‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 263 sur 331 · DIER XX · texte numérisé non relu

DIER XX

diocK

Sans doute on rencontre cette façon de simplifier sur des inscriptions païennes de la même époque, mais rarement '. De plus il arrive qu'un consul est désigné par ses trois noms, ou par deux seulement ou par son cognomen. Parmi les six plus anciennes inscriptions chrétiennes, il en est cinq ' entre lesquelles une seule à peine qui porte en entier le cognomen du consul ; sur les quatre autres, les noms des consuls sont réduits aux premières lettres de leurs noms : cet usage s'est continué jusqu'au début du v siècle *. Il en résulte qu'on ne peut considérer l'emploi de l'abréviation dans les noms des consuls comme un indice d'antiquité. D'où a pu venir cet usage d'abréger'? Il est probable que les inscriptions doliaires et les tessères de gladiateurs sur lesquelles l'espace était si mesuré n'ont pas été sans influence. Les inscriptions cémétériales étaient, pour la plupart, tracées sur des tablettes exiguës, parfois même sur le plâtre frais et destinées à l'ombre des ambulacres et des cubicules, en sorte qu'on ne devait pas être tenté de prendre une peine inutile; on inscrivait l'indispensable et cela suffisait.

Dans la mention successive des consuls, l'ordre suivi est celui qu'on rencontre sur les meilleurs fastes et les monuments officiels. Sur une inscription de l'année 208 ou 279, trouvée au cimetière de Calliste ou de Prétextât et publiée par Boldetti avec le peu de rigueur dont il était coutumier, on lit cette mention ' (fig. 2828) : Mariniano (et) Palerno II consulibus tandis qu'il devait s'y trouver Palerno II et Mariniano. L'omission de la particule et suffit à montrer que Boldetti ne s'est pas plus gêné avec ce texte qu'avec tant d'autres qu'il a eu sous les yeux et qu'il n'a pas pris la peine de conserver les originaux.

Toutefois on rencontre quelques exceptions notamment en Afrique; sur l'une on lit correctement : Palerno et Mariniano, sur une autre : Mariniano et Palerno ° mais pareille licence, explicable dans les provinces, est sans exemple à Rome avant la dernière moitié du iv siècle. En 367, nous rencontrons pour la première fols cette interversion et par deux fois '

lOVINO ET LVPICINO

encore en 373 ' et en 378 • sur une inscription cémétériale aujourd'hui au musée de Latran :

IVSTA QVE VIXDI ANNVS II IVl • Slll DXIII DPR • NON AVG VALENTI NIANO S • ET VALENTE 5 IVN • ITERVM CONSSNO

' De Rossi, Inscript, christ., t. i, p. 26, n. 21. — ' Kellermann, Vigil., p. 57, n. 103. — ' /ti'rf., t. i, p. xix, n. 1, 2. :), 4, R. — * Ibid.. t. I. n. IC, 21. 42. 44. 72, 135. 144. 22.S. 384. 413. 425, 489, G4G. — • Uoldctti. Osservazioni , p. 80; Murutori, Tliesaiir., p. 3C5, n. 2; Uiorgi, Ad Barvnium, t. m, p. 1U3 ; Corsini. Note Crwcor., p. x.\xvni ; De Kossi, op. cit., t. I, p. 16. n. 10. — • L. Iténicr, Inscr. mm. de l'Algérie, n. 2590, 2591. — ' De Rossi. Inscr. clirist., t. i. p. 105. n. 203, 204. — ' Ibid., t. i, p. 105, n. 204. — • Ibid., t. i.

Valentinien précède Valens nonobstant le droit et les règles des fastes, mais comme pour mieux souligner son inadvertance, le lapicidea attribué l'episemon bail, marquant un sixième consulat, à Valentinien alors que ce sigle appartient à Valens, et donné à Valens un iterum qui s'adresse à Valentinien alors consul pour la deuxième fois. De plus, une fois en train de commettre des erreurs, il est allé jusqu'au bout; l'appellation de juniore accolée au nom de Valens doit être reportée à Valentinien.

Ce sont là, on le voit, des exceptions qui, bien loin d'infirmer, confirment cette règle que jusqu'au milieu du IV" siècle, les consuls furent cités sans interversion. Nous en avons la preuve sur un fragment trouvé au cimetière de Saint-Hermès, sur la voie Salaire ancienne 1» (fig. 2833) :

W XIT

J GAL ■ CONSS 1

Ce n'estmalheureusement qu'un fragment, mais, écrivait avec sa belle ardeur J.-13. De Rossi, ulinam eam, qiise deperdila est, Imjus tituli partem repperissem; quant, si Fausti nonien prœferrel, auro contra et gemmis cariorem œstimarem : sed quoniam mihi non licuit esse lam beato, qui prctioso adeo fragmenta potirer, ingénia poilus et Industrla jaclaram compensare par est, quam liants querelis indulgere. Après l'année 312, nous ne rencontrons dans les fastes que deux consuls à qui conviennent ce début GAL; c'est Gallicanus. en 317 et en 330; car il n'est pas question de Gallus Csesar qui, sur les fastes et les monuments, n'a jamais été désigné par le nom de Gallus, mais pas celui de Constantin ou de Conslantius iunlor^^. Or sur tous les monuments connus jusqu'à ce jour Gallicanus prend la première place :

(317) Gallicano et Basso

Gallicano et Aur. Sijmmacho (330) FI. Galliano et Tulliano

Ici cependant le nom de Gai. occupe évidemment la seconde place, en sorte qu'on est en droit de douter à tout le moins qu'il faille lire Gallicanus; il faudrait donc s'en tenir à Gallus dont le nom, dans les fastes, à l'année 298 prend la .seconde place : Anicius Fausius II et Viriiis Gallus. et il faudrait donc compléter notre fragment de cette façon :

FAVST- ET GAL • CONSS

11 est vrai qu'on est en droit de douter que la tablette ait porté deux noms de consuls et n'ait pas pratiqué la méthode de simpli ficalion qui a été déjà signalée "; mais ce n'est guère vraisemblable puisqu'on a fait suivre le nom du sigle pluriel CONSS, c'est donc qu'il y avait deux noms, — et cependant en 310, nous voyons une inscription qui porte un seul nom suivi du sigle pluriel.. . MAXENTIII.COSS ". Quoiqu'il en soit de cc.i exceptions, on peut — et on doit — • à s'en tenir aux règles générales admettre que le sigle i)luriel suivait deux noms, que le deuxième nom, étant celui de Gallus, nous ramène aux consuls de l'année 298.

La conjonction ET qui relie les noms des consuls fut toujours de style; à l'époque antérieure elle était ob-

p. 128, n. 276. — '■' Ibid., t. i, p. 28, n. 26; Armellinl. Scopcrle net ciinilcro di S. lirmHe, dnns A'iiowo biilt. di <u-<-/u<il.,1895. p. 15; ce traRnicnl. trouvé eii 1844, fut égaré pcnilant un demi-siècle et retrouvé en 1894; on peut hésiter pour In (laie entre 298. 317 et .330. — " De Rossi, op. c«.. t. I, |). 70, n. 112. 117-120; KcUhel, Doc/nna riiimniorum, t. vrn.p. 124. — " De Rossi. op. cit.. t. i. n. 12.21. 33. 09. 82. loi. 110. — '• De Rossi, Inscripl. Wiri.v/. tirb. Hnni., t.i.p. 31.n. 31.

FASTES CONSLLAIRES

servée sans exception et c'est à peine si parmi un si grand nombre d'inscriptions chrétiennes nous la voyons omise deux ou trois fois; ainsi en 346 : R VFINO EVSE- BIO CONS '; en 370 : COSSVALENT- VALENIII =; en 408: BASSO FELIPPO CONS'; deux autres nous sont transmises par des copies douteuses '; une enfin, en 407, insère entre les deux noms des consuls le nombre de consulats du premier ce qui rend moins indispensable la conjonction ^ : dd. nn. honorio VIII HECDOSIO-

Il faut mentionner un cas particulier. La conjonction et est de style entre les cognomina, mais chaque fois qu'à la place des cognomina on désigne les deux consuls par leurs tria nomina, alors il devient de style d'omettre la conjonction, ainsi que l'a fait remarquer Marini dans son ouvrage sur les inscriptions doliaires '. Les inscriptions chrétiennes n'ont pas manqué de se conformer à cet usage, il est vrai que nous n'en avons jusqu'ici qu'un seul exemple, mais qui remonte à l'année 204, trouvé au cimetière de Priscille tracé sur la chaux d'un loculus '' : XL- L- FAB ■ CIL • M ■ ANNLIBCOSc'est-à-dire : n. JO. Lucio Fabio Cilone, Marco Annio Libone consulibus. La raison de cet usage semble justifiée par le fait que l'emploi des prénoms suffisait à désigner si clairement un personnage qu'on ne pouvait s'y tromper; dès lors, là oOi on avait lu les tria nomina il devenait superflu d'ajouter qu'on passait à la mention d'un autre individu.

"Voici une autre particularité : le chiffre indiquant le nombre des consulats. Les inscriptions chrétiennes ne se font pas scrupule de les omettre, par exemple pour les tituli de Sura et Séhécion, de Maxime, de Tibérianus, d'Anieius Faustus, de Titianus '. L'inscription de Sura et Sénécionest la seconde en antiquité parmi les inscriptions chrétiennes datées. Ce fut Boldetti qui la lut dans le cimetière de Lucine sur la voie d'Ostie, où elle était in calce impressa; il eut môme l'attention de l'insérer deux fois dans son ouvrage, mais à condition de la transcrire différemment, d'abord Sarra puis .Sura, qui est la bonne leçon '. L'inscription de l'année 204 avec les tria nomina et celle-ci débutent de la même manière par un chiffre (voir Dictionn., t. m, col. 1335) qui a fait supposer de très belles choses. Ces chiffres, a dit Visconti, rappellent que la tombe avait reçu tantôt trente, tantôt quarante martyrs, ce qui exigerait assurément non pas un locuhis mais une fosse d'assez grandes dimensions et telle qu'il n'en existe aucune dans les parois des catacombes. Cette explication, si invraisemblable fut-elle, ne laissa pas de trouver des partisans '". Sans parler ici d'autres inscriptions sur lesquelles ce sont non plus des dizaines mais des centaines qui sont inscrites, il eut suffi d'observer que Boldetti a lu cette mention sur le plâtre, ce qui implique qu'elle avait été tracée sur le plâtre encore mouillé lors de la fermeture du loculus, qu'il en a pu lire environ six cents du même genre dans les catacombes et qu'il n'a même pas songé à noter les dimensions insolites de ce lorulas ". D'ailleurs il serait déjà assez surprenant que la tombe d'un groupe de trente martyrs eut été bouchée si simplement et désignée d'une façon

' De Rossl, op. ri(.,t.i.p. 60, n. 94. — - Ibid., 1. 1, p. 111, n. 220. — ' Ibid.. t. i, p. 247, n. 580. — ' Ibid., t. i, p. 127, n. 272;p. 134, n. 290. — ' Ibid., 1. 1, p. 242, n. 574. — ' Inlibro nunqiiam typis cdito, écrit J.-B. De Rossi,à qui il était destiné de publier ce manuscrit (voir Estampilles doliaires). --- ' Boldetti, Osservazioni, p. 83; Muratori, Thesaitr. nov, ueter, inscript., p. 350, n. 1; Giorgi, Ad Baronium, t. ii, p. 420; De Rossi, op. cit., t. i, p. 8, n. 4. — ' De Rossi, op. cit., 1. 1, n. 2, 6, 18, 23, 24, 25, 27. — ' Boldetti, Osservazioni, p. 79, p. 436; Muratori, Tliesaur. nov. ueter. inscr., p. 317, n. 2; Scttele, dans ^Hi délia Pont. Accad. d'Arcli., t. Il, p. 58; Riestell, dans Besclireibung der Stadl Rom de Platner et Bunsen, t. i, p. .171; I'. II. Visconti, dans Atti

tellement sommaire qu'il ne fut fait aucune mention ou insinuation de ce martyre; c'était cependant, en l'année 107, un fait qui ne passait pas inaperçu. Reste à savoir si Boldetti a vu le loculus intact ou du moins la chaux qui le fermait? A en juger par d'autres exemples connus, ces sortes de sépultures étaient bordées d'un bourrelet de chaux sur tout leur pourtour et sur les jointures des tuiles de fermeture'-; une inscription courait partout. A s'en tenir aux exemples similaires, on y devait lire le nom du défunt (ou de la défunte), — qui a péri — et qui pouvait rappeler le souvenir de Un tel., mort à l'âge de anNXXX, ensuite les noms des consuls en sorte que la tombe aurait été disposée ainsi :

Nous voici arrivés à la question des consuls. Les fastes consulaires nous présentent à deux reprises les noms associés de Sénécion et de Sura, en 102 et en 107; quantàSénécion,il avait déjà reçu les faisceaux, en 99, avec Palma. Le fidèle qui a tracé rapidement sur la chaux encore fraîche cette épitaphe n'a pas pris soin de nombrer le consulat. Il est singulier de rencontrer un cas identique sur une inscription païenne qui ne contient que cette indication SVRA ET SENECCOS- ". Heureusement une inscription africaine nous apprend que Quintus Sosius Sénécion ne fut que deux fois consul. Ayant donc rapproché de cette inscription les fastes d'Idace, les actes du martyre de saint Ignace d'Antioche en 107, sous le second consulat de Sura et Sénécion, Borghesi en a conclu que les fastes devaient être corrigés sur ce point de telle sorte que Sénécion fut consul en 99 avec Palma, en 107 avec Sura et ne le fut pas en 102; dès lors c'est seulement en 107 que Sura et Sénécion furent consuls ensemble et ceci détermine la date de notre inscription ".

Il importe de faire remarquer que les omissions de chiffres portant sur le nombre des consulats n'entraînaient pas une erreur certaine, car chaque fois qu'il en eût pu être ainsi, on ne manquait pas de les écrire. En somme, Sura et Sénécion n'ayant été rapprochés dans le consulat qu'une seule fois, la date n'était pas changée ni faussée quand on négligeait d'écrire comme il eut fallu le faire :

.Sura /// et Senecio II coss.

Mais voici, par exemple les consuls portant le nom de Paternus qui furent assez nombreux dans un espace de temps assez limité pour qu'on risquât de prendre l'un pour l'autre, alors les lapicidcs chrétiens ont été sur leurs gardes et n'ont pas manque de chiffrer les consulats; s'ils ne l'ont pas fait c'est qu'il s'agissait d'un premier consulat et de même chaque fois qu'ils n'écrivent le nom que d'un seul consul ils prennent soin de compter ses consulats, par exemple, en 71 : a VG-VES- PASIANOIIICOS; en 310, MAXENT ■ III- COSS- '^

délia Pont. Accad., t. il, p. C12; De Rossi, op. cit., 1. 1, p 3. n. 2. — '^ C .Cavedoni, dans Memorie di Modena, 2" série, t. IX, p. 427 ; Raoul-Rochette, dans Mémoires de l'Acad, des inscript., t. xiii, p. 183 ;N. Wiseman. Twclje lectures on tttc connexion between science and revealed Religion, London, 1853, t. Il, p. 132. — " Dans les catacombes, on ne rencontre tîuère de loculi pouvant contenir plus de quatre corps. — '^ Lupi, Ad epitapli. Severœ animadvcrsioncs, p. 116. — " Gori, Siimbohe litteraria' dcc. Rom., t. ix, p. 232, n. S; Orelli, Inscript. latinaruni selectar. amplissima cottcctio, n. 4412. — "Borghesi, dans Bull, dell' Instii. di corresp. arclieol., 1833, p. 184, 186. — "De Rossi. op. cit., t. i, p. 1, n. 1; p. 31, n. ;il. Pais, Sui Fasti consolari, Roma, 1916.

DICT. D'aRCH. CHRÉT.

FASTES CONSULAIRES

Aussi, dans l'inscription reproduite plus haut où se lit la mention Tacito consule, il semble préférable de l'entendre du premier consulat de ce personnage. Ce qui dispense d'imputer au lapicide une mention ambiguë. En règle générale on peut donc dire que chaque fois qu'un nom n'est pas accompagne du nombre de consulats, c'est qu'il s'agit d'un premier consulat. Dans le calcul des consulats de Dioclétien et de ]Maximien, on rencontre bien quelques erreurs, non seulement sur les inscriptions chrétiennes, mais encore dans les fastes manuscrits; cela peut s'expliquer à la rigueur par la différence existant entre consulats de chacun de ces princes; ainsi, sur une épitaphe de l'année 290, nous voyons rapprochés Dioclctiano III et Maximiano II ■ alors que ces chiffres ne peuvent s'accorder puisque le troisième consulat de Dioclétien tombe en 287 et le deuxième consulat de Maximien en 288. En 287, Maximien n'en était encore qu'à son premier consulat; mais d'une façon générale, les lapicides se trompent plutôt par omission que par addition, ils oublient une unité et c'est ce qui a eu lieu ici: qu'on ajoute une unité à chacun : i)ioc;e/(ano III l et Maximiano /// et cette fonnule s'accorde avec les fastes de l'année 290.

D'ailleurs le lapicide chrétien n'a pas été le seul à se tromper cette année-là. On retrouve exactement la même erreur non seulement dans la Chronique de Prosper, mais dans une loi éditée par le cardinal Mai ".

Ce sont des formules obscures et difficiles à expliquer que celles qui suppriment les noms des consuls et qui ne retiennent que le nombre des consulats, ainsi lorsque deux Augustes ou un Auguste et un César étaient consuls ensemble, on omettait leurs noms et on se tirait d'affaire par cette mention énigmatique TER ET SE- MEL COSS, c'est-à-dire un Auguste consul pour la troisième fois et un César pour la première fois. C'est vers le milieu du m' siècle qu'on a,semble-t-il, imaginé cette façon bizarre de s'exprimer. On lit sur une inscription de Mayence ' :

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