‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 225 sur 423 · IV. L.\ Belgique glacis de la Frani i I e · texte numérisé non relu

IV. L.\ Belgique glacis de la Frani i I e

Pays-Bas, ou — ■ pour éviter toute confusion — la Belgique, forme en quelque façon le glacis naturel de la région septentrionale de la France; par conséquent. elle devait être la première à recevoir les envahisseurs francs venus du Rhin et qui se fixèrent entre le Meuve et la Sambre, avant de s'établir sur le sol actuel de la France. Ainsi envahie et occupée, la Belgique cessa de bonne heure d'être romaine et se trouva être franque, avant la France môme. Dans cette région, d'où ils déborderaient sans tarder longtemps, les Francs se trouvaient encore à l'aise, ils s'y trouvaient chez eux. car l'occupation romaine dans cette région avait été toujours précaire et Saliens et Ripuaires s'en étant empares sans beaucoup de peine, s'y étaient implantés assez solidement pour n'avoir guère à craindre un retour offensif. Celle occupation semble avoir cause un minimum de dommage aux populations déjà établies sur le sol bel gique devint pendant plusieurs siècles une sorte de gîte d'étape où déplace d'armes d'où les Francs par tirent, à différentes reprises, a la conquête de vinces situées au sud de la Sambre. Attachés a leurs terres, cramponnés à leurs habitations, les Belges virent leurs envahisseurs s'élancer a la conquête de nouveaux territoires, sans surprise et, peul être, sans regret, sachant que c'elaicnl la des hôtes de passage et qu'il ne fallait pas se laisser submerger par eux.

Ainsi, la Belgique a connu une époque saliei

même, dans les parages les plus au nord, une époque

si'i ambre qui n'a point eu d'analogue en France. Cette

époque ne va a rien moins qu'à contenir un laps de

temps de deux, trois (el a mesure qu'on se rappn du Rhin), quatre siècles. Pendant ee long espace, le

sol belge a reçu dans ses cou. a lires des

tombes nombreuses, tombes flanques, a coup sur, mais

' incl es et tics dit) crent es de celles qu'on decouv re

en France et qu'on désigne sous ce mêmi

ivant la conqui ir. des envahisseurs

germains avaient déjà di que, refoulé

devant eux les populations et s'étaient Implanti nationaUsés belges . C'était la nu passe déjà assez

de transition romano-franque du sol belge, dans \t, logiques, I. n. ni s , Mens, 1886, p. 10. Cf. en A. <le Behaull de Dornon, Données archi tantlt Ueui habités par les Francs Sattens il Rlpuali Belgique, dans le déparlement du Nord français, le Lin hollandais, et le Grand-Duché de Luxembourg, dans .!.■ idémle royale tCarchéolt

FRANCE

lointain et oublié pour que d'autres envahisseurs leurs succédassent et prissent leur place, germains eux aussi. Périodiquement un flot de population germanique venait revendiquer la riche Belgique où il rencontrait des hommes de leur race, car il n'y restait que très peu de Gaulois ou de Celtes, et ainsi se formait un groupe belgo-germain sans cesse accru des apports venus des rives du Rhin, principalement vers les bouches de ce fleuve et de la Meuse. Là, se trouvait le réservoir des peuplades franques, venues ellesmêmes de la direction du nord-est en suivant le cours du Rhin, et écartant ce qu'elles rencontraient sur leur passage.

De ces pays d'où ils surveillaient et choisissaient l'instant à leur convenance pour faire irruption en Belgique, les Francs savaient combien était incomplet l'établissement des Romains parmi les Belges. César n'avait pu conquérir lui-même ces lointaines régions dont la soumission restait précaire et ne fut jamais complète. Ces flères peuplades ne se regardaient pas comme sujets, mais tout au plus comme alliés de Rome. « Il est vrai, que les armées avaient massacré une partie des habitants et que la misère et les vexations avaient fini par en détruire une autre partie; mais il est vrai aussi que les Belgo-Germains, habitants de cette partie de la Gaule, la dernière assujettie, furent aussi les premiers à secouer le joug et à tendre la main aux envahisseurs francs, leurs frères par l'origine, qu'ils accueillaient sur leur territoire, devenu trop étendu pour la population. Aussi dans toute la partie nord de l'ancienne Gaule Belgique, partie formant la Hollande et la Belgique actuelle presque entière, ne vit-on jamais fonder aucune ville, aucun établissement romain, ni même construire aucun monument, temple, etc. Pendant tout le temps de la domination romaine, ces Belges ou Belgo-Germains, étaient au fond toujours restés ennemis du conquérant et sympathiques à leurs frères de Germanie, dont ils protégeaient les entreprises avec un plein assentiment et souvent par des sacrifices matériels 1. « Les Commentaires de César constatent à maintes reprises les tentatives nouvelles de Germains, appelés par les Belges contre les Romains, payés par eux et suscitant aux vainqueurs de graves embarras : Expulsis Germanis, 1. III, c. vu; — Germanosque qui auxilio Belgis arcessili dicebanlur, 1. III, c. xi; — Magna esse Germanis dolori Ariovisti mortem el superiores nostras victorias : ardere Galliam, tôt contumeliis acceptis sub populi romani imperium reilactum, superiore gloria rei militaris extincta... si Gallia omnis cum Germanis eonsentiat, unam esse in celerilalc posilam salulem, 1. V, c. xxix ; — Omnem esse inarmis Galliam; Germanos Rlienum transisse; Cœsaris, reliquorumque hiberna oppugnali, 1. V, c. xli. — Illi (Treviri) ftnitimos Germanos sollicitarc el pecuniam i>ollieeri non desislunl, 1. VI, c. il ; — Cœsar quum undique bellun: parari viderel, Nervios, Adualicos, Menapios, adjunetis eis rhenanis omnibus Germanis, esse in armis... a Treviris Germanos crebris legationibus sollicitari, 1. VI, c. n.

César consacre le livre IV presque tout entier, au récit de sa lutte contre une invasion germanique parvenue jusqu'au pays des Ménapiens : His inter/eclis, niwibusquc eorum occupatis... /lumen transierunt, alquc, omnibus eorum œdificiis occupatis, reliquam partent luemis se eorum copiis aluerunt, 1. IV, c. n. D'accord avec les habitants du pays, les envahisseurs avaient pu s'avancer avec la promesse de recevoir tout ce dont ils auraient besoin, ainsi ils avaient pu pénétrer chez les Éburons et jusque chez les Contrusiens, clients des Trévires ; Missas legiones a nonnullis civitatibus ad Germanos, invitatosque eos, uti ab Jihcno discederenl, omniaque, quse postulassent ab se /ore parala. Qua spe adducti Germani latius jam vagabantur, el in fines Ebu-

ronum et Contrusorum, qui sunt Trivirorum clientes, 1. IV, c. vi ; — Non contents de cela, ils fourrageaient jusque chez les Ambivarites, 1. IV, c. ix; et infligèrent un échec à César: Subfossis equis compluribusque nostris dejeclis, reliquos in fugam conjecerunt, alque ita perterritos egerunt, ut non prius /uga désistèrent, quam in conspeclum agminis nostris venissent, I. IV, c. xn; César parvint cependant aies refouler jusqu'au confluent du Rhin et de la Meuse et il estime leur nombre à 430.000 hommes, ce qui est peut-être exagéré.

L'entente secrète ou publique avec les populations belges, permettait aux envahisseurs de rapides coups de main. Un jour, un parti de 2.000 cavaliers Sicambres franchit le Rhin, gagna le pays des Éburons, et vint attaquer le camp romain d'Aduatica, tailla en pièces cinq cohortes, épouvanta le reste et se retira sans être inquiété : Trans Rhenum sese receperunt, 1. VI, c. xli.

V. Première période d'invasions de peuplades franques ou sicambres. — Le départ de César pour l'Italie fut bientôt connu et marqua un redoublement d'audace. Au milieu du flux et du reflux presque continuel des peuplades, des groupes s'arrêtaient et s'implantaient, en sorte qu'à côté des anciennes tribus belgo- germaines on commençait à voir des établissements franco-germains nouveaux, vivant en bon accord. C'était une manière de soulagement de voir des Francs venir prendre possession d'un sol que les Belges ne se sentaient pas la force de disputer aux Romains dont ils supportaient le joug avec douleur; qui jam ante se populi romani imperio subjeclos dotèrent, 1. VII, c. i; malgré certains ménagements adoptés à leur égard. Ils avaient conservé leurs institutions et leurs chefs, le droit de réunion annuelle dont cependant César prenait la présidence. César lui-même constate ces établissements cisrhénans de peuplades germaniques et entre autres des Sègnes et des Contrusiens, qui habitaient entre les Éburons et les Trévires, dans la contrée correspondant à une partie des Ardcnnes et du Condroz : Segni. Contrusiquc, ex génie et numéro Germanorum qui sunt inler Eburones Treoirosque, legatos ad Cœsarem miserunt, oratum ne se in hoslium numéro duceret, neve omnium Germanorum, qui essent dira Rhenum unam esse causam judicarel, 1 VI. c. xxxni. Cicéron constate lui aussi la présence de ces Germains établis en Gaule =. Ces établissements étaient en quelque sorte isolés et dispersés parmi les populations du pays qui les toléraient ou les subissaient.

Il serait aussi intéressant qu'utile de pouvoir designer avec précision les quartiers de ces établissements successifs, espèces d'invasions partielles et pacifiques dont les Belgo-Romains se réjouissaient, que les Romains toléraient et qui préparaient le futur envahissement, comme les fourriers préparent le logement de l'armée qu'ils précèdent. Mais nous ne possédons à peu près aucun élément tant textuel que monumental pour résoudre ce problème.

« Quand César fut rentré définitivement en Italie et que le soin de son autorité et de sa gloire l'y retint tout à fait, il flatta les Gaulois et leur accorda toute espèce de faveurs pour gagner leur amitié. Il leur prodigua les richesses et combla d'honneurs les principaux chefs, de façon à ce que Rome n'eût plus à craindre leurs révoltes 2. Cette tactique réussit assez bien avec les Gaulois du midi déjà amollis par la prospérité et l'abondance, mais fort peu avec les Belges qui avaient conservé intacte leur énergie. C'était la conséquence du caractère plus môu et plus efféminé des Gaulois du sud et du caractère plus guerrier et plus sauvage des Belgo- Germains du Nord. La Gaule n'est bonne qu'a servir de proie, disait CiviliS, après avoir tenté un soulève-

1 Ciceron, Epist. ad Atticum, XIV, 9. — ! Hirtius, De bcllo gallico, 1. VIII, c. xi.ix.

ri; \Nt:r.

ment général, ce qui lui reste de force ce son! Les I

seuls: Gallos quid aluni quant prœdam vietoribus? et tamm quod roboris sit Bclgas secum palam mit ooto slare '. i César ne pensait et ne parlait pas autrement : Horunt omnium fortissimi stuii Belges, proplerea qwnl a cullu alque humanilate provincial hngissime abstint minimeque ad eos merealores sœpecomineant atqueeaque ad effeminendos animas pertinent, imiinrln.nl. 1. I. c. i. Cette distinction entre Gaulois du midi et Gaulois du nord déjà mélangés d'éléments francs si1

i u t toute l'occupation romaine. Ce fut dans le nord • i les contingents d'auxiliaires qui, tout en conservant leur nom national, combattaient dans les rangs de l'armée impériale: on rencontre ainsi des Nerviens, des Tongrois, des Ménapiens, etc., mais rien de semblable pour les peuplades méridionales. Cette incorporation a l'armée romaine laissait aux peuplades de la Gaule belgique une homogéni ité complète et une autonomie à peine entamée.

Vers l'an 35 avant Jésus-Christ, les Ubiens

blirent entre le Rhin el la Meuse, au nord i gicpie. Les Ubiens affichaient leur origine germanique ■ut un point d'honneur d'une fidélité (prouvée ;1 l'alliance de Rome : ils furent donc placés, comme eurs, au nord des Ticvircs. entre le Rhin et la : Expérimenta f'ulei super ipsam Rheni ripant ili, ut arcerenl, non ut custodirentur z. Ils eurent fort à faire. L'an 30, la Gaule fut témoin d'une révolte fomentée par les Tréviriens qui avaient appelé à leur aide les peuplades germaniques: l'an 29, nouvelles rebellions, soulevées par les Morins, allies aux Suèves venus d'Outre-Rhin; l'an 19,. autre invasii mains, enfin, l'an 14, eut lieu uni m formidable

de Sicambres, associés aux Teuchtères et aux Usi- . aides par les restes des Éburons et les Adua tiques. Ce grand efTort échoua, Drusus soutint la poussée, la refoula et Augusti . pour en finir, décida de localiser ces populations dans la partie du territoire

la plus éloignée du Rhin, dont elles se plaisa

liter le passage aux envahisseurs germains. Il leur enleva jusqu'à leur nom et leur imposa celui de Tungri; il les remplaça le long du Rhin, entre ce fleuve, le Wahal, la Meuse, et la Roër, par les Sicambres vaincus et soumis, et par leurs allies les Suèves, auxquels il i le nom de Gugernes; enfin, il cantonna les Tungri à l'occidenl îles derniers dans des terres qu'il signa. Cette deuxième grande colonisation germanique en eut lieu en l'an 9 Tacite en dit un mot : VI quondam Sugambri excisi et in Gallias trajecti furent', « comme autrefois les sicambres décimés furent transportés dans la Gaule. Mais Tacite fait en même temps allusion à une autre colonisation de Sicambres opérée par 'l'ibère, encore il vers l'an 20 après J.-C. : • 11 fit, dit-il, passer dans la Gaule, 10 000 prisonniers de guerre et les établit dans des lieux qu'il leur assigna le long du Hh in, - vers h nord des I biens, selon quelqu Il les y lit établir par les conseils plutôt (pie par la Ion.-, plura ' on ili'i quant Vi per/ei isse. Mais ces conseils

et cette persuasion semblent avoir eu pour but, non pas

de décider les Sicambres a s'établir en ( ■aille, mais

plutôt vaincre qu'ils devaiei le long

du Rhin et non s'avancer trop vers le cœur du p

i In ne peut rien (aire de ]. peu-

qui paraissent avoir pris part a ces immigra- Lions: Tongrois, Ubiens, Suives, Suniques, Bethases cl d'autres peuplade, plus ou moins unies sous la

le Sicambrei - pul les To qui semble comme h- dei ne > .

d'une collectivité nationale : Il

Ite, Annal.,\. IV,c.lxxvi;D. Van Bastelaer.op. cfl., P- lin. — 'Tacite, De moribtu Germanorum, c. xwui. —

en plusieurs peuplades habitaient, entre le bas Escaut el la basse Meuse, la région nommée aujourd'hui Campine*. Vers ran -,,. toutes ces peuplades composent les armées de Civilis qui conduisant vraiment la vieille colonie Sicambre. s'avance a i pays

entre Rhin-et-Meuse jusqu'aux rives de l'Escaut, et se répand dans les provinces du Limbourg, de Nainur, de Liège et même une partie du Luxembourg. Ces IUX occupants avaient pour voisins : à l'est, les Ubiens et au sud les Tréviriens, places entre la Moselle et la Meuse, qui les Nerviens.

voisins, lesquels habitaient l'Entre Saml Meuse, l'Escaut et la Dyle.

A la lin du ne siècle, ces peuplades virent arriver du nord, dans la direction de l'Yssel, Sala, des compatriotes abandonnant la côte au delà des embouchures du Rhin Cet apport nouveau de population entraîna un premier résultat important, puisqu'on prit l'habitude de désigner anciens et nouveaux occupants sous le nom de Saliens. « Les Sali' arrivés

dans les environs de la Toxandrie sur le sol romain.

i >'nt leur domicile i nous dit Aiiiiiiien Marcellin : Salios /'Uni in Tomano locum

habitacula sibi figere. « Les Salii Ner-

viens. les Tréviriens. les Rémois, les t i étaient restés nantis de leurs institutions germaniques et avaient conservé leurs chefs. Ils étaient seulement du peuple romain. iparte,-

naient, où-rot ku'tov6[£01 âicavreç; ils étaient exempts d'impôts, sauf de celui du courage et du contingent militaire : sibi non tributa sed virtutem et viris indici. L'importance de ces coloi était déjà bien

grande à cette époque, puisque Rome avait constaté qu'une partie de la Belgique était franque ou germaine, et que la division géographique du pays avail modifiée. Toute la contrée du nord est et toute la région appuyée à la rive gauche du Rhin, avaient reçu les noms de Gaule germanique première ou supérieure et germanique seconde ou intérieure, par opposition avec l'autre partie qui retint le nom di seconde germanique ou germanique inférieure, renfermait à peu près toutes les contrée où les peuplades franques s'étaient localisées en prenant possession du territoire, c'est-à-dire la la Tongrie, la

idrie, l'Éburonie, une portion de la Nervie une grande partie du cours de la Sambre. I

ne u! de ces nouvelle^ provinces ne fut sans doute que la sanction des faits que l'opinion publique constatait unanimement à l'avance. Ptolémée, vers l'an parle d'une manière plus précise de la haute cl de la basse Germanie; mais il s'agissait encore des |. tout à fait proches du Rhin. Ce ne fut que plus tard que la division se fit comme nous venons de l'indiquer )..- progrès ne se dessinait que graduellement.

Pendant ce temps, l lome t irail bénéfici

tique el faisait défendre son front par les Saliens cou In les agressions des Ripuaires. A la faveur de cette . le pays en ai . rvail la paix et

tenait les Ripuaires au delà du Rhin; ce (ut

environ l'an TU jusqu'à l'an 176, une période d'un siècle pendant laquelle les Sicambres et les ai

peuplades d'invasion Meurent tranquilles, en . autochtones .i inservanl chacun

et s,-, me te tranquillité favorisa le.

ii ion d'i tablisscmenl s agricole i

villas dont on rencontre parfois les ruines ;quanl

cimetières de cette epoqin

aucun. Il ne faut pas

ne.

; la. .i i ax. — ' Pline, lli.l. liai.. I. 1\ .

e. \\\l; Tacite, Il II.. 1, IV, i. n, l.vi. un, I \>.l\.

FRANCE

Mais les barbares francs ligués, continuaient à se tenir massés sur la rive droite du Rhin, et d'autres (les Saliens) le long de la côte, au nord des embouchures du même fleuve, guettant l'heure favorable où ils pourraient se répandre sur les régions convoitées. Une première tentative, dirigée par les Cattes, échoua (en 168) ; huit ans plus tard (170), les Chauques prirent la voie de mer ainsi que les routes fluviales, Es<?aut, etc., qui les menèrent jusqu'au cœur du pays où ils débarquèrent et aussitôt portèrent la dévastation dans le Brabant, dans les Flandres, dans la Hesbaye et même dans une partie du Hainaut; mais cette fois encore on parvint à les refouler (180). Cependant, les habitants du pays ruinés par les exigences du fisc, découragés par l'impuissance du pouvoir impérial, se prirent à envisager les invasions comme un moyen de délivrance. En l'année 188, un soulèvement général coïncida avec une invasion de Saxons et de Frisons et l'empereur Commode fut obligé de conclure la paix avec les peuplades campées le long du Rhin et dont plusieurs furent reçues sur le territoire romain et jusque parmi les possessions de l'empire.

Cette insécurité entraîna un résultat important. Les grands propriétaires gaulois et les hauts fonctionnaires impériaux s'abstinrent de résider sur des terres et de briguer des offices dans des contrées si désavantageuses, en sorte qu'on fut réduit à confier l'administration à ceux qui n'avaient pas crainte d'affronter « un climat qui attristait les regards de tous ceux dont ce n'était pas la patrie. » Il fallut livrer les charges romaines aux indigènes. Vers 226, autre invasion barbare qui fut rejetée au delà du Rhin.

Sicambre ne doit pas être séparé de Salien: l'identité des deux races n'est pas douteuse et, longtemps après, les Saliens unis aux Ripuaires reprirent les noms collectifs de Francs et de Sicambres. Ces peuples partis des environs de l'embouchure du Rhin et de la Meuse s'étaient dirigés vers l'Escaut qu'ils dépassaient, cherchant à atteindre la rive gauche de la Lys, et laissant des traces onomastiques curieuses à retenir, comme ces noms de Suèveghem et Suèvezeele qui semblent garder la mémoire des Suèves. Ils tentaient même d'arriver au nord de la Nervie, dont les terres fertiles leur semblaient bien préférables aux sables arides de la Campine. Les Suèves établis le long du Rhin, depuis sa source jusque vers Cologne s'étendaient fort avant dans les terres dans la direction de la mer Baltique et du Danube et, à l'occident, ils s'étendaient jusqu'à l'Elbe.

VI. Ligues. — C'est dans cet immense domaine, qu'il faut donc placer les peuplades qui alimentèrent les bandes d'envahisseurs. Les Romains donnaient le vocable de Germant à tout ce qui venait d'au delà du Rhin et ce nom, en usage dès le temps de César, était encore nouveau lorsque Tacite écrivait : Germanise vocabulum recens el nuper addition : quoniam, gui primi Rhenum Iransgressi Gallos expulerint, ac nunc Tungri, tune Germani vocali sint 1. Les Romains attaquèrent les Germains alors divisés en plusieurs nations ayant une langue et des mœurs communes, mais formant entre elles des lignes distinguées par des noms particuliers, par la forme de leur gouvernement, par leurs armes et par leur manière de combattre. Chaque ligue se distinguait en outre, non par la forme ou la couleur du vêtement, car tous étaient à peine vêtus, mais par les insignes tatoués sur le corps, par la manière de nouer et de couper la chevelure, par le port de la barbe, la teinture qu'ils employaient, (.'est ainsi que les deux grandes ligues des Suèves et des Sicambres comprenaient toutes les autres. On reconnaissait les soldats de la ligue suève à la coutume de nouer leurs

1 Tacite,

XXXY1II.

De moribus fiermanorum, en. — s ïbid., — - IbiiL.e. xxxvin. — * Jules Capitolin, A/ari-

cheveux sur l'oreille ou sur la nuque : Insigne gentis, obliquare crimen, nodoque substringere 2. Les princes et les chefs les ramenaient sur le sommet de la tête et les nouaient en forme d'aigrette et de panache : capillum rétro sequuntur, ac sxpe in ipso solo vertice religant 3.

La ligue des Sicambres avait remporté de grands avantages sur les Romains, mais ce que les armes ne pouvaient faire, la division en vint à bout et on a dit que Drusus et Tibère réussirent à soumettre cette ligue. Tibère ne se faisait pas illusion sur ce point et Tacite rapporte une de ses lettres avouant que l'adresse eut plus de part que la bravoure à ce succès : Se, novies a divo Augusto in Germaniam missum, plura consilio quam vi perfecisse; sic Sugambros in deditionem acceplos. La ligue des Sicambres ne subsistant plus au temps de Tacite, il n'en a pas donné les marques distinctives, mais Martial nous apprend qu'elle consistait dans la façon de nouer leurs cheveux :

Crinibus in nodum torlis venere Sicambii.

Vers le premier quart du mc siècle, ces ligues n'existaient plus qu'à l'état de souvenir et l'incursion tentée vers 226 au delà du Rhin avait été suivie d'un retour offensif de l'empereur Alexandre-Sévère qui s'en vint campera Mayence, d'où il poussa quelques-unes de ses troupes au delà du Rhin. Sur ces entrefaites, il se décida à traiter avec les barbares; mais, ayant été assassiné, son sucesseur, Maximin, fit ravager sans obstacle plus de 400 milles de la Germanie : Per quadringenta millia, écrit-il lui-même au Sénat, Germanorum vicos incendimus, grèges abduximus, captivos abstruximus; il ne s'arrête que devant les obstacles matériels : Pervenissemus ad situas, nisi allitudo paludum nos transire non permisisset *. Cette dévastation dont les Suèves étaient victimes fit ouvrir les yeux aux peuples voisins qui ne virent de remède que dans la formation de nouvelles ligues ou le rétablissement des anciennes. Ce fut ainsi que se formèrent : 1° la ligue des Suèves ou Alamands depuis Mayence jusqu'aux sources du Rhin et jusqu'aux pays des Marcomans voisins du Danube, et 2° la ligue des Francs qui, commençant au-dessus de Cologne, s'étendait d'un côté jusqu'à l'Océan et de l'autre jusque vers YAlbis.

Le nom de Franci était commun à toutes les nations dont se composait cette ligue. Il est malaisé de dire jusqu'où elle s'étendait au nord. Les Francs s'étendaient jusqu'à l'Océan et même jusqu'à YAlbis, quoique les Saxons occupassent l'embouchure de ce fleuve et celle du Visurgis ou YVeser. Cette ligue rassemblait les Bructères, les Chamaves, les Ampsivariens, les Cattes, les Angrivariens, les Ansuariens ou Attuariens, les Saliens, les Chauques, les Chérusques et les peuples riverains de VAlbis; ce qui fait dire a Claudien qu'après une victoire remportée par Stilicon, les troupeaux des peuples de la Gaule allaient paître librement dans les montagnes des Francs situées au delà de l'Albis 5.

mediumque ingressa per Albim

Gallica Francorum montes armenta pererrent.

L'anonyme de Ravenne dit, que les Francs avaient habite longtemps sur les bjrds de l'Albis : in qui, Albis patria per mullos annos Francorum linea remorala est '. En réalité, on trouve les Francs sur le Rhin, dès qu'on entend parler d'eux, ils étaient nombreux et occupaient un vaste pays. La ligue des Francs s'est formée sans guerres, sous l'impulsion du péril et de la nécessite de s'en défendre, entre des peuplades qui se connaissaient depuis longtemps et dont les rivalités se

mus, c. xn. — 5 Claudien, De laude Stiliconis, 1. ■ — 6 Anonyme de Ravenne, 1. I, n. 11.

I, vs. 22."j

FRANCE

taisaient à la vue d'une menace commune. Cette ligue doit avoir été conclue peu de temps après la révolte des peuples bataves, saliens et autres commandés par Civilis. I.ien que ce ne soit pas avant le milieu du ni' siècle seulement, la ligue et mime le nom de Franci soient cites pour la première fois.

La ligue des Francs occupait le même pays que les anciens Sicambres, se composait à peu près des mêmes nations que l'ancienne ligne des Sicambres, port: cheveux noms, comme eux, sur le sommet lie la tète. Sidoine Apollinaire les nomme cletonsi Sicambri et leur detonsa Sicambria. D'ailleurs, les Francs euxmêmes se paraient de ce nom et s'en luisaient honneur. Fortunat donne â Cariberl le nom de Sicamberet saint 1 ; i ■ m v s'adressant à Clovis, lui dit : milis depone colla, Sicamber. Cependant, il ne paraît pas qu'en ressuscitant la ligue on chercha à faire revivre le vocable, le nom de Franc était sans doute trop répandu pour qu'on songeât à le répudier.

Ce nom fait son apparition dans les auteurs latins à propos de la plus ancienne expédition tentée p;ir la ligue franque. Yopiscus nous apprend qu' «au temps où Aurélien était près de Mayencc comme tribun de la VI* légion gauloise, les Francs avant fait irruption et s'étant répandus dans la Gaule entière, il les battit de telle façon qu'il en tua sept cents et fit trois cents prisonniers de guerre qu'il vendit. Les soldats composèrent ce refrain ' :

Mille I-'rancos, mille Sarmalas semel occidimus. Mille, mille, mille, mille, mille Persas quterimus.

Cet événement se rapporte à l'année 241 ".

VII. Luttes et accords entre la ligue des Francs et l'Empire. — Le mouvement de la ligue des Francs ne fit que s'accentuer, assez pour donner de l'inquiétude aux Romains qui songèrent ou durent songer à mettre la Gaule à l'abri de nouvelles incurj sions. On a conjecturé d'après une lettre de Valérien à Aurélien, en 257, que Valérien avait attiré quelques capitaines francs au service de l'empereur, on ne peut soutenir cette conjecture que d'après les noms des quelques officiers en question, niais ces noms peuvent être francs ou suèves, ou quades ou marcomans *.

Entr ■•. il y eut une nouvelle tentative de

traversée du Rhin, au-dessus de Mayence. Tandis qu'on menaçait la Gaule sur ce point, Valérien était retenu en Orient par la guerre contre les Perses qui lui ménageait le suprême désastre, son fils Gallien rut en Décident où les généraux choisis par son père luttaient contre les .Mamans, les Hérules et les nomme Francs ceux que Zosime nomme Germains; Zonaras ajoute que Gallien tailla en piècj 5 une ai Mamans près de

.Milan i I Zosime avoue que la guerre sur le Rhin se a par un traite avec un prince barbare qui du Rhin (255). Posthume lit construire plusieurs forts sur la rive ilu Rhin:

: lorsqu'en 260, il fut proclam ir, il régna sept

ans, entretenant avec soin l'alliance faii

. Mais ce traite avait marqué Un nouveau recul.

Certains s'étaient introduits jusque dans la Nervie,

d'autres avaient reçu ,ie

de leur service militaire; il devenait évident que

1 Voplscui, AureuVn, c. vu. — ' Fréret, De l'origine da Fronça ml dans la Gaule, dans MA

de r\ Inscriptions, 1858, t. wiii, part. I,

1 Vopiscus, fn AureL, e. u : Vecum ertt Uartomundas, Haldegastes, Hildemundus, Cartoviscu • Eutrope, Hlst. r;m. brin.. I. IX. c. i\ : Posthumi Cailla obseun tsslnu nalus purpuram tumpstt; il était vraiment un empereur national, car nous liions dans 1 rebelliua Pollio : Gain qui bus Insltum est laits ac dégénérantes a

DICT D'aRCH. CIIIIKT.

les établissements des Francs dans la Gaule Belgique, devenaient stables. L'avènement de Posthume marquait un progrès nouveau; il inaugurait la série des empereurs gaulois4, qui, habitant le sol de la Gaule Belgique, tantôt combattant les barbares le long du Rhin, tantôt s'unissant a eux pour combattre les Romains, restaient toujours d'accord avec les Saliens de l'intérieur et protégeaient leurs établissements. Posthume, dès son avènement, recourut aux auxiliaires francs afin de grossir l'armée avec laquelle il combattait Gallien : multis auxiliis Francis ». Les Francs apprirent ainsi, non plus seulement à combattre sous les Romains, mais n les battre.

Après la mort de Posthume, assassiné en 2G7, les Francs prirent et rasèrent les forts que cet eni|> avait construits dans leur pays et, franchissant le Rhin sur différents points, ils inondèrent la Gaule; après l'avoir ravagée, ils pénétrèrent jusque dans l'Espagne et s'étant empares de Tarragone, ils Faisaient de là des courses dans les provinces voisines et les mettaient à contribution : Francnrum génies, direpta Gallia, llispaniam, vaslalo ac penc direplo Tarraconensium oppido, possident imo naclis in lempore narigiis, in Africain quidam sai parle permeant *. Paul Orose qui mentionne ces événements, nomme les Francs Germant ullcrioreu, les Germains de delà le fleuve *, il nous dit que le souvenir de ces déprédations survivait de son temps et qu'on en montrait les fraies. Il ajoute, que les Francs demeurèrent douze ans maîtres de l'Espagne, en sorte qu'on peut fixer à peu près la durée de leur séjour en ce pays vers 267 ou 268 à 279 ou 2S0. Aurélien avait d'autres soucis que d'aller les relancer jusque-là. Tétricus avait succédé à Posthume, en qualité d'empepereur des Gaules, et compta parmi Francs qui allèrent orner à Rome le triomphe d* Aurélien. Celui-ci avait réussi à chasser les Saliens des terres qu'ils possédaient depuis treize ans en pleine Gaule Belgique, en Nervie et en Trcvirie, et il refoula les barbares jusqu'au delà du Rhin. Mais les résultats furent éphémères et la même année (275) au moment où Aurélien fut tué, les choses reprirent leur ancien état. Les barbares forcèrent de nouveau la frontière, traversèrent le Rhin et se répandirent jusqu'au cœur du pays; les Saliens expulsés de leurs habitations et sans doute réfugiés provisoirement dans leurs forêts OU même en pays étrangers, outre-Rhin, en sortirent pour reprendre leurs possessions dans la plus grande partie de la Belgique. Quand, après un interrègne de six mois, le Sénat romain élut Tacite à l'empire, on apprit à Rome vers ce temps que les envahisseurs s'étaient emparés de plusieurs villes considérai! Gaules 9. En 276, Probus devint empereur et Vopiscus rapportant les éloges qui lui furent donnés, nous voyons qu'il y est question des Francs : Testes i inviis strali puludibus *. Le nouvel empereur voulut rï tabllr en Gaule l'autorité romaine et s'y transporta a la tète d'une grande armée (277) et trouva d'autant plus de barbares établis dan que depul

lien les frontières en étaient, on peut le dire, restées ouvertes de tous côtés 10.

Probus, soit par lui-même, soit pa raux,

livra de nombreux combats et (initias a barbaris OCCU-

pi lias ingentipTKlioTumfelicitaleTestitu.il ". Les bail- ares

furent rejet, s au delà du Rhin, dvi Neckar, et de l'Elbe,

virtiitc romana principes el luxurlosos ferre non thuinium ad impertum vocarunt. In GalU duob. bellius Pollio, In Hall., dans I louquet, Recu4 tl i/,* lu .i^rii ns de la Gaule, ln-tol., Paris, I7:>s, t. i. p. 538. — 'Aurel. \ Ict.,

art h., c. xxmii ; Eutrope, op. n/..ix, 8. - Uistor., I. \ II, c. \mi. - - ■ Vopiscus, In Tucilo, c. ni.

us, in Prob., c. xu. - ■" Zosime, In Prob., quie

Bheno barbaris tnfeitabantur. . Illtt.

rom. breo., I. IX, e. xvn.

FRANCE. — I

les forts détruits après la mort de Posthume furent relevés, le transrhenanus limes fut rétabli. Probus accorda la paix aux vaincus et cantonna dans la Belgique des tribus entières composées d'une multitude de Francs auxquels il concéda des territoires (280) : quum Franci ad imperatorem accessissent, et ab eo sedes obtinuissenl *. Cette concession de territoires se réduisit probablement à rendre la possession d'une région envahie depuis Gallien et que les Romains eussent été hors d'état de se réserver. D'ailleurs, Probus eut la faiblesse de triompher plus en parole, que dans les actes; il imposa aux vaincus un traité accablant et un tribut écrasant; cela fait, il écrivit au Sénat qu'il avait vu à ses pieds neuf rois de Germanie solliciter la paix, avait retiré de leurs mains soixante et dix villes célèbres, avait enrichi la Gaule des dépouilles de la Germanie, avait fait périr 400 000 Germains par les armes et avait distribué 16 000 d'entre eux dans les provinces de l'empire. « Dès aujourd'hui disait-il encore, les barbares, labourent et sèment pour vous et ils combattent vos ennemis intérieurs. Les champs gaulois sont labourés par les bœufs des barbares et les attelages germains captifs présentent le cou à nos cultivateurs : Subacla est omnis qu.ee ienditur late Germania; novem reges genlium diversarum ad meos pedes, imo in vestros, supplices stratique jacuerunt... Nam et qaadringenta millia hoslium eaesasunl,et sedecim millia armalorum nobis oblata, et sepluaginta urbes nobilissimœ captivitate hostium vindicatœ... Omnes jam Barbari vobis arant vobis jam serunl et contra interiores militant... Aranlur gallicana rura Barbaris bobus, et juga germanica captiva prsebenl nostris colla cultoribus -. » Voici en somme ce que l'on peut lire derrière toute cette emphase : Probus ayant vaincu des Iseti, ou peuplades tributaires révoltées contre le fisc romain et qui refusaient l'impôt, fut heureux de rétablir encore le même état de choses et transplanta dans les Gaules des tribus entières pour cultiver les champs à titre de Iseli nouveaux 3. A l'égard des 16 000 prisonniers : Probus les incorpora dans ses troupes et en garnit les forteresses construites sur les frontières, sans doute aussi, les garnisons qu'il dissémina dans l'intérieur de la Gaule en reçurent des contingents, car nous savons qu'il eut à prévoir les soulèvements des interiores génies contre lesquelles il écrivait au Sénat qu'il devait employer les barbares : castra in solo barbarico posu.it alquc illic milites collocavit 4. Probus fit déporter dans l'île de Bretagne, nous dit Zosime, un certain nombre de captifs vandales et bourguignons, quant aux Francs, il pensa s'en débarrasser à tout jamais en leur donnant des établissements sur les bords du Pont-Euxin.

Ces déportés devinrent les héros d'une aventure extraordinaire. Ne pouvant se résigner à vivre loin de leur pays, ces Francs parvinrent à s'emparer d'un grand nombre de vaisseaux, les montèrent et traversant le détroit à la vue de ceux qui se trouvaient dans le port de Byzance, ils ravagèrent les côtes de la Grèce et de l'Asie Mineure, firent une descente en Sicile et pillèrent la ville de Syracuse. De là, ils passèrent sur les côtes d'Afrique, mais leur tentative contre Carthage aboutit à un échec, cependant ils prirent le temps de se rembarquer avec le butin qu'ils avaient fait pendant la descente et cinglant vers Cadix regagnèrent la Germanie. Zosime et Eumène placent cette hardie ran-

1 Zosime, In Prob. — • Vopiscus, In Prob., 15. — » Van Bastelaer, op. cit., p. 33. Nous ne savons si c'est pendant tous ces remaniements de Probus qu'une colonie de lœli nervicns du Nord quitta son pays et fut transplantée vers Famars dans la partie la plus méridionale de la Nervie. Toujours est-il que ce fait de germanisation eut lieu au m» siècle. — * Vopiscus, In Prob., 13. — - Fréret, op. cit. p. 359. — * JEg. Bucherius, Bclginm fio-

donnée sous Probus, par conséquent avant 282. Fréret incline à lui attribuer la date de 279, c'est-à-dire celle où les Francs, cantonnés à Tarragone, abandonnèrent l'Espagne; je croirais, dit-il, que la flotte dont ces derniers s'emparèrent n'était autre chose qu'une partie de celle de leurs compatriotes qui vint faire une descente sur les côtes d'Espagne. Cet événement, tout merveilleux qu'il est, ne peut être révoqué en doute, non seulement à cause du témoignage de Zosime, mais encore parce qu'il se trouve dans un discours prononcé publiquement par Eumène à la louange de Constance Chlore, en 296 E. Le Père Gilles Boucher opine, non sans vraisemblance * que cette aventure a pu donner lieu à la fable de l'origine troyenne des Francs.

Après la mort de Probus, 282, les Francs se jetèrent de nouveau sur la Gaule, utilisant la flottille qu'ils avaient ramenée du Pont-Euxin pour faire des descentes sur les côtes : ces ravages durèrent jusqu'en 286, lorsque Dioclétien s' étant associé Maximien, ce prince vint dans les Gaules, attaqua les Francs et ayant battu les Hérules et les Chaïbons, il donna le commandement de la flottille à Carausius, avec le gouvernement de Boulogne, afin qu'il s'opposât aux courses des pirates saxons et francs. Le Ménapien Carausius ne s'entendit pas longtemps avec Maximien Hercule, il se proclama lui-même empereur des Gaules, enrôla un grand nombre de Francs auxquels il permit de franchir le Rhin et de s'établir dans la Batavie et dans la Toxandrie (287). Des Francs des îles Bataves étaient associés aux Sicambres des bords du Wahal et aux Saxons '. Ces peuples traversèrent le Wahal et se répandirent dans le pays entier : Comperlo quod Carausius insidias contra Romani regni fidem moliretur qui lamen procuralor constilutus erat provinciss quee est juxta Oceanum, ubi Franci jam secunda a suis sedibus expuhi juxta Gallorum et Saxonum confinia consederunt.

Maximien Hercule s'opposa aux projets de Carausius, qui passa en Angleterre avec la flottille et les troupes desFrancs.et s'yfortifia tellement, que l'empereur renonça à les poursuivre. Maximien se contenta de tomber sur ceux qui étaient à sa portée : multa Francorum millia qui Bataviam aliasque eis Rhenum terras invaseranl,interfeeit,depulil,cepit,abduxit''.La.Gau\c était alors troublée par la terrible révolte des Bagaudes. Maximien en arrêta le progrès, courut à la défense du Rhin, attaqué en même temps par les Alamans et par les Bourguignons au-dessus de Mayence, et par les Hérules et les Chaïbons vers Cologne. Maximien battit les Hérules, pénétra en Germanie et fit la paix avec les Francs qu'il confirma dans la possession de leurs terres, en particulier les Saliens établis, sous les ordres de Genobald et d'Areth, au couchant de la basse Meuse jusqu'à l'Océan, et il les remit définitivement en possession des terrains qu'ils avaient déjà occupés précédemment dans la Trévirie, la Nervie, la Tongrie, et surtout dans la vallée du Démer, champs qui étaient restés depuis lors incultes et en quelque sorte en jachère (291). Eumène, le rhéteur, dit à ce sujet : Sicut postea tuo, Maximiane, augusto nutu Neruiorum et Trevirirum arva jacentia lœlus poslliminio restitulus et receplus in lege Francus excolil. « C'est ainsi, Maximien, que par ton auguste volonté, le Franc, soustrait à la captivité, rapatrié et admis à la loi romaine, reprit la culture de ses terres de Nervie et de Trévirie, restées incultes par son absence '. »

manum, 1. VI, c. xm. — '■ Signorius, Imp. oceid., 1. 1, c. xn. — 8 Panégyriste, In Maximiano et Constantio I V, dans Bouquet, Recueil, 1. 1, p. 714. — 9 Mamertin Eumène, Panegyr., n. 21; Le Postlirninium, était le droit par lequel les prisonniers de guerre enlevés à leur demeure y rentraient avec tous leurs droits et privilèges. Justinien, Institutes, 1. I, t. xn, 1. 5 : Propter jus postlirninium hi qui ab hostibus capti stuit, si reversi fuerint, per omnia pristina juxta recipiunt.

l RANCE. I

Mamertin nous dit que deux rois Francs vinrent demander la paix à Maximien: Franeos ad petendam pacem cum rege oenienta '. mais il confirma l'un dans son royaume et lit a l'autre de grands présents : «un pa le regnum receperil Genobon, Bsatech vero munus acceperil '-. C'était une manière de suzeraineté reconnue a l'empereur, rien de plus; ainsi qu'on s'en peut convaincre par le passage suivant où Mamertin r ■ ics rois francs a Narses. roi de Perse. demandant la paix à Dioctétien sans devenir toutefois sujet de l'Empire. Entre temps, les peuples francs de nomades et guerriers qu'ils étaient, devinrent stables et agriculteurs, pacifiques, servant les Romains dans ■ le- colonies libres: Lxtus receptus in kges, aroa et, deux siècles, plus tard, on retrouve les Francs dans les mêmes contrées.

En 291, Maximien et Constance Chlore se décident a chasser Carausius de l'île de Bretagne. Pendant que Maximien fait construire une flottille, Constance va • r Boulogne; mais peut-être pour détourner le coup qui le menace. Carausius décide les Francs à une nouvelle invasion; ils passent le Rhin et s'avancent dans la direction de l'Escaut. Constance laisse un simple corps d'observation devant Boulogne et marche \ers les envahisseurs, les bat. fuit un grand nombre de prisonniers chamaves et frisons qui sont repartis dans la Gaule et employés au labourage des terris : Aral ergu nunc mihi Chamaaus et Frisius,.. etfrequentat nundinas meas pécore vertali et cultor barbarus luxai annonam, quin eliam, si ad delectiim crrclur, accurrit, et obscquiis teritur, et tergo cccrcelur, et servire se militiae mitaine gratulalur *. Dans le panégyrique de Constantin, prononcé en 310, Eumène revient sur ce même événement et dit que Constantin ayant chasse les Francs de la Balavie.cn transporta une partie dans la Gaule : Quid loquar... intimas Francise natioaes... a propriis ex origine suis sedibus... aoulsas. et in deserlis Galliee regioaibus collocalus, ut pacem imperii cutlu juvarenl et arma délecta*. Dans ces deux pas Eumène ne dit pas que ces Francs établis en Gaule fussent sujets a aucun tribut ni à aucune imposition; s'ils mettaient l'abondance dans le pays, c'était en vendant leurs il ns les marchés romains, /re-

qucatat nundinas pécore venali, ils étaient obligi lenient à fournir des soldats, srrnire se mililiic nomine gralulatur. Eumène, dans 1 • panégyrique prononcé en 'J'.h;, marque que ces Francs avaient été distribués dans les environs d'Amiens, de Beauvais, de Troyes et de Langres, pour en cultiver les terres incultes : Nunc per oiclorias tuas... quidquid in/reguens Ambiano et Bellooaco, Tricassino solo, Liagonicoque rcslabut bartiarii cullore revirescit '.

i Constance ( Ihlore . ayant battu les I-'rancs, leur donna des lois après les avoir expulses de la Batavio.

tantius terrain Balaviam a d um gentibus

aalarn purgaoil; il en transporta un grand nombre

comme prisonniers et sous le nom de teifdans diverses

parties de la Gaule surtout dans les contrées peu

habitées de la Belgique : Franciœ natioaes in deserlis

ni bus collocalas, ut pacem Romani imperii eultu

juvarenl al arma deleclu.... Ipsas in romança transtulit

naiiones ni non solum arma, std eliam feritaiem poncre

nission des Francs ne faisait que

préparer leur expansion prochaine en éparpillant dans

les deux Belgiqu aies de leur nation. En défi-

nitive, les victoires de Constance chlore aboutissaient a appliquer une fois de plus le j stème ado

prédi

l.es messages emphatiques des empereurs au Sénat,

Hi rtin, Gtntthl. Maxim. Aug., a. •">■ ' Mamertin,

Paneggr. Maxim. Aag., n. 10. — * Eumène, Paneggr. tntlnl, n. 9. - ' Eumène, Paneggr. Coruumttw

les panégyriques outrés de leurs flatteurs ne changent rien aux faits : les Francs plus OU moins battus, pillés, ruinés par les expéditions lancées contre eux restèrent cil possession du territoire qu'ils occupaient. Au lieu "ire. il faul lire arrangement par lequel les envahisseurs Obtenaient une partie de ce qu'ils avaient pris et pour se dédommager de leurs pertes mettaient la main sur le reste. A grand fracas, on refoule les envahisseurs, puis on les rappelle et on leur concède gracieusement ce qu'on n'est pas en mesure de leur refuser. Voilà toute la politique de Rome avec les Francs. Pour compléter l'illusion et rehausser le prestige de Rome, à la place des Francs on mettait d'autres Francs tires d'un canton différent. Chaque fois qu'une invasion se produisait trop menaçante, on envoyait quelques légions pour s'y opposer. Ces invasions se faisaient quelquefois par les Sicambres, qui I inversaient le Rhin, mais surtout par les Francs Salions venant du nord et qui, par mer. éparpillaient leurs attaques, choisissaient le fleuve ou la rivière qu'ils voulaient remonter. A l'arrivée des légions, on s'abouchait, on se soumettait, les Francs se montraient fai Rome se targuait d'être généreuse et chacun y gagnait, 1rs premiers de bonnes terres, la seconde une d< férence apparente. « Le système de vastes concessions de terres, marquées sous le nom de déportations de peuples vaincus et de primes accordées a l'alliance et à la soumission, système renouvelé par les empereurs qui se succédaient, peut être considéré comme constituant la seconde étape de l'établissement des Francs dans la Belgique, l.e pays, qui auparavant n'avait subi le plus souvent que des incursions passa était couvert des lors d'établissements francs ". »

Constance se rendit maitre de Boulogne en 292, l'année suivante il voulut relancer Carausius dans l'île de Bretagne, niais une tempête lit périr sa Hotte. 16, Constance recommença sa tentative et fut plus heureux: entre temps. Carausius avait ete assassiné et son successeur Allectus avait une année presque toute composée de Francs ' qui fut battue et en partie exterminée par la Ilot le romaine comme ils se préparaient a regagner le continent : génies l'roncorum

penilus excisa. Les Francs étaient demeurés en repos

jusqu'à l'année 306; la mort de Constance leur suggéra de se dégager des I raités ce inclus avec lui : ils pa' I donc le Rhin, et ravagèrent la Gaule 11 senti. le que cette invasion regardait principalement les Brui les Chamaves et les autres I entaux, car on ne

nomme pas ceux qui étaient a l'embouchure du Rhin. Constantin passa la nier a la lui de l'été, marcha i eux. les detit et ni périr leurs rois Ascaric el Rhada-

gaise dans les jeux qu'il célébra a Trêves ou a Cologne

pour orner son triomphe. Eumi

plicc comme une courageuse provocation jetée à une

nation qui saurait se venger: Reges... ips

non dubilasti ullimis punire cruciatibus; nihil veritus

genlis illiu piabiles iras '. Nazaire

appelle ce supplier un jeu : Ascario cl tomiic silo

coulis... fur seevissimorum regum famosa supplicia Unie bas '.

Au commencement de! i onstantin passa

le Rhin, tomba sur les Bructèrcs, qui ne s'y attendaient point, en tua un grand nonibn , fit dévaster les

des i urbantes,

nations comprises dans la ligue des Francs, et lin lui' sur Cl Mamans. I lonstanl m

ramen mul prisonniers, mais il ne garda

que les enfants i ins les jeux

qu'il célébra vers le milieu de l'été. Cxsi innumerabiles

iid., n. 21. ' l> v .> n Bastelaer, "/■■ ef(., p. 10. 1 Eumène, Paneggr. Constanttnt, n. 16. Panent

étant tni, a. 10. ' Nazarlus, Paneggr. Constantin!, a. 16.

FRANCE

caplivl, plurimi pubères qui in manus vencrunt, quorum née peffidia erat apla mililise, née ferocia senùtuti, ad pcenas speetaeulo dati sœrientes beslias multiludine sua fatigarunt '. Ce prince odieux que fut le premier empereur chrétien, assassin de son Mis et de sa femme, assassin d'ennemis vaincus et désarmés, n'en conserve pas moins son prestige parmi ceux qui ne veulent pas voir chez lui l'homme couvert de sang, le comédien tragique jouant jusqu'au dernier moment de sa vie criminelle une foi qu'il n'avait embrassée que pour mettre plus sûrement la main sur cette religion chrétienne qu'il tentait de pervertir quand il se fut convaincu qu'il ne pouvait la domestiquer. Il périt dans les jeux de l'année 307 un si grand nombre de Francs que le nom de ludi francici leur demeura; on les célébrait tous les ans le jour des ides de juillet et les jours suivants. L'auteur d'un panégyrique prononcé l'an 315, observe que les Francs donnèrent dans ces spectacles, des preuves de ce courage et de ce mépris de la mort commun aux nations germaniques, mais par lequel les Francs se signalaient entre tous les Germains : Qui cum exercitum difjerre liceut, perire jestinanl seseque letalibus uulneribus et mortibus ofjerunl; ex quo apparet... trucem Francum quanlœ molis sit superare s.

Constantin se flattait d'en avoir fini avec les Francs. On lit dans Surius " à la suite de ce titre : Vila S. Hereberti archiepiseopi C.nloniensis aulhore Ruperlo abb. Tuiliensi. ces mots : P irro velustus ms. codex hoe loco sic lia bel : Titulus hujus castri (Tuiliense enim monaslerium. prias caslrum /ail) :

VIRTVTE DOM!NI CONSTANTINI MAXIMI PII FELICISSIMI INVICTI AVGVSTI SVPPRESSIS DOMITISQVE FRANCIS IN EORVM TERRIS CASTRVM DIVITENSIVM 5 SVB PRAESENTIA PRINCIPIS SVI DEVOTI N V M I N I M A I E S T A T I Q V E D\/ODEVIGINTI HAEC VOTA FECERVNT

Dans le récit de l'incendie de Deutz, par l'abbé Rupert, édité par Jean Cochkc \ celui-ci cite une pierre trouvée depuis peu, dit-il. dans la muraille et brisée, mais non au point d'empêcher la lecture suivante :

D- Constantino- p:o -felici- aug-

oppressis-domiLsqae- /rancis-

in ■ eorum ■ terris ■ castrum d u.tensium ■

in ■ praesentia ■ principis ■ suimilites ■ cum ■ interturrio ■ /eccruntd ■ n ■ m ■ q ■ ex ■ x • vota

Cette deuxième inscription n'est que la précédente retouchée et à laquelle il faut s'en tenir, après avoir rectifie la ligne 7e. Pour duodeviginti qui veut désigner la XXIIe légion, il faut lire SVO ET VICENSIMANI pour restituer ainsi cette dernière ligne :

DVO ET VICENSIMANI-VOTA- FECERVNT

Ces Francs « supprimés et domptés » tentèrent encore en 310, en 311, en 313, et en 320 d'entrer en

'Eumêne, Pan-qyr. Constantin!, n.12. — 'Anonyme, Pancq'jr. C >n<t<inlini.n. 24. — ■ a Surius, De probatis sanctorum historiis. Colonise, 1571, t. u. p.2H>. Imprimés ensuite par Wltlictilus dans litir»-rt( abbatis Tuitiensisde incendio ï'uitienïe. Colonise A^rippinse, 1573, fol. 1 1 r°; Broelman, Comm., t. m, l. XIV. c. v ; Brower, Annales Treuirenses, 1. 1. p. 205, avec ces mots en marpe : quia mendosa varie tractatur; Gelenius, De nmi;., p. si: Crombach, Ann.. p. 546, édit. Wiltheim, p. 193; Muratori, Thesaur,, \>. 259, n. t ; l Itibsch, Ep(ffr.,t.t,p. 11,n.:il lOrelli.n. 10S5. — ' Ruperti Tuitiensis, De dioinix offtciis lib.XII, Colon., 152t>; Khenanus, iîer.,

Gaule, mais toujours en vain; en 320, ils furent défaits par Crispus. Les Francs occidentaux ne prenaient point part à ces guerres; les Francs Saliens luttaient même contre les envahisseurs. On se servait de leur contingent pour faire la guerre aux peuplades d'outre- Rhin 6. La principale préoccupation des empereurs était de maintenir par tous moyens les Francs dans leurs cantonnements de la Gaule Relgique septentrionale qui comportait dès lors la Belgique actuelle à peu près entière, les empêchant de déborder sur la Gaule septentrionale.

Entre 320 et 340, les Francs demeurèrent tranquilles. Peut-être se rendaient-ils compte que le temps se faisait leur collaborateur et, plus sûrement que par des guerres, achevait de ruiner par le luxe, la corruption et les débordements de la paix cette ombre d'Fmpire qui s'acheminait vers la ruine définitive. « Depuis longtemps, en Belgique, la population était formée de plusieurs éléments, tous de même origine germanique et franque, tous sourdement opposés à la rude domination romaine qui pesait sur eux et aux exactions criantes dont on les accablait, tous préparés à s'unir pour secouer le joug: In Urilania, in Germania in Dacia imperium recusanlibus provincialibus °. C'étaient d'abord les Belges romanisés ou Belgo- Romains descendants des autochtones qui avaient subi la conquête et composaient la masse de la population de l'intérieur. Puis les Sicambres, cantonnés vers la Batavie, qui s'étaient unis à leurs voisins et à leurs frères et s'étaient étendus, peu à peu vers le sud et dans presque toutes les parties du pays: envoyant des familles et des bandes qui s'étaient glissées et comme insinuées au milieu des populations sans exciter la malveillance. Ces familles s'étaient établies soit isolément au milieu de villages belges, soit en groupe, fondant des établissements ou des bourgades entières isolées ou rapprochées, mais toujours en paix avec leurs voisins et quelque peu romanisés eux-mêmes.

A ces derniers, étaient venus se joindre des peuplades franques, victimes de la guerre, enlevées par les empereurs à diverses époques et transportées à l'état du l;ili, dans différentes terres pour les cultiver en tributaires.

« Ensuite les troupes franques, faisant partie des armées romaines, mais n'oubliant jamais, tout en prêtant leur force à ces armées, qu'ils servaient leurs ennemis et qu'ils devaient rester Francs avant tout et amis des peuples conquis, composés de frères. Ces Francs étaient ainsi familiarisés et, en quelque sorte, plies à la civilisation de Rome. On peut leur assimiler les limites limitanei et riparii cantonnés le long du Rhin et toujours prêts à saisir l'occasion de s'avancer vers les terres fertiles de l'intérieur du pays. Ces milite riparii étaient, sans doute, constitués par des corps chargés du service des flottilles ou des flottes créées pour garder les fleuves et les côtes. Il semble, en effet, qu'il y avait une flottille germanique chargée de garder le Rhin et fixée à Cologne surtout; une autre, pour le service de la Roër et de la Meuse, fixée à Weisweiler; une autre, pour le Ruppel et l'Escaut, fixée à Rumps; et enfin, une autre encore pour les bords de la mer du Nord et l'embouchure du vieux Rhin, à Katwys et

German., 1531, p. 171; Witlichius, dans son édition du Ruperti Tuitiensis de incendio Tuitiense, Colonise Agrippinae, 1573, p. 10 sq.; Fréret, op. cit., dans Mèm. de l'Acad. des Inscript., 1X5S, t. xxm, part. 1, p. 370; Corp. inscr. lat., t. xm, n. S502. Voir aussi la curieuse inscription n. N27-1: Victorinus prot |] ector miflijtavit an || os triginta o \\ ccisus in bar\\ barico juxta D || ivitia a Franco \\ vicarius (tribitni?) Divit(i)ensi(u)m. ■ — s Ammien Marcellin, llisl.. I. XV, c. v; dit que Bonitus, chef salien, servit utilement Constantin dans le guerre contre Licinius, en 324. — • Lampridc, Comm. XIII.

FRANCE, — I

■Woorburg. etc. '. La Notifia dignitutum imperii, emmurant les flottilles chargées de garder les fleuves parle de la flottille île la Sambre ».

. La ut ouverte, les cultures étaient aban-

données pur les riches colons romains qui se réfugiaient dans les villes et les forteresses qu'ils construisaient pour se mettre a l'abri, et livraient leurs champs à leurs esclaves et a leurs serviteurs souvent de nationalité franque. Beaucoup de terres furent même abandonnées et comme telles furent confisquées par le fisc romain. On tenta en vain de coloniser de nouveau ces contrées abandonnées en donnant les terres à qui en voulait ». t

VIII. Les Franxs de 310 a 110. — Constantin, fils et successeur de Constantin I", s'attacha les Francs et en remplit son armée ; il se préparait a les conduire contre son frère Constant, lorsque celui-ci fit assassiner son rival (310). Les. Francs se répandirent dans la Gaule et, renforcés par leurs compatriotes, venus d'au delà du Rhin, ils rencontrèrent l'an Constant, lui tinrent tète et ne consentirent à rétrograder qu'à la condition d'une paix avantageuse : Franci a Constante perdomili, et p.ix cum eis facla ', qu'Ammien Marcellin nomme pax limitum, * expression que favorise ce que dit Socrate, à savoir que Constant, vainqueur des Francs, ne laissa pas que de conclure avec eux un traité d'alliance. On avait donc réglé les frontières des deux nations, ce qui suffit à prouver que le Rhin ne servait plus de barrière aux Germains dans toute sa longueur, ils étaient donc établis en deçà de ce fleuve, au moins vers son embouchure. Libanius, dans un discours prononcé en 349, fait honneur à Constant d'avoir donné aux Francs des chefs qui les engagèrent a demeurer en paix avec l'empire; il y a bien de l'apparence que ces chefs étaient les capitaines des Francs établis sur les terres de l'Empire en deçà du Rhin. Mais quelle pouvait être la frontière tracée par cette pax limitum '.' Peut-être indiquait-elle comme limite aux établissements francs la forêt Chi niere et dès lors, ceux-ci ■ avaient définitivement pris possession de tout le territoire correspondant a la Belgique actuelle *. »

La Nolilia dignilalum imperii parle, nous l'avons vu, d'une flottille romaine de la Sambre; mais elle indique comme stations principales Quartes et Hargnies près de Maubeuge : Prœfectus classis Sambricœ in locu Quartani sive Hornensi. Une importante partie du cours de cette rivière était donc occupée par les Francs, puisque les stations romaines étaient ni vers les sources de la rivière. Quant à la Meuse, elle était dés longtemps au pouvoir des barbares depuis la mer jusqu'à Naunir et au delà, ainsi que les contrées arrosées par la Senne et la Dyle. I.a Notilia nous fait voir la présence de garnisons franques ou alliées aux Francs dans les lieux suivants :

s cerne : un corps de Ménapiens.

Yvoir Famars ; Arras Noyon Senlis Lowaigc :

Langres :

» licti Astes.

Nerviens.

I lataves.

Bataves.

de toutes tribus.

r En 350, le 18 janvier, Constant fut déchu et remplacé par Magnence qui fut reconnu comme empereur dans tout l'Occident. Magnence était né en Gaule où .son père était venu d'au delà le Rhin. Il renouvela li

1 Annales Je la Soctéti archéologique de Namur, t. xvm, p. 69, 7o. , Histoire ancienne des Paus-Bas

autrichiens, in-s , Anvers, 17X7, p. 134. — ml \ tclacr, o//. cil., p. i:;-n. «s. Jérôme, Chrontcon, dani iiouquot, Recueil des historiens des Gaules, f. i, p. 610.

alliances avec les barbares, leva de nombreuses troupes en Germanie parmi les francs et les Saxons: néanmoins il ne conserva pas longtemps les Francs dans son parti. Silvanus, fils de Boni tus, se déclara contre lui et se rangea au parti de Constant: son exemple fut suivi par une partie des I-'rancs. Magnence vaincu en trois occasions, se suicida à Lyon (août 353). Son frère Décentras, battu par Chonodomarius, roi des .Mamans, se tua de même, à Sens.

Constant avait pensé jouer en profond politique en tournant les Germains contre Magnence. Ceux-ci profitant de la circonstance il i. aient passe ce lieux e du Rhin derrière lequel Rome les rejetait depuis tant de siècles, ils se répandirent à Ilots sur la Gaule sans défense. Quand la mort de Magnence, l'eut rendu maître de tout l'Empire, Constant songea à réprimer les exactions de ces .Mamans. Ces peuples, voisins de l'Italie, lui étaient redoutables. et il employa contre eux les Francs Silvanus reçut le commandement des troupes de la (huile et le titre de gênerai de l'infau terie : pedestris militix rector '; à la tète de S IJOD boni mes, il se rendit à Coiogne, passant par Auxerre, par Troyes et par Reims, obligeant les barbares d'abandonner ces provinces. De son côté, Constance marcha contre les .Mamans (33 1) mais aptes quelques escarmouches, il traita avec eux aux -conditions qu'ils voulurent : Pacem... quœ juslis conditionibus pclebatur '. Ammien nous fait connaître les noms de quelques chefs des Francs. Les rois avec lesquels traita Constance s'appelaient Gundornadus et Vadomarius; peutêtre n'eurent-ils qu'à se féliciter que Constance KM alors entoure jusque dans Son propre palais, d'une multitude de chefs Francs qui occupaient les premières places : quorum... in palatin multitudo fl irebat '. Parmi eux se trouvaient Seniauchus qui equestrem lurmain comitum tuebatur et Bappo ducens promolos;... Teulomcres proteitor domeslicus,... Sculariorum tribunus notnine Bainobaudes™. Cette paix accorda aux Francs d'outre-Rhin de nouveaux domaines le long de ce fleuve, jusqu'aux Vosges et comprenant Maycnce et Strasbourg. En somme, les Francs avaient, cette fois, remporté la victoire.

La situation de Silvanus devenait des plus délicates Arbétion lui imputa des lettres qui n'allaient à rien moins qu'à le rendre coupable de haute trahison envers Constance, Malarichus, commandant des troupes franques et Mcllobaudes, tribun, prirent sa défense; l'intrigue fut découverte, mais Silvanus ne voulait pas s'en remettre à la clémence, ni à la r

• tance, il songeait plutôt à se retirer, au delà du

Rhin, parmi ceux de sa nation. On l'en dissuada- Les Francs avaient eu trop à sa plaindre de lui pour i e bon accueil. Alors Silvanus se proclama empe reur et, vingt-huit jours [dus lard, Constance le fit

Les barbares, aussitôt, franchirent le Rhin en si grand nombre que les armées romaines battirent en

retraite. Ursicinus, qui devait remplir les fom qu'avait exercées Silvanus, se retira à Reims Dès la fin de l'année précédente, Constance avait envoyé son neveu Julien César dans bs (.ailles. Julien (•(rivant aux Athéniens leur raconte qu'à son arrivée,

u bares s'étaienl emparés d li paj s

le long du Rhin, et de quarante milles, ils en ravall trois f.jïs autant. Julien partit de Milan a la

fin de décembre, trouva les Francs maîtres de Cologne.

•m Agrippinam... pertinaet Barbarorum dionc reseratam magnis viribus et delelam ".ravageant

— 'Ammien Marcellin, Hist.,\. XV, c. vin.

Franci a" Australie, ln-i; Bruxelli II ' Ammien Marcellin, //^r.. I. XV, e. v. — ' Ammien

ni, Ibld., I.XlV.c. x.—'Ibtd.,}. \N.. ( l. XV, e. m, rv, xi. Ibld., I. XV, c. mu..

FRANCE

tout jusqu'aux portes d'Autun. Le Gésar employa l'hiver et le printemps à reconstituer une armée avec les troupes dispersées : provinciœ fragmenta. Au mois de juin, il dégagea Autun, passa a Auxerre, jeta une garnison dans Troyes et gagna Reims d'où il conduisit l'armée à la rencontre des Alamans, maîtres de Mayence, de Worms, de Spire, de Strasbourg et du territoire dépendant de ces villes. Les Alamans battus et rejetés sur la rive droite du Rhin, Julien tenta de reprendre Cologne aux Francs; mais il semble que la campagne se borna à des négociations, elle se termina par un traité et l'armée romaine, passant par Trêves, alla hiverner à Sens. Cette paix fut toute provisoire. A Sens où il avait son quartier général, Julien fut assiégé dès l'hiver de 356-357 K Dès le printemps il concentra une armée à Reims et marcha sur la Première Germanie pour y opérer sa jonction avec un corps de 25 000 hommes que Constance envoyait contre les Suèves et les Alamans. Toute cette année fut employée à la guerre contre les Alamans qui furent contraints de demander la paix. Julien leur reprit tout le pays dont ils s'étaient emparés en deçà du Rhin, ravagea leur propre pays et rétablit les forts et les garnisons sur le Rhin.

Le traité de l'année précédente n'avait été conclu qu'avec une partie de la nation des Francs et seulement avec les rois voisins de Cologne ou avec ceux des Bructéres. Les autres nations, qui n'avaient pas été comprises dans le traité, continuaient leurs incursions; un de leurs partis ayant été attaqué, dans le pays de Juliers, par les troups romaines, se jeta dans deux châteaux bâtis sur la Meuse, et y soutint un siège de cinquante-quatre jours, au bcut desquels il fut obligé de se rendre faute de vivres; ils n'étaient que 600: Remos Severus magister equilum per Agrippinam pelens et Jutiacum Francorum validissimos cuneos in sexcentis velitibus, vacua prœsidiis loca vastantes, ofjendit -, Une armée de secours arriva après la chute de ces places.

En 358, Julien prépara une expédition eontre les Francs établis en deçà du Rhin et contre les Francs de Germanie. Fréret présente à ce sujet une remarque fort juste. Nous voyons, écrit-il, que les premiers occupaient une assez grande étendue de pays, et il y a lieu de croire qu'ils étaient maîtres de la Germanie I"; ce qui le fait croire, c'est qu'on lit dans Ammien que Julien voulant soulager les provinces de la Gaule les plus maltraitées, demanda qu'on lui permit de se charger de l'imposition et de la répartition de la capitation qui était montée excessivement haut ; persuadé que les exactions et les frais faits mal à propos par les huissiers du président et du préfet étaient ce qu'il y avait de plus ruineux, il demanda qu'il ne leur fût permis de faire aucune poursuite. Julien ne réclama la commission de percevoir cette imposition que pour la Seconde Belgique, ut secundœ Belgicœ mulliformibus malis oppressx dispositio sibi committeretur '. La Seconde Germanie, plus exposée aux courses des barbares avait encore plus besoin de soulagement; et, de ce que Julien ne la joint pas à la Belgique, il en, faut conclure qu'elle n'était habitée que par les Francs, et qu'à l'exception des environs de quelques places de guerre, destinées à l'entretien des garnisons qui les défendaient, tout le reste appartenait à des peuples qui ne payaient aucun tribut.

Julien ouvrit de bonne heure la campagne et arriva jusqu'à Tongres : Petit primos omnium Francos eis videlicet quos consuetudo Sulios appellavit ausos olim in Romano solo apud Toxiandriam locum habitacula sibi figere praelicenler *. Aussitôt les Saliens députèrent les principaux de leur nation pour demander la

i Ammien Marcellin, Hist., I. XVI, c. iv. — ' Jbid., 1. xvJI.c n. — ' Ihiil., l.XVIII, «■. m. — ' Ibid.,\, XVII,

paix, remontrant qu'habitant un pays qui leur appartenait, ils ne devaient point être inquiétés lorsqu'ils n'attaquaient pas les Romains : Cui cum Tungros venisset, occurrit legatio... pacem sub hac lege prselendens, ut quiescenlcs eos, lanquam in suis, née lacesseret quisquam nec vexaret '. Julien, n'ayant rien à répondre, fit des présents à ces envoyés et leur proposa d'ajouter au traité existant quelques conditions équivoques à transmettre à leurs compatriotes : Hos legatos, negotio plene digeslo, oppositaque condilionum perplexitate. ut in iisdem traclibus moralurus, dum redcunt. muneralos absolvitr A peine furent-ils partis. Julien reprit sa marche en avant et pénétra au cœur du pays tandis que les chefs délibéraient sur ses propositions. Les Saliens surpris acceptèrent toutes les conditions que leur proposait un adversaire à ce point déloyal et Julien leur confirma la possession du pays qu'ils occupaient : Dedenles se eum opibus liberisque suscepil. Soumission aparente comme toujours. C'était l'inévitable comédie, toujours reprise entre un empire, impuissant, et ses redoutables tributaires.

Dans sa lettre aux Athéniens, Julien découvre le dessein qu'il a poursuivi. 11 voulait rétablir quelques forts sur le Rhin, pour être le maître de ce fleuve et pouvoir faire remonter sans obstacles les blés que l'on tirait d'Angleterre, pour munir les garnisons établies sur le haut Rhin. Ce projet était extrêmement important; mais l'exécution en était si difficile que, comme nous le voyons dans Zosime, le préfet des Gaules était d'avis que l'on payât 20 000 livres d'argent aux barbares de tribut annuel, pour obtenir d'eux la permission de faire cette navigation ; et l'empereur Constance avait approuvé ce traité qui suffirait à faire la preuve que les Francs étaient maîtres des pays situés sur les deux rives du fleuve et que les Romains n'y possédaient ni ville ni garnison.

Julien ne put supporter l'idée d'un semblable traité; il marcha contre les Chamaves qui occupaient les deux rives du Rhin et s'étendaient jusqu'à la Meuse, les battit, les obligea à repasser le Rhin : Pacem hoc tribuit pacto, ut ad suc redirent incolumes, prit des otages, fit reparer trois châteaux abandonnés depuis longtemps : Munimenta tria recta série superciliis imposita fluminis Mosse, subversa dudum '. Ensuite. Julien marcha sur le haut Rhin où il employa le reste de la campagne contre les Alamans. Tout ces succès étaient plus apparents que réels, plus éclatants que durables. D'ailleurs Julien lui-même était obligé de rester dans les limites des « capitulations » consenties par les troupes barbares incorporées dans les armées romaines. Lorsque Constance prétendit les lui enlever. Julien ne manqua pas de faire observer que : Sub hoc vénérant pacto, ne ducerentur ad parles unquam Transalpinas : verendum se affirmons ne volunlarii barbari militares ssepe, sub ejusmodi legibus assueli, transirc ad noslra, hoc cognilo, deinceps arcerenlur... abstrahendos a Galliarum de/ensione pugnaces numéros barburisque jam formidatos '. On ne tint aucun compte de ces observations, les troupes étrangères acheminées vers Paris d'où elles devaient se diriger vers l'Italie, se mutinèrent et proclamèrent Julien empereur. Celuici céda et, pendant son règne si court, les Francs observèrent les traités conclus avec lui. Il semble que l'influence du chef franc Malarichus n'y fut pas étrangère.

Valentinien I:r deuxième successeur de Julien vint en Gaule en 365 et dès le mois de janvier de cette année apprit que les Alamans avaient franchi le Rhin sur la glace : Cum per glaciales tractas hiemis rigidum inhorrcscerel sidus, cuneatim egressa multitudo licentius

c. vm.— sI6£d.,l.XVIT, c. vm. — ■ Ibid., 1. XVII. .-. ix-

— ' Jbid.. I. XX, c. îv.

l RANCE.

vagabatur '. Le Franc Charietton marcha contre eux, à la tête d'une année romaine qui lâcha pied, s'enfuit et laissa tuer son chef : dum cedenles objeclu corporis et vocis jurgalorio sono audentius rctinet '. Valentinien rétablit les forts sur le Rhin et en bâtit de nouveaux. Ainmien Marcellin dit qu'il y en avait depuis l'Océan jusqu'à la Rhétie : Hhenum omnem a lihctiorum exordio ad usque frétaient Occanum magnis molibus communiebal, castra extoltens attius et castella, turresque assiduas per habiles locos et opportunos '.

En 370, les Saxons se jetèrent sur la Gaule, taillèrent en pièces l'armée du comte Nannienus, puis, à la nouvelle qu'une armée considérable marchait contre eux, ils demandèrent la paix qu'on leur accorda a condition qu'ils abandonneraient leur butin : discedere permissi sunt Saxones sine impedimento undc vénérant reversuri '. Pendant leur retraite, ils tombèrent dans un guet-apens et y périrent tous : quibus omni jam formidine vacuis reditumque paranlibus, occulte, pedites missi insidias in abdila quadum valle slruxerunl '. Paul Orose ajoute que cela se passa in ipsis Francorum finibus (VII. x.xxn) et Animien Marcellin dit que c'était non loin de la mer, enfin saint Jérôme et Cassiodore précisent que ce massacre eut lieu à Deuson. On a proposé Deutz prés de Cologne, Duisbourg sur le Rhin. Dusseldorf et Deynse sur la Lys, ce dernier lieu est probable. Cette guerre contre les Alamans prit lin en 371 par un traité avec leur roi Macrien lequel fut tué ensuite dans un combat contre les Francs : l'eriit autem in Francia, postetiquam, dum internecive vastando perrwnpit avidius, oppeliit Mellobaudis bellicosi régis insidiis circumvenlus *. En 375, Valentinien, passant en Pannonie, l'y laissa en qualité de cornes domeslicorum à la cour de Gratien. Mellobaudes commandait avec le comte Nannienus les troupes de la Gaule; il semble distinct de Meraubaudes qui fut élevé au consulat en 377 et en 383. A la mort de Valentinien, le franc Meraubaudes fit proclamer empereur le jeune Valentinien sous le nom duquel il gouverna l' Italie et la Pannonie avec le titre de magister mililum. Richomer, un autre franc, devenu aussi cornes domeslicorum devint dans la suite magisler mililum et consul (384).

En 378, les Alamans passèrent le Rhin sur la glace, au nombre de 40 000 ou même de 70 000 hommes, conduits par le roi Priarius. Gratien envoya contre eux une armée conduite par Mellobaudes et Nannienus : Knnnienu... tique Mellobaudtm junxit pari poteslate collegam, domeslicorum comilem, regemque Francorum virum bellicosum et fortem 7. Nannienus, sobriœ virtulis duei, proposait la temporisation, Mellobaudes ne l'entendait pas ainsi et pugnandi cupidilale raptatus, ut consueoeral, ire in hostem dif/erendi impatiens angebatur. Les Alamans attaques prés d'Argentaria (Colmar) furent tailles en pièces, leur roi tué. A partir de ce moment Mellobaudes disparait. Les Alamans battus et soumis passèrent de la révolte à la servilité 8.

Frunciu mixta Suevis

Ccrlal ml obsequium, Latiis ut mililet urmis.

' ■'■ qui ne les empêchait pas dans le même temps

de faire des courses en Gaule (379). Cette année-là, Gratien envoya en orient des troupes commandées par Baudon et Arbogaste, tous deux Francs de nation et tri ,u\ Romains, Quant .i Richomer, il

' suit un grand crédit dans l'empire d'Orienl

mt consul vers le temps OÙ h- consul Merau-

baudes péril tragiquement, enveloppe dans la dl

"" Marcellin, Bbf., I. XXVII, ci.- : Ibid., I. XXVIl.e. i. — /(.,,/., |. WVtll, r. n. • Ibid.,

I. XXVIII, c. v. — ' Ibtd., I. XXVIII, v. ». — « ;/.„/., I. XXX, cm. ' rtM.,1. XXXI. r. i.— • A ■. Preealto

de Gratien. Son rival et vainqueur, Maxime devint en peu de temps maître de la Gaule. Les troupes romaines, probablement aussi le contingent franc, s'étant prononcés pour lui Mais comme les principaux chefs francs étaient dans le parti de Valentinien et de Théodose, ils ne lardèrent pas à rompre avec le tyran Maxime.

Bauton ou Baudon, consul en 385, gouvernait l'Italie avec son compatriote Arbogaste sous le nom du jeune Valentinien. Une négociation fut entamée par saint Ambroise afin de détourner Maxime de l'Italie, mais ce dernier se plaignit des machinations du franc Bauton contre lui : Ille Baulo quisibi regnum sub specie pueri vindicare volait, qui etiam barbaros mihi immisit. A quoi saint Ambroise répond : In qui) U /e/ellit Baulo, qui deootionem imperatori exhibuit suo? An quia principem suum non prodidit?... Duos immisit barbaros Baulo cornes'.'... Hunnos alque Alanos appropinquunles Gallise per Alemanniœ ternis reflexit... barbaros cum burbaris jecit decernere. Juthungi populabanlur Rhelias, ideo adversus Juthungum Hunnus accilus csl... Tu /ecisti incursari Fhetias, Valentinianus suo tibi auro pacem redemil'. Le panégyrique obligatoire prononcé à Milan à l'ouverture du consulat du franc Bauton était l'ouvrage d'un jeune rhéteur africain d'IIippone, Aurelius Augustinus. La lille île Bauton fut cette Eudoxic (voir ce mot) épouse île l'empereur ArcadiUS, persécutrice de saint Jean Chrysostnmc. mère de Théodose le jeune et de Pulchérie. qui hérita de son mâle courage. « Tout le monde, observe Fréret, connaît ces deux princesses; mais on ne fait pas toujours réflexion a la nation qui leur a donné l'origine. »

Vers ce même temps, les Francs de la Germanie passèrent le Rhin auprès de Cologne conduits par Genobalde, Marcomer et Sunnon : Genobaldo, Marcomère et Sunnone ducibus, Franci in Germanium pmruperr ". Ils ravagèrent la Germanie seconde et se retirèrent sur l'autre rive du Rhin avec leur butin. Les chefs romains Nannius et Quintinus marchèrent contre les Francs qui s'attardaient a ravager le pays; ils les attaquèrent vers la forêt Charbonnière, c'est-à-dire entre l'Escaut et. la Meuse. Quintinus fit plus encore, il franchit le Rhin a Nuys pour atlaquer les Francs chez eux, s'engagea dans le pays des Ampsivariens et des Bructères, tomba dans une embuscade et y périt avec ses officiers et l'élite de son armée: Paucis ef/ttgium tutum nox et latibula silvarum preestiiere ".

Apres la t du tyran Maxime, Valentinien le

jeune revint en Décident toujours flanqué d* Arbogaste dont l'audace, le courage et l'intelligence égalaient le désintéressement. Arbogaste vainquit Victor, fils de Maxime, destitua Nannius et donna le commandement des I roupes du Rhin a Charietton (un Franc? I et

:i Syrus (38!)). Arbogaste voulait qu'on lui livrai

Marcomer et Sunnon : Commonet Caesarem poenu

ii Francis exigendas, nisi ... auctores... belli

traderenl in quos violâtes paris perfidia punirelur ";

mais, une fois encore, tout s'arrangea; les traites lurent

renouvelés ;i\ee Vhirenmcr et Nlllliiuu que l'historien

latin Sulpice-Alexandre qualifie du titri corum

regales, et aptes une courte entrevue on échangea les

otages: (Jim Francorum l ursim

colloquio, impelratisque ibsidibus. Arbogaste,

mattre absolu, avait disposé de tous les principaux commandements militaires en | Imperatore pêne infra privait modum redaclo, ci mililaris rei cura, salellitibus Francis Iradtta, Aussi

(ad Gratianum),\s.20, ttxiv,

ad Valentlnlanum, n. 1,6, '■ . 8. Sulplce Vlcxandre,

] III, dans Gi , Hist. Francor.,l. II, c.ix. —

//u,/. - lin,/., t. iv.

FRANCE. — I

gaste ne pouvait admettre que Valentinien exerçât le pouvoir et il se refusait même à se démettre du commandement général des troupes. Le jeune empereur et son mentor recouraient à la décision de l'empereur Théodose quand un jour le conflit prit fin : on trouva Valentinien étranglé dans son appartement (juin 392) et Arbogaste fit proclamer le rhéteur Eugène dont nous avons déjà fait connaître l'aventureuse carrière (voir Flavien Nicomaque). Comme l'attitude de Théodose restait hésitante, Arbogaste eut le loisir, à la fin de 392, de marcher contre les Francs; il passa le Rhin à Cologne, au cœur de l'hiver, toujours poursuivant de sa haine Marcomeret Sunnon, subregulos Francorum, genlilibus oJiis inseclans. Il pénétra dans le pays des Bructères, passa dans celui des Chamaves, ne trouvant partout que le désert, en sorte qu'Eugène fut trop satisfait de renouveler les traités et de retourner en Italie (393), ayant un grand nombre de Francs dans son armée : collectis Francorum viribus, évidemment d'une nation différente des Bructères, des Chamaves, des Cattes et des Ampsivariens, c'està-dire des Saliens et des Attuariens.

Ces Francs civilisés envahissant les armées romaines, commandées par des chefs de leur nation, étaient préférés aux soldats romains par les faibles empereurs; ils encombraient le palais, ils semblaient d'avance les jeunes successeurs de ces fantômes des maîtres du monde, et ils se croyaient déjà si Romains, ou plutôt ils considéraient la Gaule comme tellement à eux, qu'ils se chargeaient de la défendre contre les nouvelles invasions de leurs frères d'outre-Rhin.

Après la défaite et le suicide d' Arbogaste, que suivit de près la mort de Théodose (16 janvier 395), l'Occident échut à Honorius sous la tutelle de Stilicon, Vandale d'origine, dont le premier soin fut de renouveler les alliances avec les Francs et les Alamans. Dans un voyage dont le durée ne dépassa pas quatorze jours, Stilicon remonta le Bhin et rajeunit les accords. Claudien nomme les Sicambres et les Francs comme faisant un seul peuple; il parle des Bructères, habitants de la foret Hercynienne; des Chérusques, établis sur les bords de l'Albis; il dit que les Saliens, s' appliquant à la culture de la terre, changent leurs épées en faux ; enfin que tous ces peuples, jadis terribles et desquels il lallait acheter la paix, obéissent aux ordres de l'empereur :

Illi tcrribiles, quibus otia vendere scmper Mos eral, et [céda requiem mercede pacisci. Nalis obsidibus, pacem lam supplice vultu Caplivoque rogant, quam si post terga reuincli Tarpeias pressis subcunt cervicibus arecs *.

Les Alamans demandèrent à envoyer un contingent dans les armées romaines, ce qui leur fut refusé, ce privilège étant réservé aux Francs ' :

sociare calervas

Oravit, iungique luis Alamannia signis!

Nec doluit contempla lamen, spretoque recessit

Auxilis laudata ftdes

En 398, les Francs firent quelques mouvements, cependant Claudien nomme les Sicambres au nombre des nations alliées de l'Empire qui devaient accompagner l'empereur dans son expédition contre Gildon 3 ;

Germania cuncta [cratur

Navibus, et socia comitenlur classe Sicambri'

dont la révolte est imputée à l'influence de Marcomer

et Sunnon • :

Res (ividi concirc novas, odioque jurentes Pacis, et inyenio scelerumque cupidine fratres.

' De laudib. Stilic, I. I, vs. 209 sq. — » Ibid., vs. 232 sq. — 'De bellu Gildonico, vs. 372. — 'De laudib. Stilic, 1. I, vs. 243. — ■ Ibid., 1. I, vs. 238. — " Bouteroue, Recherche

Un de ces princes fut livré aux Romains, l'autre fut assassiné par ses propres sujets, et à cette occasion Claudien nous dit que les crimes des rois sont soumis au tribunal des magistrats romains 5 :

Sub judice noslro

Regia romanus disquirit crimina carcer. Marcomeres Sunnoque docenl, quorum aller Elruscum Perlulil exilium; cum se promilterel aller. Exulis ullorem, jacuil mucrone suorum.

Ces princes régnaient sur les Bructères, les Chamaves, les Cattes et les Ampsivariens; Stilicon mit d'autres rois à leur place. On suppose que l'un de ceux-ci était ce Théodemer, fils d'un Richimer ou Richomer dont parle Grégoire de Tours, et duquel on a une monnaie d'or sans aucun signe de christianisme *. Grégoire s'exprime ainsi sur son compte ': In consularibus [[astis] legimus Theodemerem, regem Francorum, filium Richimeris quondam, et Aschillam, matrem ejus, gladio interfeclos. La date de ce dernier événement n'est pas connue, mais on a conjecturé non sans vraisemblance que Théodemer, s'était opposé aux envahisseurs de l'an 407 dont il fut victime.

L'année 407 fut signalée par l'irruption des Vandales, des Suèves et des Alains qui poussèrent devant eux jusqu'aux contrées riveraines de l'Océan, puis se retirèrent chargés de butin, traînant à leur suite une partie de la population réduite en esclavage. Cette invasion avait été rendue plus facile par le fait que les Romains avaient abandonné aux Francs la seconde Germanie presque tout entière. La preuve en est donnée par la Notitia dignitatum imperii rédigée vers la première dizaine d'années du ve siècle.

Une loi de Théodose de 23 février 438, nous apprend que les garnisons distribuées sur les frontières formaient la séparation entre les terres de l'empire et celles des barbares : Constat disposilione ma/orum vallo limitis ab excursione barbarica defensuri, quidquid intra romani nominis concludilur polestalem. Donc ce qui était au delà des lignes de la frontière ne faisait point partie du nom romain. Nous apprenons par une loi de l'an 391, adressée au comte Ricimer, magister utriusque militix, que ces lignes étaient généralement placées le long des rivières : cum supra virentes fluminum ripas omnis legionuni multitudo consislil 8.

En conséquence de ces deux lois, nous voyons que le commandant de la Seconde Belgique n'avait sous ses ordres que trois corps de troupes réglées: l°une compagnie de cavaliers dalmates à Marci (Marquise? ou Mark, près de Calais?), 2° une cohorte de Nerviens à iEpatiacus (Portus Itiacus, Boulogne? ou Étaples?); 3° une flotte à l'embouchure de la Somme. On voit par là que les Romains avaient abandonné toute la côte de ce pays aux Saxons. Ils n'avaient en tout que trois garnisons, l'une à l'entrée de la Somme, l'autre à Boulogne et l'autre à Ambleteuse ou à Calais. — Il existait encore un dux tractus Armoricani et Nervicani, mais comme les Nerviens habitaient le Hainaut, entre l'Escaut et la Meuse, ce commandant n'entretenait plus aucune troupe dans ce pays. Des corps de lœtes ou Ueti, troupes originaires de Germanie étaient répartis sur l'étendue de la Gaule, y possédaient des terres à condition de les défendre à leurs frais en cas d'attaque des barbares. Quelques-uns portaient le nom de leur nation, comme les Bataves, les Francs, les Suèves, les Teutoniciens, d'autres portaient les noms des lieux de leur premier établissement, comme les Nervii, les Lingonenses, les Lagenses, les Lteti Acli. Quelques-uns de ces corps étaient placés dans le milieu de la Gaule;

des monnaies de France, p. 173. — 7 Grégoire de Tours* llist. Francor., 1. II, c. ix. — 8 Code Théod., 1. VII, tit. i, 1. 13.

FRANCE

parmi ceux qui étaient établis à lu frontière des Francs, on trouvait : 1° des Bataves surnommés Xcmetacenses, a Arras; 2° des Nerviens à Famars, pris Yalencicnncs; 3° des Lagenses sur le Jekcr. près de Tongres; 4° des Lètes Atli ou Acti a Yvoi. sur une petite rivière qui tombe dans la Meuse: 5° enfin les Lingonenses répandus en divers lieux de la Première Belgique. ( nisons étaient peu nombreuses, très éloignées du Rhin. Non seulement les Romains avaient abandonné une grande étendue de pays aux Francs Saliens, mais ils avaient à peu près dégarni ces frontières. Tournay, Thérouanne, Havay, villes considérables n'avaient point de garnisons; Cologne non plus semble-t-il. — Nous apprenons encore, par la 'Notifia, qu'il existait douze cohortes de Francs dans les armées romaines : une sous le nom de Francs, une sous le nom de Chamaves, en garnison dans l'Egypte, cinq de Francs Saliens, deux de Bructercs. deux d'Ampsivariens, une d'Angrivariens. Il y avait en outre trois corps de cavalerie ou alœ : la première en Egypte, la seconde en Phénicie, la troisième en Mésopotamie.

L'éloignement où les garnisons romaines étaient du Rhin dans cette partie des Gaules suffit à prouver que, depuis l'an 360, les Francs avaient débordé les limites que Julien leur avait assignées. L'armée auxiliaire des Francs était commandée par un général de cette nation qui avait le titre de magister mililum et qui était peut-être ce Chariobaudes qui en 408, chassé de la Gaule par le tyran Constantin, périt avec Stilicon. On lui donna pour successeur Allovich ou Allobich.

Le grand désastre de l'an 407 avait trouvé les Francs à leur poste et fidèles à leurs alliés romains. Ils s'opposèrent aux Vandales et ce ne fut qu'après avoir remporté une grande victoire sur les I-'rancs que les Vandales furent en état de passer le Rhin : Génies Alanorum... Sucvorum, Vandalorum mulUcquc cum iis aliœ l'rancos proterunl, Rhenum transeunt, Gallias invadunt ', dit Paul Orose une dizaine d'année à peine après l'événement. Les Vandales passèrent le Rhin le .'il décembre 406, probablement sur la glace.

Les Saxons avaient fait de grands ravages cette même année 406 sur les côtes de la Gaule; saint Jérôme dans une lettre écrite en 409, associe les Saxons aux dévastateurs de la Gaule ». Quant aux Vandales, ils avaient trop bien appris à connaître les Francs pour s'acharner contre eux; ils ne souhaitaient autre chose que d'avoir le chemin libre devant eux et ils tournèrent leurs armes contre la Première Germanie, de la ils passèrent dans la Belgique et s'avancèrent jusqu'à l'Aquitaine : l'rimum a solo patrio efjusa est gens (Vandalorum) in Germanium primam, nomine barbaram. ditione liomanam; posl cujus exilium primum arsit regio Iielgarum, deimle opes Aquilanorum luxurianlium 3. Orose dit en outre que ces peuples s'avancèrent jusqu'aux Pyrénées : Directoque impetu Pyrenœum usque perveniunl; mais qu'arrêtés par cette barrière, ils se répandirent dans les provinces voisines qu'ils ravagèrent cujus obicc ad trmpus repulsœ, per circum fa vineias refunduntur '.

Les Burgondes avaient suivi la voie que leur traçaient les Vandales, les Suèves et les .Mains, mais, eux, après avoir descendu le Rhin, s'arrêtèrent en Alsace et dans une partie de la Séquanie et s'y établirent ainsi que nous le dirons plus loin.

Saint Jérôme, dans la lettre citée, dit que Mayence fut prise et ruinée par les barbares : Moguntiacum, nubilis quondam civitas, capta alqw a est,

WoniiS lut détruite par un long siège : VangiotUti

1 Orose, //.(.. I. VII... \i. — ■ S. Jérôme, / ad Agcruchiam. — • Salvlen, De gubtrnattone !/• I, l. \ II, i . vu. — ' Orose, op. cfi.,1. VII, c\ wi. ' Dani la Vtta

longa obsidione deleti, il ne dit rien de Trêves, ni de Cologne, mais ajoute que la puissante ville de Reims, urbs pnvpotens, Amiens, Arras, Thérouanne, Tournay, Spire et Strasbourg sont entre les mains des Germains, translata; in Germaniam s, obéissant à ces peuples qui s'y sont établis.

Cette invasion entraîna encore d'autres ruines : Saint-Quentin en Vermandois fut détruite; Laon i à un long siège, Langrcs, Besançon et Sandon dans le Maçonnais furent pris par les Vandales et pendant que les Lyonnaises, l'Aquitaine, les N'arbonnaises et la Novempopulanie étaient ravagées, Stilicon ne semblait en prendre aucun souci, uniquement préoccupe de la conquête de l'Illyrie orientale. Tandis qu'il s'employait tout entier à ce projet, les troupes d'Anglelerre se révoltèrent et proclamèrent un empereur, qui fut Constantin. Celui-ci choisit deux généraux Justinien et Ncbiogastes lequel semble être un nom franc. Constantin débarqua à Boulogne avec une armée et y passa quelque temps en négociations avec les troupes des Gaules et de l'Aquitaine qui se déclarèrent pour lui, en sorte qu'il fut reconnu par tout le pays, jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées. Il marcha contre les Vandales et les Suèves et remporta sur eux une grande victoire, mais il ne les poursuivit pas, leur donna le temps de se rallier, de recevoir des renforts et de reprendre leurs dévastations. I >'aprés Zosime, ces événements remplirent l'été de l'année 407. Une armée romaine commandée par Sarus vint disputer la Gaule à Constantin, mais après avoir remporté un succès près de Valence, elle eut à compter avec les Bagaudes et, après leur avoir abandonné ses équipages, se replia vers l'Italie (début de 408). Constantin était maître de la Gaule, bientôt il le fut de l'Espagne et n'ayant plus personne à redouter il se nomma consul pour l'année suivante et fut reconnu comme tel dans les Gaules. Peu après (409) il fut reconnu empereur par Honorius. On était à la veille de la prise de Rome par Alaric (410) c'est assez dire que l'Empire s'écroulait de toutes parts.

Au même moment (août 410) Constantin envoyait le général Edobinch au delà du Rhin, chez les Francs et les Alamans pour en tirer des troupes. Les Vandales prétendirent bien ne pas leur laisser le temps d'arriver ri. conduits par leur roi Godégisile, ils attat les Francs de la Gaule par qui ils furent taillés en pièces; 20 000 hommes et Godégisile furent tins; le reste ne fut sauvé que par l'intervention de Respondial, roi des Alains : De Rheno agmen suorum convertit, Vandalis Franeorum bcllo laborantibus. Respondial ayant dégagé les Vandales, ne jugea pas à propos de continuer la guerre contre les Francs; il :il avec les Suèves et le reste des Vandales vers le midi, pour aller joindre les barbares qui le ravageaient.

Constantin ne recueillit plus que des revers. Son fils avait été vaincu et mis à mort, lui-même assiégé dans Arles avait appris la destruction de cette année de secours qu'Edobincb avait levé pour lui en manie. Tandis que I s'emparait d'Arles,

.lovin se faisait proclamer empereur a Mayence et les \ andales, les Suèves et les Alains, a Galliis jugientes, Hispania se rot Insère, nous apprend Joruandes. Jovin desait en partie son élévation a l'empire à (ioar. roi

des Alains et a Gondicaire, no < ! • . Burg les qui, en

il:;, au dire de la Chronique de Prosper, parti propinquentem Hheno oblinuerunt. Nous les rctrou- Jo\ m mail re il'- i rève i 1 1 de I i pten-

trionale descendit la •. illée 'in Rhône, s'empara de

S, Hilarlonls, r.wn.du même écrivain, on lit ctciiSaxonu qulppe ei Alemannost oem tjus n^n tum lata quant valida, afiiul lu I rmarifa, nunc Ftanctavocaiur.

FRANCE. — I

Vienne, de Valence et de Narbonne, s'associa les Goths, puis se brouilla avec eux, leur fit la guerre et fut vaincu et pris '.

C'est vers ce temps que la Chronique de Prosper, place à la vingt-sixième année du règne d'Honorius, un prince destiné à n'être pas oublié comme tant d'autres : Faramundus régnât in Francia. Aimoin, qui écrivait en 855, est le plus ancien auteur qui fasse mention de ce Pharamond, inconnu à Grégoire de Tours, à Frédégaire et à nos premiers historiens. On peut donc le laisser dans l'ombre d'où il ne doit pas Mirtir. Suivant l'opinion commune de modernes, écrit Fréret, Pharamond monta sur le trône en 420 et laissa la couronne, en 127. à Clodion. Grégoire de Tours, le plus ancien des historiens français, qui avait feuilleté avec attention Sulpitius Alexander et Renatus Profuturus Frigeritus, écrivains contemporains au temps du prétendu Pharamond, pour y chercher ce que ces auteurs avaient dit des Francs et de leurs rois, qui avait lu les chroniques consulaires et qui les cite, ne dit pas un mot de Pharamond, preuve certaine que ces auteurs n'en avaient pas parlé. Frédégaire, qui avait consulté d'autres auteurs que Grégoire pour faire son abrégé, qui avait mis un Friga, un Francion et d'autres héros fabuleux au nombre des rois francs, connaissait si peu Pharamond que non seulement il ne le nomme pas, mais qu'il donne Théodemer pour le père et le prédécesseur de Clodion, ce qui prouve que Pharamond était inconnu dans le vic et le vne siècle :.

Vers 421, les Francs firent encore quelques incursions et le comte Castinus, eomes domestitorum marcha contre eux. La guerre ne dura pas longtemps, puisque l'année suivante, 422, Castinus, passait en Espagne avec le titre de magister militum. Il y éprouva des déboires et quelques années plus tard, on trouve, en qualité de magister militum, le célèbre Aétius qui, en 429, d'après Idace, battit les Wisigoths aux environs d'Arles. Prosper de son côté, dit que cette année-là, les Francs furent chassés de la partie des Gaules qui est voisine du Rhin. Pars Galliarum propinqua Rheno, quam Franci possidcndam occupaverant, JEtii comitis armis recepto. Jornandès a commenté ainsi ce passage : Superbiam Sucvorum, Franeorumque barbariem, immensis caedibus, servire Romano imperio cœgil. La partie des Gaules, voisine du Rhin, dont Aétius chassa les Francs, était probablement la partie de la Seconde Relgique, voisine de la Première Germanie et de • Mayence. Cette guerre durait encore en 431, mais Aétius, pour ne pas changer la méthode romaine, remporta une victjire sur les Francs et conclut la paix avec eux : Superatis... in certamine Francis et in pace susceptis. On ne peut douter que cette dernière expédition d'Aétius contre les Francs ne regarde ceux de la Seconde Germanie sur lesquels régnait Clodion. Dans le panégyrique de Majorien, Sidoine Apollinaire introduit la femme d'Aétius, jalouse de la gloire dont Majorien s'était couvert en son jeune âge. Cette femme, le croyant destiné à l'Empire, veut engager Aétius à sa perte, et, pour le lui rendre redoutable, elle décrit ce qu'il a fait jusqu'alors. Après avoir parlé de ce qu'il avait fait, en l'absence d'Aétius, pour défendre Tours, elle ajoute :

Post tempore parvo

Pugnatis pariter Froncis, qua Cloio patentes Atrcbatum terras pervaserat.

Elle décrit ensuite un défilé et un retranchement

construits pour défendre le passage d'un pont bâti sur une rivière voisine de Lens, vicus Helense, ce qui déter-

1 Jornandès, De rébus gcticis, c. xxxi. — ■ Frérot, op. rit., p. 460, note 1. — ] Puneggr. Majorlani, vs. 21 1 sq, 21:; sq.

mine le nom du roi des Francs et le lieu où se faisait la guerre :

hic cœuntes

Claudebanl angusta vias, arcuque subactum V icum Helenam flumenque simul3

Le poète décrit longuement les Francs. « Ils ont, dit-il, une taille gigantesque, que leurs cheveux blonds, rassemblés sur le front et sur le sommet de la tête, font paraître encore plus grande; la nuque du cou et le visage rasés, à l'exception des moustaches, qu'ils peignent avec soin; les yeux bleus, mais vifs et perçants; des habits étroits, serrés d'une large ceinture sous le ventre, et si courts qu'ils laissent apercevoir leurs jarrets. Ils se font un jeu dès l'enfance d'agiter leurs boucliers, de lancer leurs haches à deux tranchants, et de prévoir le lieu qu'elles frapperont; en dardant leurs javelines, ils s'élancent en même temps contre l'ennemi, et souvent ils devancent le trait qu'ils viennent de lancer; s'ils sont accablés par le nombre ou par la situation du lieu, dans lequel ils sont attaques, la mort peut les accabler, mais la crainte ne peut les saisir; ils périssent sans être vaincus et leur bravoure semble les soutenir encore quand la vie les abandonne *. »

rutile quibus arce cerebri

Ad frontem coma tripla iacet, nudataque ceruix Setarum per damna nibet, lam lumine glauco Albet aquosa acies. ac vullibus undique rasis, Pro barba tenues peraranlur pectine crislse. Slriclius assutœ vestes procera cœrcent Membra virum, patel his altato tegmine poples, Latus et anguslam suspendit ballheus alvum. Excussisse citas vastum per inane bipennes, Et plagœ prescisse locum, clypeos rotarc Ludus, et in lortas praecedere saltibus haslas, Inque hostem venisse prias. Puerilibus annis Est belli malurus amor : si forte premantur Seu numéro, seu sorte loci, mors obruit illos, A'on timor : invicli perstant, animoque supersunt Jam prope post animam

IX. Le royaume de Clodion et de Mérovée. — Ce Clodion est le premier roi des Francs dont parle Grégoire de Tours, quoiqu'il en reconnaisse d'autres avant lui. Les Francs, d'après lui se partagèrent en plusieurs États qui se donnèrent des rois à longs cheveux, pris de la première et plus noble famille de leur nation. Les victoires de Clovis en fournissent la preuve: Tradunl enim multi (Franeos )... primum quidem liltora Rheni amnis incoluisse dein, transacto Rheno, Thoringiam (seu Thongringiam) transmeasse; ibique juxta pagos i>el civitales, reges crinitos supra se creavisse de prima, et, ut ita dicam, nobiliori suorum /amilia, quod postca probatum Chlodovœi victoriœ tradiderc s. Clodion fut probablement élu chef des Francs, au moins des Saliens et des Ripuaires, quoiqu'il ne régnât que sur le pagus de Dispargum; mais, suivant la remarque de Fréret, il y a quelque apparence que la défaite de Théodomer et les victoires des Romains effrayèrent les Francs et les déterminèrent à se réunir pour la plupart sous un chef unique. Clodion ou Clogion résidait donc à Dispargum : Ferunt eliam lune Chlogionem, utilem ac nobilissimum in génie sua, regem Francorum fuisse, qui apud Dispargum caslrum habilabal, quod est in lermino Thoringorum s. L'emplacement de Dispargum pourrait être Diest, sur le Demer ou bien Duisborch sur la Thille entre Louvain et Bruxelles. Le reste de la citation de Grégoire nous montre Clodion faisant reconnaître tout le pays

— ' Jbtd., vs. 238 sq. — 6 Hlstor. Francor., 1. II,

• Ilistor.

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