‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 298 sur 331 · FENESTELLA · texte numérisé non relu

FENESTELLA

FENÊTRE

était adossée à la crypte contenant la tombe qu'on entrevoyait par la feneslella '. A Montmajour, l'oratoire de Saint-Trophime est percé au chevet d'une feneslella; et il faudrait citer encore Saint-Georges au Vélabre, Saint-Martin-des-Monts, Saint-Laurenthors-les-Murs, Saint-Silvestre, Sainte-Prisque, Sainte- Praxède, les Quatre-Couronnés, etc. A Saint-Apollinaire-in -Classe de Ravenne, on voit encore les deux escaliers aboutissant à l'étroite galerie qui contient la feneslella devant laquelle, afin d'éviter l'encombrement, on n'a fait aucun dégagement. C'est le contraire qu'on pratiquait généralement, car il fallait permettre à la piété des fidèles quelques moments de recueillement. Boldetti, qui avait vu et décrit la fenestella que nous reproduisons ici, dit à ce propos : Sta qiiesta cancellata, cosi egli scrive, situata avanli una picciola cappella maggiore, con una via che a queslo luogo condace due voile plu ampia di soUlo -. J.-B. De Rossi, se rapportant à la description de Boldetti et au dessin qui l'accompagne, a identifié les lieux en question avec la crypte très ruinée du diacre Redemptus'. L'identification est contestée. Quoiqu'il en soit, le monument est suffisamment intact pour donner une idée suffisante de ces fenestella. Sur l'arc supérieur sont figurés

l'édifice, se relève pour coiffer les fenêtres et poursuivre sa marche. Par exçmple à Kalat-Seman, à Kalb-Louseh, à Tourmanim; plus souvent encore les fenêtres ne sont qu'une baie rectangulaire ou cintrée à la partie supérieure sans aucun ornement, comme a Rouweilia. On en peut dire autant pour la plupart des édifices chrétiens, à Havenne, à Saint-Démétrius de Thessalonique, à Sainte-Sophie de Constantinople, à Rome, en Afrique.

Lorsque la baie est de grandes dimensions, elle est parfois recoupée en deux ou en trois par une ou deux colonnettes ; mais il suffit de parcourir les monuments déjà figurés dans le Dictionnaire pour voir les applications de cette méthode. Il est plus intéressant de voir les procédés auxquels on eut recours pour clore les fenêtres.

Lorsque la fenêtre se ramenait, par la disposition de l'embrasure, à une simple tente, guère plus large qu'une meurtrière, dans les pays où ce rayon de lumière suffisait à éclairer la chambre, il était superflu de chercher une fenneture : mais dans nos contrées, il n'en était pas ainsi. On songea donc à divers procédés. Un des plus expéditifs et qui remplissait le mieux son but, c'était l'usage des volets

4333. — Fragments de fenêtres trouvés à Tipasa. D'après Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1894, t. xiv, p. 377, f

32, 33 et 34.

trois chrismes qui peuvent appartenir au milieu du iv« siècle. La galerie est revêtue de stuc blanc à deux couches et une tombe toute voisine garde la trace d'une inscription tracée à la pointe avec les noms des consuls Arcadius et Probus, en 406. A gauche du cancel on voit intacte, la mensa oleorum, console destinée à recevoir les lampes ; sur la paroi toute proche, un graf fite que Boldetti a ignoré ou négUgé * :

T V LLIORV M DEC SANCTO

Sur la mensa elle-même, un graffite dont on ne lit plus que ces mots : VN • • . VIVAT.

Enfin citons encore, une belle fenestella de marbre blanc, dont il ne reste qu'un fragment de 0 m. 47 de haut, provenant sans doute de Damous-el-Karita (voir ce mot), sur lequel on lit le mot ' : -f x0VC, 'Ix6ùç, la première lettre combinée avec une croix. H. Leclercq.

FENÊTRE. C'est une ouverture formée dans un mur d'édifice, pour introduire l'air et la lumière. Dans la Syrie centrale, les maisons et les églises découvertes et publiées par la mission de Vogiié nous laissent voir des fenêtres généralement ornées à l'extérieur, soit d'un linteau sculpté, soit d'un cadre mouluré ou d'une moulure qui, courant autour de

' Martigny, Bulletin d'archéologie chrétienne, 1878, p. 8t> sq. — 'Boldetti, Osscroazioriisop/o icimiteri cristiani, 1720, p. 34. — ' De Rnssi, Roma solcrranea, 1. m, p. 234-

On en possède un exemple dans la basilique de Tafkha, dans le Hâuran. Il consiste en un monoUthe arrondi sur l'un de ses côtés verticaux. Au-dessus et au-dessous de cette partie cylindrique sont des tourillons taillés dans la dalle même, engagés dans des trous ménagés l'un dans le linteau, l'autre dans la tablette d'appui. Xi bois, ni métal.

Les volets glissaient parfois dans les rainures d'un cadre placé contre le mur ; en ce cas ils étaient généralement d'une seule pièce. Un mode très fréquemment employé fut celui des clathri ou transcnnœ, sortes de grilles fixes ou mobiles insérées dans le cadre de la fenêtre et pouvant demeurer innnuable ou bien tourner sur un pivot. C'est dans l'embrasure de la fenêtre et contre le tableau qu'on plaçait les châssis dont la surface était découpée d'ornements géométriques. Il y avait des clathri de bois, de bronze, de fer, de marbre; il va sans dire que ceux de bois ont péri et ne sont connus que par des témoignages *. Les plus généralement conservés sont les clathri de marbre ou de pierre. L'aspect extérieur était parfois écrasant, ainsi qu'on peut s'en rendre compte dans quelques édifices anciens, par exemple, le clocher de Saint-Germain-des-Prés, à Paris: au contraire, quelquefois ces clathri offrent une véritable légèreté. Voici dessinés et reconstitués une fenêtre (fig. 4331 d'après des fragments trouvés au Forum et 4332 d'après un balcon du Corso transporté au Musée du

236. — * Nuovo bullettino, 1905, p. 69. — ' Delattre, dans Bulletin archéologique du Comité, 1909. p. cc\u. — ' Romische QuarlalschriH, lUOU. p. 329.

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Jardin botanique. Ces deux fenêtres sont du v: siècle '. En Afrique, on rencontre assez de monuments chrétiens pour trouver un choix de fenêtres très varié. A Tipasa, par exemple, beaucoup de garnitures de fenêtres en pierre découpées à jour, ont été retrouvées, soit entières, soit brisées. Les unes ne présentent que des motifs géométriques, comme sur la lampe-basilique, d'autres ont des chrismes avec ou sans A et o (fig. 4333). La garniture qui représente six baies en deux séries de trois se trouve dans le jardin Trémaux avec d'autres semblables. D'autres représentent : 1" une rosace à six branches, inscrite dans un cercle ; 2° des séries de diagonales croisées ; 3" des séries de demi-cercles superposés -. Dans la basilique de Sainte-

II n'y a pas de fenêtres semblables à la même hauteur dans le mur du sud, entre l'angle qu'il forme avec le mur de la façade et la petite porte conduisant à l'édifice voisin de la basilique. Il n'y en a pas non plus dans le mur de façade, à droite de la porte. .\illeurs, les murs de l'église ne sont pas conservés à une hauteur suffisante pour que l'on puisse dire s'il s'y trouvait des ouvertures analogues. Ces petites fenêtres n'avaient sans doute pas d'autre objet que de donner du jour au bas-côté de gauche, surmonté d'une tribune qui l'empêchait de recevoir directement la lumière du haut de la nef. L'intérieur de l'église était, en effet, éclairé par des fenêtres qui devaient être percées dans les deux murs surmontant les colonnades des f'bunes, et c'est probablement à cps fpnptres supérieures aussi bien qu t celles des bas cotes.

4JJi — Debns de Iran^enna pro\enant de Ja Mlle

de 1 ancien tituliis J2quilii

D'après Grisar, Hisl. de Rome el des papes, 1. 1, p. 5ô, flg. 141.

Salsa à Tipasa, de chaque côté de la porte du nord, le mur de la partie nouvelle de la basilique conservé en cet endroit jusqu'à une hauteur de 3 m. 75, est percé de deux petites fenêtres. Les deux plus rapprochées de la porte se trouvent à 1 m. 65 de cette porte. Les deux autres sont distantes des précédentes de 2 m. 20. Ces fenêtres ne correspondent pas aux baies formées par les piliers de la nef et par les archivoltes qui les sumiontaient. Elles sont élevées de 2 m. 65 au-dessus du sol et mesurent en moyenne 0 m. 53 de large el 0 m. 60 de haut; dans l'ébrasemcnl à droite et à gauche, une feuillure à fond plat, large de 0 m. 14, profonde de 0 m. 02 à Om. 04 servait sans aucun doute à fixer une i)laque de pierre ajourée qui remplissait l'ouverture de la fenêtre. -Xucune de ces plaques n'était en place, mais de nombreu.x débris étaient dispersés sur le sol. L'épaisseur d'un de ces fragments est de 0 m. 13, d'un autre fragment 0 m. 10.

' Mazzanti, SeuUura ornamenlale romana nel tempU bassi, (lani Archiolo slorico deU'arle, 189G; p. 47 du tirage à part; A. Vcnturi, Sloria dell'arle ilaliana, ln-8°, Mllano, 1902, t. I, p. 454-45.-). tti. 412-ti;i. — • S. GscII, Tipasa, ville de Ja Mauritanie Césarienne, dans Mélanges d'archéot.

4335. — Fenêtre de Sainte-Benignc- à Dijon.

D'après R. de Lasteyrie, L'architecture religieuse en l'rance,

1912. p. se, riK. fi7.

qu'il convient d'attribuer les fragments de plaques de pierre, découpées à jour, retrouvées parmi les ruines».

Ce qu'on dit d'une église, on peut le dire de beaucoup d'autres, principalement on -Vfriqueoù les édifices du culte chrétien oITrent jieu de variété. L'éclairage se faisait par les fenêtres percées dans les murs supérieurs de la nef et dans les murs des bas-côtés; parfois, elles étaient fort petites, par exemple A Taoucra. Dans la façade de l'église d'.\nnouna, on voit deux fenêtres, qui flanquent la porte, el, au-dessus, quatre lucarnes.

Dans la salle de l'ancien titulus jEquilii ii Rome (iv« siècle), qui ramène à l'époque du pape Silvestrc, les murs et les voûtes du iv« siècle subsistent encore, ^quitius laissa dans sa maison transformée en éulise

et d'histoire, 1S94, t. xiv, p. 37G-377. — ' S. Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, in-S". Paris, 1893. p. 40. On a aussi trouvé des débris de panneaux ajourés ilan» une chnpclle de Chorcliol. S. Gscll, Les monuments antiques de t'Algcrie, t. n, p. 134.

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tout ce qui n'était pas incompatible avec la destination nouvelle. Et voici un débris de Iransenna resté en place (fig. 4334) '.

En Gaule, où le marbre était rare, on recourait de préférence à la pierre, et il en reste un bon spécimen à Saint-Benigne de Dijon (lig. 4335) qui parait provenir de la petite chapelle quadrangulaire élevée vers l'an 506, par saint Grégoire, évêque de Langres, à l'est de l'emplacement où fut construite, au début du XI' siècle, la grande rotonde dont l'étage inférieur a été conservé. Une grande partie de celte clôture est refaite, mais les morceaux d'une antiquité indiscutable que l'on a utilisés en la restaurant ne laissaient place à aucune hésitation quant à son dessin '.

oculus. Souvent dans le pignon de la façade, on perçait une petite fenêtre ronde (fig. 4337).

La petite lampe africaine en bronze en forme de basilique {Dictionn., t. ii, fig. 1443-1444) nnus montre des vrais cïaWiri, mais assez grossièrement figurés et qui peut-être ont voulu figurer des châssis.

Quand un chmat trop rude eût rendu le séjour prolongé dans l'éghse impossible par une température glaciale, on recourait au verre. En Gaule, le verre à vitre était très répandu, et les fenêtres des basihques étaient garnies de panneaux de verre montés dans des châssis de bois. Dans le De gloria marlyrum, Grégoire de Tours nous parle de l'éghse d'Issoire : Ecclesias et vici Iciodorensts... feneslras ex

4336. — Fenêtres à Sainte-Marie-lIajeure. D'après Grisar, Histoire de Rome et des papes, t. i, p. 380, fig. 102.

Les fenêtres anciennes qui nous restent aujourd'hui sont presque toutes dénuées d'ornements mais il n'en fut pas toujours ainsi et beaucoup ont dû êtres flanquées intérieurement de colonnes comme celles de l'antique église de Saint-Pierre de Vienne en Dauphiné, ou ornées de stucs ou décorées, comme en Syrie, de chambranles moulurés, parfois même d'un riche encadrement sculpté, comme dans la vieille égUse du Crucifix à Spolète'. Quand, dans le cas le plus fréquent, on ne faisait aucune décoration, les fenêtres étaient simplement cintrées comme à Sainte-Marie-Majeure et accolées les unes à la suite des autres (fig. 4336.) Quelquefois il y avait deux rangs superposés comme à Saint-Paul-hors-les-Murs, ou bien encore chaque fenêtre était surmontée d'un

' Mazzanti, op. cit., p. 42; H. Grisar, Histoire de Rome et des papes au moiien âge, 1906, 1. 1, part. 2, p. 44. fig. 144. — ■ R. de Lasteyrie. L'architecture religieuse en France à l'époque romane, in-8°, Paris, 1912. p. 86, fig. 67. — ' Rivoira. Le origini delV architettura lomharda, Roma, 1901.

more habens, giue vitro lignis incliiso clauduntur *. Ces verres étaient assemblés et leurs différentes colorations produisaient des effets de lumière qui enthousiasmaient les contemporains '. C'était de la marqueterie en verre, ce n'était pas le vitrail au sens que nous donnons à ce mot, c'est-à-dire le verre peint et passé à la cuisson. Sur ce point, l'Orient n'était pas plus avancé que l'Occident et les verres de couleur dont furent ornées les fenêtres de Sainte-Sophie de Constantinople' ne ressemblaient pas plus à de véritables vitraux que ceux qui ornaient la basihque bâtie à Lyon, vers 450, par l'évêque Patiens, ou que ces vitres de l'église d'Issoire, dont la couleur jaune était si éclatante qu'un voleur s'en empara convaincu qu'elles contenaient de l'or. Les petites fenêtres près

t. n, p. 41, ftg. 45. — ' Grégoire de Tours, De gloria marlyrum, 1. I, c. LIS, P. L., t. LxxT, col. T.Ï9. — • Fortunat. Carm., I. II, c. xi; Sidoine Apollinaire, Epist. 1. II. n. 10. — • L'époque A laquelle ces verres peuvent remonter est d'ailleurs incertaine.

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