FOURCHE (SUPPLICE DE LA
11 faut donc, avec Baronius \ Juste Lipse » et. Moramsen 3 abaisser cette date. La loi du 1" août 315 dont Godefroy déduit l'abolition du crucifiement ne défend que la marque au fer rouge, marque en forme de croix. C'est un acheminement, ce n'est pas encore la prohibition formelle. Dans l'édit de accusalionibus, le crucifiement n'est plus indiquépar le mot crux, mais par palibulum; on constate dès lors une intention assez claire d'éviter ce mot crux, rien de plus *: l'abolition formelle dont parle Sozomène se trouve rapportée par lui parmi les derniers actes législatifs du règne. Cela même n'a pas suffi puisqu'on a pu soulenir que le supplice du crucifiement fut appliqué jusque sous le règne de Théodose '-, et si ce supplice disparut, ce n'est pas en vertu d'une loi, mais parce qu'il tomba en désuétude. Cette opinion n'est pas soutenable. On ne peut, après le règne de Constantin apporter un seul exemple de condamnation régulière
4618. — Supplice de la fourche.
D'après II rotolo di Giosue, pi. xv.
et légale au supplice de la croix. Si on peut invoquer quelque exemple, c'est un abus de pouvoir tel qu'on peut toujours l'attendre de la part d'un tyran lorsqu'il se met au-dessus de lois. Ainsi lorsqu'on rapporte 6 que le césar Gallus fit périr (radis eruribus les deux Apollinaire, le père gouverneur de Phénicie, le fils gendre du préfet d'Orient, il est clair que Gallus ayant tant fait que d'infliger à des personnages de naissance illustre un supplice réservé aux esclaves ne s'est pas laissé arrêter par le scrupule d'observer une loi abolie depuis quelques années. Le crurilragium appliqué aux crucifiés afin de hâter leur mort, était par lui-même un supplice distinct '. Un témoignage un peu plus tardif
1 Annales ecclesiastici, ad ann., 325, n. 206. — ! De crtice dans Opéra, Lugduni, 1613, 1. 1, p. 790; Gretser, De sancta rruce, 1. I, c.LXXi, dans Opéra. Ratisbonne, 1734, 1. 1, p. 125. — » Romiscne Strafrecht, p. 921 . — * Code Théodosicn, 1. IX, tit. xvni, 1. 1: 1. IX, tit. xv, 1.1. — '• A. Zestermann, Die bildlichr Darstelhmg des Kreiaes und Kreuzigung Jesu Christi, in-S°, Leipzig, 1867, part. 2, p. 11. — ' Ammien Marcellin, Hisl. rom.,1. XIV, c.ix, n. 8. — ; Cicéron. Pliil., xm, 12, 27 ;Senèque,Deuio, m, 32,1; Suétone, Anous/us«e7; Tiberius, 44; Euaèbe, Hist. eeel.. I. V, c. xxi, P. G., t. xx,
est celui de saint Augustin qui, au début du vc siècle rappelle que le supplice de la croix est aboli depuis longtemps : Cum sub antiquis seelerati crucifigerentur, modo nullus crucifigilur s. A cela on ne saurait opposer que les témoignages suivants. Vers 3G0-361, Lucifer de Cagliari s'adressant à l'empereur Constance, lui dit : Addas ferociores ullores qui devotos Dei milites adversus edicla feralia tua resistentes, quo minas et rrueialus cl tormenta fîdei vigore... calcemus, possint vel gladio invadere vel crucifigere vel igné torrere vel quolibet inaudilo génère pœnarum viscera nostra ac membra laniare *. Il s'agit ici de ce que Constance peut ordonner, non pas de ce qu'il ordonne; en outre Lucifer emprunte presque les termes dont il se sert à une lettre de saint Cyprien : Qui Cornelium adversus edicla feralia resistentem et minas et cruciatus et tormenta fidei vigore calcantem vel gladio invaderent vel crucifigerent vel igné lorrercnl vel quolibet in audilo génère pœnarum viscera cjus et membra laniarenl 10. Il est facile de voir que dans cette citation Lucifer n'a pas entendu écarter un terme qui n'était plus conforme à la législation en vigueur à l'époque où il écrivait. Un autre passage du même auteur prouve encore moins : Quantum ad exitum nihil inlercst clavo per te an lancea moriar, restrictis post terga manibus aut porrectis sparsisque... gladio an securi caput auferas, ad palum me an ad crucem alliges, igné lorreas an vivum humo condas, saxo prœcipites an in maria mergas. labandagine... longe a me meum caput excutias an omni sublililate subliliore sagitla diutissime ftgens in meo corporc ludas ll. Dans cette énumération de supplices dont dispose un tyran, l'auteur mentionne le crucifiement, ce qui ne veut pas dire que ce tyran y recoure, pas plus qu'il ne fait usage de la labandago, inusitée à Rome >:. Enfin, un texte du rhéteur Pacatus n'est pas plus probant. En 389, il loue Théodose et célèbre sa douceur en disant qu'il n'a pas condamné le tyran et usurpateur Maxime à un de ces terribles supplices connus : Non illum in crucem tolli, non culleo insui. non discerpi in frusta jussisti "; il se contenta de le faire décapiter. Presque à la même date, et avec des coupables de moindre rang, en 387, lors de la répression de la révolte d'Antioche, le supplice de la croix ne fut pas employé, mais seulement, au dire de Libanius. on fit usage tcôv u.èv Çiçei TreaôvToiv, tcûv 8è 7tupl tccç <liuy àç àiévTCdv, -Co-j Se aTO(xaai 8ï)pîcov Sx~a-
V7j6s'JTCùV **.
La suppression du supplice de la croix laissait un vide à remplir, applicable à un certain nombre de crimes; il fallait lui découvrir éun quivalent. Tout d'abord on peut écarter un témoignage tardif et de peu de valeur de Georges Codinus qui attribue à Constantin ce supplice équivalent : ô Se u-Éyaç Ktova- -ravTÎvoç... xpa-rrjaaç T'.vàç tcôv... Xflo-rcôv àveaxoXo- TTiacv bitiae -ï^youv èçoùXxtasv 1S. D'ailleurs, vers 387, saint Jean Chrysostome, parlant de la croix, la compare à tous les supplices usités en ce temps ( — ÇùXov — 'u,à\i-si — ovuxeç — u.oXu68iSs;) 16 et ne dit rien du supplice de la fourche. Même conclusion semble ressortir du code Théodosien compilé vers la fin de l'année 437, publié le 15 février 438; on n'y rencontre aucune allusioh à la furca. Il est vrai qu'on lit dans Prudence, à propos du martyr saint Romain :
col.4S5. — ! S. Augustin, Enarrat. in psalm., xxxvi, serm. il, 4, P. L., t. xxxvi; col. 366. — ' Lucifer, Moriendum esse pro Dei Filio, c. ix, édit. Ilartel, p. 302-303. — >° S. Cyprien, Epist., lv, édit. Hartel, p. 630-631. — "Lucifer, op. ut., c. xiv, p. 313-314. — 1! Hartel, dans Wôlfllin, Archiv fur latinische Lexikographie, 18S6, p. 24-25. — "Pacatus, Panegyr. Theod. Aag., c. xlii, xuv. — "Libanius, Oratio, xjx, 37, édit. Forster, t. il, p. 402. — ,s Codinus, De œdif. Constanlinop., p. 84-85. ■ — " Contra judeos et gentes quod Christus sit Deus, 10, P. G., t. xlvhi, col. 826.
Mil RCHE (SUPPLICE DE LA;
relortis brachiis furca eminus... aclus inferebatur rogis '. et 1rs condamnes à ce supplice de la fureti avaient les liras ramenés derrière le corps, retorta brachia. Saint Augustin aussi parle de la furca. mais sans préciser et d'une manière oratoire, lorsque commentant Ezéchiel, xxxiv, 26. il dit : Domine, frange furcas forum guibus hœretici prémuni colla infirmorum. Quid enim lam augusttim el /urca compression quam noli audire Christum, audi me? Remove furcam, respirare permilte. Toile furcam de collo meo, toile jugum levé Domini mei. Le texte d'Ezéchicl. dans les Septante, porte: èv tcô o"UVTp(t|<ai \lz tov Çuy&v ~'j~i xXotoû xÙTciv. Furca correspond a xXoioç quant au mode de suspension.
La furca classique consistai! en deux branches ■ cartées comme un V ou bien en une sorte de carcan A dans l'intérieur duquel était engagée la tête; les bras se trouvant attachés aux extrémités de ce carcan !.
C'est dans le Digeste que nous voyons la furca ri gulièremenl substituée à la crux, par exemple, là où le jurisconsulte Paul écrit in crucem tolliintur. le • corrige : in furcam (ollunlur2. Il faut noter ce fait que la substitution d'un terme à l'autre est contemporaine de Justinien et exécutée par les rédactions du Digeste*. Isidore de Si! ville relève la différence essentielle qui existe entre la furca et la crui : Pâlihulum vulgo furca dicitur quasi ferens caput; suspensum mim et strangulatum ex eo exailimat, std palibuli minor pana quam crucis; nam palibulum uppensos slatim exanimal, aux au/cm suffixes diu crucial *. L'horreur du supplice de la croix se trouvait non seu lement dans la souffrance, mais dans la lenteur avec laquelle la mort venait délivrer le patient. Comme dit Sénèque, on perdait la vie goutte a goutte : prr slillitmitlere animam ', pendant irois ou quatre jours. Vivunt cum plurimo crucialu, écrit Origène, aliquando tiutem et totn nocle el adliuc post eam tola die 7. Les actes peu sûrs de saint Timothée et de sainte Maure parlent de neuf juins >. Pendant la persécution de Dioctétien, Eusèbe nous apprend qu'il y eut des crucifiés: xctl i"/.}.v. inxXiv ivoctncoXomoBéVreç, ot [ièv xxtx -•j <s\Wrfisç toîç xaxoùpyoïç, ot Se xxl /eipôvcoç àvàrrï/.'.v xxtco zapx -pOTTj/.wGÉvTs; -ïjpoùjiE'joî -.z "cû'jTcçct:, S" xal i~' aÙTÔiv ïxpîcov /.'.^.ôi8taç6£p«ïcv,; les uns à la façon des malfaiteurs, les autres d'une manière pire encore, on les clouait la tète en bas et on dait vivants jusqu'à ce qu'ils périssent de faim sur le gibet même. Eusèbe ne parle ici que de l'Egypte, mais il est probable que partout on clouait les crucifies plutôt que de les lier, mais saris qu'on veuille dire que c'était la une règle dont on ne se départissait pas. Nous voyons d'une part qu'il existait une
variété assez grande, aini Actes de saint
André, apôtre, on lit ceci : totc 0<.>".ci>6el<; 6 Aiys*? -ï,> G7y.upôi aùxov rfpooTjXoOrjvai exé^euaev, ovra; 8T)Xa)aaç -'j~.-. xevTiovaplou; ïva SeOf, Ta; veïpac, xal ïr6Saç...87rû»5 |xr, JjXoie, iu.na.pzli T'iy.ov èx- /.c'Try) '". \> du martyr Pionlus brûlé vil
a Smyrne, en 250, il fut cloué au poteau placé au
Prudence, Perlstepnanon, hymn. x. vs.851,P. /..,t.Lx. 18. — • ; .1. Bdarquardt, I.'i vie prtvét de» Romains, trad. V. Henry. t. >. P- Iil7-:>18.— • Paid. Sent, v, -J.2. l ; Dia., i- Xl.viII.tit. kix,1.38. -*Ct.Culacliu>06ieroa<foni Opéra, Neapoll,1758, t. m, p. 457. — - Isidore, On,/ uns. I. v, c. xxvn. il. P. /... t. Lxxxn, col. Jl i. - Sénèque, Eplst., a, 14. — ' Origéne. In Mattl i 10, P. '... t. un,
col. 1793. — ' Art,, lanet., mal t. r, p. ::7s. — • J HM. tcd., 1. VIII, c. mu. y. (,., i. Sx, col. 757.— " Andréa, c.x.dac édlt. M. Iionnet,
tu. part. I ,p. 23. — "WIckhofJ.Dfe Wiener Genesti, p. 166. 1 De virtuttbut S. Martini, L I, c. xxi,
I LXXI, COl. 930, ' Anililicn Mm ' r,, iu..
centre du bûcher et par (nuire, certaines miniatures uns. Yatic. gr. 746) montrent le panetier du Pharaon lié à la croix ",
La croix prolongeait le supplice, la fourche l'abrégeait : palibulum suspensum el strangulatum ex en exanimat, écrit Isidore de Si ville. On ne voit pas très bien quelle difficulté ont pu soulever Juste Lipse et Saumaise à propos de l'expression furca figere qui se lit dans le Digeste. Lorsqu'on sait en quoi consiste le supplice de la furca, le mot figere s'explique très naturellement. En Gaule, au vi« siècle, nous voyons par le témoignage de Grégoire de Tours que les condamnés avaient les mains ramenées sur le dos et liées, les pieds liés aussi: Tune sicul erat ligalis post 1er gum manibus, jaclavit se promis in terram... solutœ sunt manus el pedesejus ".Au moins pour les mains, on rencontre déjà un témoignage analogue dans Ammien Marccllin: Post terga manibus oinclis suspendi prsscepit a. Le patient était-il attaché par le cou dans les branches de la fourche? On n'en a aucune preuve incontestable Sans doute, on lit dans Grégoire de 'l'ours : Disruptis vinculis palibuli reus ad terram ruit " et disruptis vinculis, inlœsus ad terram ruit 1S, mais ces textes peuvent être interprètes de différentes manières.
Chez les auteurs grecs, on rencontre çoûpxx (et çoùXxx) et le supplice s'appelle çoupxtÇeiv (et çouXxlÇeiv), correspondant au latin infurcare ". Cependant on trouve aussi les termes <xvaaxoX7TtÇeiv, chez le continuateur de Théophane et chez Procope ". Jean Malala emploie le substantif ava.esy.oXomcsu.6c, "; le même auteur emploie aussi xovxeùeiv. Chez les auteurs antérieurs à l'adoption du supplice de la /urca, àvaoxo- Xo7tlÇeiv avait le sens de crucifier et la signification originelle est : empaler, c'est-à-dire introduire le pieu aigu dans l'anus du patient et le laisser s'enfoncer dans le corps. Le supplice de l'empalement n'est jamais mentionné dans les actes des martyrs des trois premiers siècles, mais nous le rencontrons ordonné par Braham Y, roi de l'erse, pour le diacre Benjamin ". Les Goths ont également employé ce supplice I0 et la reine Frédégonde l'infligea à une de ses servantes : Scisso sod; inposilam defigi praecepit ■'. La furca était différente du pal, puisqu'elle se terminait par deux branches : £ùXov Sbcpoov, ÇûXovStiXoûv, ÇûXov Sio/lSé;.
Nous rencontrons le supplice de la furca sur quatre monuments figurés: l°le rouleau de Josué (manuscrit du Yatic,. Palat. gr., 431). C'est un ouvrage du ve ou du vi' siècle au plus tard, exécute probablement d'après une copie plus ancienne mais aujourd'hui perdue " ( lin H118), — 2" Lr Genèse, de Vienne, du v» siècle ". — 3° une fresque de Santa-Maria-Antiqua -', du vin* siècle. — 4° Une sculpture sur bois provenant d'Hermopolls Magna (voir Dictionn., t. n, fig. 1539, 1540, col. 802). Sur ce dernier monument, les suppliciés sont vêtus d'une chemise, tandis que sur le rouleau de Josué et sur la fresque de S. Maria Antiqua ** ils portent la tunique de dissous: sur la Genèse de Vienne, ils n'ont qu'une ceinture pour cacher les parties sexuelles. Ce dernier usage doit avoir été le plus généralement suivi.