‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 151 sur 423 · FORGERON — FORMULES · texte numérisé non relu

FORGERON — FORMULES

corps de métier, se trouve conservée sur un des piliers du musée épigraphique de Lalran ' (fig. 4559).

A Saint-Paul-hors-les-Murs, on conserve l'épitaphe d'un forgeron du quartier de Subure 2 :

• • -CRESCENTIO FERRARIVS DE SVBfura NOVE SIBI ET SVIS-QVI OMNIBVS

H. Leclercq.

FORMA. — Ce terme est exceptionnel et l' épigraphie chrétienne n'en a offert jusqu'à ce jour qu'un exemple unique. Dans VEpislnla 7" ad Innocenlium on lit cette description des funérailles : Clerici quibus id ofjicii erat, cruenlum linlco cadaver obvolvunl, et fossam humum lapidibus construenles ex more lumulum parant. Les fosses, revêtues de maçonnerie, prenaient le nom de forma;. La forma est donc une sorte de puits en maçonnerie, à fermeture horizontale, dont les parois portent des rainures ou des tablettes permettant de superposer un certain nombre de corps sans qu'ils se touchent exactement. De cette manière, il devenait possible d'esquiver les anathèmes et les amendes infligés à ceux qui superposaient les cadavres ce qui permettait à celui qui était au sommet de la pile de ressusciter, tandis que toute la rangée devait rester bloquée à jamais, faute d'avoir pu se dégager. Les forma; ne différaient guère, somme toute, de ce que nous nommons aujourd'hui un « caveau », dans les cimetières modernes. Toutefois, les forma; paraissaient avoir été plus profondes que nos caveaux, puisqu'on pouvait y empiler jusqu'à dix corps. Le mot forma servant à désigner les canaux, les aqueducs, le P. Marchi se trouva induit en erreur par une inscription que nous allons transcrire et interpréta infra formas ce qui était inlro formas; selon lui, c'était une tombe entre deux aqueducs.

L'épitaphe en question réclame un instant d'attention. Boldetti la découvrit au niveau le plus profond du cimetière de Tor Marancia. Une partie de la pierre originale, qui avait disparu a été retrouvée en 1869, quand on dépava l'église de Sainte-Marie du Transtévère, où Boldetti, chanoine de cette basilique, l'avait fait transporter avec beaucoup d'autres pierres provenant des cimetières souterrains. C'est une pierre fort lourde et appropriée aux dimensions d'une sépulture dans un cimetière à ciel ouvert. On y lit ceci 3 :

ANNIBONIVS FEC1T SIBI ET SVIS

LOCVM HOMINIBVS N VIII INTRO FORMAS

EC TON EMON PANTON TVTO EMON

La sentence de la dernière ligne est en langue grecque interprétée en caractères latins : « De tout ce qui fut à moi, ceci me reste. » Il s'agit d'une tombe qui renferma le cadavre d'Annibonius et de sept des siens.

Toute la première ligne, le début de la deuxième ligne et les cinq premières lettres de la troisième ont disparu. Ce qui subsiste de la deuxième ligne est fendu en deux parties. C'est grâce à la transcription de Boldetti que le texte complet est connu aujourd'hui.

H. Leclercq.

FORMULES.— I. Marculf. IL Les formulaires. A. Formules d'Angers. 73. Formules d'Auvergne. C. Formules de Marculf. D. Formules d'époque carolingienne. E. Formules de Tours. F. Formules de Bourges. (',. Formules de Sens. 77. Formules de Bignon. J . Formules de Rozière-Merkel. K. Formules de Lin-

1 O. Marucchi : / monumenti dcl museo cristiano Laterancnse, pi. ux, n. 33 : Epigrafîa cristlana, in-12, Milano, 1910, pi. xvi, n. 5. — * O. Marucchi, Epigra/ia cristiana, p. 233, n. 2S9. — 3 Boldetti, Osseruazioni sopra i cimitcri cris t ion i,in-fol., Koma, 1720, p. 650 ; Ci. Marchi, / monument! dellearti crisliane primitive nette metropoli delcristiancsimo, in-4°, Ronia, 1844, p. 116; De Rossf, Itou m solterranea, t. m. p. 410. — 'C. A. Sainte-Beuve, Gabriel Naudé, dans Portraits

denbrog. L. Formula; impériales. M. Formula' Alsalicœ. N. Formula; Augienses. O. Formula: Sangallenses. P. Formula; Salzburgcnses. Q. Collectio Pataviensis. R. Formularum codicis S. Emmerani. S. Collectio Flaviniacensis. T. Formula: collectionis S. Dionysii. U. Formula: codieis Laudunensis. V. Formularum epislolarium coll. min. X. Formula: extravagantes. V. Formula- wisigolhicœ. Z. Formularum Pilhœi fragmenta. III. Tableau général des collections. IV. Le latin des formules. V. Les éditions. VI. Le contenu des formulaires.

I. Marculf. — Joubert, dans une lettre à Fontanes, disait : « Il me reste à vous dire sur les livres et sur les styles une chose que j'ai toujours oubliée. Achetez et lisez les livres faits par les vieillards, qui ont su y mettre l'originalité de leur caractère et de leur âge. J'en connais quatre ou cinq où cela est fort remarquable : d'abord le vieil Homère, mais je ne parle pas de lui. Je ne dis rien non plus du vieil Eschyle; vous les connaissez amplement en leur variété de poètes ; mais procurez-vous un peu Vairon, Marculphi Formula'(ce Marculphe était un vieux moine, comme il le dit dans sa préface, dont vous pouvez vous contenter) ; Cornaro, De la vie sobre. J'en connais, je crois encore un ou deux ; mais je n'ai pas le temps de m'en souvenir. Feuilletez ceux que je vous nomme, et vous me direz si vous ne découvrez pas visiblement, dans leurs mots, et dans leurs pensées, des esprits verts quoique ridés, des voix sonores et cassées, l'autorité des cheveux blancs, enfin des têtes de vieillards. Les amateurs de tableaux en mettent toujours dans leur cabinet; il faut qu'un connaisseur en livres en mette dans sa bibliothèque 4. »

Si Fontanes avait lu plus que la préface de Marculf, il aurait été fort dérouté et complètement perdu dans ce recueil dont l'importance exceptionnelle ne concerne que le droit public et privé sous les Mérovingiens. Grâce à lui, nous savons de quelle manière la propriété était transmise, comment les esclaves affranchis, comment l'Église dotée, la justice rendue et les honneurs distribués par le souverain. Un recueil de cette importance 'ne pouvait manquer de provoquer les recherches des historiens. Dédié à un évêque ayant nom Landri, et qu'on estime avoir été l'évêque de Paris, Landri (650-656) le Formulaire de Marculf devrait donc prendre date vers le milieu du vne siècle. Cette opinion a longtemps réuni la majorité et même l'unanimité des critiques, nonobstant ce qu'avaient pu dire Launoy et Ellies du Pin. Jean de Launoy destine le Formulaire à Landri, évêque de Meaux, contemporain de Pépin et de Charlemagne s et du Pin précise la date de l'épiscopat de ce Landri à l'année 780 6. Survint Hadrien de Valois qui, au lieu de Landericus, lut Candericus et détourna le Formulaire de Marculf vers ce nouveau destinataire siégeant à Lyon '; Le P. Labbe n'en crut rien et envoya Marculf dans une abbaye de Bourges 8 où Dom Rivet consentit à le laisser », en attendant qu'on l'expédiât ailleurs, ce qui ne tarda pas. Toussaint du Plessis, auteur d'une Histoire de l'Église de Meaux, lui signifia que son Formulaire avait été dédié à Landri de Soignes, entre Mons et Bruxelles. Ce saint homme n'avait jamais été évêque de Meaux, mais chorévêque in Castello Meltis (Melteshem, aujourd'hui Meldesheim) 10. Heureusement pour Marculf et son Formulaire, Bignon, Lecointe,

littéraires, t. u,p. 4S3-484. — s Launoy, Inquisitio in chartam immunitatis beati Germant, 1657, p. 26; Asserlio inquisitionis, 1658. — * Ellies du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, t. vi, p. 36. — ' A. Valois, Disceptationis de basilicis defensio, 1660, p. 152., — s Labbe, Sacrosancla concilia, t. VI, col. 351. — ' Rivet. Histoire littéraire delà Fronce, t. m, p. 567. — " Toussaint de Plessis, Histoire de l'Église de Meaux, 1. 1, p. 07; p. 6ft2, n. 33.

FORMULES

MabiUon, Savigny, Roziére, Sickel s'en tenaient à l'évêque parisien l.andri et tenaient l'ouvrage pour terminé en 656, au plus tard. Après un long repos, la question fut de nouveau soulevée, par M. K. Zeumer qui fait de Marculf un moine du diocèse de Meaux écrivant a l'époque ou l.andri .1 occupait le

siège de Meaux '. Cette opinion s'appuie sur les consi- 1I1 rations suivantes :

1° Les formules 1 et 2 du livre 1 ' du Formulaire de Marculf ont été rédigées, pour la plus grande partie, d'après le diplôme accordé, en !',:;:>, par Dagoa l'abbaye de Rebais, du diocèse de Meaux 2. Le rédacteur du formulaire avait certainement ce diplôme sous les yeux; il était doue probablement moine de l'abbaye de Rebais. Comme il dédie son livre à l.andri. son évéque, on doit en conclure que ce Landri était évéque de Meaux.

2° Cette opinion est confirmée par les Ocslacpiscoporum Cameracensium qui nous apprennent que saint Vincent, fondateur de l'abbaye de Soignes, fut enterre dans ce monastère, ainsi que son fils Landri, évéque de Mi aux : I bique, sepultus cum filio suo Landerico, Mrlderisi episcop", in pace quiescit'.

3° Dans la Formule 2ô du livre l,r. le maire du palais assiste au placilum palalii. Le premier judicium où l'on trouve le major domus est de l'an 697. houe, le Formulaire est postérieur à cetti 97. L'auteur

n'a pu le dédier à Landri. évéque de Paris, mort en 656, mais bien à Landri de Soignes, et il nous donne le droit public et privé de la lin du vir siècle an plus tôt.

Tels sont, résumes par Ad. Tardif, les arguments apportés avec plus de conviction sans doute que de bonheur. Car il est assez clair que, 1 affirmations

tranchantes, un examen de bon sens lu laisse rien subsister.

Le fait de s'inspirer et de transcrire une charte de tyi de Rebai ni prouve pas qu'on faisait partie de ce monastère, puisque les minutes des diplômes des rois mérovingiens étaient conservées à l'abbaye de Saint-Denis et par conséquent un moine de Saint-Denis avait les mêmes facilités pour s'instruire, sans sortir de chez lui, que pouvait avoir un moine de Rebais. Puisque Marculf. ainsi qu'il nous l'apprend, composait son Formulaire, ad exercenda initia puerorum, il aurait eu sans doute quelque peine à trouver un auditoire de jeunes nolarii, dans la petite abbaye de Rebais, alors qu'une école de ce genre à Saint-Denis, n'olfrc rien que de vraisemblable. Un pourrait dire enque si les deux premières formules de Marculf

' lent du diplôme de Rebais, il a pu en i\ :on

naissance .m cours d'un voyage, l h- combien de char tes MabiUon n'a t il pas eu connaissance et qu'il a utilisées dans ses livres, écrits a Saint-Germain monastère, loin triers qu'il avait visités et

OÙ il avait fait sa récolte de documents.

La mention de l.andri de soignes, évéque de Meaux,

ibsente des Gesta episcoporum Ca uni où

introduite par Bethmann, leur dernii

leur, qui a emprunt til a la Vita Autberli

de Fulbert. <>r. dans bs manuscrits de la Vita Autberli,

l.andri est bien évéque, niais non de Meaux. on lit :

Mettensis et non Meldensis. Voici le catalogue épisecpal de Meaux, et on n'y rencontre aucun personnage nomme Landri. pas plus que dans les calendriers el les propres locaux. Comme la vie de Landri, connue

par quatre manuscrits, le fait eveque de Metz, que

Neuet Archlv det Gcscllscha/l fur ilterc Geschtchtskunde,

1. m. p. 36; et Monumenta Gtrmantœ historlca, 1 1 rmulte, p. 33, 34, — ' Pardessus, Dlplomata, charité, t. n, p. 275. - ■ Ifonum. Germantes Script., t. \u. p. 465,n, 66, 1 \d. Tardif. Étude sur la daté 'tu Formulaire 't* A/<ir< ulf, dans Noupelte revue historique du droit français et étranger, 1884, 1. vui. p. 557-565; Nouvelles observations tur la date

cette vie a ete écrite à Soignes où il mourut el fut enterré, on peut l'en croire. De ce que. Landri manque dans le catalogue épiscopal de Metz, comme dans celui de Meaux, il n'y a pas lieu d'être surpris car, suivant la remarque d'IIensehenius, les anciens catalogues d'évèques ont été dresses a l'aide des diptyques des morts (nécrologes ou obituaires), et on n'inscrivait sur ces diptyques que les noms des évéques en fonctions; quant àceuxqui avaient résigné leur charge, il n'en était point fait mention. C'est ce qui sera arrivé pour Landri. »

La présence du major domus dans la Formule 25 du livre premier prouve-t-elle que ce dignitaire n'a jamais assisté à un plaid du palais, judicium palatii, avant 097? On ne connaît que huit jugements avant celui de 697. Trois d'entre eux, dates des années 658 et 659 (n. 34, 36, 37) sont mutilés et ne contiennent plus la liste des présents; un autre 111. 35), présente une lacune dans cette liste, el cette lacune a pu contenir le nom du maire du palais; deux autres sont corn;

60), mais aucun des grands personnages de la cour n'y est nomme. Deux autres, des années 692 et 093 (n. 64-66), sont des sentences rendues au plaid du palais dans des affaires considérables, jugées : l'une a Luzarches. l'autre à Valenciennes. Ces sentence! tiennent une longue énumération de fonctionnaires où manque le maire du palais. Oui' conclure de la'.' Que le maire du palais n'a assiste à aucun plaid avant Mais le maire du palais, en 092 et 693, était Pépin d'Héristal, maître de la Neustrie et rie l'Austrasie, alors occupé par la guerre de Frise et ayant, apparemment autre chose à faire qu'à venir assister à un plaid à Luzarches ou à Valenciennes. 11 avait d'ailleurs, en Neustrie, un suppléant, Nerdeberethus ou Norbert, lorsqu'il était retenu en Austrasie;or, Norbert :i dans ces deux plaids de 692 el 693. On a donc le droit d'affirmer que le maire du palais y assistait, dans la personne de son représentant. Ainsi, des aigu ments apportés, ils ne subsiste rien et le l.andri de Meaux s'évanouit pour faire place au Landri traditionnel, évéque de Paris (650-656), dont Marculf était tin. Lu outre, il est impossible d'affirmer que le maire du palais n'ait jamais assiste à un plaid avant 697. Enfin, il n'est pas certain que le major domus ait figuré dans la formule 25, car la ne de ce fonctionnaire ne se rencontre pas dans le meilleur manuscrit du Formulaire, le i621 Int.. de la I liblio thèque Nationale ; le seul qui donne l'œuvre complète de Marculf, avec sa préface '.

Ainsi, voilà Marculf loge a Saint-Denis el rédigeant sou Formulaire quelque part en Neustrie. l.e premier éditeur de Marculf, .brunie liignon, avait doue \u

clair, dès 1613, et Fustel de Coulanges ', assez peu

i se contenter des opinions d'autrui. se rangeait ci. Th. Sickel, toutefois, en admettant que Landri fût évéque de Paris *, n'allai) i icon-

clure que Marculf eut rédige le Formulaire <t.

• '. Vi\ certain Stobbe le lirait vers la Bourgoius prétexte que dans la formule de nomination de comte et de due, on lit ( I. S) : Non' i i confli pouvoir, dans le pagus un tel, pour que le peuple y

demeurant, les Francs, les Rom s. les l'un

et les autres races vivent sous Ion régime et sous ton commandement.., tum Franci, Bomani, Burgundionis vel retiquas nationis. Dans une autre formule. On trouve, mentionnes a I itn d'exemple, les mon |

du Formulaire dV Marculf, dans même revue, 1885, t. i\.

1 La monarchie tronque, p. 24, n. i beul, Dissertation où l'on assure i l'Église de Parti

du nom de Landry, en convenant que son culte a commen ird, dans Dissertations sur r

tiasltque et civile de Parts, 1741, t. n, p kunden der Karollngcr, t. i, p. i u, n. l.

FORMULES

de Lérins, d'Agaune et deLuxeuil, situes au royaume de Bourgogne (1,1): Et nobis aliquis delrahendo <vstimet in id nova decernere carmina, dum ab antiquilus juxta constitutionem pontificum j>er regale sanctionem monasteria sanctomm Lyrinensis, Agaunensis, Lessoviensis... sub liberlalis privilegium videntur consisterc. Mais tout cela ne prouve guère, sinon que le comte doit exercer son autorité sur les sujets de toutes races, et que les trois monastères en question ont possédé les premiers certains privilèges, plus tard, en conférant les mêmes exemptions à d'autres monastères, on citera à côte de ces trois noms, celui de Saint-Marcel de Chalon, et celui de Rebais '. On pouvait espérer que le vieux moine et son formulaire allaient enfin trouver le repos et une sorte d'oubli. Il n'en était rien.

M. C.li. Pfister transporta le bonhomme en Lorraine, parce qu'une formule du recueil, celle qui termine le premier livre (I. 40) ne saurait s'appliquer qu'à l'Austrasie, que, par suite, le recueil entier a été compilé dans le royaume de l'Est. Cette formule est celle du leudesamio : « Le roi un tel au comte un tel. Avec le consentement de nos grands, nous avons prescrit que notre fils un tel règne dans notre royaume un tel. Aussi nous vous ordonnons de convoquer tous vos pagenscs, tant francs que romains ou ceux d'autre race, et de les rassembler dans les lieux convenables, soit dans les villes, les villages ou les châteaux-forts, pour qu'en présence de notre missus un tel, homme illustre que nous avons délégué de notre palais, ils jurent fidélité et leudesamio à notre fils et à nous, sur les saintes reliques que notre missus apportera avec lui. »

Voici un cas bien déterminé : un souverain confère à son fils l'autorité royale dans un territoire donne et exige serment de fidélité à son fils et à lui. Le cas s'est présenté trois fois à la lin du vie, et au début du vne siècle, et rien ne permet de supposer que d'autres cas se soient produits dont nous ne saurions rien2. En 589, Meaux et Soissons, faisant partie du royaume d'Austrasie. députent à Childebcrl II, en résidence à Strasbourg : « Donne-nous, lui dirent-ils. l'un de tes fils pour que nous le servions : résistant plus facilement, grâce à lui, à nos ennemis, nous défendrons mieux les limites de notre ville 3. » Ainsi fut fait. — LTn peu plus tard, Chlotaire 1 1, roi des Francs, associa au trône son fils Dagobert, en 622, et le donna comme souverain aux Austrasiens. En 629, à la mort de Chlotaire II, Dagobert réunit toute la monarchie franque, peu après il lui naquit un lils et quand ce fils eut trois ans, en 633, il le donna comme roi aux Austrasiens : il vint a Metz, réunit les évêques et les grands pour le leur recommander. Dans ces trois circonstances seulement, on eut occasion de se servir d'une formule semblable à celle que Marculf prit soin de recueillir. Marculf se servait des actes usités de son temps; il a seulement rédigé de toutes pièces quelques chapitres, mais il n'a pas dû inventer la formule du leudesamio. il l'aura copiée sur les lettres adressées par Chlotaire II et par Dagobert, en 622. et en 633, aux comtes de l'Austrasie et de cette partie étroite de l'Austrasie comprise entre les Ardcnries à l'ouest, et les monts Faucilles au sud. Or, Marculf a écrit dans sa préface :

- .l'ai réuni ce que j'ai appris, selon la coutume du heu où nous habitons.... juxta consuetudinem loci quod egimus. Or, on trouve dans son recueil un acte qui n'a jamais pu être appliqué qu'à l'Austrasie; c'est donc dans ce royaume qu'a vécu ci nui Marculf?

i Sickel, BeUr&ge :or Diplomallk, 1864, 1. iv, p. 18-19.

— -KhIIi, Geschtchte des Beneflcialutesens, ln-8°, Brlangen, 1850, p. 279. — ' Grégoire de Tours, Hist. Irancor., 1. IX, c. xxxvi, /'./.., t. i.xxi. roi. 513. — 'E. Bonvalot, Histoire du droit et des Institutions de la Lorraine et des 'trois Evêcliés (843), 1789, I. t, Du Imite de Verdun n la mort de

En 1890, M. Bonvalot présenta un Marculf austrasien et assez différent de ses homonymes dans le passé. I e Marculf retouché était lorrain, avait vécu dans la seconde moitié du vne siècle, et rempli la charge de cellérier au monastère de Salinis (Moyenvic en Lorraine). C'est là qu'il composa son formulaire à l'aide de documents austrasiens, en se conformant aux coutumes de la région qu'il habitait. Son recueil fut successivement dédié à deux évêques de Metz, saint Clou et Landéric ou Landri *. C'est la conclusion qu'adopte M. Pfister 5. II s'agit dès lors de se débarrasser de Landri de Paris. Il y a bien cette biographie du Landri de Metz qui le fait mourir à Soignes. Qu'elle soit du vm« ou du xive siècle, il n'en est pas plus facile ou plus difficile de donner une destination à Landri qu'on promène de Meaux à Metz, de Metz à Soignes. C'est finalement à Metz qu'on l'installe. « A Arnulf, l'ancêtre des Carolingiens, avait succédé sur le siège de cette ville Goëric, surnommé Abbon. La Vita Arnulfi °, document contemporain, nous donne ce renseignement qui est hors de toute contestation. Goëric-Abbon était encore prélat en 641, une année après qu' Arnulf fut mort dans sa solitude de Remiremont; il fit, à cette date, la translation des reliques de son prédécesseur, du Saint-Mont à Metz 7. Peu de temps après il n'était plus. Il fut remplacé par Godon, honoré au diocèse de Metz, sous le nom de saint Gon. On s'accorde à attribuer à Godon un épiscopat assez court. La liste des évêques de Metz lui donne pour successeur Clodulf, fils d' Arnulf... Vers G48, Clodulf, était encore domestieus du roi Sigebert... Pour la première fois. Clodulf nous apparaît comme évèque de Metz, en l'année 659, à la date du 17 mars *. Entre 644, date où nous trouvons Godon évèque de Metz, et 659, ou Clodulf nous apparaît pour la première fois en qualité de prélat, il y a un intervalle assez long : nous pensons que, dans cet intervalle, Landri a occupé le siège de cette ville s. » Autant vaut convenir que le Landri de Metz est à la dérive et qu'on ne sait pas par quels moyens le ressaisir. Il s'en suit que Marculf a dédié son œuvre à l'évêque Landri, et que c'était, selon toute vraisemblance, le Landri de Paris (650- 656). Reste à savoir si on pouvait dédier à un évèque de Paris ce qu'on avait « appris des ancêtres, selon la coutume du lieu où nous habitons », quand on habitait l'Austrasie.

Marculf était homme de ressources, au lieu de se faire un unique protecteur avec son Formulaire, il s'en lit plusieurs, beaucoup, le plus possible. Un autre eùl dédié son travail à un évèque et tout était dit; Marculf fit autant de dédicaces que de destinataires. Sur une copie, il écrivit ou fit écrire par son copiste : Domino sanclo... ac reverendissimo pape Landerieo Marculfus (mss. Leyde, 114; Paris, 4627 et 70756) et voilà Landri content. Mais le vieillard sur un autre exemplaire écrivit : Domino sanelo... hac reverendissimo papaee Glidulfo Mureul/us (ms. Paris, 2133), et voilà (ilidulf satisfait. Glidulf, c'est Clodulf de Metz, et voici qui nous ramène vers l'Austrasie. « Mais comment admettre que Marculf ait dit à beaucoup d'évèques disséminés sur tout le royaume franc : « .le n'ai pu écrire d'une façon élégante comme j'aurai voulu; mais j'ai rempli comme j'ai pu, non seulement vos ordres, niais encore beaucoup d'autres choses... Non solum en que jussistis, verum cliam mullo alia. » Evidemment, de telles paroles, nous dit-on, ne sont adressées qu'à un seul personnage. « Mais c'est le contraire qui

Charles II, ln-8, Paris, 1S95. — * Cil. Pfister, Noie sur le Formulaire <te Marculf, dans Revue historique, 1892, t. L, p. 43-63. — c Vita Arnulfi, c. xix, dans Scriptores reruni nierovingicarum, t.n, p. 440. — : fila Arnulfi,c. xxn. — 'Devirtutibus sanctœ Geretrudis, dans Scriptores rerinii merovingicarum, t. a, p. 465. — ' Ch. Pfister, op. eit., p. 55-56.

FORMULES

parait évident : J'ai rempli comme j'ai pu vos ordres, mais encore beaucoup d'autres choses que vos col lègues m'oni demandé. Dr tout ceci j'ai fait un Formulaire unique dans lequel • j'ai réuni ce que j'ai appris des ancêtres selon la coutume du lieu où nous halo

tons. Mais K- lieu on nous habitons, c'est la France, Franeia, qui s'applique d'abord a la Neustrie, puis à l'Austrasie (voir Dictionn. au mot Fhani i i. m ri ail a eu commission des évêques(d'un concile peut-être)

de dresser un manuel el il \ .1 introduit ce qui pouvait servir aux uns et aux autres, a ceux ei el a eeux-là. Il a pris de toutes mains, un diplôme de Rebais, comme des formules austrasiennes. Quand on lait tant que de composer un livre, on s'efforce ordinairement,

de le mettre a la portée du plus grand nombre pos-

de lecteurs, de l'évêque de Taris, comme de l'. vêque de Metz.

Th. Sickel a observe que le recueil de Mareulf a servi de modèle aux descendants d'Arnull devenus maires du palais*. Quand, en 711. Charles Martel cède a la basilique de Saint-] (enis la \ [lia de < lichy ', il reproduit l'une des chartee pagenses du second livre (11,6) : quand, en 743, Pépin confirme par un diplôme date de Metz, l'immunité de Saint- Vincent de Màcon3, il copie, lui. mi futur, la formule que Mareulf avait indiquée aux souverains mérovingiens (I, :S). Et nous trouvons une imitation visible de notre recueil 1 I. 2">) dans les jugements que le même Pépin rendit en faveur de Saint-Denis en 717. en 7 19, en 750 '. Plus tard, quand les Carolingiens eurent pris le titre de roi. leurs chanceliers se servirent beaucoup de ce formulaire; selon une expression de Sickel, » le travail > littéraire di- Mareulf reçut alors une consécration ollîcielle s. »

Maintenant qui est le personnage de Mareulf? On lit dans la vie de saint Colomban. par le moine Jonas, que le saint vivait avec quelques compagnons dans la solitude des Vosges, pies d'Annegray. Non loin «le là, se trouvait l'abbé Caramtocus, dirigeant le monastère de Salicis, Ayant été averti de la disette complète de Colomban. il envoya son cellerier, Mareulf, avec des provisions. On s'égara, mais les chevaux en ces heureux temps, en savaient plus long que leurs COChers; ils trouvèrent le chemin, prirent le trot et Colomban bénit Mareulf6. On est ici en pleine fantaisie. L'abbé Caramtocus et les chevaux ont des intuitions spirituelles, aussi on m' parvient pas à s'entendre. OÙ est le monastère de Salieis. C'est Salins,

dit Mabillon; c'est Saale, dans la vallée de la Bruche,

|i Sannois, c'est Moyenvic. En définitive, on n'en

sait absolument rien, (m ne ni même pus très bien

1 b Vfarcull du monastère fantôme de caramtocus

est bien réellement le vieillard qui a rédigé nuire pie

deux formulaire, (lu a beaucoup de raison d'en douter

de n'en 1 ien croii e. Vers le milieu du

ui' sieele. a l'époque ou. pour repondre a la demande

de Landri, de AegliduU et d'autres, il composait son

recueil, c'était, comme l'a dit .loubcrt, un vieillard. Il avait alors dépasse soixante dix ans, sa main licm- 1 lait et pouvait difficilement tenir la plume, ses veux fatigues lui refusaient presque tout service, a devenait plus lente, sa mémoire hésitante. Ici dit avec justice M. P fis ter, nous demandons là permission

pas le croire, car son recueil est fort bien fait;

les formules disent juste ce qu'elles doivent dire; les

noms propres, les parties accessoires ont été retran-

beaucoup de soin; les parties générales,

séides, ont 1 ti conservées. En outre, ta es sont.

Sickel, Bellr&ge -ur Dtplomattk, t. m, p. 'SiJ >*>■ Urkunden der Karollnger, t. 1. p. 16. — : Pardessus, Dlplomata, Charte, t. n, p. 380, n. 563. ■ Tbld., t. n. p. 382, n. ' Ibtd. . t. n. p. 103, Il I. Il .. n 1 'Die

pourqui connaît la langue mérovingienne, d'une clarté parfaite. Sans doute, le style est incorrect; il n'y a plus chez Mareulf ni déclinaison, ni accord des adjectifs et des substantifs. Mais, est-il bien juste de lui en faire un reproche'.' Mareulf a écrit la langue latine telle qu'on la parlait encoi e de son temps et peutêtre, est-ce là. aux yeux des vrais historiens et îles philologues, un mérite de plus !.

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