DICT. D'AHI II 1 H
très fourrés de pins sur les dunes de la Gascogne: le reste du littoral de l'Océan demeurant le L'altitude générale peu élevée de l'Aquitaine, l'exploitation des mines de fer concouraient a empêcher l'afforestation du pays qui suffisait aux besoins domestiques et commerciaux. La Provence avait, a l'époque romaine, .substitue, presque partout, l'oliviei culture des céréales aux furets qui abritaient le sul à l'arrivée des Grecs dans le pas s. l.'Armorique . territoires qui s'en rapprochent offraient de larges zones arborescentes qui ne furent guère entamées jusqu'au moyen âge. Le pays des Andecas ; Abnncalui. des Essui, des Diablintes formait une région dont l'aspect général était très boisé1*. La Seine et la .Marne, marquaient alors la frontière de 1 tique et de la contrée occupée par les Belges . Du nord d'Orléans aux portes de Paris, du pays di mîtes à celui de? Véliocesses s'étendait une 1 marche forestière dont les forêts d'Orléans, de Montargis, de Fontainebleau, de Rambouillet, de I.aye, sont les derniers vestiges. « Sans doute, écrit A. Maury. cette marche boisée a ete de bonne heure scindée en plusieurs forêts distinctes; mais avant l'arrivée des Romains, comme on ne voyageait guère que par les rivières, il n'avait pas été nécessaire d'ouvrir un grand nombre de routes à travers cette zone d'arbres; elle gardait alors certainement sa physionomie originelle, et, après leur établissement dans les ( iaules, les ] tomains respectèrent une partie ou peut-être la totalité de cette forêt comme ils le firent pour l'Ardenne. Le canton appelé jadis Deserse. Serve ou I lesreuvre. et qui s'étend au sud-est du département de l'Eure et sur la lisière de celui de Seinc-ei -( lise (canton de Houdan), tire son nom de l'expression Diana sylva, transcription latine du mot celte demi, den forêt. La était la marche commune des Carnutes et des Aulerques- Eburovices. Cette marche fut démembrée de si ; heure qu'il n'est plus possible aujourd'hui d'en reconstruire, même approximativement, la topographie '*.
Apres avoir franchi la Seine on entrait dans la Gaule Belgique; alors la profondeur, les dimensions des forêts augmentaient encore; le pays n'était plus
pour ainsi dire, qu'une vaste nappe arborescente
Au nord de Luleee. s'étendait la fui él de Siloii qui, sauf quelques clairières, allait du sill.i, Louvrcs jusqu'au milieu du département de l'Aisne, englobant en un seul massif les Forêts de Chantilly, de Compiègne, «le l. aiguë, de Coucy, de Villers Cotterets. La forêt des Sylvanectes, se terminait probablement vers les marais tourbeux du Ponthieu el de l'Amienois ". Au delà de la S<m I de l'Aisne, se munirait
la forêt Charbonnière, Sylva Carbonaria ", souvent
mentionnée dans les plus anciens récits de la m
mérovingienne '*. Elle s'étendait jusqu'à l'Escaut et
vallons sur 1rs origines du Moni Saint-Michel, et m particulier sur l'existence de lu forêt de Sctssg, dans les Mém. de lu soe. ruinde des antiq. de France, nouv. série, 1. su. p. ;:7s sq. La furet de Scissy, d'après un témoignage du IXe ou du X" sieele, entuiirail le mont sur une épaisseur d'environ dix milles; un ms. du xiv-xv« sieele. la tait aller jusqu'à Dalelum (Aleth) autrement dit Salnt-Servan. la (uni subsistait encore eu 540; elle fut engl
années plus tant; un a découvert dans le sable îles treues
qui en proviennent. Ce phén me naturel fut représenté
comme un miracle île l'archt I Michel; afin de
l'attribuer a la s le de saint Aubert, un le retarda d'un siècle et on le reporta au vm*stècl< ' ■ ■ ar. /'• N //-■ i;'./'i«<». I. 1,
e. 1; Strabon, 1. IV, e. 1. édlt. Mûtler el Dubner, p. I 17: Pomponlus Mêla, /'• ittuorbli, i. 1 1 1. e. u. ■• s M Les foriU de lu Gaule, ln-8', Paris, 1867, p. 50 sq, 1 /»!</.. p. .".1. 1. liant. Histoire phystc
lu Somme, dans le Journal des mines, n. 10. p. 15 (Juire de Tunis, Hlst. <<■■/.. I. II, c. IX, P. I,., t. lxxj.coI.202. D. Bouquet, Recueil des histoires des Gaules, 1700, 1. m. p. I. 308, :;l 1. 68
servait de limite, au ve siècle, entre les royaumes de Neustrie et d'Austrasie >; on peut faire rentrer dans son périmètre les forets de Soignes 2, de Vicogne, de Fagnc 3, de Mormal, de Sirault *. A mesure que l'on se rapprochait de l'Océan, les arbres perdaient leur grande élévation, les fourrés leur épaisseur; ce n'était plus qu'un sol marécageux recouvert de buissons et de halliers s. La côte, depuis Ostende jusqu'à Boulogne, paraît avoir conservé ses forêts jusque vers le temps de Charlemagne '; elles recouvraient toute la vallée de la Liane et occupaient l'emplacement actuel de Boulogne, jusqu'à Hardelot, Samer, Desvres, La Capelle et la « Fosse boulonnaise » '. La région de Saint-Omer, Aire était couverte par la sylva Tristiacensis ou Vaslus sattus et le bois de Beyla (Bailleul) situé entre Budderworde et Thourout 8. Le bois de Lucheux, corruption du mot Leodegaire, est un débris de la sylva sancli Leodegari, qui s'étendait sur le territoire des Atrébates et se rattachait aux précédentes 9. A l'est, les forêts d'Arouaise, Arida gamantia sylva, et de Thiérache, Theoracia sylva, furent défrichées de bonne heure. La forêt d'Arouaise se serait étendue d'Albert (Somme) jusqu'à la Sambre 10. « Ainsi les anciennes provinces de Picardie, d'Artois, de Flandre et de Hainaut étaient recouvertes, sur les trois quarts de leur superficie, de forêts se rattachant sans doute les unes aux autres par des lignes d'arbres souvent entrecroisées et formant de véritables plexus. Aujourd'hui, les effets de l'érosion de la mer ne permettent pas de rétablir la topographie de cette marche forestière qui a disparu sous les flots, mais en sondant les estuaires des divers fleuves qui déchargent leurs eaux dans l'Océan, de l'Elbe, de l'Oder, de l'Ost, de l'Ems, du Weser; en visitant le delta du Rhin et les bords du Bies-Bos et du Zuyderzée, l'ancien lac Flevo, on retrouve, dans la couche inférieure des terrains appelés en Hollande Moor et Veen, les traces du séjour de l'homme et des fragments de végétaux arborescents qui ombrageaient ces contrées ". Signalons la forêt de Nimègue, sylva Noviomagensis, dans laquelle allait chasser Louis le Débonnaire. On voit, par ce qui vient d'être dit, que la Belgique, actuellement si peu boisée, le fut jadis sur presque toute sa superficie; l'on garde même le souvenir de plusieurs des forêts qui subsistaient encore aux vme et ixe siècles de notre ère 1S. » Rappelons brièvement la forêt de Heinaerst-Trist,
1 Annal. de Metz, ann. GS7; rf. Alf. Jacobs, Géographie de Grégoire de Tours et de Frédégaire, dans Grégoire de Tours, édit. Guizot, nouv. édit., t. n, p. 359, 463, 466. — = A. Isabeau, Les forêts de l'Europe, dans les Annales forestières, t. an, p. 263. — » D. Bouquet, (oc. cit., t. vn, p. HO. — 4 II faut rattacher à la forêt Charbonnière, un massif boisé que les chartes flamandes nomment forêt de Carbonires, située dans le Hamaut, près de Senef, et qui s'avançait jusqu'aux alentours de Louvain. Cf. J. J. de Smet, Recueil des chroniques îles Flandres, in-4", Bruxelles, 1837, t. n, table des noms de lieux. — s César, De bello gallico. I. III, c. xxvm; 1. VI, c. vi. DionCassius, IIi<;t. rnm., I. XXXIX. c. xliv. — 6 Belpaire, Sur les changemens de la côte d'Anvers à Boulogne, dans les Mémoires couronnés parl'Acad. de Bruxelles, t. vi, p. 20 et passim; cf. Bulletin de IWcud. île Bruxelles, t. x, p. 1 ; E. Desjardins, Géogr. hist. et administr. de la Gaule romaine, in-S», Paris, 1876, L i. p. 434. — 'Bertrand, Précis de l'histoire physique, civile et politique de la ville de Boulogne-sur-Mer, in-S". Boulogne, ts'JS. t. i, p. 22; E. Desjardins, Géographie historiqae et administrative de la Gaule romaine, in-S", Paris, 1876, 1. 1, p. 434. — 9 E. Bernard de Sainte-Marie, Recherches sur les anciennes forêts de la partie nord-est de la France, dans Annales forestières, 1850, p. 49 sq.j Lausens, Une promenade dans les dunes et la zone maritim de la Flandre occidentale: cf. P. Borticr, Le littoral de la Flandre du /.v au XIX" siècle, in-S". Bruxelles, 1S76. ' A. Maury, Les forêts de la Gnule et de l'ancienne France, iu N , l'aris, 1867, p. 56. E. Desjardins. 1. a Gaule romaine, in-80, Paris, 1S76,
débris du Vastus salins, le Skeldeholt qui se prolongeait sur les bords de l'Escaut et touchait le pays de Waes, dans le comté de Gand. Entre les bords de la Lys et ceux de l'Escaut était la forêt de Lisga, dont le centre a pu èlre Harlebecke. La sylva Thoraldi et la sylva Thoralti occupaient, au viie siècle, l'emplacement des villes actuelles de Turnhout et de Thourout; elles étaient dédiées au dieu Thor 13.
La forêt la plus considérable de la Belgique était le massif des Ardennes dont César », Strabon 1S, Tacite ' s nous ont parlé et qui s'étendait des bords de Rhin, à travers le pays des Trévires, jusque chez les Nerviens, sur une longueur de plus de 500 milles " ; plusieurs routes la traversaient, dès l'époque romaine ". Aux v« et vi° siècles, la forêt de l'Ardenne subit de nombreux déboisements. A l'époque mérovingienne, Childebert avait une résidence à Belsonancus, aujourd'hui Bastogne19; au temps de Charlemagne, elle formait déjà plusieurs lots, puisqu'un diplôme de 802, qui fait donation de deux localités peu éloignées de Trêves, Cerviam et Ccrviaco, interdit la chasse dans les forêts voisines 20. De plusieurs côtés de l'immense massif, se faisaient des éclaircies "; mais elles n'entamaient pas notablement l'Ardenne qui garda son aspect formidable et sa réputation effrayante.
XIV. Jura. — Le Jura formait comme un vaste portique vers la Germanie. Il représentait alors une superficie de 320 à 360 kilomètres en longueur sur 40 à 60 kilomètres en largeur, entièrement boisée, depuis le montVouachc, à l'ouest, sur le territoire des Allobrogcs, jusqu'au Raudenberg, près de SchafTouse, à l'est, près du territoire des Rauractes **. Le Jura constituait le Saltus sequanus que la fertilité de son sol fit défricher, dès le temps de la domination romaine. Tout le territoire compris en tre l'Ognon, le Doubs et la Saône, commençait à être découpé de larges clairières où s'élevaient des oppida, des vicus. Dés le temps de César, Besançon était un centre d'approvisionnement ", d'où il faut conclure que de vastes espaces de la région avaient été mis en culture. Des voies romaines furent tracées dont on a relevé divers tronçons ; ainsi, on traversait des espaces célèbres, tels que la forêt de la Serre, la forêt de Lachaux, la forêt de Colonne, la forêt de Chatelneuf **, la forêt de Loulle, d'autres encore, comme celle qui s'étend entre Sellières, Arlay et Bellevesvre ", celle qui s'étendait entre la rive gauche du Doubs et le
t. i, p. 434. — " Gosse, Histoire de l'abbaye et de l'ancienne congrégation des chanoines réguliers d'Arouaise, in-4° Lille, 1786, p. 6. Pour la Thiérache, cf. Li Romans de Raoul de Cambrai et de Bernier, publié par Ed. Le Glay, in-S°, Paris, 1S40, p. 341, 34S. — "Davreux, Essai sur la constitution géologique de la province de Liège, dans les Mémoires couronnés par l'Académie de Bruxelles, in-4°, Bruxelles, 1833, p. 51 ; Belpaire, ioc. cit., p. 34; Galeotti, Sur la constitution géologique de la province de Brabant, dans les A/ém. couronnés par l'Acad. de Bruxelles, t. xu, p. 16; M. Alting, Descriptio Frisia', in-4°, Amstelodami, 1701, p. 60. ■ — ll A. Maury, Les forêts de la Gaule, p. 58. — " Schayes, Essai historique sur les usages, les croyances des Belges, in-S", Louvain, 1834, p. 9. — " César, De bello gallico, 1. V, c. m ; 1. VI, c. xxix. — ls Strabon, IV, in. — 16 Tacite, Annales, 1. III. o. xui. — - " César, Ioc. cit., 1. VI, c. xxix. — I8 Id., ibid., 1. VI, c. xxxm. — " Grégoire de Tours, Hist. franc, 1. VIII, c. xxi, P. L., t. i.xxi, col. 464.— " E. Bernard de Sainte-Marie, Recherches sur les anciennes forêts de la partie nord-est de la France, dans les Annales forestières, 1S50, p. 49. — »' Vers la frontière des Médiomatrices, on traça plusieurs voies, dont les vestiges ont été relevés dans la forêt deCalonoven, sise au sud de Sierketau nord-est de Thionville. — ■■ J. Thurmann, Essai sur les soulèvements jurassiques de Porentrug, in-8°, Paris, 1S32, p. 47; Le même, Essai de physiostatique appliquée à la chaîne du dura. In S". Berne, 1849, t. I, p. 09. — ■' César, De bello gallico, 1. I, c. xxxix. — :< Arrondissement de Poligny. — 11 Arrondissement de Lons-lc-Saunier.
foi:
IS'.I'i
bassin de la Seille et dont le sol est complètement défriché. Pendant toute la durée des siècles qui nous occupent, depuis le temps des Gaulois jusqu'à Charlemagne, le déboisement du Jura fut à peine interrompu. Dans une charte de l'année 793, rédigée a » Reims Charlemagne faisait don a l'abbaye de Saint- Oyen-de-Joux d'une grande partie de la forêt du Jura et il en indique ainsi l'étendue : depuis le lac de Brassus nomme l'Orbe, et tout le long de Noirmont, en suivant le cours de la rivière, jusqu'aux Alpes et au chemin qui i sait le milieu de la l'errière-sous-Jouarre; depuis le cours de la Valserine jusqu'au Bief-Brun, et de ce Bief jusqu'à la Semine; de la Semlne jusqu'au Bief-Noir; la troisième partie d'Eschalon et depuis la rivière d'Orbe, du côté du couchant, jusqu'aux Chaumes appelés Mereuses (Ici Mar&chets); et, de là, en tirant a l'est, jusqu'à la plaine de Segouciac (dans le pays de Vaud) '.
i.es forets de la Séquanie redescendaient les pentes orientales du Jura et allaient mourir vers le Rhin qui les séparait des premiers taillis de la forêt Noire et des forêts du pays des Helvètes.
XV, Législation. — Les peuples germaniques qui s'établirent en Gaule aux v* et vr* siècles, tiraient trop d'avantages de la forêt pour n'en être pas les protecteurs. Nous pouvons juger de leurs plus anciennes coutumes, grâce aux codilications rédigées, à une époque moins reculée, sous l'influence des Romains. La loi salique envisage dans la forêt le repaire des animaux féroces qui servent a la chasse et la ressource toujours prête pour la pâture îles animaux domestiques. Outre le souci qu'elle prend des porcs, des brebis, des chèvres, des oiseaux, des abeilles *; elle édicté les dispositions suivantes au sujet des forêts : Chapitre vin. De furlis arborum. 1° Si <iuis pomarium, sioe quamlibet arborcm domesticam, extra claiisuram exciderit mit furalus fuerit, CXX dinariis qui faciunt solidos 111, culpabilis judicetur, excepto capitale et delatura. 2° Si quia vero pumarium, aul quamlibet arborem domesticam infra cluusuram exciderit aut furalus fuerit, DC dinariis, qui faciunt solidos XV culpabilis judicetur, excepta capitale et dclalura. 3° Hane quoque legem et de vilibus furatis observari jussimus. 4° Si quis in suivit alltrius materiamen furalus fuerit, nul, incendent. vel concapulaverit, mit ligna alltrius furgverit, DC dinariis qui faciunt solidos XV, culpabilis judicetur, excepta capitale cl delatura'. Ces peines, comc|iii frappent l'attentat contre l'indi vidu, sont d'une extrême gra\ ité. Celui qui aura coupé du bois de chauffage ligna ou du bois de construction,
materiamen, paiera XV sous; il ne lui eu coûtera que le double s'il frappe un homme à la tète assez brutalemenl poui in faire sortir trois os4, La loi ripualre condamne expressément le vol dans les forêts royales ommunales >; les lois lombardes décident que celui qui abat un arbre de nserve ou qui en enlevé la marque, mira le poing coupe .mi perdra la vie •; elles
défi lement d'incendier les forêts :.
i i lois barbares ne nous apprennent pas tout ce
que nous voudrions savoir sur la propriété forestière;
cependant, il importe de recueillir ce que m
1 A. Rousset, Dictionnaire géographique des communes du .hi-.i. in-.S', Paris, 1863, t. iv, p. 398 Lex Salica,
<■. u, /'.' furtU porcorum; c. m. De furlis animalium; c. iv, /ic furtis outum; c. v. De furlis caprorum c. m, l>r furttt canum; c. vu, De jurlis auium; c. \ni. De furlis arborum; c. ix, />>■ furtts aplum\ édlt. .1. Pardessus, m-l", Paris, 1843, p. 1 sq., 121; H. Thimme, Foresllt Kônigsgut ttit't Kôntgsrechl nach den Forsturkunden vorn 0 'os / .' Jiihrhiiii.il ri, .tans Archte fur ' 'rkundenjortchung, 1908, t. n, p. 101-154. — ' i .- c. vjb, édlt, Pardessus, p. 121,
282. ' Lex salica, c. xix, édll Pardessus, p. 289, Les Jitpuarlorum, lit. lxxvi, édlt. Cancianl, i>. '.17. ' l.eges
savons et d'en tenir grand compte dans l'étude des établissements ecclésiastiques et monastiques à part ir du grand remaniement de la propriété foncière qui eut lieu à partir du V siècle. U parait surprenant que la plupart de ceux qui écrivent la monographie des anciennes Églises et abbayes fassent si peu attention d'ordinaire à cet ensemble législatif qui vint se substituer au droit romain, parfois même coexister avec lui.
La loi salique ne dit rien des démembrements de la propriété forestière, des bois restes eu indivision *; au contraire, les lois des lîurgondes, des Kipuaires et des W'isigoths parlent longuement des suivie communes : Si quis Burgondio mit Romanus sylvam non habeal, incidendi ligna ail usus suos dejacentiois et sine fructu arboribus in cujuslibet sglva habeal liberam potestalem, neque ab illu, cujus syli'a est repellalur. Si quis vero arborent jructiferum in aliéna syloa, non permittente domino, fartasse inciderit, per sinrjulus arbores quas incidil singulos solidos, domino suivie inférât... Quod si servus hoc feceril, fustigelur et dominos ejus nullum damnum mit calumniam palialw. Si quis vero quemquam dejacentiuis et non fructiferis arboribus lignum usibus suis necessarium prœsumere fartasse non permiseril, ac si ei pignora luleril rcstitulis in triplum pignoribus, inférai mulctœ nomine solidos sex ".
La forêt qui existait dans presque tous les domaines ne soutirait pas la division: elle restait matériellement indivise, chacun en était propriétaire, en proportion de la part qu'il détenait dans la villa. C'était la communio silvœ qui est mentionnée par les lois et dans un certain nombre de chartes 10. « On peut faire l'hypothèse qu'il y a eu quelques forêts communes à un canton ou à une région; je ne l'admets pas, pour ma part, écrit l-'ustel de Coulanges, parce que je ne vois aucun indice de pareille chose; mais je convois que quelquesuns l'admettent, à condition qu'ils n'y voient qu'une exception. Ceux qui font de cette communauté des forêts un usage normal ont contre eux tous les documents. Car les chartes et les formules signalent uniquement des forêts possédées en propre; et pas une fois elles ne montrent une forêt commune ". »
Un peut s'expliquer ces forêts communes sur lesquelles chacun avait un droit non de propriété, mais d'usage, par une extension des coutumes des anciennes marches forestières qui servaient de frontières aux peuplades. La civilisation romaine avait tendu à substituer la propriété individuelle a la propriété communale. Une fois maître de la forêt, le propriétaire restreignait de plus en plus le droit d'usage des habitants des villages voisins12; les marches, elles-mêmes, furent
souvent partagées entre les cites dont elles formaient la couverture. Au moment de la conquête de la i un granit nombre de forêts «levaient être devenues la propriété d'hommes riches, niais la tendance des peuples germaniques allait a ['encontre de eetti ception romaine. La rédaction des lois barbares peu dont les v et vie siècles, nous montre clairement que le droit des usagers tendait a se réduire de plus en plus; on en peut saisir la marche entre la loi salai Gombette. La première impose au propriétaire la marque, comme signe de reserve: la seconde, l'en dis-
langobardicœ, I. I, c. i, art. 138 sq., édlt, Cancianl, p. 7! sq. Ibld,, p. 206. E. Heaume, Introduction historique
à la jurisprudence forestière, 15, m-s . Nancy, 1857. — • l.n Burgundiorum, tit. xxxn, édlt. Conclanl, p. 21, "Lacomblet, Urkundenbuch fur dit Geschlch.lt des Ntedtrrhelns, ln-4», Dusseldorf, 1840, n. 6, 7. 8; Neugarl : Codex dlplomatlcus Alemanniœ ri Burgundia transfuranec, ln-4°, 17'.ii , n. ici, l ustel .te Coulanges, Ulst, des tnstlL polit, de fane. France; ln-8 . fans. t. iv, p. i u Fusti tiges, Hist. du tnstlt, polit. ■'•• l'ancienne
France, p. 125 "A. Bouthori, Les sources du dr.Ul rural. \ . 70.
FORÊTS
pense de fait, puisqu'elle n'autorise l'étranger à disposer que du bois mort et du bois tombé: de jacentivis et sine fructu arboribus. Les barbares s'aperçurent bientôt du profit qu'il y avait pour ceux qui font la loi à introduire le régime de l'individualisation de la propriété forestière: c'est ainsi que les plus forts s'emparèrent des forêts dont ils dépouillaient les propriétaires; il arrivait aussi, que l'éviction étant impossible, on faisait un accommodement. Un titre de la loi wisigothe est ainsi libellé : De syh'is inter Golhum el Romanum indivisis relictis *. En Germanie les forêts communes persistèrent fort longtemps 2. en Gaule elles disparurent d'assez bonne heure: l'intérêt des propriétaires leur Conseillait de restreindre de plus en plus le droit des usagers, ce qui contribua dans une certaine mesure à entraver le défrichement.
La dynastie carolingienne contribua à faire triompher en Gaule le droit forestier inspiré de la législation romaine. Les rois et leurs grands officiers réservèrent en vue de leurs chasses de vastes étendues de forêt, /oresla, forestis, foresle, qui fut le nom nouveau de l'ancienne sylva. La passion que les Francs avaient pour la chasse devait tendre à agrandir la superficie boisée; aussi les princes se dessaisissaient-ils rarement des forêts de leurs domaines. ■ Les concessions de forêts accordées' par les rois à des particuliers furent d'abord très peu nombreuses; elles n'étaient généralement obtenues que par des ecclésiastiques, en faveur de leur Église, ou par des abbés, en faveur de leur monastère. La première donation qui se rencontre à cette époque est consignée dans un capitulaire de l'an S04. Elle est faite, en toute propriété, par l'empereur Charlemagne à l'évèque et à l'Église d'Osnabruck 3. •
Sous les deux premières races, il se produisit un morcellement de la propriété forestière dont on trouve un exemple instructif dans la vaste forêt des Sylvanectes 4; mais, « en résumé, l'état forestier de la Gaule, sous la première race et au commencement de la seconde, ne devait pas être bien différent de ce qu'il était sous les Romains. Le seul trait qui différencie les deux époques, c'est que de plus en plus coupées par des chemins, les forêts anciennes, encore subsistantes, tendaient à se partager en plusieurs forêts distinctes6. »
« On peut dire, d'une manière générale, que partout où les bois subsistent aujourd'hui; partout où nous
1 Lex Wisigolhorum, lit. x. n. .".. édit, Canciani, p. 17â.
— a On leur donnait le nom d'Alcment-AUgenieine, générales, ce qui est devenu almenda dans les chartes latines. Cf. Huillard-Bréhollcs, Historia diplomatica Frederici II, in-4°, Parisiis, 1S52, t. m, p. 396, 442. — » A. Maurv, Les forêts de la France, in-s \ Paris, 1867, p. 9'.).
— * Id., ibid., p. 105-112. — ■ Id., ibirf., p. 113. — 8 E. Desjardins, Gèogr. hist. et administr. de ta Gaule romaine, in-8°, Paris, 1S76, t. i, p. -135. Il faut tenir compte des aiïorestations considérables en Angleterre sous les rois normands. Hume n'était pas hostile à l'afTorestation ; on en trouverait l'indice dans la loi des Douze Tables, I. VIII; cf. Reineccius, Eîementa juris romani, in-12, Parisiis, 1872, édit. Giraud, p. 491. La loi édictait des peines sévères pour l'atteinte portée aux arbres sans nécessité. Cf. (laïus. Instit. Comment., IV, p. 11; les consuls avaient parfois dans leurs attributions la surveillance des forêts : Province futuris consulibus minimi negotii, id est, siLV.i-: COXXESQUB decernerentur. Suétone, Ca'sar, xix. Dès l'empire, les forêts furent soumises à l'impôt indirect, vecliyul. Cf. Durcau de la Malle. Économie politique des Romains, in-8°, Paris, 1840, t. u. p. 166. En Egypte, le sycomore, qui servait a la construction des digues Ha viales, ne pouvait être coupé. Digeste, 1. XI. \ II, lit. xxi; I. in. Renan, Mission de Phênicie, in-l . Paris, 1864,relève dans la campagne de Byblos une série d'inscriptions 'lu ii° siècle de noire ère et offrant plusieurs éléments identiques: AGIVCP, et ayant trait & l'aménagement des ton ts du Liban. Il tant lire arborum gênera iv et rapprocher le
pouvons constater, à l'aide de textes et de chartes, qu'ils s'étaient conservés au moyen âge, il y a très grande probabilité pour qu'ils eussent été debout à l'époque romaine, car on n'a cessé de déboiser depuis, et l'on a dû faire bien des plantations, si l'on en a jamais fait 6. » Il semble tout à fait conforme à la vérité historique de croire que l'extension des forêts à l'époque que nous étudions a été énorme et n'a subi que des réductions peu considérables.
La loi burgunde, traitant des défrichements, statue que si une forêt commune a été défrichée, soit par un Burgonde, soit par un Romain, le défricheur abandonnera en toute propriété à son hôte co-propriétaire une étendue de la forêt égale à celle de sol défriche, laquelle est la propriété exclusive du défricheur : Si guis tant Burgondio quam Ronwnus in sylva commuai exartum fecerit, aliud tantum spatii desylva hospiti suo consignel el exartum — qaem fecit, remola hospitis eommunione possideat '. S'il ne reste pas de forêt de contenance et de valeur suffisante pour offrir cette compensation, le défricheur sera admis au partage, par moitié de la portion mise en culture 8.
La Gaule eut à souffrir de guerres presque continuelles, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, depuis le iiic jusqu'au vic siècle : il en résulta la dévastation d'un grand nombre de forêts, l'abandon de beaucoup de cultures, le destruction de viens florissants. Ce dernier fait est attesté par un hagiographe : Est autem nions in Aurelianensi pago quem ejusdem incolœ regionis Magdunum (Meung) appellant; in quo ab antiquis castrum fuerat œdificatum, quod crudeli Wandalorum vastatione ad solum usque diralum est. Xemine autem rémanente habitalore, nemoribus hinc inde succrescentibus, locus idem qui elaris hominum conventibus quondam replebatur, in densissimam redactus est solirudinem ". Si on tient compte des ruines faites par les Bagaudes, les Huns, les Goths, les Arabes, les Normands, les Sarrasins, on ne pourra manquer d'accorder à cet élément une certaine importance dans l'histoire du développement agricole de la Gaule. Les salines de Salces, exploitées par les Romains avec grand succès10, se transforment en marais infects "; les plantations d'oliviers qui environnaient Marseille font place à des bois de pins et de chênes-lièges 1=. • Des ruines romaines découvertes dans certaines forêts du Haut-Rhin, dans celles de Grand (Vosges), de Dau-
texte de Végèce, I. V, c. iv, qui dit expressément que quatre essences sont propres à construire les navires : le cyprès, le pin, le mélèze et le sapin : ex cupresso ergo et pinu domestica, sive silvesln lerice et abiete prœcipue liburna conlexitnr. Renan, /oc. cit., p. 279, 85S. L'ne loi des empereurs Arcadius et Honorius, Cad. Tliéod., 1. II, édit. lxxvii, interdit la destruction des cèdres du nemus d'Apollon daphnéen, près d'Antioche, ù une époque où le respect du dieu ne les protégeait plus. L'administration romaine comptait des agents spéciaux affectés au service de l'aménagement des forêts, les saltuarii. Pétrone, Saturicon, e. lui. Digeste, I. XXX VIII, p. 38. Les Grecs n'étaient pas moins bien disposés pour les arbres. Cf. Philostrate, De vita sophistarum, 1. II, c. xxvi, édit. Olearius, p. 614; Philostrate. De vita Apoll. Tyan. 1. I, c. xvi; Libanius, Oral, vu, pro Arisloph., édit. Morell, p. 220. Xénophon, His'l. greee., 1. IV. c. i. Les lois romaines, qui s'appliquaient au monde gréco-romain paraissent très au courant de la sylviculture; on y trouve les expressions sylvœ materariee et sylvae <<((ii.r' pour distinguer les hautes futaies des taillis. Ceux-ci étaient encore désignés sous les noms rie sylva regerminans, sylva repullulans, sylva renascens, sylva stolones radicibus emittens. — ' Lex Burgundiorum, tit. xm, de exartis, edit. Canciani, p. 17. — " A. Bouthors, Les sources du droit rural, in-8», Paris. 1865, n. 72. — 'Acta sanct., ion.. I. m. p. 300. — " Pomponius Mêla, Desituorbis, I. III.cn. — " J.-.l. l'.auile. Les cotes de Roussillon, dans i \a Rcuue'des Deux Momies, tsi 1. 1. ni. p. 1. — i»A. Ysabean, dans les Annales forestières, t. xm. p. 301,