FABIEN
tombait la première rigueur de la persccutiou, était considéré par Dèce presque comme un rival. Celui-ci aurait préféré, dit saint Cyprien, voir un compétiteur lui disputer le trône plutôt qu'un cvêque siéger à Rome '. En effet, les évèques de Rome avaient su déjà se faire une place considérable et Fabien, particulièrement, avait fréquenté le monde officiel. Un récit légendaire ' lui réserve une place dans la conversion de l'empereur Philippe. Celui-ci se disposait à aller célébrer par un sacrifice le millénaire de Rome, lorsque le bienheureux Pontius entreprend Philippe et son fils, parle infatigablement, recommence le lendemain et convertit ses deux auditeurs — qui étaient vraisemblablement chrétiens de naissance. Alors Pontius va trouver Fabien, lui raconte le beau succès qu'il vient d'obtenir, tous deux se jettent à ge- Jioux et Fabien dit : « Seigneur Jésus-Christ, je rends grâces à votre saint nom de ce que, par le ministère de votre serviteur Pontius, vous avez attiré les empereurs à notre sainte foi. » Dès le lendemain, Fabien se rend au palais, achève d'instruire les empereurs et leur donne le baptême. Philippe, continue la légende, chargea Fabien et Pontius de détruire le principal temple de Jupiter, ce qui réjouit extrêmement la ville de Rome. A partir de ce moment, tout le monde courait au baptême, et l'on bâtissait des églises sur les temples démolis. Cet état dura quatre ans, jusqu'à l'assassinat des Philippes. Dans tout ce récit il n'y a que peu de chose et peut-être rien du tout à retenir. Philippe était chrétien, ce qui lui avait même valu à Antioche une admonestation publique et une pénitence: son fils était un enfant. La destruction du temple de Jupiter Capitolin par Fabien et Pontius ne soutient pas l'examen, et sa réalité eût provoqué non la satisfaction, mais une colère redoutable du peuple de Rome=.
Nous n'en sommes pas réduits heureusement à ce document sans valeur; la notice du Liber ponlificalis est ainsi conçue : Fabkimis, natione Romanus, ex paire Fahio, sedit ann. XIII, m. J/, d. XI. Martyrio coronalur. Fuit autem temporibus Maximi et Ajricani iixque ad Decio et Quadrato et passus esl sill kal. jebr. Hic regiones dividil diuconibus et fecit VII subdiacoiws, qui VII notariis imminerent ut gestas marti/rum in inlcgro fldeliter colligercnl.EI nnillus labricas per cymiteria fieri prœcepit. Et post passioncm ejus Moijses et Maximus presbiteri et Nicostratus diaconus conprehensi sunl et in carcere missi xunt. Eodem tempore supervenit Xuvatus ex A/rica et sepurai'it de ecclesia Novatianum et quosdam confessores, poslquam Moyses in carcere dcfunctus est, qui fuit ibi menses XI, et sic multi christiani fugierunt per diversa loca. Hic fecit ordinationes V pcrm. Dec. presbileros XXII, diacones VII episcopos per diversa loca XL Qui ctiam sepultus est in rymiterio Caliste via Appia XIII kal. febr. Et cenavil rpiscopatumdiesVII *. Aces renseignements vient s'ajouter une ligne de la notice du pape Pontien mort dans son exil de Sardaigne, qaem bealus Fabianus odduxil cum clero per naviin et sepelivit in ccemeterio Callisti, via Appia.
Nous savons que le pape Victor fut, en 203, enterré dans la crypte du Vatican, où reposaient autour de saint Pierre les papes défunts. Le successeur de Victor, Zéphyrin, qui gouvernait l'Église à l'heure critique où fut constituée la propriété ecclésiastique, « chargea I le diacre] Calliste du gouvernement du clergé et le préposa à l'administration du cimetière ' ■• situé sur la voie Appicnne. A mesure que la situation alla s'affcr-
'S. Cyprien,£pisl.,ui. — 'At/usanc(.,niaii,t.ii,p. 27'1-27P. Passio S. Ponlii. — ' D. Pelau, Doctrina lemporum, 1630, I. II, c. XXV, p. 338; Tillemont, Mém. pour servir à l'Iiist. ecclés., t. IV, note vil sur la persécution de Valérien, P. Allard. Uisloire des pcrsiciiliorvi, t. ii, appendice C. - ' I.iber pon-
niissant, le nombre des cimetières s'accrut avec leur importance; ce fut pour y pour\'oir que Fabien, quatrième successeur de Zéphyrin, « divisa les régions de Rome entre les diacres et ordonna la construction de nombreux édifices, fabricas, dans les cimetières. « On croit, non sans vraisemblance, retrouver le type d'une de ces fabricee dans le petit oratoire conserve jusqu'à nos jours et dédié à saint Sixte et à sainte Cécile. Là s'arrêtaient les pèlerins avant de descendre et de commencer la visite des cryptes. Ce qui existe aujourd'hui n'est pas une des chapelles construites vers l'année 236 ou les .années suivantes. Tout porte à croire que l'édicule de ce temps aura été rasé à l'époque de la persécution de Dioclétien, mais peut-être jusqu'aux fondations seulement et c'est sur ces fondations qu'on aura rebâti au iv» siècle l'édicule encore subsistant, qui servait de cellier jusqu'au moment où l'identification qui fut faite par J.-B. de Rossi lui valut une destination moins prosaïque '.
C'est une chapelle trichore, à trois absides qui a dû servir de lieu de réunion en maintes occasions pour l'agape funèbre; après sa reconstruction au temps qui suivit la paix de l'Église, on la dédia à saint Sixte et sainte Cécile, elle prit place dans les Ilineraria. Aujourd'hui c'est un musée, toutes les sculptures et inscriptions qu'il renferme ont appartenu au cimetière extérieur. Rien de tout cela n'est contemporain du pape Fabien.
Ce fut dans le cimetière papal que Fabien déposa les restes de son prédécesseur Pontien. Il ne voulut laisser à personne le soin d'aller chercher le corps, mais, entouré de son clergé, fit le voyage de Sardaigne et accompagna sur le navire qui les portait les saintes dépouilles. La nouveauté n'était pas dans le fait de cette e.Khumation d'un déporté qu'on ramenait dans sa patrie. Le jurisconsulte Marcien nous dit en propres termes que, si quis in insulani deportatus vel relegatus juerit, pœna etiam post mortem manel; nec licet eum inde transferre alicubi et sepelire inconsultn principe, ut ssepissime Sevcruset Antoninusrescripserunt et multis petentibus hoc ipsum indulserunl '. >. Si quelqu'un a été déporté ou relégué dans une île, la peine dure même après la mort, et il n'est pas permis de le transporter du lieu de son exil et de l'enterrer ailleurs sans le consentement du prince, comme l'ont écrit très souvent Sévère et Caracalla, en accordant cette permission à un grand nombre de pétitionnaires. » Fabien dut solliciter cette faveur probablement sous le règne de Philippe, plutôt que sous celui de Maximin ou sous celui de Gordien, car il ne semble pas qu'il s'en soit caché. Le fait de cette translation, accomplie dans des conditions publiques, est une preuve remarquable de l'importance que l'Église romaine attachait à posséder la série complète des sépultures de ses pontifes et à les réunir dans la crypte papale; il démontre en même temps, par un nouvel exemple, la légalité publiquement reconnue à l'usage que les chrétiens faisaient de leurs droits sépulcraux '. »
Fabien paraît avoir été, au moins sous le règne des Philippes, dans les meilleurs termes avec l'autorité politique et administrative. Avant lui, Calliste avait fondé la propriété ecclésiastique, Fabien lui donna une organisation stable. Il régla, au point de vue religieux, l'administration de la ville de Rome et superpusa, eu quelque façon, à la cité civile une cité eccUsiasti(|ue construite sur un moule identiijue. • Il divisa les régions entre les diacres et lit faire de nombreuses con-
tificalis, édil. Mommsen. — ' HIppolyte, l'hitosoplmmriw 1. IX. c. .xn, P. G., t. XVI, col. 3383. — • II. Leclcrcq, Mu miel d'archéologie clinHienne. t. I, p. 331, llR. 101. 1112. ' Miircien, nii Digesic. 1. XIAIII, tit. xxiv, lex '2. • Uc Hossi, liontu sutttrranai, t. il. p. 77-78.