‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 30 sur 423 · II. I.ECLERCQ · texte numérisé non relu

II. I.ECLERCQ

FLABELLUM. — I. Textes et monuments figurés. II. Textes et monuments liturgiques. III. Monuments originaux. IV. Bibliographie.

I. Textes et monuments FIGURÉS. — Le flab.ilum est un éventail, c'est dire assez que son origine csl immémoriale. Les moustiques sont une des plaies d'Egypte, d'après la Bible, mais c'est une plaie lique qui frappe toutes les contrées à l'époqui des fortes chaleurs. Impuissant à détruire ces lé ion d'insectes, l'homme se résigne à les combattre et à les tenir a distance. Telle est la destination du flabellum. Les monuments égyptiens montrent les pharaons escortés d'esclaves flabellifèrcs et on rencontre parmi les hiéroglyphes ce meuble de première néé. On le rencontre aussi dans les monuments de l'époque grecque, comme sur cette Isis-Aphrodite à l'éventail de la collection Fouquet " et la figure" analogue décrite par ses éditeurs comme un instrument de musique et qui est un éventail ". Généralement ces éventails sont polychromi toujours adaptés à une longue hampe. Tantôt c'est une plume d'autruche, tantôt une touffe de plumes disposées en demi-cercle, tantôt une large feuille de nénuphar aux vigoureuses nervures, tantôt un panache en forme de queue de vautour ". Mi nufiguration sur les monuments assyriens, où on préfi re

1 manche court, en bois ou en ivoire1*; chez les Perses, le manche semble métallique '*. Les Hindous, les Turcs, bref tous les peuples orientaux en ton!

et Ch. de Linas rappelle qu'ui contreux du dey d'Alger Hussein, menaçant de son chasse-mouche le consul de France détermit 1830, l'expédition et la conquête d'AJ

Les Grecs nommaient pi-l; l'usti rge et

olà\ i[ui servait à attiser le feu : ooptq? ^iTctSt ". Le diminutif pitcESlov fut appliqué objets de

logue. Ces petits iprès un pa

— 8 A. I.upi. S. Severœ epltaphium, p. I lercq, Manuel d'archéologie chrétienne, t.n. Qg.323. -• DeRossl, Uull. ili archeol. crist., 1873. p. 20. — " lieuser, I

dans Kraus, Real EncgklopUdle, 1. 1, p. 621 ; Bonnet Jalirbuchcr, t. xvi. p. 75; t. ux, p. 67; t.LXiv, p. 127-128; t. lxxi, p. 124; pi. vi.n. 1360; O. Dalton I (fan aidtquilies 0/ (ne Britlsh Muséum, 1901, i>. 131,

P. Perdrlzet, I

an Fouquet, ln-4", Nancy, 1921, p. 110, n. 2 " Schrelbei e1 Pi [en lécher, I coédition Stegltn, t. a, p. lioj: . Klageflgurmlt P nklopler >,cl. lbid.,t. i.p. 2 16.

— » J.Rossellini, Monument! delVEgitlo, t. 1, pi. xvi, 1. pi. * vi. i \m\ ; t. n, pi. i.wx. 8. — ' Botta, Monument!

pi n, 1 XXVI, ( Mil. • v; !.. I-Vlir. / t, p. 181. ■ 1 1 landln el 1 pl.cxLVii.cuvaci.' tophane.Acharnen

FLABELLUM

d'Euripide, semblent avoir eu une origine asiatique; au ve-\ie siècle avant notre ère cet éventail dont étaient armés les Phrygiens qui accompagnèrent Hélène en Grèce après la ruine de Troie, avait la forme orbiculaire ' :

Opuytoiç ïx'jyov <J>puyîotai. v6u,ot.ç

Ilapà ëôo-Tpu^ov aupav aiipav

'EXévaç 'EXévaç eÙTrâyi xùxAco

IlTEpivco Trp6 7irap7;î§oç aaacov

Bapëâpoiai v6[j.ot<nv

A Tanagra, les œuvres des coroplastes béotiens nous montrent le flabellum copié sur la feuille de l'aristoloche, plante sarmenteuse 2; rigide en général, l'éventail béotien offre quelquefois une pointe légèrement courbée. Autant qu'un coloriage permet d'en juger, il était fait d'étoffe bleue ou rouge brique, montée sur châssis, rehaussé parfois d'un galon d'or et d'ornements peints ou brodés, le manche était très court, à peine visible. La mode de l'éventail s'introduisit vraisemblablement en Italie à la suite des Tyrrhéniens asiatiques. Denys d'Halicarnasse

4463. — Gobelet de Noie.

D'après Paciaudi, Svnaôio^ôp/)Uia, sive de umbellœ gestatione, 1752. Frontispice.

nous apprend qu'Aristodème, tyran de Cumes (Campanie) et allié de Porsenna (vie siècle avant notre ère) corrompit les jeunes gens de cette ville, au point d'en faire des baladins efféminés qu'accompagnaient des suivantes portant le flabellum et l'umbella 3. Les dames romaines adoptèrent le type modifié par les Étrusques, de longues feuilles à nervures, des palmettes, une sorte de queue de paon étalée. Sur la fresque des Noces aldobrandines, nous voyons un flabellum dont la tige mince et prolongée se termine par un pommeau rond; la tête, flexible, s'engage dans une élégante monture; l'objet semble tissé en paille jaune 4; cependant d'Agincourt, sur une fresque de Pompéi, fait voir un éventail presque identique à ceux des élégantes de Tanagra 6 que nous retrouvons sur une pierre gravée du cabinet de Stosch.

Les anciens auteurs latins mentionnent le flabellum qui chargeait les esclaves au moins aussi souvent que leurs maîtres. Plaute signale les flabelliferse*; Térence dit qu'on s'en sert au bain':

Heu tu, inquit, Dore, Cape hoc flabellum et venlulum huic facito dum lavamur.

1 Euripide, Oreste, V, i. — ! Pline, Hist. nat., XXV, 54. — a Antiquil. Roman., in-i°, Francofurti, 1686, 1. VII. — 4 V. Duruy, Histoire des Romains, t. v, p. 268, pi. en couleurs. — ' Séroux d'Agincourt, Histoire de la décadence de l'art, t. v, pi. xxvi, fig. 3. — 6 Plante, Trinummas, act. II, se. i, vs.245. — 'Térence, Eumichus, act. III, se. VI, vs. 594-505. — 8 P. M. Paciaudi, Sxia8ioçôp7)[ia sice de umbellor gestatione commentariis, in- 1°, Romse, 1752, pi. i.fron-

Un gobelet hémisphérique à deux anses, provenant de Noïa (Terre de Labour), représente sur une de ses faces un baigneur nu, occupé à s'essuyer avec un long sudarium; derrière lui une crédence sur laquelle est posé un flabellum circulaire, crêtelé de cercles plus petits recoupant la circonférence * (fig 4463)

4464. — Fond de coupe.

D'après Garruci, Velri ornati di figure in oro, pi. xxxi, fig. 1.

Properce nous dit qu'il existait des flabclla étalés en queue de paon 9 :

El modo pavonis caudœ flabella superbœ

Ovide donne ce petit et utile commentaire 10 :

Fuit utile multis Puh'inum facili composuisse manu; Profuit et tenui ventos movisse flabello, El cava sub tenerum scamnu movisse pedem.

Vis lamen interea tenues arcessere ventos. Quos facianl noslra mota flabella manu.

Dans Martial, un faisceau de myrthe sert à la fois d'éventail et de chasse-mouche " :

Et œstuanti tenue ventilât frigus Supina prasino concubina flabello Fugalque muscas myrlea puer virga.

Un passage de Cicéron nous apprend que chez les Romains la fonction de chasser les mouches incombait de préférence aux esclaves : Quid enim est Vargula asseculus, quum cum candidalus A. Sempronias eum M. suo f ralre complexus essel : Puer abige muscas? Risum quœsivit, quid est mea sentenlia, vel tenuissimus ingenii fraclus 1=.

Par Martial nous savons encore qu'un flabellum en plumes de paon était employé pour écarter les insectes de la table 13 :

Lambere quœ lurpes prolubetlua prandia muscas. Alitis eximinse cauda superba fuit.

Pendant les repas, le flabellum étail doucement

tispice; :\ la page xlv, note a, il signale d'autres exemples de pabclla dans le recueil des pierres gravées de San Bartoli a la Bibl. Vaticane et dans les Gemmœ antiquœ sculpiorum imaginibus insignitœ du cabinet de Stosch., c. il.

— *L. II. eleg. xxiv, vs. 11. — l0 De arte amandi, I, vs. 159- 162; Amor.. III. eleg n. vs. 37-38. — " Lib. III, Epigr. S2.

— » Cicéron, De oratore, il, 60. — " Martial, Lib. XIV, Epigr. 67.

FLABELLUM

agité de façon à rendre l'air plus frais, ce qui n'agréait saint Grégoire de Nazianze ' : toùç rU Ô7rèp xeçaXîjç Ïve|J.ov tï": b.-'.r,<. aofiÇouivou;, xocl tbïç bcgapâv otupouç to ->.r,0o; :ôv aapxûv 4vaiJ>oxovTaç. I n fond de coupe conservé .1 la bibliothèque vaticane : (flg. 4464) et qui a été brisé, mais non pas de façon trop grave, puisque toul le sujel peut être encore étudié, nous montre une mère tenant sa Miette sur ses genoux. La tête el le buste de la mère ont disparu, mais l'enfant porte le bonnel appelé xcipaXo- Séauiov, el au cou un collier: [Mtviàxiov; un serviteur tient un flabellum avec lequel il évente le roupe. La légende ne nous apprend rien de plus :

quirACE VIVAS CVM TVIS

Boldctti, Gori, d'Agincourt on1 imaginé voir Ici la vierge Marie avec l'enfant Jésus; mais rien ne le

prouve et tout porte a croire le contraire. L'enfant porte un vêtement et un bijou qu'on réservait aux filles; Passeri, mieux inspire, n'a voulu voir qu'une scène familiale; Garrucci et Ch. de Linas partaient avec raison cette manière de voir. Le

4465. — Flabella trouvés à Akhmin.

D'après R. Forrer, Reallexikon, 1907, pi. CCXI, lin- 172-173.

diacre est-il une servante ou un eunuque comme le soutient Linas; nous devons avouer que nous ne croyons pas la question facile a résoudre. Son vêtement est fort riche et il agite un flabellum rectangulaire fixé a uni- hampe latérale, modèle nouveau qui a l'apparence d'un petit drapeau. Les stries en zigzag de ce flabellum semblent indiquer un ouvrage en rie, el peut-être d'importation étrangère. En elfet, a A k lin un (voir ce mot), en Egypte, ou a trouvé deux petits flabella, Identiques a celui dont nous parlons (flg. 1165) et dont il est intéressant de rapprocher un texte de la vie de saint lui

m- de Ruspe(en Byzacène). Avant son épiscopat, au temps où il était moine, Fulgence s'occupait a l'étude, a la t ranscripl ion des Écritures et à la confection de chasse-mouches en feuilles de palmier : Xiim et scriptoris arte laudabiliter Ulebatur el palma-

S. Grégoire de Nazianze, Oral., su, /'. G., t. ww, col. 033 sq. ' Boldettl, Osservaxt-Mi ••'•/■ru 1 cimtterl, 1720, p. 202, pi. vu, n. 21 ; Gorl-Passerl, 1 hesaurui vcb rum dlptgchorum, t. m, pi. v;Seroux d'Agincourt, Hlsloin de le dence de tari. Peinture, t. v, pi. xii, n. 22; !.. Perret, Les catacombes de Rome, t. iv, pi. xwt, n. 58; Garnie* i. Vetfi ornaii <ti figure m nm, Roma, 1858, p. 59, pi. \\\i. Un. l ; ..ht. m- r. p. 160; Ch.de Linas, op. cff., 1883, p. 181; G. Fou gères, dans Dfclfonn. du anllq. <ir. ci n. ni., au mot flabellum. — ■ ît. 1 orrer, Reallextkon >/t prànlstortschen kla

rum /oliis flabellos sœpissime contezebat; cui operi, etiam cum fuisset abbas, in suo monasterio vacubat'.

On s'offrait en présent un muscarium, chassemouches; Marcella en adressait un à saint Je qui l'en remerciait : Quod. aulem matronis aflerlis muscuria parva, parvis animalibus eoitandis, elegans significutio est, debere luxuriant cita resltnguere, quia muscœ moriturœ oleum novilatis exterminant, llic lypus fil virginum; à plus forte raison en faisait-on usage pour le soulagement des malades : In quo languore, Eustochii filise probala semper in maire pietas ma gis ab omnibus comprobutu est. ipsa assidere lectulo, flabellum lerure, sustentare eaput s.

Aux tv et v siècles, les daines romaines se faisaient éventer par des esclaves avec un flabellum de

4466. — Flabellum d'après un diptyque.

D'après Revue de l'Art chrétien, 1883, p. 483.

plumes; ce fut l'un des métiers de l'eunuque Hutrope avant son arrivée au pouvoir '.

Et cum se rapido fessam projecerat œstu Palricius roseis pavonum ventilât alis.

Le Chronographe de 354 (voir ce mot) nous donne une représentation du mois d'août (Diclionn. t. ni, col. 1558, fig. 2912) symbolisé par un homme nu buvant a une coupe, un /label/uni. trois meli amphore; au-dessous on lit ' :

Fonlunos lalices et lucida pocula vilro Cerne, ut demerso turridus are bibat JElemo regni signalas nomine menais; Lalona genitum quo perlùbent Hecat

Au premier quart du vi« siècle nous voyons le flubillum sur les diptyques Le diptyque oflert par Charles le chauve a l'abbaye de Saint- Corneille de Com aujourd'hui au Cabinet des

und frShchrtsttlchen Alterhûmer, ln-8", Berlin,

p. 211. lin. 172-171. '.l.t.i tanct., janvier, t. I, p,

s. Jérôme, Epist., w et xxvn, a. 13. - ' Claudlen, in Eutrop., I. v>. los-io'.i. 1 itiil. lîueherii. lu I

Aquitani canonan pasehaltm serlptum anno Chrtstt uulgarl

a Il commentartut, ln-fol., Antwi beclus, Commentarla de Augusta blbllotht

dobonensi, in-lol., Vindol B, 1674, 1. IV, p. 28 I

r. anitg. roman., t. nu; Montfoucon, L'ai expliquée, supplément, t. i, p. 24-25, pi. xn.

FLABELLUM

médailles à Paris, montre un buste du consul Filoxène (525), revêtu du costume officiel, un sceptre dans la main gauche tandis que de la main droite il donne le signal du commencement des courses en jetant la mappa. Au compartiment inférieur, un eunuque en veslis picta, tient à deux mains le flabellum dont la hampe est striée au burin. Le chasse-mouche proprement dit consiste en un rectangle d'étoffe encadré d'un galon, avec au centre, une couronne de laurier brodée; au sommet de la hampe, une cravate cordelée « (flg. 4466).

Le flabellum va subir une transformation; de carré ou rectangulaire il va devenir circulaire, mais on ne sait pas exactement l'époque à laquelle s'opéra cette transformation. Une épitaphe provenant de la catacombe de Sainte-Agnès et que Boldetti a fait connaître sans s'astreindre à beaucoup d'exactitude, présente un disque coupé par quatre diamètres en

rum, qui semper duo debenl esse, slans cum flabello prope sacerdotem, ex quo muscarum injestatio exurgere incipit, donec finialur, eas arcere a sacrificio, et ab allari seu ab ipso sacerdote non negligit. Diacones vero, subdiaconus et unus minislrorum si dies festus est, acclives poslea manent orationis inlenti '. A la fin du xie siècle, on trouve dans l'inventaire du trésor de l'abbaye de Saint-Riquier, flabellum argenleum I '. A partir de cette époque, Charles de Linas a réuni beaucoup de mentions relatives à des ventilabra, flabella, philacia rotunda, dyadema, rotula; dans l'inventaire d'Isabelle de France, reine d'Angleterre, en 1359, il est question de duo flabella pro muscis fugandis; à Saint-Paul de Londres, l'inventaire de 1295, parle de unum muscatorium de permis pavonum; en 1361, à Saint-Pierre du Vatican : 1res muscon(es) ad pellendas muscas diversimode laborali; en 1429, l'inventaire de la chapelle de

fllNmNriAINr^QOVIVmrArMW

4467. — Flabellum sur une pierre des catacombes. D'après Perret, Les catacombes, t. v, pi. Lxm, n. 25.

huit secteurs sur lesquels on répartit l'inscription :

BIBAS C IN CRISTO

qu'il faut lire certainement Vivas C(onstantia) in Christo.

Au disque s'adapte une hampe sur laquelle on lit le nom de la défunte » (flg. 4467) :

Page 1