FIN DU MONDE
il faut s'y attendre, pousse un cri d'alarme, l'heure est proche », mais cependant il n'est pas trop tard et les pécheurs ont encore le loisir de faire pénitence.
Les apologistes ne laissent pas échapper un si joli sujet sans l'exploiter. Saint Justin parle de la aur/umç xod xaTiXuoiç du monde entier '. Tatien pense que tout périra d'un seul coup 3 par un bel incendie * où tout se dissoudra5. Saint Irénée ne s'aventure pas tant. Il croit, lui aussi, à la consommation universelle6, mais Dieu en décidera l'instant; alors ni la substance, ni la matière de la création ne seront anéanties, mais tout l'accidentel périra pour avoir servi au péché '. Tertullien se complaît à l'idée d'une grande catastrophe, et prochaine surtout 8, dans laquelle la terre périra avec toute l'humam.e et la sagesse des hommes ">; ce qui semble l'enchanter. Saint Cvprien aperçoit les signes précurseurs de la fin des temps » qui est prochaine ", en sorte qu'il ne faut plus rien attendre de ce monde 13.
Clément d'Alexandrie entrevoit par delà ce monde finissant, un monde nouveau ». Pour Origène l'affaire est certaine : le monde a été créé, il a commence, il se pourrit, il se dissoudra et périra pro ipsa sut cornintione 15; la fin du monde fait partie, suivant lui, de la révélation chrétienne » et il la nomme TéXoç tôW TcpocypiocTcùV et encore aovréXeia tou
aiûvoç ". , , , , . .
Ainsi, durant les trois premiers siècles la doctrine est admise et enseignée couramment. Il serait curieux de savoir ce qu'en ont pensé les fidèles. L'épigraplue est trop concise pour qu'on en puisse attendre des témoignages explicites, mais il est singulier qu'on ne rencontre pas une seule allusion; au contraire, les interrogatoires des martyrs nous les montrent pénétrés de la conviction qu'ils quittent un monde fragile. La plupart des fidèles se contentaient probablement de croire à une catastrophe qui bouleverserait et détruirait la terre; mais il est remarquable qu'ayant tant et tant de fois figuré Noé dans l'arche ils nront pas semblé croire à la possibilité d'un nouveau déluge. Ils préfèrent, ou pour mieux dire, ils attendent et redoutent autre chose; après l'eau viendra le tour du feu. La deuxième épître de saint Pierre, parle en termes exprès de la dissolution finale du monde par le feu. Mais les fidèles ont-ils connu ce texte et ce texte n'est-il pas une interpolation? Il suffit que ces questions aient pu être posées pour laisser entrevoir le peu de place que tient ce texle dans l'histoire de la pensée chrétienne primitive. Cette idée d'une immense conflagration qui dissout et purifie le monde en vue d'une restauration future ne se rencontre expressément formulée dans aucun livre de l'Ancien et du Nouveau Testament, autre que l'épître désignée sous le nom de saint Pierre ". Les Pères apostoliques se permettent quelques allusions qui ne semblent pas avoir dû être beaucoup plus claires pour leurs anciens lecteurs qu'elles peuvent l'être pour nous. Hermas se divertit, comme d'ordinaire, à faire peur, mais ses visions et son amphigouri n'ont pas été très goûtés. Une vierge lui explique que le monde finira par le feu et le sang ", reste à savoir si on prenait ses paroles au sérieux: il est permis d'en douter. Les Pères apologistes parlent de la des-
' Pastor, vis. III, n, 5; ibid., t. i. p. 426. — ■ Apolog.. II, 7, P. G., t. VI, col. 456. — ' Oral, ad Grtecos, vi, P. G., t.vi, col. 817; xxv. col. 861. — 'Ibid.. xvn.P. G., t. vi, col. 841.— s Ibid., xa, P. G., t. vi, col. 832. — 6 Conlr. har., 1. 11. c. xxn, n. 2, P. G., t. vn, col. 782. — ' Ibid., 1. V, c. xxxm. n. 1, P. G., t. vn, col. 1221. — s Apol., c. xxxn, P. L., t. I, col. 447. — 'De resur. cam., c. xxvi, P. L., t. il, col. 833. — "» De patientia, 1, P. L-, 1. 1. col. 1251. — " De mortalitate, vi. P. L., t. IV, col. 586. — » Ad Demclnan.. III, v, P. L., t. iv, col. 561. — " Epist., iaiii, 2, P. L., t. m,
traction du monde par le feu, mais ils en font leur affaire. Comme ils ont beaucoup lu, ils présentent des explications, tout brûlera c'est entendu, mais quand et comment?
On a aligné d'interminables citations dont il semble ressortir que la fin du monde, le cataclysme qui la signalerait et l'événement lui-même offraient un sujet précieux aux écrivains et aux prédicateurs qui glosent interminablement sans ajouter une idée à ce qui se dit autour d'eux. Les hommes sont persuadés que le monde finira, ils en causent moins, mais agissent en conséquence; c'est que clercs et moines leur inculquent le souci de se tenir prêts à sortir de cette grande épreuve qui peut survenir d'un instant à l'autre, ainsi qu'une explosion. Les préambules des très anciennes donations pieuses expriment fréquemment cette préoccupation sous
4461. — Goulot d'une Dole provenant de Rome. D'après Romische Quartalschrijt, 1892, pi. n.
une forme analogue à celle-ci : Mundi termina appropinquante, avec des digressions sur la méchanceté croissante du genre humain, la nécessité du châtiment, la menace de l'Antéchrist. Déjà on rencontre ce souci dans le testament de sainte Radegonde (t 587) : quippe mundo in fmem currente !0 et dans le prologue de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, écrit vers 576 : illud etiam placuit propter eos, qui adpropinquanlcm fmem mundi disperanl, ut.. ". La formule s'en trouve pour ainsi dire légalisée grâce à sa présence dans le recueil de Marculfe : Item alio prologo ad hoc opus eldonatio. Mundi terminum ruinis
col. 074. — " Quis dives sah'ctur, c. Lxn, P, G., t. ix, col. 652 : f.'o/i"r!..ix, P. G., t. vm, col. 196: Paed.. i, 6, P. G., t. vin. col. 285. — 1S Péri .4rchon,i, préf. 7, P. G., t. xi, col. 119. — '« In Matth., t. xm, P. G., t. xm, col. 10SS. — » P. G.. t. x. col. 840. — " Sur la question de savoir si c'est un emprunt aux doctrines perse, babylonienne ou juive, cf. Xlantrenot, Diclionn., de théol. calhol.. t. v, col. 2513 sq. — 19 Pastor. vis. IV, i, 10. dans Funk, Opéra, t. I, p. 460. — *> Grégoire de Tours, Hist. Franror.. 1. IX, c. xlii, êdlt. Krusch.p. 401. — " GrégoiredeTours,Hi5i!.Francor.,pi;n t-