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Le seigneur Fromond, pontife, rector de la ville de Coutances, a, en l'honneur de la bienfaisante Marie, mère de Notre-Seigneur, élevé ce temple et cet autel, et les a pieusement et dignement dédiés au milieu du mois d'août; que cet anniversaire soit célébré tous les ans par une fête. Cette pierre est datée de la sixième aimée du règne de Thierry, roi de France, par conséquent l'an 676.
III. Églises de l'époque mérovingienne. — Sur tous ces édifices, pas plus que sur une infinité d'autres, nous ne savons rien ou presque rien. Les édifices bâtis en Gaule avant le ixe siècle sont si peu nombreux qu'on a cru pouvoir nier leur existence et c'était assurément aller trop loin. Les témoignages épigraphiques qui . viennent d'être rapportés s'échelonnent entre le ive et le vu" siècle, et il est impossible de songer à entreprendre ici un travail parallèle sur les sources littéraires; cependant, les écrits de Grégoire de Tours, les Vies des saints mérovingiens, les Chroniques permettraient de classer une longue série de monuments religieux parmi lesquels beaucoup furent de vastes et riches édifices, à en juger par les allusions qui y sont faites. Les évêques mérovingiens étaient presque tous d'infatigables bâtisseurs; saint Namatius à Clermont, ' saint Félix à Nantes, saint Dalmatius à Rodez, saint Agricola à Châlons tinrent à honneur, peut-être a devoir, d'élever des basiliques. Les rois francs ne croyaient pouvoir moins faire que de rivaliser sur ce terrain avec les évêques et une basilique, un martyrium. un baptistère leur semblaient d'incomparables moyens d'expiation pour les graves reproches que leur faisait leur conscience. Il faut se réjouir de ces dispositions et des actes positifs qui en furent le résultat puisqu'ils nous ont créé des centres de civilisation et de moralité. En outre, ces fondations royales, dûment privilégiées, richement dotées sont devenues quelque chose comme les noyaux historiques autour desquels se sont amassés el développés les éléments de l'histoire nationale. Clovis à Sainte-GenevicN v de Paris, Childebert à Saint- Germain-des-1'rés. Clotaire Ier à Saint-Médard de
t. vi. p. 80, note a: Trigan, Histoire ecclésiastique de la Normandie, t. î, p. 637; A. Mai. Scriptor. veter.novacollect, t. v, p. 96; De Gerville, Notices sur quelques antiquités mérovingiennes découvertes prt )s de Valognes, in-8°, Valognes, i s:, i. p. 1 t sq.; Léchaudé d'Anisy, dans mémoires de laSociêtédes antiq. de Normandie, TI série, t. vn, p. 217 ; Diction, d'èpigr. chrét., t.i, col. îl 1-515; E. Le Blant, Hecueii des inscript, de la (iaulc. t. i. p. 181, n. 91, pi. 14, n. 01.
I l; \NCE.
Soissons et à Saint-Ouen de Rouen, Dag<>l>crt à Saint- Denis, Radcgonde à Sainte-Croix de Poitiers marquaient le sol d'une empreinte sacrée qui deviendrait un sanctuaire célèbre, un monastère, une bibliothèque, un trésor d'art et une tradition écrite et d'âge en âge accrue. L'exemple des èvêques et dis rois tut Imité par les nobles, ceux-ci par piété, ceux-là par ostentation ou par courtisaneiïe, multiplièrent les églises et les
excavation, d'une fouille peut permettre de retrouver un pan de murailles, quelques moellons sur une longueur insignifiante, 11 n'est pas certain d'ailleurs qu'on ait toujours pris la précaution d'asseoir les basiliques sur de solides fondai ions de maçonnerie. Pour celles de ces églises qui étaient en bois,on se contentait très probablement d'assises peu profondes, pour beaucoup d'autres, à en juger par la rapidité a\ i > laquelle elles
i' [9. i gllse de Savcnlères.
D'après R. de Lasteyrle, L'architecture religieuse Je France à /'époque romane, 1912, p. .'Î7. Dg. 29.
monastères qui en étaient comme l'appendice et la garantie de conservation
paru et c'est à peine si quelques vestiges se sont conservés Ici ce s., ni les textes qui auraient le plus a nous apprendre, et les textes uni été la ment al île ment négligés; mais du moins, ils existent,
et on ne doit pas désespi rer de les voir réunis et dis
un jour, l.es monuments uni irrémédiablement disparu, mime le. assise! dans le sol ne peuvent être
reconnues, non pas qu'on ait pris la pi Ini de les arracher, mais les édifices qu'ont périodiquement remplacés les basiliques niero V î 1 1 girll lu s .se sont I
sur le même emplacemi nt avec une tendai
d.-i les limites dei plus anciennes constructions, i
trouvent 'lune ensevelies et le hasard seul d'une
furent élevais et achevées (rapidité qui ci ui Iras! ment avec la lenteur qui présida aux constructions de style ogival), on est porté à croire que les fondations furent réduites le plus p lurent autant de causes de ruine.
in autre motif de disparition lut le changement de goût, cet te Intoléranci dt l'esprit français qui semble ne pouvoir supporter que ce qui a sali fait el charmé d'au 1res générations ail le droit de subsister quand lai change. Il est probable que ces vénérai vingiennes parurent incommodes et laides aux seurs de ix' siècle, impatients de montrer di étaient capables. Cel le ma les églises romanes scronl rasées poui I constructions ogivales, celles cl disp
FRANCE. — III
tour sous le crépissage, les faux piliers, les lambris et toute la végétation parasite que cultive le xvnie siècle. 11 en fut ainsi des églises comme des habitations, des maisons royales, parce qu'elles avaient cessé de plaire. Les basiliques mérovingiennes ont disparu aussi complètement que les villas de Childéric, de Dagobert ou de Clotaire et on n'en est pas surpris quand on apprend qu'en 1780, Louis XVI faisait exécuter les plans d'un projet de reconstruction du château de Versailles ». On sait peu de faits positifs sur la technique de ces édifices mérovingiens; il est tout à fait probable qu'ils reproduisaient avec quelques maladresses les types de basiliques élevées pendant la période romaine. Au cours de ces longs siècles prospères, les architectes, les maçons, les mosaïstes, les sculpteurs avaient construit et même rempli la Gaule de monuments moins spacieux et moins riches peut-être que les monuments analogues qui s'élevaient à Rome; mais c'étaient les mêmes plans, les mêmes procédés et les mêmes artifices de construction. Leurs successeurs du vie au ixe siècle n'eussentpas été capables de faire autre chose ou de le faire autrement. Aussi les traditions romaines se conservèrent et s'appliquèrent. Au viie siècle, il existait des constructeurs qui ne voulaient pas s'en écarter. On lit que l'évêque de Cahors, Didier (637- 660), fit construire une église : Non nostro gallicano more, sed sicut anliquorum marorum ambilus magnis quadrisque saxis exlrui solel 2. Voilà le « grand appareil », mais il est vrai qu'on nous présente le fait comme remarquable et même exceptionnel. Cependant, si on pouvait encore tenter l'entreprise à Cahors et y réunir les équipes de maçons indispensables, c'est qu'apparemment on ne les avait pas dressés pour la circonstance et qu'il existait en Gaule (?) des ateliers qui conservaient la tradition des anciennes bâtisses. Ces ateliers étaient connus, on s'adressait à eux, ils envoyaient des maçons expérimentés au loin pour répondre aux demandes qui leur étaient faites. En 675, Benoît, abbé de Warmouth, en Angleterre, Gallias petiil, cemenlarios qui lapideam ecclesiam, juxta ritum Romanonim facerent, adducturus 3. Peut-être se contentaiton, pas toujours, d'imiter et de reproduire les formes consacrées par l'usage. Il y eut, au moins, un et peut-être plusieurs essais pour trouver des formules nouvelles. Un certain abbé Audulfe fit construire à Saint-Maixent, pour recevoir le corps de saint Léger, une église dont on nous dit ceci : Monasterii mire ma- ,initudinis fabricaia est domus, cujus fabrice edifîcalio est dissimilis omnibus basilicarum constructionibus '. Malheureusement nous n'en savons pas plus
Il faut en croire sur parole les chroniqueurs mérovingiens qui expriment leur admiration pour les édifices religieux construits de leur temps, car cette admiration n'est pas celle d'ignorants et d'aveugles; ceux qui n'en ménageaient pas l'expression avaient sous les yeux assez de belles choses pour se former au goût. Les ouvrages du temps de la Gaule romaine n'avaient pas disparu tous et tout d'un seul coup, les rapprochements, les comparaisons, étaient faciles à faire et même en admettant de la part de ces écrivains ecclésiastiques et monastiques une tendance à louer à l'excès et admirer sans réserve tout ce qui avait une destination conforme à leurs croyances religieuses, on ne peut pas croire que leur admiration soit Toujours l'effet de leur complaisance.
Un peu prématurément et non sans souci, peut-être, d'exalter la gloire locale, des archéologues ont pensé découvrir des édifices mérovingiens ou leurs fonda-
' E Cazes Leehâteaude Versailles et ses dépendances,\n-U°, Versailles. 1910, p. 155. — 3 Vita S. Desiderii, c. xvn. édit. R Poupardin, p. 3S. — ' Mabillon, Annal, ord. S. Benedicti, t i p 483. — ' Vita S. Lcodgarii, c. xx. — • A. de Caumont,
tions. Arcisse de Caumont voyait un monument mérovingien dans l'église de Gennes (Maine-et-Loire), ce qui peut être contesté (voir Gennes). L'église de Savenières (même département) a été en grande partie refaite au xne et au xv« siècle. Ce qu'on peut invoquer de plus décisif en faveur de ces constructions ce sont les cordons de briques disposées en épis et un grand nombre de briques mêlées à la maçonnerie 5 (fig. 4649).
Ces deux localités d'Anjou seraient privilégiées, si la Touraine ne présentait, de son côté, des exemples plus contestables encore. Le seul argument employé
4650. — Plan de l'église de Romainmôtier. D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 41, fig. 32.
en leur faveur est l'emploi du petit appareil, mais il faut se souvenir qu'au xe siècle, dans la vallée de la Loire, il ne subsistait à peu près aucun édifice et certainement aucune église; les Normands avaient tout détruit, il fallut tout reconstruire, avec des moyens de fortune et il est plus que probable, on peut dire certain, que beaucoup de ces reconstructions ne se firent que moyennant l'emploi du petit appareil 6.
Les vestiges qu'on a cru découvrir à Tours sur l'emplacement de l'église de Saint-Martin, de la basilique construite par saint Perpet en l'honneur du thaumaturge ne sont pas mieux appuyés. Cette basilique de saint Perpet, consacrée en 470, devait
Abécédaire d'archéologie, p. 18; Godard-Faultrier, L'Anjou et ses monuments, 1. 1, pi. ll'j. — 6 C. Chevalier et Bourassé, Recherches historiques ctarchéologiques sur les églises romaines de la Touraine des Vf au XI' siècle, in-4°. Tours, 1869.
FRANCE
être fort considérable puisqu'on y comptait cent vingt colonnes et cinquante-deux fenêtres; mais ici encore les Normands passèrent et détruisirent, a deux reprises . et en 903, en sorte qu'il fallut tout reconstruire et c'est à cette reconstruction qu'appartiennent les débris parmi lesquels se trouvent peut-être des débris plus anciens a peu près impossibles â identifier '.