison des dangers qu'entraînait la profession publique de cette croyance. C'est sous ce règne que fut plaide le procès du sénateur Apollonius (voir Droit persécuteur, t. iv, col. 1633 sq), et, à la fin du n« siècle, appartiennent des inscriptions chrétiennes portant les noms des Anrnei et des Pomponii '. Tertullien dit que les païens déplorent de voir parmi les fidèles des gens omnis dignUatis. Clément d'Alexandrie et Origène s'expriment à peu près de la même façon. Clément discute la question de savoir guis dives salvrtar? et adresse son traité à ceux qui se sont ;i[Iîliés à la foi chrétienne. Origène nous fait connaître le très riche Ambroise, qui lui fut un Mécène inépuisable. En 258, l'cdit de persécution promulgué par Valérien vise les fidèles des hautes classes : Ut senatores ci egregii viri et équités Romani dignitate amissa etiam bonis spolicntar et si adempti lacaltaiibus christiani esse perseveravcrint, capite quoque multentur, matronœ odemptis bonis in exilium relegentur. Csesariani autem... confiscentur et vincti in Csesarianas possessiones descripti mittantur '. Situation analogue à celle que signalait, quelques années plus tôt, sous la persécution de Dèce, I'évêque Denis d'Alexandrie : TroX),ol (lÈv eùOétùÇ tôv -spioavcaTÉpcov ot [xèv aTcvjv- Ttov SrjSiéTeç, oi Sa 8r|aoaiîiJovT£ç ûtiô tùv upàÇ^ov r^vovro». Il n'y a d'ailleurs pas lieu d'être surpris que des chrétiens fussent employés dans les services de l'État; l'empire possédait une administration si étendue et si variée qu'il devait faire appel à tous les concours s'il voulait soutenir cette immense machine, et comme toutes les administrations, celle-ci avait ses privilégiés, auxquels telle charge ou telle autre chose devait échoir, non par droit de mérite ou de capacité, mais par l'engrenage des protections et des survivances. Des chrétiens se trouvaient ainsi poussés à occuper des emplois dont peut-être ils ne s'acquittaient guère, ce cjui. en aucun temps et sous aucun régime, n'a été un motif d'exclusion. Ainsi se formait une sorte d'aristocratie des fonctionnaires, dans les rangs de laquelle le christianisme ne se privait pas de faire ses choix, et ceux-ci étaient de bonne prise : Cyprien de Carthage, Denis d'Alexandrie, Anatole de Laodicée, Paul de Samosate, Philcas de Thmuis. Ainsi, avant le règne de Dioclétien, vers l'an 303, le progrès est tellement
'Tacite, Annal., 1. Xtll, n. 32. — 'Hcrmas, Pastor, Mand. x, 1; Simil. i. — 'De Rossi. iîoma sollerr., t. n, pi. 49-50, n. 22, 27; pi. 41, n. 4S. — 'S. Cyprien, Epist.. Lxxx, 1. — 'Eiisôbc, Hist. ecdes., 1. VI, c. XLi. — ' Ibid., 1. VIII, c. XI. — 'Ibid., 1. VIII, c. IX. — = Arnobe,
marqué que, pour satisfaire aux nécessités de l'État, Dioclétien n'hésite pas à recourir aux chrétiens pour leur confier des places considérables, telles que de gouverneurs de province : TàçTÛvlOvôJvTjyEiiovlai:, en les dispensant de l'obligation d'offrir le sacrifice. En Phrygie, une ville entière était chrétienne, ainsi que ses magistrats municipaux ', et quoique Eusèbe ne nous apprenne pas les noms des gouverneurs chrétiens administrant des provinces, on peut croire qu'il a songé entre autres à Philorome, qui exerçait une haute magistrature à Alexandrie et, Audactus •. Et dans cette société où la richesse et les grandes charges n'ont pas moins de prestige et d'influence que ia naissance, le christianisme s'infiltre partout : Tarn magnis ingeniis prœditi oratores, grammalici, rhetores, consulti juris ac mcdici, philosophiss etiam secretarimantes magisteria hsc expelanl sprctis quibus paulo ante ftdebant '. Le sophiste Malchion, jugé seul capable de démasquer l'hérésie de Paul de Samosate, est un converti et il ne semble pas avoir renoncé à sa profession; Arnobe est dans le même cas. Lactance aussi et peut-être Victorin de Pettau, enfin l'auteur anonyme des Laudes Domini et ce grammairien mentionné dans les Gesta apud Zenopliilum.
Sous Valérien et sous Dioclétien, la maison des empereurs était, pour ainsi dire, envahie par les chrétiens ; mais c'est dès l'époque apostolique que cet envahissement devient sensible. Là, comme ailleurs, ils n'avaient eu d'abord qu'à se glisser à la suite des Juifs '. Des le règne d'Auguste, les Juifs de la cour étaient en nombre tel qu'ils possédaient leur synagogue distincte '° et on a rencontré un grand nombre d'incriptions dont les vocables révèlent des esclaves ou des affranchis juifs de la cour ou bien leurs descendants. Encore qu'il n'y ait aucun crédit à ajouter à une légende qui fait comparaître saint Pierre et saint Paul devant Néron, on ne peut mettre en doute que saint Paul ait été instruit des progrès que faisait sa prédication dans l'entourage de l'empereur, car nous Usons dans l'épître qu'il adresse aux PhiUppiens, IV, 22 : àarcàÇovrai ûiiôtç râvrc;; ol âyioi, (ià- ),i<îTa 8è ol èx T^; Ka'.aapoç oîx.tai;, recommandant les chrétiens « de la maison de César. • Ailleurs, Paul parle des chrétiens appartenant aux maisons d'Aristobule et de Narcisse ", qu'U faut sans doute identifier avec les grands personnages ayant fait partie de la cour de Claude. Sans rien dire d'.\cté et de Sénèque, encore faut-il retenir, à la fin de la lettre de saint Clément de Rome aux Corinthiens, la mention de deux vieillards entourés de respect pour leur longue vie sans tache, ce qui permet de reporter leur conversion à une date très éloignée, peut-être aux environs de l'an 50; ils avaient nom Claudius Ephebus et Valcrius Bito, et ils ont dû faire partie de la maison de Claude, dont la femme, Messaline, appartenait à la gens Valeria. Nous avons suffisamment discuté déjà le christianisme de Flavius Clemens (voir Dictionn., t. m. col. 1867), de Domitille (voir Dictionn., t. iv, col. 1404), d'AmpUatus Diclionn., t. i, col, 1712), et il sufTira de rappeler l'école des pages du Palatin qui compta le jeune Alexamène (ibid., t. in, col. 3051). Dans les Actes du martyr saint Justin, un de ses compagnons se nomme Èvelpistus et se donne comme esclave de l'empereur Marc-.\uréle, Sous le règne de l'empereur Commode, nous connaissons un nommé Carpophore, chrétien « de la maison impériale ", • à qui
Adu. genl., 1. II. c. v. — «Engestrôm, Om Judarne f Rom undre aldre lider ocli deras kalakomber, L'psala, 1876. — '"Corp. inscr. grive, t. iv. n. 9902, 9903. — "Bom., xvi, 10-11.— i=S. Hippolyle. Pliilosoplu, I. IX, c. xn. P. C. t. XVI, 3' partie, col. 3379 sq.
EXPANSION DU CHRISTIANISME
appartient très probablement cette inscription ' :
M-AVRELIVSAVGGLIB'- CARPOPHORVS • FECIT SIBI-ET-AVRELIAE EPICTESI-CONIVGI-SVAEET FiLIS-ET-AVRELIO-PAVLINOFRATRI-SVO-ET- FILIS-EIVS-ET-SELEVCOALVMNOLIBERTISQ 5 ET ■ POSTERIS • EORVM ■ ITE M -Ll SERT- LIBERIA BVSQVE - SVIS • POSTERISQVE • EORVWl HOC-WIVNIMENTVM-SIVE.CEPOTAFIVM DE ■ NOMINE • MEO • ALIENARI • VETO
Saint Irénée signale de nombreux chrétiens à la cour : Quid autem el hi qui in regali aula sant fidèles, nonne ex eis quse Cœsaris siint habent ustcnsilia cl his i]ui non habenl wmsquisquc eorum secundani suam viriulem prastal^? Nous savons par ailleurs que la concubine de l'empereur, Marcia, accordait sa protection aux chrétiens et se trouvait en rapports directs avec le pape Victor. Voir Diclionn., t. i, col. 2860.
Sous Septlme-Sévère, Tertullien atteste la présence de chrétiens dans le palais impérial: Ipse etiamSeverus, palcr Anlonini, chrislianorum memor fuil; nam el Proculum chrisUamim, qui Torpacion cognominabalur, Euhodiœ procuratorem, qui eum pcr oleum aliquando curaverat, requisivit el in palalio suo habuil usque ad morleni ejus...scd et clarissimas feminas el clarissimos viros Screrus, sciens hujus scclœ esse, non modo non lœsil, verum et testimonio exornavil cl populo furenli in nos palam restilil ". Caracalla était en bons rapports avec les chrétiens, oplime noverat, et il avait eu une nourrice chrétienne, lacle chrisliano educalus; sous son règne mourut le chambellan Prosenès, chrétien lui aussi : voir Diclionn., t. m, col. 147, fig. 2442.
L'avènement des princes sjTiens à l'empire ménageait aux vieux Romains d'étranges surprises; ce ne fut pas un contraste des moins inattendus que la succession d'Héliogabale par Alexandre- Sévère, dont la cour comptait nombre de chrétiens : Trpôç TÔv 'AXs^âvSpou oixov Èx tcXeîovov TCiartov auvEaTÙra'. La mère de cet empereur, Julia Mammeœ, fit appeler Origène à Autioche afin de s'entretenir avec lui et saint Hippolx le lui dédia un de ses livres. On n'a pas la certitude qu'elle fût chrétienne, mais son entourage, ses dispositions, ses occupations la montrent sympathique et peut-être affiliée au christianisme. Voir Diclionn., t. i, col. 28G3. Quant à Alexandre-Sévère, il ne fut jamais chrétien; sa bienveillance était réelle, mais se satisfaisait en des manifestations matérielles ; l'hommage rendu au Christ, le dessein de lui élever un temple sont des actes fort peu concluants.
l^liilippe l'Arabe élail clirétien; mais chrétien si tiède, si indifférent qu'on ne voit guère de différence entre un païen et lui. Origène lui écrivit, ainsi qu'à l'impératrice Scvera' (voir Diclionn., 1. 1, col. 28lî4>, ce qui ne changea rien, et saint Cypricn garde le pénible souvenir de ce temps où, non seulement les laïques, mais encore les évoques faisaient leur cour : episcopi plurimi divina procuralione contempla procuratorcs rcgam sœcularium fticti sunl '.
Sous Valérien, la bienveillance de l'empereur devint si marquée. que, peut-être, les chrétiens ne se tinrent plus assez sur leurs gardes. Jamais ils n'avaient reçu (les attentions aussi marquées, l'empereur les traitait en amis et » sa cour entière était remplie de chrétiens au point qu'on l'eût prise pour une église du vrai Uieu » : y.yi 7:ôcç à oÎJtoç aÙToO OeooePùv TTîJiXrjpcoTo x.al r.v *KxxXr,<jîa 0eoO'; aussi, lorsque
'Corp. iiiscr. lui., t. vi, n. i:i0|ip. — :S. Irèiiée, .-Icii». hœrcscs, I. IV, c. xxx, n. 1 ; P. G., t. vi. col. 10G4. — ' Tertullien, Ad scnpiilam, c. iv, P. I.., 1. 1, col, 702. — ' Ivusibc, llist. cccles., I. VI, c. xxviu, P. 0., t. xx, col. 388. — ' Kusèbc, Uixl. eccles., 1. VI, c. xxxvi, P. G., l. xx, col. 597.
I la persécution éclate en 258, nous vo\ ons Valérien édicter des peines contre les Csssariani * ; Cœsariani quicumque vel prius confessi fuerant vel nunc confessi fuerint confiscentur et vincli in Cxsarianas possessiones descripli millantur '.
Avec Dioclétien, dont la femme et la fille étaient chrétiennes, les fidèles envahissent de nouveau la maison impériale, que les premiers édits de 303-304 ont pour but d'épurer. Le très tolérant Constance Chlore était entouré de chrétiens et saint Jérôme, dans sa Chronique,note que Licinius christianos de palalio suo peint.
Le christianisme obtenait un moindre succès dans l'armée. Parmi les fidèles, un certain nombre répugnait à l'exercice d'une profession pleine de dangers. La vie des soldats n'a, en aucun pays et en aucun temps, été considérée comme faisant partie de l'enseignement ascéticpie et, de la meilleure foi (lu monde, des chrétiens croyaient alors que la profession de christianisme imposait à celui qui s'y soumettait la pratique d'une existence de renoncement et d'immolation. L'état miUtaire mettait le soldat ou l'officier dans le cas de jurer fidélité et croyance à des dieux païens, de participer à des festins et à des rites idolàlriques. Les rigoristes en concluaient que le métier militaire était incompatible avec la foi chrétienne, et l'Église, sans les approuver, s'interdisait de les contredire. Méthode prudente assurément et qui a été maintes fois pratiquée, mais à laquelle il n'est pas interdit de préférer une franchise plus grande qui dirait le devoir et épargnerait aux individus tiraillés entre des interprétations contraires l'angoisse de la conduite à tenir. Ainsi, tandis que les uns s'exaltaient et préféraient la mort au service militaire, comme le conscrit MaximiUen, les autres s'arrangeaient à merveille du métier militaire. Sous Marc-Aurèle, la XII'' légion (Fulminala) se recrutait dans la région de Mélitène, fortement christianisée, et elle comptait dans ses rangs un grand nombre de fidèles; elle fournit plus tard le groupe des quarante martyrs de Sébaste. Si on tient compte du nombre inconnu, mais certainement considérable, de soldats chrétiens et de la rareté des cas où ils se sont trouvés mis dans le cas de refuser la participation à un sacrifice, on doit en conclure que les chrétiens trouvaient dans l'armée une carrière à peu près exempte de périls. Les exagérations de TertuUien pouvaient tout au plus monter la tète à un esprit exalté et, en fait, nous voyons que le soldat auquel il fait un mérite d'avoir refusé une couronne fut blâmé par ses camarades. Fréquemment on voit des soldats conduire au supplice un martyr et, louches soudain, embrasser la religion de celui qui vient de confesser la sienne. Sans rechercher si tous les exemples cités sont rigoureusement historiques, on doit reconnaître que le nombre de convertis qu'on obtient ainsi est insignifiant. En Egypte, sous Dèce, c'est une escouade DU une section qui se convertit soudain, aiivTayii» (jTpaTi&>Tix.6v ; mais tout cela nous apprendrait assez peu de chose. 11 est plus significatif de voir que, au début de la persécution de Dioclétien, il est question d'une épuration en masse de l'armée : Datis ad prœpositos littcris etiam milites togi ad nejandii sacrificia priecepil, ul qui non paruissent, miUtiti solvcrcntur. Hactenus juror ejus cl ira proccssil nec ((mplius quicquam contra legem aut religionem Dci Iccil ". Quelques années plus tard, Licinius prend une
— «S. Cypricn, De lni>sis. c. vi, P. /.., t. i\ , col. 400. - - •Eusébc. //i.v(. ecclis., 1. Nil. c. x, P. G., t. xx, col. C5K.
— 'O. Ilirsclifcld, Pie kaiscrlichen Verwallungs biiimleii hts aul Diocletian, 1905, p. 471 sq. — 'S. C.vpricn, ICpisl..
1 I.x\x. — '" l.actancc, />p nwrtibu.^ pcrsectifontm, v. x.
EXPANSION DU CHRISTIANISME
mesure idenliquc.mais avec un succès aussi douteux, )>uisque l'armée que commande Constantin, composée «le vieux soldais, de vétérans, contient un nombre de chrétiens assez considérable pour l'engager et le décider à ris((uer lui-même sa conversioij au moment où il conduit cette armée contre un compétiteur.
V.I'xi'ANsioN GiioGRAPinQUE. — On peut essayer de récapituler ce que les textes nous apprennent sur le développement du christianisme, afin de marquer le progrès accompli à des époques successives. A la fin du i" siècle, la foi aété prèchéc et s'est implantée à :
Jérusalem.
Damas (Acl., ix).
Samarie et les environs (Act., vin).
Lydda (Acl., ix).
Joppé (Act., ix).
Dans la plaine de Saron (Act., ix).
Césarée de Palestine (.\ct., x).
Antioche de Syrie (Act., xi).
Tyr (Act., xxi).
Sidon (Act., xx\ni).
Ptolemaïs (Act., xxi).
Pella (Euscbe, Hisl. eccl, 1. III, c. v).
.\rabie (Gai., i, 17).
Tarse (Act., ix, xi, xv).
Syrie, plusieurs églises (Act., xv).
Cilicie (Act., xv).
Salamine, en Chypre (Act., xin).
Paphos, en Chypre (Act., xni).
Perge, en Pamphylie (.\ct., xin, xiv).
.\ntioche de Pisidie (.\ct., xiv).
Iconium (Act., xm-xiv).
Lystres (Act., xiv).
Derbe (Act., xiv).
Diverses localités en Galatic (Gai., I Petr., i, 1).
Diverses localités de Cappadoce (1 Petr., i, 1).
Diverses locaUtés de la Bithynie et du Pont (I Petr., 1,1; Pline).
Éphèse (Acl., Apoc, Épilr.).
Colosses (Épîlr.).
Laodicée (Épîlr.).
Hiérapolis de Phrygie (Épilr.).
Smyrne (Apoc).
Pergame (Apoc).
Sardes (Apoc).
Philadelphie, en Lydie (Apoc).
Magnésie du Méandre (S. Ignace).
Tralles, en Carie (S. Ignace).
Thyatire, en Lydie (Apoc).
Troade (Act., x^^-xx, II Cor., n, 12).
Philippes, en Macédoine (Act., xvi; Épilr.).
Thessalonique (Act., xvn; Épilr.).
Uérée en Macédoine (Act., xvn; Épîlr.).
'.' NicopoUs en Épire (ïit., ni, Ï'I).
Athènes (Act., xvn; Épîlr.).
Corinthe (•\ct., xvni : Épîlr.).