‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 147 sur 423 · FORCES - FORÊTS · texte numérisé non relu

FORCES - FORÊTS

point à celles dont on se sert de nos jours pour tondre les chevaux ou les brebis ', mais ils sont de tailles très différentes ce qui permet de supposer des attributions fort diverses. Les principales pièces de ce genre offrant quelque intérêt proviennent d'Envermeu, de Parfondeval (Seine-Inférieure), d'Armentières, de Caranda. de Breny, de Travecy, de Lizy, de Pontavert, de Vervins (Aisne) 2; de Charnay (Saône-et-Loire) de Délut (Meuse), de Bergères-les-Vertus (Marne). d'Herpès (Charente), d'Éprave, de Freschaux, d'Har-

4557. — Forces trouvées à Charnay.

D'après Baudot, Mémoires surles sépultures, 1860,

pi. xix, fi;.;. 3.

mignies (Belgique). Parmi les trois paires de ciseaux ou forces trouvées à Charnay, une seule était bien conservée (fig. 4557) 3.

H. Lf.clercq.

FORÊTS. — I. Arbres et bois sacrés. II. Influence climatérique des arbres. III. Grèce. IV. Asie Mineure. V. Palestine-Chypre. VI. Syrie, Asie antérieure. Chersonèse. VII. Egypte. VIII. Afrique romaine. IX. Espagne. X. Italie. XI. Ile de Bretagne. XII. Germanie. XIII. Gaule. XIV. Jura. XV. Législation. XVI. Bibliographie.

I. Arbres sacrés. — L'existence des anciennes forets était liée à celle de populations que le séjour dans ces retraites difficilement abordables, loin de toute civilisation, amenait à une immoralité détestable. Là se réfugiaient un grand nombre de proscrits, de brigands, et, en peu de temps, ces hommes et la famille qui se constituait bientôt autour d'eux, subissaient, dans leur caractère et jusque dans leurs traits, l'influence de leur sauvage séjour; ainsi on prit l'habitude de représenter ces habitants des forêts comme des êtres sauvages *, dont il importait de relever les mœurs en conquérant le sol qui favorisait leur dégradation. On a très bien démontré que la disparition des forêts est en rapport avec l'amélioration des races; la direction suivant laquelle s'est propagée la civilisation dans le monde antique, est également celle qui, s'avançant vers le sud-ouest, nous montre des forêts de plus en plus éclaircies 5. A ce motif se joignit la préoccu-

' L. Campi, La tombe barbariche di Civezzano, Trente, 1836; E. Calandra, Di una necropoli barbarica scoperta a Testona, Torino, 1880; F. Troyon, !' scription des tombeaux de Bel-Air, près Chéseaux-sur-Lausanne, 1841; Lindenschmidt, Handbuch der deutschen Alterthumskunde, p. 320. — "Ed. Fleury, Antiquités et monuments de l'Aisne, t. n, p. 177. — * H. Baudot, Mémoire sur les sépultures des barbares de l'époque mérovingienne découvertes en Bourgogne et particulièrement a Cbarnag, 1860, p. 73, pi. 19, fig. 3. — * A. de Longpérîer, Les ftg"res velues au mogen âge, dans la Revue archéologique, t. n, p. 507 sq. — * A. Maury, Histoire des grandes forêts de la Gaule et de l'ancienne France. in-8°, Paris, 1850. — • E. Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques el romaines, in-4°, Paris, 1S73, au mot : arbores iaerte. Cf. Cliecozzi, Sopra Vantica îdolat. (ici boschl, dans les Atli drll'uccad. di Cortona,t.i, b, p. 93 sq, ; t.iv, p. 149 sq; Raoul-Rochette, Peintures antiques inédites, in- 11 , Paris, Ï836, p. 404 sq.; Overbeck, Uëber dus Cultusobjeci bei der Griechen, dans Bericlite der sàchsische Gesellschaft; Philol.-nist. Classe, 1864, p. 121 sq. Chez Les Grecs, on dis tinguait le dripuôn, foret phuil iniiin d'homme, de

Vhylê, font vierge ou non percée; a ce dernier terme correspondait la sglva, tandis que le nemus était une sglva amœna, un pare, un bocage. — 'En Chypre, la divinité spéciale des Forêts était Apollon-Hylates. Cf. W. Engel,

pation de détruire souvent « le bois sacré cher aux muses » dans les pays où le paganisme avait choisi les forêts, lucus, nemus, pour y établir le culte raffiné des divinités rustiques. Les bocages étaient consacrés tantôt à des dieux, tantôt à des héros. L'antiquité classique est toute remplie de récits légers et pimpants sur les Dryades, les Hamadryades, les Napées, les Faunes, les Silvains; des noms étaient l'objet d'une vénération particulière, comme la forêt de Dodone, l'un des premiers foyers de la religion et de la civilisation helléniques. Certaines essences étaient entourées d'un respect religieux, le chêne particulièrement, peut-être le frêne ne jouissait-il pas d'un moindre honneur. Ce culte pouvait quelquefois s'expliquer par l'utilité que les hommes retiraient de l'arbre, parfois aussi l'essence parfaitement improductive, pin, lentisque, cèdre, ne devait ses honneurs qu'à la persuasion où étaient les hommes qu'un dieu habitait au cœur de ces arbres et même que l'arbre ne fût dieu. Souvent un autel se trouvait dressé devant l'arbre et l'on y sacrifiait; mais, soit qu'une intervention merveilleuse des dieux, soit qu'une superstition traditionnelle eut consacré l'arbre, il demeurait dès lors inviolable $. Les anciennes vies des saints sont remplies du récit des violences des évêques et des solitaires contre les arbres, les bocages sacrés et leurs divinités 7. Ces arbres sacrés étaient parfois entourés d'une clôture ; on y venait suspendre des offrandes, des tablettes votives, des ex-voto :

Licia dépendent longas velanlia sepes.

Et posiia est merilœ miillala bella due 8.

On peut prendre quelque idée de la vaillance que montraient les contempteurs chrétiens des arbres sacrés, si on se rappelle que, au dire de Caton, on ne pouvait abattre un tronc qu'après un sacrifice solennel destiné à expier cette sorte de sacrilège 9. Une divinité particulière fut dévouée aux forêts; le culte de Sylvain, que les Bomains disaient tenir des populations pélasgiques 10, fut en grande faveur chez les populations italiotes qui lui décernèrent le titre de custos 11. Grâce à l'extension de l'influence romaine, Sylvain s'acclimata dans un grand nombre de pays; on le rencontre partout où se trouvaient jadis de vastes forêts, à la mutilation desquelles il survécut longtemps; en Grèce ls, en Gaule 13, dans l'île de Bretagne ", chez les Daces 1S.

Sylvain reçut les surnoms les plus pompeux 16, sans perdre sa destination rustique 17. Son succès nuisit aux divinités rivales qu'il relégua dans leurs localités d'ori-

Kgpros, in-8°, Berlin, 1841, t. I, p. 119; De Luynes, Numismatique et inscriptions cypriotes, in-4°, Paris, 1852, p. 27; on trouvait également des sanctuaires élevés à Artemis- Agrotera; cf. Iliade, ch. xxi, vs. 471. — 8 Ovide, Fast., 1. III, vs. 266-267. — 9 Caton, De re rustica, c. cxx; il donne même la formule d'expiation. Cf. Pline, Hist. nat., 1. XVIII, c. lxvu, 3-2S; Ovide, Metamorph., 1. VIII, vs 740-741. Dans le Panthéon romain, Diane tenait la place d'Artemis chez les Grecs, c'est ainsi qu'Horace lui décerne le titre de sglvarum potens Diana, et Catulle celle de Sglvarum verenlium, saltuumque reconditorum domina.

- '• Virgile, Mneld., 1. VIII, vs. 600. — " Muratori, Novus thésaurus ueter. inscript., in-fol., Mediolani, 1739, p. 70, n. 6. — " Franz, Corp. inscr. gra-c, t. m,

ii 5963 : 1 . < il. — " Orelli, Inscript, lat. selecl.,

in-S". Turici, 1828, n. 328, 333. — '< J. Collingwood Bruce, The rnman wall, in-8°, London, 1851, p. 413 : Deo sancto Silvano venalores. — '■ Niegebaur, Dacien aus den Ueberresten des klassischen Allerthums mit besonderer Riicksicht au/ Siebenbiirgcn, in-8°, Kronstadt, 1851, p. 155, n. 230. — " Augustus, Orelli,' Inscr. lai. sélect., in-8°, Turici, 1828; n i 198, n. 1599; cœlestis, n. 1179, 1611; invfclus, n. 1603; , n. 1611 ;salutaris,n. 1596, 1609,2518; deus prœsens, n. 1608; sanctus,n. 1838. — " Dendroplwrus, Orelli, foc. cit.,

i 1602; sglvestris, n. 1609, 1 190, Meigebaur, for. cil., p. 152.

fort :ts

gine ou qu'il absorba \ C'esl là une superstition commune a toutes les contrées du inonde grcco-romain et qui semble également vivaee en tous lieux. Mine nous apprend que le culte des arbres était général dans les campagnes '. La Gaule • et la Germanie * possédaient des forets entières livrées au culte superstitieux et les nations issues de source germanique : Francs ', Alamans *, Lombards ', Saxons ', Angles ', ajoutaient aux erreurs déjà répandues parmi les populations qu'ils soumettaient à leur domination des erreurs nouvelles. Arbres isolés et forêts immenses étaient l'objet d'un semblable traitement; Barbares et Romains redoutaient également de s'attaquer à ces troncs dans lesquels ils croyaient voir autant d'êtres animés :

Sed furies tremuere manus, motique verenda

Maieslale loci, si robora sucra ferircut

In sua credebani redituras membra securcs ,0.

La vie îles esprits sylvestres était attachée à l'intégrité de leur habitation. Chez les Germains du moins, les sylvains n'étaient pas nomades; ils se confoni si parfaitement avec le végétal, que l'outrage fait à l'écorce de l'arbre était une blessure, la déeortication complète e'etait la mort des petites déesses mystérieuses, nommées Waldweibchen ll; aussi, pendant longtemps, dans plusieurs cantons de l'Allemagne, le bûcheron ne s'attaquait à un tronc qu'après s'être agenouillé devant lui et l'avoir implore, les mains jointes et la tête découverte '3. De la, aux innombrables légendes concernant les esprits qui hantaient les bois la distance était vite franchie, mais ce développement appartient au folk-lore primitif, nous ne nous y arrêterons pas. Nous indiquerons brièvement un aspect curieux de la superstition chez les peuples celtes. ■ Les idées de divination, de magie qui s'attachaient aux arbres, paraissent avoir donne naissance a cet alphabet magique, à ces rums merveilleuses qui représentaient les différentes lettres par des pousses et des scions. Ces signes recevaient chacun le nom de l'arbre sur le bois duquel ils étaient gravés par incision; l'on agitait ces fragments tailles, de manière

1 ,1. Grimm, Deutsche Mythologie, in-8°, Gôttingen, 1854, p. 451 ; W. Muller, Geschichte unit System der altdeustchen Religion, in-8°, Gôttingen, 1814, p. 379; T. Crofton Crokcr, Fairy legends of the South of Irclantl, in-8°, London, 1802, part. 3, p. 84; Kcightley, The fairy Mythology, in-8°, London, 1847, p. 378 sq. On trouvera dans ces ouvrages le développement ou pour mieux dire la génération issue de Syluanus, en Gaule, en Germanie, dans l'Ile de Bretagne : Gobelins, Follets, Trolls, Kobolds, El/s, Banshee, etc. Le nombre de ces Waldgeister, Waldleuten, Holzleuten, a été grand en Germanie, cl. A. Kuhn, Die Spruclwerglcichung und die Urgeschiehte der Indo-germaniscken Vôlker, dans la Zeitschrift fur uergleichende Sprachforschung, t. iv,p. 116sq.; \V. Mannbardt, Germanlsche Mgthen, Forschungen, in-8°, Berlin, 1858, p. 70'J. — ' Pline, Bill, nul., I. XII, c. I, 2 : Priscoque ritu tlmpltcla rura ettam nunc deo prœcellentem arborent dicant. — ' César, De bello gallico, I. VI, c. jtm. l'ortunat, Carmen, i. '.> : Venu-métis, funum ingens gallica linguu refert. Les Celtes appelaient nemet ces sanctuaires forestiers, et le nom est entré en composition dans plusieurs noms topographiques : Nemetacum, Xemetocenna, Nemelobriga, Nemetodurum, et. !.. Dielenbach, Celltca, in-8°, Stuttgart, 1839, t. m, p. :;:;. L'antenne était une déesse, du moins les Romains le crurent ainsi, J. de Wal, Mgthologiœ septentrionalU manumenta eplgraphtca lattna, in-8°, i ad Hli.iHim, 1847, n. 20, 21. Gruter, Inscript., p. 314, n. 3, le mont Vosègc était il tenu pour

dieu. Gruter, Inscript., p. 94, n. 10; dans le Palatlnat, on adorait un Mars nemetona, et. .1. Becker, dans tes Jahrbûcher des Verelns von Alterthumsfreuden (m R/ieintande, t. xv, p. 97. < Cette divinité, observe A. Maur) . ' i dr la Gaule et de l'ancienne France, ln-8°, Paris, 1867, p. 2.'., note :;. rappelle le Deiu nemeslruiiu donl parle Arnobe, jenl., I, IV. <■. m, /'. /... i. v, eol. mi:;. Voyez une

a en tirer des augures. Plus tard, cet assemblage de signes fournit ses éléments a l'alphabet dit runique, qui prit en Irlande le nom rVogham craobli, c'est-àdire « l'arbre aux lettres ". »

Dans certains pays où le culte des arbres était entré dans les mœurs si profondément qu'on ne pouvait espérer le déraciner, les missionnaires témoignèrent à l'obstination ignorante plutôt que coupable de leurs néophytes une condescendance louable; ils substituèrent le patronage de la Vierge et des saints à celui des divinités rustiques. En Irlande, les chênaies, appelées doire dans l'idiome indigène, furent consacrées au Christ. Au vi= siècle, saint Colomban étant venu prêcher l'évangile fonda deux monastères au centre de ces massifs sacrés dont l'un, après avoir gardé longtemps son nom de Doire, fut appelé dans la suite, par corruption, Derry; l'autre monastère s'élevait à Doire-Magh ou Durroii', dans le King's county. Vu grand nombre d'églises en Irlande ont ce mot Doire, comme élément composant leur nom, d'où l'on peut juger de la multitude des lieux boisés dans lesquels saint Colomban et ses disciples substituèrent le culte chrétien à celui des sylvains, ce sont entre autres : Doire-mella, Doire-moor, Doire-inis, Darncagh, Dararda, Dore-bruchais, Dore-chacohain, Dore-chuiserigh, Dore-dumhon, Kil-doire, Kil-derry ". Les ifs qui encadrent le porche de l'église de Newry ont été, dit-on, plantes par saint Patrice, ceux de Glendaborough, par saint Kevin. Les deux missionnaires employaient ce moyen pour attirer au culte chrétien leurs Celtes convertis, mais respectueux de leurs croyances séculaires. On continuait à croire à la vertu des arbres et des bocages, tout en cessant de croire aux divinités qui y demeuraient. Les forêts continuèrent à inspirer le même respect, la même vénération que par le passé, et ce n'est qu'avec des ménagements qu'on habitua les peuples a adresser leurs demandes, non à l'arbre mais au saint personnage, dont l'image avait été placée sur le tronc. Saint Grégoire le Grand avait recommandé à l'apôtre de l'Angleterre une grande condescendance : Dicile ei [scil. Auguslino] quid diu mecum de causa Anglorum cogitons Iraclavi, videlicet

inscription trouvée à Auch : Stx ARBORIBUS Q. Runes Germanus. V. S., dans Orelli, lnscript. lut. sélect., in-8°, Turici, 1828, n. 218. — • Tacite, Germania, c. ix. xxxix. XL. La forêt Hercynienne était sacrée. Claudien, De laudib.

Stilichonis, i,vs. 228-230. — »Gn e de Tours, Hist. franc,

1. II, ex, P. L., t. lxxi, col. 90. — 'A. Maury, Les forêts de la Gaule et de l'ancienne France, in-S », Paris, 1867, p. 22. — ' Vita S. Bcrtulfi Bobblensls, di ns Acta sanct. <>. s. B., saec. n, p. 164. — s Pcrtz, Monumenta Germania historica, Script., t. n, p. 676. — ' Leges Kanuli Magni, quos olim Anglis dedit, édit. Kolderup, in-4°, London, 1826, p. 38. — ">Lucaln, Pharsal., lib. III, vs, 401. Chez les Slaves, les chênes sacrés et les forêts • . i ■ 1 chacun leurs dieux; cf. J. L. von l'arrot, Versuch einer Entujicklung der Sprachc und Mythologie <lrr Ltwi n. I allcn, Eesten, in-S", Stuttgart, 182S, l. i, p. 821. Panzer,

Beitrag zur deutscher Mythologie, in-8°, MUnchen, 1855, t. i, p. 68. — " K. Simrock, Handbuch der deutseben Mythologie, in-8», Bonn, 1864, p. 460. — "A. Mann, lac. cit., p. 34. L'irlandais feadha ei le galliqne grwdd, signifient à la fois, arbre et lettre, l 'ans l'alphabet ogham, Inules les lettres •■< l'exception 'lu p (pethone) et du T (ttnne i, avalent des noms d'arbres; c'est ainsi que A (alm) s'appelait ■ ormeau ■, B (beith) • bouli II; coudrier », D

(duirj • chêne •,E(cggh) • peuplier •, F (fearn ! • aulne •, etc. CI, E. Davics, i ches, m r, London, 1804,

p. 246; J. O'Donovan, A grummar of the trtsh hmguage, in-8», Dublin, 1845, p. 32; 1 , Dumérll, /■ l'origine des runes, dans ses Mil hioUtgtquet ri mit nuns. \n-&°,

Paris, 1860, il 77. - " B. Ledwlcb, The antlqui Ireland, ln-8 . i lublin, 1804, p. 70, 71. p. -m I. voyez .1. V. Zlngerlé, Wald, Baume, Kràuler, due chrtft furdeutsche Mythologie, GoCttlngen, 1854 i

quia fana idolorum deslrui in eadem génie minime debeant, sed ipsa quœ in eis sunt idola destruanlur. Aqua benedicla fiai, in eisdem fanis aspergatur, allaria conslruantur, reliquiœ ponanlur; quia si fana eadem bene conslrucla sunt, necesse est ut a cullu demonum in obsequium veri Dei debeant eommulari, ut dum gens ipsa eadem fana non videt deslrui, de corde errorem deponal, et, Deum verum cognoscans ac adorans, ad loca quœ consuevit, familiarius concurrat.... Xam duris menlibus simul omnia abscidere impossibile esse non dubium est, quia is, qui loeum summum ascendere nitilur, neeesse est ut gradibus vel passibus, non aulem sallibus elevetur l.

Les textes conciliaires nous montrent que les antiques croyances persévérèrent très tard, jusqu'à une époque où l'on suppose généralement que l'Occident civilisé était chrétien. Le concile d'Arles, tenu en 442, proscrit formellement le culte des arbres, des pierres et des fontaines ! et ses dispositions sont rappelées, en 5G7, par le concile de Tours 3. Vers le même temps, saint Éloi interdisait aux Belges, qu'il venait de convertir, l'emploi de luminaires et d'offrandes auprès des rochers, des sources, des arbres, des cavernes, et des carrefours : Nullus chrislianus ad fana vel ad pelras, vel ad fontes, vel ad arbores, aul ad collas, vel per trivia, luminaria facial, aul vota reddere prœsumat 4.

Les princes s'associèrent aux évêques pour combattre les derniers adorateurs des arbres. En 743, le concile de Leptines énumère un grand nombre de superstitions, entre autres : De sacris sylvarum quœ Ximidas vocant; de his quœ faciunl super petras, de fontibus sacrificiorum. Mêmes dispositions dans les lois de Luitprand : Simili modo qui ad arborent quam rustici sanctum vocant, atque ad fontanas adoraveril aut sacrilegium vel inçanlationem feceril, simililer médium prelii sui componat in sacro palalio 5. Les capitulaires de Charlemagne condamnent comme sacrilèges ceux qui allument des feux ou font brûler des lampes près des fontaines, des pierres, des arbres.et adressent des prières aux sujets inanimés *.

II. Influence climatérique des arbres. — Los anciens avaient constaté certains phénomènes naturels dont ils ne pouvaient offrir une explication scientifique, mais que l'expérience leur permettait de prévoir et d'influencer dans une certaine mesure. Entre autres observations, ils avaient fait celle-ci : à savoir que l'humidité de l'atmosphère modifie les climats. Le rayonnement nocturne de la terre occasionne fréquemment, dans les régions ou l'atmosphère présente une entière transparence, le phénomène connu sous le nom de « gelée blanche ». Columelle, qui détient la science agricole de son temps, recommande d'avoir au printemps, lorsque le temps est serein, des amas de paille dans les vignes, entre les rangées des ceps, et d'y mettre le feu lorsqu'on craint un froid inaccoutumé; la fumée éloignera, dit-il, le brouillard et la rouille T. Pline donne le même conseil 8. Un des éléments les plus actifs de la modification

■S. Grégoire, Episl., 1. XI, epist.. lxxvi, P. L., t. lxxvii, col. 120. — "■ Conc. Arelal., II, can. xxm. — • Cône. Tirrnnense, II, can. xxn. — ' VitaS. Eligii,\. II, c. XVI. — s Lcges Luitprandi, 1. II,, tit. xxxvim.part. I. — ' Capit. Aquisgrancuse, 789, n. 63, 7'.). — T Columclle. De arboribus, xiu. - ■ Pline, Hist.naL,]. XVIII.c. i.xix. — * V. Cancalon, Histoire de l'agriculture de/mis les temps les plus recules jusqu'à la mort de Charlemagne, in-8°, Paris, 1S57. p. 13 sq. — lt Id. ibiil., p. 15. Il est utile île remarquer que dans le gouvernement de Toula, en Russie, les forêts de tilleuls et les forêts de chênes présentent une physionomie particulière. La ctme de l'arbre au lieu (l'oilrir le développement qu'il prend dans le gouvernement de Kostroma, par exemple, s'étend peu et

projette (les radicaux assez grêles; les feuilles du eh (Ile sont

amincies, et ces phénomènes son! dus, en partie, à la séche-

des climats par l'humidité de l'atmosphère est l'influence des grandes forêts. L'étendue considérable occupée par les forêts, à l'époque qui nous occupe, fait de leur observation un des points les plus importants de notre recherche. On sait que les espaces recouverts par des forêts, sont, en quelque sorte, isolés du rayonnement solaire : l'air circule peu à l'intérieur de la végétation touffue, l'évaporation y est très réduite et l'on y trouve, dans les contrées et aux heures les plus chaudes, la température fraîche et humide des climats tempérés. Les forêts augmentent dans des proportions considérables la surface capable de se refroidir par voie de rayonnement; « cette superficie, en raison de la multiplicité des organes foliacés, est plusieurs milliers de fois plus étendue que la section horizontale; aussi, la rosée se dépose-t-elle abondamment sur les feuilles des arbres. Cette propriété qu'ont les forêts d'abaisser la température et de condenser les vapeurs aqueuses, s'observe de la manière la plus frappante dans les climats tropicaux. Au contadero de Las Calos, dit M. Boussingault, où je bivouaquai, la nuit était magnifique et, cependant, dans la forêt qui commençait à quelques mètres de distance, il pleuvait abondamment. Déplus, les parties vertes des végétaux exhalent dans l'air de grandes masses d'eau qu'elles ont aspirées ou produites elles-mêmes par leur activité organique, et augmentent l'intensité du phénomène *. » Il résulte donc de la présence des forêts d'une étendue considérable un abaissement de température, une augmentation du niveau des pluies, tandis que les plaines sablonneuses, refléchissant le calorique solaire avec force, empêchent, par ce moyen, les vapeurs flottant dans l'air de se refroidir et de se résoudre en eau. » M. Boussingault a cité un fait qui prouve combien est grande l'influence des forêts sur la fréquence des pluies : Dans le Chaco, dit-il, dont le sol est couvert de forêts, il y pleut toujours; sur la côte du Pérou, dont le terrain est sablonneux, dénué d'arbres, privé de verdure, il n'y pleut jamais, et cela sous un climat qui jouit de la même température et dont le relief et la distance aux montagnes sont à peu près les mêmes. De plus, pendant la saison froide, lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, les forêts surgissent comme des écrans : elles cachent la surface du sol, et mettent obstacle au rayonnement nocturne. Ainsi, les forêts étendues empêchent la terre de se réchauffer pendant la saison chaude, et de se refroidir pendant l'hiver; elles diminuent donc la différence entre les points extrêmes de température 10. »

III. Grèce. — La Grèce, lorsqu'elle passa sous la domination romaine, avait perdu ou irrémédiablement compromis tous les souvenirs illustres de son passé. Les vicissitudes de fortune des cités avaient peu à peu étendu, aux dépens de l'art et de la religion, la zone agricole, refoulant, rognant sans cesse le patrimoine des dieux. Au temps de la conquête romaine, les forêts d'Érymanthe " et de Nemée l: étaient réduites à n'être plus que de simples bocages. Tempe n'était plus qu'une vallée ombreuse 13, Dodone

resseconstante de l'air. WardasdeBedemer, Vntersuchungen Uberden Bestand and Nachwuchs der ~\\aelder der Tulaer Gouvernements, dans l'Archiv. fur wissenscbaflliche Kunde non Russland, in-8°, Berlin, 1847, t. vi, part. 1, p. 1S-24. J7. Cf. A. de llaxthauser, Etudes sur la situation intérieure de la vie nationale et les institutions rurales de la Russie, :', vol. in-8», Hanovre. 1847-1853, t. u. p. 466. — 11 M. Leake, Travels in tlie Morea, in-8°, London, 1830, t. u. p. 2:i2; E. Le Puillon de Boblaye, Recherches géographiques sur les ruines de la Moree, in-4°, Paris, 1836, p. 118. ' Servais. Comment, ad Geora.,1. III, vs.219 sq. — " Vihius Sequester, De fluminibus, fontibus, lacubus, ibus, etc., (.lit. Oberlin, Ln-8", Argentorati, 1778-, p. 25; Tite-Live. HisU, 1. XI. IV, c. vi; Pline, Hist. nat., I. I V. e. cm: Action. Hist. car.. 1. III, c. i.

FORÊTS

perdait ses arbres sacrés, depuis que les dieux s'en étaient éloignés1. Olympie était réduite à un simple bosquet *. La Crète est aujourd'hui entièrement

déboisée; il en est de même des Iles de Naufi.d'Antiparo, d'Ipsara, de Nio, de Samos, de Polycandro, de

Chios ' et on peut supposer avec quelque vraisemblance que cette dénudation a eu les mêmes causes, et s'est accomplie vers le même temps, que pour la Grèce propre '. Par contre, lesCyclades ont conserve une grande partie de leurs forêts; on en rencontre à Imbros : chênes et sapins; a Lemnos : chênes, pins et sapins, de même qu'à Myconc et à Tbasos; enfin, a Astypalée : chênes kermès, pins et érables. Dans les îles Ioniennes, l'île de C.êphalonie conserva ses forêts jusqu'au temps de rétablissement des Vénitiens •; la partie septentrionale de Corfou a gardé son ancienne végétation de platanes, de cèdres, de pins, de sapins, de hêtres et de charmes; Leucate a des chênes Ai cynthe que l'on qualifiait d'ûXrjEcjaa •, dès le temps de l'Odyssée, el que Strabon décrit comme très boisée : ûXâ>8rlç \j.ért, ïu/.otp7t'jç Se, est aujourd'hui complètement dépouillée.

Dans les pays au nord de la Grèce, le chêne fait le fond de la végétation forestière '; dans l'Albanie moyenne et l'Épire, en Thessalie et dans la Macédoine maritime; enfin, sur le Tekir-Dagh, on trouve mêlées aux autres essences le quercus ilex, le quercus acicutus, le quercus cucci/era, En Serbie et en Bosnie, s'élèvent de belles forêts; dans cette dernière province, on trouve le sapin, le pin, le bouleau mêlés au chêne, en grande quantité '.

IV. Asie Mineure. — Dès le début de notre ère, l'Asie Mineure était presque entièrement déboisée. Vibius Sequester ne cite que les forêts de Thymbra en Phrygie et de Claros. Les documents chrétiens font mention de bois dans lesquels les chrétiens se réfugient pour échapper aux persécutions, c'est ce que nous pouvons lire dans les Actes des saintes Irène, Agape et Chionie et dans le récit médiocrement historique de la passion de Théodotc le cabaret ier. En Bithynie, il devait se rencontrer encore des étendues de bois assez importantes, la fondation de la ville A'Hadrianou iherai (les chasses d'Hadrien) indique une contrée giboyeuse et par conséquent bol partie. La Lysie avait conservé de larges plantations de chênes, de platanes et de pins'; la Cilicie avait des cèdres ,0.

V. Palestine, Chypre. — Le Liban, l'Ami Liban. les monts Baschan furent déboisés par les Phéniciens qui en tiraient le cèdre, le pin, le chêne indispensables à leurs constructions navales. En Chypre, avant

ique d'Ératosthêne, la forêt envahissait tout, tellement qu'on promit a celui qui défricherait, la pro prirté de l'espace qu'il aurait déboisé; on en arriva

1 Pouquc ville, VoyagedansUt Grâce, in-S", l'a ris, 1820, 1. v. p. 361 »q. M. i *aki . toc, cit., 1. 1. p. :!.".. ■ R. Pashle; .

Traoels m Crète, ln-8°, Cambridge, is.it. t. n, p. 31 i Bchlcn. dans l' lllgemeine Forsl-und-Jagd Zettung, p.482sq. 'Behlen, loc. cil., p. 482 sq. 'Behlen.foi p. 482 sip ■ Odyss., I. VII, vs. 24. ' i.es espèces dominantes sont : le queretu r<>i<ur, quercus cerris, quercus pubescens, quercus pedunculata, tegtlops cgllndrlca < t apennina. 1 A. Boué, /." Turquie d'Europe; sur lu

gèographir, lu giologlet l'histoire naturelle, lu statistique, eurs, Yhlstalre et Yétal politique de cet empire, ln-8°, Paris, 1840, t. r. p. 122 i '. Spratl el i , Porbes, ir,,-

oels (n Lycia, Wtlyas and the Ctbyratts, la-&°, London, ixit. t. n, p. 15 iq. i De <edif.,\. \ I,édlt. Dlndorf,

p. :t22; .1. de Hagemelster, Essai sur les ressources territoriales et commerciales de l'Asie occidentale, ln-8°, St. PAtersbourg, 1830, p. 13. " Viblua Sequester, De fluminlbus, (ontlbus, lacubus, nemortbus, gcnttbus, quorum apud menffo/H, édlt. J. J. Oberiin, ln-8», Argentoratl, itts. p. 'J.',. ■ AJnsworth, Vieille the Chaldeane, dani Journal

dans la suite au point que la forêt d'idalie elle-même ne fut pas respectée ".

VI, Syrie, Asie Antérieure, Chersonj si - La Syrie fut également exploitée par les Phéniciens; la Chaldée, ,: le Kurdistan ont conservé d'immenses de chênes; sur l'Ararat, on trouve le chêne, le bouleau, le noyer ". La Perse est très déboisée sans qu'on puisse dire a quelle époque remonte cette situation. Dans FImetéthie, on rencontre le hêtre, le charme, le noyer, le châtaigner, le plaqueminier ". Sur les côtes de la mer Noire, nombreuses forêts entre Héraclée et Kizil-Yrmak; on y trouve, le chêne appelé a bois de fer » ". Les montagnes de l'Olympe, entre la mer de Marmara et la mer Noire ont de belles forêts ". La Crimée aussi. Constantin Porphyrogénele mentionnait celles de l'isthme de l'erecop ".

\ II. Egypte, — L'Egypte a perdu les essences qui, sans remonter à la plus haute antiquité, formaient encore à l'époque chrétienne des massifs boisés d'une importance relative.

VIII. Afrique romaine. — La difficile question de la climatologie de l'Afrique romaine, peut trouver quelques indications utiles dans l'état forestier de l'Algérie pendant les premiers temps de la conquête française, lorsque la terre était plus abandonnée à ellemême qu'elle ne l'a été depuis. Dans l'ancienne Man rétanie (Césaréenne, Sétifienne et Tingitane) de belles forêts s'étendaient sur les bords de l'Oued-Sefsaf, entre le Sig et l'Oued-cl- Hammam; au nord-ouest de Mascara, entre Saïda et Takdemt 18 se voyaient d'importants massifs de chênes blancs. Dans la région de Cherchel-Coleah, la végétation forestière était plus considérable encore, la forêt de Maz-Afran a le frêne et on trouve le cèdre du Liban sur les montagnes de Riga. Dans la plaine de la Mitidja, on pouvait encore découvrir les traces d'une forte végétation coup ment détruite par les envahisseurs arabes. Dans la Numidie, le chêne zan. qui rappelle le châtaignier, forme de superbes massifs sur la chaîne de l'Edougb ", à l'ouesl d'Hippone et dans les vallées de la Seîbouze; on le retrouve dans la foret de l'Ak'fadou qui se lie aux bois de l'Afroun et de l'Adrer-ez-Zan !0; sur le Tamgout croît le chêne; sur le Kendirou, le noyer, sur le Jurjura, lefrêne*1. Autour de Hippom oienl

encore quelques jujubiers dont les essences durent être assez nombreuses jadis pour mériter a la ville, son nom arabe Bleid tl-Huneb, la ville des jujubiers. Les environs de Cilla, la gorge du Itummcl. absolument dénudes de nos jours ne paraissent pas a \ ni r el e mieux partagés d'après ce que nous lisons dans la Passion des saints Jacques et Mariée

La Byzacène, la Libye et la Cyrénaïquc furent dépouillées de leurs forêts dès une haute antiquité, les montagnes de Kabylie sont couvertes de belles

o/ the rogal geographical Society «I London, t. m. p

i . Parrot, Relie mm Ararat, ln-8°, Berlin, 1834, t. i, l>. I7i'.. "F. Dubois de Munipeirux, Voyage autour du Caucase, ehes les Tcherfo " Col-

chtde, en Géorgie, en Arménie et en Crimée, 6 vol Paris, |\:;'. 1843, t. u. p. 202. r d Hagemelster,

op. cit., p. 41. — " ll'i'l. , p. 13; J. M, Klnnalr, Joumey through ista \ini<>r, Armenia and Koordistan m the ii<ur*

I / . in s . I un. Ion. IMS. I. i. p. t.", sip - I A. .!.

Demldoff, Voyagedans lu Ru in méridionale, ln-8°, Paris,

1846, t. u. p. 646 sip; <;. p. von Kœppen, Ueber Wald-

Worrath tm Gebtete der obern und mttther .dans

Bettrdge air Kenntniss des Russtschen Relcnee un

tuiarenzanden Lander Aslens, in-S1 , Saint Pétei

1 830, l . i\ . p. 1S2. '■ / ableau <l<

semenls français en Algérie, en 1846, in-s . P

p. 265 s,,. ■' llu.l-. |.. liTl I . I n, : i. •

lu Kabilie proprement dite, ln-4*. Parts, 1844, 1. 1, p. 240. 11 bl.. ilu<l.,t. i, p. 245. letMariani,

n. 2, 4, dans Ruinart, .i.ii ilncera, m i . Pari . M

forêts que l'on peut juger anciennes, mais le Fezzan ne paraît pas avoir jamais pu porter une autre végétation que celle du tholh (acacia gummifera) qui arrive d'ailleurs à former, principalement dans le district de Ghat des forêts assez importantes '.

IX. Espagne. — Le déboisement presque complet de vastes régions de l'Espagne, au centre de la péninsule principalement, peut remonter à une époque très ancienne sans précision possible. L'exploitation des minerai d'un sol exceptionnellement riche, l'inertie d'un peuple essentiellement paresseux et imprévoyant, ont dû amener de bonne heure l'exploitation des forêts et leurs- destruction progressive. Quelques forêts assez vastes mais très distantes les unes des autres, de la Vieillc-Castille à l'Andalousie, ne suffisent pas à constituer un système forestier 2.

X. Italie. — Nous n'avons pas à nous occuper des forêts de la Russie puisque les antiquités chrétiennes de ce pays n'appartiennent pas aux huit premiers siècles de notre ère; c'est là cependant que le sol offre de nos jours l'apparence la plus conforme à celle de l'Occident pendant une partie des temps que nous étudions 3, car la région centrale et méridionale de l'Europe a perdu presque entièrement son antique aspect. Les langues elles-mêmes ont subi la marque de cet appauvrissement des ressources naturelles des pays. Lorsque la France présentait de vastes superficies forestières, sa langue possédait des noms spéciaux pour désigner chaque genre de forêt; on disait une clicsnaie, une aulnaie, une vernaie, une bouhtic, une popelinière, une fresnaie. Si nous n'employons plus guère ces termes aujourd'hui, c'est qu'ils n'ont presque plus d'application.

Les forêts qui embellissaient jadis la Sicile ont en partie disparu, quelques crêtes ont été épargnées, l'Etna a gardé une zone boisée vers la région moyenne de sa cime, le bois de Catane mesure trente-deux kilomètres de longueur '.

La Sardaigne « a vu depuis les premiers établissements carthaginois, son manteau forestier se rétrécir graduellement par l'effet des incendies et par suite de l'imprévoyance des paysans. Les forêts forment encore la sixième partie du territoire de l'île, et plusieurs sont de véritables forêts vierges. Cette ligne forestière de la Sardaigne se continue au delà du détroit de Bonifacio, sur la chaîne qui traverse presque longitudinalement la Corse et dont les points culminants sont les monts Rotondo, Paglia-Orba, Cinto et Cardo 5. » Les essences dominantes sont le pin, le

1 James Richanlson, Trattels in tlie cirent désert nf Sahara, in-S°, London, 1848, t. u, p. 253, 273. A. Maury, Histoire des grandes forêts de la Uaule cl de l'ancienne France, in-S°, Paris, 1850, p. 96, attribue aux Phéniciens le déboisement de la côte de Lybie et de la Proconsulaire que leurs vaisseaux côtoyaient en se rendant a Gadès. — 2 E.Boissier, Voyage botanique dans le midi de l'Espagne pendant l'année 1837, in-4\ Paris, 1839-1815, t. i, p. 202, 213; A. Maury, Histoire des grandes forets de la Gaule, 1857, p. 121. — • Sur les forêts de Hussic, de Lithuanie, de Sibérie, et sur celles de Pologne, de Hongrie, d'Autriche, de Bohème, de Suède, de Norvège, du Jutland, du Danemark, cf. A. Maury, Histoire des grandes forêts de la Gaule et de l'ancienne France, in-S", Paris, 1850, p. 105-116. — 4 Behlen.dans VAllgcmeine Forst-und-Jagd-Zeitung. (834, p 312; J. A. de Gourbillon, Voyage critique à VEtna, in-8°, Paris, 1820, t. I, p. 107. — 'A. Maury, loc. cit., p. 117; AH), lie In Marmora, Vogageen Sardaigne, ou description star liitique, physique et politique de celte île, avec des recherches sur ses productions matérielles et ses antiquités, in-8", Paris, 1839 1860, t. i, p. 425-426. — • Tite-Llve, llisl., 1. IX, c. xxxvi. — ; Id., Ibid., 1. 1, c. i ni. Ed., ibid., 1. V,

c. xv. — ' id., ibid., 1. XXIV, c. xxn; J. A. Cramer, 1 geograpnital and historien! description 0/ ancien! Itulg, in 8°, Oxford, 1826, l. i, p. 92, " Juvénal, Salir., ni. \s. 13, 14; vi, vs. 2.- 'De (luminibus, fontibus, lacubus,

chêne blanc et le chêne vert, le châtaignier, le térébinthe, l'olivier. L'Italie a été plus dévastée. De la forêt Ciminienne, Ciminia sylva, qui s'étendait des bords du lac de Ronciglione jusqu'au cœur de l'Étrurie ', il ne reste aujourd'hui que quelques bouquets de bois. Tite-Live, qui en parle, signale aussi la forêt Mœsia ', la forêt d'Albe 8, la sylva Litana », qui s'étendait de la source du Fanaro à celle de la Secchia. Juvénal nous apprend que, de son temps, les Juifs avaient commencé à s'installer dans la forêt d'Aricie >°.

\'ibiusSequestenrénumère quelques forêts d'Italie, parmi lesquelles celle de Sila, dans le Bruttium, a été gardée relativement intacte. Strabon dit qu'elle occupait, de son temps, une étendue de 700 stades, c'est-àdire, 176 kilomètres 12. Dans la Basilicate, on croit que les forêts encore subsistantes des environs de Lago- Negro seraient des restes de la forêt d'Angitia, en Lucanie 13. La forêt des Garganus a presque entièrement disparu ". La forêt Valsinienne existe encore en partie sur les montagnes entre le lac de Bolsena et le Tibre et se rattache aux derniers restes de la forêt Ciminienne qu'on rencontre du Ciminio di Soriano à la Tolfa 16. L'Apennin a perdu assez peu de sa végétation forestière pour donner lieu de penser qu'elle ne fut pas sérieusement entamée pendant les premiers siècles de notre ère. Au contraire, la province de Lumigiano est presque déboisée, mais ici encore nous avons à faire semble-t-il à une opération tardive 16; la plaine du Pô ne possède plus aucun conifère ", et le déboisement qu'on lui a fait subir ne paraît pas avoir été poussé par les anciens sur le revers de la chaîne des Alpes 18.

Ile de Bretagne. — César donne à l'île de Bretagne l'épithète d'korrida sylvis; elle devait être méritée puisque deux siècles plus tard, les légions romaines et les corps auxiliaires qui se trouvaient en Ecosse reçurent, l'an 207 de notre ère, de l'empereur Sévère, l'ordre de s'employer au déboisement de la contrée. A en croire les historiens, cinquante mille hommes auraient péri dans cette entreprise.

Entre cette époque et celle des rois normands, les textes concernant les antiquités de l'Angleterre sont rares et brefs; il est vraisemblable que les ordres de Sévère ne reçurent qu'une exécution partielle; en Ecosse, l'antique sylva Caledonica subsista, et couvrait un espace d'environ vingt milles; mais elle fut morcelée dans la suite. Malgré la tendance des rois de la dynastie normande à l'afforestation, il ne faut pas leur attribuer la disparition de la majeure partie des forêts de l'Angleterre et de l'Ecosse ". Selon

nemoribus, etc., in-S°, Argentorati, 1778, p. 25. — 13 Strabon, 1. VI. Elle est aujourd'hui réduite aux deux tiers; cf. J. A. Cramer, loc. cit., t. il, p. 437. Ses pins s'élèvent à une hauteur de 40 à 42 mètres. M. Tenore, Essai sur la géographie physique et botanique du royaume de Naples, in-8°, Naples, 1N27, p. 75. — " M. Tenore, loc. cit., p. 78; A. Maury, Hist. des grandes forêts, in-S", Paris, 1857, p. 119. — ■ '* Id., ibid., p. 119; Moreau de Jonnès, Premier mémoire sur îe déboisement des forêts, dans les Mémoires couronnés pur l'acad. de Bruxelles, t. I, p. 55. — " De Tournon, Eludes statistiques sur Rome et la partie occidentale des étais romains, in-8", Paris, 1855, t. i, p. 342. — " O. Tarpioni Toztel I !, Belazioni d'aleuni uiuggi fatti in diverse parti delta Toscana, in-8 ", Flrenzè, 1751, t. x. p. 343 sq. — " Schouw, Des conifères de V Italie, dans les Annales des sciences naturelles, partie botanique, IIP série, t. m, p. 248 sq. — " Cas-

tell Dell' immédiate influença délie seine sut corso del

acque, in-8°, Torino, ISIS, p. 86. — "pour les rois normands, un.- forêt n'était qu'une réserve de chasse. On lit cette intéressante définition dans le Blackbook de l'Échiquier : « A foresl is o safe harbour for beast, noi «/ every sort but for such only us un- wild, not in every place, but in some certain places fit for that pnrpose ; wnence it is callid lorcsla quasi toresta.Uml is ferarum statio. Britannia, or a ebronographical description <>/ Créai Britain, bv YV. Camden. transit, by Ed. Gtbson, in-S°, London, 1753, t. l, p. 176.

FORÊTS

Corvel, il existait soixante-huit forets en Angleterre à l'époque de la conquête des Normands '. On peut croire que ces massifs étaient d'une grande étendue, .1 i ii juger par ceux que mentionne le Doomsday- Book : New-Forest dans le Hampshire, Windsor forest ■ huis le Berkshire, Gravelinges dans le Wlltshire, Winburne dans le Dorsetsliire, Whichwood dans l'Oxfordshire; ajoutons les forêts de Wistmann, près de Dartmoor ', de Rochingham dans le comté de Norlhampton », de Wirall (I'irlieul. Wirhale, Kill- Gury) dans le Cheshire, entre les embouchures de la t de la Mersey '; dans cette même presqu'île du Cheshire, et plus à l'intérieur, la foret de Delumare 6. La forêt de Galtres a été sans cesse réduite*. Les comtes de Nottingham, de Lincoln, de Derby, de Leicester, de Rutland comprenaient d'immenses forêts, celle de Sherwood, limpida sylva, entre autres'; celles de Dunsinane et l'.irnam ont disparu. Dans le West-Riding, à 3 milles environ à l'ouest de Knaresborough, une forêt s'étendait sur une longueur de 20 milles; dans le North-Riding, se trouvait Swoledale Forest absolument nivelée aujourd'hui '. Il faut nommer encore les forêts de Tilgate et de 1 laslings et le district forestier jadis désigne par les noms de andred, le grand bois, de saltus regalis dans la suite V enfin de Weald 10; les forêts du Nortb et du South Frit h », L'emplacement actuel de Londres était occupé par une forêt qui séparait le bourg de Londinium du \illage de Westminster et dans laquelle se trouvait englobé le hameau de Charing I2.

Nous pouvons juger de l'importance de la végétation forestière par les mesures prises en vue du déboisement. Jean de Lancastre occupa 21.000 ouvriers à abattre les forêts de l'Ecosse. Robert ! us son

expédition à Inverary, en détruisit de larges esp L'Irlande n'était pas moins abritée que l'Angleterre. Giraud de Cambrie, en son temps, citait des fonts qui avaient plus de 30 milles de long ls; l'île portait couramment le nom de woody isktnd, l'île boisée ". i Arthur Young dit qu'il n'y a pas observé cent acres de terre sans y rencontrer quelques signes évidents que jadis les bois en revêtaient la surface aujourd'hui totalement dépouillée. Ce déboisement s'est étendu jusqu'aux Orcades, aux Hébrides et à l'Islande '•. »

XII. Germanie. — L'établissement et le progrès tardif du christianisme en Germanie nous permettront

1 Lewis, llistnrical lnquiries enneerning lorest and forest lauis, in-8°, London, 1811, p. 2. — ' Mrs Iiray, Traditions o/ Devonshtre, ln-S°, London, 1836, t.i, p. !>8. -• A. Maury, lîist. des grandes forêts, in-8°, Paris, 1850fp.l20. ' Briiannia, or a chronogranhical description <>} Gréai Britatn, by \Y. Camdcn, t. i, col. 073. Cette forêt fut abattue sous Edouard III; le district a conservé le nom 'le Forest de

tnl'l. • Britania, ihi<L, Suivant Gorres de Serra. On a êubmarine forest nu the east eoast <<! Bngland, dans les Phllosophtcal transactions, 1799, une tout s'étendait de

i a l'étcrborough. — *<j. A. Coo raphical

and stattslical description o/ the countgof Vr.r/. , m -s. t.. api on. s. d., p. 217. — : Elle se rattachait a celle de Needwood cf. Archaeologla jiublished bu the Societg "/ Anllquarles, o/ London, t. jcv, p. 213. A ta torêl de Sherwood, m- rattache Lvenlr de Robin tfood. Repue britannique, V] série, t. mi : /.- i: :n //<.■-</. Ces forcis servaient

A L'élevage, dons certains comtés, ainsi dans la foiit de Pulham (Middlesex), on nourrissait i" f. Elus,

A gênerai introduction in Domesdag-book, in-s, London,

I i,p. 97. — 'G. A. Cooke, loe. efl., l 140.

* .1. M. Kemble, Codex dipiomai. eeoi Sazonici, in-s-, London. 1839, t.l.p. 133,239, t. mu. i>. si sq.,896; s. Bagshaw, Hùtlorg, GazeUecr and Directorg "/ the ".un/y o/ Kenl, in-S', SheOleld, 1846, t. i. p. 30, 31. " A. \tMiir>. il: t. ,i, grandes forêt . ln-8", Pans, 1850, p. 130, fait observer que la formation géologique qui correspond en France au Weald anglais, le pays .1.- Bray, a été aussi couvert par une forêt. Cl. Ad. Brongnlart, Des périodes

de mentionner très brièvement l'état du sol. La forêt Marciane, sylva Marciana, aujourd'hui dénommée Forêt Noire (Schwarzwald), s'étendait du pays des Rauraci jusqu'aux sources du Danube '". Au delà, après avoir traversé le pays des Chaetuori et celui des Curiones.on rencontrait la forêt Gabréte, syloa Gabrela qui recouvrait le versant méridional des montes Sudeli, aujourd'hui le Boehmerwald ; puis venait la Silva Luna, qui se terminait aux montes Sarmatorum. Au nord de cette dernière forêt, était située la forêt Hercynienne, silva Ilercimia, objet d'un grand nombre de monographies. Une sorte d'incertitude paraît avoir régné parmi les anciens auteurs au sujet des limites de cette forêt, dont ils donnent partois le nom au massif boisé qui couvrait la partie centrale de la Germanie ". Ces dimensions démesurées ont donné naissance à des légendes passablement ridicules, telles que h ino\ en âge les concevait et les répandait.

A l'est du Rhin, venait la sylva Ilacenis '*; au nordouest, le lucus Baduhennœ '* ; non loin du Wéser, la célèbre forêt de Teutoburg20. Il faut mentionner encore la sylva Csesia, dont le morts Coisium formait le point culminant; la sylva Semana qui recouvrait probablement le versant méridional du morts Melibocus. On lient juger encore aujourd'hui de ces forêts par le Ilarz et le Spesshart, car nous n'avons pas à parler des massifs boisés qui couvraient le sol non loin des rives de l'Oder et sur les bords de la mer du Nord. La forêt Hercynienne, à en juger par l'état actuel du Harz, appartenait à la végétation septentrionale, absence totale du chêne, prédominance du pin tendant à l'exclusion des amentacées et de toutes autres essences S1. Le Thuringerwald ou plus ordinairement der Wald, n'est pas moins caractéristique de l'ancien aspect du sol germanique ■»; on n'y rencontre guère que les conifères : pins, sapins, épicéas, entremêles d'ifs, de genévriers et de mélèzes, avec une prédominance marquée de l'épicéa qui forme véritablement l'espèce indigène; il tend à envahir les terrains où il s'implante et chasse devant lui le hêtre avec lequel il composait primitivement le fond de la forêt.

Jusqu'à l'époque où nos recherches prennent fin, les forêts de la Germanie ne paraissent pas avoir eu beaucoup à souffrir du déboisement. Avec l'époque carolingienne, commence le défrichement méthodique. Charlemagne fit déboiser des cantons entiers.

de végétation qui se sont succédé à la surface du globe, dons les Annales des sciences naturelles, 1849, p. 310. — ll S. Bagshaw, foc cit., p. 31. — " L. Faucher, Études sur l'Angleterre, in-8", Paris, 1845, i. i, p. 122; A. Manry, Les forMs de /.' Gaule, ln-8», fans, 1867, fntrod., p. 2r>, note 2. — 11 J. Logan, The scoilish gael, in-S°, London, 1821, t. i, p. 76. — "Robert Kane, 77ie indusiriul resourcei n/ Ireland, in-8», Dublin, 1645, 2- édlt., p. 3. — "A. Maury, lle.t'iire des grandes torils, in-8°, Paris, 1850, p. 131. Cf. Annales forestières, mai 1848. — " Martin Gerbert, Ihsinriu nlgrae silvet ordtnls s. B< tlontee, in-4% Typis San-

Blasianis, 1783, t.i.p. 12.— "César. 7>r belle galltco, 1. V I, c. xxv, fait commencer la forêt au pays des Helvètes, des Némètes, el sur les frontières des Rauraques; il la termine au pays des Daces, Claudien, De bell, Get., v. 331, la fait conllner à la Rbétie : Prominet Het sijleir. cf. strun/. De siihn Bercgnta, m-i . Vitten I 171*'.; De Santarem, Essai sur Vhlsloire de la <■ an moyen doc, in-S, Paris. 1849-1852, Cm. p. 264. — '*( De bello gall.,\. IV, c. X. — "Tacite, Annales, I. IV, c. i-xxin. Ce /uruî formait la télé des forêts de ta Frise, pari demeura longtemps boisée : In sglnis austratlbus, <liv< n renl les chroniqueurs. CLM.AHlng, DescrfpMoFWsfir.ln i . Anutaelodami, 1701 , p. 14. - Innnfes, 1. V,

i.xi;l. [I, c.vn.- "DteWaldungenuiutJagdendei h dans t'AUgemeint Forsl-und Jagd-Zettung, mars Beblen, Lehrburh der deulschen Forjf-und

' nirt. 1831, p. 17 1. • " Allgemetnc Forst-undi itung, Juin 1836,

Au ixe siècle, le massif compact des forêts commence à être gravement entamé '. « Les usagers gaspillaient tellement le bois, l'affouage était si peu réglé, que des arbres entiers, de magnifiques futaies tombaient annuellement sous la hache du bûcheron. Une chaumière, pour le luminaire de quelques veillées, employait souvent un arbre entier. On le fendait en longs copeaux que l'on allumait en guise de torches, ainsi que cela se pratique encore dans quelques localités d'Allemagne -. On se servait aussi de l'écorce des arbres comme luminaire, usage qui donnait naissance à une décortication très préjudiciable à la conservation des essences s. »

XIII. Gaule. — Nous étudierons la Gaule avec plus de développement que nous ne l'avons fait pour les autres pays, à cause du plus grand nombre de textes anciens qui se rapportent à ce pays.

A l'époque de la conquête romaine, la Gaule était amœna lacis immanibus écrit Pomponius Mêla ' et les Commentaires de César ne démentent pas cette qualification. En groupant les traits que ses livres et ceux que quelques auteurs qui l'ont reproduit, ou peu s'en faut, nous voyons que dans le pays des Belges, les habitations se trouvaient le plus souvent à la lisière des bois, parfois même au milieu des forêts 5; là se trouvaient réunies toutes les conditions nécessaires à une vie grossière. On vivait principalement du produit de la chasse et de la pêche; une clairière servait de pacage pour les bestiaux, la culture du grain était rare. « Les Belges, dit Strabon, font leur nourriture de lait et de viandes de toute espèce et principalement de chair de porc fraîche ou salée ; ces porcs sont élevés en liberté et en plein air; ils appartiennent à une race sauvage et sont aussi dangereux que des loups. Les Belges en ont une grande quantité et en tirent des produits qui leur suffisent pour acheter aux marchands étrangers tous les objets de leur consommation 6. > Les caractères des localités habitées par les populations belges se retrouvaient plus ou moins complètement dans les régions où ils avaient envoyé des groupes s'établir. Le centre et le midi de la Gaule étaient a la même époque en possession d'une civilisation moins primitive. De vastes espaces découverts y étaient semés de blé, d'orge et d'autres céréales7; en outre on retranchait sans cesse quelque chose aux forêts ou profit de la culture en sorte que l'aspect de la Gaule du centre et du sud-ouest devait avoir quelque ana-

1 K. G. Anton. Geschichte lier deutsclun Landwirthschaft, in-8°, Gœrlitz, 1799, 1. 1, p. 459,sq. — > Id., ibid., p. 461. — ' A. Maury, Hisl. des grandes forêts, in-S», Paris, 1850, 1>. 190 sq. — ' Pomponius Mêla, De sjln orbis, 1. III, c. n. Cf. E. Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, in-8°, Paris, 1876, t. I, p. 433. — ' César, Debello gallieo, 1. VI, c. xxx. Ces forêts recouvraient parfois des territoires entiers, p. ex. : celui des Trévires.desNerviens et des Sylvanectes. — • " Strabon, Géogr., 1. IV. Ces mœurs différaient peu de celles des Germains, Cf. Tacite, Germania n. v. xv, xvi, xxvi. Peut-être, à une époque suffisamment reculée, ont-ils différé assez peu de ce que nous savons des populations de l'Asie, les Semant, par exemple, qui vivent sous un toit de branches, se vêtissent de feuilles et se distinguent entre eux par les noms ries arbres sous lesquels ils sont nés. Cf. James Low, Journal o/ the indian archipel* go, and eastern Asia, 1850, août, p. 125, 127. — ' Pline, Hist. nul., 1. XVII, c. n. — 8 César, De bello gallieo, 1. II, c. xvii. César lit abattre une partie des forêls des Morins et des tylénapiens (Boulonnais et Flandre marititnei. — 'II. d'Arbols de JubainviMe, Vogage paléographique dans If dêpartemeni de l'Aube, in-8°, Troyes, 1855, p. 214. — ,0 Pline, Hist. nnf.,1. XVI, • . \ \\i. Le chêne-liège, n'était pas acclimaté nu temps de Pline, llist.nat.. 1. XVI, c. xm. Suber. — " Id.. ibid., I XVI, e. xvi, xxvn. Acer ou pseudoplatanus, d'une extrême blancheur, acer album; celui de la Rbétle et de fis trie, mer maculatum. — " Id.. Ibid., 1. xvi, e. wiu, Gallica heec arbor mirabili candore aiguë

logie avec la physionomie de quelques cantons de la Normandie, du Perche, de l'Anjou et du Poitou, désignés sous le nom de <• bocage ». Les buissons, associés à quelques baliveaux, formaient des enclos naturels; chez les Nerviens ils étaient remplacés par des haies, témoins et débris des forêts primitives 8. Le déboisement, toutefois, s'arrêtait aux frontières du territoire des cités, car les hommes de ce temps laissaient indécises les limites d'état à état. Ces « marches » ou frontières demeuraient comme un rideau plus ou moins épais, plus ou moins impénétrable, suivant que le sol favorisait la végétation forestière. On peut, aujourd'hui encore, retrouver quelques vestiges de ces « marches » boisées. La frontière méridionale du pays des Iricasses présentait une massive barrière arborescente, dont les forêts d'Othe, d'Aumont, de Rumilly. de Chaource, de Chappes, d'Orient, de Soulaines, de Bliffeix et de Der sont les restes *.

Après avoir déterminé avec le moins d'imprécision possible la superficie forestière de la Gaule, nous pouvons rechercher quelles étaient les essences les plus répandues. Ces essences différaient peu de celles qu'on y rencontre aujourd'hui. On y trouvait nos principales espèces de chênes l0, l'érable ", le bouleau, dont on tirait une sorte de résine I2, l'orme ", le saule '*, le pin lbr dont on tirait une poix de qualité supérieure, très recherchée en Italie ls. Le sol de la Gaule étaitfavorable à l'élève de l'if, mais il ne se répandit guère malgré cela, car on regardait son ombrage comme funeste et son bois comme empoisonné. Il faut encore mentionner le buis qui, dans la Celtique, atteignait un développement inaccoutumé ", le platane qui ne dépassait pas le pays des Morins, le hêtre très abondant 18 dans les lieux un peu élevés d'au moins 600 mètres, tandis que le chêne occupait les forêts inférieures I9. Il est possible que le châtaignier, qui recouvre aujourd'hui le centre de la France, ait été importé d'Asie à une époque postérieure 20.

Le chêne, de l'espèce appelé « rouvre », robur, procurait, de loin en loin, car c'était une maladie, le gui, visais "; les glandifères' produisaient encore le champignon blanc, employé comme antidote, décrit par Pline -2 et identifié par Littré avec Yagaricus o/firinalis. La production des glands avait alors plus d'importance que de nos jours à cause de l'élève du porc, alimentation la plus généralement répandue chez les anciens :3; le staphylodendron. (Staphylea pinnata)

tenuitate, lerribilis magistraiuum virgis. Cf. Radlof, Neue Untersuchung des Keltenthumes, in-S°, Bonn. 1822, p. 330. Le bouleau ne dépasse pas en altitude 1.9S5 mètres. — » Pline, Hist. nai., 1. XV, XVI, c. xxxjx. — "Id., ibid., 1. XV, c. xun. — ls Id., ibid., 1. XV, c. lxxvi. Le pin sylvestre, en tant que composant le fond des forêts, ne s'avance guère dans les plaines, au sud du 49", et en altitude au-dessus de 900 mètres. Il constitue aujourd'hui l'essence dominante du plateau granitique de l'Auvergne. Le pin mugho, dans les Pyrénées, atteint jusqu'aux neiges éternelles. A. Maury, Les forêts de la France, in-8°, Paris, 1867., p. 82. — '• Columelle, De re rustica, 1. XII, c. xxii-xxm. — "Pline, Hist. nat., 1. XVI, c. xxvm : buxus gallica, buxus sempervirens ; il abondait dans les Pyrénées; le cytise croissait dans les Alpes. Pline, I. XVI, c. xxxi. — ia César, De bello gallieo, I. V, c. xxi. — " H. Lecoq, Études sur la géographie botanique de l'Europe et en particulier sur la végétation du plateau central de lu France, in-8°. Paris, 1854, t. i, p. 150. — "Dulrcnoy et 1 lie (le lîeaumont, Explication de la carte géologique de la France, in-4", Paris. 1841, t. i, p. 175. ■ — !'Pline, /oc. cil., I. XVI, c. xcv. — » Id. ibid., 1. XVI, c. xm: cf. 1. XXVI, c. i.vii. — :,E. Desjardins, Géogr. hist. et administr. de la Gaule romaine, in-8", Paris. 1876, t. i, p. 438. Dans le cadastre, on distinguait les forêts alandifcrw et les forêts vulgarcs. Hyginus Gromaticus, De limil. constituend., dans Von Bhune, Lachmaim, Rudorff, Die Schriften der Rômischen der FeZdmessen, in-S», Berlin, 1848, 1. 1, p. 205,306.

ISS'.I

FORÊTS

dont le bois est semblable a celui de l'érable blanc produisait des graines renfermées dans des gousses et dont le goût rappelait celui de l'aveline. Le pin des Cévennes et le sapin des Alpes partageaient la réputation de celui du Jura et des Vosges '; la poix qu'il distillait, pix corticala, servait aux Allobroges comme condiment du vin :. Le pin ordinaire et le pin sylvestre | produisaient chacun une reine mit le sol gaulois, le mélèze produisait le larix. L'if, nous l'avons dit. pas sait pour avoir des propriétés toxiques. Pline dit que le vin transporté dans des barils fabriqués avec de l'if de Gaule, peut donner la mort '. César nous apprend que cette essence puliuliait en Gaule i I eo Germanie '. Ces indications peuvent avoir subi quelques modifications par suite de la conquête romaine; néanmoins il ne semble pas que la superficie forestière ait été notablement réduite par les Romains, et

si l'on tient compte de l'alToreslalion qui résulta île la

destruction et de l'abandon d'un giand nombre de terres et de cites par suite des rasages exercés par les Huns, les Gotbs. Us Vandales, les Burgondes. les Francs, on pourra supposer, sans chances d'erreui

le rendement forestier avait pu demeurer sensiblement le même au début de notre ère et vers le temps de

Charlemagne.

A mesure qu'on s'enfonçait plus profondément dans la Gaule, en s'éloignant de la Méditerrani rencontrait des massifs forestiers de plus en plus épais et de plus en plus vastes. A peine la Durante franchie. commençaient les grandes forêts -: au delà et à l'ouest se dressait la chaîne boisée des Cévennes; a l'est s'ele vaient les furets de l'Helvétie qui allaient rejoindre celles ib la Rhétie et de la Gaule cisalpine; au nord de la Gaule, nous avons dit ce qu'étaient les furets. Entre ces populations, vivaient les Arvernes et les Lduens, dont la puissance 1res grande fait supposer qu'ils avaient déjà donné une partie de leur sol a la culture; la région du territoire Éduen. que traversait le Hhône. était couverte de champs île ble, de même que la partie ouest du pays des Allobroges '. Les forêts 'le Fontainebleau et de Montargis séparaient les Sénons des Carnutes. Dans le centre de la (.aille, le pays des

Lemovices, celui des Cadurques, celui des Bituriges

paraissent avoir été muins ombragés. Les Cadurques cultivaient de grands champs de lin '. les Iiiturigcs exploitaient d'importantes naines de fer ■ et leur territoire passait pour très fertile": il devait l'être, en effet, afin de - tibvenir à la consommation d'une population nombreuse ' . .1 plus forte raison le pays des Carnutes qui, maigri' ses furets, pouvait suffire a l'approvisionnement des années romaines pendant leurs quartiers d'hiver ". L'Aquitaine, et la partie de la Narbonnaise qui l'avoisine, étaient peu boisées, car il ne faut pas comparer aux grandes forets, de

1 \usnnc, Clar, urli., \n, Tolosa, s s. 7, ; pi narum. — ' Columelle, De re rusllca, I. XII, c. wni: /ji'.r eorUcata appellatur, gua ulunlnr ad condtturas Ali"' — • Pline, llisi. liai., 1. XIV, c. x\. — ■César, De belle gallico, I. VI. e. xxxi : taxa (le iutus baccala , magna in Gallia copia cl, se erantmaotl. — Chorler, Hlslotn gèniraledu Dauphlné, in - 1 . Grenoble, 1761, t. 1. p. 60. ' César, /'' bello gallico, 1. 1, c. xxm-xxvm. 'Strabon, '."..;/•.. I. tv, ,. m. édlt. UOJIer et D p. 158. — ■ ■ César, De bello gallico, I. vu. c. xxn, ' M.. ibid., I. VII. c. Mil. wxu. '• Id., tbtd., I. Nil, e. ni.

Une nouvelle pouvait être transmise, en un juur, par des ens, répétés de v lllage eu s Ulage, depuis Genabum 1 1 Irléans, Jusqu'aux confins du paya «les .\r\ ernes. 1 lésar, /'e bella galllco, I. VIII. e. v. cr. I. vu. r. 11. - " Notons la dispe

ritlOn ail SI -S II' Siècle lie la furet lie Si USSY I .Ses m'.ii -uni .

Cf. A. M. Laisné, Étude sur l'ancien étal de la baie du .Muni Satni-MtcheL, d'après bu manuscrits de l'abbage <!*■ ce mont.

dans les ttriihim fus u lu Sorbonnt dans !• < dltl - ' < traor dinaires du Comité Impérial de» travaux historiques • n ln-8 . Paris, 1866, p. s! sq. A. Maurj .

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