II. LlUXLKCV
FEU (SUPPLICE DU). Comme tous les supplices qui avaient pour résultat la destruction du corps, la condamnation au bûcher était une des plus redout écs panni les fidèles: c'est qu'aux yeux des chrétiens,
p. 502. — * Nous donnons la rcstaurnlloîi <iul njoutc seulement les trois clous et la dnmasquinure de l'nrdlIlDii. M. ll(esson). Un cbei-d'œuvre d'art mérovingien, iliiii» Hivue Charlcmagni; 1912. t. il, p. 128, pi. i.\-x. Cl. 1'. ilo Lnsteyi ie. Boucle de baudrier en /cr argenté trouvée à l'étigu\i /canton de Vaud), diins Biilleliii de la Société nationale des antiquaires de France, l'iirls, ISOI, t. v, p, 135.
FEU (SUPPLICE DU
ranéanlissemcnt du corps faisait obstacle à la résurrection et à la béatitude éternelle. Malgré la promesse formelle de Jésus, ils ne parvenaient pas à se persuader qu'on peut tuer le corps sans tuer l'àmc. L'absence de sépulture était considérée comme un malheur à nul autre comparable; aussi avait-on soin de faire remarquer que les disciples de Jean-Baptisle étaient venus ensevelir son corps. Ce qui faisait l'horreur de la mort par noyade, c'était la perspective d'être déchiqueté par les poissons, mangé, anéanti. « Je ne crains pas de périr, disait Ovide pendant une tempête, mais je crains la fin terrible qui me menace. Que j'échappe au naufrage et je saluerai le trépas comme un bienfait. On se console du moins, en expirant, d'abandonner son corps à la terre, de laisser ses restes à qui vous aime, d'espérer un tombeau cl de ne pas être jeté en pâture aux monstres de la mer '. . Synésius partage les mêmes angoisses. Pendant une tempête, « tout à coup, dit-il, quelqu'un s'écrie qu'il faut mettre au cou le peu d'or que l'on peut avoir; on obéit, chacun s'attache ou l'or ou les objets de prix : les femmes se préparent et distribuent des cordonnets à ceux qui en manquent. C'est un usage qui a sa raison d'être. Le cadavre du naufragé doit porter avec lui le prix de sa sépulture. Celui qui rencontre le corps sur le rivage et profite de cette trouvaille, redoutera la colère céleste, s'il ne rend à qui l'a enrichi une faible part de ce qu'il en a reçu. C'est dans cette pensée que se disposent tous mes compagnons d'infortune -. » Synésius croyait même que l'âme étant de feu s'éteignait dans l'eau; il est vrai qu'il était pa'ien alors.
Mais beaucoup de chrétiens n'étaient pas plus instruits ni plus rassurés. Le Styx infranchissable, la barque du nocher infernal les laissent indifférents, mais l'âme privée du corps sera-t-elle en mesure de recevoir la récompense éternelle, d'en jouir. Tertullien enseigne que la ratio rcstilutionis destinalio judicii es/'. Lactance, bon avocat peut-être, mais à coup sûr théologien aventureux, ne craint pas d'écrire que « si le Sauveur a accepté le supplice de la mise en croix, c'est que son corps devait rester entier et que la mort, sous cette forme, ne mettait pas obstacle à sa résurrection » : ut integrum corpus ejus constroarelur quum die tertio resurgere ab inferis oportebul '. Une telle affirmation ne soulevait pas même une contradiction et au v« siècle, les chrétiens ne concevaient pas encore la possibilité de la résurrection du corps qui avait été anéanti et il fallait que saint Augustin entreprit d'expliquer comment l'absence de tombeau ne pouvait nuire à la béatitude, car « tous les éléments dans le sein desquels le corps serait confondu, le rendront à la vie éternelle quand viendra le jour fixé par le Très-Haut '. » C'étaient là des objections qui avaient troublé de soUdes esprits. Hœc et nos risimus aliquando, avoue Tertullien', et mulli de resurrectione dubilant, sicutet nos aliquando facimus reconnuil saint Grégoire le Grand'. La difficulté de comprendre comment pourraient être reconstitués les éléments d'un corps évanoui restait la pierre d'achoppement. Vers la seconde moitié du vi» siècle, Grégoire de Tours rencontrait en Gaule un prêtre gaulois, infecté, dit-il de l'hérésie saducéenne, qui lui objectait ceci : « Des os réduits eu poudre peuvent-ils reprendre l'e.xistencc et former un être vivant? Et l'homme dévoré par les bêtes, englouti par les flots, mangé par les poissons, dispersé par le courant des eaux, détruit par la putré-
' Ovide, Tristes, 1. I, II, vs. 51-56. — ' Synésius, Epist. IV, Fralri Eooptio . — • TertuUien, Apoîoget.^ c. XLvni, P. L., t. I, col. 521. — ' Lactance, Inslil. divin.,]. IV, c. xxvi, P. L., t. V, col. .Î23. — • S. Auaustin, De ciuitale Dei, 1. I, c. XII, p. L., t. XLI, col. 20. — • Tertullien, Apologel., e. xvni, p. L., t. I. col. 37S. — ' Homil. in Evang., II, XXVI, 12. P. Z..,t. Lxxvi,col. 1203. — ' GréRoire de Tours,
faction dans le sein de la terre pourra-t-il ressusciter un jour''?» L'objection était ancienne et l'auteur de l'Apocalypse ne l'avait pas dédaignée : « La mer, disait-il, rendra les morts ensevelis sous les eaux'; * beaucoup plus tard une mosaïque de Torcello, prés de Venise figurait la résurrection et le jugement dernier. Au milieu un ange sonne de la trompette. .\ droite,le mer représentée par une.\mphitrite entourée de monstres marins dont chacun rend par la bouche un mort; à gauche, des lions et autres fauves rejetant aussi des cadavres '".
La réprobation qui s'attachait dans l'Église chrétienne à la pratique de l'incinération s'expliquait, au moins en partie, par cette pensée de ne pas mettre le corps hors d'état de ressusciter. Les païens en souriaient : « Ils s'imaginent, disaient-ils, qu'ils renaîtront plus tard et que leurs restes reprendront une nouvelle vie; aussi répudient-ils le bûcher et l'incinération des corps. » — • Vous vous trompez, répondait Minucius Féli.x, aucun mode de sépulture ne saurait nous empêcher de renaître; nous suivons, en inhumant les corps, l'ancienne coutume, qui est la meilleure ". »
Il s'agissait d'inculquer aux fidèles la certitude que la destruction du corps ne pouvait rien contre l'attente de la résurrection. En l'an 155, Polycarpe de Smyrne fut condamné à mort. Le proconsul devant lequel il comparut lui dit : « Puisque tu méprises les bêtes, je te ferai brûler. • Cependant la foule impatiente demandait à Philippe de Tralles, asiarque en exercice, de lancer un lion sur Polycarpe. Philippe s'en défendit, les jeux d'animaux étaient terminés. « Au feu donci » cria-t-on de toutes parts. La foule se répandit dans les boutiques et les bains pour chercher du bois et des fagots; les Juifs montraient à cette besogne, selon leur habitude, un zèle tout particulier. Quand le bûcher fut prêt, Polycarpe se dépouilla de tous ses vêtements, ôta sa ceinture, essaya aussi de se déchausser. On le plaça au milieu de l'appareil qui servait à fixer le patient et on allait l'y clouer, mais il dit : « Laissez-moi. Celui qui me donne la force de supporter le feu, me donnera aussi la force de rester immobile sur le bûcher, sans qu'il soit besoin pour cela de vos clous. » On ne le cloua donc pas, mais on le lia. Debout contre le poteau, les mains attachées derrière le dos... il leva les yeux au ciel et dit : Seigneur... je te bénis, parce qu'en ce jour, à cette heure même, tu as daigné m'admettre avec tes martyrs, à boire le calice de ton Christ, afin que je ressuscite à la vie éternelle de l'âme et du corps, incorruptible par le Saint-Esprit'^ »
Les chrétiens s'empressèrent, sitôt le supplice terminé, de retirer ce qui pouvait l'être du corps; mais les Juifs exigèrent que ces tristes restes fussent consummés, le centurion céda à leur turbulence, fit replacer le corps sur le bûcher et, comme c'était l'usage, fit brûler le cadavre. Nous vînmes, disent les Actes, recueillir les os, plus précieux pour nous que les pierres précieuses et l'or le plus pur et ils furent déposés dans un lieu convenable.
En 177, nous voyons que les païens étaient bien instruits de la terreur causée aux chrétiens par la destruction du corps. La lettre célèbre adressée au.x Églises de Phrygie et racontant le martyre de leurs frères lyonnais donne ces détails. <• Les restes de ceux qui étaient morts en prison avaient été jetés aux chiens, et une garde fut établie de Jour et de nuit
llisl. Francor., 1. X, c. xni, P. L., t. Lxxi, col. 510. — ' .\poc., XX, 23. — '"E. Le Blant, Les martyrs et les supplices destructeurs du corps, dans Les persécuteurs et les martyrs, in-8», Paris, 1S93, p. 201. note 1. — " Minuclus Félix. Oclavius.c. .Kl, XXXIV, P. L., t. ni,col. 26B, 344. — " H. Leclercq, Les martyrs, in 12, Paris, 1902, 1. 1, Les temps néroniens, p. 73.
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pour qu'aucun des fidèles ne leur donnât la sépulture. Quant à ce que les bêtes et le feu avaient épargné, lambeaux arrachés à coups de dents, membres rôtis ou carbonisés, tètes coupées, troncs mutilés on les laissa plusieurs jours sans sépulture avec une garde de soldats... Nous ressentions cependant une extrême douleur de ne pouvoir enterrer les corps. Nous ne pouvions pas profiter de l'ombre de la nuit, et ni l'argent ni les supplications ne purent rien sur l'esprit des factionnaires; ils gardaient les cadavres avec acharnement, comme s'ils eussent dû gagner beaucoup à les priver de sépulture. Or donc, les corps <les martyrs endurèrent tous les outrages et furent ■exposés pendant six jours; ils furent enfin brûlés et réduits en cendres, que l'on jeta dans le Rhône, non loin de là, pour qu'il n'en restât aucune trace sur la terre. Les païens croyaient ainsi vaincre la puissance du Très-Haut et priver les marl>TS de la résurrection. « Il fallait, disaient-ils, enlever à ces hommes même l'espoir d'une résurrection qui les porte à introduire dans l'Empire une religion nouvelle et étrangère, à mépriser les tortures et à courir joyeusement à la mort. Voyons donc s'ils ressusciteront, et si leur Dieu les protégera et les arrachera de nos mains '. »
En 250, le prêtre Pionius, à Smyme, « sacrilège et chrétien avéré » fut condamné à être brûlé vif. « Le vieux martyr marcha d'un bon pas. Quand il arriva sur la place, avant que le gardien l'en eût prévenu, il enleva son vêtement et voyant son corps demeuré pur et chaste, il rendit grâces à Dieu de l'avoir conservé tel. On le hissa sur le bûcher que le peuple venait d'élever; il se prêta à ce qu'on clouât ses membres au poteau. Quand le peuple le vit en cet état, pris de compassion, il cria : Pionius, repens-toi, promets d'obéir, on le détachera. — Je suis cloué dit-il, j'ai bien senti cela. — et après une pause : J'ai voulu mourir, afin que tout le peuple comprît qu'il y a une résurrection après la mort ^. »
En 259, à Tarragone, l'évêque Fructueux périt avec ses diacres Augure et Euloge. « Au milieu de la flamme, disent les actes, le Père ne les abandonnait pas, le Fils les secourait et l'Esprit Saint se tenait au milieu de ce brasier. Quand les cordelettes qui leur liaient les mains furent brûlées, libres de leurs mouvements, ils s'agenouillèrent dans l'attitude ordinaire de la prière, assurés de ressusciter... A la nuit tombante, les fidèles se rendirent en hâte à l'amphithéâtre; ils emportaient le vin destiné à éteindre les ossejuents à demi carbonisés dans le brasier. Cela fait, chacun prit pour soi quelque portion des reliques en cendres. Un autre prodige vint exalter la foi des frères et servir de leçon aux plus jeunes. Il fallait que Fructueux témoignât dans sa mort, et la résurrection de sa chair, et la vérité de ce que, en ce monde, il enseignait'... »
La même année, à Cartilage, les martyrs Montan et Lucien ne peuvent réprimer un trouble profond à l'idée du martyre par le feu. « Dès que l'on nous eût pris, disent-ils, nous fûmes confiés à la garde des magistrats municipaux, nos gardes nous dirent que le proconsul voulait nous faire brûler vifs le lendemain. Mais le Seigneur, à qui seul appartient de garder ses disciples de la flamme et entre les mains de qui sont les ordres et la volonté du prince, détourna la cruauté du proconsul et, par nos prières incessantes, nous obtînmes ce que nous demandions dans l'ardeur de notre foi; le feu déjà presque allumé pour nous con-
sumer fut éteint et la flamme des bûchers embrasés fut étouffée par la rosée divine*. »
Cette répugnance insunnontable montre que la cause n'était pas encore gagnée, aussi les pièces les plus authentiques s'empressaient de rendre compte de faits capables de réconforter les hésitants. Le supplice du feu avait parfois respecté le corps des martyrs. A propos de Pionius, on lisait que «tous ceux que la compassion ou la curiosité avaient amené sur le lieu du supplice virent le corps de Pionius tel qu'on eût pu croire que tous ses membres avaient été renouvelés. Ses oreilles étaient dressées sans roideur, sa chevelure plus belle, sa barbe mieux fournie, tout son corps otTrant l'apparence d'une agréable jeunesse. Ainsi ces membres rajeunis par le feu attestaient la vertu du martyr, et donnaient l'idée de la résurrection; on y découvrait un reflet de la beauté des anges et tout ce spectacle inspirait aux chrétiens la confiance et aux gentils la terreur =•. " Même phénomène, en 304, pour saint Philippe d'Héraclée. « On trouva le bienheureux Philippe les bras étendus comme dans la prière. Le corps du vieillard s'était renouvelé dans l'éclat de la jeunesse. De même le visage du bienheureux Hermès était intact, une couleur de vie animait ses traits, seulement comme trace du combat qu'il venait de soutenir, l'extrémité de ses oreilles était demeurée légèrement livide. A cette vue, tous ensemble, on rendit grâce au Dieu tout-puissant '. »
« Par ces récits, une riante espérance tendait â remplacer la crainte. Des mains du bourreau impuissant à atteindre l'âme des fidèles, le corps lui-même enseignait-on, pouvait sortir victorieux et renouvelé. Une légende naissait ainsi reproduite sous mille formes diverses. .\ chacune de leurs pages, les vieux textes nous parlent de saints restes enlevés par les fidèles malgré la vigilance des païens empressés à les détruire, de cadavres trouvés intacts dans le bûcher, respectés protégés par les animaux sauvages ou rejetés par les flots. Ce ne sont pas seulement les Actes des martyrs qui nous redisent ces merveilles, des écrivains ecclésiastiques les mentionnent également. Les restes de sainte Eulalie, de sainte Julitte, ne peuvent cire atteints par les flammes, ceux de saint .\pollonius, de saint Vincent émergent des iirofondcurs de la mer et un oiseau de proie défend le corps de ce dernier contre la voracité d'un loup: des bêtes sauvages respectent la dépouille des martyrs de Palestine ' ■.
.Malgré ces promesses réconfortantes, dont beaucoup sont d'ailleurs postérieures à l'âge des persécutions, le supplice du feu demeurait une des épreuves les plus redoutées, mais le goût littéraire des antithèses, qui fut celui qui inspira la littérature de ce temps, ne pouvait manquer d'opposer à l'idée de brûler l'idée de rafraîchissement. David avait dit dans un des psaumes : Igné nos examinasti, sicut exuntinatur iirgentum... Trunsivimus pcrigncm et aqiiam et iduxisli nos in refrigerio. L'opposition du feu et du re/rigerium suggérera les développements et les commentaires d'allure mystique, mais qui devient un lieu commun panni les fidèles, en sorte qu'il n'est pas invraisemblable que des martyrs condamnés à être brûlés vifs, aient dit au juge : Grtilins tibi agimus, domine Jcsu Clirisle, quia in nobis imptctum est quod in libro Psalmorum scriptum est : Trnnsii'iniiis per ignrm el <iqu(im et induxisti nos in rejrigerium '. Il en est de même d'une série d'actes remaniés en partie mais dans lesquels on voit reparaître ce texte du psalmiste '. Une inscription de Marseille faisant mcn-
' JI. Lcclercq, Les martyrs, t. i, p. t04. — ' Ihid., t. ii, ; Vetera analccta, p. 179.— '' .Icla.'ianr/., 9 janvier, .96'.. /ii(/oni
). 86. — ■ Ibid., t. II, p. 120. — ' Ibid., t. il, p. 134. — | el liasilissœ, n. 45; 14 août, .S. Vrsiani, n. 7; :>4 août,
/fcid., t. II, p. 87. --• /bid., t. II, p. 257. — ' E. Le Blant, I SS. Ptolrmai et Romani, n. b; l'nssio, Si. Maxlmœ et
ifi. cit., p. 208. — - Aciu saïuti Mainmarii, dans Mnbillon, I Secundu; dnns .\nal. hnll.. ISnO, t. ix, p. 115.
FEU fSrPFLICE DL"
lion du supplire par le feu ne peut être omise, elle remonte au ii« siècle ' :
^'en.'TRIO VOLVSIANO
EVTYCHETIS FILIO
. '. O FORTVNATO QVI VIM
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Ealo?G\A PIENTISSIMIS P
REFRIGERE! NOS Qui?
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Le supplément VIM igni S a besoin d'être justifié. Tout d'abord rcfrigervl lui fait une opposition tout à fait dans le goût des anciens. Nous trouvons la formule vim ignis dans deux inscriptions données par Orelli ' :
... VI IGNIS CONSVMPTVM ... VI IGNIS ABSUMPTVM
Nous la trouvons aussi dans le roman des Récognitions clémentines ' : Confagile ergo ad lu/uas istas, solse sunt enim quœ possinl vim juturi ignis extinguere. On peut rappeler aussi le In vim ignis abilurum de VOctavius, c. xxxiv, de Minucius Félix et ce passage du De mortibus persecutoram de Lactance : Qiiod pos- Iremo accidebal, cum per multum diem décoda omni cute, vis ignis ad intima viscera penetrasset *. Enfin diflérents passages juridiques : .Au Digeste, 1. XXXIX, tit. n, lex 5 : De fide instramenlnrum; code Justinien, 1. IV, tit. x.xxi, lex 3 : De periculo lutorum, 1. V, tit. xxxvin, lex 3. En racontant le supplice de saint Laurent, saint Maxime de Turin, ne manque pas d'opposer aux mots ardet et uritur, le refrigerium '.
C'est sur le bûcher, écrit Lucien, que l'on trouve la mort la plus prompte; on y expire dès qu'on ouvre la bouche °. Les anciens n'en doutaient pas et nous voyons dans le poète Prudence que sainte Eulalie, enchaînée sur le bûcher, chercha et aspira la flamme ' :
Yirgo citum cupiens obitum Appétit bibil ore et regum
Afin de prolonger les souffrances.'é'crit E. Le Blant '. les juges faisaient disposer les bois et les fascines loin du visage de la victime, et l'on vit un martyr placé ainsi dans un cercle embrasé s'épuiser à aspirer la flamme pour la faire pénétrer dans sa poitrine et mettre fin à son supplice '. Après l'âge des persécutions, on retrouve encore la même croyance à ce moyen d'appeler la mort : « Un miracle parmi tant d'autres, dit saint .Jean Chrysostome, s'est produit lorsque les trois jeunes Hébreux ont été jetés dans la fournaise, c'est qu'ils ont pu y parler sans mourir, car personne, ajoute-t-il, n'ignore que l'on résiste un moment à la flamme si l'on ferme les lèvres, mais l'âme s'envole dès qu'on les ouvre "'.>'
Un passage du Talmud de Babylone nous renseigne
' E. LeBlant, Jîec.rfc.s itiscr.cbrét.tlcta Gaule, t. u, n. 54Sa.
— 'Orelli.n. 1002, 1909. — ' Recogniliones,\.'Vï.c.ix,P. G., 1. 1, col. 1.S52. — • Lactance, De mortibus pcrsecutorum, c. xxi, P.L.,t. VII, col. 228. — *S. Maxime de Turin, Homi7.,LXxiv; In natal. S. Laurenti I, P. L., t. i.vn, col. 407. — ° Lucien, De morte Peregrini, n. 21. — ' Perislephanon, hynin. in, vs.l59-160,P. L., t. Lx.col. ^52.— ^° Persécuteurs et martgrs, p. 239. — • Perislephanon, hymn. u, S. Laurentii, vs. 333-348, P. /,., t. i.x, col. 317. — " Ad Theodorum lapsum. i, 35.
— " Prudence, Jiymn.,x, 5. Bomuni, vs. 856-863, P. I... t. Lx, col. .SOS. Dans son traité De resurrectionc et ascensionc, I. II, p. 91, de l'éilit. du V. Sirmond, Eusèbc parle bien, comme le fera Prudence, de l'orage empêchant le supplice de saint Romain, niais il n'en dit rien, dans le chapitre consacré à ce martyr, dans son livre historique De martyribus Palœstimc. en. P. G., t. xx, col. I4G4. C'est Ifi une différence ditlicile à expliquer, si tant est qu'on en d^-couvre
sur la manière dont les païens en usaient pour prolonger le supplice. 1-e trait nous reporte aux derniers jours du règne d'Hadrien, lorsqu'aprcs la prise de Bettaz, les écoles rabbiniques furent fermées et l'étude de la Loi interdite. « En revenant (de l'enterrement de R. Jùsô Ijcn Kismâ) les autorités romaines virent Rabbi Haninà ben Teradiôn assis et occupé à l'étude de la Loi. 11 se trouvait avec beaucoup de gens et le rouleau de la Loi était dans son sein. On l'emmena, puis l'enveloppant dans le rouleau, on l'entoura de sarments et on y mit le feu. Des flocons de laine trempés dans l'eau furent placés du côté de son cœur, afin qu'il n'expirât pas trop vite. Sa fille lui dit : « Mon père, devais-je te voir ainsi? — Si j'avais été brûlé seul, dit Hanînà, je me serais mal résigné; mais puisque l'on brûle avec moi le rouleau de la Loi, celui qui punira cette offense, punira de même, je le sais, le mal qui m'est fait. » Puis ses disciples lui dirent : « Que vois-tu? » — « Je vois, dit Hanînà, les peaux se consummer et les caractères qui y sont tracés voler en l'air. » Ils reprirent : « Eh bien, ouvre la bouche, pour que la flamme y entre également. » « Mieux vaut, répliqua le maître, que l'auteur de la vie nous la reprenne. » Le bourreau dit alors : » Mon maître, me promets-tu la vie future si j'enlève de ton cœur les étoupes de laine? » — » Je te la promets. » — « Jure-le moi! » Le supplicié prêta sennent. Le bourreau fit ce qu'il avait promis et aussitôt le rabbi expira. Le bourreau se précipita dans le feu et on entendit une voix céleste disant : « R. Haninà ben Teradiôn et son bourreau sont prêts pour le monde futur. »
Il faut remarquer que dans les actes authentiques et .dans les récits véritablement historiques admis et conservés par Eusèbe, le supplice du feu semble incompatible avec ces bizarreries de basse époque, alors que le feu ne brûle plus, l'eau ne noie plus, les grifïes de fer caressent doucement la chair et les chevalets se rompent en éclats. On ne rencontre rien de semblable chez TertuUien, chez Minucius Félix, chez saint Cyprien : le feu accomplit son œuvre et le sacrifice des martyrs est consommé. Les actes de Polycarpe, de Pionius, de Fructueux ne disent rien qui autorise les légendes qui auront cours plus tard. « Pour voir, chez les hagiographes, les fidèles miraculeusement sauvés des flammes, il faut descendre jusqu'au temps où Eusèbe, dont le texte, on doit le dire, laisse sur ce point quelques doutes, auraitparlé, comme plus tard Prudence, du bûcher de saint Romain noyé par des torrents de pluie ". Jusqu'à l'âge où des narrateurs de seconde main paraphrasèrent au gré de leur fantaisie, l'histoire des combats pour le Christ ". Il en est de même pour la plupart d'autres mentions de cette sorte; les vierges chrétiennes miraculeusement défendues contre l'outrage, les ténèbres fétides des cachots illuminées et embaumées par l'apparition d'un ange, les bêtes féroces s'inclinant caressantes devant les martyrs ". Les témoins des persécutions
l'explication. — " .lc(. sanct., juill. t. n. p. 276, Acta S. Dominicx, a. 18-19. — "A ces traits merveilleux, 11 faut joindre une mention consignée dans l'histoire de saint Polycarpe, mort sur le bûcher. On y lit qu'au lieu de l'altrcusc odeur de chair brûlée dont il est parlé dans la lettre de l' Église de Lyon de 177, un parfum exquis, une délicieuse senteur d'encens et de myrrhe se répandit autour du saint. ■ Peut-être, écrit Renan, /-b/isc chrétienne, p. 400, les sarments et les bois légers y turent-ils pour quelque chose. » C'est là, je crois, trop se réduire à la recherche d'ime explication matérielle. Je ne saurais voir, écrit E. Le Blant, dans la mention de cette merveille, qu'une autre marque de la tendance des chrétiens ù présenter, A voiler sous de riantes couleurs les détails répugnants ou tristes. C'est par un même amour pour le gracieux tableau que le narrateur poursuit en nous montrant l'iime du martyr s'échappant de son corps sous la forme d'une colombe.
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