‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 252 sur 331 · FABIEN · texte numérisé non relu

FABIEN

structions dans les cimetières. » Ces deux mesures se tiennent '. Avant le pontificat de Fabien, les diacres avaient formé un seul corps, sous la présidence' du premier diacre; Fabien assigna à chacun le soin d'une ou deux régions civiles, composant désormais une région ecclésiastique, et désigna un ou plusieurs cimetières pour le service de celle-ci =. La composition exacte des circonscriptions ainsi tracées par Fabien peut être reconstituée à l'aide des inscriptions '.

La première, comprenant deux régions civiles XII=, Piscine publique, et X11I«, Aventin, était placée sous l'autorité du premier diacre et desservie par les cimetières de la voie Appienne.

La deuxième, formée des régions civiles, II« (Mont •Celius) et VII' (Forum romain), correspondait à une zone cémétériale commençant à gauche de la voie Appienne et comprenant le cimetière de Prétextât.

La troisième région englobait la 111= civile et la V^ civile, c'est-à-dire tout l'Esquilin entre la porte Labicanc et la porte Tiburtine;elle était desservie par le cimetière ad duas lauros.

La quatrième région ecclésiastique comptait les régions civiles VI« {alla semita) et IV« (Forum de la Paix) avec les cimetières de la voie Nonicntane dans sa dépendance.

La cinquième région était composée de la région civile VII« (via Lala) et avait pour ses inhumations les cimetières de la voie Salaire.

La sixième région ecclésiastique, correspondant à ia IX« région (Cirque Flaminien), possédait les cimetières de la nouvelle voie Aurélicnne.

La septième région, formée de la région chile XIV» <Transtévère) était desservie par les cimetières de la voie Aurélienne et de la voie de Porto.

Cette organisation, ajoute P. Allard, dura jusqu'à la mise des cimetières sous séquestre sous Valérien et fut rétablie par le pape Denis, après leur restitution à la fin du règne de Gallien ' : elle reliait l'administration paroissiale de P.ome à la propriété ecclésiastique, régularisait et consolidait celle-ci, constituait en quelque sorte, le cadre d'une Rome chrétienne. Des mesures aussi importantes, prises sous le règne des Philippes, n'avaient pu demeurer inconnues au gouvernement de Dèce, et auraient suffi à désigner Fabien à ses premiers coups '.

Nous ignorons tout des circonstances de son martyre. Il exista une lettre circulaire du clergé de Rome faisant part aux Églises de la mort de son chef, cette pièce n'a pas été conservée. Il faut cependant se réjouir de posséder encore une lettre de saint Cjprien ainsi conçue :

'< Cyprien, aux prêtres et aux diacres siégeant à Rome, salut. — Le bruit encore incertain de la mort de l'homme excellent, mon collègue, courait parmi nous, quand j'ai reçu la lettre que vous m'avez envoyée par le sous-diacre Crementius et dans laquelle vous me donnez tous les détails de sa fin glorieuse. Je nie suis réjoui qu'une administration aussi intègre ait été noblement couronnée. Je vous félicite des témoignages dont vous honorez sa mémoire : la gloire en rejaillit sur vous, en même temps qu'elle nous encourage à la foi et à la vertu. Car autant est nuisible aux disciples la défaillance de leur chef, autant l'exemple donné à ses frères par l'évèque est utile et salutaire à l'affermissement de leur foi '.»

-Saint Fabien fut transporté, le lendemain de son supplice, dans le cimetière de Calliste. C'est ce dont témoignent toutes les rédactions du Liber pontificalis, le martyrologe de Bède, le catalogue de Sixte III et

' De Rossi, Roma sotlerranea, t. i, p. 199. — = Bull, di arc/ico/. cri.s(., 1886, p. 10. — ' Borna sollerranea, t. in, p. 515- 518. — 'Ibiii.. t. II, p. 200. — 'V. .\llard, Ilist. des persé-

le topographe d'Einsiedcln. Dans les Dcposiliones marlyrum, qui est l'antique férial de l'Église romaine, nous lisons : -X/ll kal. fehr. Fabiani in Callisli, Sebastiani in caiacumbas, ce qui nous permet de compléter la notice imparfaite des manuscrits du martyrologe hiéronymien, par exemple le ms. de Berne, qui portent : XII kl. febr. Romx in cim. Fabiani epi. et Sebastiani.

Fiorentini pense voir ici le mot cœmeterium, pris, par antonomase, pour le plus important de tous, le cimetière de Calliste, et on voit, en effet, dans les Philosophumcna que le cimetière de Calliste s'appelait couramment « le cimetière ». Mais du rapprochement des divers manuscrits du martyrologe, il ressort que l'absence de la désignation est une lacune et qu'il faut rétablir dans le texte ces mots : in ccemeterio Callisli Fabiani episeopi, et Sebastiani in caiacumbas.

Fabien fut enterré dans le cubicule où reposaient déjà plusieurs de ses prédécesseurs. Son épitaplie a été retrouvée brisée en quatre fragments et incomplète (fig. 4242), mais sans que rien d'essentiel y manque. Elle est gravée sur une plaque de marbre qui ser\nt à fermer un simple loculus, par un lapicide peu expert dans l'art de la gravure. Les lettres sont grossièrement entaillées, elles ne sont pas toutes égales et leurs apices sont moins habilement exécutés que ceux de l'inscription funèbre d'Antéros. La ponctuation est aussi tout à fait différente. Peut-être l'explication de ces différences se trouverait-elle dans le fait qu'une fois adopté le type calligraphique de l'inscription d'Antéros confiée à un habile lapicide, on voulut que ses successeurs eussent tous leur /(7u/ij,s composé avec le même alphabet. Pour la pierre de Fabien, on s'adressa à un graveur assez malhabile qui se tira d'affaire comme il put. Ne serait-ce pas lui qui avait exécuté la pierre de Pontien, quelques années auparavant et qui a été retrouvée? On serait assez tenté de le croire. Ce lapicide semble avoir l'habitude de tracer une sorte de petit prolongement à plusieurs lettres, par exemple le T l'I et le <J> Ces deux épitaphes de Pontien et de Fabien offrent une particularité commune. Le nom et le titre épiscopal sont gravés avec fermeté ; à la suite on voit un monogramme légèrement tracé et identique qui rappelle le martyre. Sur ce point J.-B. De Rossi s'est trouvé contredit par les faits. L'inscription de Pontien trouvée en 1909 ne répond pas exactement à l'idée qu'il s'en était faite : « scritta mollo semplicemenle in greco e in una sola riga Parmi leggerlo coi mei propri occhi : TTONTIANOC Ç.T\\CV^OX\OC. In ollre credo che Fabiano, dellando quel titolo in tanla quiele e dopo una traslazione lanlo solenne, nonabbia esitatoafaro incidere intero disciolto da nessi il glorioso vocabnlo MAPTYP ' '

■> Sur la pierre étroite et mince qui fermait le tombeau du pape Fabien, on lit à la suite de l'abréviation eni (oxÔTioç) le sigle MP, ou martyr. Il n'est pas gravé aussi profondément que les mots itABIANOC eiTI et l'a été certainement par une autre main, quelque temps après la deposilio. Pour quelle raison n'écrivaiton pas immédiatement sur la tombe ce titre de martyr si glorieusement mérité? Peut-être voulut-on attendre la fin de la persécution de Dèce, dont Fabien avait été la première victime. Cependant le titre de martyr paraît avoir été inscrit tout de suite sur la pierre du pape Corneille (\oir Diclionn., t. m, col. 2969, fig. 3315). mort pendant une persécution : on !e trouve gravé non moins librement sur celle de saint Hyacinthe. En présence de ces exemples, le retard mis à l'inscription de ce titre sur le tombeau où fût déposé Fabien s'expliquerait difficilement par une raison de prudence: on est porté à lui attribuer une autre cause, purement

cutions, 1905, t. il, p. 298-299. — ' S. Cyprien, Episl. m. P. L., t. IV, col. 229. — ' De Rossi, Roma sotlerranea, t. ii, p. 61,80.

FABIE^' — FABRETTI

disciplinaire. Dans les premiers sii'cles, comme de nos jours, les honneurs du culte putilic ne poiu aient être décernes :i un martyr que par un acte de l'autorité ecclésiastiqu.. Saint Optât rapporte à ce sujet un trait remarquable : à Carthape, une matrone chrétienne, nommée Lucilla, encourut la censure de l'Église pour avoir baisé, en communiant', les reliques d'un prétendu martyr dont le titre n'avait pas été juridiquement reconnu : nescio cujas hominis morlui, et si martyris, sed necdum vindicati '■. Dans les temps de persécution, comme à toute époque de combat, les imaginations s' échau fiaient aisément, les cœurs brûlaient, le légende se formait vite et l'Église avait besoin d'une grande fermeté pour protéger contre une piété trop ardente la pureté de sa liturgie. Aussi n'inscrivaitelle dans ses canons, n'admettait-elle à la commémoration liturgique que les martyrs reconnus tels par une solennelle vindicalio. et probablement le titre de martyr ne pouvait être cravé sur leur tombeau avant cet acte juridique. La vindicatio de saint Fabien fut sans doute retardée par la longue vacance du siège pontifical, demeuré sans titulaire pendant les dix-huit mois qui s'écoulèrent entre la mort de ce pape et l'élection de saint Corneille -. '

Cette thèse très ingénieuse et très séduisante appelle quelques observations. La découverte de l'épitapho du pape Pontien en 1909 contredit nettement la pré- \ision de J.-B. De Rossi : bien que les restes du martyr aient séjourné plusieurs années probablement en Sardaigne avant d'être rapportés à Rome par son successeur Fabien et déposés par ses soins dans la crypte papale, l'épitaphe ne reçut alors que les mots nONTI A- NOC eniCK; ainsi la vindicalio — si vindicaiio il y a — n'était pas f;nte et il fallut attendre encore pour ajouter le sigle MTP, d'une main plus légère, afin de ne pas fendre la pierre lorsque celle-ci fermait déjà le loculas. Ce sont, on le voit, des conditions absolument identiques à ce que nous constatons pour Fabien; de plus le sigle est identique sur les deux épitaphes : MTP.

Si c'est la vacance du siège qui a retardé la mention pour Fabien, il n'en fut pas de même pour Pontien, au sujet duquel on avait eu tout le temps nécessaire pour discuter ses titres au vocable de martyr. 11 faut le reconnaître, il ne subsiste rien de l'explication suggérée par Rossi et de l'addition opérée par les ordres et sous le pontificat de Corneille; ce qui ressort de là, c'est que, en l'an 250, l'usage n'existait pas encore à Rome de mettre le mot martyr ou le sigle correspondant à ce mot sur les tombes. Cependant nous avons vu déjà sur l'épitaphe de Corneille lui-même ce mot écrit en entier ; or Corneille mourut en Centumcella: eu 2.');! et son corps semble avoir été rapporté à Rome vers la fin du m' siècle ou même plus tôt; peut-être sous son second successeur Etienne (251-257). Mais Rossi s'est encore abusé en croyant que le mot martyr avait été gravé sur l'épitaphe de Corneille au moment où elle fut mise en place sur le loruliis. Un examen plus attentif de la pierre montre qu'elle ne contenait d'abord que ces mots :

CORNELIVS EP

Pour cela le graveur avait tiré un trait qui s'arrête à la lettre S. De plus, la symétrie voulait ([ue ce nom fût au milieu de la dalle, et il y est en etict ; or cette symétrie n'existait plus dès l'instant «ju'on ajoutait le mot MARTYR. Enfin ce dernier mot .s'ellorce de continuer les caractères du nom, mais sans y réussir tout à fait, cl le lapicidc peu habile n'a pas même su ou voulu tracer la ligne qui guide sa main dans

' S. Optât de Milève, De scliisnmte donalistariim, I. I, c. XVI, P. L., t. XI, col. 916. — ' P. Allard, Home soulerraiiic.

l'exact prolongement de la ligne du mot Cornélius. Le titre de martyT n'était donc pas en usage pour les tombes romaines sous le pontificat de Fabien, qui ne l'a pas fait tracer sur l'épitaphe de Pontien. C'est plus tard, à une époque que nous discuterons, que ces sigles ont été ajoutés et peut-être en même temps sur les tombes de Pontien, de Fabien, de Corneille : on ne peut rien dire pour celles d'Antcros, deLucius.d'Eutychicii et d'L'rbain, vu l'état fragmentaire des inscriptions. Voir Feucissimus et Agapitus.

H. Leclercq.

FABRETTI. Raphaël Fabretti naquit'àUrbin,en Ombrie, l'an 1619. H fut docteur en droit de la faculté de sa ville natale à l'âge de dix-huit ans: ensuite il rejoignit à Rome son frère Etienne et s'inscri\it au barreau, où il se fit remarquer de bonne heure. Sur ces entrefaites, le cardinal Imperiali l'envoya négocier quelques affaires en Espagne; le succès qu'il obtint fut récompensé par la charge de procureur fiscal de la nonciature d'Espagne. Il fut ensuite auditeur général de la nonciature et, après un séjour de Irei/.e années, il retourna à Rome avec le cardinal Carlo Bonelli qui le traitait en ami.

De retour à Rome, Fabretti fut pourvu de la charge de juge des appellations du Capitole, puis il devint auditeur de la légation d'Urbin, où il demeura trois ans et s'employa aux affaires de sa charge en même temps qu'au rétablissement de ses affaires privées, qu'une si longue absence avait fort compromises. Son goût pour les lettres et les antiquités lui faisait désirer vivementlescjour de Rome, aussi il accepta avec plaisir l'invitation du cardinal-vicaire Carp.'gna qui lui commit le soin de dresser les brefs apostoliques et de l'assister à l'examen des candidats aux ordinations. Il lui donna, de plus, l'inspection des reliques à Rome et dans les environs, ce qui lui valut maintes découvertes dont le détail semble assez étranger aux usages de la piété chrétienne. Son bidet le menait un peu à sa fantaisie et passait pour aussi amateur d'antiques que le digne homme qui le montait; de temps en temps l'animal devinait le voisinage d'une ruine par la belle couleur verte d'une touffe d'herbe, il s'arrêtait et Fabretti mettait pied à terre, furetant, copiant et collectionnant avec joie.

La carrière bureaucratique se déroulait majestueuse et vide. Fabretti était devenu secrétaire des Mémoriaux, chanoine de Saint-Laurent in Damuso, puis chanoine du Vatican. La mort d'Alexandre VI II rendit l'antiquaire à ses volumes et à ses moellons; ce ne fut qu'un répit, Innocent XII le nomma préfet des archives du château Saint-Ange. Il vécut ainsi jusqu'au 7 janvier de l'année 1700.

L'oeuvre archéologique de Fabretti est estimable.

Ses ouvrages gardent quelque utilité. Il faut nommer ;

l" De aquis et aquxduclibus velcris liumx disser-

lationes 1res, in-l°, Romœ, 1680; réimprimé dans le

t. IV des Antiquitales romanx de Gronovius.

2° De columna Trajana synlagma. Accesscrunt eiplicatio vcleris labellœ anufiliiphiE Homeri Uiadem atque ex Stesichoro, Archinoel I.esche Illi excidium conlinentis cl emissarii locus Fucini descriplio, in-fol., Roimc, 108.3. 3" Cette dissertation fut l'objet d'une liesponsio ad Cavillaliunes R. l'abrelti, in-8°, I.ugduni Hatavoruni par Jacques Gronovius à qui Fabretti répliqua Joesitlici ad Gronovium Apologema, in eiusqtie Titiuilitia. sivc de Tilo-Liuio somnia animadvcrsioncs, xn-A", Ncapoli, 1686. Les deux auteurs font assaut de science, de personnalités blessantes et de mauvais goiU.

1" Dissertazionc in cui si emendano alcuni errori seguili nclla descrizione del Laziu anlico (alla da P. Atn-

p. 206-207; Ilist.des persécutionx, t.n. p. :i00-302; Hc Ho>si, Huma solterranea, t. Il, p. 59-61,

FABRETTI — FACTEURS

imsio Kircher, dans Disserta:ioni delV Accademia elnisca di Corlona, t. m, p. 221.

5° Disserlatio de lelale codicis biblici, qui apud monnchos S. CalHxli Romœ asservatur, mentionnée par Ciampini, Vel. monim., t. i, p. 135.

6° De legs regia ad Janum Vinc. Gravinnm cpislola. T> Inscriptiomim anliquanim, quœ in wdibus paternis iisservantur, explicatio et additamentum, in-fol., Roina, lfi99. Cet ouvrage est un de ceux qui ont le plus efTicaceraent contribué à fonder la science de l'épigrapliie chrétienne. Le P. Niceron nous dit que Fabretti prenait des estampages : « Il nettoyait la surface de la pierre sans toucher au\ endroits dans lesquels les lettres avaient été creusées. Ensuite il mettait dessus un carton bien mouillé et le pressait avec une éponge ou un rouleau entouré d'un linge; ce qui faisait entrer le carton dans le creux des lettres pour en prendre la poussière qui s'y attachait, et dont la trace faisait connaître les lettres qu'on y avait autrefois gravées. » J.-B. De Rossi a apprécié l'œuvre de Fabretti en ces termes : Fabretti peritiam et diligentiam nemo unns ignorai : dolendum tamen est ejus schedas periisse; nam tijporum, quibiis usus ille est, inopia cffccit, ut multa aut quii'crit ad lapiduni fidcm ecfprimere. In locis quoque indicandis sedulum eum constat fuisse ; semel tamen falsum locum adscripsisse clare deprehendi.

Il y eut un deuxième tirage de ce volume en 1702, avec un nouveau titre et une préface.

8" Lettre à M. l'abbé Nicaise, dans le Journal des s(n'ans, 17 décembre 1C91.

FABRICA. Entre Constantine et Tébessa on a trouvé ce fragment ' :

nrf/ABR CATHOLICA ^^ RV ECLESIA ''^

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