‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 224 sur 423 · I. ORIGINES. — I. I.A LÉGENDE DE L'ORIGINE · texte numérisé non relu

I. ORIGINES. — I. I.A LÉGENDE DE L'ORIGINE

troyenne. Depuis Fréret, on désigne sous le nom de Francs, certaines peuplades germaniques dont parle Vopiscus, pour la première foi milieu

du iiic siècle '. Ces peuples étaient alors établis sur la rive inférieure et moyenne du Rhin; ils se divi plus tard en deux groupes, les Saliens i mires.

D'où étaient venus l .' Selon Grégoire de

Tours (il, 9), ils étaient venus » au dire d'un grand nombre » de la Pannonie, sur les bords du Rhin. Les Gesla regum Francorum racontent, qu'après la chute de Troie, tandis qu'Énée fuyait en Italie, I'riam et Anténor s'embarquaient avec douze mille et, après une odyssée dont nous reparlerons, i liaient aux rives du Danube, eu Pannonie, où ils fondaient la ville de Sicambria. Il est vrai que cette ville, n'a jamais existé; le Breviarium de la Cosmographie (FEthicus la place aux environs du Palus Meo tides, ce qui n'enlève rien à son existence ». D' i'Hisloria Francorum epitomata, c'est non loin du Rhin que les Francs auraient élevé une ville ail instar Trojse nominis ', bien que Tacite assure que les Germains n'habitaient point les villes, et que la loi salique, tit. XLV.dise spécialement des Francs qu'ils

habitaient les villages. Quant au nom de la ville de Sicambria, les Francs et les rois francs, on le sait, sont souvent appelés Sicambres. Le peuple est quelquefois nommé gens Sicambrorum. L'hypothèse la plus vraisemblable, pour expliquer ce fait, est celb

de Walt/, qui estime que les Saliens, dans leur séjour auprès des Sicambres. transportés par Tibère sur la rive gauche du Rhin, se sont mêles et confondus avec ce peuple.

[royens de Pannonie prêtèrent leur concours à l'armée romaine contre les Alains, prirent le nom de Francs (férus, a duricia vel audacia cordis eoruni) et s'attirèrent la faveur de l'empereur Valentinien; puisse révoltèrent, furent vaincus, perdirent leui I'riam, gagnèrent le Rhin, ou ils eurent pour pi ,

Marchomir et Sumeson, l'un Dis de Priant, r d'Anténor; et, enfin, choisirent pour rois Pharamond, i lodion et Mérovée.

i I ee une légende, la légende troyenne •, un m vtiic ou. plus simplement, une fiction puérile d'éruiiits de basse époque, une Invention d'un clet vil1 sh i i ait ee clerc? quelle idi e l'a m

quels documents a-l il mis en ■> livre? quel texte a-l d Intei polé? et commenl ne troyenne

géant un peu. : Breviarium, édlt. H. Wuttke, 1853,0. ni. ■ i > Bouqui t. /<• ' . ■/• hl ' ». i Gaules, t. a, p. 394.

FRANCE. — I

des Francs est-elle arrivée aux premiers auteurs qui en ont parlé sans se copier ?

Voici la question : quelle valeur doit-on accorder au récit qui nous a été transmis par les plus anciens historiens des Francs, et d'après lequel les Francs seraient venus de l'est, soit de la Pannonie, comme le répète après d'autres Grégoire de Tours, soit de la ville de Troie, ainsi que le rapportent Frédégaire, ou l'auteur quelqu'il soit qui écrivait dans la seconde moitié du vne siècle \ et l'auteur inconnu des Gesla regum Francorum, historien de la première moitié du vin" siècle. On peut négliger les textes d'une date postérieure qui, sur ce point particulier de la légende troyenne, procèdent tous de l'œuvre des deux chroniqueurs.

Rien ne fait supposer que l'auteur des Gesla ait connu la chronique dite de Frédégaire : en tous cas, il est certain que le récit de la « légende troyenne » qu'on lit chez l'un, n'a pas servi de source au même récit qu'on rencontre chez l'autre. Non seulement les deux récits ne se doivent rien ; mais ils présentent les plus grandes différences. 11 faut donc admettre qu'ils dérivent de quelque source commune. Le principal document écrit sur lequel travaillent les deux historiens, c'est l'œuvre de Grégoire de Tours: l'auteur des Gesla a en outre amplement puisé dans les traditions orales. Or les quelques mots de Grégoire de Tours : Iradunl mulli (Francos) île Fannonia fuisse digrcssos, ne sauraient êlre considérés comme l'origine de la légende. C'est un « on dit » populaire. Si Grégoire avait connu l'origine troyenne des Francs, il ne l'eût sans doute pas passée sous silence, et si la légende existait de son temps, elle n'était, à coup sur. que peu répandue. L'a-t-elle été d'ailleurs jamais beaucoup ï

Au contraire de Grégoire, qui ignore les noms des premiers rois francs, le compilateur de VHisloria Francorum epilomata, mieux renseigné à son gré, complète le texte qu'il transcrit en se recommandant de l'autorité de saint Jérôme et de Virgile, pour affirmer que le premier roi franc fut Priam. Mais saint Jérôme ne parle des Francs, en dehors de sa Chronique, qu'en un endroit de la Vie de saint Hilarion, et il ne fait pas allusion à l'origine troyenne de ce peuple. Frédégaire ne peut pas non plus avoir en vue les mots exinde origo Francorum, qu'on lit dans ses Excerpla ex Fusebii chronico, Hieronymo interprète ■ : ces mots ne se trouvent ni dans la version arménienne de la Chronique d'Eusèbe, ni dans le texte original de la version de saint Jérôme. C'est là une simple glose, une interprétation postérieure. En tout cas, ce n'est pas à ces mots que songe Frédégaire, quand il dit que « saint Jérôme a écrit sur les rois des Francs. » Le Père de l'Église n'est donc point l'auteur de la légende. Quelques érudits modernes se sont tournés vers les continuateurs de sa Chronique : on rencontre chez Prosper Tiro les noms de Priam, de Pharamond, de Clodion et de Mérovée 3. Mais le plus ancien manuscrit de Prosper Tiro ne renferme pas ces noms de rois; ils n'existent que dans des manuscrits très postérieurs, que Frédégaire n'a pu connaître. Restait le passage du Breviarium latin de la Cosmographie chrétienne du prétenduEthicus, où se trouve un récit qui ne laisse pas de rappeler la légende dont nous nous occupons. Avant de sou-

1 La légende troyenne se rencontre dans deux passages de ce chroniqueur : 1° Fragmenta ex aliis Fredegarii excerptis selecla quœ ad historiam Francorum pertinent. Inter excerpla ex Eusebii chronico, Hieronymo interprète, dans Dom Bouquet, op. cit., t. il, p. 461; 2° Gregorii episcopi Turonensis historia Francorum epilomata per Fredegarium scholasticum, ibid., t. u, p. 394. — ■ D. Bouquet, op. cil., t. n, p. 461. — 3 Priamus quidem minai in Francia, dans Vetustiom lat. Script, chronica, colleg. Th. Roncallius, 1. 1. p. 739-750, 751, 75 1. — ' C'est vers 630, et vraisemblablement dans l'empire

tenir que Frédégaire a suivi Ethicus, il faudrait savoir quel était cet Ethicus et son traducteur ou, plutôt, son abréviateur Jérôme? A quelle époque ont-ils vécu, si tant est qu'ils ont jamais existé? on ne saurait le dire 4. A la vérité, il n'importe ici. Frédégaire a-t-il connu le Brcviarium et s'en est-il servi? Voilà toute la question. Si le Breviarium est la source de la légende, il est clair que non seulement l'accord doit régner sur les points essentiels entre ce document et le récit du chroniqueur franc : ce récit doit en dériver avec une clarté, une certitude qui ne permettent aucun doute.

Voici ce qu'on démêle dans l'obscur récit du Brcviarium : Romulus, petit-fils de Numitor, après avoir vaincu les Lacédémoniens, en vient aux mains avec Francus et Vassus, princes de race royale, les bat, prend Ilion et retourne à sa ville. Francus et Vassus, alliés aux Albani et campés dans les montagnes de l'istrie, livrent bataille à Romulus. Ils sont défaits, et la déroute est telle que, tandis que les Albani qui ont pu échapper au carnage se réfugient dans leurs montagnes, Francus et Vassus prennent la fuite avec une poignée de braves Troyens. A travers la Rhétie, ils parviennent ad invia et déserta Germanise, laissent à gauche les Palus Méotides, et, menant l'existence de brigands et de pirates, ils bâtissent là une ville du nom de Sicambria. Cet itinéraire est étrange. Sans nous arrêter à le commenter, retenons seulement du récit attribué à Ethicus, le nom du prince Francus, issu de race royale, la chute de Troie, la défaite des Troyens par les Romains, l'exode à travers la Rhétie vers une nouvelle patrie et la fondation de la ville de Sicambria, non loin des Palus Méotides. Notons surtout qu'Ethicus ne parle pas des Francs, qu'ils ne sont nommés nulle part dans le Breviarium, et qu'il ne dit point, par conséquent, que les Troyens sont devenus des Francs. Ethicus ne parle que des Troyens et du prince troyen Francus, lequel est bien ici une personne et non une expression ethnique.

Au contraire, VHisloria Francorum epitomata et les Excerpla ex Eusebii chronico 5 nomment Priam, contemporainde la guerre de Troie, premier roi des Francs. Tout au plus peut-on rapprocher Francus du Francion 6 de Frédégaire. et la fondation de Sicambria près des Palus Méotides de celle de la ville ad instar Trojœ nominis, élevée non loin du Rhin. C'est tout. Pas un mot, pas une pensée du Breviarium ne se retrouve plus dans le récit de Frédégaire, qui pourtant transcrit très exactement les chroniques, et, là même où il s'écarte de Grégoire de Tours, le suit encore presque mot à mot. Jérôme et Virgile, dont il déclare s'inspirer racontent que Troie a été détruite parles Grecs, non par les Romains, comme le fait Ethicus. En vain l'on chercherait chez Frédégaire et Vassus, et Romulus et les autres rois de Rome et les Albani et les Palus Méotides. En vérité, l'hypothèse qui considère le Breviarium comme la source directe des récits du chroniqueur franc est trop invraisemblable pour qu'on doive insister.

Si l'on songe, d'une part, que Frédégaire ne dit dans aucun passage qu'il ait ajouté quelque chose aux chroniques qu'il compile, mais qu'il nous livre indirectement la preuve que, quand il transcrit des interpolations il le fait de bonne foi et en croyant copier

mérovingien, que paraît avoir écrit le faussaire qui, sous les noms d'Ethicus Istcr et de Jérôme, a composé, dans la langue de la Chronique dite de Frédégaire, cette Cosmographie chrétienne en six livres. Cette compilation rappelle l'Histoire de la destruction de Troie, de Darès, le Phrygien, et est sortie de quelque officine du même genre. Cf. Teuffel, Gcschichle der romischen Literatur, in-S°, Leipzig, 1872, n. 4S8. — 5 E. Liithgcn, Die Quellen und der historische W'ertlider frœnkischc Troyasage, in-S'\ Bonn, 1876, p. 39 sq. — 6 Per quem, Franci vocantur in postremo.

FRANCK. — I

des passfges authentiques; et, d'autre part, que saint .Jérôme n'a pas dit un seul mot de l'origine tro

tles Francs, forceest bien de rapportera une chronique interpellée du l'ère de l'Église les récits de Frédégaire sur celte légende qu'il témoigne avoir emprunt i tnut à ce dernier, Virgile n'étant évidemment pour le ohroniqueur franc qu'une source secondaire '. C'est parce que le texte interpolé de la Chronique de Jérôme parlait de l'riain, que Frédégaire connaissait par Virgile, qu'il a pu écrire : De Francorum vero regibus bealus Hieronymus, qui jam olim fuerunt. scripsil. Quod prias Virgilii poetœ narrât historia... Voilà les seuls mots ajoutés par le rédacteur de ['Historia Francorum epitomala.

L'auteur de l'interpolation a puisé dans la tradition de son temps certaines particularités historiques qu'il n'a certes point tirées des chroniques de Jérôme et d'Idace, Ainsi, il rapporte qu'après la mort du roi Francion. les Francs mirent a leur tête, à la place d'un roi, des duce/: : on savait donc encore que, jusqu'au commencement du ve siècle, les Francs établis sur le Rhin, avaient vécu à l'état de peuplades conduites et souvenues par des duces. L'interpolateur était sûrement un Franc ou un Gaulois; la nature de ses additions en témoigne. En transcrivant les chroniques de Jérôme et d'Idace, il avait regretté de n'y point rencontrer ce qu'il avait le plus à cœur, <>n y parlait a peine «les Francs, et en des termes qui ne convenaient qu'à un peuple vaincu. La Chronique de Jérôme disait : Franci a Constante perdomiti et pax cum cis fada •'. C'était trop peu à son gré: il rassembla donc tout ce qu'il put découvrir dans Jérôme tt dans Idace, d'indications sur les nations les plus diverses afin d'y rattacher son peuple. Jérôme ne dit rien de l'origine et des migrations des Francs : l'interpolateur transporta aux Francs la légende des origines troyennes des Romains, lit de Priam l'ancêtre des siens, et combla une qui sépare la guerre de Troie du règne de ciiivis a\ ec son érudition indigeste, avec des généralités ressassées et de vagues notions géographiques.

lue luis entrée dans la Chronique de Jérôme, la légende de l'origine troyenne des Francs se répandit rapidement, la critique n'étanl guère le lait des chroniqueurs de cette époque. Aussi bien la sage réserve et le doute qu'avait laisse paraître Grégoire de Tours touchant les premiers rois francs ne pouvaient satisfaire la conscience nationale. Il n'y a que les esprits

réfléchis qui se résignent à ne point savoir.

L'auteur inconnu de G ta i •gum Francorum vécut environ un siècle après l'interpolation de la Chronique de Jérôme. Il débute comme un poète épique; il chante plutôt qu'il ne relaie- la guerre de Troie et la

chute d'Ilion. Tandis qu'Hnee fuit en Italie. Priam et

Anténor, avec le reste de l'armée troyenne, douze mille hommes, montent sur des navires, parviennent aux rives du TanalS, entrent dans les l'alus Meotides et arriverd en l'annonie; ils y .lèvent la ville de ! bria on, devenus une grande nation, ils Habitent duranl di lècles. Sauf la mention de Troie et de Priam et l'établi emenl déflnitil des Francs sur le

'.I. Qulcherat.dana Btbliothèqui •/ Charles, t. 11.

l> 132 14 que le Virgile de l' Historia eptlomata

est l'écrivain an. un le quidam tapiens, dont parle le

compilateur dans le prologue de s., Chronique. Un Virgile Inconnu, peut-être le VirgUius Maro, mis en lumière par

A. Mal. j te et historien (Vtrglltt poeUe narrai historia

aurait accrédite l'opinion de l'origine troyenne dea

Cf. I . l'a ris, .la us Roman ta, t. m, p. 129. Roncalli, op.

eu., t. i. Pi 199, ad ann. 345. la me, Panegyr. m

ntln.,6. 'A ii-u Marcelin,, Htst., I, XXX

us. .ne. Precatto et Mosella. • s, Jéi Vlta

S. Hilarlonit, P. /.., c vxii. col. 29. Claudien, /n

/.m./. StlllchonU, I, vs. 237 - 'Grégoire de Tours, Htst.

Rhin, il diffère en tous points des récits de l'interpolateur et de Frédégaire. Cette divergence ne s'expliquerait pas si l'auteur des Gesla avait eu sous les yeux un document écrit : Ici, comme ailleurs, on retrouve plutôt chez lui l'écho de la tradition orale. L'ancienne légende, devenue monnaie courante dai

dans les cloîtres, réparait ici altérée, dcfni .

on ne la reconnaît qu'à trois noms qu'elle a conservés

Troie, le roi Priant et le l'diin. »

< Suant au Breoiarium de la Cosmographia d'F'.i i l'auteur des Gcsla ne Tapas plus suivi que Frédégaire. Au contraire, la destruction de Troie, le Francus (= Francion?) les l'alus .Meotides, les Albani (Alainsî) et la ville de Sicambria du Breoiarium que nous retrouvons dans les Cesta, ne s'expliquent que par un emprunt du prétendu Ethicus à cette chroniqm la tradition contemporaine.

II. Pays désignés sous le nom de Frani i 1. France germanique. — ■ Le nom de Francia servit d'abord à designer le pays de basse Germanie, situe sur la rive droite du Rhin, dans lequel les Francs s'étaient établis. C'est là qu'il faut placer la première France, celle d'Eumène *, celle d'Ammien Marcellin ', d'Ausone', de saint Jérôme8, de Claudien 7, de Sulpice- Alexandre 8. et de la carie de Peutinger. D'après cette

■1619. — Aurais de Constantin.

carte, elle s'étendait, le long du Meuve, depuis la Suei ta ou la Souabe, jusqu'à la mer d'Allemagne. Plus tard, c'est-à-dire au v* siècle, la France, si je puis m'exprimer ainsi, franchit le Rhin avec les Francs et s'étendit avec eux sur plusieurs provinces de la Gaule '. »

Un iiureus de Constantin, à Heur de coin, qui lit partie de la collection Ponton d'Amécourt port. droit, Constantin avec la légende :

CONSTANTINVS P-F-AVG-

et au revers une femme assise a terre, le corps penche en avant, la tête surmontée d'une miti bonnel ..inique, appuyée tristement -sur sa main droite. Au-dessus un trophée avec ces mots:

GAVDIVM ROMANORVM

au-dessous le mot :

FRANCIA

: évidemment la plus ancienne personn lion du peuple Franc, que Constantin refoula en 310, date probable de i tl pièi

Ffrmcor.,1. Il.c.ix. — ■ lï. (i liera ni, 1 >u nom ./c l'r.nu. etdei différents, pays auxquels il fut appliqué, dan* Annuatrt .Si., i. U d'Histoire ,.'< France, 1849, p. 152-168; Cochet, Sur Vépoque ><n /,. Gaule i>nt /.- nom ./.- France, <;

scientifique ./•• France, 1865, t. p. 445-449. — '* /.« plu»

<iu< i< :nne menlfon de ' r uni' monnaie, heure

</. M. i w. /'-.n/, n d'Amécourt), dans Annuaire

./.-/.i Société française ./c Numismatique et </'.\r.7e 1867, t. ii. p, 275-276, pi. \\n. n. 3. i ne i puitc par Cohen, Descrip. t..w. ./.^ monnat* l'empire romain, montre le busto du mémo erapcreui <-t au une f.-niini 'l'un trophi té des

ni. Us : Gaudlum Bomanorum <i au-dessous Alema

FRANCE. — I

2. France gauloise. — Un des premiers, sinon le premier à faire usage du mot Francia, est Cyprien, évêque de Toulon, auteur d'une Vita S. César ii, écrite en 542 ». Dans un passage, omis par Dom Bouquet, il avance que Césaire envoyait des sermons et des instructions aux évêques dans la France, dans les Gaules, en Italie, en Espagne et en d'autres provinces '. Il est vraisemblable qu'il entend ici, sous le nom de France, une contrée située sur la rive gauche du Rhin, car on ne voit guère à quelle Église et à quel évêque il les eût adressés sur la rive droite. Il y avait dès lors une région qui était suffisamment désignée, dès qu'on la nommait Francia. C'est dans la Francia que la reine Clotilde vient trouver Clovis, au diredeNicetius de Trêves, dans une lettre écrite en 562 ou 563 à Glodesinde, épouse d'Alboin, roi des Lombards 3. Or Clovis avait alors sa résidence à Soissons. Marius d'Avenches, vers 581, considère l'Orléanais comme faisant partie de la France * et Grégoire de Tours y fait entrer la ville de Sens, où résidait la reine Teudechilde s. pendant que le deuxième des trois Frédégaire y place également la ville de Pont-Sainte-Maxence !. Plus tard.au x° siècle, l'abbé Jean de Gorze, donne le nom de France à la Gaule belgique, dès le règne de Chilpéric Ier, sous lequel vécut sainte Glodcsinde ?.

D'autre part, Poitiers, au dire de Fortunat6; l'Auvergne, au dire de Grégoire de Tours •; le Limousin, au rapport de saint Ouen 10; le monastère de Luxeuil, d'après les Gcsta recjum Francorum, n'étaient pas situés en France. « De ces différentes autorités, conclut Guérard, appartenant la plupart à la première race, on doit conclure que la France gauloise s'étendait depuis la Loire jusqu'au Rhin. Effectivement le siège principal de la royauté et le centre de la domination des Francs étaient compris dans ces limites. C'était là, par exemple, que les résidences royales de Paris de Soissons, d'Orléans, de Reims, et de Metz, étaient situées; il n'y a donc rien d'étonnant que le nom de France ait été d'abord attaché à ces contrées 11. »

3. France mérovingienne. — Dès le temps de la première race, tous les rois portent le titre de rois des Francs, de même les successeurs de Clovis, dont aucun ne prend le titre de roi de Neustrie, d'Austrasie, de Paris ou d'Orléans. Dans l'appendice de Marius d'Avenches, écrit en 624, il est dit que la Francia partagée en trois royaumes n'en forma plus qu'un seul " comprenant l'Austrasie. la Neustrie et la Bourgogne. Ce même nom de Francia se retrouve chez Grégoire de Tours disant que Brunehaut vint d'Espagne en France 13 et chez le pape saint Grégoire parlant des pays soumis aux Francs 14. D'une façon générale, on doit entendre par Francia la France proprement dite, c'està-dire, le pays compris entre la Loire, l'Océan, le Rhin, et le plateau de Langrcs. pays qui répond à la seconde et à la quatrième Lyonnaise, aux deux Belgiques, et aux deux Gerrnanies de l'ancienne Gaule. Aussi, l'abbé Lebeuf a eu tort d'en retrancher les deux Gerrnanies. la première Belgique et une partie de la seconde, tandis qu'il y mettait, sans preuves, la Basse Bretagne 13.

1 Malnory, Saint Césaire évêque d' Arles, in-S", Paris, 1894. ■ — a Vita S. Ceesarii, n° xxxj. - — 3 Bouquet, Recueil, t. îv, p. 77. — * Bouquet, op. cit., t. n, p. 15. — 5 De gloria confessorum, c. xli. — 6 Bouquet, op. cit., t. n, p. 450. — ; Vila S. Glodesindis, n. 2. — s Vita S. Radegundis, n. 27. — 9 De gloria confessorum, t. xli. — '" Vita S. Eligii, 1. I, c. I, iv. — 11 Bouquet, op. cit., t. n, p. 19, — » Ibid., t. n, p. 19. — " Histor. Franco/*., 1. IX, c.xx. — ltEpistolar.,i. IV, c. XXXVI, P. L., t. Lxxvn, col. 710. — ls J. Lebeuf, Dissertation dans laquelle on recherche depuis quel temps le nom de France a été en usage pour designer une portion des Gaules, l'étendue de celte portion ainsi dénommée, ses accroissements et sesplus anciennes divisions, depuis rétablissement de la monarchie française, in-12, Paris, 1740. — 1,; Paneggrici latini, édit. Bïchren , mi, 6. — " Ibid., VI, 10. - '• S. Jérôme, Vita

4. France des écrivains romains. — Pour les écrivains romains, la France, c'est la Francia, située sur la rive droite du Rhin au nord de la Rhénanie. Dans le panégyrique anonyme de Constantin, on lit : Quid loquar nirsus intimas Francise nationes jamnonab lus locis quœ olim Romani invaseranl, sed a propriis ex origine sui sedibus atque ab ullimis barbarise litoribus avulsœ, ut in deserlis Galliœ regionibus collocalx pacem Romani imperii juvarent1',? Reges ipsos Franciœ, qui per absentiam patris lui pacem violaverant, non dubitasti ultimis punire crucialibus l~; — saint Jérôme : Inter Saxonc ; et Alamannos gens non tant lala quant valida, apud historicos Germania'nunc Francia vocatur 18; et Saxones cêesi Deusone in Francorum regione ls; — Ausone ".

Accedunl vires quas Francia quasque Chamaves, Germanique tremant; tune verus habebere limes,

et encore Ammien Marcellin ", Claudien --, Sulpice- Alexandre -a. Il n'est pas croyable qu'aucun de ces auteurs n'ait entendu dire que les Francs Saliens, dès le ive siècle, s'étaient introduits et établis en Belgique où, quoique battus par Julien, ils étaient demeurés, au point que, dès le début du vc siècle, il se répandaient dans le Tournaisis et jusque dans l'Artois et le Cambrésis. Ils préferaient sans doute paraître l'ignorer afin de ne pas rompre la belle ordonnance qui distribuait tout le pays en deçà du Rhin sous des noms bien méthodiques : Germanie première, Germanie seconde. Belgique première, Belgique seconde. L'abbê Lebeuf pense que si « ce nom (Francia) ne fut usité chez aucun historien dans tout le temps que les Francs furent occupés à gagner du terrain sur les Romains dans la Gaule Belgique, au delà de l'Escaut et de la Meuse (c'est que) les déplacements continuels de ces tribus françaises (disons franques) furent cause qu'on ne parlait des pays qu'elles occupèrent en deçà du Rhin que sous les anciens noms de ces pays ; ils y étaient trop récemment arrivés pour que le nom de France put être donné au territoire qu'ils occupaient 21. » G. Kurth estime qu' « il eût semblé attentatoire à la majesté de l'Empire, de laisser le nom d'un peuple barbare s'imposer à une partie du sol impérial -5. » Les deux explications, mises bout à bout, nous expliquent probablement le fait constaté.

A partir du vic siècle. Grégoire de Tours, outre la citation qu'il fait de Sulpice-AIexandre et du texte du traité d'Andelot, emploie pour son compte, à quatre reprises, le mot Francia et pour une fois au moins il est impossible d'expliquer le vrai sens géographique du mot, lorsqu'il écrit : Quidam Aquilinus nomine, dum venationes cum pâtre suo in silves Franciœ exerecret, pavorem pessimum, inimico insidiante, incurrit 26. D'un deuxième passage, il résulte que l'Auvergne et la ville d'Auxerre en Bourgogne sont exclues par lui de la dénomination de Francia : Tempore Teudechildse régime Nunninus quidam tribunus ex Arverno de Francia post reddila reginœ Iribula revertens. Audisiodorum urbem adivit 2T. Le troisième texte établit que le nom de Francia désigne le pays des Francs d'Outre-

S. Hilarionis, dans Acta sanct., 21 oct., t. ix, p. 48. — "S.Jérôme, Chronicon, P. L.,t.xxvu,col.506.- — îQ Ausone Mosella. XVIII, 434, édit. Schenke; cf. ibid., VI, 2S-29. — . 21 Ammien Marcellin, Jlist. rom., 1. XXX, c. m, n. 7. — " Claudien, Carmina, xxi, 237. — "Dans Grégoire de Tours, Ilist. Francorum,!!, 9, édit. Arndt.p. 73-74. — 2* J. Lebeuf, Dissertation dans laquelle on recherche depuis quel tems le nom de France a été en usage, in-12, Paris, 1740, p. 5.- — 25 G. Kurth, De l'origine et des diverses acceptations du nomde France, dans Revue des questions historiques, 1895, t. lvii, p. 310. — 26 De virtutibus S. Martini, 1. I, c. xxvi — 2T De gloria confessorum, c. xi. Cf. Delort et Pages Alkiry, Traces du passage des Francs nouvellement constatées en [Haute] Auvergne, dans Association française pour l'avancement des sciences, 1004, t. xxxm, p. 113S.

il; wr.F

Rhin : Saxones... exe unies de regione sua in Francia venerunt et usque Divitiacum ' civilatem prsedam coerunt », enfin le quatrième texte étend Francia à tout le royaume d'Austrasie : Igilur CMotoeharius, posl mortem Theodooaldi, cum regno Francité suscepisset '.

incia a donc largement débordé de son i' primitif et s'identifie avec le royaume d'Austrasie. . un quart de siècle environ avant Grégoire de 'l'ours. Théodebert écrit à. Justinien qu'il règne sur les i raneiœ, auxquelsilajoutelaThuringe, etc.4. ( lomme Théodebert, Bis de Tbéodoric, possédait l'héritage de celui-ci ,ni rancia irtie nord-est du royaume de Clovis, celle qui prendrait bientôt le nom d'Austrasie.

i niant à l'Aquitaine e1 à I jne, nous vo

qu'on msidérait pas comme faisant partie de

la Francia, pin unat écrit : Ilaque matrona

Gistaadi proceris nomine Bella sei ilote misera

rogiwil se de Francia Piclavis ad sanctae duci dévote ruïam'et saint Nicetius de Trêves écrit à la reine Glodesinde: Audistiauataa domnabonuc mémorise Hro dehildis qualiter in Francia veneril *; ainsi on vient de France à Poitiers, et on vient de Bourgogne en France.

5. France et Neustrie. — Un des caractères les plus sensibles de la période qui s'étend, en (.aille, du îv* au mu si. cle, c'est la confusion. Il existe sur le même sol des envahisseurs et des envahis qui se disputent le droit de tout exiger et les moyens de ne pas tout accorder. Gallo-Romains et conquérants Germains se lient et puis se mélangent, mais ce n'est que lentement qu'un peuple nouveau sortira de leur rapprochement. Au début, et longtemps après le début, nous n'apercevons que la confusion et, faute de documents

nombreux ou asse? précis, c'est presque lechaos. Le langage, la constitution politique, l'administration, le partage des terres nous apparaissent presque inexplicables dans leur désordre compliqué. Des choses distinctes, deslieux d'habitation de diverses nalures,de pays différents sont désignes par un vocable identique, tandis que des mots différents servent à désigner des choses et des êtres semblables.

A quoi s'applique alors le mot: France'.' \ la réunion des royaumes francs, a l'Austrasie ou à la Neustrie? Vdrien de Valois estime que Francia désigne la Neustrie'; Dom Ruinart dit que plusieurs villes dit France ont fait toujours partie de l'Austrasie, d'autres toujours partie de la Neustrie; A. .Jacobs affirme que le mot Francia, dans Grégoire de louis, ne s'applique qu'à l'Austi isie e1 < la Neu trie, a l'exclusion de la

■ au midi de la Loire.

Dans tel passage, comme Historia Francorum, 1. IV, c.xiv. Francia s'applique exclusivement à l'Austra ti ' Cependant clans Frédégaire, le mol Francia désignerait la région occupée par li tant en Neusl rie qu'en Austrasle '. Pétigny admet que le royaume - le, fui fou

le véritable royaume de] Le nom de!

dit-il. n'avait été donne à aucune province de la i

parer que nulle pari les Lianes n'y avaient établi de

1 L)cut7, sur la rive droite du Rhin, \is-a-vis de ne. — ' Historia Francorum, I. IV, c. Tiv. -■ F. Bourquetot, Sens des mots France >t Neustrie sous te régime mérovingien, dans la Bibliothèque de l'J \l série, i. i, p. 589. . 'Epistolœ meroolnglct et karollni m. i Humilier, p, 133.- - ' Fortunat, VUa Radegun- KXvn, édlt. Léo, dani Monum. Germ. histor. — I. meroo.et karol. .ni., édlt. DOmmler, p. 122. \. de Val. us, Notltta Galltarum. — • A. Jacob graphie de i,r../..ir. ./.■ Tours. — * A. Jacobs, Géographie lègalre. - ll De Petlgny, In itituttons mérootnglenne t. Boarquelot, Sen ronce et NeuttrU

nglen, dans Bibliothèque de l'École dt %

colonies de leur nation. » F. Bourquelot admet pour les premiers temps une fluctuation dans le mot de Francia qui, plus tard, se cristallise en Neustrie ".

Dans l'appendice de MariUS d'Avenchcs. un passage écrit vers la deuxième moitié du VI0 siècle, est ainsi conçu : Per idem lempus, divisa in tribus olim regnis Francia, in uno, a Chlotacario, regno conjungitur '*. Dans Grégoire de Tours, II,ix(IY. xvi), on lit: Sai m Franciam venerunt et usque ad Divitiam civilatem praedas egerant. Enfin, dans le troisième continuateur de Frédégaire : Pippinus élections tolius Francise, sublimalur in regno. Donc le mot Francia a désigne l'ensemble des royaumes fra

Le mot Francia a désigne de même l'Austrasie. Grégoire (IV, Xiv), écrit à propos du royaume de Sois sons : Cldotacarius.post mortem Theobaldi cum rcijnum Francia! suscepisset. Ce royaume, le lot de Théodebald, celui de Théodebert et de Théodoric, c'est le royaume d'Austrasie. dont Metz est la capitale.

Enfin Francia s'applique a la Neustrie. Marius d'Avenches rapporte, sous l'an 523, la mort du roi Sigismond en France: A Bwgundionibus Francis tradilas est, et in Franciam in habita monachali perductus, ibique cum uxore et filiis in puteo est projectus ". Ce meurtre, nous apprend de son cote Grégoire, fut accompli dans l'Orléanais (III, vi), qui n'a jamais fait partie de l'Austrasie.

Francia et Neustria sont formellement assimiles dans la Vie de saint Rigomer: Eu tempore quo < I bertus rexvel Chlolarius germanus suus, Neustriamsive Franciam sorte inler se diviscrunl ". Le premier continuateur de Frédégaire écrit de même : Ebroïnus, a Luxovio cœnobio egressus, in Franciam regreditur, usque Isram flaviam veniens peraccessit. Luxeuil (Haute-Saône) faisait partie de la Bourgogne. Isra, c'est l'Oise, ayant son cours en Neustrie.

Aux vin" et ix° siècles, on trouve quelquefois employées les expressions : Francia romana, Francia teutonica, qui marquent une distinction entre la Gaule centrale et celle des bords du Rhin. Dans le partage de l'an 806 Charlemagne, après avoir fixé les lots d deux fils Louis et Pépin, attribue à Charles tout ce qui se trouve hors des limites marquées auparavant, à-dire, la France et la Bourgogne, sauf ce qui a été

il té a Louis, et l'AUemagni qui a été assigne

a Pépin, C'est-à-dire l'Austrasie, la Neusl rie, la Thu-

laSaxe1'. Un précepte de Louis le I en 828, est adresse : Omni abbalibus,

ducibus, comilibus... celerisque fidelibus noslris, parti bas Francise, Burgundise, Provincise, Seplimanise, Ilalise, Austrise, Neustrise, Bajoarise et Slai nanen-

libus '«.

n ne s'ensuit pas que la Ne mi porti pa encore

le nom de Francia. Le traité d'Andelot, en 587, est imment explicite quand il dit que Galswinthe

\ int en France, oi c'est en N ii qi el \ enait

île Chilpéric : De civilalibus... quse i m'i liildœ... m Frani ai lum est adquisisse ,;. Si Théodebert revendiquait pour l'Austrasie le Francia, il n'en

Charles, ISO."., t. XXVI, p. 567-574. Cf.P.N.B

sur tes noms Francia el Francl el jur les tlti incite donnt ■ n noa roi . dans Histoire de l'Acadi mit royale des Inscript, el Bell.-Letl., avec la Mémoires de littérature, 1758-1760, t. xxix, p. 263j De Foncemagne, /;• marques critiquessur une nouvelle explication d tria et Neustria, dans Mémoires de littérature lire i le l'Acadi mu royale ''■ i rn»i rlpl. • i Bell.-Li n 1740, t. xiv, p. 215. - D. Bouquet, Recueil des historii ns ronce, t. n, p. 19. " Ibid., t. n, p. 5. — " Ibid.,t.w, p. 426 iVtla S. Rlgomerl Baluzc I ptlularia

t.i.col. Ml. — "Bouquet, op. cit., t. vi, p. 04'.». I fours, HImU Francor., 1. IX, c. xx.

FRANCE. — I

était pas moins appliqué à la Neustrie. Au vic siècle, la Francia a déjà envahi une immense région qui s'étend jusqu'à la Loire et la Bourgogne, au sud: jusqu'à l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord, à l'ouest; jusqu'à la Frise au nord; et à l'est, jusqu'à la Saxe. Il va sans dire que la Bretagne n'y est pas incorporée : la distinction entre Francia et Brilannia durera longtemps encore, on en percevra même l'écho jusqu'en 1789.

Cependant les tronçons tendaient à se rejoindre et à s'unir. Déjà, en 613, dans VAppendix à Marius d'Avenches on lit ceci : Divisa in tribus olim regnis Francia in uno a prœfato rcge Francorum conjungitur, et Fortunat oppose Francus à Ilalus dans le sens où Francia est opposé à Italia ' :

Si gravis arma lenens Ilalus lenct hospes arenas Aut quee Francus habel pagina pandal âge.

De même, dans les recueils de formules (voir ce mot) nous voyons la Francia opposée à V Italia. La douzième des Formula; Senonenses est ainsi datée : Aclum fuit hoc sub die memorato, kalendis junii in anno S, Christo propilio imperii domni Karoli serenissimi augusti et anno 40 regni ejus in Francia alque 35 in Italia... a; et dans une des formula; impériales, on lit : dato... in Francia [6] vel in Italia [26] 3. Enfin, le moine de Saint-Gall écrit : «Lorsqu'il m'arrive de nommer la Francia, j'entends par ce nom toutes les provinces cisalpines [du royaume franc]. » Franciam vero interdum cum nominavero, omnes cisalpinas provincias signipco '. « Il est facile de relever dans les écrivains du vne, du vrneet du ixe siècles de nombreux exemples de chacune de ces deux acceptions nouvelles 'employées concurremment avec celle que nous avons vue en usage chez Grégoire de Tours. La seconde se rencontre même déjà au vi0 siècle sous la plume d'une religieuse de Poitiers; parlant de sainte Radegonde, elle dit : Dominas virtutum largiler eam in miraculis clariorem reddidit in Franlia $. On peut dire qu'en général les écrivains francs, lorsqu'ils envisagent leur pays dans son ensemble ou qu'ils l'opposent à d'autres, emploient le mot Francia dans son sens le plus large; par exemple : Tanta mala et effusione sanguinum a Brunechildis consilium in Francia jaclse sunt ut prophelia Sseville implerelur ' et encore : Ipse (Pépin le Bref après sa campagne de Bavière) vero duce Christo cum magno triumpho in Franlia ad propria sede felicter rcmeavit 8. Lorsqu'il s'agit de distinguer entre elles les diverses parties du royaume, ils réservent Francia pour désigner celle qui a été le plus anciennement connue sous ce nom. De même, lorsqu'il arrive aux écrivains étrangers de parler du pays des Francs, ils emploient généralement le nom de Francia dans cette acceptation vague et générale qui embrasse toutes les provinces soumises à la dynastie mérovingienne; ainsi s'exprime saint Grégoire le Grand : Plage gravior fuit advenlus Agilulfi, ita ut cernerem Romanos more canum in collis /unibus ligatos,qui ad Franciam ducebantur vénales s.

Cependant, dès le vin6 siècle, on constate la tendance à une identification plus étroite entre la Francia et le pays de Neustrie. Déjà, dès le siècle précédent, on pouvait lire dans la vie de saint Rigomer : Francia

1 Fortunat, Carm., I. VII, n. xx. vs. 9-10. — ' Formulée Senonenses, xn, édit. Zeumer, p. 218. — * Ibid., p. 328. — * Monachus Sangallensis, I, 10. — s Nithard, I, 5; n, 10; iv, 1. Cf. L. Drapeyron, De la séparation entre la France et l'Allemagne au IXe siècle dans Mémoires de la Société cPémulation du Doubs, 1869, t. xxv, p. 237; 1S69, t. xxvi, p. 49. — a Script, rcr. merov., t. n, p. 385. — ' Frédégaire, Cliron., in, 59. — 8 Continuât, de Frédégaire, n. 32, 48. — 8 S. Grégoire I", Epist., I. IV. n. xxxi; G. Kurth, op. cit., p. 343. — 10 Dom Bouquet, Recueil des liistor. de la Gaule,

sive Neustria 10 et les écrivains de Neustrie accaparent le mot de Francia à ce point qu'ils opposent Francia à Austrasia ". C'est ainsi que, dans la Vie de saint Éloi, on le représente quittant Limoges, sa patrie, ut Francorum adiret solum lz, c'est ainsi encore que saint Léger dit à Ebroïn : Dum superare cupis omnes habitatores in lola Francia, luam potius aufers quam indignus accepisti gratiam 13, même façon de s'exprimer dans la Vila S. Huberli ,4 et d'autres documents I5 et jusque dans l'épigraphie, sur une épitaphe du vu3 siècle IS : .... THEODORICO REGE IN FRANCIA (Voir Gbaffites).

L'auteur du Liber Historiée va plus loin; non seulement il refuse à tout ce qui n'est pas de la Neustrie le droit au nom de Francia, mais il le retire aux régions qui le portent déjà, notamment le pays des Ripuaires et la Rhénanie. A propos de la victoire de Clovis à Tolbiac, il écrit : Faclaque Victoria, reversus est in Francia ad reginum suam. Voici la Ripuarie dépossédée et la Neustrie ne se laissera pas arracher son titre. Était-ce affaire d'engouement? Non. certes. Si, dans le Liber Historiée les témoignages sont nombreux de cet accaparement du nom de Francia pour la Neustrie (voir les chap. xv. xxxvi. xl), le même usage se retrouve dans plusieurs vies de saints, notamment celle de saint Léger, déjà citée, celles de sainte Bathilde : Austrasii ... receperunt Childericum... regem Austri, Burgundiones vero et Franci faeti sunt uniti " ;de saint Ouen : Procedenle lempore orla est discordia inter regem Francorum et Auslrasiorum '"; de saint Didier de Cahors : Chlodoveus quidem regnum Francorum, Sigeberlus aulem Auslrasiorum regnum gubernavil 13.

De tout ceci.il se dégage un fait évident, c'est que le nom de France et de Franc est tiraillé à l'excès et que les uns le réclament, les autres s'en emparent, personne ne le répudie, mais tous n'en sont pas dignes, Italiens et Bretons entre autres. Parmi ceux qui invoquent ce nom comme un titre de gloire, on ne se reconnaît pas toujours très facilement et il semble que l'auteur du Liber Historiée dont on vient de voir l'intransigeance se contredit convenablement quand, à propos du conflit entre la Neustrie et l'Austrasie, il ne voit que des Francs dans les deux pays : In illis diebus, insligante diabolo, Franci denuo in Colia silva in Francos invicem irruerunt -" et ces mêmes Austrasiens à qui il dénuait le droit de porter le titre de Francs, il les nomme néanmoins superiores Franci, sans doute parce que les Francs proprement dits habitaient plus bas; voici d'ailleurs les textes : Regnum ipsius in superiores Francos in Ausler Theodoaldus filius ejus accepit; — Igitur Burgundiones et Austrasii et superiores Franci simul commoto grandi excrcilu valde per Campanias digressi, pago Sessaunico... ingrediunlur; — Austrasii vero Franci superiores congregati in unum Dagoberlum super se regem slatuunt B1. Si les Francs de Neustrie sont considérés, eux, comme les véritables Francs, c'est qu'ils sont les Saliens, les fondateurs de la monarchie franque, les conquérants de la Gaule, de qui le pays est, par excellence, la Francia.

Mais Francia ne s'applique pas avec la même intensité à toute la Neustrie. A partir d'une date qui c'est pas antérieure à 779, on se met à opposer Francia et

t. m, p. 426. — "Bouquet, op. cit., t. m, p. 609 : Gcncal. rcg. jrancor. (ixe siècle). — '-Bouquet, op. cit., t. m, p. 552.

— 13 Bouquet, op. cit., t. n, p. 619. — "Bouquet, op. cit., t. m, p. 609. — 15ClwoniquedeJ\Ioissac, ad ann. 670 (x* siècle).

— >• E. Le Blant, Recueil des inscr. caret, de la Gaule, 1. 1, p. 181, n. 91. — " Mabillon, Acta sanct. O. S. B., t. m, p. 746: Vila Bathildis, c. v. — 1S Bouquet, Recueil, t. m, p. 612. — " Bouquet, Recueil, t. m, p. 532. — -" Liber Historiée, c. li. — :l Liber Historiée, en. xxvn, xxxvi,

XLT.

Neuslria. En ellet, dans un diplôme de 779 nous lisons encore: Tarn ultra Ligere quameitra Ligere.vel in Burgundia, etiam in l'ruvinria rel in Francia quant in A UStrasia* (dans ce texte, laNeustrie n'est pas encore dis- Unctedela Francia). En 786, sur on autre diplôme, nous lisons ceci : Quidquid autem de regno noslro extra hos terminas fuerit.id est Franciam et Austrasiam, i illa parte quam Ludovico dedimus, atque Alamaniam excepto portione quam Pipino adscripsimus. Austriam, Neustriam, Turingiam, Saxoniam, Frisam et partem tria quet dicitur Northgoui dilecto ftlio noslro Karolo concedimus 2: en lin. en 828, toujours sur un diplôme, nous lisons encore : Omnibus epi abbalibus, dueibus. comitibus, ceterisque fidelibus nostris, partibus Francise, Burgundiee, Provinciœ Seplimanise, llalise, Auslrise, Neuslrise, Bajoarise. et Silal'oniœ commanenlibus2. Or. la première trace que nous rencontrons d'une opposition entre Francia et Neuslria se lit dans un passage < 1 «■ l'historien Nitliard, mort en 8 13 '.et Abbon donne à cette opposition son expression caractéristique dans ce vers au sujet de l'élévation du roi Eudes ':

Francia lalalur quamvis is Xeustricus esset.

La Seine traçait la limite entre les deux paj s. Ekkebard d'Uracb nous dit que Neustria pars est Galliee CtUicm, illa scilicet qux Sequanse Ligerique interjacet *, et Adrevald dit qu'Orléans et Paris sont les deux points extrêmes de la Xeustrie: Omnis ferc Xeustria quœ a Genabensi urbe per transversum Lutetiam usque Parisiorum pertingil oppidum '.

Le nom de Francia avait non seulement glissé du nord de la Rhénanie jusqu'aux rives de la Seine, mais il allait disparaître clans ces régions mêmes d'où il était parti. Einhard, prend les Francs Orientaux pour l'équivalent des Germains : Fastrada, écrit-il, quse de orienlalium Francorum, Germanorum uidelicet génie eral '; ce n'est qu'une indication, cependant on voit poindre déjà le nom de Germains. Une dizaine d'années plus tard, le biographe de Louis le Débonnaire, oppose les Franci aux Germant et, sous ce dernier nom, il entend déjà ceux à qui, dix années auparavant, Einhard donnait encore le nom de Franci orientales. Déjà, pour ce biographe, Nimêgue a cesse d'appartenir à la Francia et comme l'écrit G. Kurth, ■ la patrie primitive du peuple franc se voit enlever son nom, et le Franc de race germanique, c'est à-dire le Franc [pris à la souche], n'est plus un Franc*. ■ Ce n'est qu'un in. lice, qu'une tendance. Lien des textes continueront à parler des Franci orientales, ils ne sont pas encore dépossédés, mais cela viendra.

Le traité de Verdun portera la confusion à son comble. Ce traiti ait l'empire de Char-

lcmagne en trois lots, dont chacun contenait une partie de la population, qui se parait du nom de Francs et du sol qu'on désignait sous le nom de Francia. En 842, à la veille du traité de Verdun, on retrouve le nom d< 'lans son acception la plus généralisée :

Aquis palalium, quod tune sedes prima Francise eral '°. Après cette date, le sens large du mot ne se rencontre plus que de façon exceptionnelle. D'ailleurs l'empire étant divise, chaque lot de la Francia qui est entre dans chaque division réclame une dénomination spéciale: il y a ainsi une Francia occidentale " ou Francia nova ", ou encore la Francia lalina " et Francia roma-

' Bouquet, Recueil, t. \. p. : \j 'Bouquet, Rei ueil, t.v,

- Bouquet, Recueil, t. v, p. 649. • Nlthard, i, :>.

1 tbbon, /'■ Ml. Paris, a, \s. 1 17. -- ■ Pertz, Scrlptores,

t. vi, p. 158. — : Mlracula s. BenedtcU, I. I, c. xxxm.

' Binhard, Vlla Karoll.c. icvra. • Vtia Ludovic!, c. s\.

xlv, \i i\. * Nlthard, iv, 1, ■ " i . t. i,

11 M ! de Sailli -(.ail. 1. r, c. xxi. Wlpo,

na ", toutes désignations très claires. Le Chronicon Laureshamense l'appelle Francia gallicana et saint Euloge de Cordoue. Francia inlerior par opposition au pays de langue germanique qu'il nomme Francia ultcrior. — La partie orientale ou Allemagne, fut appelée Francia orienlalis '5 et Francia Teuton; Enfin, le royaume intermédiaire au nord entre la France et l'Allemagne, qui avait été la pairie des Francs fondateurs de la monarchie continua d'ôtri appelée Francia, sans plus ".ou bien Francia anliqua " et Francia média '*.

La confusion était grande, ainsi qu'on peut l'entrevoir. Les chroniqueurs s'employèrent efficacement à l'aggraver. Les uns retournent aux désignations géographiques de l'époque romaine et nomment rcs pectivement la France, la Lotharingie et l'Allemagne : Gallia, Belgica et Gcrmania; tel est le cas pour Prudence de Troyes, Hincmar de Reims et le moine Richer, les autres imaginent des distinctions peu précises : un annaliste anglo-saxon parle de pays a l'est du Rhin, pays du milieu et pays à l'ouest ; d'autres encore parlent d'un regnum ou imperium Aquense, de Baoaria, à.' Aquilania.

Le peuple laissa dire et lit une trouvaille. Dans l'empire on avait taille trois royaumes attribués a Charles le Chaîne, a Lothaire et a Louis le Germanique; il y eut donc un regnum I.colharii qu'on trouve mentionné des 872 dans les Annales d'Hineiuar. ce sera bientôt la Lotharia, les Lolharienses, forme latine, tandis que la forme usuelle et courante fut Lotharing et de là Lotharingi qui donna naissance à Lotharingia. — Il y eut un royaume de Charles, regnum Caroli, qu'on trouve encore mentionne dans la Chanson d'Autriche ïu :

Dirai de Gode/roi li bon duc de Buillon Li dus chevauche a force et tous si compaignon, O lui est li quens Hues et Robert li Frison Et tout li pèlerin de! roiaume Charlon.

Il y eut un royaume de Louis le Germanique qui mil plus de temps à cesser de s'appeler France. L'Allemagne tenait à son nom de Francia orienlalis et par fois, lorsqu'ils combattaient en Italie les rois d'Allemagne, s'appelaient : rex Francorum et Ilalicorum, comme nous le voyons sur trois diplômes de otton Ier. datés de Lavie. en 951 ", tandis qu'en Via;, il appeler dans cinq actes successifs : imperalor ' norum et Francorum '-; enfin, dans le célèbre diplôme du 13 février 962, qui confirme les territoires ponti ficaux, on lit ceci : Pro remedio anime nostre et filii noslri siue parentum noslrorum uc successorum nostrorum cl pro cuncto a Deo conseroato atque < o Francorum populo ".

Sans trop nous écarter des limites chronolog de nos études, nous pouvons ici faire mémoire

néalogie des rois francs, rédigée au ix1 siècle qui contient les mentions suivantes :l :

Dagobertus rex in Francia, Sigeberlus rex in Austrasia; Clùldericus rex in Austrasia,Theodericus rea n; Francia; Regnanli in Austrasia... Grimoaldus, major domus in

Francia sub Childeberlo.

Puisque deux princes distinct l'un sur la

France, l'autre sur l'Austrasie, il CCS deux désignations ne visent pas un même royaume.

Vlta Chuonradl, c. xxvn. "Lultprand, 1, xiv,

xvi. ' i Inhard, Vlta Karoli.c wiu. — '■ Wipo, Vtta

Chuonradl, c. a. ' Prudence, Annal., ad nnn.85

11 Moine de Sain t-Gall, I, xxm; II, J

tularla, l.u. p. 24. - " Bdit. (.. Paris, m, p. j:'

Dlplom. Ottonts, 1. 1, p. ^ls-J:"

141,443 ■'//>«/.. p. 325. 'Bouquet, op. cit., I u,p

FRANCE

Dans la vie de saint Hubert, on nous ,dit de lui • : Franciam Sequanoram deseruil, et in Austriam ad Pippinum ducem... se conlulil.

La Chronique de Moissac, du ixe siècle, nous offre ce passage : in Francia, defunclo Chlotario (ann. 670) qui regnavil annis IV, Theodoricus et Childebertus, fratres ejus, sublimantur in regnum. Theodoricus, in Francia habens majorera domus Hebroinum, Childerieus vero in Auslria eum Wal/ardo duce '.

Enfin l'assimilation de la France et de la Neustrie est restée traditionnelle dans notre histoire.

Philippe Mouskes ( f 1282) raconte dans sa Chronique, que Clovis, fils de Dagobert, eut trois fils, Clotaire, Childéric et Théodoric, et, au moment de sa mort 3 :

Fais fu par le consel des Frans

Clotaires rois, ses fius ainsnés;

Et Cilderis, le secons nés.

Ot toute la tiere d'Austrie,

Et s'ot castiaus en Lombardie;

Et Théodoris li mainsnés,

Est en France od li roi remés.

Ailleurs, le même auteur écrit 4 :

Et Pépins, li sires d'Austrie,

Rendi de France la mestrie

A Tiébaut, ki fius iert Grimot...

Et ailleurs, encore 6 :

Et Charles Marlians

Fu prince de France et d'Austrie

Dans le royaume de Charlemagne, Girard d'Amiens semble confondre dans le nom de France la Neustrie et l'Austrasie, quand après avoir parlé des chagrins du grand prince, il dit 6 :

... por cets duel s'en prist vers France à retourner; Mes, si con li auctour ne sevent aviser, Entre Loire et le Bin tant con l'en peut errer Souloit-on le pais adont France clamer, Et France qui or est estoit sanz contrester Apela Franc pais...

Mais, ajoute F. Bourquelot, la distinction de la France et de l'Austrasie se montre évidente dans un manuscrit des chroniques de Saint-Denis qui est conservé à la Bibliothèque [nationale] '. Ce manuscrit contient, au folio 56 r°, une miniature dont le titre est : Comment Dagouberz fut couronné du royaume d'Australie, et dans laquelle le roi est représenté avec un manteau rouge à carreaux d'or, — et au folio 5S v°, une autre miniature intitulée : Comment Dagoubers lu couronnez du royaume de France, et ici le manteau du roi est aux couleurs et aux armes de France, bleu semé de fleurs de lis d'or.

6. France carolinqiennc. — Sous la seconde race, Francia désigne la généralité des États des Francs ou telle portion de ces États à l'exception de l'Italie, c'est ce qu'a soin de faire remarquer le moine de Saint- Gall : Franciam vero inlcrdum cum nomino, omnes cisalpinas provincias signifie» s. Ceci explique pourquoi, dans les diplômes de Charlemagne et dans ceux de Lothaire, son petit-fils, leur règne en France et leur règne en Italie sont marqués séparément.

Lors du traité de Verdun, en 843, les possessions entières des Francs turent divisées en trois royaumes. Charles leChauve obtint lapartie occidentale, depuis la

^ ' Bouquet, Recueil, t. ni, p. 609. — '■ Ibid., t. n, p. 652. — ■ ' Philippe Mouskes, Chronique, édit. de RcilTenberg, p. 65. — 'Ibid., p. 71. — '- Ibid., p. 7:î. — ° Bibl. n.it., fonds français, n. 778, fol. 156 v°, col. '•. — " Bibl. nat., fonds français, n. 2615. — s Gesta Caroli Magni, I. I, c. x, dans Bouquet, Recueil, l. v, j>. 110. — * Anna!, de S. Bertin, iidann.843. — 10Kinhard, Annal,, ad ann. 823; Continuatio Breviarii Erchamberti, dans I'erlz, t. n, p. 329. — " \'ila

Manche jusqu'à la Meuse; Louis le Germanique, la partie orientale, savoir toute la Gei manie jusqu'au Rhin et quelques villes avec leurs vignobles sur la rive gauche du fleuve: Lothaire, la Lorraine, la Provence et l'Italie. Ces trois grandes divisions donnèrent naissance à la France orientale, la France occidentale et la France du milieu. Dès lors, le mot Francia avait donc quatre acceptions distinctes. De plus, la France orientale et la France occidentale étaient divisées en plusieurs provinces et renfermaient chacune une province qui portait, elle-même, le nom de Francia. » Ainsi, observe Guérard, voilà une cinquième et une sixième France, qui ne sont que des fractions de la France orientale et de la France occidentale. De plus, la province de France, dans la France occidentale, était encore subdivisée en plusieurs parties, dont une constituait une septième France, nommée dans les temps postérieurs: Ile-de-France. Enfin, il y avait dans l'Ile-de- France un petitpays qui s'appelait lui-même la France . » De sorte qu'il a existé jusqu'à huit Frances différentes.

La France orientale, dans le sens le plus étendu de cette dénomination, était toute située sur la rive droite du Rhin, à l'exception d'une portion de la Ve Germanie qui en dépendait et qui, comprenant les villes de Spire, Worms et Mayence, s'étendait probablement jusqu'à la Lauter '. Ce royaume est souvent appelé Francia par les auteurs anciens, surtout par ceux d'Outre-Bhin, aux yeux desquels la vraie France était celle de l'est, qu'ils habitaient.

Dans les textes, Francia orienlalis est souvent distingué du Noricum (la Bavière) par le moine de Saint- Gall, de l'Alemania ou Rhaslia, du Noricum et de Saxonia, dans Einhart, et d'autres10. Alors la France orientale désignait le pays ayant au nord-est la Saxe et la Thuringe; à l'est, la Bohème et la Bavière; au sud, l'Allemagne et la Souabe; au sud-ouest, la Lorraine, à l'ouest, la Frise, c'est-à-dire que cette France orientale correspondait à l'ancienne Franconie. Il existait donc simultanément deux Frances orientales, l'une royaume et l'autre province. La France occidentale fut également royaume et province. « Albéric, moine de Trois-Fontaines, ayant dit que le roi Arnoul possédait toute la France orientale, attribue à Charles le Simple la Francia occidentalis. Mais celle-ci est mentionnée par des auteurs beaucoup plus anciens; Saint Rembert, qui écrivait en S70 environ, la nomme, et y place l'abbaye de Torout, dont Charles le Chauve prit possession, dit-il, parce qu'elle était comprise dans la portion qui lui échut, en 843, en vertu du traité de Verdun11. En effet, le royaume de Charles le Chauve comprenait la Flandre, où était situé le monastère de Torout (entre les villes d'Ypres et de Bruges). D'autres écrivains donnent le titre de roi de France occidentale à ce même roi13, à son fils Louis le Bègue 13, à ses petits-fils Carloman et Charles le Simple. Il n'y a donc pas de doute que la France occidentale n'ait formé, après la mort de Louis le Débonnaire, un des trois royaumes de l'empire des Francs. Elle est presque toujours appelée simplement Francia par nos historiens occidentaux tandis que les auteurs de l'autre coté du Rhin la désignent quelquefois sous le nom de Gallia '*. Un écrivain du ixe siècle réduit le royaume de Charles le Chauve à la Neustrie et à l'Aquitaine et semble indiquer ainsi que la France occidentale était formée de la réunion de ces seules provinces ". »

.S. Anscharii, auctore Remberto.n. 23. — ll Jean de Gorzc, Translatif) S. Glodesindis, n. 28, dans Bouquet, Recueil, t. vu, p. 333. — " Annal. Fuld., contin. altéra, ann. SSo. dans Bouquet, op. cit., t. vm, p. 55. — " Vita JElfredi, Anglosax. reg., dans Bouquet, o;j. cit., t. vm, p. 99. — 15 Annal. Fuld., ann. 879, s.so: Contin. Regin., ann. 926, dans Pertz, op. cit., 1. 1, p. 616: Annal, A ugienscs, ann. 926 939, ibid., t. i, p. 68,69.

i i; \Mi:. — i

Le nom de Francia désignait non seulement le

royaume occidental, mais encore une province. La France est distinguée de l'Aquitaine dans les Annales d'Einhard, sous l'an 763 ei dans les continuateurs de Frédégaire, a l'année 766. Elle est aussi distinguée de l'Auvergne, du Poitou, et des autres pays de la même i, dans plusieurs auteurs '. En outre, la France est distinguée de la Bourgogne et de l'Austrasie dans undlp harlemagne de 779 *; de la Bourgogne,

de l'Aquitaine, de la Bretagne et de la Neustrii ilrs documents anciens, où il est question des guerres et des ravages qui suivirent la mort de Louis le Débonnaire*; de la Neustrie, de la Bretagne, rie la Gothie.de la Gascogne et de l'Aquitaine, dans itinuation i i onique d' Vdon, au sujet du

partage de Verdun <le 843 '. Quant à la Bretagne, en particulier, elle est retranchée de la France par I iugues de Flavigny", et par l'annaliste de Metz'. Cette aurait même existé depuis le commencement de la domination des Francsdansla Gaulc.au rapport de Loup, abbé de Ferrières, qui dit de plus que les frontières des deux pays avaient été fixées alors par un commun accord entre les deux peuples '. D'où il semble certain que la France et la Basse Bretagne formaient deux provinces différentes sous la première et sous la seconde race.

La séparation de la France et de la Lorraine est eonsta tee pour 880, par Thierry, ai.be de Saint-Ttond cl pour les années 930 et 934 par Flodoard, lequel attribue à la France les villes de Doua! et de Saint- Quentin *. La ville de Valenciennes était située entre les deux provinces dans la marche dite de France et de Lorraine, suivant Sigebert de Gembloux' et l'annaliste saxon 10.

Lu résume, la province de France était bornée, sous les carolingiens, au nord par la mer: au nordouest, par la Lorraine ou Austrasie; à l'est, par la Bourgogne; au sud. encore par la Bourgogne et par l'Aquitaine, et à l'ouest par la Neustrie et la Bretagne. Elle eut pour limites constantes l'Océan et la Loire, mais elle a varie d'étendue à l'Orient et à l'Occident. Quant elle est opposée a la Neustrie, celle-ci au lieu de s'étendre, comme auparavant jusqu'à la Meuse, ne

s'avançait plus a l'est que jusqu'à la Seine, et le nom de France s'appliquait aux pays situés entre la Seine et la Meuse, pays qui avaient par conséquent appartenu jadis a la Neustrie. Mais la France axant encore été resserrée du côté rie l'Orient par le partage rie Verdun, en 343, la province de France cul ri pu m- limiti i -lé.

Quant a la France .lu milieu, Francia média ou plu ancienne ment ion dans une charte <i<- Louis le Débonnaire, qui est rie 835 (Bouquet I, 83" ou 838 (Baluze), 830 (Pertz). Ce document attribue a cette France moyenne les pays de

Woëvre (Meuse), de Vouzy (Marne), de Cs

(Ardennes), .!•' Porcien (Ardennes) de Reims, Li

Metz et Trêves. D'après le traité préliminaire de 842, qui fut suivi, un de Verdun, Loui

manique et Charles le chauve, offrir n reur Lothaire de lui céder, pour complément de part, tout le pays borné, d'u i le Rhin, et de l'autre

Bouquet, Recueil, t. mi, p. 342. ' ïbld., t. v,

!•. Tu. • ' Thegan, c. mi; Contln. de Frédégaire; Moine d'Angoulfime, Vita <-'in.it Mm/m, anu. 769; Ci/.; .s. Willetmt ./mis. 20. - * Bouquet, .•/•• cit., t. mi, p. 224. ■ us Pertz, op. . il., t. n, p. 324. - - " Bouquet, op. ni., t. mi. p. 247; Annale» Mettenses, ad ann. : Loup «le Ferrières, Epist., m. mu, dam Bouquet, ></.. <i(., t. vu. p. 504, 505. " Chron., dans Bouquet, •./.. cfl.,t. vin. p. 186, 189. •Chron., ad ann. 1006, dans Bouquet, op. cit., t. \, p. 218, ■ '" Chron. Saxon., ad ann. 1006, dans Bouquet, op. cit., i. \. p. 229. "Bouquet,

par la Meuse d'abord, puis par une ligne qui, partant des sources de la Meuse, gagnerait celle de la Saône. et suivrait ensuite le cours de la Saône et du Rhône jusqu'à la Méditerranée". Cette portion représentait le tiers de ce qui devait lui revenir dans l'empire, après la distraction précédemment faite de la Bavière, de l'Aquitaine et de la Lombardie. La pn effet, était déjà possédée sans contestation par Louis le Germanique, la seconde par Charles le Chauve, et la troisième par lui Lothaire. Le traité de Verdun ayant agrandi son lot vers l'est, en transportant la limite précédente de la Meuse a l'Escaut, ses possi s'étendirent en définitive entre, la France orientale et la France occidentale sur une bande d'environ 1500 kilomètres de long et 200 kilomètres de large, depuis la mer du nord jusqu'aux frontières du i de Bénévent. Sous le nom rie France moyenne, le biographe d'Aldric, évêque du Mans, semblerait avoir

compris toute la partit' de cette bande située dans la Gaule. Mais la France moyenne proprement dite était loin d'atteindre jusqu'aux Alpes. A la mort de l'empe reur Lothaire. en 855, ses États furent partages entre ses trois dis. L'aine. Louis, obtint l'Italie avec le titre d'empereur. Le plus jeune, Charles, reçut pour sa part la Provence, le Dauphiné, le Lyonnais et la plus grande portion rie la Bourgogne transjurane, le tout réuni formant ce qui fut appelé le royaume rie Provence. A Lothaire. le puiiic. échurent toutes les autres pusses sions de son père dans la I .aille, et celles-ci lurent alors proprement désignées sous le nom de France moyenne Francia mediana ,a.

III. Le nom de « Franc ». — A l'origine. Francus n'avait pas de signification ethnique, c'était un titre. une qualification. Il existait ries Francs Chamaves ■* (voir ce mot), ries Francs Bructères, ries Francs Ampst variens. de même parmi les Chattes '*, les Hattuariens11, les Saliens15. les Sicambres ", les Bipuaires1" et plusieurs autres. Nous en trouvons un souvenir sur la carte de Peutinger. au iv siècle, où on lit : Chamavi qui cl Franci (Chamavi qui et Fninci ) ". Certaines peuplades : les Glauques, les l'usons, les Bructères après s'èlre parés de ce nom, y renoncèrent J0.

L'origine du nom de Francus a donné lieu à des controverses nombreuses et interminables. D'après J. Hotman, frank vient de /rci qui signifie : libre ". Jacob Grimm adopte cette explication -:, et G. Kurth observe qu'il leur a été tmpo iible de découvrir .1

vocabulaire des langues germaniques, un radical autre que jfrei ayant le sens de libre. C'est parce qui tous

les Francs étaient des hommes libres, que l'ailjeelil franc a fini par prendre le sens d'homme libre dans le latin, le français et l'allemand. En réalité, c'est seulement à partir du vnr' série, que noir- \om.iis appa rail repolir la première fois dans le mot /mucus la notion de libeiir. Le < ■aiinn 1" du concile di : i dit

Siquis francam filiastram suam... dederit vin ingenuo nui servo; le canon 5* : Si francus nom mulie-

rem et sperat quod ingenua sit, et postea invenit quod non est ingenua, dimillat eam si vuU ei aliam;

le canon 6* : Homo francus accepit bénéficiant dtseniort suo et duxit secum suum vassallu mulif senonenses (voir Formui i si contient un pa

op. cit.. t. m, p. lit. — ,: Guérard, ..;»■ cit., p. 161 u Sulpice-Alexandre, dans .le Tours, Hisl.

or., i n. .-. ix. — - l* Sulpice-Alexandre, 161

" A nui lien Marcel lin. Hlst. rem., I. XX, C. X, n, 2.— " lliiil..

I.XVII, e. mu, n. :i. — ; l.v.ius. De magistrat,, m. >• S'ils ne s. m i pus déjà compris parmi les susmentlom Kurth, dans questions historiques,

t. î.vu. p. 339.- ' <Eg. Bucherlus, Belglum romanum, p. 230, — f . Hotomanus, Franco- Gallla,

i. Grlmm, Geechtcntt der deutschen Sprachc, .. édlt., s. — " Slrmond, Concilia Gallitc, i. u. p. 46.

FRANCE. — I

où francœ personœ semble désigner la condition civile plutôt que la nationalité '.

Le radical germanique auquel se rattache le mot franc c'est trech, ou frêlih en vieil allemand, qui signifie fier, hardi, et, pour tout dire, farouche. Devenu francus sous son vêtement latin, le mot est retourné dans les langues germaniques, à peine retouché sous le nom de frank 2. Les contemporains disaient quelque chose d'analogue. Isidore de Séville écrit à propos des Franci : Alii eos a ferilate morum nuncupatos exislimant. Sunt ctiam in Mis mores inconditi, naturalis ferocilas animorum '■': un siècle plus tard environ, l'auteur du Liber Historiœ écrit de son côté : Tune appelhwit eos Valentinianns imperator Francos allica lingua hoc est feras, a durilia vel audacia cordis eorum; et au ixe siècle, Ermold Nigellus écrit aussi : Francus hubet nomen a ferilate sua. Ainsi Francus n'est pas un nom ethnique, mais une simple épithète qu'on donnait, peut-être sans y regarder de très près. Pendant la première moitié du xixe siècle, alors que vivaient nombreux les soldats des guerres de la République et de l'Empire, à combien ne donnait-on pas l'épithète de « mon brave ». Quand ces hommes défilaient : demisoldes, invalides, à la tournure martiale, c'étaient : « les braves ».

Ce nom de Francus, nous le rencontrons chez les écrivains latins, pour la première fois à l'occasion d'une victoire d'Aurélien, en 241, dans la Haute Germanie, Le nom était aisé à retenir, facile à prononcer, et il fut préféré à toutes les dénominations baroques dont se décoraient les peuplades d'Outre-Rhin. On s'habitua à dire les Francs, le mot était compris. L'acceptation collective du mot franc avait son pendant dans celle du mot « Romain ». Le Romain n'était plus l'habitant de Rome, c'était tout homme libre de l'empire qui, depuis l'édit de Caracalla (voir le mot Édit), était citoyen romain : In orbe romano qui sunt, ex constitution imperatoris Antonini cives romani facti sunt 4. On était romain quoique gaulois, italiote ou breton I Il y avait en somme deux mots qui exprimaient deux confédérations en présence. Les peuplades incorporées à l'Empire étaient romaines, les peuplades qui, sur l'autre rive du Rhin menaçaient l'Empire, étaient franques. Toutefois, Franc était moins compréhensif que barbares qui s'étendait aux Numides comme aux Sarmates, comme aux Francs.

En somme. « on appelait Francs, pendant les derniers siècles de l'Empire, tous les peuples barbares du Bas Rhin Le nom n'avait pas de valeur ethnique. Il désignait un certain groupement politique et non une certaine origine. 11 n'y avait pas de Franc de race, il n'y avait que des Francs de nationalité 6. »

Du ivc au ve siècle, il se forma, par le fer et par le feu, un premier royaume franc confiné au nord de la Belgique entre la chaussée romaine de Bavay à Maastricht, la forêt Charbonnière, la Lys et les collines du Boulonnais 6. Sous le règne de Clodion, ce royaume s'étendit jusqu'à la Somme au delà de Cambrai. La population indigène ne fut pas seulement conquise, elle fut massacrée et ce qui fut épargné réduit à une condition inférieure et ainsi il se forma deux groupes entièrement distincts au point de vue juridique et politique. Les Francs étaient les maîtres et les Romains leur étaient asservis. « Si cette situation avait duré, nul doute qu'il se fût bientôt formé deux classes héréditaires, comprenant l'une les indigènes, l'autre les conquérants. On les aurait distingues à la religion,

' Formulée, édit. Zeumer, p. 182. — ■ Fauriel, Histoire rie lu Gaule méridionale, 1. i, p. 155; De Pétigny, Études sur l'époque mérovingienne, l. i, p. si. — 3 Isidore d<- Séville, Origines, I. IX, ch. n, 101, P. L.. t. i.xxxii, col. 338 . — • Lllpien au DigesU, 1. I, til. v, 1. 17. — 5 Kurth, op. cit., p. 361-362. — * A. de Behault de Dornon, Données ar-

à la langue, à la condition sociale, à la constitution physique. Mais la situation ne dura pas '. »

Au royaume embryonnaire de Clodion succéda le royaume de Clovis s'étendant jusqu'à la Loire, puis gagnant l'Aquitaine et arrivant jusqu'au pied des Pyrénées. A cette triple progression correspond une triple phase de l'histoire des Francs et du sens de leur nom. Le mot Francus se rencontre dans le texte avec des acceptions différentes correspondant à chacune de ces phases successives.

Au vic siècle, lorsque Grégoire de Tours compose ses livres, il nous montre par maints exemples que les Gallo-Romains étaient compris sous le nom de Francs, au même titre que leurs compatriotes d'origine germanique. Lorsque les Francs sont irrités contre le jeune roi Théodebert qui ne veut pas épouser sa fiancée, par amour pour une concubine, il ne peut s'agir des Francs germaniques seuls, mais de toute la population (Hist. Franc, 1. III, c. xxvn); et lorsque, après la mort de Clotaire Ier, Chilpéric distribue, poulies gagner, les trésors aux Francos uliliores, il n'en peut excepter les Gallo-Romains qui composaient une partie de l'aristocratie influente du royaume franc (Ibid., 1. IV, c. xxn). Lorsque Grégoire avoue sa répugnance à raconterparle détail les guerres qui épuisent Francorum gentem et regnum, il n'en exclut pas apparemment les Gallo-Romains dont il est lui-même et qui prennent leur part de tant de maux (Ibid., 1. V, c. i); d'ailleurs, ce même Grégoire nous dit que le roi Chilpéric lui montra un objet d'art confectionné ad exornandam atque nobilitandam gentem Francorum, ce qui ne peut s'entendre que de toute la nation (Ibid., 1. VI, c. II). Dans un passage relatif au judex Audo, nous lisons encore ceci : Ipsc enim cum Mummolo prœfeclo mullos de Francis, qui lempore Childeberli régis senioris •inqenui fucranl, publico tribulo subegit, par quoi Grégoire ne veut pas dire qu'il existe des Francs non libres, mais que des Francs, hommes libres dès le temps de Childebert, furent contraints de payer l'impôt (Ibid., 1. VII, e. xv). Nulle part l'idée de Franc et d'homme libre ne se compénetrent plus exactement. Or les hommes libres du royaume de Neustrie étaient en immense majorité des Gallo-Romains, c'est donc eux qu'on appelle Franci.

D'autres textes nous montrent, par exemple chez Fortunat, le mot Ilalus opposé à Francus, et lorsque, dans plusieurs passages, il veut opposer les Francs germaniques aux Francs gallo-romains, il n'emploie pas Francus et Romanus, mais Francus et barbarus; parlant de Vilithuta, femme Iranque née à Paris 8 :

Sanguine nobilium generala Parisius urbe Romana studio, barbara proie fuit.

Chez Frédégaire on constate, comme chez Grégoire de Tours la diversité des acceptions du mot Francus; mais il vivait au vnc siècle, et les distinctions commençaient alors à s'effacer, principalement en Burgondie. Les vies de saints ne sont pas moins instructives. ■ La plupart, disait Fustel de Coulanges commencent par vanter la noblesse des personnages. En général, elles se servent des expressions nobilis génère, nobilibus parenlibus ortus, ortus nobili progenie, ortus inchjla prosapia. Mais parfois, elles remplacent ces expressions par celle-ci : ex nobili Francorum prosapia genitus. Mais si l'on compare entre elles les vies où sont employées ces diverses expressions, on voit qu'aucune idée spéciale ne s'attachait à l'une d'elles, et que dans

chéologiques établissant 1rs lieux habiles riar les Francs Suliens et les Ripuaires en Belgique, dans le département du Sorti français, le Limbourg Hollandais et le Grand-Duché 'le Luxembourg, dans Annales de l'Académie royale d'archéologie de Belgique, ISflS. — ' Kurth, op. cit., p. 363-364. ! ortunat, Curmina, 1. ÏY, n. xxvi. vs. 13.

I R VNCE. — I

la langue fort prétentieuse des hagiographes, elles étaient synonymes. Toutes également, et avec le même

vague, voulaient dire que le saint n'était pas de basse naissance. Mais aucun de ces hagiographes ne songeait précisément à la race franque ou à la race romaine, l'as une fois, en effet, dans un tel nombre de vies de saints, nous ne voyons que l'auteur oppose les deux races l'une à l'autre, ni même qu'il paraisse connaitre deux races '. Franci désignait tous les sujets du royaume des Francs. 11 est impossible d'avoir lu les textes sans être frappé de cette vérité Les mots rex Francorvm ne signifiaient pas que le roi ne i ■que sur les Francs de race; si Francorum avait ici son mus ethnique, il en résulterait que le roi mérovingien n'aurait eu aucun titre qui indiquât son autorité sur unîmes de race romaine. Nous rencontrons fort nt l'expression pulatium Francorum ou proceres Franei; or nous savons par de nombreux exemples, que beaucoup d'hommes de race romaine figuraient dans les plus hauts rangs du palais et parmi les proceres. On trouve cent fois l'expression exercilus Franrorum; or nous savons que ces armées comptaient au moins en Neustrie, plus de Romains que de Francs; nous savons aussi que le service militaire était obligatoire pour tous indistinctement et qu'il y eut même Romains qui commandèrent les armées. L'armée était donc un mélange de races, et pourtant on l'appelait toujours exercilus Francorum; cela ne signifiait autre chose que l'armée des paysans du royaume des Francs. Dans ces expressions comme dans beaucoup d'autres, le mot Francus avait perdu son sens ethnique. On était un Francus dès qu'on était un membre du royaume des Francs :.

Outre les Romains, les Wisigoths, les Bourguignons et les Francs, Grégoire de Tours mentionne comme établis dans la Gaule, les Thuringes, les .Mamans, le* AJains, les Bretons, les Saxons, les Teifales, les Juifs et les Syriens. — • Les Thuringes n'étaient qu'une colonie venue de la Thuringe de Germanie s'établir en deçà du Rhin. Childéric, (liasse par ses sujets se réfugia dans le pays habile par ce petit peuple qui fut soumis par Clovis en 491. Les Alamans, qui sous la conduite de Cboeus avaient ravagé la Gaule et pénétré jusqu'en Auvergne, habitaient au

iv» sieele la rive droite du Rhin; ils descendirent à la fin du iièi li suivant jusqu'à l'Helvétic qu'ils occupèrent. Battus par ClOViS et par les Bourguignons, ils ne louèrent plus qu'un rôle très secondaire dans l'histoire de la Gaule. Les Mains venus en Gaule avec les Suèves et les Vandales \ laissèrent une

leurs qui s'établirent dans le \ 'alentinois,

puis ibins le pays armoricain: un roi alain résidait a Orléans. Les . Mains des bords de la Luire furent par Thorismond, fils el successeur de Théo deric. Les p Axés an Gaule habil

i ib de la Loire, Eui le, à la têti des Goths, i de Bourges le chef breton Rlothame dont parle

Sidoine Apollinaire. Au \r sieele ils durent reconnaître la suzeraineté des mis francs, mais leur soufut plus que nominale sous les fils de Clotalre. Les Incursions des Saxons sur les eûtes, des bouchi - du Rhin a celles de la Loire, remontent aux

premières années du \ siècle. Les Savons des bords

de la Loire qui luttèrent contre les Romains disparurent a la lin du \r siècle. Les Sasons de BaycUX formaient la majeure partie des habitants de la

' Pustel de Coulanges, Les transformations de In royauté pendante époque carolingienne, p. 128. ' //>/./.. p. i

Bastelaer, L'époque franque aupotntdeuuedesart héol'est posta mime en France el en Belgique. Recherches sur Vétabllstemenl gradin l ./■ - Franc» '/.ois le pag ment liant V arrondissement •/■ Chorlerol, ifapri auteurs latins, et sur la détermination <lr r, poque ■/. , Imi llén

cioitas Bajocassium dépeuple/ par les invasions de ces pirates. Le souvenir de ce petit peuple se maintint longtemps dans ce pays et une portion du territoire de Baveux était connue au temps de Charles le Chauve sous le nom d'OUingua Saxonia Les Teifales, peuple de race SCVthique, étaient des liaires de l'armée romaine établis dans le Poitou, où résidait le Pnefeclus Talfalorum genlium sui

terres qui leur avaient été attribuées par l'empereur. La région où habitaient les Teifales (Theiphali) s'appelait Theiphalia, aujourd'hui Tiflauges. Les Yascones qui. au premier siècle de n taienl

établis au delà des Pyrénées, vinrent, enhardis, pal la faiblesse des lils de Clotaire, occuper une parti, de la Novempopulanie, mais ils furent forcés de si mettre, en 602, à la domination franque et réduits au rang de nation tributaire. Les Juifs étaient nombreux en Gaule: on en voit à Paris. Orléans et Bordeaux, etc.; ils se livraient à des tralies de toutenature ainsi que les Syriens qui eurent assez de crédit pour acheter un siège épiscopal; l'un d'eux le niai chand Eusebius, devint, à force de présents, évêque de Paris et confia toutes les fonctions de l'église à des syriens de sa famille.

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