EZECHIEL
EZRA
cette interpriJtation semble avoir été acceptée généralement. Nous avons déjà figuré et décrit un fond de coupe, trouvé à Cologne (voir Dictionn., t. ni, col. 2161, fig. 3101), sur lequel un adolescent, vêtu de la tunique et du pallium, tenant d'une main la baguette divinatoire, se trouve en présence de membres épars : une tète, deux mains, deux pieds et d'autres débris, en train sans doute de se rejoindre. Ce monument est du iv siècle et, à la même époque, on retrouve le même sujet figuré sur cinq sarcophages, tous romains de fabrication '. L'un d'eux nous montre Ézéchiel, pour\'u du bâton de magicien, touchant une sorte de petite poupée entièrement nue, deux autres sont déjà sur pied, une tète émerge du sol (fig. 4261) '. Un ivoire byzantin du ix<= siècle, conservé au British Muséum ne représenterait pas la descente du Christ aux tnfers ' nnis li \ision d Ézcihitl '.
4261. — Vision d'Ézéchlel.
D'après Romische Quarlalschrifl, t. xx, p. 29, fig. I.
L'inscription porte ces mots : totï o Xç St,3c tou rfi •/;vea|!a£v Ta oara^ On doit autant de reconnaissance que d'admiration aux auteurs de semblables decouvertes; il est entendu qu'on garde le droit d'en sourire, ce qui est assurément l'opinion la plus poUe qu'on puisse exprimer à l'égard de ceux qui transportent dans les études d'archéologie les procédés de mystification acclimatés depuis longtemps dans la littérature chrétienne par leurs compatriotes {\oir Diclionn., t. iv, au mot Dés, col. 6X1).
Le célèbre manuscrit grec n. 510 de la Bibholliè(|ue nationale, qui contient les discours de saint Grégoire de Nazianze, renferme quarante-six feuillets illustris. Ce manuscrit a été écrit et peint pour l'empereur Basile le Macédonien (867-886). Une des dernières miniatures en pleine page représente la vision d'Ezéchiel (fig. 1262). A droite, Ézéchiel est amené dans une campagne où sont épars des ossements desséchés;
' Garrucci, Storia dell'arte cristianu, pi. 312, n. 1 ; 372, n. 2; 373, n. 3; p. 376, n. 4; 3S)8.n.3, et à Oirone, pi. 374. n. 3. Cf. D, Kaufmann, Éttitlm tfarchoologie juiue et clirélienne. 1887, p. 25-27. — '.\. de Waal. Die biblisclien Totencrweckungen an deii allclirislliçlicn (Jriibslalleii, dans Romische fJiiurlaLsclirill, 19(16,1. xx. p. 28. — ' II. Graeven, dans Jahrb. dcr kunsthist. Sammiunueii des Allerh. liaiser'
il est conduit par l'esprit du Seigneur, représenté par l'ange Gabriel au-dessus duquel se lit l'inscription CTPATHrOC- Ce nom appartient plus communément à l'archange Michel, chef des armées célestes, mais- (iabriel le reçoit dans certaines circonstances et notamment dans ce même manuscrit où se tiouve représenté, au feuillet 3', l'empereur Basile entre le prophète Élie et un ange qualifié ô àpxiaxpaxirjyôç ra6pLY)X. A gauche, dans le haut de la composition,. Dieu, représenté par une main lumineuse, s'entretient avec Ézéchiel. Ces mots du verset 3<', un peu altérés par le peintre, sont tracés en majuscules au-dessous^ de la main divine : zlnz ei î^ï)a£Tai. Ta ôaTsa TaOTa. Plus bas, au-dessous des ossements desséchés, leschairs ont environné les os, les corps ont repris vie
4263. — Plan de l'église d'Ezra, D'après de Yogiié, Syrie centrale, 1865, pi. 21.
et sont animés; ils s'avancent encore couverts du linceul. Cette miniature est d'une singulière beauté. On y constate sans hésitation possible l'imitation de modèles empruntés à l'ancien art chrétien, mosaïques ou icônes. Cette vision d'Ézèchiel a gardé non seulement les fonds rose et azur chers à la peinture antique, mais l'artiste s'est même imposé de reproduire le cadre dans lequel se trouvait le modèle (|u'il copiait °.
H. LECLERCg.
EZRA. Ce monument, écrivait M. de Vogiié, est certainement le plus intéressant de tous les édifices chrétiens de celte région. Achevé en l'an 51.5
hanses, 1899, t. xx. p. 11. — * E. von Dobschi»/-, Pic Vision des lizechiel (cap. 37) au/ ciner byzantinisclirn Filmbeinplatlc, dans Repertorinm /lir linnstiuissenscha/t, 19(1.1. t. XXVI. p. 382-388. — 'O. M, Dallon, Catalogue ol early Christian aniiiinities in thr Hritish Mnsciini. in-S", Loiidun. 1901. p. .')(;, n. 299. pi. xi. — • Cli. Diolil. Manuel (fart byzantin, p. 582, llg. ;t2 1 ; Millet, L'art bytuntin, |i. 21 1.
EZRA
de notre ère, suivant une inscription gravée sur le [ autour de la terrasse supérieure; elles ont attiré linteau de la porte occidentale, il est parvenu jusqu'à | les boulets d'Ibrahim Pacha, qui en quelques endroits
-J ^iPî•C^CENTOrTWTofKfc/UMNlKOY^rlOYMAPtrPOCrEUPrlOY r
Ni PfCÛ;CENTOrTWTofKirtAimKOYiriÔYMAPtrP0Crf
Entrée occidentale
4264. • — Entrée de l'église d'Ezra. D'après de Vogué, (oc. ci(.
nous sans modification, toujours consacré au culte | ont percé la coupole, sans la renverser, et ont jeté catholique, pour lequel il a été construit et qui se | par terre l'angle supérieur d'une des façades. Malgré
4265. — Coupe longitudinale de l'église d'Ezra. D'après de VogUc, \oc. cit.
célèbre encore sous ses voûtes vénérables. La seule 1 ces mutilations, le monument n'est pas louché dans
altération qu'il ait subie provient des faits de guerre ses parties essentielles; il offre un sujet d'étude com-
qui ont désolé ce malheureux pays; des fortifi- plet et des plus intéressants,
cations parasites en pierres sèches ont été élevées ! Plan (Sig. 4263). — Le plan est d'une extrême sim-
EZRA
plicité : il se compose de deux octogones réguliers concentriques inscrits dans un carré; l'octogone central supporte un tambour et une coupole; contre la face orientale de l'octogone extérieur est bâti le chœur terminé en abside, et flanqué des deux sacristies d'usage; dans chacun des angles du carré est une absidiole ou exèdre; trois portes s'ouvrent sur la façade occidentale, une sur chacune des façade;, latérales. Principales dimensions : grand diamètre de l'octogone extérieur : 18 m. 50 ou 60 pieds; grand diamètre de l'octogone intérieur : 10 m. 15 ou 33 pieds; largeur du bas-côté comptée sur le même diamètre : 3 m. 37 ou 11 pieds; largeur du chœur :
7 m. 30 ou 24 pieds; longueur totale du chœur :
8 m. 30 ou 27 pieds; ouverture des exèdres : 3 m. 85 ou 12 pieds et demi. L'emploi systématique du nombre 3 est évident; le nombre 11 lui-même est le tiers de 33 et montre que l'on a pris pour largeur du vide annulaire le tiers de la largeur totale du vide central.
Cnape longiludinale (fig. 42(55). — La coupole est soutenue par huit piliers de 15 pieds de haut supportant un tambour de IS pieds. Les deux dernières assises de ce tambour sont faites de dalles qui transforment d'abord l'octogone en une figure régulière de 16 côtés, puis en une figure de 32 côtés, de manière à passer graduellement de la forme polygonale au cercle qui sert de base à la calotte. C'était le système appliqué depuis trois siècles dans les monuments païens du Haouran. Quant à la calotte, elle est en blocage, et tout fait supposer qu'elle est contemporaine de la construction primi tive. Sa forme ovoïde est très originale et rappelle les monuments de l'Asie centrale.
A l'exception de cette coupole en blocage, toute la maçonnerie est en pierres appareillées sans mortier, mais avec l'irrégularité de joints et d'assises spéciale au pays. On remarquera au milieu du tambour deux assises dont les pierres sont enclavées les unes dans les autres.
A la base de la coupole règne une série de petites fenêtres; c'est le plus ancien exemple existant d'un système d'éclairage qui reçut à Sainte-Sophie de Constantinople son plein développement.
Le bas-côté et le chœur sont couverts dans le système de dalles du Haouran.
Les pieds-droits des exèdres sont en saillie sur l'archivolte; ils recevaient autrefois des poutres qui supportaient sans doute une tenture ou toute autre décoration spéciale.
Au fond de l'abside régnent trois rangs de gradins en hémicycle destinés aux sièges du clergé. L'autel est placé dans la première travée du sanctuaire qui communique par une porte avec le diaconicon ou sacristie réservée; la seconde sacristie, prolhesis ou paraclision, est, au contraire, accessible au public par une porte s' ouvrant suri' exèdre de l'angle sud-est. Un rideau tendu entre les pilastres d'entrée du chœur voile les saints mystères, conformément à la liturgie orientale.
Entrée occidentale (fig. 4264). — • La porte principale se compose d'une baie rectangulaire surmontée d'un arc de décharge très surhaussé; sur le linteau, décoré à ses deux extrémités, de croix et de pampres assez grossièrement exécutés se lit une inscription grecque ' :
©£où ytyovfj oly.oç tô twv Satixrivtov xaTaycÔY'o^ «pcôç acùT7]pi.ov ëXa[jnJ;sv, ôttou axÔToç èxàXuTrxsv ■ OTTOU Guatat s'tSuXcov, vùv xop°'' ài'yÉXcov • ÔTiou ©sôçTrapupyiÇETO.vùv Qebt; èÇsuixevtÇe-at. 'Avr)p Ttç çtXôxpwroç, ô TCpcoTEÙcûv'IojâvvT)ç,AiOji7)8Éco;
[ulo;, éc, îSîûjv Sôjpov @tâ> TTpooTjvsYxsv àÇioOéaTOv xxIc[L'x iSpùaaç cv toùtco toû xaXXtvîxou âytou (iâpTupoç Tero- TÔ Tijxtov Xîi);avov toi; çavévToç aÙTw 'I(ùàvv7) |pYt''V où xaO' Ûttvov, àXXà çavepûç, £V ëxt 6. etouç ui. I « Le rendez-vous des démons est devenu la maison ■ du Seigneur; la lumière du salut éclaire le lieu qu'obscurcissaient les ténèbres; les sacrifices idolâtriques sont remplacés par les chœurs des anges; où se célébraient les orgies d'un dieu, se chantent les < louanges de Dieu. Un homme qui aime le Christ, I le notable Jean, flls de Diomède, a offert à Dieu, de ses deniers, ce magnifique monument dans lequel il a placé la précieuse rehque du saint vainqueur martyr Georges, le saint lui étant apparu, à lui, Jean, non en songe, mais en rcaUté. Dans la neuvième I indiction, en l'année 410 » (1" septembre de l'année 515 après Jésus-Christ, la date donnée étant celle de l'ère de Bostra).
Les deux portes qui flanquent l'entrée pricipale n'ont pas d'arc de décharge; leur hnleau est orné d'une croix cantonnée de deux grappes de raisin, de l'alpha et de l'ome'ga -.
H. Leclbrcq.
' Corp. inscr. grœc, t. iv, n. 8627. — " De Vogué, Hgric centrale, architecture cioile et religieuse, 1S65, p. 61-62, pi. x\i.
F. La lettre F a connu à peu près les mêmes vicissitudes que la lettre E. Le trait transversal n'est parfois qu'une sorte de bourgeon <i peine visible, mais le plus souvent il est clairement marqué. Fréquemment le trait transversal et le trait supérieur suivent la même direction, un peu redressée vers le haut: ceci est fréquent au m= siècle. Parfois aussi le trait transversal et le trait supérieur sont horizontaux avec leur pointe extrême légèrement troussée, un peu à la façon de l'écriture onciale et des inscriptions britanniques de basse époque. Dans les inscriptions chrétiennes, à partir de la fin du m" siècle, il n'est pas rare de rencontrer à la partie inférieure de la haste une sorte de talon qui ijermet la confusion entre F et E; au v= siècle, dans les inscriptions de la Gaule cet abus est fréquent '. Rarement, même à cette époque, où cependant l'alphabet souffre tout, la ligne transversale médiane est tout à fait omise.
La lettre F entre dans un certain nombre de sigles tels que :
F(ecU); F(ecerunt); F(aclum); F(aciendum); F(elix) ; F(ilius); F(nlles); FEL (iciter); F(ieri) I (assit); F(ece) R(unl); F(ieri) F(ecil).
H. Leclf.rcq.
FABER. Le mot laber désignait une catégorie nombreuse d'ouvriers, puisqu'il pouvait s'appliquer à tous ceux qui travaillaient un corps dur. Faber... prnpter operis firmitatem, dit Isidore de Séville ^: il pouvait même s'appliquer à un entrepreneur de constructions en pierre, puisque nous lisons dans le Digeste; .S; servus lapidarios commodatas sub machina perieril, lencri /abrum commodati ", et encore à un marbrier : un tablettier : Marmoris aut eboris fabros', à un maçon: Fabri... utuntur ad saxa coagmentata '. Au contraire, l'ouvrier qui façonnait une p:îte, terre, argile, cire, s'appelait ficlor ou figulus. Enfin le code Théodosien nous apprend que eos qui manu viclum rimantur aut tolérant, figulos viddicct ant /abros '.
Faber est souvent employé isolément ot souvent aussi avec un déterminatif. Dans l'Évangile, nous lisons que Jésus était faber, ftlius Mariœ ', car on désignait communément les charpentiers de cette façon sans ajouter tignarius, tignuarius ou lignarius ; au contraire, afin d'éviter la confusion, d'autres professions étaient désignées ainsi : faber mutcriurius, scieur de long: œrarius, argenlarius, eburarius. Parfois on poussait à une précision plus grande : /aber navalis, faber balneator, faber peclinarius, etc., la plus courante est encore faber navalis, qui désigne les charpentiers.
Un fragment chrétien, trouvé dans le pavement de la basilique de Saint-Paul sur la voie d'Ostie et
* E. Le Blant, Manuel d'épigraphie chrétienne, in-12, Paris, 18G9, p. 41; Revue archéolugique, 1881, t. ii, p. 239; Nouveau recueil des inscriptions de la Gaule, 1892, n. 28G, 2" tabl., 4« ligne. — ' Origines seu Ltymologiic. 1. XIX, c. vi, P. i., t. LXXXii,col. 669. — 'Digeste. l.XIII.tit. vi,Iex5, n.7. — 'Horace, Episl., ii, 1. U6. t— ' Varron.dans Nonius, p. 9,18. — ' CorferWorfosie/i,l.XIII,tit. I, lex 1. — 'Marc, VI, 5. ■ — ' Corp. inscr. lai., t. vi, pars 2, n. '.• 99. — ' Ori-
DICT. d'arch. chbét.
conservé dans le cloître de cet édifice, mentionne un faber ferrarius ' :
CRESCENTIO FERRARIVS DE SVB["r<( NQVE SIBl ET SVIS-QVI OMNIBVS F[eei7
.Sous le bas-empire, faber se limite plus qu'autrefois aux professions de charpentier, forgeron et serrurier. L'importance croissante du fer dans les constructions peut expliquer cette évolution d'un terme courant qui se spécialise de plus en plus. Sous le bas-empire finissant, faber ne désigne même plus que le forgeron à l'exclusion du charpentier et Isidore de Séville ne lui donne plus que ce sens de forgeron : Faber a faciendo ferro impositum nomen Imbel. Hinc derivatum est nomen ad alias arlium malerias fabros vel fabricas dicere, sed ciim adfectione, ut faber lignarius, et reliqua propter operis, scilicet, firmitatem '.
Quelques inscriptions chrétiennes nous ont conservé la mémoire de fabri "> :
EVFRANDIO FABER QVI VIXIT ANNOS PL P M es LV DEPOSITVS IN RACE REFRIGERC VII KAL DEC DIE MARTIS COSTASI MIS A FOSSORE SVSTV AVRI SOL llll