‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 221 sur 423 · I. FRACTIO PAXIS DANS LE NOUVEAU TESTAMENT · texte numérisé non relu

I. FRACTIO PAXIS DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

Ce terme se rencontre souvent dans le Nouveau 1 es-

1 G. Ganneron, De la condition du furiosus, in-8°, Paris, 1881, p. 113-119; T. Lagrange, De l'assistance publique à Rome, ta-8°, Paris, 1S91, c. vin : Des aliénés, dans le Code Justinien, 1. I, tit. iv, 1. 27. on lit une loi de l'année 530 concernant le curateur testamentaire nommé par le père d'enfants aliénés. Ce curateur doit, devant le président et en présence de l'évêque, prêter serment de remplir sa mission avec probité. — ' J. Kovalevskij, Yurodstuo o Christiê i Christa radi yurodivie Vostochnoï i Russkoï Tserkoi, in-80, Moscou, 1S95; S. Murray, A study of the life of Andréas, the fool for the sake of Christ. Inaugural dissertation, in-8°, Leipzig, 1910. — 3 Du Tilliot, Mémoires pour servir à l'histoire de la fête des foux qui se faisait autrefois dans plusieurs églises, in-4°, Lausanne, 1741, Genève, 1745; D'Artigny, dans Nouv. mém. hisl. crit. litt., 1751, t. iv, p. 278-322. — • P. Heure, L'office de la fête des fous et son diptyque d'ivoire à la bibliothèque de Sens, dans Curiosité universelle, 27 octobre 1890; Revue de Champagne et de Brie. 1890, ll'Série, t. n, p. 965-960; F. Bourquelot, L'office de la fête des fous,

tament au sens propre ainsi que dans les diOcrenles scènes de la multiplication des pains : acceptis quinque panibus... adspiciens in cœlum benedixit et fregit et dédit discipulis panes (Math., xiv, 19) et accipiens septem panes et gratias agens fregil et dédit discipulis (Matth., xv, 36). Mêmes expressions dans Marc, vi, 41 : mu, 6, 19 et dans Luc, ix, 16. Ces actions successives adspiciens in cœlum, benedixit fou gratias egit), fregit et dédit eis sont des rites ordinaires des repas juifs s. Nous les voyons reproduits à la cène dernière: mais là naturellement ils prennent un sens tout particulier et deviennent rites de l'Eucharistie.

Matth., xxvi. 26 : Accepit panem et benedixit ac fregil deditque discipulis.

Marc, xiv, 22. : Accepit panem et benedicens et dedit eis.

Luc, xxu, 19 : Accepit panem gratias egit et fregil et dedit eis.

I Cor., xi, 24 : (initias agens, fregit et dixit.

II faut ajouter à ces textes celui de saint Paul : Panis quem frangimus, nonne participatio corporis Domini est (I Cor., x, 16)? et celui de saint Luc à propos des disciples d'Emmaus: Accepit panem et benedixit ac fregil et porrigebat eis (Act.,xxiv, 30). Ef ipsi narrabant quœ gesta erant in via, et quomodo cognoverunt cum m fractionc panis (Act.. xxiv. 35), et celui de Jérémie : Parvuli petierunl panem et non erat qui frangerel eis (Jer., Thren.. iv, 4)

Dans tous ces textes, on voit que la fraction est devenue un rite eucharistique au même titre que la bénédiction et l'action de grâce. Il ne faut donc pas s'étonner que le nom de fractio panis, frangere panem, ait désigné le rite eucharistique au même titre que celui de benedictio icalix benedictionisjou d'eucharistie. Aussi le trouvons-nous dans ce sens dès l'origine : Quolidie, quoque, perdurantes unanimiter in lemplo, et frangentes circa domos panem. sumebant cibum cum exsultatione et simplicitatc corclis (Act., n, 46). Una autem sabbali quum convenissemus ad frangendum panem, Paulus dispulabat (Act., xx, 7). Ascendens autem frangensque panem (Act., xx, 11). Et cum hsec dixisset, sumens panem. gratias egit Deo in conspectu omnium et quum fregisset. cœpit manducare (xxvn. 30). Erant autem persévérantes in doctrina apostolorum et communicatione fractionis panis et orationibus (Act., n, 42).

Je sais bien que les exégètes discutent sur la portée eucharistique de quelques-uns de ces textes. Il n'est pas étonnant que le doute soit possible dans tel ou tel cas, puisque, comme nous l'avons dit, la bénédiction, l'action de grâce et la fraction du pain, sont des rites ordinaires de tous les repas juifs. Mais tout cela n'empêche que la fraction ne soit devenue un rite proprement eucharistique et que d'ordinaire la fractio panis dans des documents anciens ordinairement signifie l'eucharistie 6. Nous allons voir quelle place

publié d'après le manuscrit de la bibliothèque de Sens et annoté dans Bulletin de la Soc. archéol. de Sens, in-8°, Sens, 1856; cf. J. Marion, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 1S57, p. 275-278; A. L. Milita, Description d'un diptyque qui renferme un missel de la fête des Fous lequel est conserve dans la bibliothèque de Sens, avec une notice de ce missel. in-4p, Paris. lSOii; H. Villetard, Remarques sur la fête des fous au moyen âge, in-S°, Paris. 1911; A. Castan, Le forum de Vesontio et la fête des fous à Besançon, dans Mémoire de la société d'émulation du Doubs, 1S77, t. xxxm, p. 3SS; F. Biinger, Geschichte der Seufahrsfeier in der Kirche, in-S", Gôttingen, 1911. — ; Il faut se rappeler le texte d'Isaïe: Frange esurienti panem tuum, Is. Lvm, 7. ■ — • Ramon Ejarque. La Fraccion del pan en los primeros tempos det cristianismo, Barcelona, 1916. L'auteur démontre que les mots : fractio panis sont les plus anciens termes pour désigner l'eucharistie. Mgr Wilpert, avait déjà dit dans la Fractio panis citée plus loin que les mots xXifftç -roG à'pTO'j sont jusqu'au IIe siècle le terminus technicus de l'eucharistie.

FF VCTIO PAN [S

occupe le rite de lu fractio et quelle importance il a dans la liturgie '.

II. l.K FRACTIO PAK1S DE I \ CAPELLA ORBCA.— La peinture retrou\e. par Mgr Wilpert dans la Capella greca de la catacombe de Priscilîe, el remontant au n siècle, représente la scène eucharistique dans l'acte même de la Fractio punis ». Comme l'a démontré Mgr Batiffol, on n'en peut pas tinr un argument bien solide pour dater la fresque, mais il est de tout premier intérêt de pouvoir illustrer par une peinture des catacombes aussi antique ce rite sacre. Autour d'uni- laide, six personnages sont assis; un septième personnage, au haut bout de la tatde, à gauche, rompt du pain: devant lui est posée une coupe, puis deux plats, l'un contenant deux poissons, l'autre cinq pains : tout à gauche quatre paniers remplis de pain et trois autres a droite. Il y a évidemment ici une allusion au miracle de la multiplication des pains. Mais, le calice et les autres détails de la scène indiquent assez que l'artiste a voulu représenter l'eucharistie, en relation avec le miracle, et au moment de la fraction 3. Nous avons donné une reproduction de la Fractio l'unis à l'article de Dom Leclercq, Aoape, t. i. col. 797 sq. Cette fresque ne rappelle pas seulement l'acte de la Fractio punis qui précède la communion, elle enseigne encore que celui qui rompt le pain et distribue l'eucharistie, c'est le président de la table, c'est-à-dire en somme l'évêque qui accomplit

n lice légitime, eucharistiu légitima. I. 'eucharistie, dit Terlullicn. nous ne l'acceptons que de la main du président *. Justin nous avait déjà parle du président des frères, 6 ■x^zo-ùz. tgjv àSeXcpcàv *. C'est encore la doctrine de Clément de Home (Ad. Cor., c. xL-xi.li, Funk, op. cit., p. 110), celle de la Uidaché (C. XV), celle surtout de saint Ignace qui revient sur

idée que la seule eucharistie est celle de l'evèque ou en union avec l'évêque '.

III. Le terme fraxqitur h\ns les liturgies. Les quatre textes eucharistiques parallèles emploient tous le terme (régit, comme on peul le voir dans le si I. Mais aucun ne répète ce mot après corpus.

Matth., xxvi. 26 : hoc est corpus meum. Marc, xiv, 22 : hoc est corpus meum.

Luc, xxii, 1 1 : hoc est corpus meum quod pro vobis datur.

I Cor., xi. 23 : hoc est coupus meum quod pro vobis tradetur.

II n'en est que plus curieux de voir le mot frangitur

er dans les plus anciennes formules liturgiques : Anaphore d'Hippolyte : Hue es/ corpus meum quod pro mbis eon/ringetur.

Statuta apost. : Hoc est corpus meum quod pro vobis frangitur.

un. Domini : Quod pro vobis conjringitur. -t. Apost., I. VIII : Quod pro multis frangitur. lie Sacramentis : Quod [tu multis confringelur. Lit. sancti Jacobi : Quod pro rubis frangitur et datur. Lit. sancti Basilii : Quod pro vobis frangitur.

I • tenues 7/ VT'.;, // 7-7" 7 ' 7 . ri 'I .Mitres rorri-s-

tnti a fractio panis, n'ont jamais encore été étudiés

d'une façon méthodique. Les notices de Suicer, Thésaurus

s.. |. tu m les. (,ml. lexteon. Du Cange, Glossa-

nain média el Inflma graeltatis, aussi bien que ceux de

pants dan» les lexiques latins, sont 1res insufll-

' ■i>uiu^. /./ plus ancienne reproduction <lu

• iiu ijn ea,décou\ erte ctexpli-

quée par Mgr Wilpert, Pai I», 189i - i Plltun é

romane, Roma, 1903, p. 260 iq. CI. Mgr Batiffol, Pracllo panl „ j. ibllque, 1898, t. vn, p. 304 -i

■ Mgi Batiffol, l'J ueharUU lit., 1913, p. 186

mllll., m. r. i .. i. m. ,oi. 99. - - Apolog., I, n. 63, P. C, t. vi, col LdSm(,rn.,vm;Funk,op.

cit., p. 110; voir encore Idl pft., n, p. 175:iv, 177; v, \n . xx, MM ; ad Magn., n, 1 en, 197; xui, 201, etc.,

I.iturgia Armen. : yuod pro vobis dislribuitur in expialionem peccatorum.

Lit. Serapionis : Quod pro vobis frangitur in remissionem peccatorum.

La Didaché se raproche de cette tradition : De pane fracto : gratias tibi agimus... sicut hic panis fractus dispersus erat supra montes e! collectus foetus est unus, ita colligatur ecclesia tua a finibus terra: in regnum luum. c. ix.

Le mot frangitur toul seul, ou frangitur et datur. frangitur et dislribuitur, ou frangitur, tradetur, frangitur et dividitur. divilur ut comeddlur, se rencontrent encore dans les liturgies de saint Marc, (Alexandrine), de saint Basile (Alexandrine), de saint Grégoire (Alexandrine), de saint Cyrille (copie), de saint Basile (copte), de saint Grégoire (copte), du Sauveur (éthio pienne), des apôtres (éthiopienne), de saint Basile (éthiopienne), de Pioscore (éthiopienne), de saint Cyrille (éthiopienne), des 31o l'éres de Nicée (éthiopienne), de saint Épiphane (éthiopienne), de Théodore de Mopsueste, des nestoriens, de saint Jacques (syrienne), de saint Sixte (syrienne), de saint Pierre (I* et II» syrienne), de saint Jean l'evangéliste (syrienne), des Douze Apôtres (syrienne), de saint Clément (syrienne), de saint Denys (syrienne), et quelques autres ■ .

Comme le dit Renaudot, la lecture quod pro vobis frangitur que les liturgies expliquent souvent par les deux termes : xXc&pxvov et 6pU7rr6u,evov se trouve a peu près dans toutes les liturgies orientales ".

C'est probablement le texte de saint Paul : panis quem frangimus < I Cor., x, 16), et les termes de fractiu punis, frangere panem, des évangiles et des actes citl s au § I, qui ont donné lieu a ici emploi si caractéristique et presque universel du mot frangitur dans les formules de consécration. On verra dans les para graphes suivants que la cérémonie de la fraction du pain dans certaines liturgies a pris de grands dévelop pements et qu'elle est devenue un rite 1res riche el très expressif. L'idée du sacrifice sanglant de la croix et de la distribution aux fidèles de ce corps ainsi divisé. s'est exprimée sous les formules les plus varices.

En dehors de ces termes : Corpus quod pro vobis frangitur ou ternies équivalents, il n'est pas question delà fraction dans les documents anciens, tels que les textes de saint Justin sur l'eucharistie, la Dida élu' '. 1* Anaphore de saint Hippolyte, les statuta éthio piens, l'Anaphore de Sérapion, le Testamenlum I >■

mini, le de Sacramentis, les catéchèses de saint Cj rifle, el même peut-être le canon romain ancien. Je ne crois pas non plus qu'il y soit fait allusion, du moins d'une Façon un peu distincte, dans les écrivains anciens après saint Ignace 10.

I la us la prière- rcepl8èTOÛxXâa(XaTOi;, île pane Ira. la Didaché il est fait allusion a ce pain rompu et disperse sur les collines qui a été réuni et qui est symbole d'unité des chrétiens entre eux par la communion. (Funk, op. al., p. CLX). Cette pensée deviendra une

et dans l'épttre de s. Polycarpe, Ail Phll., v, p, 271. — ' I.n

|.!ll|ort de ces formules si- trouvent iliills Iteuaudiil, l.illir-

gtarum ortenlaltum collectto, 2 vol. ni-t . 1715. — " Renau dot. op. i-it., t. n. p. su .( e.oi. Les tableaux très complets

dresses par l i Cagtn confirment cettedonnée. I.mim-

rtstta, p. 22 1 sq. "La Didaché, nous l'avons déjà tait

iner.ii des expressions qui rappellent la fraction: v.x-'x xupiaxr,v '". x'jptou -rv.:< . -v xa -.

t'J-/apiTt7)<iaT! ( Funk, Opéra Patrum Apost., Tut t. i, p. rxxx). • xxxvi, mi Casulam,

Posl peractum dlemsabbatt, noctia tnltto fuerant cor

' dlsctputl H. i'iioii Apostolt, Ael. \x.Ti, quai uttque nui fam ad dlem Domtntcum, hoc est ad unavn iabi<<iti perltnebat; el lia eadem nocte fracturus panem, slcut frangitur m lacramentt i urporh Chrlill, produxil s. rmonem usque ad médium n P. L., t. xxxm, col. 149.

FRACTIO PANIS

formule de fraction dans certaines liturgies. L'Anaphore de Sérapion a un passage analogue, et sicut hic panis dispersus erat supra montes, etc. Cf. G. Rauschen, Monumenta eucharistica et liturgica, Bonnœ, 1919, p. 27. Cette pensée revient aussi fréquemment chez les Pères, notamment dans saint Cyprien. Quant à saint Ignace, il se sert de l'expression : eva apxov xXtôv-co; (Funk, t. i, p. 190).

Le texte de saint Augustin, et autres textes similaires que l'on pourra citer, prouvent bien qu'à son époque en Afrique, on rompait le pain eucharistique, mais non pas que la fraction fût alors une cérémonie distincte et indépendante, comme elle fut plus tard '. Mais à partir d'une certaine époque, du IVe au vic siècle et au delà, elle s'implante dans la plupart des liturgies et y prend des développements de plus en plus importants. Elle met en relief le souvenir des souffrances corporelles du Christ, de. la passion et de la mort; elle affirme la divinité et l'unité du corps et du sang du Christ, séparés ou réunis, l'union des fidèles dans la participation au corps et au sang du Christ, etc.

IV. La fraction dans les liturgies orientales. — La fraction dans la plupart de ces liturgies donne lieu à des cérémonies assez compliquées et accompagnées généralement d'un proœmiam fraclionis et d'une ou de plusieurs oraisons. A proprement parler ce rite est étroitement uni à d'autres que l'on appelle l'unio, la consignalio et la commixtio. L'unio pour les grecs, &'{'.y. ëvcactç, a pour but de montrer que le corps et le sang du Christ, consacrés par deux formules distinctes, ne font qu'un, ou comme le dit la profession de foi qui accompagne ces rites hoc esse corpus istius sanguinis, hune esse sanguinem islius corporis -. A cette fin, le prêtre trempe une partie de l'hostie dans le sang du calice et touche les autres parties. Cette dernière cérémonie est la consignalio, chaque parcelle étant en quelque sorte marquée et signée par le sang. Enfin une des parcelles de l'hostie est mêlée au sang, commixtio. La fraction ou plutôt les fractions, car il y en a plusieurs, précèdent et suivent ces rites. En voici du reste un exemple tiré de la liturgie copte de saint Basile : Proœmium anle fraetionem. Sacerdos : Iterum gratias agimus tibi Deus omnipotens... Precamur eum (Deum), rursus, ut nos efjiciat dignos communione corporis sancti et sanguinis preliosi Christi ejus... Populus. Amen.

Cum dicit sacerdos hanc benedictionem, vélum seri: ceum dexlra gestans et ad occidentem conversus, eo vélo populo signum faciel, manum super disco tenens : quando vero recitalur benedictio, diaconi dicent deprecalionem, sacerdos vero faciem et oculos convertet ad corpus quod in disco positum est, dicetque : Deus miserealur noslri et benedicat nobis, illuminet vultum suum super nos et misereatur nostri.

Tum sacerdos sumet corpus sanclum manu dextra, imponet que sinistrœ, ponet que digitum super corpus in latere despotici seu majoris particulœ eo loco ubi Iractum est, et dicel : Corpus sanclum.

Tolletque digitum suum de super corpore, immitetque in calicem et intinget extremum pollicis sui sanguine pretioso : tum educet digitum e sanguine, et iterum signabit sanguinem sanguine, in modum crucis gloriosœ,el dicet : Est sanguis pretiosus Christi ipsius omnipotentis Domini Dei nostri.

Tune educet digitum suum e calice sanguine pretioso tinclum. et signabit eo corpus una cruce, de super fractura e latere majoris particulœ, et infra ex parte Bxteriori corporis, unam crucem formans super sanguinem

1 Itenaudot, Lilurgiarum orientalium culleclio, t. n, p. 108, 100, 111. — ! Dans ces oraisons de fraction il n'est pas lait d'ordinaire allusion ù la fraction, mais â la communion, l'ne épiclèse y est parfois insérée comme ici. — 3 Renaudot, op. cil., t. i. p. l.s sq. Voir d'autres formules de frac-

e t duas super corpus. Diaconus dicet : Orale. Sacerdos : Pax omnibus. Populus : El cum Spirilu luo.

Oratio fraclionis ad Palrem. Sacerdos : Domine Deus noster; Magne, œterne, etc. 3.

Oratio fraclionis alia Basilii : Deus parens Lucis, vitœ principium, etc.

Oratio fraclionis alia Joannis Chrisostomi : Dedisti nobis gratiam adoplionis, etc. Pater noster.

Oratio post Pater noster.

Diaconus : Inclinatc capila vestra Domino.

Populus : Coram te Domine. Oratio inclinalionis ad Palrem. Oratio absolutionis ad Palrem. Mémento vivorum et mortuorum. Sancla sanclis. Omnes e populo prostrati erunl in terram super faciès suas : immitel que sacerdos DESPOTicoy in sanguinem, exlrema sui parte formabitque cum eo crucem unam in sanguine : tum educet et cosignabit corpus sanclum in disco, cruce una : tum signabit eum semel sanguine pretioso in modum crucis, et ita perficiel 1res signationes corporis super sanguinem, et 1res ex sanguine super corpus. Peractis vero, signalionibus tribus, mitlet DESPOTICON in sanguinem. intra calicem dicens : Benedictus Dominas Jésus Christus Filius Dei et Spirilus Sanctus. Amen

Tune accipiet sacerdos tertiam partem in qua erat DESPOTICON, dividet que in 1res partes : quod si fuerinl magnse, frangel cas in disco et 1res partes manui dextra; imponet, quam retinebit elevatam : lœvam vero intra discum et dicet : Corpus sanclum et sanguis pretiosus.... credo, credo, credo hoc esse corpus vivifteum.... Credo ipsius divinitalem separatam non fuisse ab ipsius humanitate, etc., suit la communion *.

L'exemple suivant montrera les analogies entre la liturgie grecque de saint Grégoire et la liturgie copte du même.

Liturgie grecque de S. Grégoire.

Proœmium Fractionis.

Sacerdos : Jesu Christe nomen salutare.... qui tune benedixit, eliam nunc benedic, qui tune sancti ficasti, etiam nunc sanclifica.

Qui tune fregisti, eliam nunc frange

qui tune dedisti discipulis et aposlolis luis, etiam nunc, Domine, da nobis et omni populo luo.

Oratio fructionis : qui es, qui eras, qui venisti, et iterum venturus es... Pater noster.

Alia oratio fractionis Benedictus es Christe Deus omnipotens, liberator. Ecclesise lux .

Pater noster.

Tu enim es Yerbum Patris...

Pater noster s.

Liturgie copte diî S. Grégoire.

Proœmium Fractionis ad Filium. Domine Salvator noster.... Qui benedixisti illo lempore, benedic eliam nunc.

Qui sancti ficasti illo lempore, sanclifica etiam nunc.

Hic frangal curpus sanclum quin partem sépare i a parte, et dical : qui fregisti illo lempore : frange eliam nunc. Populus : Amen.

Hic dividal et parlent unam alteri supponal in erucis figuram. Qui dedisli discipulis sanclis et aposlolis... A'u/jc Domine, da nobis.

Hic sacerdos dividal sanctum corpus sequenlem orulionem récitons fractionis ad Filium.

Benedictus es Christe Deus noster omnipotent.

Salvator Ecclcsix lux....

A lia oratio Fract i ad Filium.

Tu es Yerbum Dei Patris...

Pater noster.

tion, p. 34, 4S, 72. 108, 145. et t. n, p. 13S, 58S. — ' Renaudot, op. cit., t. i, p. 105. — ' Assemani, Miss. Alex.. p. 120. Voir le commentaire de ces oraisons dans Dom Cagin, Mémoire au congrès de Lourdes, Canon primitif de la messe, in-N '. Psris, 191 1, p. -12 sq.

LMi»!i

I R \C riU l'A N IS

Les grecs pour donner au rite un réalisme plus vivant, se servent d'un glaive ou d'une lance &Y'a X6y3P1 pour diviser l'hostie et même la percer avec des prières adaptées '. Mais, c'est une particularité qui ne se retrouve pas dans les autres liturgies orientales el qui n'est pas primitive.

V. La FRACTION DANS I A LITURGIE ROMAINE. — Dans la liturgie romaine actuelle, la fraction n'est plus entée que par un rite sans paroles ou du moins sans paroles se rapportant au rite de fraction, et on peut dire qu'elle passe à peu prés Inaperçue. Voici la rubrique du missel : Submitlit patenam hostiee, discooperil calicem, genuftectit, surgit, accipil hostiam; PRASalT eau 8UPSR calicem, per médium dicens : Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christian I'ilium tuum. Partem quœ in dextera est ponil super patenam. Deindc ex parte, quœ in sinislra rcmansit, jrangit particulam dicens : Qui tecum oioit et régnât, etc.

Ce rite suit, comme on sait, l'embolisme du Pater : Libéra nos, quœsumus et précède le Pax Domini, avec lequel il semble fondu. Il est évident que sur ce point, comme sur quelques autres, la messe romaine actuelle ne présente qu'un résumé et que pour avoir l'intelligence complète du rite, il faut l'étudier dans les liturgies anciennes.

Amalaire dont les interprétations sont souvent fantaisistes dit que la division de l'hostie en trois parties dans le rite romain avait pour but d'imiter la fraction que Jésus fit avec les disciples d'Emmaus :. Ce qui est vrai, c'est que l'une des trois parties était réservée sur l'autel, l'autre était mise dans le calice et la troisième était pour la communion du prêtre, des ministres et des fidèles '. Jean d'Avranches, au xr siècle explique l'usage que l'on faisait des trois parties à son époque : dos corpus Domini tripliciter dividal, quorum parlium unam sacerdos calici immittens... Alia se, diaconum subdiaconumque communicet, terliam viaticum si opus jueril in patina usque ad fmem misste reseruei :

L'injection de la particule de l'hostie dans le calice a été interprétée diversement. Les uns y voient un souvenir du rite de la messe des présanctifiés au vendredi saint, quand une particule de l'hostie consacrée la veille est mise dans le calice qui contient du vin et de l'eau non consacrés. La fraction se fait ce jour-là à la lin de l'embolisme du Pater, mais sans le Pax Domini. A l'époque où la communion se donnait encore sous les deux espèces, on n'eut pas pu consacrer le vin en quantité suffisante, i n autre calice fort grand, était préparé, où l'on versait quelques gouttes du vin consacré pour le sanctifier. Cefte cérémonie est marquée dans les ordines romains '. Le mélange de l'hostie au vin consacre aurait la même origine ". Mais on peut voir aussi, par la comparaison avec les rites orientaux, que ce mélange du corps et du sang du

1 On en trouvera la description et l'interprétation dans le patriarche Germain, dans Syméon 'le Thessalonique et les autre* liturgie! grecques. — ■ ■ Amalaire, Eelog. de o//. miss., I. m, c. xxxv. — ' Ordo romantu primai, C. F. Atchley, London, 1905, p. 106 «q. •' De ofllc., p. 23. Le mlcrologue donne la même explication, c. xvn* — ' Cf. Mahillon, Ordines romani, dans Muséum Italicum, i. a, p. 13 s.|., Martine, /'• anllq. Ecoles, ritlb,, I. I, c. iv, Uassani, 17XS. t. i. p. 156. — 'Cf. de Vert, Explication des cérémonies de l'Église, i. i, p. 76, 77. - ; Voir col. 2107. — 'Le P. Lebrun, lui-même, après avoir donné lea raisons mystiques de ce - ritea : signe de communion enl unité ei continuité du sacrifice, fail observer qu'il pouvait

i aussi un motll naturel .. cet usage. Les b autrefois plus épaisses qu'aujourd'hui, cette parcelle pou i .i\..ir besoin d'I tre humectée, n ■ ; ie dans la plupart des églises grecques où I destinée aux malades est mi rve le Jeudi

sami poui toute l'année, les prêtres la font ramollir don» du

Christ était un acte de foi en l'unité du corps et du sang '.

Enfin ce mélange nous rappelle encore le rite du fermenlum (voir Fermentum), t. v, col. 1371. Le concile d'Orange, en -111, prescrit : Cum capsa et calix nlJcrendus (inferendus) est, et admixtione eucharisties consecrandus, c xvn. La cupsa est la boîte où l'eucharistie est. conservée; elle contenait la parcelle réservée pour la mettre dans le calice, après la fraction de l'hostie. Cette parcelle elait celle réservée par le prêtre luimême à une messe précédente ou celle qui avait été envoyée par un évêque. Ce rite représentait l'unité du sacrifice. C'est au Pax Domini que ces parcelles étaient mises dans le calice. La fraction de l'hostie consacrée le jour même avait lieu ensuite; et une parcelle de cette hostie était mise aussi dans le calice avecces mots : Fiai commixtio, etc. Ordo, i, n. 18, 19, et Ordo, n, n. 13. C'est cette dernière partie du rite qui seule s'est conservée dans la messe romaine ".

Au sujet de la fraction dans la messe romaine, il faut rappeler que le pape saint Grégoire Ie' introduisit sur ce point une reforme importante. Voici comment il l'explique lui-même: Orationem vero dominicam ideirco mox post precem dicimus, quia mos apostotorum fuit ul ad ipsam solummodo orationem oblationes hostiam consecrarent. Et valde mihi inconveniens visum est ul pre cem quam scolasticus composuerat super oblalionem diceremus, et ipsam traditionem quam redemptor nosler composuit super ejus corpus et sanguinem non diceremus. Sed et dominica oralio apud grœcos ab omni populo dicitur, apud nos vero a solo sacerdote.

Ce changement avait pour conséquence de mettre d'accord l'usage de Rome avec celui de Constant i nople. La fraction a lieu en effet chez les grecs après le Pater, la litanie diaconale et la bénédiction de l'évêque sur le peuple; la fraction et la communion sont intimement unies; l' évêque prononce la fameuse acclamation: Ta àyl* Totç âyioîç, à laquelle le peuple répond par une doxolpgie, la fraction a lieu alors, suivie de la communion. Pourtant, saint Grégoire se defen.1 d'avoir voulu imiter les grecs et fait remarquer les différences qui subsistent entre les deux usages; en i trient, le Pater est récité par tout le peuple; à Rome, c'est le prêtre qui le récite '.

Ce texte de saint Grégoire a été souvent discuté. On s'est étonné que le pape semblât attacher si peu de considération au canon de la messe comme composition d'un obscur rhéteur, et qu'il considérât le Patei comme la seule prière récitée au service euchari a l'époque apostolique '". Mais ce qui seul nous inle resse ici en ce moment, c'est le renseignement qui nous est donné sur la fraction. Avant saint Grégoire, le cal uni se terminait avec la doxologle solennelle : Per ipsum, etc., qui comportait l'élévation du calice el de l'hostie (voir Canon, t. n, col. 1847, Élévation, t. iv, coL 2662).

vin en la donnant aux malades (voir la lettre de i.,u Allai lus au P.Morin,Z?e ra i ut. Gratcorum templis LNousvoyoni

dans Eusèbe lit. /•... I. \ I, e. SXXVl), cpie celui qui porta

l'eucharistie au vieillard Séraplon eut l'ordre de l'hui

■ I le Boi-dlsi soncile de Cartilage (Conc. Carlh., IV,

c. lxxvi), qui veut qu'on mis, l'eucharistie dans la bouche du malade, permet de croire qu'on la mêlait dans une liqueur.

Les premiers chrétiens et les solitaires qui portaient servaient l'eucharistie chez eus. j valent en user ainsi;

au x' siècle, on prescrivait au solitaire lue. en prenant la sainte hostie, de prendre en même temps du vin dans nu petit vase destiné unlqu ministère i Lcfa sancf.,

7 [ebi . i. I a particule qi e le vendredi saint

dans du vin est peut-être un reste de l'ancien usa

"/'• i a., t. I. 1 , ! . I. I \. p. vu. 1 1 Mir ce

Dom i i m. Paléographie musicale, t. v, p. m el ss et Mi^r Ducbi ne, O du culte, l fcdiL, i

i0 Voir cependant l'Intel i Dom Gagln, Pc

i>hir musicale, i . s , p. ss. not

FRACTIO PANIS

La fraction avait lieu à ce moment, Saint Grégoire jugea bon d'insérer dans le canon à la suite de la doxologie finale, le Pater avec la clausule initiale et l'embolisme Libéra nos; la fraction fut renvoyée après.

C'est probablement à la suite de ces changements que la prière de fraction disparut, mais nous la retrouverons dans les autres liturgies et même dans l'antique liturgie romaine.

Voici le rite tel que nous le lisons dans la messe pontificale romaine d'après les ordines du vme et du ix* siècle. La fractionproprement dite est accompagnée de rites avec lesquels il ne faut pas la confondre, mais dont on ne peut la séparer.

Lepo.r Domini sit semper vobiscum est suivi du baiser de paix (voir Baiser de Paix). Le pape met alors dans le calice le fragment de pain consacré qui lui a été apporté au commencement de la messe, puis il rompt une de ces deux oblatœ, et en laisse la moitié sur l'autel. Ce fragment appelé sancta et qu'il ne faut pas confondre avec le Fermenlum, comme on l'a fait quelquefois, est une partie d'une hostie consacrée à une messe précédente. C'était un symbole qui exprimait, comme le Fermenlum, du reste, l'unité du sacrifice eucharistique et son caractère de perpétuité. Il n'y a qu'un seul sacrifice, hier, aujourd'hui, demain, à Rome et dans toutes les églises du monde ; c'est le même sacrifice, la même victime, le même prêtre, la même oblation.

La moitié de Voblala restée sur l'autel et la seconde oblala, tout entière, sont placées sur la patène et portées devant le pape qui est maintenant retourné à son trône. Les autres pains consacrés sont portés devant les évêques et les prêtres qui célébraientdevant le pape. Alors a lieu la fraction du pain opérée par le presbylerium tout entier. Les oblala" portées devant le pape, aussi bien que celles portées devant les concélébrants, sont rompues et distribuées. Depuis le pape Sergius (687-701), cette cérémonie s'accomplit au chant de l'Agnus Dei. Mgr Duchesne pense qu'avant saint Grégoire, le Pater était récité à ce moment, après la fraction. Saint Grégoire n'aurait fait que le transporter avant la fraction '. Il était réservé une part de l'oblation envoyée comme fermenlum aux prêtres des paroisses de Rome. (Voir Fermentum, t. v.,col. 1371).

VI. Prières ou antiennes de fraction dans l'ancienne liturgie romaine. — La fraction, dans la messe romaine actuelle, n'est accompagnée d'aucune formule ayant trait à ce rite. Mais, nous avons dit que l'on peut retrouver quelques-unes de ces formules dans l'ancienne liturgie romaine. Dom Cagin a fort opportunément rappelé sur ce point l'attention des liturgistes et ces reliques liturgiques ont trop d'intérêt pour que nous ne les signalions pas ici. Nous ne reviendrons pas sur la formule : Emilie angelum luum. Domine, que nous avons donnée tout entière. Voir Epiclèse. t. v, col. 165. Les termes : Nos frangimus, Domine, indiquent bien qu'il s'agit ici d'une antienne de fraction, ou, comme le veut Dom Cagin, d'une epiclèse désaffectée. Mais il fait en même temps remarquer qu'épiclèse et fraction sont intimement liées !. Or, l'origine de cette remarquable formule, d'après les manuscrits, est assez vraisemblablement romaine.

Une autre formule d'origine romaine, quoiqu'elle paraisse ambrosienne à première vue, est la suivante : Corpus tuum frangitur Christe.... san)guinis lui sit Jiobis semper ad l'itam ad salvandas animas, Deus noster. Agnus Dei qui tollis peeeala mundi, miserere nobis. A bel justus atque sanctus agnum agno obtulit immacu-

1 Origines du culte chrétien, p. 1S8, 1S9. Cf. Mabillon, Ordines romani, dans le t. n du Muséum Italicum (reproduit dans P. L., t. Lxxvni), notamment, p. vm, xvi, etc. — ■ Te Deum ou Illalio, Paris, 1906, p. 218 sq. Voir Epiclêsr. — J Te Deum, op. cit., p. 231. — ' Thomasii,

lalum. Eece agnus quem Johannes in Jordane baptizavil orans et dicens : Ecee agnus Dei z. La présence de cette formule dans plusieurs manuscrits grégoriens anciens, trahit son origine. Dom Cagin signale en outre, dans un manuscrit publié par Thomasi, un groupe de ces chants de fraction, au nombre de huit. L'origine romaine parait ici encore incontestable.

Nous citerons les suivantes :

Antequam dieat. Pax Domini. ineipil INFRA ACTIO. Hic est agnus qui de ecelo descendit : cuius ris corpus super altare frangitur, alléluia. Et qui mundo corde ex eo acceperit, anima ejus rivet in perpetuum, alléluia.

Et post compléta infractions deinde dicit : Pax Domini sit semper vobiseum, etc. Sabbato sancto in vigiliis Paschse '.

INFRACT. Angeli circumdederunt allure, et Chrislus administrai Panem sanctorum et ealieem vitse in remissionem peccatorum. Allel. allel.

INFRACT. Mulliludo angelorum simul archangelorum Domine laudes tibi referunt; quia misisti Spiritum sanctum tuum ad confirmandum nobis corpus et sanguincm Domini Dei nostri Jesu Chrisli. Allel. 5.

On pourra trouver dans les livres liturgiques romains d'autres indices des anciennes formules de traction, a voisinant l' epiclèse ou la communion. Il nous a suffi de signaler celles-ci qui rappellent un rite de la messe romaine aujourd'hui presque disparu.

VILLES TERMES FRACTIO ET 1NFRA ACTIONEM. —

On a pu lire dans les textes cités au paragraphe précédent les rubriques infrac ou infract, ou infra aclio pour désigner des prières de fraction. Le infra aclio est évidemment une confusion, entre la rubrique in fractione et la rubrique infra actionem (ou intra actionem) qui est encore aujourd'hui au canon romain au mémento des vivants. Le terme aclio (d'où agenda morluorum ou autres termes équivalents), est souvent employé dans les anciens livres liturgiques pour désigner la messe et tout spécialement le canon. La confusion que nous avons signalée entre in fractione et infra actionem se rencontre plusieurs fois dans les sacramentaires. Ainsi l'antienne : Emilie angelum tuum dont nous parlons (cf .Epiclèse, t. v., col. 165), qui est évidemment une antienne de fraction est marquée par la rubrique infra actionem. Il y a dans tous ces cas. erreur par suite d'assonance. Mais il était bon de le remarquer, car la rubrique peut révéler la présence d'une prière de fraction. Voir notre article Actio, 1. 1. col. 1 18 et Thomasi. Opéra, t. v, p. 19.

VIII. La fraction dans les liturgies gallicane et mozarabe. - Rappelons d'abord le texte de saint Germain de Paris qui, dans sa fameuse description de la messe, nous donne la définition de la fraction telle qu'on l'entendait de son temps : Confractio vero et commixtio corporis Domini lantis musteriis declaratu anliquitus sanclis Palribus fuit, ut dum sacerdos oblationem confrangerel, videbatur quasi angélus Dei membra fulgentis pueri cultro concœdere, el sanguinem efus in ealieem excipiendo colligere, ut veracius dicerent verbum dicente Domino carnem ejus esse cibum et sanguinem esse polum. In hac confraclione sacerdos vull augere, ibidem débet addere, quia lune cselestia lerrenis miscentur, et ad oralionem sacerdotis cseli aperiuniur.

Sacerdote autem frangenlr, supplex clerus psallet anliphoria, quia patiente dolore mortis omnia Iremcntis lestalu sunt elemenla *.

On voit quel sens réaliste l'auteur attache au ri le de la fraction et comment elle rappelait aux fidèles un

Opéra, t. v, p. 96. — B Loc. cit., m, kal. oct. Dedicatio basilicx sancti Micluelis archangcli, p. 214. Cf. Dom Cagin, Te Deum, p. 495. — fi P. L., t. lxxxii, p. 89 sq. Le texte :! été donné par Dom Martcnc dans le t. iv, du Thésaurus anecdotorum. Voir Germain (messe dite de saint).

1 KACTIO PANIS

instant avant la communion, le sacrifice sanglant de la croix. D'autres rites mettront cette vérité encore plus en relief. Une antienne chantée à ce moment soulignait encore la solennité du rite.

Comme le dit Mgr Duchesnc, une certaine dus,- de superstition s'introduisit de bonne heure dans ce rite. On arrangeait sur la patène les parcelles de l'hostie de manii jacr une forme humaine. Le concile de

Tours de 567 interdit cette pratique et ordonna de disposer les parcelles en forme de croix '. Grégoire de Tours (5.S5) mentionne simplement la fraction sans donner de détails. Verum ubi explicUis verbis (les paroles du canon) confraclo corporis Dominici unenlo, et ipse sumpsit, et aliis distribua ad edeniliim, etc. :.

formules de fraction dans les lil orgies gallii sont nombreuses, mais elles ne toujours à

leur place naturelle. Nous n'en citerons que quelquesunes :

Post sécréta. Credimus, Domine, creilimus in hac ron/ractione corporis, et efjusione lui sanguinis nos esse redemptos : confidimus etiam quod spe hic intérim jam ienemus, in œlernum per/rui mercumur. l'er*.

Post sécréta. Credimus, Domine, advenlum tuum :

nus Passionem luam, corpus tuum in peccatorum

nostrorum remissione eon/ractum, sanguis sanctus luus

in pretium nostrœ redemptionis effusus est. Qui cum

lettre et Spirilu sancto, etc. *.

Dans la liturgie mozarabe, le rite de la fraction est aussi assez compliqué. Après le Post l'ridie et le Te prestante et l'élévation de l'hostie et du calice, n< le élévation) qui répondent à notre doxologie finale du canon et a notre seconde élévation, le peuple récite le Credo.

Puis le prêtre rompt l'hostie en deux parties égales, divise l'une en cinq parties et l'autre en quatre et les dispose en forme de croix, comme l'indique la figure ci-contre.

Ces neuf parties répondent aux neuf mystères, les

sept mystères de la vie de Jésus-Christ formant la

croix, et les deux autres Gloria et regnum, qui sont les

mystères <lu ciel, étant .Iroit de la croix.

rporatio répond à l'Incarnation.

Le prêtre dit alors le Mémento des vivants, puis le Pater, encadré de certaines prières. Puis il procède à la

fraction, qui est unie à la commixtion cl à la connu un ion.

Voici du reste la rubrique du missel mozarabe : Sic

presbyter. Accipiat modo particulam (/ne dicitur

RBONUM de patena : et ponat super calicem: in /

resurrectionis oidelicei dicat tribus vicibus : \ icit leo de

tribu Juda radix David, alléluia. - Chorus quolibet

vice : ■ Qui sedes super cherubim, radix David, alléluia. •

tea dicat islam orationem inter se submissa voce :

Sancta sanclis ■ noslri

Jesu Chrisli : sil sum bis ad

veniam : et defunclis ftdelibus preslelur ad requiem .

/:'/ niittut particulam in calicem et cdbperiat cal

il . i luimi-

' mi. Ici la Formule de bénédiction.

Le chœur chante le Gustale elvidete. In dicendo gustate et vidi al presbyler aliam particulam ■

ron. //, c. m ; Eiefele-Leclercq, Hist. des cou t. m. p, |85. Le même auteur pense que le texte suivant du pape Pelage I", ver» 558 pourrait bien viser un abus ■ ffam (iifiu nom a leris dicam,

reddttwus est rattonem, quod apud oos Idolum ex stmilaglne, ve (nlquttatibus nostrtst patienter fierl audlvfmus, et ex Ipso tdoto fldeti populo, quasi untcutqucpro mertto, aur.es, ocutos, Ingulis membra distribut. Jatte, Eptstolœ, n. 978. Cf. Les origines du culte chrétien, i éd., p. 222. mtracul., I. i. .-. lxxxvh, P. /... t. lxxi, col. txl;. laicum, Thonrasll Opéra, t. «, p. :'..;.",. ■ Op. cit., p. 236. Cf. Aussi sur ce passage, Wnrren, The uiur,Vi

tem quœ ditur OLORIA et ponat super calicem et dieu! cum silentio islam orationem : i Panem celestem de mensa Domini accipiam, etc. Domine Dais meus da mihi corpus et sanguinem l'ilii lui. etc. Ave in œvum sanclissima caro, etc. Hic facial signum cum hostia el sumat particulam quam in manu habet et cooperial calicem cl ventât ad patenam : et consumai omnes l'articulas per ordinem. Et deinde accipiat patenam et ponat super calicem et purget bene cum digilo pollicis cl dicat irationem : Ave in eevum, etc. Corpus cl sanguis, etc. Hic accipiat sanguinem. Dicat deinde liane orationem : Domine Deus meus, etc. La commun dêles a eu lieu après celle du prêtre, et le chœur chante l'antienne : Refecli Chrisli corpore et sanguine pariter, etc. s.

La traction chez les mozarabes est accompagnée d'une antienne qui est désignée par l'une ou l'autre de

Reqnutr.

ces rubriques : Ad confraclionem panis dicat chorus,ou ad confraclionem panis anlifona. Nous en citi quelques-unes pour montrer que les p ai d'ordi-

naire en relal to : rec la communion :

ad me non esuriet : qui crédit in me non

inquam. j Ego sum lux mundi : et qui sequitur

me non ambulabit in tenebris : sel habebii lucem vile.

veniladme. t Qui mandatât meam carnemet

bibit meum sanguinem : in me manet et ego in illo. K~

irio et honor Patri et Filio etSpirilui

• in sccula seculorum. Amen. le. Qui bi

m me mm morietur ineternum(\ inico linquadr.)*.

Ad confraclionem panis. Anlifona, Tu Domine da

escam nabis in tempore opportuno : muni

and rittinl of the nltic Cluirrli. Oxford, l*M. p. 26

■ Mtssale mixlum, /'. /..t. i.ww. col. 117 jq. Cf. Lebrun,

iffon des prières de /./ messe, t. i, p. Mgr Duchesnc, op. cit., p. 223, Dana le Liber ordlnum e\ el:iiiN le Liber mozarabicus sacramentorum, 1 1 a cité un bon nombre d'antiennes ad confracttonent fmais. \<-ir en particulier Liber mo2arabicu . p, wwi. où sont Indiqués les renvois. Dom < ;i|.-iii s'est doi n iltir tous t, s chants de traction de la II

m, p, 448, 494. On aura remarqué que plusieurs de ces nies mil îles analogies BVCl II

îles. — * Mtssale mixtum, toc. clL, p. 98.

FRACTIO PANIS

FRANCE

2ilG

luam et impie omnem animam benediclione. (Feria 6» in IIII Dom. Quadr.) ».

Ad confractioncm vero panis dicitur hec antiphona tribus vicibus : Memor esta nostri, Chrisle, in regno luo, et dignos fac nos de resurrectione tua. Poslea simbolum 2.

IX. La fraction dans la liturgie celtique. — Le rite est plus compliqué encore chez les Celtes. L'hostie était divisée de sept façons différentes, suivant les fêtes; en cinq parties aux messes communes, en sept aux fêtes des saints et des vierges, en huit aux fêtes des martyres, en neuf le dimanche, en onze aux fêtes des apôtres, en douze aux kalendes de janvier et au jeudi saint, en treize le dimanche après Pâques et le jour de l'Ascension, en soixante-cinq aux fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte. On les disposait en forme de croix, avec quelques complications quand elles étaient nombreuses; à la communion, chacune des parties de la croix ou de ses appendices était distribuée à un groupe spécial de personnes, prêtres, moines, etc.

Pendant ce rite, orr chantait un répons. Nous donnerons ici celui du missel de Stowe. L'oraison dominicale suivait. Voici la curieuse formule du missel de Stowe :

Ter canilur. « Isund conogabar indablu tuair (orsincailech fobdidithir leth nabairgine is in cailuch » (c'està-dire, en gaélique, qu'ici a lieu une élévation et le mélange du corps et du sang du Christ dans le calice).

Fiat Domine misericordia tua super nos quemadmodum sperabimus in te. « Isund conbongar in bairgen : (Fraction).

Cognoverunt Dominum. Alléluia. In fraelione panis. Alléluia.

Panis quem frangimus eorpus est Domini nostri Ihesu Chrisli. Alléluia.

Calixquem benedieimus (alléluia) sanguis est Domini nostri Ihesu Christi (alléluia) in remissionem peccalorum nostrorum (alléluia).

Fiat Domine misericordia tua super nos. Alléluia. Quemadmodum speravimus in te. Alléluia.

Cognoverunt Dominum. Alléluia.

Credimus, Domine, credimus in hae eonjractione corporis et efjusione sanguinis nos esse redemplos, et confidimus, sacramenti hujus adsumptione munitos, ut quod spe intérim hic tenemus mansuri in celestibus veris fructibus perfruamur. per Dominum 3...

X. La fraction dans la liturgie ambrosienne. — Dans la liturgie ambrosienne, le canon se termine par une doxologie qui diffère peu de la doxologie romaine. Après la doxologie. le prêtre divise l'hostie en disant : Corpus tuum frangitur, Chrisle calix benedicitur ; le prêtre détache alors une parcelle de l'hostie destinée à être déposée dans le calice en disant : Sanguis tuus sit nobis semper ad vitam et ad salrandas animas. Commixlio consecrali corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi nobis edenlibus et sumenlibus in vitam œternam, Amen. On chante alors le eon/raelorium, antienne de fraction. Après la fraction on chante le Pater. Cette succession de rites est bien remarquable. Comme dans la plupart des liturgies, fraction, commixtion et communion sont étroitement unies. La fraction est mise en relief par les paroles: Corpus tuum frangitur et par le chant du con/ractorium. Enfin et surtout il est intéressant de noter que le rite ambrosien maintient l'ancien usage romain, fraction avant le Pater '■ Cette

I Missale mixtum, Inc. cit.. col. 137. — " Liber ordinum, p. 191. — 3 Warren, Tlic liiurgyandritualoftliecelticChurch, Oxford, 1881, p. 211. Les rubriques en gaMique qui ont occupé beaucoup de philologues sont étudiées eu partieulier par Whitley, '/Vie Irish passages in (fie Stowe Missal, Calcutta, 1881. Dom Cagin a relevé les ressemblances entre ees formules et une antienne mozarabe, 7'e Deum, p. 494. — ■ ' CI. Ambhosien (rit), t. I, col. 1417 sq. — s Cf. IZAucta-

concordance curieuse montre que ce rite conserve les traces de la liturgie romaine ancienne que la liturgie romaine actuelle a perdues. Et ce n'est pas le seul exemple dans cette liturgie.

En Gaule et en Espagne, l'ordre liturgique est : fraction, Pater, commixtion 6.

Les grecs divisent l'hostie en quatre parties dont ils font une croix sur l'autel, et mettent une de ces parties dans le calice.

Voici la forme de la croix B :

NI

KA

Comme le dit Brightinan. la fraction eut d'abord pour objet d'imiter le geste du Seigneur à la cène et de distribuer le corps du Christ pour la communion. Plus tard, il devint dans ces liturgies comme dans les autres, geste symbolique rappelant la passion. 11 croit même pouvoir distinguer dans ces liturgies, au moins dans certaines d'entre elles, trois fractions :a) la reproduction du geste du Seigneur rompant le pain; b) la fraction symbolique de la passion; c) la traction pour distribuer l'hostie aux fidèles '.

Bibliographie. — C. F. Atchley, Ordo romanus primus. The library of liturgiology, London, 1905, p. 106 sq. — Mgr Baliffol, Leçons sur la messe, Paris, 1919, p. 90 et 285. — Mgr Duchesne, Origines du culte chrétien, 4» édit., Paris, 1908, p. 63, 222. - Dom Cagin. Pulcogruphic musicale, Solesmes, 1896, t. v. p. 81, 88. — L'Eucharistia, Paris, 1012. p. 207 et surtout Te Deum ou Illalio, Paris, p. 215-238, et 488- 495. — Hjarque (Ramon), « la Fraccion dcl pan i en los primeras tempos del cristianismo, Barcelona. 1916. — A. Fortescue, The Mass, A study of the roman lilurgij, Londres, 1914, p. 301 sq. — Lebrun, Explication des prières et des cérémonies de la messe. Paris, 1726, t. i, p. 562 sq. — E. Renaudot, Liturgiarum oricntalium collectio, Francofurti a M., 1847, 1. 1, p. 18, 19, 20, 34, etc., t. n, p. 38, 41,66, etc. - Suicer, Thésaurus ecclesiaslicus, Amstelœdami, 172S. v. KXâouç. — H. Thurston, Fraclio panis. dans Catli. Encyclopedia,t. v, p. 165. — Vert (Dom Claude de). Explication des cérémonies de l'Église, Paris, 1720, t. i, p. xiii, xvin, 77, 129, 130. — Mgr Wilpert, Fractio panis, la plus ancienne représentation du sacrifice eucharistique. in-4°, Paris, 1896; Pillure délia Culacombe romane, Rome, 1903. Voir Fermentum.

F. Cabrol.

FRANCE. Note préliminaire. — Nous avons réservé tout ce qui concerne les questions galloromaines pour être traitées séparément. On trouvera ici ce qui a plus particulièrement rapport à l'archéologie franque: cependant s'il était aisé d'établir une distinction en ce qui regarde les textes et les sépultures ayant trait aux envahisseurs de la Gaule, on ne pouvait songer à l'étendre aux monuments du culte et à l'épigraphie qui ont donc été abordées ici dans leur ensemble. L'étude des antiquités de l'Église et de la liturgie gallicanes attireront à elles les observations sur le clergé franc (voir Gallicanes, Église et liturgie ).

I. Les Origines. — I. La légende de l'origine troyenne. II. Pays désignés sous le nom de France. 1. France germanique. 2. France gauloise. 3. France mérovingienne. 4. France des écrivains romains.

rium Solesmense, Solesmes, 1900 (sacramentaire de Bergame) et les tomes v et vi de la Paléographie musicale, Solesmes, 1896,1897 (antiphonaire ambrosien). — 'Liturgie de S. JeanChrysostome, dans Brightinan. Liturgies Eastern ami Western. Oxford. 1896, p. 393. Le rite dans l'ancienne liturgie est plus simple, id., p. 341. — " Liturgies Eastern and Western, p. 480, 533, etc. et au glossaire au mot : Mannal acts, p. 5S1.

FRAXt 1

5. France et Neustrie. 6 France carolingienne. [IL Le nom de France. IV. La I îL-l^iq uc, glacis de la France. A'. Première période d'invasions de peuplades franques ou sicambres. VI. Ligues. VII. Luttes et accords entre la ligue des Francs et l'Empire. VIII. Les Francs de 340 à 440. IX. Le royaume de Clodion et 'le Mérovée. X. Le royaume de Childéric I r. XI. Progrès du

royaume franc de Clodion a Clovis (440-511). XII. Le

il). Xlli. Le royaume

il 1-524). xiv. i.e royaume «le i'in<>-

doric (511-555). XV. Le royaume de Childebert I .

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